Vos commentaires me motivent tellement, vous ne pouvez même pas imaginer ! Enfin je vous donne ce qu'il s'est passé à Little Hangleton. Bonne lecture :D


Chapitre trente-trois : La naissance d'un cœur


Envy atterrit lourdement sur ses pieds, qui creusèrent dans la terre humide deux trous d'une profondeur d'une dizaine de centimètres. Sa main put enfin lâcher le Trophée des Trois Sorciers.

Avada Kedavra ! hurla la voix rauque de Fleur derrière lui.

Il esquiva l'impardonnable en se pliant en deux et s'extirpa de sa zone d'atterrissage en y laissant ses chaussures.

Avada —

Expelliarmus ! s'écria Harry à temps, envoyant la baguette de la jeune fille au loin.

Haletante et le regard fou, elle fixa le Gryffondor une fraction de seconde avant de foncer tête baissée vers Envy, en hurlant comme une bête sauvage. Préparé à l'attaque, Envy la détourna du plat de la main en l'assommant contre une statue à côté de lui. Elle perdit connaissance dans un bruit mat puis s'affala contre l'ange en pierre. Le silence revint, anormal et pesant.

– C'est quoi ce bordel ! pesta Envy en voyant où ils étaient.

Le Portoloin, qui aurait dû les ramener directement au parc de Poudlard, avait fait des siennes. L'intervention de Fleur y était peut-être pour quelque chose et avait dévié la trajectoire, mais il ne savait pas vraiment si c'était possible. De toute évidence, ils avaient parcouru des kilomètres — peut-être même des centaines, car les montagnes entourant le château avaient disparu — et il n'avait aucune idée d'où ils pouvaient se trouver. Il ne connaissait pas grand-chose au monde extérieur, après tout.

– Où sommes-nous ? demanda Harry en contemplant les environs.

Difficile à dire. Ils semblaient se trouver dans une sorte de cimetière obscur, envahi par la végétation. Autour des sépultures, des ronces et des chardons avaient poussé, intensifiant l'idée d'abandon qui se dégageait de l'endroit inconnu. À leur droite, derrière un grand if, se dessinaient les contours d'un petit lieu de culte aux vitraux brisés et à leur gauche s'élevait une colline où se dressait une maison ancienne.

– Ça fait partie de la tâche ? demanda Harry, d'une voix où perçait l'inquiétude. Je n'aime pas l'atmosphère qu'il y a ici.

– Non. Dumbledore ne m'a rien dit là-dessus. Ce n'est pas normal.

Il fixa les environs d'un œil aiguisé, tous les sens en alerte. Croupton avait réussi son plan.

– Reste près de moi, ordonna Envy. Sors ta baguette.

L'Homonculus lança un regard en coin à Harry qui s'exécuta en faisant confiance à l'expérience de son ami. De son côté, Envy fixa ensuite Fleur, toujours assommée. Il prit Harry par le bras et le tira dans cette direction.

– Je vais nous faire transplaner loin d'ici. Accroche-toi à mon bras et ne me lâche surtout pas. Tu as compris ?

Harry hocha docilement la tête et s'accrocha à la manche trempée de sang d'araignée tandis qu'Envy jetait Fleur sur son épaule, à la manière d'un sac. Prêt à transplaner, il entama un mouvement pour actionner le sortilège, mais il se heurta à une résistance inattendue. Avec un sentiment croissant d'être pris au piège, il comprit que la zone avait été protégée de ce genre de magie, comme Poudlard. Une barrière anti-transplanage.

Il ne voyait plus qu'une autre solution pour sortir de ce guet-apens et il la mit en pratique dès qu'il l'eut à l'esprit. Sans un mot, il tira Harry à sa suite alors qu'il marchait résolument vers la sortie du cimetière, où ils auraient peut-être plus de chance de pouvoir rejoindre un endroit sûr pour Harry.

