Playlist
« Heaven » Julia Michaels
« Slow hands » Niall Horan
« Midnight » Liam Payne et Alesso
« Sweet creature » Harry Styles
« Dancing with your ghost » Sacha Sloan
« Love you like a love song » Selena Gomez et The Scene
Chapitre n°36
Point de vue d'Aurore
« Ferme les yeux ».
« Tu vas me guider ? ».
« Oui, je veux te faire la surprise ».
J'attends qu'il ouvre la porte de sa maison. Il fait exprès car je peux me débrouiller en utilisant que le son pour me diriger.
Il revient derrière moi, place ses mains devant mes yeux avant de reprendre la parole.
« Vous pouvez regarder Madame Cullen ».
Je découvre une entrée digne d'un film où un escalier mène aux chambres de l'étage. La décoration est soignée, dans des tons neutres et il y a une odeur agréable, pas les notre à la menthe mais une odeur épicée.
J'avance dans l'entrée, enlève mes affaires et pose mon sac de voyage vert d'une célèbre marque française au sol, damier noir et blanc, très classique mais efficace.
« C'est magnifique. Ça me fait penser à un film mais je ne me souviens plus du titre ».
« Un bon film, j'espère ? ».
« Un vieux film que j'ai vu il y a bien longtemps, je ne m'en souviens même plus alors il ne devrait pas être si terrible ».
« Je te ferais visiter demain matin ma belle, je suppose que tu es fatiguée ».
Je suis d'accord avec lui.
Me réveiller dans ses bras est ce dont j'ai eu le plus envie durant ce siècle.
Me réveiller dans les bras de quelqu'un, sentir la peau de l'autre contre la mienne.
J'ai encore du mal à y croire.
Ces contacts pourtant si simple pour les humains sont exceptionnels pour nous. Pas que pour une question d' « âme sœur » mais pour une question de sensation. La notre est bien plus développée. Sentir sa peau de glace. Sa peau de glace qualifiée de dure et de froide dans les films et les livres. Sans chaleur. C'est tout le contraire. Sa peau de marbre comme je l'appelle est douce. Matt ne soupçonne pas qu'il est lumineux. Lucy ne l'a pas éteint. Grâce à sa famille, sa lumière est restée éveillée. La lueur ne s'est pas éteinte. Elle a continué de briller et le feu a repris plus tard. Pour moi c'est la même chose. Quand j'étais entre ces murs blancs de l'hôpital, je n'étais qu'une patiente et heureusement Alice était là. Sans elle, je n'aurais pas tenue. Alors je me montre reconnaissante de ne pas avoir perdu pied avant et surtout de l'avoir à mes côtés. De toute manière, on aurait trouvé un moyen de nous sauver. Quitte à disparaitre, à ne pas survivre dans la nature une fois dehors, à nous faire tuer par un animal sauvage ou par un vampire de passage à l'époque mais au moins de ne pas être tuée à petit feu dans cet hôpital.
Je sais que ce temps est révolu. L'avenir m'appartient mais je ne peux pas tirer un trait dessus. Même si je le souhaite pour passer une éternité sereine aux côtés de Matt, sans nuages sombres au-dessus de ma tête. Ce serait une utopie. Même lui admet cette idée, il aurait voulu « oublier » ses années dans l'armée Confédérée. Ces années là lui ont apporté quelque chose d'inexplicable pour moi qui n'y connais rien. Je peux comprendre que les liens entre soldats sont inexplicables, que le sens du devoir prend le dessus, que la stratégie était au cœur des discussions à cette époque. Ce n'est pas que dans les livres d'Histoire. On en a discuté.
Son odeur de menthe flotte dans l'air.
J'aime le contact de sa peau contre la mienne.
Ma peau nue contre la sienne.
Toute la nuit, je n'ai songé qu'au désir.
Il a effleuré ma colonne vertébrale de ses doigts.
J'ai effleuré sa peau.
Il a embrassé ma peau.
J'ai embrassé sa peau.
Nos lèvres soudées.
Le soleil s'est levé.
Sa peau brille comme si elle était recouverte de diamants. Je sais que c'est le même phénomène pour tous les vampires mais ça me fascine toujours.
On dirait une statue grecque.
Le regarder ainsi est devenu une habitude.
J'essaye de deviner ses pensées sans y parvenir; je ressens une onde apaisante à la place. Il semble pré sentir ce que je m'apprête à dire.
