Auteur : Ariani Lee
Série : Kingdom Hearts
Pairing : AkuRoku
Disclaimer : La liste des cent thèmes est disponible sur le net (c'est toujours la même vous aurez peut-être remarqué ?) Axel et Roxas ne m'appartiennent pas, ni aucun des membres de l'Organisation XIII ou personnages de Kingdom Hearts qui pourraient être mentionné ici : Ils sont tous la propriété de Square Enix et des studios Disney. Bande d'ingrats qui les a fait mourir !
Résumé : Où Kairi découvre le secret d'Axel et réagit de façon inattendue... Le syndrome de Stockholm ? (Pas d'Axel/Kairi)
Traduction du titre : « Douleur »
Auto-évaluation : ****
Axel et Roxas en cent thèmes.
Sorrow
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, le soir était déjà tombé. Elle pouvait le voir par la fenêtre qui se trouvait à côté de son lit. Les frondaisons des arbres passaient à travers l'ouverture et flottaient doucement dans la pièce. Ce spectacle était familier pour elle : la maison dans laquelle elle se trouvait était perchée dans un arbre, très, très haut, sans aucun moyen d'y accéder ou d'en sortir sans faire une chute d'une quinzaine de mètres.
Un jour, cet homme aux cheveux rouges était venu la trouver sur son île en lui disant qu'il allait l'emmener auprès de Sora. En lui disant qu'ils étaient pareils : que tous deux avaient perdu quelqu'un d'important à leurs yeux. Elle avait fui en suivant le chien et s'était retrouvée dans cet endroit qu'elle ne connaissait pas, la Cité du Crépuscule, avec ce groupe de jeunes qui connaissaient Sora, qui disaient qu'il allait revenir... mais Axel l'avait retrouvée. Et il l'avait emmenée de force, ici.
Ca faisait plusieurs semaines. Il allait et venait en veillant toujours à ce qu'elle dispose d'un confort relatif, mais ne lui parlait presque pas. Parfois, il restait plusieurs jours sans rentrer, mais quand cela arrivait, il prenait soin de lui laisser suffisamment d'eau et de nourriture pour qu'elle ne manque de rien. Quand il était là, il allumait un feu dans le creuset de pierre qui se trouvait au milieu de la pièce centrale de la maison. Il n'utilisait pas d'amadou ou d'allumettes, comme elle, ni même de bois, il le faisait simplement avec ses mains. Puis il s'asseyait contre le mur, de l'autre côté du foyer, rabattait son capuchon noir sur son visage et ne bougeait plus.
Kairi n'aurait pas su dire s'il regardait les flammes toute la nuit ou s'il dormait comme ça. Mais elle l'avait observé, et à plusieurs reprises, il lui avait semblé voir un reflet luire dans l'ombre qui masquait son visage.
Parfois, il ne se couvrait pas et fixait simplement le feu, sans jamais dire un mot. Kairi avait alors l'impression de ne pas exister tellement le regard d'Axel était habité par la douleur. Ses yeux regardaient les flammes sans paraître les voir, et ne se posaient jamais sur elle.
Elle ne lui avait jamais demandé ce qu'il comptait faire d'elle. Elle n'avait jamais crié, protesté, supplié qu'il la laisse partir. Il y avait deux raisons à cela. La première, c'était qu'elle était toujours plus proche de Sora et de Riku ici que sur son île. Peu importait le danger, elle était certaine d'être impliquée dans la même histoire qu'eux, et c'était ce qu'elle souhaitait, même si à la base elle avait envisagé ça sous un angle différent. La seconde raison, c'était qu'elle était intriguée par Axel. Elle aurait dû haïr cet homme, et pourtant, sa solitude et sa souffrance étaient si évidentes qu'elle n'avait pu faire autrement que de s'en émouvoir. Empathique Kairi, qui aurait bien aimé pouvoir aider son ravisseur. Elle avait dans l'idée qu'il ne lui avait pas menti sur une chose lors de leur première rencontre : il était à la recherche d'une personne qu'il aimait et qui lui manquait.
Il est comme moi. Quelqu'un d'important pour lui disparu, et ça le hante.
Un bouillonnement se fit entendre de l'autre côté de la pièce. Elle détourna le regard de la fenêtre pour le voir sortir d'un de ces étranges portails noirs et immatériels auxquels elle s'était habituée. C'était grâce à ça qu'il était capable d'aller et venir à sa guise alors qu'elle était coincée ici. A travers les volutes de fumée du feu moribond qui s'échappaient par l'évacuation aménagée dans le toit, elle vit tout de suite que quelque chose n'était pas comme d'habitude. Le souffle un peu rauque, il émergea du portail d'une démarche hésitante, sa main gauche crispée sur son épaule droite. Même de là où elle était, elle pouvait voir que la matière noire de son habit était plus luisante. Du sang.
