Yo, Le Saucisson est de retour ! Pour ceux qui s'inquiétaient de savoir si j'étais de nouveau à l'hôpital, j'aurais dû préciser que j'étais en fait partie en vacances cette fois-ci. Donc je vais très bien.
On arrive à la fin de ce tome. Plus qu'un chapitre et je pourrais commencer à poster le troisième tome. J'ai hâte :D
Chapitre trente-cinq : Une vieille promesse
Edward fixa le ministre froidement, peu étonné par son comportement. Il voulait peut-être se donner l'image d'un personnage important, bienveillant, un peu grandiloquent, et d'une bonne nature pour l'essentiel, mais à présent le masque tombait. Ce n'était qu'un petit sorcier fulminant qui refusait net l'idée de voir son petit monde confortable et bien ordonné subir la moindre perturbation. Un politicien pourri. Comme d'habitude, pas de surprise. Edward n'entretenait plus d'illusion. Le seul membre du ministère avec un brin d'intelligence semblait être Scrimgeour, mais même en étant chef du service des Aurors, il restait pieds et poings liés, sous le commandement d'un ministre de la Magie apeuré.
– Voldemort est revenu, trancha Edward d'un ton glacial en fixant Fudge avec tellement d'intensité qu'il parut rétrécir de quelques centimètres. Si vous acceptez ce fait tel qu'il est et si vous prenez les mesures nécessaires, nous avons encore une chance de sauver la situation sans davantage de victimes innocentes, comme ces vingt-six Moldus que Croupton a massacré et dont vous vous fichez royalement. Avez-vous seulement lu un rapport sur ce qu'il s'est passé ? Avez-vous eu peur de vous y rendre pour y voir les cadavres ? Ces Moldus n'avaient aucune chance. Ils ne savent pas que ce monde existe et ignorent la guerre qui se prépare. C'est votre rôle en tant que ministre de la Magie de protéger la population. Vous ne pouvez pas ignorer cette situation.
Fudge resta muet comme une carpe, la bouche s'ouvrant et se fermant sans dire un mot.
– Qu'est-ce qu'un môme comme toi peut bien comprendre à tout ça ! s'exclama-t-il enfin, l'air supérieur. Ce que tu dis est parfaitement ridicule !
– Non, Cornélius, reprit Dumbledore. C'est loin d'être ridicule. Vous devriez dès ce soir prévenir le Premier ministre moldu de la situation. Et la seconde décision que vous devriez prendre, et la plus importante, devrait être de retirer aux Détraqueurs le contrôle de la prison d'Azkaban...
– Ridicule ! s'écria Fudge. Je serais démis de mes fonctions si je proposais une telle chose ! La plupart d'entre nous n'arrivent à bien dormir que parce que nous savons que les Détraqueurs montent la garde à Azkaban !
– Mais les Détraqueurs sont les partisans naturels de Voldemort, indiqua Envy. Au moindre coup de sifflet, ils se retourneront contre vous et vous serez à l'origine d'une hécatombe. Vous avez peut-être réussi à les limiter à une prison, mais Voldemort peut leur offrir bien plus que ça. Il n'hésitera pas à les envoyer dans vos villes, dans vos campagnes, pour aspirer toutes les âmes qu'ils voudront.
Dumbledore hocha la tête gravement, en posant une main sur l'épaule d'Envy.
– La troisième mesure que vous devriez prendre, et tout de suite, ce serait d'envoyer des émissaires aux géants. Tendez-leur la main de l'amitié dès maintenant avant qu'il ne soit trop tard, ou alors ce sera Voldemort qui saura les convaincre, comme il l'a déjà fait auparavant, que lui seul est en mesure de leur rendre leurs droits et leur liberté.
– Vous... vous ne parlez pas sérieusement ! balbutia Fudge en reculant encore d'un pas. Si la communauté sorcière apprenait que j'ai approché les géants... Tout le monde les déteste, Dumbledore... Ce serait la fin de ma carrière...
– Ne comprenez-vous donc pas que votre carrière n'a plus la moindre importance ? s'emporta Edward, le regard flamboyant en faisant un pas en avant. Des gens vont mourir pendant que vous vous réjouirez comme le petit mégalo que vous êtes, assis sur votre trône à ignorer votre rôle de protecteur ! En temps de guerre, vous serez le guide et la seule source de protection et d'espoir que la communauté pourra suivre. Vous ne pouvez tout simplement pas fermer les yeux en croyant que cela empêchera le retour au pouvoir de Voldemort. Il est à notre porte, et lui, il agira dès maintenant !
Le silence qui suivit sa tirade tomba comme une chape de plomb. La conviction de Scrimgeour ne put qu'en être renforcée, alors que Fudge s'enfonçait dans le déni pur et simple, sans la moindre logique.