« La vue te plait ? ».
Son mince sourire me suffit comme réponse.
« Tu en doute ? ».
« C'est mon ressenti ».
« Ce fut la plus belle nuit de ma vie » dis-je en me mettant sur le dos.
Je hume les draps du parfum de menthe qu'ils ont.
C'est la première fois que je passe la nuit dans ses bras, en dehors de la maison et je dois dire que ce sentiment de nouveauté, de découverte est le plus merveilleux que j'ai éprouvé dans ma vie. La nuit dernière fut la plus magique, celle où nos cœurs ont eu le même rythme et où l'on s'est promis fidélité jusqu'à la fin.
J'ai des souvenirs gravés.
J'aurais aimé les conserver dans un appareil photo pour les coller dans un album dédié. Je sais que les humais y sont attachés. Sans doute est-ce dû à leur existence courte comparée à la mienne. Je pense qu'ils vivent intensément pour être satisfait une fois les cheveux blancs bien présents sur leur tête, les rides inscrites sur le visage, entourés par leur famille. Cela revient encore une fois à Rosalie qui rêve de vieillir entouré des bras d'Emmett et des petits enfants qui courent dans le jardin. Sauf que Rosalie et Emmett comme le reste de la famille seront éternellement figés tels des statues grecques sans marques laissées par le temps. Je partage cette vision de Rosalie, celle de vieillir comme les humains. Sauf que je ne suis plus humaine non plus. D'un côté, on m'a offert l'éternité et de toute manière je serais morte entre les murs de l'hôpital où j'ai grandi avec Alice. Alors je ne peux pas regretter cette humanité. Devenir vampire m'a demandé de m'adapter dans un corps différent, tant physique que biologique puisque mes cellules sont éternelles. Je suis un prédateur maintenant. J'effraie autant que j'intrigue les gens. Alors l'éternité va m'offrir d'autres moyens de créer et de conserver des souvenirs. Je suis certaine que Bella sera d'accord pour prendre des photos aussi. Elle a besoin de se rappeler de sa jeunesse, même si pour elle la vue d'un appareil photo l'angoisse. C'est un très bon moyen de ne pas oublier, de conserver le moment présent. Je sais aussi que nombreuses seront les autres occasions de prendre des tas de photos et de les garder précieusement. Céleste doit les voir. Je lui ai promis un album de l'Islande.
Le regard de Matthéo se pose sur moi. Avec bienveillance comme toujours, il remet une mèche de cheveux derrière mon oreille. Je me relève pour lui faire face et effleure mes lèvres sur les siennes.
Ce contact est sans doute l'un de mes préférés.
« La plus intime des nuits » souffle t-il.
Je me redresse pour me positionner face à lui.
Ses yeux dans les miens.
Ma peau contre la sienne à nouveau.
Mes bras autour de son cou.
Mes sentiments face aux siens.
J'aurais aimé que cette nuit continue encore longtemps.
C'est la première fois que je me sens sur un nuage depuis aussi longtemps que je me souvienne. Derrière nous, notre histoire se concrétise en une histoire commune. Je suis heureuse de ça. Son regard troublé par quelque chose que j'ignore m'intrigue un peu, ce petit nuage va passer d'ici cinq secondes.
« Tes lèvres contre les miennes, j'en rêve encore ».
« Ce n'est pas pour me déplaire » dis-je en souriant.
« On peut recommencer ».
« C'est une question ? » dis-je en réajustant le drap autour de moi.
Mes doigts se baladent sur sa peau de marbre. Je trace les croissants de lune du bout des doigts en m'imaginant les embrasser. Rien n'apaisera le feu qui l'a consumé quand des crocs se sont plantés dans sa chair. Compréhensible. Les choses sont ainsi faites oui mais c'est difficile de ne pas y penser quand il se regarde dans le miroir. Elles sont là pour le lui rappeler. Un rappel douloureux. Incompréhensible pour ma part car j'ai envie de croire que ces marques là sont le reflet de sa personnalité désormais, ce sont elles qui lui donne un charme supplémentaire. De mon point de vue. Je me souviens les avoir déjà tracées du doigt une fois et Matt s'est laissé faire. Il m'a fait confiance pour les effleurer. C'était un moment intime et agréable. Simple.
« On va établir un record ».
« Lequel ? Celui entre Rosalie et Emmett ? ».