Elle bondit de son lit au moment même où il s'écroulait contre le mur et où l'amas de Ténèbres grouillantes se dissipait. Il la regarda s'agenouiller auprès de lui, un air de surprise et d'incompréhension sincère dans ses grands yeux tellement verts. Des yeux comme elle n'en avait jamais vus, c'était la première fois qu'elle le regardait de si près. Comme il ne semblait pas trouver quoi dire, il essaya d'enlever sa veste, mais le geste qu'il amorça de son bras droit vers son col le fit grimacer. Sa main retomba sur le sol, inerte, et il renversa la tête contre le mur, les yeux fermés, comme pour rassembler ses forces. Sa respiration commençait à se calmer. Kairi tendit la main vers les élégantes attaches d'argent et entreprit d'ouvrir le manteau. L'homme rouvrit les yeux et la regarda. Cette fois, il y avait un peu d'agressivité mêlée à son regard perplexe.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il d'un ton dur. Ca faisait tellement longtemps qu'elle ne l'avait pas entendu parler qu'elle en avait presque oublié le son de sa voix. Elle termina son geste et la veste fut ouverte.
- Je vous aide, ça ne se voit pas ?
Il haussa les sourcils. D'un côté, sa réponse était logique, pensa Kairi. De l'autre, il paraissait la trouver totalement inattendue.
- Pourquoi ?
- Parce que vous avez l'air d'en avoir besoin !
- Pourquoi ? Tu devrais me détester, non ?
- Redressez-vous.
Axel s'exécuta, trop surpris pour protester. Elle lui enleva son manteau avec mille précautions, le mettant torse nu. Il y avait quatre profondes estafilades creusées sur sa poitrine, son épaule et son bras droit. Elle laissa tomber la veste par terre et alla chercher la carafe d'eau et la vasque qui étaient posées sur la table, et des linges propres. Tout ce qu'elle put trouver fut un drap blanc qu'elle entreprit de déchirer. Puis elle se rassit auprès d'Axel et en trempant un morceau de tissu, elle entreprit de nettoyer les blessures - ou plutôt le sang qui maculait la peau et empêchait de voir clairement l'étendue des dégâts. Elle s'interrompit soudain.
- Je suis stupide ! En fait, vous pouvez certainement régler ça vous-même en une seconde, avec votre magie.
Axel secoua la tête sans la regarder.
- Je suis un maître des flammes, pas un mage blanc.
- Ah.
Elle reprit où elle s'était arrêtée jusqu'à ce qu'Axel brise le silence lui-même.
- Alors, tu me détestes ou pas ?
Elle prit un morceau de linge propre.
- Non, je ne vous déteste pas.
- Comment c'est possible ? Je t'ai enlevée, je te séquestre ici depuis des semaines, toute seule... Tu devrais me détester.
Elle haussa les épaules.
- Ca ne m'intéresse pas, de vous détester. Je ne vois pas l'utilité. Par contre, ce qui m'intéresserait, ce serait de savoir pourquoi vous êtes toujours si malheureux.
Elle leva les yeux vers son visage, et son expression était telle qu'elle fut certaine que s'il n'avait pas déjà été assis, il serait tombé à la renverse.
- J'ai l'air malheureux ? demanda-t-il d'une voix totalement incrédule.
- Le mot est faible, approuva-t-elle en commençant à tamponner très doucement les blessures elles-mêmes, qui étaient très profondes. Depuis le temps que je suis ici, je n'ai pas grand-chose à faire à part vous observer. Vous avez l'air de souffrir le martyr. Et vous êtes seul. Terriblement seul.
Il ne répondit pas. Elle entreprit de faire de la charpie avec une partie du tissu qui restait.
- Je ne sais pas, dit-il soudain. C'est tellement... improbable. Mais tout ce que je fais ces derniers temps est improbable.
Kairi le regarda regarder la fumée s'échapper par le trou du plafond. Elle frissonna. Le feu était presque éteint et il faisait frais.
- Vous ne pourriez pas... ? demanda-t-elle doucement, en montrant le foyer.
- Bien sûr.
Il leva son bras valide tendit la main vers le feu qui se raviva aussitôt. La lumière augmenta dans la pièce.
- Merci.
- De rien. Moi, je ne sens pas vraiment le froid, alors...
