Auteur : Ariani Lee
Série : Kingdom Hearts
Pairing : AkuRoku (Axel/Roxas pour les néophytes ))
Disclaimer : La liste des cent thèmes est disponible sur le net (c'est toujours la même vous aurez peut-être remarqué ?) Axel et Roxas ne m'appartiennent pas, ni aucun des membres de l'Organisation XIII ou personnages de Kingdom Hearts qui pourraient être mentionnés ici : Ils sont tous la propriété de Square Enix et des studios Disney. Bande d'ingrats qui les a fait mourir !
Résumé : UA. Où Roxas avoue un lourd secret et parvient à surmonter ses peurs.
Traduction du titre : « Garder un secret »
Auto-évaluation : ****
Axel et Roxas en cent thèmes.
Keeping a secret
Axel sonna au numéro 5, comme le lui avait indiqué Roxas. C'était une petite maison, la plaque en métal vieilli sur la porte indiquait : « Famille Langley ». La porte s'ouvrit sur une femme d'âge mûr qui le regarda bizarrement pendant un instant, puis son visage s'éclaira.
- Est-ce que Roxas est là ? Demanda le jeune homme.
- Non, il n'est pas encore rentré. Vous êtes Axel, c'est bien ça ?
- Oui.
Le sourire de la mère de Roxas s'élargit et elle l'invita à rentrer. Elle ne le quittait pas des yeux.
- J'ai quelque chose sur le visage ? Demanda Axel, amusé.
- C'est-à-dire que... Quand j'ai demandé à Roxas de me parler de vous, il m'a dit : « Grand, mince, les cheveux rouges et longs, et deux tatouages sur les joues. » Je m'étais composé un tableau moins... agréable. Excusez-moi, je ne dis pas ça pour vous vexer !
Il sourit et agita la main, comme s'il chassait une mouche.
- Il n'a rien dit de faux, et j'avoue que dit comme ça, ça fait voyou.
Elle gloussa, et un téléphone se mit à sonner. Elle alla décrocher.
- Allô... Oui, mon chéri... Ah ? Pas de problème ?... D'accord... Oui, il est arrivé... D'accord. Ne t'inquiète pas, ça va. A tout de suite.
Elle raccrocha et se retourna vers son visiteur.
- Il y avait du retard à l'école. Il a raté son bus, il sera là d'ici une demi-heure. Je suis bien contente que vous ayez fait cette proposition à mon fils. Avant-hier, quand il est rentré, il avait un sourire que je ne lui avais plus vu depuis...
Elle se tut.
- Roxas avait arrêté de patiner, n'est-ce pas ? Pourquoi ? Il est vraiment doué, dit le roux, intrigué.
La mère de Roxas secoua la tête.
- Je préfère ne pas vous en parler. Il le fera forcément lui-même, avant... la fin.
- Je comprends.
- Par contre, je peux vous montrer quelque chose ! S'exclama-t-elle. Asseyez-vous, asseyez-vous.
Axel s'exécuta, tandis qu'elle insérait un disque dans le lecteur DVD. Télécommande à la main, elle vint dans le divan, à côté de son hôte.
- Ces derniers temps, je n'avais plus que ça pour le regarder patiner. Je les ai compilés.
A l'écran, une image apparut. La vidéo était de toute évidence amateur. On voyait une patinoire, et dessus, un petit garçon, l'air peu à l'aise. Blond comme les blés.
- Allez, Roxas ! dit une voix d'homme. Vas-y, ça tourne, c'est toi la vedette !
Le gosse sourit, s'élança à petit pas sur la glace et fit un joli petit flip. Axel sourit sans pouvoir se retenir. Adorable... La vidéo s'arrêtait là.
- Il avait huit ans, il s'exerçait depuis presque deux ans. Les suivantes sont toutes prises pendant ses entraînements, il y en a plusieurs.
Et effectivement. Des huit aux douze ans de Roxas, plusieurs fragments de ses entraînements. Il file sur la glace, il saute, il tombe, il fonce, un double axel victorieux et payé cher d'écorchures et d'hématomes. Puis tout à coup, un nouveau personnage. Roxas n'est plus seul sur la glace. Il y a avec lui une fille de son âge, très jolie, blonde comme lui. Toujours en blanc. Survêtement blanc, tenues blanches. Des entraînements, puis, tout à coup, un vrai programme commence, en musique. Il y a du monde dans les gradins d'en face. Ils se placent au centre de la glace, se mettent en position. Zoom sur leurs visages qui expriment l'attente. Roxas pouvait avoir quatorze ans, peut-être tout juste quinze. Premières notes, le couple se délie et s'élance à l'assaut de la glace. Axel n'en croyait pas ses yeux, la maîtrise dont il faisait preuve était... totalement hallucinante. On aurait dit qu'il volait sur la glace. Les deux adolescents blonds vêtus de blanc virevoltaient sur la glace avec tant de légèreté qu'ils ressemblaient à un couple d'anges en vol.