« Oh non, Edward te l'a raconté ? ».
« Je suis très très loin derrière eux, on ne fait que commencer ».
« L'entrainement paie toujours ».
« Je... ».
« Je plaisante mon amour, c'était parfait ».
« Tu doutes un peu trop ».
« Parle pour toi ».
« Vraiment ? ».
« Je t'aime ma belle ».
« Bien sûr ma belle » dit-il en prenant mon menton entre ses doigts puis en effleurant ma joue avant de se lever. « Tu veux visiter la maison ? Tu as à peine eu le temps de l'apercevoir hier soir ».
« Laisse-moi m'habiller ».
« Tu peux rester nue entre les draps » pense t-il.
« Ne dis pas de bêtises ».
« Ce ne serait pas pour me déplaire » sourit-il.
« Tu veux une chemise ? » dit-il en effleurant ma joue de ses lèvres.
« C'est le moment où je peux porter tes vêtements ? ».
« Oui ma belle, j'aime bien quand tu portes mes affaires ».
Ainsi vêtue d'une chemise blanche un peu large pour moi, je pars à la découverte de la demeure. Une belle maison italienne ancienne et rénovée avec soin. Il m'en a parlé plusieurs fois et il a tenu absolument à me la faire visiter en personne. Il faut que je me reconnecte à la réalité. Dès que l'on a quitté l'Islande, nous sommes parti en Italie. L'idée de repartir à la découverte du monde, en l'occurrence dans sa maison romaine m'a enchanté. Depuis le temps qu'il me parle de sa maison. Rome. C'est une ville spéciale pour lui car il y a construit un refuge et moi je l'ai quittée pour trouver un refuge ailleurs. Résultat, je suis revenue au point de départ. Mais avec un beau vampire à mes côtés. Destin un peu étrange mais je l'aime bien.
La maison de Matt est détaillée. Je ne m'attendais pas à autant de détails dans la décoration. Je reconnais des éléments de décorations d'Esmée. Elle lui a donné des conseils de décorations.
Un escalier relie la maison au jardin. Celui-ci arbore des fleurs multicolores que j'aperçois depuis la fenêtre.
« La cuisine est ouverte sur le salon ».
Les couleurs sont claires et neutres. C'est suffisamment chaleureux pour y prendre du bon temps. Je m'imagine déjà coudre sur un des canapés et cuisiner dans la belle cuisine ouverte pour des invités, au hasard Bella. Je me demande si Matt accepterait que l'on fête Noël ici. J'imagine déjà un grand sapin, décoré avec soin, des cadeaux à ses pieds. L'odeur des cookies cuisant au four. Edward qui joue du piano. Esmée qui l'écoute jouer avec admiration. Jasper qui écoute son frère d'une oreille tout en feuilletant un livre d'histoire. Emmett trop concentré par un match de foot avec Carlisle. Rosalie qui roule des yeux tout en ajustant un bouquet de fleurs dans un vase.
Une vie de famille.
« J'ai acheté cette maison après mon service dans l'armée. Elle a été entièrement rénovée par mes soins. Quelques étés ont été nécessaires, il y a eu des péripéties mais je suis fier du résultat final. Cela me tenait à cœur de t'y amener. Il n'y a que ma famille qui connaisse cette maison et comme on est fiancé, je me suis dis que passer un peu de temps ici serait bien. Avant, il y avait des cloisons partout. Il a fallu tout casser pour que la lumière pénètre dans la grande pièce. Ici, j'ai ouvert les pièces au maximum. Je suppose que c'est une habitude pour des vampires de ne pas se sentir enfermer quelque part ».
« Elle est magnifique » dis-je spontanément. « Rénovée avec soi. Décorée avec goût. Sans te juger, je reconnais des touches d'Esmée du fait des couleurs claires ».
« Je suis heureux que tu aies remarqué ce détail. Esmée est une mère incroyable pour moi et je tenais à la remercier à ma manière ici ».
« Elle doit être aux anges ».
« C'est ma mère, protectrice et aimante » rit-il.
« Merci de me montrer cette maison, je suis heureuse de connaitre cette partie de ta vie ».
« Tu connaitras absolument tout ma belle. Nous avons l'éternité pour ça ».
« C'est ce que je me disais. Nous sommes unis maintenant. Idem pour moi, tu me connaitras par cœur » dis-je en regardant sa bague aux doigts et en effleurant sa main contre ma joue.