Il avait senti immédiatement qu'ils n'étaient pas seuls, dès leur arrivée, cependant, il venait de repérer l'ennemi, qui avançait droit sur eux. Alors il fit demi-tour, Harry le suivant maladroitement entre la boue et les pierres qui le faisaient trébucher. En jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, Envy distingua la silhouette d'un homme qui s'approchait d'eux en marchant parmi les tombes d'un pas assuré. Il ne parvenait pas à apercevoir son visage malgré sa vision nocturne, mais, à en juger par la manière dont il avait positionné ses bras, il portait visiblement quelque chose devant lui. Ça ressemblait à un nourrisson, néanmoins il préférait ne pas s'attarder.

– Cours ! cria-t-il à Harry en le poussant vers l'autre extrémité du cimetière.

Harry obéit à l'instinct et prit la fuite... Avant de s'écrouler de douleur, sans raison apparente. Envy s'accroupit près de lui et comprit en voyant Harry se tenir la cicatrice à deux mains que le temps leur manquait. C'était trop tard.

Envy voulut le prendre sous son bras pour l'emmener de force, mais il entendit tout à coup une voix aiguë et glaciale.

– Tue les autres.

Une deuxième voix perçante retentit dans la nuit.

Avada Kedavra !

À travers ses paupières fermées, Harry distingua une lueur verte et il entendit un bruit de chute à côté de lui. La douleur de sa cicatrice atteignit une telle intensité qu'il fut pris de nausées.

Avada Kedavra, répéta la voix familière, plus loin.

Harry gémit d'horreur, terrifié à l'idée de ce qu'il allait découvrir. Il ouvrit alors les yeux.

Les bras en croix, Envy était étendu sur le sol, à côté de lui. Mort. Il avait encore les yeux grand ouverts et le visage plus blême que Harry ne l'ait jamais vu. Pendant une seconde qui parut une éternité, Harry regarda son visage, ses yeux noirs, grand ouverts, dénués d'expression. Envy, son ami et protecteur, venait de mourir sous ses yeux.

Avant que la frayeur ou la colère n'ait pu prendre le dessus sur lui, une main le saisit et l'obligea à se relever.

Quelques mètres d'eux, le corps de Fleur reposait, figé, à moitié couché dans l'allée et dans les ronces. Les paupières fermées, on aurait dit qu'elle dormait profondément. Harry savait que ce n'était pas le cas. Elle était morte, elle aussi.

Bientôt, ce serait son tour.


Son corps n'était que souffrance. Il eut envie de crier, seulement la douleur disparut comme par enchantement, comme si elle avait compris son intention.

Le souffle court et son cri coincé dans sa gorge, Envy ouvrit les yeux pour aussitôt les refermer, agressé par la lumière vive qui l'enveloppait. Il n'avait pas la moindre idée de l'endroit où il se trouvait et d'où il venait ni ce qu'il faisait avant d'arriver ici. Son seul souvenir était un éclair vert gravé dans sa rétine, puis le néant. Le sentiment d'urgence qu'il ressentait lui compressait la poitrine et il sentit sa Pierre crisser sous la trop forte pression émotionnelle.

– Ouvre les yeux, Envy.

Choqué par les milliers de voix, Envy rouvrit les paupières sans y réfléchir une seconde supplémentaire. L'absence de décors alentour lui était familière et il comprit enfin où il se trouvait et pour quelle raison. L'inconnu encapuchonné du cimetière l'avait tué, Harry était seul face à lui. Il devait y retourner !

– Tu ne peux pas y retourner.

Envy se redressa d'un bond, le cœur au bord des lèvres.

– Quoi ? Mais il me reste encore des âmes, je ne peux pas rester ici indéfiniment ! Harry a besoin de moi, acheva-t-il, fébrile.

Face à lui, la Vérité le fixait avec ce qui ressemblait à de la pitié, à moins que ce soit de l'amusement.

– Tu ne peux pas y retourner, pour l'instant. Mourir par magie n'a pas le même effet que par la main d'un homme. Tu devrais l'avoir compris depuis ta première mort causée par Croupton.