– Je vous le dis maintenant, rejoignit Dumbledore, maître de lui. Prenez les mesures que je vous ai suggérées et vous laisserez le souvenir de l'un des plus courageux et des plus grands ministres de la Magie qu'on ait jamais connus. Renoncez à agir et l'histoire se souviendra de vous comme de l'homme dont la faiblesse aura donné à Lord Voldemort une deuxième chance de détruire le monde que nous avons essayé de reconstruire.
– Complètement fou, murmura Fudge en reculant encore d'un pas. De la démence...
Il y eut alors un grand silence. Mrs Weasley et Pomfresh étaient figées, les mains sur la bouche d'horreur. Bill, Ron et Hermione regardaient fixement les adultes entre lesquels avait lieu le débat, une franche admiration, mais également de l'inquiétude pour Edward et Envy qui frôlaient la catastrophe en remettant en place le ministre en personne. Rogue et McGonagall, eux, s'attendaient au pire dans cette situation. Scrimgeour détournait les yeux de son supérieur qui faisait honte au ministère.
– Si votre obstination à fermer les yeux vous mène aussi loin, Cornélius, reprit Dumbledore. Nous avons atteint la croisée des chemins. Vous agirez comme vous le jugerez bon. Et moi aussi, j'agirai comme je le jugerai bon.
En disant cela, il lança un regard entendu à Envy qui lui avait tenu le même discours un peu plus tôt. Il le comprenait bien mieux désormais qu'il rencontrait la même situation.
Fudge se raidit comme s'il l'avait menacé de sa baguette magique.
– Maintenant, écoutez-moi bien, Dumbledore, dit-il en agitant un index accusateur. Je vous ai laissé la bride sur le cou. Toujours. Parfois, je n'approuvais pas certaines de vos décisions, et je ne disais rien. Mais si vous vous opposez à moi...
– Le seul auquel j'ai l'intention de m'opposer, l'interrompit Dumbledore. C'est Lord Voldemort. Si vous êtes contre lui, Cornélius, nous resterons du même côté.
Apparemment, Fudge ne savait pas quoi répondre, en faisant tourner son chapeau melon entre ses mains.
– Il ne peut pas être de retour, Dumbledore, affirma-t-il enfin, d'un ton suppliant. C'est impossible...
Rogue s'avança alors vers lui en passant devant Dumbledore. Il releva la manche de sa robe et mit son bras sous le nez de Fudge qui tressaillit.
– Voilà, dit-il d'un ton brusque pour la première fois de la conversation. Vous voyez : la Marque des Ténèbres. Et encore, il y a une heure, elle était noire. Lord Voldemort a gravé cette marque par le feu dans le bras de chaque Mangemort. C'était un signe de reconnaissance et un moyen de nous faire venir auprès de lui. Lorsqu'il touchait la Marque d'un Mangemort, nous transplanions immédiatement à ses côtés. Cette Marque que vous voyez là est devenue de plus en plus visible au cours de l'année. Celle de Karkaroff également. Pourquoi pensez-vous qu'il a pris la fuite ? Il redoute la vengeance du Seigneur des Ténèbres. Il a trahi trop de ses camarades. Croyez-moi, le Seigneur des Ténèbres est de retour. Vous en aurez la preuve lorsque vous retrouverez le cadavre de Karkaroff. S'il en reste quoi que ce soit après avoir été mutilé.
Fudge recula devant Rogue comme il avait reculé devant Dumbledore et Edward. Hochant la tête, il ne semblait pas avoir saisi le sens des paroles du professeur. Il se contentait de scruter le tatouage avec dégoût.
Enfin, il se tourna à nouveau vers Dumbledore et murmura :
– Je ne sais pas à quoi vous jouez, vous et vos collègues. Mais j'en ai assez entendu. Je n'ai rien d'autre à ajouter. Je vous recontacterai demain pour parler un peu de la façon dont cette école doit être dirigée. Pour l'instant... Scrimgeour, veuillez procéder aux arrestations de Potter, Elric et...
– Il en est hors de question, Cornélius, répondit Dumbledore. Où allez-vous les emmener ? Les enfermer à Azkaban ? Alors qu'ils viennent à peine de subir une terrible épreuve et qu'ils ont besoin de soins et de repos ? Vous avez déjà causé la mort de Barty Croupton, ce soir. Je ne vous laisserais pas tuer mes élèves.
– Je suis le ministre de la Magie, tonna Fudge. J'ai tous les droits quand cela concerne la sécurité du ministère. Vos élèves ont commis des crimes.
– Et ils auront un procès équitable avant tout, répliqua McGonagall. Ce sont des citoyens avec des droits. Vous ne pouvez pas tout simplement les enfermer à Azkaban sans procès et avec une enquête expéditive.
