Hello ! Vos commentaires m'ont bien fait rire, parce que je suis sadique xD Blague à part, je suis heureuse que l'histoire vous plaise.
Bref, je tenais à vous prévenir que je serai absente jusqu'au 12 août, donc le prochain chapitre viendra à cette date ou le lendemain. Ne vous inquiétez donc pas de ne pas avoir la suite :)
Chapitre trente-quatre : La croisée des chemins
– Nous n'avons plus aucun témoin, déclara Dumbledore d'une voix lasse, debout au pied du lit d'Envy. Croupton n'a pas pu être soigné correctement par Mrs Pomfresh à cause des instructions insensées de Fudge et je viens d'apprendre sa mort. Scrimgeour n'a pu que confirmer des aveux concernant les meurtres de Bertha Jorkins, Frank Bryce, Barty Croupton Senior et les Moldus français. Il n'a pas pu approfondir la piste de Voldemort et Fudge refuse ne serait-ce que de l'entrevoir.
– Les Aurors qui sont allés sur le terrain ont bien dû croiser Voldemort, rétorqua Envy en secouant la tête. Il était encore là, quand ils sont arrivés.
– Il semblerait que les Mangemorts aient protégé leur maître pour lui permettre de fuir, puis ont fait de même. Excepté Goyle, qui est mort dans la lutte.
– C'est moi qui l'ai tué, précisa Envy distraitement en poussant un lourd soupir de fatigue.
Dumbledore eut un léger mouvement de recul à cette nouvelle et fixa son protégé d'un œil nouveau avant d'échanger un regard avec Edward, qui ne semblait ni surpris ni choqué par la nouvelle. Seulement profondément peiné et résigné.
– Envy... Plusieurs témoins affirment vous avoir vu mourir cette nuit. Certains Aurors disent que vous avez été frappé d'un sortilège de mort avant d'utiliser le Portoloin, et Harry m'a interrogé à ce sujet lorsque j'ai eu mon entrevue avec lui, tout à l'heure. J'ai réussi à lui tirer une seconde fois la promesse de vous couvrir, cette fois en lui faisant jurer de ne parler à personne de vos plusieurs morts. Pour le moment, le secret est sauf, mais il faudra que j'aie une discussion plus approfondie avec lui demain matin. Bien sûr, ce n'est qu'un court répit, car il ne fait aucun doute qu'un jour ou l'autre, il en parlera, lorsqu'il ne pourra plus supporter ce fardeau plus longtemps. Mais les choses se seront peut-être tassées d'ici là.
En ce moment même, Harry se reposait lui aussi à l'infirmerie, dans la salle d'à côté, afin de se récupérer de sa nuit éprouvante, en compagnie de Mrs Weasley, Bill, Ron, Hermione et Patmol. Pour des raisons purement pratiques et de sécurité, Envy avait quant à lui été placé dans une chambre à part afin d'éviter un interrogatoire du ministère avant que Dumbledore ait rassemblé toutes les informations possibles. Plus tard, le mage savait qu'il ne pourrait empêcher le Bureau des Aurors d'interroger Envy sur la mort de Fleur, Goyle et sur l'hypothétique retour de Voldemort. À partir du moment où cette enquête commencerait, Dumbledore ne pourrait plus rien pour les protéger.
– Il s'est passé quoi là-bas exactement ? demanda Edward, curieux, et le seul à n'en avoir aucun aperçu pour le moment. Combien de fois es-tu mort ?
– Trois fois, répondit Envy, les épaules affaissées et le... cœur... lourd.
Il ne lui avait toujours rien dit sur sa rencontre avec la Vérité et il comptait bien la garder pour lui, en attendant d'avoir trouvé un moyen de contrer leur destin tragique. Il ne laisserait pas Edward mourir, c'était hors de question. Désormais, il ne lui restait plus que trois âmes, et il les utiliserait à bon escient en les préservant jusqu'à trouver un moyen de rallonger sa vie, même si cela signifiait ne jamais réaliser son rêve de devenir humain.
– Je sais que vous refusez de me répondre à chaque fois que j'aborde ce sujet, poursuivit Dumbledore en les fixant tous deux à tour de rôle. Cependant, j'aimerais savoir si votre capacité à revenir à la vie — quel que soit ce moyen — comporte une limite. D'après vos réactions, j'imagine que c'est le cas.
– Je peux encore mourir deux fois. La troisième sera la dernière, annonça Envy sombrement.
– Est-il possible que Lord Voldemort ait eu recours au même moyen que vous pour revenir ce soir ?
– Non, affirma Edward avec conviction. Ce qu'il a volé dans la tombe de Flamel n'était qu'un leurre placé par Flamel lui-même. Vous avez en votre possession ses véritables travaux.
