«Erwin, il faut qu'on parle.»
Marie, assise dans leur salon, interromp le blond dans ses pensées. S'il y a une chose dont il n'a pas besoin ce soir, c'est une querelle avec elle. Cependant, il hoche la tête et va s'asseoir sur le fauteuil à côté du canapé sur lequel sa fiancée se trouve.
«Nile m'a dit où tu allais le soir.»
«Il t'a dit aussi que c'est lui qui m'a parlé de cet endroit?»
Elle ne répond pas. Bien sûr qu'il lui a dit.
«Je ne fais rien dans cette chambre, Marie. Je parle, c'est tout.»
«Il y a des psys pour ça.»
«Tu sais très bien pourquoi je ne vais pas en voir.»
«Tu as plus confiance en une prostituée qu'en mes collègues?»
«UN prostitué, en l'occurrence. Et oui.»
«Un homme? Erwin, tu…»
«Je quoi, Marie? Quoi? Je te l'ai dit, je ne fais rien avec lui. Et quand bien même, je pense que ma vie sexuelle ne te regarde plus a l'heure actuelle, je me trompe?»
«Non…»
«Merci.»
Silence. Seul le tic toc de l'horloge se fait entendre pendant quelques minutes.
«Je vais vivre chez Nile, garde la maison. C'était ton coup de cœur plus que le mien»
«Entendu. Tu pars quand?»
«Ce soir. J'ai déjà amené quelques affaires pendant que tu étais… là-bas. Je prendrai le reste au fur et à mesure.»
«Pour info, Nile n'est pas le bienvenu dans cette maison. S'il t'aide, c'est de dehors.»
«Je comprends.»
Marie se lève et se dirige vers la porte.
«Je sais que je n'ai plus mon mot à dire, mais fais attention à tes fréquentations Erwin. Tu es un homme bien. Reste le.»
«Au revoir Marie.»
Elle s'en va.
Erwin prend une bière et décide de regarder un peu la télé avant d'aller se coucher. Demain soir, il reverra Levi. Demain soir, il retrouvera son moment à lui.
Il repense aux mots de Marie. Il ne sait pas ce qu'il est. Et il s'en fiche un peu pour être honnête. Même s'il doit admettre que ce baiser ne l'a pas laissé de marbre, et que cette idée le perturbe quelque peu. Il apprécie Levi. Pour le moment c'est tout ce qu'il sait, et ça lui suffit.
Mardi
«Je peux te poser une question Levi?»
Les deux hommes sont assis sur le lit. Lorsque Levi est arrivé, Erwin lui a donné l'argent pour la soirée, avant de l'inviter à s'asseoir avec lui.
«Hm?»
«Comment t'es arrivé ici?»
Silence. Levi semble réfléchir à la réponse qu'il donnera. Si jamais il répond.
«Je devais payer mes études. C'était qu'un petit boulot pour moi. Ça me paraissait être un moyen facile de gagner de l'argent. Je me trompais. Cet endroit est un trou noir. On pense y entrer seulement pour un temps et on se retrouve 10 ans plus tard à coucher avec des inconnus pour payer le loyer et les factures. Ça paye bien, cela dit. Et l'argent des soirées n'est pas déclaré, ça fait un bon extra.»
«Et… Ça te plaît? De faire ça?»
Levi hausse les épaules.
«C'était sympa au début. La découverte, tout ça. Maintenant, c'est juste… une habitude.»
«Tu ne le fais jamais par envie?»
«Non. Ça fait 10 ans que je n'ai pas couché avec quelqu'un par simple envie. Je ne connais même plus la sensation.»
«Waouh. C'est…»
«J'ai choisi cette vie Blondie, ne t'appitoie pas sur moi. Je déteste ça.»
«Pardon.»
Silence. Ce silence n'a rien de pesant ou de gênant. Leurs silences ne le sont jamais. Ce sont juste des moments où ils profitent de la présence de l'autre.
«Tu voudrais changer de boulot?»
«Oh que oui. J'aimerais être autre chose qu'un simple objet. Il y a pire comme boulot, j'en ai conscience. Je ne suis pas le plus à plaindre. Mais j'aimerais partir d'ici, et refaire ma vie. Pourquoi pas, même rencontrer quelqu'un et redécouvrir le désir.»