Envy fronça les sourcils. Sa mort à l'époque ne lui avait pas semblé plus longue que les autres. Après tout, la notion du temps dans ces moments-là changeait. De plus, Edward n'avait pas commenté une quelconque anomalie.

– Combien de temps je vais devoir passer ici ? demanda Envy, méfiant.

– Le temps d'une petite conversation, j'imagine.

La Vérité paraissait sourire d'un air narquois alors Envy grimaça en s'avançant vers sa Porte, à côté de lui. Lisse et sombre, elle ne différait pas du moment où il l'avait quitté, deux ans auparavant. Il l'avait aperçu à plusieurs reprises, au cours des années, pour quelques instants uniquement. Intrigué, il posa une main contre la surface ni froide, ni tiède, ni chaude. Comme tout ce monde, elle ne possédait pas de texture définie. Sensation perturbante qui laissait perplexe.

– Tu vois tout, n'est-ce pas ? interrogea-t-il. Tout ce que l'on fait, de l'autre côté, tu y assistes...

– Non. Je le sais, c'est tout.

Envy fronça les sourcils, ne comprenant pas la différence, puis soupira silencieusement.

– Est-ce que l'on satisfait tes attentes ?

– Je n'ai pas d'attentes. Je sais déjà comment toute l'histoire va se terminer. Vous accomplissez votre destin.

– Donc... À la fin... On va réussir, c'est ça ?

– Ce n'est pas ce que j'ai dit.

La patience de l'Homonculus s'amenuisait un peu plus chaque instant, face à ce manque flagrant de clarté de la part de son interlocutrice.

– Si tu nous as envoyés tuer Voldemort pour « accomplir notre destin » et que tu dis que tu sais comment ça va se terminer, alors ça veut dire que l'on va réussir ! Sinon, ça n'avait aucun sens de nous demander de faire tout ça ! On va tuer Voldemort, pour sauver ton... domaine et en échange on aura ce que l'on a demandé. C'était ça le marché. Si tu ne le respect —

– Je l'ai déjà respecté, rétorqua la Vérité d'un air suffisant. Tu deviens humain. J'ai respecté ma part du marché.

– Mais je n'ai pas encore tué Voldemort !

– Ce n'est pas ton destin.

Envy fut pris d'une incompréhension et d'un doute terrible.

– Si ce n'est pas mon destin... Et que tu paies déjà ta dette envers moi... Ca veut dire que... Je ne suis qu'un outil pour permettre à Edward de remplir la mission ? Mais alors... Mon Échange équivalent... S'il est déjà entamé et que la guerre continue... Ça veut dire que tu n'as plus de dette envers moi.

Il fronça les sourcils.

– Ce pacte était un moyen de m'assurer que j'aurais la vie que j'ai toujours rêvée.

– Effectivement. Et tu l'as eu. Et tu l'auras encore pour quelque temps.

– Attends... Tu veux dire je ne vais pas survivre ?

Le silence s'abattit comme une sentence. Il était condamné à mort. En ce moment même, il lui restait quatre âmes, toute une guerre devant lui et peu de temps avant de devenir mortel.

Incrédule et sonné, Envy releva les yeux vers la silhouette indéfinie.

– Tu t'es servi de moi. Tu as utilisé mon rêve et mes espoirs pour que j'agisse comme ton pion. Edward avait raison depuis le début, quand il craignait que l'on ne survive peut-être pas jusqu'à la fin. Moi... J'étais sûr que notre accord signifiait que nous allions survivre. Tu as dit... que tu me donnerais la vie dont je rêvais dès que j'aurais accompli... ma mission... Mais... en vérité... Ma mission n'est pas de tuer Voldemort, c'est bien ça ? Tu lui parlais à lui, quand nous avons quitté notre monde, pas à moi. C'est à lui que revient tout le poids de cette mission, et moi, je ne suis là que pour lui servir... de quoi ? Il n'a pas besoin de moi, personne n'a besoin de moi ! Je suis inutile, personne ne demande mon aide, à part quand ils y sont obligés !