- Vous ne voulez pas me raconter ? demanda-t-elle, les mains pleines de charpie blanche. J'ai l'impression que ça fait très longtemps que vous n'avez parlé à personne.
A nouveau, il la regarda, ses yeux de chat pleins d'une réelle curiosité.
- Toi, tu es vraiment... une personne bizarre.
- Vous êtes pas sympa, remarqua-t-elle en préparant des pansements avec la charpie.
- Normal, je suis un Simili.
- Un quoi ?
- Un Simili, c'est un être qui n'a pas de cœur. Une copie qui reste d'un humain qui s'est transformé en Sans-Cœur. Théoriquement, on n'éprouve ni émotions, ni sentiments. On n'a pas vraiment d' « être », on n'a qu'une demi-existence...
Kairi suspendit son geste, la bouche ouverte, partagée entre la surprise et l'horreur.
- Mais... c'est affreux !
- Ouais... plutôt. Tu vois, le but de l'organisation dont je fais... faisais partie, c'est de faire en sorte que les Simili puissent récupérer un cœur. Pour ravoir une existence réelle, redevenir des personnes complètes.
- C'est un bel objectif, commenta Kairi en posant sur une partie de la blessure une compresse. Vous pouvez maintenir ça s'il vous plaît ? Merci. Pourquoi vous n'en faites plus partie ?
- Je les ai quittés. Il y avait une personne... que je voulais revoir. Il était avec nous, et un jour il est parti. Il se posait des questions... Trop de questions, sur lui-même, sur nous tous. Et il a... Je crois qu'on peut dire qu'il a disparu. L'Organisation, ce n'est pas le genre de groupe auquel on peut tourner le dos. Si on part, on trahi. Et quand on trahi...
- Je comprends. Ca aussi, s'il vous plaît. Merci.
Les mains appuyées sur les pansements rebondis, Axel se laissa emmailloter dans des bandes de tissu faites avec ce qui restait du drap.
- Merci, dit-il.
Le silence retomba comme une chape de plomb sur eux. Pas longtemps.
- Effectivement, tout ça est très improbable, dit la jeune fille. Si vous n'avez pas de sentiments, comment est-ce que cette personne peut vous manquer ? Vous avez quitté des gens qui poursuivaient un but essentiel pour vous, vous vous les êtes mis à dos, vous faites l'impossible pour la retrouver. Accessoirement, si vous n'éprouvez pas d'émotions, vous ne devriez pas pouvoir avoir mal, si ? Jamais dans toute ma vie je n'avais rencontré quelqu'un qui souffre avec autant d'intensité. Vous ne vous en rendez pas compte ? Vos yeux crient que vous subissez un supplice. Je ne voudrais pas être à votre place...
- TAIS-TOI !!!
Axel avait crié. Il s'affaissa vers l'avant, les mains crispées sur son visage.
- Je sais, je sais. Mais c'est comme ça, je n'arrive à faire autrement. A chaque fois que je pense que c'est fini, que je ne le reverrai jamais... J'ai l'impression que ce « cœur » que je n'ai pas se brise comme du verre, que les éclats s'enfoncent dans ma poitrine et dans mes yeux. Ca me fait mal, jusqu'à la racine de mes ongles ! Je ne peux pas l'accepter...
Kairi tendit une main hésitante vers l'épaule d'Axel, mais avant qu'elle l'ait touché, il se leva. Dans la lumière mouvante des flammes, sa peau avait l'air brûlante. Elle eut le sentiment que si elle l'effleurait, elle se blesserait. Elle se leva lentement.
- Si je pouvais faire quelque chose pour voir aider... dit-elle doucement.
Il se tourna vers elle, d'un geste rapide et sec. Elle soutint son regard avec difficulté. Flamboyait-il comme cela à cause des reflets qu'y jetait le feu ? Elle n'en était pas sûre. Il paraissait en proie à un intense dilemme.
La laisser repartir ou pas ? Axel se le demandait. Avait-il, oui ou non, le droit de sacrifier la vie de cette fille ? D'un côté, non, ça aurait été criminel et terriblement égoïste. Mais en même temps, à la simple pensée qu'il pourrait la relâcher, et donc renoncer pour toujours à revoir Roxas, il sentait se réveiller en lui la monstrueuse douleur qu'il avait décrite un instant plus tôt. Faire le choix le plus « juste » signifierait vivre à jamais avec cette souffrance chevillée à son corps. En fait non, ça signifierait sa propre mort tout simplement.
Jamais, jamais il ne pourrait vivre sans Roxas.
Mais au fond, il savait qu'il avait déjà pris sa décision...
AKUROKU