«Il y a surement des gens qui t'ont proposé de te sortir de là, non?»
«Évidemment. Sauf que leur idée était juste de me baiser gratis.Et puis, j'ai ma règle. «
«Ta règle?»
«Pas de sentiments pour la clientèle."
Un silence s'installe.
«Erwin.»
«Huh?»
«Je m'appelle Erwin.»
«Je préfère Blondie. Et puis, je ne suis pas censé savoir comment tu t'appelles.»
«Pourquoi ça?»
«Respect de la vie privé du client.»
«Donc c'est mon droit de te dire comment je m'appelle, non?»
«Absolument»
«Enchanté Levi»
Il lui tend la main. Après un regard réprobateur, Levi la prend et la serre. Sa main est chaude. Comme elle l'était sur sa jambe la veille. Et comme le serait sur sa peau nue.
«Est-ce je peux t'embrasser, Levi?»
Son cœur manque un battement a cette question. Évidemment qu'il peut l'embrasser. Bon sang.
«Tu vas me poser la question à chaque fois?»
«Ben… Je ne veux pas être un de ces clients qui se permettent tout sous prétexte qu'ils payent. Si je t'embrasse, je veux que tu sois consentant.»
Levi se sent défaillir. C'était quand, la dernière fois que quelqu'un lui a demandé son avis? Ça remonte à… plus de 10 ans. Depuis qu'il est prostitué, Levi a tout connu, mais pas ça. Il a sucé, a été sucé, il a baisé, s'est fait baisé, on a expérimenté des objets sur lui, des clients lui ont demandé d'expérimenter des objets sur eux, il a même été abusé à en saigner et à avoir mal pendant des jours, mais on ne lui a jamais demandé son avis. Ici, il n'est qu'un objet, et il a accepté cette idée. Le fait que cet homme si beau lui demande son aval l'ébranle.
«Juste embrasse moi, bon sang.»
Et il le fait. C'est un baiser tendre et doux, comme la veille. Sans mains baladeuses, sans arrière pensée, juste un baiser. Mais quel baiser.
Lorsqu'il s'écarte, Erwin pose sa main sur sa joue.
«J'aimerais t'aider à sortir de là.»
«Et voilà le preux chevalier sur son cheval blanc.»
Erwin rit, et les deux se replacent contre la tête de lit.
«Merci.»
«De?»
«De ne pas abuser de ta position. Les gens… font parfois des choses assez sales, sous prétexte qu'ils payent. Enfin ça tu le verras samedi soir. Toi… tu ne fais rien.»
«Je ne suis pas ce genre de personne Levi. Je déteste ce genre d'endroits à la base. Je ne demanderai jamais de faveurs pour de l'argent.»
«Tu viens juste de m'embrasser Blondie.»
«Je l'aurais fait gratuitement.»
«Salut Jo. A demain.»
«Rentre bien Levi. Tu veux que je te dépose?»
«J'dis pas non.»
La voiture de Jo est on ne peut plus propre et confortable, ce qui fait que Levi ne refuse jamais un ride back home. Surtout à cette heure-ci.
«Un client fidèle?»
«Qui ça?»
«Grand. Blond.»
«Ha. Ouais, a priori.»
«Tu les rends tous accro ma parole.»
«Tch.»
«Dire que tu refuses de voir plus de trois fois le même client d'habitude.»
«Il est différent des autres.»
«Je me doute.»
«Il veut assister à la soirée de samedi.»
«Chez Mike?? Oh mince alors."
"Ouais. Oh mince alors."
Arrivé chez lui, Levi est accueilli par son chat. Il le nourrit, prend sa douche et va se coucher.
Mais il ne dort pas.
Une tête blonde occupe son esprit. Plus qu'il ne le devrait. Ce qu'il ne s'avoue pas, c'est que le savoir à la soirée organisée par Mike l'excite. Si Erwin veut regarder, il sera servi ce soir-là. L'imaginer en train de le regarder se faire baiser par d'autres hommes, sa queue dans ses mains, envieux de ce qu'il ne peut avoir... Merde. C'est bandant.
Bon sang, heureusement qu'il n'est pas comme les autres.
Mercredi.
«Tu as des mains immenses.»
Levi a la main d'Erwin dans la sienne, et il joue avec ses doigts. Erwin rit.