« J'y comptes bien, mon amour ».
Ses mains ne placent délicatement autour de ma taille.
« J'aime quand tu m'appelles comme ça ».
« Mon amour » dit-il une nouvelle fois.
Son visage se penche vers le mien pour combler la distance entre nous. Ses lèvres s'écrasent contre les miennes. Un moment délicat et passionné à la fois. Je me colle un peu plus contre lui et mes mains s'enroulent autour de son cou. Il ne bouge pas quand je me colle un peu plus.
« Je vais te faire visiter Rome ».
« Dans ce cas, je dois m'habiller. Autrement que d'une simple chemise ».
« Que tu portes à merveille ».
« Merci ».
Poser mes mains sur sa poitrine sans qu'il n'éprouve une réticence est nouveau. Toucher sa peau est encore récent et j'ai la chance qu'il me laisse faire. Je l'écoute évidemment, s'il souhaite que j'arrête j'arrêterai de le faire. Je retrace du doigt le contour d'un croissant de lune. Il se laisse effleurer la peau. Sa respiration est calme. Il ne m'envoie pas d'onde apaisante. D'habitude, Matt ressent une tristesse de ma part quand j'effleure sa peau ainsi.
« Tu n'aimes pas ? ».
Je cesse mes explorations une seconde pour le regarder et il hoche la tête pour me donner son accord de continuer un peu.
Ses mains se lient aux miennes délicatement et il les embrasse. Son toucher est délicat.
« En aucun cas, je ne te le reprocherais ma belle ».
Il utilise ma main pour tracer les contours d'un croissant de lune au niveau du cou. Il contient des frissons. Je sais que cette marque lui fait mal. Pas physiquement car elle est le résultat de sa douleur mais il sent mes doigts dessus. Quoique, peut-être physiquement car il s'en souvient comme si c'était hier de la souffrance. Je ressens les irrégularités et jamais je ne serais choquée. J'enroule un bras autour de son cou. Je prends son autre main pour tracer le contour de ma marque au poignet. J'en ai une comparée à la centaine que son corps a. Son regard s'attarde une seconde sur le numéro noir au-dessus.
« C'est le numéro de chambre dans laquelle j'étais. On était numéroté. Cette période est derrière moi oui mais tu sais, ma non confiance en moi vient de là. Je n'ai jamais été à l'aise avec mon corps par exemple. Je suis couverte de tâches à divers endroits du corps tel que les bras au niveau du coude, aux cuisses, aux hanches, aux pieds par exemple et pour te dire ce que c'est, il s'agit des effets secondaires des médicaments avalés. J'aurais ces marques à vie évidemment. Tout ça pour dire que n'ai aucune honte de toi. Tu es merveilleux. Si j'effleure ta peau, c'est parce que j'ai simplement envie de le faire et si tu n'aimes pas trop, il n'y a aucun problème, je peux simplement toucher tes cheveux, tes joues, tes mains et laisser tes croissants de lune tranquille si... ».
Ses lèvres se plaquent sur les miennes avant la fin de ma phrase.
Jamais je ne pensais dire ça avant quelques temps.
J'ai réalisé qu'il était temps d'aborder le sujet.
Maintenant qu'il connait mon corps, qu'il m'a montré le sien aussi et que je me sens bien dans ses bras, il fallait discuter du sujet. Nous avons dépassé nos barrières autant lui que moi durant le voyage en Islande et en Italie où nous sommes actuellement.
Ses mains encadrent ma joue.
Mes mains entourent sa nuque.
Je ne suis plus une jeune fille ayant vécu quasiment toute sa vie dans un endroit horrible qui m'a laissé des séquelles irréparables. Lui aussi en aura toute sa vie. Sur ce point-là, nous sommes identiques. Lui comme moi sait que le bonheur se trouve au bout du tunnel.
« Plus personne ne te fera de mal ».
Ses lèvres quittent les miennes une seconde. Je comprends qu'il soit étonné, déstabilisé. Matt n'a pas à l'être.
« À toi non plus ».
Main dans la main, on avance dans la ville de Rome. Elle mérite entièrement son surnom de « musée à ciel ouvert ». C'est un livre d'Histoire géant. Chaque rue a une histoire propre. J'y ai vécu avec Alice pendant quelques années et on s'y ai senti comme chez nous. L'atmosphère de la ville est agréable. De plus, on a réussi à se fondre dans la masse bien plus facilement que je ne le pensais.