À bout de souffle, Envy tremblait de tout son corps face à l'horrible révélation. Il avait cru que tout avait changé, qu'il commençait une nouvelle vie sans Père, sans Homonculus, sans être un pion. Mais non, encore une fois, on l'avait trompé. Il n'était qu'un pion, pour aider le « magnifique et brillant Edward Elric » à accomplir son fabuleux destin ! Il n'était rien d'autre qu'un outil que l'on jetait comme un déchet une fois utilisé.

– Je refuse d'accepter ça. Tu m'as menti ! Qu'est-ce qu'il me reste à moi ? Quoi que je fasse, tu sais déjà que je vais le faire. Tu sais tout, c'est ça ? Tu sais que je vais mourir, tu me permets de prendre goût à une vie à laquelle je n'aurais jamais droit, pour ensuite tout me reprendre. Qu'est-ce qu'il se passera quand je n'aurai plus d'âmes ? Quand je serai un humain vulnérable jeté dans la fausse aux lions ? Une fois mortel, je ne tiendrai pas plus de quelques jours avant que quelqu'un réussisse à me tuer. Quel outil allez-vous envoyer à Edward après ça, hein ? Sur quel autre cadavre devra-t-il marcher pour récolter toute la gloire et tout le bonheur ? Pourquoi lui et pas moi ? Pourquoi pas moi !

Plein de haine, il se jeta sur la Vérité et la traversa de part en part avant de s'écrouler face contre terre, des cris d'indignation plein le ventre et la bouche. Il refusait ce destin. Il voulait vivre !

– Dis-moi comment arrêter d'être humain !

– Tu ne peux pas.

– Comment ralentir le processus dans ce cas ? Je dois nier tout sentiment, arrêter de me comporter comme un humain ? Dis-le-moi ! Je le ferai, j'arrêterai d'apprendre. J'oublierai le réconfort, la gratitude, la compassion, le bonheur, l'espoir, l'amitié, j'oublierai tout ! Si je dois tuer tous mes amis, je le ferai !

Envy s'effondra, les épaules secouées de sanglots désespérés. S'il devait les tuer, tous, pour nier toute humanité, il le ferait ! Il le ferait... Non... Il s'en sentait incapable. Comment pourrait-il tuer ces personnes qui lui avaient donné tout ce bonheur dont il avait eu besoin durant toutes ces décennies ? Comment pourrait-il détruire la famille qu'il avait enfin réussi à s'approprier ? Comment pourrait-il tuer la personne à laquelle il tenait le plus au monde ?

– C'est trop tard pour faire marche arrière, avertit la Vérité qui cessa enfin d'être muet face à sa détresse. Ton destin est scellé depuis le moment où tu as été lié à Edward.

Les pleurs d'Envy s'interrompirent alors qu'un sentiment d'horreur intense s'insinuait en lui.

– Attends... Edward et moi... Nous avons la même Porte... Tu nous as liés alors... Quand je mourrai... Ed...

« Vos pouvoirs seront associés et vos destins également. Si l'un de vous meurt, l'autre le suivra ».

– Je vais... entraîner Edward dans ma mort ? réalisa Envy, figé de terreur. Tu as dit... Que si l'un de nous meurt, l'autre mourra aussi... Tu as dit que je ne pouvais pas empêcher mon destin de m'emmener vers la mort... Mais je suis mort plusieurs fois déjà...

– C'est exact. Dès que tu auras épuisé ta dernière âme, quand tu deviendras mortel et que tu mourras, il mourra avec toi.

Envy sentit son souffle s'arrêter.

– Non... C'est impossible... Tu ne peux pas faire ça ! Tu lui as promis de lui rendre sa vie, tu lui as promis cet Échange équivalent, tu as... Tu ne peux pas le laisser mourir ! Comment peux-tu accepter ça ? Il va faire le sale boulot à ta place et toi tu... tu...