Dumbledore, surpris, cligna plusieurs fois des yeux, alors qu'Envy haussait un sourcil.
– Je ne voulais pas que ça s'ébruite, expliqua Edward. Comme Skeeter n'arrête pas de fouiner, j'ai préféré garder ça pour moi. Les travaux de Flamel sur la Pierre sont dans un des livres qu'il vous a légués, afin que vous nous les transmettiez plus tard. Il explique également dans un message qu'il savait effectivement que quelqu'un chercherait à découvrir son secret et qu'il l'a piégé avant de mourir. Nous n'avons aucun souci à nous faire de ce côté-là. Flamel m'a assuré qu'aucun autre alchimiste n'était arrivé à ce stade de recherche sur l'immortalité à part lui.
– On a encore eu un autre coup de chance, apparemment, le coupa Envy. Maintenant Voldemort et ses Mangemorts savent que l'immortalité ne vient pas de toi, mais de moi. Ils ne te prendront plus pour cible.
– On n'a pas la même définition de « coup de chance », rétorqua Edward en fronçant le nez.
– Je pense moi aussi que ce n'est pas une mauvaise chose, intervint Dumbledore sous le regard noir d'Edward. D'un point de vue purement pratique, Envy a davantage de chance de survivre que vous à l'attention de Lord Voldemort, d'après ce que vous me dites.
– Ma vie n'a pas plus d'importance que celle d'Envy. En plus Voldemort cible la bonne personne maintenant.
– Je croyais avoir compris que l'immortalité d'Envy était inaccessible-
Edward balaya le sujet d'un geste impatient.
– Plus tard. Et concernant la sécurité de Harry ?
Pendant un moment, Dumbledore garda le silence avant de venir s'asseoir de l'autre côté du lit d'Envy.
– Il semblerait que Harry ait échappé de peu à la mort, et ce, grâce à sa baguette. Peu de personnes le savent, mais les baguettes de Harry et de Voldemort contiennent une plume de la queue de Fumsec. Ainsi, elles sont sœurs et lorsque Voldemort a tenté de tuer Harry cette nuit, il n'a pas pu. Deux baguettes sœurs ne peuvent agir l'une contre l'autre.
– Alors Voldemort va essayer de se procurer une autre baguette, dit Envy, pragmatique. Comment comptez-vous assurer la sécurité de Harry quand ce sera le cas ?
– Pour le moment, il va passer l'été chez les Dursley. Là-bas, il est sous la protection du sang que lui a transmis sa mère et qui continue à subsister par l'intermédiaire de la tante de Harry.
– Est-ce efficace ? demanda Edward.
Dumbledore hocha la tête.
– Ce n'est pas la sécurité de Harry qui me préoccupe le plus, cependant, reprit-il avant de marmonner une formule magique avec un mouvement de baguette.
En quelques secondes, sa Pensine apparut et il sortit un flacon en verre contenant le même liquide brumeux que les autres fois. Il le fit s'écouler dans la bassine et posa celle-ci sur les jambes d'Envy, pendant qu'Edward s'y penchait pour regarder lui aussi. L'Homonculus reconnut le cimetière, mais pas la scène, qui devait avoir eu lieu pendant son « absence ». Pendant les prochaines minutes, ils firent tous preuve de la plus grande concentration en écoutant jusqu'à la fin le discours de Voldemort à ses partisans.
Pensif, Edward ne fit pas mine d'ouvrir la bouche. Envy prit la parole, au contraire :
– Il faut retirer les Détraqueurs d'Azkaban avant que les Lestrange et les autres Mangemorts soient libérés.
– Je compte bien soumettre ce conseil à Fudge dès qu'il sera libre pour une conversation. Ce qui ressort d'un côté pratique de ce discours est qu'Igor Karkaroff ne survivra pas longtemps. Il a pris la fuite en profitant de l'agitation de ce soir à l'arrivée de nouveaux Aurors et il sera pourchassé. Ce qui m'inquiète davantage est le sort qui sera réservé à Severus Rogue. Il sera puni, ça ne fait aucun doute. Puis il reprendra son rôle d'espion.
– Est-il fiable ? questionna Envy, méfiant. Pour vous Maugrey l'était, et pourtant Croupton a réussi à prendre sa place et à vous berner pendant un an. Il pourrait très bien faire triple jeu et être dans le contre-espionnage.
– Je vous le répète : je connais ses motivations profondes et je lui confierais ma vie, s'il le fallait.
Peu rassuré par ce trop-plein de confiance, Envy grinça des dents, mais ne répondit pas, plutôt intrigué par le silence inconfortable d'Edward qui scrutait la Pensine inactive avec cet air de... Il ne savait pas exactement. Mais en tout cas, ses méninges tournaient à plein régime.