– Leur procès aura lieu demain à dix heures, annonça Fudge en regardant sa montre. Pendant ce temps, ils seront enfermés à Azkaban par mesure préventive.
– Monsieur, tenta Scrimgeour, le visage grave. L'enquête —
– Faites votre boulot, Scrimgeour ! aboya Fudge.
L'Auror, l'air sombre, fit un signe las à Edward, Envy et Harry d'approcher. Le premier posa le regard sur la petite silhouette tremblante de Harry, livide et terrifié à l'idée d'aller en prison.
– Vos accusations à l'encontre de Harry ne peuvent pas donner lieu à un emprisonnement à Azkaban. Tant qu'à faire, autant arrêter tous ceux qui affirment que Voldemort est de retour. Nous sommes dans un pays libre où chacun peut affirmer ses propres opinions.
– Et des meurtres sont une manière « exprimer son opinion » ? rétorqua Fudge, moqueur. J'abandonne les charges contre Potter, mais vous n'échapperez pas à un séjour à Azkaban.
– Je n'en demandais pas davantage, répondit Edward en tendant sa baguette à Scrimgeour pour la confiscation.
Envy en fit de même de mauvaise grâce après avoir murmuré quelque chose à l'oreille de Pomfresh qui hocha la tête avec sérieux, l'air concerné.
– Albus, poursuivit Edward pendant que Scrimgeour leur passait les menottes anti-magie. Ne vous souciez pas de nous cette nuit. Occupez-vous de faire tout ce qu'il faut afin de ralentir l'avancement de Voldemort et l'arrêter.
– Enfin, reprit Envy en faisant les gros yeux. Ne nous laissez pas complètement tomber non plus. Je tiens vraiment à ma douche, encore plus maintenant que je sais que je n'en aurai pas avant demain.
Ses amis affichèrent des expressions dépitées face à sa plaisanterie dans une situation pareille. Mrs Weasley, les yeux remplis de larmes, fut retenue par Bill alors qu'elle voulait aller prendre les deux garçons dans ses bras une dernière fois. Harry, empli de gratitude, baissa la tête de honte alors qu'il échappait à son sort grâce à Edward, qui n'avait même pas tenté de marchander pour son propre compte. Il avait l'impression de les trahir.
Lorsqu'Envy et Edward furent tous les deux menottés et prêts à être emmenés, Fudge poussa une petite exclamation de mépris alors qu'il semblait se souvenir de quelque chose. Il sortit de sa poche un petit sac qu'il laissa tomber sur la table de chevet de Harry.
– Mille Gallions. Normalement, il y aurait dû y avoir une cérémonie, mais étant donné les circonstances... Je ne pense pas que votre camarade aura besoin de la part de la récompense qui lui revient étant donnée là où il résidera désormais. Alors, faites-en ce que vous voulez.
Envy afficha un air de profond ennui à l'idée que tout cet argent lui passe sous le nez et Edward roula des yeux face à cette moue. Sans un mot de plus, Fudge enfonça son chapeau melon sur sa tête et sortit accompagné du chef du Bureau des Aurors et de leurs deux prisonniers. Dès qu'ils eurent disparu, Dumbledore se tourna vers le groupe rassemblé autour du lit de Harry.
– Molly, j'espère ne pas me tromper en estimant que je peux compter sur vous et sur Arthur ?
– Bien sûr que vous le pouvez, répondit Molly.
Elle avait le teint livide, mais semblait déterminée. Encore plus avec la scène qui venait de se jouer.
– Arthur sait très bien à quoi s'en tenir avec Fudge.
– Il faut que je lui envoie un message, commenta Dumbledore. Tous ceux qui sont prêts à accepter la vérité doivent être immédiatement avertis et Arthur est bien placé pour contacter ceux qui travaillent au ministère et qui ne sont pas aussi aveugles que Cornélius. Il semblerait d'ailleurs que nous ayons la chance d'avoir l'aval du chef des Aurors en personne. Scrimgeour sait ce qu'il a vu et il va continuer à agir en notre sens.
– Je vais directement aller voir papa, annonça Bill. Je pars tout de suite.
– Parfait, approuva Dumbledore. Raconte-lui tout ce qui s'est passé. Dis-lui que je prendrai bientôt directement contact avec lui. Mais il devra se montrer discret. Si jamais Fudge pense que je mets mon nez dans les affaires du ministère...
– Comptez sur moi, promit Bill avant de mettre sa cape et de quitter la salle d'un pas vif.
– Minerva, je veux voir Hagrid dans mon bureau le plus vite possible. Et également, si les circonstances tragiques le permettent, Madame Maxime.
Le professeur acquiesça d'un signe de tête et sortit à son tour de la salle.