Les dents serrées de rage et d'impuissance, Envy restait prostré. Il fallait qu'il survive. Même s'il ne parvenait pas à avoir la vie qu'il avait toujours souhaité, humain et entouré d'une famille, il fallait qu'Edward puisse poursuivre sa vie dans ce monde. S'il ne pouvait pas survivre pour son rêve, il devait pouvoir survivre pour celui d'Edward.

– Donne-moi des âmes.

– Tu en as eu suffisamment.

– Donne-moi des âmes ! Donne-les-moi !

– Tu n'auras rien.

– Je t'en prie, supplia Envy, à genoux. Donne-moi... Donne-moi... Ne le laisse pas mourir... S'il faut... Si je dois... Je ne veux pas devenir humain... pas à ce prix. Pas à ce prix...

Envy se mit à suffoquer, sous le sourire immense de la Vérité. Quelque chose bougeait dans sa poitrine. Il craignit que ce soient ses âmes qui se rebellaient, puis la réalité le frappa.

Un cœur. Il le sentait battre régulièrement et doucement juste sous des doigts. Sa Pierre était encore là, même affaiblie, coincée dans la chair et le sang. Jamais sa poitrine ne lui avait semblé si lourde auparavant.

Son temps était compté.

– Non... Non... Ne fais pas ça...

La Porte commençait à s'ouvrir derrière lui.

– Ne le laisse pas... Je t'en supplie... Ne fais pas ça. Aie pitié, implora Envy. Reprends ce cœur, je n'en veux pas.

L'ouverture béante derrière lui l'appelait, mais il refusait de s'y rendre. Pas avant d'avoir eu la certitude qu'Edward lui survivrait.

Désespéré, il tenta de s'accrocher au sol alors que les mains de l'autre côté l'attrapaient par les chevilles, tout en remontant pour s'enrouler autour de ses autres membres.

– Il semblerait que tu mesures enfin l'étendue du prix que tu as à payer, déclara la Vérité alors qu'Envy se débattait de toutes ses forces. Devenir humain nécessite un sacrifice. Tu devras vivre les quelques années qu'il te reste en sachant que tu entraîneras dans ta chute la personne qui t'est la plus chère.

– Non !

Le hurlement d'Envy se perdit dans une lumière d'une vive intensité, puis mourut alors qu'il errait dans le néant, entre la Vérité et son enveloppe charnelle.


– Je t'ai demandé si tu aimerais que je recommence ? s'énerva une voix lointaine. Réponds-moi ! Impero !

Allongé dans l'obscurité, face contre terre, Envy était au-delà de la souffrance. Sauf que... Elle n'était pas physique, pas cette fois. Edward allait mourir par sa faute. Il ne pouvait pas le protéger. Il n'avait plus rien. Plus rien..., se répétait-il intérieurement en proie à la plus vive détresse, tandis qu'il se sentait incapable du moindre mouvement, couché dans la boue et l'herbe froide.

Autour de lui, il entendait des voix estompées. Il ne réussissait pas à se concentrer sur elle. Il n'en avait pas la force.

– Je ne répondrai rien du tout !

Le cri atteignit son cerveau mieux que les discours précédents. C'était la voix de Harry, sans aucun doute. Combien de temps était-il resté mort ? Il ne savait pas. Il ne voulait pas savoir. Il voulait voir Edward, et s'assurer qu'il était en vie. Mais il avait aussi envie de fuir, pour ne jamais avoir à lui dire la vérité. Comment pourrait-il le regarder droit dans les yeux, en sachant ce qu'Edward ignorait ?

– Tu ne veux pas répondre ? reprit une voix inconnue, très calme, sifflante. Tu ne veux pas répondre « non » ? Harry, l'obéissance est une vertu que je vais devoir t'enseigner avant de te tuer...

Le monde paraissait moins confus, Envy moins nauséeux. La situation se rappela à lui et il ouvrit les yeux, sans toutefois bouger le reste de son corps. Il vit plusieurs hommes encagoulés. Des Mangemorts. Parmi eux, un petit homme au visage de rat. Pettigrow. Au centre de spectateurs, une petite silhouette se tenait droite, tremblante. Harry. Il était en danger. Face à lui se tenait un homme inconnu, blanc, squelettique, des yeux rouges, un visage semblable à celui d'un serpent. Voldemort.