– Il a dit...
Dumbledore et Envy tendirent aussitôt l'oreille, alors qu'Edward ouvrait enfin la bouche.
– ... Que son but était de devenir le maître de la Mort et que les Mangemorts savaient tout ce qu'il a accompli pour ça. Ça voudrait dire que ses partisans de l'époque, du moins les plus proches de lui, savent comment il a fait pour revenir, et donc, comment nous pourrions le détruire, n'est-ce pas ?
– Severus était dans ses intimes et pourtant, il n'a que peu de pistes concernant les expériences que Voldemort a menées.
– Voldemort craignait peut-être qu'il ne lui soit pas assez fidèle.
– À l'époque, Severus était un Mangemort confirmé et convaincu. L'idée même de trahir Voldemort ne l'avait pas effleuré. Par contre, il pense que les Lestrange pourraient en savoir davantage. Et... les Malefoy également, pourraient avoir été utilisés, si l'on se fie aux événements survenus il y a deux ans.
– L'ouverture de la Chambre des Secrets ? demanda Envy. Qu'est-ce que ça a à voir avec le moyen de revenir à la vie ?
– Je l'ignore encore, répondit Dumbledore. Je n'ai que des théories.
Son regard croisa celui d'Edward et il sut que son protégé savait qu'il avait plus que de simples « théories ». Après cette nuit, il en était presque à des certitudes et il hésitait de plus en plus à leur en faire part, mais un doute le tenait fermement et il préférait attendre d'avoir réfléchi à tête reposée. De plus, il se demandait à quelle conclusion Edward arriverait en menant ses propres recherches et réflexions. S'ils en arrivaient aux mêmes, il proposerait de s'allier à lui dans le secret, afin de s'assurer que la conclusion de la guerre aille en leur sens.
En face de lui, il ne savait pas qu'Edward se posait les mêmes dilemmes. Dans ses conclusions, il se trouvait encore à un stade plus brouillon. D'après le souvenir, lors de la nuit du 31 octobre 1981, Voldemort aurait été « arraché à son corps » et aurait pu survivre jusque là grâce au seul pouvoir qu'il lui restait : prendre possession des corps, qu'ils soient humains ou animaux. D'abord, Edward pensa à la capacité d'Envy à absorber les humains pour cumuler leurs âmes dans sa Pierre. Seulement, Voldemort ne possédait pas la pierre philosophale et la cherchait même désespérément. Ce n'était donc pas ce qu'il s'était passé.
Alors quoi ? La seule autre solution qui lui venait à l'esprit se rapprochait davantage de son champ de compétence. Il se demandait si, comme Alphonse lors de leur transmutation humaine, son corps et son âme avaient pu se retrouver séparés, mais que, contrairement à Alphonse, il n'avait pas eu la chance d'avoir son âme fixée dans quoi que ce soit. Par la magie, son âme aurait pu survivre seule. Dans ce monde magique, c'était une possibilité.
Mais Edward n'aimait pas cette théorie. Elle ne lui paraissait pas complète. Si c'était grâce à la magie que l'âme pouvait survivre à la mort du corps, aucun sorcier ne pourrait mourir. Pourtant, ils mourraient bel et bien. Peu d'entre eux restaient sous forme de « fantôme ». Il fallait un réceptacle. Quand Voldemort avait tué Lily Potter... Il n'y avait qu'un seul réceptacle dans la pièce.
Edward ouvrit les yeux d'horreur et fixa Dumbledore, la bouche entrouverte.
– Harry... cette cicatrice... les rêves... le Fourchelang...
Décontenancé, Dumbledore fixa Edward comme s'il le voyait pour la première fois. Ce qu'il avait fallu presque une quinzaine d'années à Dumbledore pour comprendre, il l'avait saisi en une soirée. Si auparavant, la théorie de Dumbledore lui paraissait difficile à assimiler et à accepter, avec l'assentiment d'Edward qui en était arrivé seul au même résultat, il ne pouvait que se rendre à l'évidence : ils avaient trouvé le moyen.
– Euh... Quelqu'un pourrait m'éclairer ?
– Plus tard, intervint Dumbledore qui préférait que le secret ne soit pas ébruité. Pour contrer au plus vite Voldemort, nous allons avoir besoin de toute l'aide possible et dans les délais les plus courts. Je compte bien reformer l'Ordre du Phénix, afin de lutter dans l'ombre contre les Mangemorts. Fudge est un couard, il va continuer à refuser la réalité tant qu'elle ne lui sautera pas au nez. Je sais que vous êtes jeunes, et c'est un vrai dilemme pour moi de devoir poser une telle demande, toutefois j'aimerais savoir si vous seriez d'accord de rejoindre notre camp.