Une clé tourna dans la porte d'entrée.
- Je suis rentré, dit la voix de Roxas dans le hall d'entrée. Sa mère mit le DVD en pause. Il entra dans la pièce, et ses yeux se posèrent sur l'image à l'écran. Il cligna des yeux, brièvement, puis salua sa mère et Axel, s'excusa pour le retard. Allez-y, allez-y, continuez, je reviens. Il s'éclipsa dans la cuisine pendant que la musique reprenait. L'écoutant d'une oreille distraite, il prépara un café et deux verres de coca qu'il déposa sur un plateau. Chargé, il regagnaa le salon, déposa les boissons devant leurs destinataires, toujours vissés à l'écran. Roxas s'assit et tâcha de regarder ailleurs, jusqu'à ce que ce soit fini. Sirotant son verre, il attendit. Lorsque la dernière vidéo fut finie, sa mère et son invité semblèrent se réanimer.
- On va y aller ? Demanda Roxas. Parce que sinon, le temps que je rentre pour souper, il nous restera presque pas de temps pour travailler.
Axel acquiesça en buvant une gorgée à son verre. Ils se levèrent.
- Roxas, dit sa mère. Ce soir... Je fais de la salade, alors tu peux manger plus tard. Prenez tout votre temps, et si vous voulez venir souper, Axel, vous êtes le bienvenu.
- C'est très aimable à vous, merci. Mais vous pouvez me tutoyer, je n'ai que vingt-trois ans.
La mère de Roxas sourit.
- Alors, sois le bienvenu, dit-elle, et il acquiesça.
oOoOoOoOo
Une semaine plus tard, le travail avait avancé de façon tout à fait satisfaisante. Roxas s'était tout à fait habitué à son nouveau partenaire, ainsi qu'à son rôle de suiveur - ce qui n'avait pas été sans mal. Malgré une angoisse dormante à propos du porté final, patiner était redevenu un réel plaisir, et les séances d'entraînement lui paraissaient toujours trop courtes. Il n'y avait, en fait, qu'un seul problème.
L'établissement d'un score au patinage artistique est basé sur une notation technique, plus cinq critères, recevant chacun une note pouvant aller de 0.0 à 10. La moyenne est faite ensuite, en additionnant les notes attribuées par les juges. L'un de ces cinq critères est l'interprétation - comme au théâtre ou dans un ballet, il s'agit de retransmettre un sentiment au public afin de l'émouvoir. Amour, désir, haine, amusement... Cet aspect d'un programme est tout aussi important que la technique.
Or, depuis qu'ils enchaînaient les trente premières secondes du programme sans erreur, Axel avait commencé à... Hé, bien, à le regarder. Par instants, il sentait ses yeux sur lui, ou voyait l'expression de son visage, et il se sentait bizarre. Personne ne l'avait jamais regardé comme ça, à part... à part elle. Il savait qu'il ne s'agissait là que de comédie, car dès qu'ils s'arrêtaient de patiner, le visage du roux reprenait son air habituel, ses yeux ne le fixaient plus avec ce... Enfin, pas comme ça. Mais il se connaissait, il connaissait son cœur, il savait comment il réagissait face à sa - enfin plutôt son - partenaire. Lui ne savait jouer la comédie, ce qu'il montrait, il fallait qu'il l'éprouve... Il avait pensé qu'accepter d'aider Axel ne poserait pas de problèmes de ce côté-là. Que c'était l'opportunité de recommencer à patiner en couple sans s'exposer à une cruelle déception et à bien des tracas sentimentaux. Le problème, c'était qu'il s'était vraisemblablement trompé. Car quand ils s'arrêtaient de patiner, que le jeune homme cessait de « jouer », il était... déçu. Il devait se retenir pour ne pas le retenir, lui, quand ses mains laissaient les siennes, ou que le bras qui enlaçait sa taille et le tenait contre lui le lâchait. Roxas assistait impuissant à cette catastrophe, à cette tempête d'émotions et de pensées contradictoires qui volaient en tous sens sous son crâne, dans son cœur, dont il ne parvenait pas à extraire quoi que ce soit. Et dire que je ne le connais même pas depuis quinze jours, se répétait-il sans cesse. Le piège se refermait sur lui, trop rapidement pour qu'il puisse lui échapper. En fait, la première fois qu'il m'a adressé la parole, il était déjà trop tard...