Nous remontons à pied une des rues menant au Colisée, direction la fameuse fontaine de Trévi. On passe devant une basilique du Vème siècle, la basilique San Pietro in Vincoli.
Quand on arrive devant la fontaine, je suis la première surprise. Elle se situe sur une petite place, colorée et entourée de boutiques de part et d'autre. La fontaine monumentale est dans un écrin. Un bijou dans un écrin d'histoire et d'architecture. Les touristes présents se pressent devant pour l'admirer. Des enfants tiennent une glace entre leur main, près de leur parents. Des couples se tiennent la main. Des amis se prennent en photo devant. Des amies tentent une photo près de l'eau sans se faire prendre par la police qui surveille scrupuleusement la fontaine.
Main dans la main avec mon beau vampire, je reste admirative devant l'œuvre quelques minutes. Je me demande si j'avais eu la chance de la voir dans les mêmes circonstances avec lui, en étant humain, est-ce que la magie aurait opérée de la même manière ? Si nos destins s'étaient croisés à une époque. Bien entendu, j'aurais apprécié la liberté procurée de fuir très très loin cet hôpital psychiatrique mais encore une fois avec l'étiquette de « folle » collée à vie. Je pense que j'aurais trouvé un moyen de fuir avec Alice. Grâce à ses visions, on aurait eu une porte de sortie. Ses visions nous auraient été d'une grande aide pour fuir en Italie. Le moyen reste encore un mystère puisque à l'époque, les possibilités n'étaient pas élevées. Mais c'est une autre histoire.
«CLEMENS XII Pont max aqvam virginem copie et salbritate commendatam CVLTV magnifique ornavit anno Domini MDCCXXXV pontife VI » dit-il dans un italien parfait « qui signifie: « Clément XII, souverain pontife a embelli avec un raffinement grandiose l'aqueduc Aqua Virgo, recommandé pour son abondance et sa salubrité, en l'an de grâce 1735, la sixième année de son pontificat ».
« Parfait accent ».
« Trévi ».
« Réalisée entre 1 732 et 1 762 par les architectes Nicola Salvi et Giovanni Paolo Panini. Demandée par le Pape Clément XII à l'époque » complétais-je.
« Reconnais-tu la référence au dieu de la mer Neptune sur la fontaine ? Son char en forme de coquillage, Deux chevaux, le premier fougueux et l'autre obéissant. Les deux statues à côté qui symbolisent l'Abondance et la Santé quant aux quatre autres elles représentent les quatre saisons: l'abondance de fruits, la fertilité des champs, la richesse d'automne et l'aménagement des jardins ».
« Le mot italien « trévi » gravé à côté ».
« Tu es merveilleuse » dit-il en attrapant ma main pour l'embrasser de manière délicate.
La fontaine en jette, c'est une certitude.
Il en jette aussi. Il est dans son élément ici. Dans un livre d'histoire.
Ça me fait drôle de l'imaginer à une autre époque. Il a une allure digne d'un romain à l'époque. Mais je ne lui dis pas. Il préfère notre époque moderne à celles qu'il a connu. Je peux comprendre.
« Je suis de nouveau amoureux ».
J'apprécie ses manières délicates.
« Je t'aime aussi ».
« Si je ne t'avais pas demandé de devenir ma fiancée sous les aurores boréales, je t'aurais fait la demande ici ».
« Devant toute une foule de touristes dont la moitié n'aurait rien compris ? ».
« En italien, pour que tous entendent ».
« Beau parleur ».
« J'ai envie de t'embrasser ».
« Fais-le ».
Ses lèvres se déposent sur les miennes.
Un sourire se dessine.
Deux sourires se dessinent.
Il y a si peu de temps, nous étions en Islande.
Nous sommes à Rome. Une ville italienne commune entre nous deux. À croire qu'une partie de nous y est restée et qu'ensemble elle n'en devienne qu'une.
J'ai envie de le croire.
Ses lèvres douces sur les miennes est le contact le plus merveilleux.
« Je sais que tu as vécu ici alors... ».
« J'ai passé des années vraiment agréables ici. Avec Alice, on a découverts notre nouvelle nature ici. C'était spécial. Depuis le temps, j'ai fouillé dans la bibliothèque à la recherche de livres d'Histoire, de géographie aussi dont la tienne, tu ne m'en veux pas ? ».