– Ne vous inquiétez pas pour notre âge, soupira Edward. Si ça peut vous rassurer, j'ai dix-sept ans en réalité.
– Vous êtes à peine majeurs tous les deux... soupira Dumbledore, pourtant légèrement soulagé par la différence.
– Lui oui, contra Envy. Personnellement, j'ai bien plus d'expérience que vous pouvez le croire.
– Tu sais, tu peux dire que tu es vieux, ce n'est pas la peine de complexer, le railla Edward sans pouvoir s'en empêcher.
Envy sentit un tic de colère le prendre au coin de la bouche, vexé.
– S'il vous plaît, encore un peu de sérieux, les reprit calmement Dumbledore. J'aimerais simplement une réponse. Serez-vous les alliers du Bien ?
– Le Bien ? répéta Envy avec amertume. Quelle blague, c'est juste une guerre entre deux idéaux. Entre deux meneurs.
Les images de Voldemort et de la Vérité lui passèrent furtivement par l'esprit. Aucun d'eux n'était du côté du « Bien ». Ils luttaient pour le pouvoir, c'était tout. Voldemort désirait vivre éternellement en soumettant le monde entier à son pouvoir pendant que la Vérité souhaitait garder son statut de Tout-Puissant. Aucun n'hésitait à tuer et sacrifier des vies pour atteindre leur but purement égoïste. Des deux, il ne savait pas lequel était le plus cruel et le plus meurtrier.
– Je ne serai pas de votre côté, Dumbledore.
Surpris, Edward le fixa d'un air hébété.
– Qu'est-ce que tu racontes ? Bien sûr qu'on est de son côté !
Envy secoua la tête en fixant ses paumes ouvertes sur ses cuisses.
– Je ne serai que du côté d'Edward. Je ne compte pas être votre pion. Je ne vous apporterai mon aide que s'il estime qu'elle est nécessaire.
– Mais Envy — !
Envy l'interrompit d'un regard déterminé.
– Ed, je sais quelle est ma mission. Ce n'est pas de sauver qui que ce soit ni d'être le sbire d'Albus Dumbledore et de l'Ordre du Phénix. Tout ce que je dois faire, c'est de te permettre de réaliser ton destin.
Perplexe, Edward fixa Envy droit dans les yeux pendant un long moment, cherchant à comprendre pourquoi il avait l'impression tenace que quelque chose avait changé. De quoi parlait-il ? Son « destin » ? On aurait dit la Vérité, quand il parlait de cette manière. Quelque chose s'était passé, que ce soit dans le labyrinthe ou au cimetière. Envy semblait si déterminé et en même temps, fataliste.
Les poings serrés, Envy eut peur qu'il comprenne qu'il s'était passé quelque chose et qu'il le questionne à ce sujet, mais il soutint son regard aussi vaillamment qu'il put, le cœur serré d'appréhension et de honte. Finalement, Edward brisa le contact visuel et hocha faiblement la tête.
– Très bien, j'ai compris. Si tu décides d'être l'épée qui détruira Voldemort et ses idéaux, je serai le bouclier de ses victimes. Nous rejoignons l'Ordre du Phénix en tant que membres indépendants, annonça-t-il en s'adressant à Dumbledore. Si vous nous demandez quelque chose qui va contre nos convictions, nous partirons.
– Je comprends, concéda Dumbledore en se levant de sa chaise. Je crois que nous en avons terminé pour ce soir. Edward, j'aurais encore de nombreuses choses à échanger avec vous dans les prochains temps. Envy, reposez-vous bien, vous avez mérité une bonne et longue nuit de sommeil.
Dumbledore fit disparaître sa Pensine puis partit pour passer la porte et parler à voix basse avec quelqu'un avant que Pomfresh entre à son tour, laissant au directeur le soin de refermer derrière elle. L'infirmière avait les bras chargés d'un plateau sur lequel reposaient deux verres fumants remplis de potions aux couleurs suspectes et une assiette de sandwichs qu'elle déposa sur la table de chevet.
– Comment vous sentez vous ? s'enquit-elle en s'approchant du lit.
– Aussi bien que possible, grommela Envy.
Pas dupe pour une mornille, elle se racla bruyamment la gorge pour le rappeler à l'ordre. Il frémit en croisant les bras, la mine boudeuse.
– J'ai mal à la poitrine, j'ai des courbatures partout, j'ai la nausée et, par-dessus le marché, je pue.
– C'est déjà plus honnête, approuva Pomfresh avec un pâle sourire. Buvez cela, vos courbatures iront beaucoup mieux.