Après dix jours, ils maîtrisaient la première moitié du programme. Il leur fallut une semaine de plus pour savoir le faire en entier, ce qui leur laissait cinq jours jusqu'à la compétition. Cinq jours pour se perfectionner, cinq jours pour oser enfin le « final ». Ils ne l'avaient pas encore fait, ils devaient s'y mettre. Ce jour-là, Roxas attendit qu'Axel vienne le chercher avec une boule qui lui remontait dans la gorge. Il avait peur. Elle grimpa d'un cran quand il monta dans la voiture, et d'un autre quand, à la patinoire, il se débarrassa du manteau qu'il portait au dessus de ses vêtements - chemise et pantalon, c'était aussi le jour de la répétition en tenue. Il avait le cœur au bord des lèvres quand Axel prit ses poignets dans ses mains et que la musique commença. Mais cela ne l'empêcha pas de patiner. Les gestes étaient devenus des réflexes conditionnés, son corps réagissait tout seul, ce qui lui laissait tout le loisir de se concentrer sur les mains d'Axel et le contact de son corps contre le sien, et d'appréhender le porté. Qui vint bien trop vite à son goût. Axel arriva derrière lui. Je peux le faire, se dit-il en tendant légèrement ses mains vers l'arrière. Je dois le faire, pensa-t-il en trouvant celles d'Axel et en emmêlant ses doigts aux siens, fermement. Mais à l'instant même où il commença à le soulever et que les lames de ses patins quittèrent le sol, son corps échappa totalement à son contrôle. Il se dégagea et atterit sans grâce sur la glace, tomba presque. Oh, non. Je n'y arriverai jamais.
Il fila à toute vitesse, retraversant la patinoire vers la sortie, suivit d'Axel qui se demandait quelle mouche l'avait piqué.
- Arrête, où est-ce que tu vas ? Cria-t-il. Roxas !
Roxas quitta la glace, fit trois pas rapides avec ses patins aux pieds avant de trébucher et de s'étaler par terre de tout son long.
- Roxas ! S'écria la voix d'Axel derrière lui, clairement angoissée. Tu t'es blessé ?
Le blond se redressa sur les coudes, fit remuer ses pieds.
- Non, je n'ai rien, répondit-il au jeune homme qui arrivait près de lui.
Malheureusement. Une entorse m'aurait peut-être sorti de cette galère.
- Ne t'inquiète pas, tout va bien.
Axel le regarda d'un œil interrogateur, avant de lui tendre la main pour l'aider à se relever. Au moment où il prit sa main, Roxas vit sur son visage - juste un instant - une de ces expressions qu'il avait quand il patinait. Un regard qui semblait dire qu'il était la chose la plus précieuse du monde. Il se releva, en pleine confusion, et à peine fut-il remis sur pieds - ou plutôt sur lames - qu'il perdit à nouveau l'équilibre. Il tomba contre Axel qui tomba à son tour, vers les escaliers qui permettaient d'accéder à la glace. Mais il parvint de justesse à se rattraper à la barrière, ce qui diminua considérablement l'impact de la chute.
- Hé ben, dit-il, complètement vautré sur les marches, Roxas étalé sur lui, on est passés près de la... Hé !
Roxas avait profité de sa position pour l'enlacer et se serrait contre lui. C'était sécurisant son cœur battait à tout rompre, il était certain qu'Axel pouvait le sentir.
- Ça ne va pas ? Demanda ce dernier, perplexe.
Il ne voyait pas le visage du blond, qui était enfoui contre lui. Faute de mieux, il leva une main et commença à lui caresser les cheveux avec douceur.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? Demanda-t-il.
Roxas secoua vigoureusement la tête. Il était bien, là, il ne voulait pas bouger, ni penser, ni parler, ni rien. Juste rester contre lui, sentir sa main dans mes cheveux, respirer son odeur...
Mais Axel ne semblait pas partager sa vision de la chose. Il s'accrocha à la barrière et tira, se redressant. Bien obligé, Roxas allait se relever quand il l'attrapa et le fit asseoir à côté de lui. Il passa ensuite son bras autour de ses épaules et l'étreignit. Le blond rougit.
- Ne fais pas ça, demanda-t-il.
- Pourquoi ? Il y a une minute, c'est toi qui étais collé à moi.
- ... Tu ne comprends pas, murmura Roxas.
- Non, je sais. Mais je voudrais comprendre. Pourquoi avais-tu arrêté de patiner ? Pourquoi tu n'as pas pu me laisser te porter ?
Roxas poussa un gémissement en enfouissant son visage dans ses bras.
- Roxas, écoutes-moi bien. Pour ce concours, tu me rends un service que je n'oublierai jamais. On s'entend bien tous les deux et je ne veux pas qu'on arrête de se voir quand ce sera fini. Je voudrais qu'on continue ensemble. Et surtout... Tu es mon partenaire. Ça fait de toi mon ami.
Roxas releva la tête mais ne le regarda pas. Il resta silencieux pendant un long moment, comme s'il n'arrivait pas à se décider à parler. Finalement, quand il ouvrit la bouche, sa voix était altérée.