« Oh je ne voulais pas me montrer égoïste à cause de ma maison que je voulais te faire visiter. Rome est une ville spéciale pour moi. J'ai hésité. Si les souvenirs étaient trop douloureux, je n'aurais pas pris cette initiative. Et tu peux fouiller dans mes livres autant que tu veux, tu peux fouiller dans mes vêtements autant que tu veux ma belle ».
« Sache que je vais fouiller encore longtemps mon cher ».
« C'est l'objectif ».
Il me traine par la main jusqu'à un marchand de glaces. Se mêler parmi les touristes qui parlent d'autres langues est agréable, on est dépaysé. Je comprends les personnes autour de moi. Un enfant indique son parfum de glace préféré au vendeur qui lui sert sa commande d'un sourire. Cette innocence est adorable. Un enfant a toute la vie pour lui et quand je pense à Céleste qui devra répéter ce même schéma indéfiniment, elle aura de quoi découvrir car je compte la faire voyager partout dans le monde. À force, elle apprendre une langue différente à chaque voyage. Avec un peu de chance, elle deviendra multilingue. Je sais que Edward y veillera, il tient à lui apprendre l'italien.
« Bonjour, quelle belle boutique ! Je voudrais un cornet chocolat-menthe et un cornet pêche-citron s'il vous plaît ».
« Quel accent » dis-je à son attention.
« Oh, jeunes mariés ? »
« Oui, depuis peu de temps » répondis-je en italien.
« Alors, cadeaux de la maison » répond le vendeur d'un clin d'œil.
« Le tiens n'est pas mal non plus ma chère ».
Nous partons manger la glace en question un peu plus loin. Venir ici est une opportunité de redécouvrir Rome. J'ai commencé mon voyage avec Alice en Italie après tout. Rome fut notre première destination. Nous nous sommes bien acclimatées à la ville, nous l'avons beaucoup parcourue la nuit. Cette ville ne change pas beaucoup. Elle évolue au fil du temps, comme nous.
Matthéo m'amène jusqu'à une grande place, la place de l'Espagne où surplomb les escaliers. En haut, ce trouve un couvent qui fait désormais office d'auberge. On peut y louer une chambre simple tout en profitant des belles boutiques aux alentours. Alice y trouverait sa place sans aucun problème et je me mets à penser que si je ne lui ramène pas quelque chose, je peux faire une croix que mon objet de famille le jour des fiançailles. Nous avons convenus le mois prochain. C'est elle qui se chargera de la décoration. En plus, Alice a perdu un pari sur la demande, elle s'est forgée l'idée que Matt attendra de me montrer sa maison à Rome pour faire sa demande et Jasper a parié sur les aurores boréales. c'était soit lui laisser carte blanche sur le mariage ou je lui devais quelque chose. Autant anticiper ce que ma sœur a en tête. Elle savait que Matt ferait sa demande. Elle a été prise au dépourvu quand elle a eu sa vision. J'imagine le regard fier de Jasper à ce moment-là.
« Que penses-tu du modèle hologramme ? Ou celui-ci en unis, couleur rose évidemment, modèle mini et classique ? ».
Je ne veux pas faire d'erreur sur le choix, pour faire plaisir à Alice et aussi parce que je m'en voudrais de le retourner en boutique une fois de retour à la maison.
Dès mon entrée dans la boutique, mon regard s'est tout de suite posé sur le sac. En vérité, je savais qu'Alice le cherchait désespérément. Pourtant, ce n'est pas le sac le plus recherché de la marque italienne. Il est courant mais elle a été dans toutes les boutiques aux alentours de la maison et impossible de mettre la main dessus. Chose promise chose due et elle sera enchantée de son cadeau. Je suis heureuse de pouvoir lui offrir ce sac. Je sais que Rosalie et Esmée ne m'en voudront pas. Elles auront le leur à Noël. Mais si j'offre un tel cadeau à ma sœur c'est parce que nous avons tant de fois admiré les vitrines des boutiques ici et surtout, c'est une date spéciale pour nous. La première fois que nous sortions de l'hôpital, c'est le début de notre nouvelle vie ici à Rome dans un premier temps et le début de notre appropriation de notre nouvelle nature. Un peu étrange dit comme ça mais Rome représente beaucoup à nos yeux. Partager cela avec Matt est quelque chose de spécial aussi. Il a une maison ici. Il a une attache. Avec ma sœur non. On en a bien profité mais à l'époque, il valait mieux ne laisser aucune trace et encore moins se lancer dans l'achat d'un bien immobilier. Nous étions traquées par un vampire dangereux.