Elle lui tendit le premier verre rempli d'une potion vert pomme qu'il but d'une traite en grimaçant face au goût âcre du remède. Pendant ce temps, elle lui tendit le plat de nourriture qu'il dédaigna, le ventre trop noué pour avaler quoi que ce soit d'autre, avant de retourner à la porte qu'elle ouvrit pour accueillir plusieurs flacons de potion supplémentaire qu'elle venait d'appeler à elle. Il but avec soulagement celle contre la nausée, mais refusa toujours de se nourrir. Elle abandonna en lui promettant qu'elle le gaverait dès le lendemain.
– Vous pouvez partir, Mr Elric, indiqua-t-elle en le remarquant alors qu'elle contrôlait son patient.
Il hocha la tête et fit mine de se lever, mais la main d'Envy l'attrapa par réflexe pour le retenir. Son regard semblait crier de ne pas l'abandonner et Edward n'y résista pas. Il se rassit sous le haussement d'épaules de Pomfresh qui demanda à Envy de lui donner plus de précisions sur son mal de cœur.
– Vous êtes soumise au secret médical, non ?
Étonnée par cette entrée en matière, Pomfresh hocha la tête, curieuse de connaître la raison de cette demande.
– Cette nuit, j'ai reçu... Enfin... Comment expliquer... Vous m'avez déjà ausculté avant, vous avez dû remarquer que je n'avais pas de cœur... Je veux dire, littéralement, n'est-ce pas ?
Mal à l'aise, l'infirmière hocha une nouvelle fois la tête. Elle n'avait jamais fait part de cette découverte à qui que ce soit et n'y avait d'abord pas cru, avant de se faire à l'idée que ce garçon ne fonctionnerait jamais comme tout le monde.
– Eh bien depuis cette nuit, reprit Envy avec plus de confiance. J'en ai un.
Edward, la bouche en forme d'o, interrogea Envy du regard par rapport à ce changement drastique de morphologie, ce à quoi l'Homonculus ne répondit que par un demi-rictus, à la fois entre la joie et la haine de devenir humain.
– J'avoue ne pas savoir que faire de cette information, admit Pomfresh avec un regard dépité, les mains sur les hanches. J'ignore de quelle nature votre douleur peut être, dans ces circonstances... disons, inhabituelles. Me permettez-vous de vous approcher pour voir par moi-même ?
– Je ne crois pas qu'il y ait grand-chose à voir, commenta Envy en passant sa chemise de nuit par-dessus sa tête.
Pomfresh passa sa baguette magique par-dessus l'emplacement qu'aurait dû occuper le cœur de son patient et elle l'y trouva effectivement, là où elle n'entendait que le silence quelques mois plus tôt. Elle connaissait des médicomages prêts à tuer père et mère pour avoir l'occasion d'ausculter Envy rien que pour une heure et essayer de percer les mystères organiques le composant.
– Si je puis me permettre une question indiscrète... Comment avez-vous pu vivre sans cœur jusqu'ici ?
Le sourire sardonique d'Envy refit son retour alors qu'il posait le bout de ses ongles en une ligne au-dessus de son cœur.
– Vous voulez que je vous montre ?
– Envy, si tu fais ça, je dégobille sur toi direct, prévint Edward, déjà verdâtre à l'idée qu'il s'arrache la poitrine pour montrer sa Pierre. Maintenant, je crois que tu devrais dormir, tu as une tête de déterré.
En disant cela, il avait attrapé le verre de potion de Sommeil sans rêves pour la présenter de force au visage d'Envy. L'Homonculus se montra d'abord récalcitrant, mais finalement, il la but sous l'insistance des deux humains. Il n'eut le temps de ne rien dire de plus que sa tête tombait lourdement sur son oreiller. Pomfresh le rhabilla d'un geste de baguette et le recouvrit de son drap jusqu'au menton, sous le regard fatigué d'Edward qui s'étira longuement en lâchant un bâillement sonore.
– Merci beaucoup pour tout ce que vous avez fait pour nous depuis le début, remercia Edward en fixant la sorcière qui s'affairait à ranger tout son matériel.
– Je ne fais que mon travail, répondit-elle en l'observant avec inquiétude. Vous devriez vous aussi dormir un peu. Vous avez vécu une nuit riche en émotions.
– Je préférerais rester auprès de lui.
– Ne vous inquiétez pas, il est en sécurité ici. Albus a placé des sortilèges d'intimité et de protection spéciaux. Il ne risque rien. Vous serez tout près. Il y a des lits dans la salle d'à côté.
– Si vous le dites, marmonna Edward en prenant le chemin de la sortie.