– Encore une petite dose de douleur ? proposa ce dernier en levant sa baguette.

Instinctivement, Harry se jeta sur le sol et roula derrière une pierre tombale qui se fendit lorsque le maléfice l'atteignit. Voldemort se mit alors à railler le garçon tout en s'approchant de sa cachette, ses partisans riant de la fuite de Harry. Personne ne faisait attention aux deux cadavres de Fleur et Envy, couchés dans l'obscurité, au bout de l'allée du cimetière. C'était l'occasion rêvée.

Prudent, Envy se glissa silencieusement derrière une statue et se releva, avant de passer discrètement d'une pierre tombale à une autre pour s'approcher petit à petit du groupe de Mangemorts.

Souple et silencieux, Envy n'écoutait que d'une oreille distraite le discours de Voldemort. Sa première cible était Pettigrow, qui se tenait à l'écart, apeuré. S'il l'attrapait, Sirius serait innocenté. Envy transfigura une petite cage en barbelé, le regard cruel vissé sur le visage du traitre.

– Ce ne sera pas long... Peut-être même que tu ne souffriras pas... je n'en sais rien... Je ne suis jamais mort...

Encore un peu et il serait assez près. Envy arriva et surgit d'entre les tombes, sans attirer l'attention sur lui. D'un geste de baguette, il soumit Pettigrow au silence et celui-ci se tourna brusquement vers lui, les yeux écarquillés de terreur. Envy l'attrapa au vol alors qu'il se transformait en rat pour lui échapper. Personne n'avait remarqué ce qu'il s'était passé. Personne à part le serpent de Voldemort, qui le prit d'assaut dans un sifflement furieux. Décontenancés, les Mangemorts se retournèrent d'un même mouvement, mais au même moment, un jet de lumière verte jaillit de la baguette de Voldemort à l'instant même où une lumière rouge fusait de celle de Harry.

Les deux traits lumineux se heurtèrent en pleine course. Nagini sauta à la gorge d'Envy. Voldemort et Harry s'élevèrent en même temps dans les airs, leurs baguettes toujours reliées par un étroit faisceau de lumière dorée. Envy repoussa le serpent avec violence, sans réussir à le trancher en deux.

Les Mangemorts étaient partagés, certains s'étaient mis à crier, demandant à Voldemort ce qu'ils devaient faire, tandis que les autres attaquaient Envy après un moment de flottement face au revenant.

Envy évita quelques Stupéfix en roulant entre les tombes. Le serpent le suivait à grande vitesse, les crochets découverts et prêts à l'égorger.

Pendant ce temps, un étrange dôme d'or s'était formé autour des deux ennemis mortels.

– Ne faites rien ! s'écria Voldemort d'une voix perçante. Ne faites rien tant que je ne vous en aurai pas donné l'ordre !

Envy prit résolument sa baguette magique dans son poing. Il sentait qu'il pouvait le faire. Il avait encore un rôle à jouer avant la fin. Il refusait son destin et celui d'Edward. Envy se sentit alors empli d'un pouvoir qu'il n'avait jamais expérimenté. Il avait assez de puissance, comme jamais il n'en avait senti auparavant. D'un geste brusque, il réussit à expulser tous les Mangemorts des alentours. La plupart s'écrasèrent dans la boue, pour les plus chanceux. Les autres se fracassèrent contre des pierres tombales. L'un d'entre eux en particulier eut le crâne défoncé. Son sang et sa cervelle se répandirent sur le marbre.

Profitant de l'incapacité momentanée de ses adversaires à l'attaquer, Envy jeta un coup d'œil au spectacle que lui offraient Voldemort et Harry. Sous leur dôme, plusieurs silhouettes fantomatiques étaient apparues. Fleur, en premier lieu, un vieil homme, une femme qu'il reconnut comme étant Bertha Jorkins, puis deux autres... Les parents de Harry.