«Tu pourrais jouer de la guitare avec de tels doigts»
«Je l'ai fait»
«Serieux ?"
«Au lycée. J'avais un succès monstre avec les filles.»
«Le stéréotype du guitariste. C'est d'un cliché.»
«Tu n'as jamais eu le begin pour quelqu'un parce qu'il jouait de la guitare peut être?»
«Non.»
Erwin le regarde.
«Il était bassiste. Pas guitariste. Les bassistes sont toujours laissés sur la touche.»
Jeudi.
«Blondie, tu as réservé toutes mes soirées?»
«Peut-être bien.»
«Pourquoi?Tu fous ton argent en l'air. On ne couche même pas ensemble. Tu m'as embrassé deux fois et c'est tout. Tu devrais garder ton fric pour… je sais pas moi. Mais pour autre chose de plus utile.»
«Parce que j'aime bien être ici, assis sur le lit avec toi. Tu es bien plus efficace qu'un psy, tu sais.»
«Super. J'ai plus qu'à me reconvertir alors.»
«Tu fais quoi de ton temps libre, Levi?»
«C'est quoi encore cette question? J'en reviens pas que tu payes pour ça.»
Erwin rit.
«Je me demandais, c'est tout.»
«Hm. C'est toi qui décides. Je fais du sport, je nourris mon chat, et je peux t'assurer que c'est du boulot. Il mange trop. Je devrais le mettre au régime. Je lis, aussi.Et toi Blondie? A part gérer les papiers de divorce?»
Chuckle.
«On était pas mariés, juste fiancés. Et je ne fais pas grand-chose. De l'exercice, et je regarde des séries. La mise à pied ne me réussit pas vraiment.»
«T'es sûr, Levi?»
«Certain. Prends moi, Erwin. Maintenant.»
Levi est allongé sur le lit, à plat ventre. Sa tête dans l'oreiller, les doigts serrant le drap sous sa tête, il sent le sexe d'Erwin se frottant contre son orifice, pour doucement s'y enfoncer.
«Hmmm putain Erwin…»
«T'es tellement serré darling…»
«Hmmm»
Erwin s'enfonce doucement, tout doucement. Comme s'il avait peur de lui faire mal. Comme s'il avait peur de le casser.
Il arrive au fond, se retire, et rentre. Se retire, rentre. Encore et encore.
Erwin continue et s'étend de tout son long sur Levi, ses doigts entrelacant ceux du brun. Sentir le corps d'Erwin sur le sien suffirait à lui faire atteindre l'orgasme. Ses coups de reins causant le frottement de son pénis contre le matelas le rendent fou. Ses baiser dans sa nuque aussi. Merde, ce mec est si doux, si parfait.
«Tu es magnifique, mon amour.»
Son sexe en lui grossit. Il en ressent chaque veine, chaque courbe a chacun de ses va et vient. Il aimerait que ce moment ne s'arrête jamais.
«Erwin. Je vais…»
«Viens pour moi sweetie.»
Le souffle chaud dans son oreille lui fait atteindre le 7 ème ciel. Il jouit entre son ventre et le matelas, dans une douceur qu'il n'avait pas connu depuis bien trop longtemps.
Levi se réveille dans des draps souillés.
Putain. C'etait quoi ça ?
Vendredi
«Tu sais. Je peux encore te rendre ton argent pour demain soir.»
«Pourquoi tu ferais ça?»
«Je te l'ai dit, c'est du gâchis.»
«Non, j'ai vraiment envie de venir Levi.»
La vérité, c'est qu'Erwin ne sait pas pourquoi il va à cette soirée. Mais sa semaine a été peuplée de fantasmes a cette idée. A l'idée de voir Levi se tordre de plaisir sous au moins trois paires de mains différentes alors qu'il le regarde. A l'idée que dans ce regard, il y lise la dévotion. « Regarde ces hommes me baiser, et regarde comme je n'ai d'yeux que pour toi» Il meurt d'envie de voir Levi dans tous ses états.
Cet homme réveille en lui des désirs qu'il pensait ne jamais connaître. C'est a la fois perturbant et libérateur. Erwin ne comprend ce qu'il lui arrive. Il n'en sait rien. Mais bon sang, il meurt d'envie d'assister a cette scène de débauche complète, c'est indéniable.