Dans la salle principale de l'infirmerie, tout était parfaitement calme et immobile. Mrs Weasley et Bill étaient assis directement au chevet de Harry, profondément endormi et paraissant frêle dans son lit. Au pied de celui-ci se tenait Patmol en sentinelle qui surveillait son filleul sous sa forme canine. Dès l'entrée d'Edward, ses deux oreilles se dressèrent sur son crâne et il se redressa, quittant sa position couchée pour accueillir Edward en remuant la queue. Avec un sourire, le blond s'approcha pour lui flatter le sommet de la tête avant d'accorder un signe de la main à Ron et Hermione, assis au bord d'un lit.
– Comment va Harry ? chuchota-t-il, Sirius assis à côté de sa jambe.
– Sa jambe ne mettra pas plus d'une nuit à guérir. En dehors de ça, il n'est pas blessé, hésita Mrs Weasley. Mrs Pomfresh lui a donné une potion de sommeil.
– Et mentalement ?
Ses amis échangèrent des regards incertains et inquiets.
– Il a subi beaucoup d'épreuves... là-bas, dit Hermione d'une voix tremblotante. N'est-ce pas ?
Edward hocha la tête avec un soupir silencieux.
– Il aura besoin de soutien, poursuivit-il en jetant en particulier un regard vers le bas, en direction de Sirius qui hocha la tête. De nous tous.
– Envy aussi... murmura Ron, hésitant. Il L'a vu aussi, hein ? Beaucoup de personnes disent qu'il était mort quand ils ont atterri à Poudlard.
Edward garda son air détaché pour observer ses proches un par un.
– Il va bien. C'est tout ce que je peux dire... Bon, si vous ne m'en voulez pas, je crois que je vais piquer un petit somme. Je suis mort, ajouta-t-il avant de grimacer face à son indélicatesse.
Il secoua la tête puis s'attela à ôter ses chaussures qu'il laissa tomber au pied d'un lit dans lequel il plongea avec délice, le nez dans l'oreiller et les bras le serrant fort. À travers les brumes du sommeil, il sentit à peine Mrs Weasley le recouvrir d'un drap avant qu'il s'endorme comme une masse, en ronflant légèrement. Près de lui, Molly l'observa dormir avec un air maternel avant de se tourner vers ses autres enfants. Ron et Hermione avaient l'air passablement ensommeillés et il était temps qu'ils retournent dans leurs dortoirs pour y passer au moins quelques heures à dormir.
Alors même qu'elle avait cette pensée, des voix se firent entendre dans le couloir devant l'infirmerie, avant de se transformer en cris qui s'approchaient de plus en plus.
– Ils vont les réveiller à force de faire du bruit ! s'exclama Molly à voix basse.
– Pourquoi est-ce qu'ils crient comme ça ? demanda Ron. Il ne s'est quand même pas encore passé quelque chose ?
Alertée par les exclamations furieuses devant la porte de son domaine, Pomfresh sortit de son bureau pour fixer la porte d'un regard noir.
– C'est la voix de Fudge, reconnut Molly en s'éloignant d'Edward pour venir aux côtés de l'infirmière. L'autre, c'est Minerva McGonagall, il me semble. Je ne connais pas la troisième. Mais pourquoi se disputent-ils ?
À présent, des pas précipités s'approchaient en plus des cris. Le bruit tira Edward du sommeil dans un grognement discret qui passa inaperçu et il sortit son visage de l'oreiller pour tourner la tête vers la porte.
– J'étais présent sur le terrain avec mes hommes, monsieur le ministre. C'était bien un rassemblement de Mangemorts, je l'affirme.
– Je refuse, Scrimgeour, tonna Fudge d'une voix forte. Vous êtes surmené et la situation nous a tous plongés dans la zizanie, alors vous avez vu ce que vous avaient fait croire les allégations fantaisistes de ces fous.
– Fous ! s'écria le professeur McGonagall. Dumbledore n'est pas fou, pas plus que vous qui refusez de voir la réalité en face !
La porte de l'infirmerie s'ouvrit à la volée. Autour de leurs lits, tout le monde avait tourné la tête et personne ne vit que Harry s'était redressé et avait remis ses lunettes ou qu'Edward s'était levé de son lit pour s'approcher. Insensible au fait de se trouver dans un lieu nécessitant du calme, Fudge s'avança dans la salle à grandes enjambées, McGonagall, Rogue et le chef des Aurors sur les talons.
– Où est Dumbledore ? demanda le ministre d'un ton impérieux à Mrs Weasley.
– Il n'est pas là, répondit celle-ci avec colère. C'est une infirmerie, ici, monsieur le ministre, et vous feriez bien de baisser d'un ton.