– Pompom, voudriez-vous écrire une lettre à Xenophilius Lovegood afin de le prévenir des événements ? Demandez-lui de ne préparer aucun communiqué de presse ni aucun article tant qu'Edward ne lui en aura pas dicté le contenu et la présentation, comme ils en ont déjà convenu.
– Très bien, dit Mrs Pomfresh, visiblement étonnée que certaines choses aient déjà été anticipées. Avant cela, j'ai un message à transmettre de la part d'Envy. Il avait quelque chose à vous donner et m'a demandé de vous le transmettre juste avant son arrestation.
Dumbledore hocha la tête et elle partit dans la chambre qu'occupait Envy pendant un court moment avant de revenir, la cape sale et déchirée d'Envy dans les bras. Elle déposa le paquet qui semblait plus lourd qu'il n'y paraissait et le déballa lentement.
– Il a dit que c'était un cadeau pour honorer une vieille promesse faite à un ami.
Elle découvrit la cage dans laquelle s'agitait Queudver, paniqué et le museau tremblant. Harry, Hermione, Ron et Patmol le reconnurent aussitôt et le chien se mit à aboyer et à grogner. Étonnés par les hoquets de surprise des enfants, les adultes observèrent la boule de barbelé avec des airs circonspects. Dumbledore, lui, affichait un air de triomphe.
– Merci Pompom. Vous venez de sauver un homme.
L'infirmière, décontenancée, s'éclipsa alors pour mener sa mission à bien, tandis que le trio de Gryffondors et Dumbledore s'approchaient de l'Animagus.
– Qu'est-ce que cela signifie ? demanda Mrs Weasley.
– Cela signifie qu'une de plus graves erreurs judiciaires de l'histoire de notre pays va être réparée grâce à notre cher ami Envy et que nous avons un Mangemort à livrer à la justice. Et maintenant, annonça-t-il. Sirius... Voudriez-vous reprendre votre forme habituelle ?
Le gros chien noir leva les yeux vers Dumbledore puis, en un instant, se métamorphosa en homme. Mrs Weasley poussa un hurlement et bondit en arrière.
– Sirius Black ! s'écria-t-elle, l'index pointé sur lui.
– Arrête, maman ! s'exclama Ron. Il n'y a aucun danger ! Il est innocent !
Rogue n'avait pas crié ni sursauté, mais il contempla le visage de Sirius avec un mélange de dégoût et de colère.
– Les explications viendront plus tard, certifia Dumbledore en posant une main sur l'épaule de Sirius qui s'était approché pour prendre la cage dans laquelle Queudver tremblait si violemment qu'il en vibrait. Sirius, dans les circonstances actuelles pour nos deux amis Envy et Edward, je crains qu'il faille attendre quelques jours de plus avant de vous faire innocenter. Pour l'instant, Fudge est dans un tel état qu'il agit sans aucune réflexion, comme le prouve la mort de Croupton. Et il est préférable d'éviter qu'il en fasse de même avec Pettigrow et qu'ainsi votre chance soit réduite à néant.
– Je comprends, souffla Sirius en reposant Pettigrow. Ne le laissez pas s'en tirer cette fois, c'est tout ce que je demande. Et sortez vite Ed et Envy, pour que je puisse le remercier de ne pas m'avoir laissé tomber. Même dans une situation pareille, il a pensé à mon innocence plus qu'à sa survie...
Il secoua la tête, la gorge nouée et s'assit sur le bord du lit de Harry qui lui serra la main. Il comprenait ce qu'il ressentait.
– Je sais que je peux compter sur vous deux, reprit Dumbledore en s'adressant à Sirius et Severus. Le moment est venu d'oublier vos anciennes querelles et d'avoir confiance l'un dans l'autre. À court terme, vous pourriez vous contenter de ne pas vous manifester d'hostilité ouverte. Vous allez commencer par vous serrer la main. Vous êtes du même côté, désormais. Nous n'avons pas beaucoup de temps et, si les rares personnes qui connaissent la vérité ne s'unissent pas dès maintenant, il n'y aura bientôt plus d'espoir pour aucun d'entre nous.
Très lentement — mais en se lançant des regards noirs et méfiants —, Sirius et Rogue s'avancèrent l'un vers l'autre et se serrèrent la main pendant une fraction de seconde.
– Ça suffira pour l'instant, approuva Dumbledore en se plaçant entre eux. Sirius, il faut que vous partiez immédiatement prévenir Remus Lupin, Arabella Figg, Mondingus Fletcher et tous les anciens de l'Ordre. Restez caché chez Lupin le temps de la réouverture de votre procès. Je vous tiendrai au courant de tout ce que j'entreprendrai à votre sujet.
Sirius acquiesça, serra la main de Harry brièvement avec un sourire plein d'espoir, puis s'adressa à lui.