« Le cuir chevron matelassé est agréable, ce modèle a beaucoup de succès » m'assure la vendeuse.
Elle se tient à côté du miroir et s'assure que le modèle corresponde à mes attentes. J'ai le choix entre le grand et le petit modèle. Je prends le petit pour Alice en teinte rose et un sublime bleu glacé pour moi. C'est vraiment une folie. Je me surprends aussi à repenser à mon premier achat dans une boutique vénitienne. Une robe que mon amie Élise m'a conseillé à l'époque, avant d'aller dans ce bal et de croiser le regard de Matt dans la foule. Ce souvenir est particulier pour moi. Élise n'est plus là pour constater mon évolution et je suis certaine qu'elle aurait su se faire plus place dans ce monde. Élise avait cette audace naturelle qui me manque cruellement. Je dirais qu'elle avait aussi une grâce. Sans elle, je n'aurais pas appris autant sur ma manière d'être. J'ai appris un peu en même temps qu'elle.
Pourtant, je suis devant ce miroir depuis une demi heure à regarder le sac dans tous les angles après avoir fait le tour de la boutique en une demi heure aussi. En résumé, mon anxiété augmente depuis une heure. La boutique est bien trop chic pour moi.
« Je pense que c'est une affaire conclue, n'est-ce pas chérie ? ».
« Effectivement ».
Du coin de l'œil, je le regarde surprise de son surnom. On est sur le point de s'engager auprès de notre famille et il ne m'a jamais appelé « ma chérie ». Déjà que « mon amour » est récent et ça me donne encore des frissons de l'entendre. C'est doux. Rare sont les gens qui utilisent encore ce mot. Au lycée, il n'osait pas encore le dire, il utilisait toujours « ma copine » me désignant et on s'y ai fait. Dès les portes du lycée franchies, c'était « mon ange ». J'aime quand il m'appelle « ma belle » aussi, je trouve ça adorable. C'est qu'avec lui que je suis heureuse d'entendre des surnoms.
« Chérie ? ».
« Oui, c'était un réflexe ».
« La vendeuse te regarde, elle se mord presque les lèvres ».
« Je sais, elle m'importe peu et je ne la regarde pas ».
« Vous ne voulez pas l'essayer ? ».
Intérieurement, j'espérais que cette robe serait remise en rayon. La vendeuse insiste une nouvelle fois. J'ai vu cette rose fleurie dans le rayon et elle m'a paru belle.
« Je... ».
« Vous devriez, elle ira parfaitement avec votre teint et vos yeux ».
« Dans ce cas » finis-je par dire.
Face à moi-même dans la cabine d'essayage, je tente de me faire à mon image. Je me suis pourtant déjà vue dans une robe, dans une cabine d'essayage et mon reflet est le même. Il ne risque plus de changer. La robe en question me va. Enfin je crois.
Encore une fois, mon reflet dans le miroir est sans cesse remis en question. Ma vision de moi-même a changé depuis que je suis séparée d'Élise puisque j'ai fait mon chemin. J'ai appris à faire face à mon changement physiologique, mes cellules sont immortelles maintenant.
« Besoin d'aide ? ».
Bon sang que cette vendeuse m'agace.
Elle ne fait que son travail.
Je respire doucement.
Après tout, je sors de ma zone de confort, non ? Une robe imprimée fleurs à dentelle.
« Elle vous va à ravir » s'exclame t-elle quand je daigne à sortir de la cabine.
Je ressens l'envie immédiate de rentrer dans la cabine, me changer et de partir loin de la boutique. Le reflet de mon corps dans le miroir n'est pas acquis.
« Ne doute pas de ta beauté ma belle, elle te va très bien. Si tu souhaites sortir on sort » me dit Matt tout en m'envoyant une onde apaisante.
Il ne me faut que deux secondes de réflexion.
Cette idée que rien ne va me colle encore à la peau.