Dédaignant la sorcière comme si elle n'était qu'un moucheron sans importance, Fudge jeta un regard circulaire à l'assemblée jusqu'à s'arrêter sur Harry duquel il approcha en de grandes enjambées. Le front barré d'une ride énorme et une boule mouillée de tissu en main, il pointa le doigt sur lui, le regard furieux.
– Vous, jeune homme, cessez donc de mentir et dites-moi la vérité. Pourquoi ne cessez-vous pas d'annoncer vos inepties à tout va ?
– Parce que c'est la vérité, affirma Harry avec conviction. Voldemort était là, il est de retour. Je l'ai vu.
Tout le monde se retourna vers lui pour le fixer avec intensité. Mrs Weasley, choquée, avait la bouche entrouverte de choc alors que les plus jeunes avaient pâlis à cette annonce redoutable. Une guerre se profilait et ils étaient aux premières loges de ses prémices.
Tout à coup, la porte s'ouvrit à nouveau et Dumbledore entra à son tour d'un pas pressé.
– Que s'est-il passé ? demanda-t-il sèchement en regardant alternativement Fudge, McGonagall et Scrimgeour. Pourquoi déranger le repos de mes élèves blessés et fatigués ?
– Il ne sert à rien de les laisser dormir, Dumbledore ! répliqua McGonagall d'une voix perçante. Monsieur le ministre veut les arrêter tous les trois, Potter, Alighieri et Elric ! Pour incitation à la panique et les meurtres de Frederick Goyle et Barty Croupton Junior !
Edward n'avait jamais vu McGonagall perdre à ce point le contrôle de ses nerfs, même la fois où Envy et lui étaient partis à la recherche de Sirius Black un soir d'Halloween quand il rôdait dans l'enceinte de Poudlard. Et pourtant, elle avait été prête à cracher du feu à cette époque. La colère marbrait son visage de taches rouges et elle serrait les poings de fureur, tremblant de tout son corps.
– C'est insensé ! s'exclama Mrs Weasley. Pour meurtre, mais il faut être raisonnable, ce sont des enfants qui ont vécu une épreuve terrible !
– Ce n'est pas la première fois qu'Alighieri se trouve sur le fil du chaudron et cette fois, je ne laisserais pas ses agissements impunis. Scrimgeour, allez le chercher.
Le chef des Aurors secoua la tête d'un air impuissant et partit dans la direction de la chambre individuelle d'Envy, suivis par les regards pesants et désapprobateurs.
– Elric, je vous arrête pour le meurtre de Barty Croupton Junior, annonça Fudge en le fixant avec dureté.
– Mais enfin ! intervint Pomfresh à son tour. Il est mort d'un coup de massue d'un troll des montagnes. Mr Elric n'a rien à voir dans sa mort, c'est le manque de soin que vous avez demandé à être retardés qui a causé son décès !
– Vous m'accusez de meurtre ! hurla Fudge, violet d'étouffement.
La porte s'ouvrit sur Scrimgeour qui tenait un Envy ensommeillé par l'épaule. L'Homonculus n'avait pas l'air bien et l'infirmière quitta son air furieux pour venir le soutenir. L'Auror la laissa faire, visiblement récalcitrant à participer à ces arrestations.
– Cornélius, dit Dumbledore d'un calme mesuré et tremblant. Ne vous trompez pas de cible. Le plus urgent dans notre situation présente est d'empêcher le retour définitif de Lord Voldemort. Si nous agissons dès maintenant, nous avons une chance d'éviter une nouvelle guerre.
– Foutaises ! Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est mort ! Mort, vous m'entendez ? Croupton était fou furieux et il a tué tous ces gens en étant persuadé d'avoir agi sur les ordres de Vous-Savez-Qui, mais c'est faux !
– Lord Voldemort lui a bel et bien donné des ordres, Cornélius, répondit Dumbledore. Ces gens n'ont été que des victimes collatérales du plan qui visait à redonner à Voldemort toute sa force. Et ce plan a réussi. Voldemort a retrouvé son corps.
Fudge donna l'impression d'avoir reçu un coup de poing en pleine figure. Clignant des yeux d'un air stupéfait, il regarda Dumbledore comme s'il ne pouvait croire ce qu'il venait d'entendre.
– Allons, Dumbledore, reprenez-vous... Vous ne pouvez sérieusement pas croire cela. Allons allons, Croupton a certainement cru lui-même qu'il agissait sur ordre de Vous-Savez-Qui, mais comment pouvez-vous croire sur parole un personnage aussi fou, Dumbledore... ?