– Nous nous retrouverons très bientôt, Harry, assura-t-il. Je te le promets. Et quand ce sera le cas, je serai un homme libre.
Harry ne résista pas à son besoin de prendre son parrain contre lui et ils échangèrent une courte étreinte avant que l'Animagus se transforme et quitte l'infirmerie.
– Severus. Vous savez ce que je dois vous demander. Si vous y êtes prêt...
– J'y suis prêt, répondit Rogue avec fermeté.
Ce soir, Edward s'était montré une source immense d'inspiration et il comptait bien faire tout ce qui était en son pouvoir pour lutter pour la justice. Si deux morveux comme Elric et Alighieri acceptaient sans rechigner de passer du temps à Azkaban, alors il accepterait son sort lorsque Voldemort le punirait.
– Alors, bonne chance, souhaita Dumbledore tandis que Rogue prenait la sortie.
La porte se referma sur le groupe restreint. Il régnait dans la pièce sombre et vide comme une sensation de calme après la tempête, quand il fallait ramasser les décombres et compter les victimes.
– Je dois descendre, dit Dumbledore, après un silence. Il faut que je voie les Delacour et que je prépare la défense de nos deux fauteurs de trouble habituels. Harry, bois le reste de ta potion. Je reviendrai un peu plus tard.
Harry se laissa retomber sur ses oreillers tandis que Dumbledore sortait à son tour, Queudver sous le bras. Hermione, Ron et Mrs Weasley avaient tourné les yeux vers Harry. Pendant un long moment, personne ne parla. Toute la violence s'était tarie, mais il en restait des bribes qui ne s'effaçaient pas.
– Il faut que tu finisses ta potion, Harry, demanda enfin Mrs Weasley.
Elle repoussa le sac d'or posé sur la table de chevet pour prendre le flacon et le gobelet.
– Tu as besoin d'une bonne nuit de sommeil. Essaye de penser à autre chose... Pense par exemple à tout ce que tu vas pouvoir t'acheter avec ta part de la récompense !
– Je ne veux pas de cet or, répondit Harry, d'une voix sans timbre. Prenez-le. Donnez-le à Envy et Edward. Ils le méritent bien plus que moi. Ce n'est pas moi qui aurais dû le gagner, c'est Envy.
Le sentiment contre lequel il luttait depuis qu'il était revenu avec les corps de Fleur et Envy menaçait de le submerger. Il sentait, au coin des yeux, une sorte de picotement, comme une brûlure. Il battit des paupières et regarda le plafond. Il avait dit à Envy de prendre le trophée en même temps que lui et c'était de sa faute s'il avait été tué...
Il tenta de se rassurer. Envy n'était pas mort. Il avait été tué, il en était sûr. Il l'avait vu, figé, blanc, les yeux grand ouverts, immobiles. Mais il était en vie, désormais. Il ne pouvait rien dire à personne. Dumbledore lui avait fait promettre. Mais même si Envy avait survécu par un miracle qu'il ne comprenait pas, il n'en restait pas moins qu'il avait risqué sa vie et qu'il allait passer du temps enfermé à Azkaban par sa faute. Si Envy n'avait pas atterri dans ce cimetière, il n'aurait pas eu à se défendre et à tuer un homme.
Il se pétrifia à la réalisation. Envy avait tué un homme pour le sauver.
Tout à coup, il y eut un claquement et tous se tournèrent vers Hermione. Debout devant la fenêtre, elle tenait quelque chose étroitement serré dans sa main.
– Désolée.
– Ta potion, Harry, dit précipitamment Molly en s'essuyant les yeux d'un revers de main. Bois, mon chéri.
Harry la but d'un seul coup, voulant tout oublier pour quelques heures au moins. Son effet fut immédiat. Il retomba sur ses oreillers et ne pensa plus à rien, emporté par une vague de sommeil sans rêves.
Le trajet jusqu'à Azkaban fut court, malgré les efforts manifestes de Scrimgeour pour retarder au maximum leur entrée dans la prison. Toutefois au bout du compte, il ne put déambuler avec eux indéfiniment dans les couloirs du ministère et les mena dans la zone de Transplanage jusqu'à l'île où se trouvait la prison de haute sécurité. Là encore, il les fouilla minutieusement et fit un inventaire très exhaustif de tout ce qu'ils avaient sur eux, ce qui se résumait à pas grand-chose. Envy troqua sa chemise de nuit de l'infirmerie pour une chemise de prisonnier en loque, tandis qu'Edward abandonnait ses bonbons et sa robe d'écolier pour la même tenue que son compagnon de galère.
En dernier, Scrimgeour photographia leurs portraits accompagnés de leurs plaques de prisonniers. L'exercice ne fit que leur prendre davantage d'énergie et de patience.