Impuissant, Envy ne put qu'observer, avant d'apercevoir les Mangemorts sonnés se relever avec mal. Un craquement sonore résonna dans tout le cimetière, provenant de la grille en fer forgé qui en délimitait les frontières. Envy vit les sorciers en uniformes arriver, courant à toute jambe. Ami ou ennemi, il ne savait pas et ne voulait pas rester le temps de le découvrir.

– Maintenant ! s'écria soudain Harry en brisant le lien qui le liait à Voldemort.

Envy, près du corps de Fleur pour vérifier si elle était morte, vit Harry foncer droit sur lui en courant à en perdre haleine. Le garçon eut un moment de bouleversement intense dans sa course alors qu'il voyait Envy se tenir accroupi, en vie. Malgré le choc, Harry ne s'arrêta pas dans sa course effrénée, tandis que les maléfices et sortilèges s'échangeaient derrière lui à grande vitesse entre les Mangemorts et les nouveaux venus. Envy le couvrait également, avec le peu de puissance qu'il lui restait.

Voldemort se pétrifia en voyant le corps d'Envy bouger et cet instant de doute permit à Harry d'arriver près des deux autres champions.

Avada Kedavra ! hurla Voldemort.

Harry se jeta sur Envy et Fleur et lança un Accio en direction du trophée. Le sortilège de mort toucha Envy de plein fouet. La dernière chose que Harry entendit fut le hurlement de fureur de Voldemort à l'instant même où il sentait, au niveau du nombril, la secousse qui signifiait que le Portoloin avait fonctionné. Il les emmena au loin, dans un tourbillon de couleurs. Un sanglot lui échappa alors qu'il tenait les deux cadavres de Fleur et Envy tout contre lui.

Ils retournaient d'où ils étaient venus.


– Ils sont revenus ! s'écriait la foule en panique.

D'un même mouvement, Mrs Pomfresh et les Aurors déferlèrent à l'entrée du labyrinthe comme une vague, coupant la scène du reste du monde. Le chaos régnait sur le terrain de Quidditch alors que les élèves descendaient des tribunes pour voir de plus près dans quel état les champions revenaient. N'ayant plus aucune barrière d'autorité de la part des Aurors qui s'occupaient du cœur de l'action, ce fut l'ouverture à tous les débordements. Des masses de spectateurs découlèrent des bancs et des gradins pour s'écouler finalement sur le terrain, brisant tout contact visuel entre les Aurors et leur environnement.

La seule personne capable d'écarter la foule pour se libérer un passage fut Dumbledore qui courait jusqu'au point d'arrivée du Portoloin. Fudge, plus lent, éprouva quelques difficultés à se débattre contre les élèves qui ne se poussaient pas sur sa route.

– Reculez tous ! ordonna Dumbledore d'une voix si magiquement amplifiée qu'elle força les personnes présentes à se boucher les oreilles.

Les Aurors firent reculer tout le monde, pendant que Dumbledore prenait Harry par les épaules et le retournait. Autour de lui gisaient deux corps inertes. Fleur et Envy. « Mon Dieu ! Ils sont morts ! » La rumeur se répandit comme une traînée de poudre dans la foule qui était obligée de reculer. Les paroles de Fudge furent répétées dans des murmures, puis des exclamations, avant de terminer par des cris d'horreur qui s'élevèrent dans la nuit. « Elle est morte ! » « Fleur Delacour est morte ! » « Envy Alighieri est mort ! », « Ils ont été tués ! ».

Tous les juges s'étaient précipités, accompagnés de la famille Delacour. La mère et la fille s'effondrèrent sur le corps de Fleur, pleurant à chaudes larmes sous le regard compatissant de Pomfresh qui secoua la tête d'un air impuissant. Il n'y avait rien de plus qu'elle puisse faire. C'était trop tard.