Ce voyage avec Matt m'a prouvé que lui aussi s'est posé des questions sur sa propre peau. On est à égalité. Pourtant, il a eu le courage de me montrer ses marques indélébiles. La nuit dernière fut la plus magique de ma vie. Celle-ci en particulier car nous avons lâché les barrières tous les deux. C'était si doux et intense à la fois. Quand ses lèvres sont sur ma peau, des frissons me parcours le corps. Mon esprit est concentré uniquement sur ce contact si agréable. Une fois devenu un vampire, les sensations sont décuplées. Je me remémore ce doux moment en évitant de me pincer trop fort les lèvres.
« Je la prend » souriais-je.
« Avez-vous un compte client ? ».
« Non » dis-je timidement.
« Je ne suis jamais venue ici » n'osais-je pas dire à voix haute.
« Moi oui, mettez tout sur mon compte » intervient Matt.
Ravie de la réponse, la vendeuse procède à la transaction et me tend trois très beaux paquets parfaitement emballés dans deux beaux sacs distincts. Je devine le geste commercial d'un livre photos de la marque rarement glissée dans les paquets.
Les lunettes de soleil sur le nez, Matt me tire un peu plus loin par la main.
« Nous ne sommes pas loin de la villa Borghèse, viens on va faire une pause là-bas ».
Ce parc de 80 hectares regroupent plusieurs musées dédiés à l'art, des barques sont disponibles pour naviguer sur l'eau.
Une bulle d'oxygène.
Idéal pour couper un peu de l'effervescence de Rome.
Le parc est ombragé. Matt s'asseoir sur un banc, ajuste son chapeau sur la tête avant de passer son bras autour de mon épaule. Je pose ma tête contre celle-ci.
On reste ainsi dans la même position durant de longues minutes.
J'attrape ses doigts pour les lier aux miens.
Je ferme les yeux une seconde. Ce moment calme me fait du bien.
« Je n'ai pas envie de quitter Rome ».
« On reviendra, promis. Ma maison ne bougera pas ».
« Merci de me rassurer et désolée pour tout à l'heure, j'ai un peu paniqué ».
« Ne t'excuse en aucun cas, je comprends. La vendeuse était insistante, elle n'aurait pas dû ».
« J'ai fait des folies ».
« Non, tu profites de ce séjour et tout te va à merveille alors ».
« Flatteur ».
« Vérité ».
« Tu as toujours le dernier mot. Je me vois bien vivre ici maintenant que tu le suggères ».
« Je suis heureux d'être ici avec toi. Te montrer ma maison comptait beaucoup pour moi, j'espère y passer un peu plus de temps à l'avenir ».
« C'est fou de se dire que nous ne changerons jamais mais que ta maison si, elle vieillie quand même ».
« Elle est solide. Rénovée et je prends soin d'elle depuis un siècle, j'espère continuer autant que possible ».
« Carlisle a t-il eu l'idée de s'exiler quelques temps avec Esmée sur son île ? Je me posais la question ».
« Pendant un temps oui. Il n'a pas pu rester longtemps à cause de son travail à l'hôpital, il y tient beaucoup. Je sais qu'Esmée ne lui en veut pas. Ils y passent du temps chaque année. Mon père souhaite y aller pour Noël et l'idée est attrayante. Fuir le froid pour les températures brésiliennes me plait bien ».
« Je comprends. Elle a sans doute envie de passer du temps avec lui quand c'est possible. Tu vas avoir la même carrière que ton père alors je vais devoir m'y faire aussi ».
« Pas d'inquiétude et on a l'éternité pour passer du temps ensemble. Regarde, nous sommes à Rome aujourd'hui ».
« Désolée, j'espère que tu ne culpabilises pas. J'ai juste envie de profiter. On a l'éternité je sais mais j'ai l'impression que le temps file entre nos doigts bien plus vite qu'on ne le pense ».
« Je t'aime tu le sais. Nous deux c'est du solide. De plus, il s'est passé beaucoup de choses en peu de temps ».
Sur le chemin du retour, main dans la main je me dis que je m'inquiète beaucoup trop. Je viens de passer des merveilleuses vacances avec lui.
De retour à la maison, je me remets à songer à cette journée.
Une journée parfaite. J'ai beau me dire que ce n'est que le début d'une histoire. Le début d'une vie de famille.
Hey !
Oh mon dieu, c'est l'avant dernier chapitre de cette histoire, je suis un peu émue ! Mais rassurez-vous, c'est une bonne chose. D'autres projets m'attendent et c'est très bien ainsi.
Écrire cette histoire fut une belle aventure et j'écrirais une note de fin.
Bonne lecture ! ;)