Alors que l'atmosphère se faisait de plus en plus pesante en raison de la présence des Détraqueurs, Envy tenta de détendre un peu son ami en commentant leur mauvais stylé vestimentaire, mais sa remarque tomba à plat. Edward semblait déjà affreusement affecté par les Détraqueurs et avait l'air complètement absent, l'esprit accaparé par d'anciens démons. Son dernier passage en prison était plutôt cuisant et pas si lointain que cela. Seulement deux ans, même si une éternité de plus avait semblé passer depuis.
Scrimgeour poussa un soupir alors qu'il arrivait aux cellules les moins lugubres et exposées aux Détraqueurs qu'il ait pu trouver. La différence était infime, mais il espérait que les dégâts seraient moindres pour les dix heures que les deux garçons allaient passer enfermés. Aujourd'hui, avec cette arrestation arbitraire, il ne pouvait plus cautionner les actions de son supérieur. Il pensait fermement que Dumbledore avait raison de croire ses élèves quand ils annonçaient le retour de Voldemort et le fait de devoir enfermer des jeunes gens si courageux lui faisait détester sa position intenable.
– Je ne peux pas vous mettre dans la même cellule, étant donnée la situation présente, mais je peux vous mettre assez près pour que vous puissiez vous communiquer un peu de réconfort, apprit-il aux deux garçons alors qu'il ouvrait la première porte. Vous serez bientôt sortis d'ici. Je veillerai personnellement à ce que vous soyez le plus en avance possible pour votre procès de demain.
– Quelle cellule est la moins exposée ? demanda Envy.
Scrimgeour désigna celle qui était encore fermée et Envy entra alors dans celle qui était déverrouillée. Edward le remercia d'un regard pendant que Scrimgeour regardait aux deux extrémités du couloir avant de sortir quelque chose de sa poche. Il ôta les menottes d'Envy et lui mit deux barres chocolatées dans les mains avant de refermer la porte et de la verrouiller sur le prisonnier.
– Économisez ces réserves sur toute la nuit. Cela vous permettra de tenir.
Cette fois, Edward éprouva définitivement une immense reconnaissance envers l'homme qui se montrait d'une compassion sans égale. Contraint de se dépêcher, Scrimgeour ouvrit la seconde cellule et y laissa entrer Edward qu'il libéra de ses entraves avant de lui donner la même quantité de chocolat qu'Envy. Ensuite, il ferma la porte et partit après un dernier regard dans les deux cellules dont la seule ouverture était un rectangle au niveau de la taille, où étaient glissés les repas, lorsqu'il y en avait. À genoux, Envy pouvait apercevoir l'ouverture donnant sur l'intérieur sombre de la cellule de son voisin d'en face.
– Ed, ça va ?
– Non.
Envy ne s'attendait pas à une réponse honnête et ne savait pas quoi répondre pour apaiser la souffrance que devait endurer son ami. Lui-même ne sentait toujours pas le moindre effet des Détraqueurs sur lui et s'en félicitait. Au moins, il pourrait donner sa part de remède à Edward et essayer de lui changer les idées efficacement.
– Ah là là, soupira Envy exagérément, le visage collé à l'ouverture. On n'en loupe pas une, hein ? Deux petits rebelles. On devrait nous offrir une médaille pour chaque situation de merde dans laquelle on tombe. Enfin quoi que... On aurait déjà plus assez de place sur nos vêtements pour les accrocher. T'en penses quoi ?
– La ferme.
Coupable, Envy se mordit la langue en se taisant, l'esprit embrouillé par la recherche d'un sujet de conversation qui pourrait sortir Edward de son état.
– C'est quoi ta blague préférée ? demanda-t-il sans réfléchir. Personnellement c'est celle de Paf le chien, mais je pense pas que ce soit ton genre d'humour. Toi tu préfères les trucs grivois, je me trompe ? Ça serait bien ton style.
Un lourd soupir d'ennui résonna dans le couloir. Mauvaise approche.
– Tends ton bras.
– Je la connais déjà celle-là, merci, répondit Edward, avec une espèce de sourire crispé dans la voix.
Envy fronça les sourcils d'incompréhension.
– Tends ton bras je te dis. Je vais te donner mon chocolat.
Il y eut du mouvement derrière la porte avant que les yeux et le nez d'Edward apparaissent dans l'ouverture.
– Tu as réussi à l'atteindre, je suis impressionné ! Comme quoi tu as quand même grandi, nabot.