N'ayant pas bougé d'un pas depuis leur retour, Edward restait pétrifié sur place. Il avait l'impression de ne plus être lui-même, d'être hors de son corps, comme s'il était complètement détaché de tout. Ses yeux ne pouvaient se détacher du corps immobile d'Envy. Il attendait. Et attendait encore. Mais rien ne se passait. Pas un souffle, pas un clignement d'œil, pas un son. Rien. Le vide.

La foule passait comme à vitesse grand V autour de lui, s'affairant à leurs tâches diverses. Il entendait les cris, les pleurs, la panique diffuse. Il voyait Harry, crispé sur les deux corps immobiles, alors qu'on tentait de lui faire lâcher prise. Puis on le releva et Pomfresh l'emmena avec elle, accompagnée d'un Hagrid ruisselant de larmes. Ne restait plus que la famille Delacour, désemparée et éplorée, qui pleurait en tirant convulsivement sur les vêtements de leur fille ou sœur disparue.

Envy ne bougeait toujours pas. Qu'attendait-il ?

Et si... dans sa lutte contre Voldemort... Il avait perdu trop d'âmes ?

À cette pensée terrifiante, il n'entendit plus rien. Il voyait l'agitation, les visages défaits, la peur, mais il n'entendait plus rien. Le corps immobile d'Envy occupait tout son champ de vision. Il fixait le visage pâle, à moitié dissimulé derrière un rideau de cheveux noirs.

Tam.

Edward entrouvrit la bouche, déconcerté.

Tam. Tam.

Il se pencha, les yeux irrités de trop peu cligner alors qu'il regardait Envy fixement, s'interrogeant sur le bruit de tambour qu'il semblait entendre émanant directement de lui.

Tam. Tam. Tam.

Pas des percussions, un cœur qui battait ! Les pulsations reprirent, plus vite, plus fort. Edward entama un mouvement en avant, inexorablement attiré par ce son qui l'appelait. Avant qu'il ait pu avancer davantage, le corps d'Envy se cambra dans une violente inspiration. Dumbledore et Fudge, à ses côtés, ainsi que les personnes les plus proches, eurent de brusques sursauts en le découvrant encore en vie.

Avant que quiconque ait pu réagir, Edward s'élança en avant, dévala les quelques mètres qui le séparait d'Envy en contre-bas. Dans sa précipitation, il manqua de tomber plusieurs fois sans y prêter attention. Finalement, il arriva près d'Envy et s'effondra à genoux, ses jambes ne voulant plus le porter.

Il s'avachit sur Envy et le redressa, alors qu'il respirait très fort, apparemment essoufflé par sa résurrection, et une main crispée sur sa poitrine. Edward le prit dans ses bras et le serra de toutes ses forces en répétant inlassablement les mêmes mots qui le rassuraient. « Tu es vivant ».

Pris comme dans un étau, Envy grogna contre l'étreinte envahissante avant de réaliser qui se tenait contre lui.

– Ed...

Tu es vivant, répéta Edward pour la millième fois.

La vue brouillée par une masse de cheveux blonds, Envy ferma les yeux en laissant son front tomber sur l'épaule qui se présentait à lui. Dans un dernier effort, il leva les bras, ignorant tout des cris et des questions qui fusaient autour d'eux, et il répondit à l'étreinte, serrant le corps d'Edward tout contre lui. Il avait envie de hurler en pensant au sort qui l'attendait par sa faute. Il ne supportait pas ce prix, de devoir vivre à ses côtés en sachant ce qui l'attendait sans réussir à le lui avouer, de peur du rejet.

– Envy ? appela Edward avec inquiétude. Tu...

– Non, ne le dis pas, chuchota Envy en le serrant plus fort. Ne le dis pas... Ne le dis pas...

Décontenancé, Edward sentit les larmes d'Envy s'échouer dans son cou, alors qu'il l'étreignait avec la force du désespoir, sans savoir que cette nuit signait le début de la descente aux Enfers.

Plus loin, une cage de fer attendait, gardant prisonnier un rat paniqué.