– Lorsque Harry, Envy et Fleur ont touché le trophée, ce soir, ils ont été immédiatement transportés auprès de Voldemort, exposa Dumbledore d'une voix ferme. Ils ont assisté à la renaissance de Lord Voldemort. Je vous expliquerai tout en détail si vous voulez bien venir avec moi dans mon bureau.
Un étrange sourire prit place sur le visage à peine calmé du ministre.
– Vous êtes... euh... prêt à croire Harry et Envy sur parole, Dumbledore ?
Il y eut un moment de silence qui fut rompu par un grognement de Patmol. Ses poils étaient hérissés et il montrait les dents à Fudge.
– En effet, je les crois, répondit Dumbledore dont le regard flamboyait à présent. J'ai entendu la confession de Croupton et j'ai entendu Harry et Envy raconter ce qui s'est passé à partir du moment où ils ont touché le trophée. Les trois récits coïncident, ils expliquent tout ce qu'il s'est passé depuis que Bertha Jorkins a disparu, l'été dernier.
Fudge avait toujours cet étrange sourire qui lui donnait l'air d'un fou.
– Vous êtes prêt à croire que Vous-Savez-Qui est revenu simplement parce que vous l'avez entendu dire par un fou fanatique, un garçon paranoïaque et un autre qui...
Fudge lança un nouveau regard à Envy puis à Harry.
– Vous avez lu les articles de Rita Skeeter, remarqua Envy avec un regard de défi. Tout ce ramassis de conneries...
– Et en admettant que je les aie lus ? dit Fudge, le regard tourné vers Dumbledore. Et si j'y avais découvert que vous avez gardé le secret sur certains faits concernant ces trois garçons ? Elric et Alighieri sont paranoïaques et clament que les Mangemorts redeviennent actifs...
– Ils ont été plus clairvoyants que nous tous, intervint soudain le chef des Aurors à la place de Dumbledore. Vous ne pouvez pas les blâmer des erreurs que nous-mêmes avons commises. Cette nuit, les Mangemorts s'étaient effectivement rassemblés dans ce cimetière.
– ... Et Potter lui..., continua Fudge en l'ignorant superbement. Il parle Fourchelang, n'est-ce pas ? Et il est pris d'étranges crises... Il a des maux de tête ? Des cauchemars ? Peut-être aussi... des hallucinations ?
– Écoutez-moi, Cornélius, reprit Dumbledore en avançant d'un pas vers Fudge. Harry est aussi sain d'esprit que vous et moi. Cette cicatrice qu'il porte au front n'a en aucune manière affecté son cerveau. Je suis persuadé qu'elle lui est douloureuse lorsque Voldemort se trouve à proximité ou qu'il éprouve des sentiments particulièrement meurtriers.
Fudge avait légèrement reculé en voyant Dumbledore avancer vers lui, mais il paraissait toujours aussi buté.
– Pardonnez-moi, Dumbledore, je n'avais encore jamais entendu parler d'une cicatrice qui puisse jouer le rôle de signal d'alarme...
– Écoutez ! J'ai vu Voldemort revenir ! s'écria Harry.
Il essaya de sortir de son lit, mais Edward le força à se rallonger. Pas la peine d'aggraver son cas s'il devait passer devant un tribunal.
– J'ai vu les Mangemorts ! Je peux même vous donner leurs noms !
– Lucius Malefoy, annonça Envy en s'approchant du lit de Harry pour le soutenir. Macnair, Avery, Nott, Crabbe, Goyle. Tous ceux qui ont été innocentés par Croupton il y a treize ans. Ils ont embobinés le ministère qui a gobé tous leurs mensonges. Contraints de suivre Voldemort ? Quelle blague ! Ils vous ont manipulé et vous les avez acquittés. Voilà le résultat d'une brillante carrière !
En disant cela, Envy avait retrouvé son sarcasme habituel et avait ponctué son constat d'une légère courbette qui fit rougir Fudge de colère.
– Pour l'amour du ciel, Dumbledore, ces garçons ne cessent de raconter des tas d'histoires à dormir debout. Ces affabulations sont de plus en plus invraisemblables et vous persistez à les avaler. Allons, Dumbledore, comment pouvez-vous encore croire ce qu'ils disent ?
– Espèce d'idiot ! s'écria McGonagall. Fleur Delacour ! Mr Croupton ! Ces assassinats ne sont pas l'œuvre d'un simple fou qui frappe au hasard !
– Je n'en vois aucune preuve, répliqua Fudge, décisif. J'ai l'impression que vous êtes tous décidés à provoquer un mouvement de panique qui va déstabiliser tout ce que nous avons construit au cours de ces treize dernières années !
S'il continuait ainsi, « ce qu'ils avaient construit au cours de ces treize dernières années » n'allait pas tenir longtemps, pensa Envy avec défaitisme.