Edward lui lança un regard mortellement froid sans répondre et Envy décida qu'il valait mieux ne pas l'asticoter ce soir, s'il voulait l'aider. Il prit alors ses deux barres emballées et tendit le bras dans le couloir. Le visage d'Edward disparut alors que son bras prenait sa place et qu'il le tendait au maximum. Comme une dizaine de centimètres les séparait encore, Envy opéra une légère métamorphose pour allonger son avant-bras et déposer le chocolat dans la paume ouverte. Ils rentrèrent chacun dans leur cellule et Envy entendit un bruit de papier froissé suivi d'un bruit mat alors qu'Edward s'asseyait lourdement contre la porte.
– Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? demanda Envy, toujours accroupi devant l'ouverture.
– Pas grand-chose.
– Et si je venais dans ta cellule ?
– Je préfère éviter qu'on nous surprenne. On a déjà assez d'ennuis comme ça. Pas la peine d'en rajouter.
Dans les heures qui suivirent, le puissant sentiment d'impuissance d'Envy ne fit que croitre alors qu'il entendait la respiration hachée d'Edward, à quelques mètres de lui. Il était incapable de soulager sa douleur et il n'avait pas la moindre idée de ce qu'Edward aurait fait si leurs rôles avaient été échangés. Il ne l'aurait certainement pas laissé souffrir en silence sans agir de quelque façon que ce soit. Il aurait tout tenté pour apaiser ses cauchemars. Mais qu'aurait-il dit ? Edward avait toujours une belle parole sous le coude, comme s'il en avait appris par cœur un manuel entier consacré au sujet ! Envy, lui, n'avait que peu d'éclairs de lucidité durant lesquels il réussissait à dire quelque chose qui sonnait juste. Autant dire que dans l'état de faiblesse et de ressentiment dans lequel il se retrouvait, difficile de trouver des mots réconfortants.
Il passa les prochaines heures en silence, toutes ses pensées tournées vers Edward, qui avait perdu connaissance depuis longtemps. De son côté, il ne parvenait pas à dormir, malgré son besoin pressant. Il préférait veiller sur Edward jusqu'à ce qu'ils sortent de cet endroit maudit.
Comme prévu initialement, les procès s'enchainèrent à partir de dix heures, au Département de Justice magique, sous le jugement du Magenmagot au complet et sous la défense de Dumbledore en personne. Compte tenu des circonstances dans lesquelles s'étaient déroulés les deux meurtres pour lesquels ses protégés étaient accusés, il avait pensé qu'il lui faudrait fournir davantage de travail à assurer la défense d'Edward que d'Envy. C'était sans compter les fourberies de Fudge.
Les audiences débutèrent de la même manière, ce genre de séance n'avait plus de secret pour ses deux protégés qui avaient bien trop souvent besoin de passer devant la justice à son goût.
– Audience du 25 juin 1995 ayant pour objet l'agression qui a résulté sur la mort de Barty Croupton Junior par Edward Elric, annonça Fudge. Le prévenu sera interrogé par Cornélius Oswald Fudge, ministre de la Magie, Amélia Susan Bones, directrice du Département de la justice magique, et Dolorès Jane Ombrage, sous-secrétaire d'État auprès du ministre. La défense de l'accusé sera assurée par Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore.
Le procès ne fut pas de tout repos, car le Magenmagot et plus particulièrement Fudge et Ombrage, n'avaient pas oublié l'affront et l'humiliation qu'Edward leur avait infligé seize mois plus tôt avec sa provocation gratuite qui lui valait de lourdes retombées, encore un an plus tard. Edward n'aurait jamais pensé que sa plaisanterie de mauvais goût aurait pu le suivre si longtemps. Cette fois, il resta parfaitement docile, à dire ce que Dumbledore souhaitait qu'il dise et à se taire quand il le demandait. Après la nuit qu'il venait de passer, il ne parvenait plus à réfléchir à une quelconque stratégie et il ne rêvait que de retrouver son dortoir, au sommet de la tour Serdaigle.
Finalement, le témoignage de Mrs Pomfresh en temps que médicomage, permit d'obtenir un verdict en faveur d'Edward, ce qui résulta sur un non-lieu. Dumbledore en fut très satisfait et l'audience d'Envy dut attendre la pause déjeuner ordonnée par Fudge — avec une certaine satisfaction manifeste à l'idée qu'Envy passe deux heures supplémentaires en cellule au Bureau des Aurors. Il avait quelque chose derrière la tête, Edward était encore assez éveillé pour le comprendre. Il prévint Dumbledore qui lui assura qu'il s'occuperait de tout et qu'en attendant, il le ramenait à Poudlard après qu'il ait récupéré sa baguette. Edward ne trouva pas la force de refuser l'offre généreuse. Il ne serait d'aucune aide à Envy, de toute manière.
À une heure de l'après-midi, Dumbledore aborda ce second procès avec plus de sérénité que le premier. Edward était dans de bonnes mains entre les murs de Poudlard et Envy ne tarderait pas à l'y rejoindre à son tour.
Tout était réglé comme du papier à musique.
– Audience du 25 juin 1995 ayant pour objet le meurtre de Frederick Anton Goyle par Envy Alighieri, annonça Fudge. Le prévenu sera interrogé par Cornélius Oswald Fudge, ministre de la Magie, Amélia Susan Bones, directrice du Département de la justice magique, et Dolorès Jane Ombrage, sous-secrétaire d'État auprès du ministre. La défense du plaignant sera assurée par Maître Julius James Wallace. La défense de l'accusé sera assurée par Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore.
Dans les tribunes des plaignants se tenait la famille du Mangemort disparu, soit Mrs Goyle, éplorée, et son fils, Gregory, qui fixait Envy avec une haine brûlante. Dans les gradins bondés — contrairement au procès d'Edward qui s'était déroulé à huis clos —, Envy aperçut la famille Malefoy et d'autres qu'il reconnut comme étant des Mangemorts qu'il avait combattus dans le cimetière de Little Hangleton. Un vrai rassemblement de partisans de Voldemort. Tous devaient attendre la sentence avec la plus grande fébrilité, tiraillés entre leur envie de vengeance et le besoin de Voldemort de garder le secret de l'immortalité à portée de main, donc en évitant une peine capitale.
La situation était complexe, cependant Dumbledore avait bon espoir de s'en tirer sans dommages. Ou tout du moins, pas de dégâts immédiats, car les regards qu'ils sentaient peser sur son protégé lui faisaient craindre le pire. Les Malefoy semblaient particulièrement impliqués et ils en étaient même venus à conseiller leur avocat dévoué pour plaider la cause de la famille en deuil. Il ne doutait pas qu'ils devaient également payer les honoraires pour aider la famille de Mangemorts. En tout cas, désormais il ne faisait plus aucun doute que Gregory Goyle était perdu à jamais. Sa haine contre Envy le pousserait sans le moindre doute à rejoindre les rangs de Voldemort lorsque celui-ci le lui proposerait. Un nouvel ennemi venait de gagner une place à Poudlard, au plus près du camp ennemi. Il serait à surveiller.
Concernant le procès à proprement parler, le témoignage de Scrimgeour fut en sa faveur, arguant que les examens sur la baguette magique du prévenu n'avaient révélé qu'une série de sortilèges de défense et une transfiguration, mais aucune attaque qui puisse justifier un meurtre. Ensuite, ils firent témoigner Harry, qui ne dit rien sur Voldemort ou la guerre qui venait de se déclarer, afin de garder une certaine crédibilité. Ici, le combat n'était pas contre Voldemort, mais bien pour sauver Envy de la peine de mort. Dumbledore préférait mettre leurs idéaux de côté et rester sur le terrain le moins glissant possible.
Cette technique fonctionna, car le Magenmagot en arriva à la conclusion qu'Envy avait effectivement pu se croire en situation de danger imminent pour sa personne et qu'il avait agi en légitime défense. La pilule avait tout de même eu du mal à passer, car en plus d'être sa seconde accusation de meurtre — ou de tentative, dans le cas de Drago —, le récit de cette nuit du 24 juin comportait tellement de trous qu'il était impossible de réellement savoir ce qu'il s'était déroulé.
Il obtint tout de même un « non coupable » appréciable qui signa la destruction totale de la famille Goyle, qui repartit en réclamant vengeance. Dumbledore guetta les Mangemorts qui rôdaient autour d'Envy en le fixant avec fascination et dégoût, avant de partir à leur tour sans rien tenter. Les choses se corsèrent pourtant quand il fallut récupérer la baguette d'Envy. En effet, un comité du Département de contrôle de l'équipement magique avait été prévenu de la présence d'ingrédients interdits à la vente dans la baguette d'Envy et sa destruction fut immédiatement programmée, sans possibilité de recours.
Dumbledore eut beau tonner, réclamer et argumenter, l'artefact fut détruit. Il savait d'expérience qu'aucune autre baguette magique ne conviendrait à Envy, tout comme aucune n'avait convenu à Edward lorsqu'il avait tenté de remplacer la sienne, après que Croupton ait gardé sa baguette pendant quelque temps et qu'ils la croyaient tous perdue. Le problème était le suivant : sans baguette, Envy ne pourrait plus être considéré comme un élève de Poudlard.
Fudge s'était peut-être trouvé très futé en se vengeant si bassement, mais Dumbledore trouva le moyen de détourner le problème. Envy avait peut-être perdu son statut officiel d'élève, mais Dumbledore était toujours le maître du château et il pouvait y loger qui bon lui semblait. Tant pis s'il ne pouvait passer aucun examen, il pourrait toujours étudier la magie, en tant qu'invité.
La nouvelle avait fait devenir Fudge violet de rage. C'était de bonne guerre.