- Tu es mon partenaire. Ça fait de toi... plus que mon ami.
Axel le regarda, surpris, mais ne bougea pas et ne dit mot. Au bout d'un long moment de silence, il parla.
- Dis-moi pourquoi tu as peur des portés.
Ce n'était pas une demande. Presque un ordre. Et ça vint tout seul, comme s'il n'avait attendu que ça.
- J'avais une partenaire. Tu l'as vue, sur les vidéos que ma mère t'a montrées. Elle s'appelait Naminé. On était... On se connaissait depuis très longtemps tous les deux, mais on n'a commencé à patiner ensemble que quand on avait quatorze ans. C'était il y a deux ans. On s'entendait... vraiment bien. Ça marchait très bien, alors on a essayé des compétitions. Ça aussi, ça marchait bien. Et... un jour, pendant un concours... Il y avait un porté de notre programme. Je ne sais pas ce qui s'est passé... On l'avait déjà faut plusieurs fois, mais... Cette fois-là, quand je l'ai soulevée... J'ai dérapé.
Axel serra plus fort son bras autour de ses épaules pour l'encourager à continuer. Roxas se tourna et se blottit contre lui, se laissant enlacer. Axel ne lui avait pas répondu. Ce moment était particulier, il ne pouvait s'empêcher d'avoir envie d'en profiter et de le prolonger. Finalement, sans se redresser, il reprit la parole.
- J'ai réussi à me rattraper, limite. Mais je l'ai... lâchée. Elle est tombée sur la glace. Je n'ai jamais réussi à bien me souvenir de ce qui est arrivé. Je sais... qu'en tombant, elle s'était écrasé plusieurs vertèbres, parce que ses parents me l'ont expliqué. Quand j'y repense, tout ce dont je me rappelle, c'était qu'elle devait avoir une blessure qui saignait énormément. Il y avait du sang sur la glace. Beaucoup de sang. Tout le monde hurlait autour de moi. Elle criait qu'elle avait mal... qu'elle ne pouvait plus... bouger. J'étais pétrifié. Je regardais la flaque de sang qui s'élargissait et venait vers moi. J'étais... mort de peur. Je n'arrivais même plus à penser... J'étais persuadé que si... Que si le sang touchait mes patins... me touchait, moi, quelque chose... quelque chose de terrible allait se produire. Je ne savais pas quoi, j'étais juste terrorisé, et je ne pouvais pas bouger.
A nouveau, il se serra contre Axel qui l'étreignit. Il frissonnait, son souffle état erratique, comme s'il était en train de fournir un effort violent. Axel glissa une main dans ses cheveux, fit courir ses doigts sur la peau de son crâne, lentement, pour tenter de l'apaiser.
- Que s'est-il passé, ensuite ? Demanda-t-il d'une voix douce.
- Des gens sont arrivés sur la glace. L'équipe médicale, un truc comme ça. Quelqu'un m'a saisi et m'a emmené... ailleurs. Après je ne sais plus très bien. Une ambulance est venue, elle est allée à l'hôpital.
Il produisit soudain un son étrange, une inspiration forte et sifflante. Axel comprit qu'il pleurait. Il l'écarta de lui doucement, malgré sa résistance, et essuya ses larmes. Roxas gardait son regard ostensiblement baissé. Il avait honte de lui. Pleurer comme ça... Déjà, ça ne lui arriverait pas souvent, c'était pas glorieux, et en plus, il fallait que ce soit devant Axel. Merde, pourquoi faut-il que je pleure devant lui ? Je ne veux pas qu'il me voie comme ça. Ce n'est pas l'image que je veux qu'il ait de moi...
Mais ses mains qui caressaient ses joues pour essuyer ses larmes, c'était une sensation si agréable. Il soupira de bien-être et la main d'Axel quitta son visage. Il se retint de protester. Il avait arrêté de pleurer, et Axel le reprit contre lui. C'était si bon...
- Aujourd'hui... Enfin aux dernières nouvelles, elle était dans une chaise roulante. Les médecins... n'étaient pas optimistes quand à son rétablissement. On a déménagé. Je ne l'ai plus vue depuis... Voilà l'histoire.
Les bras autour de lui l'étreignirent, et il ajouta :
- Je l'aimais. Et c'est pour ça... Que je ne patinais plus en couple. Je ne voulais pas que ça recommence. C'est pour ça que j'ai accepté de patiner avec toi. Je pensais que parce que tu n'es pas une fille... Je ne risquais pas de tomber amoureux de toi.
Il se décida enfin à lever les yeux. Axel le regardait, sans sourire ni protester. Tout ce que Roxas voyait, c'était un océan vert de bienveillance sans faille, de tendresse insondable. Qui disparut quand Axel releva le menton et l'embrassa longuement... sur le front. Il appuyait ses lèvres sur sa peau comme s'il y déposa quelque chose. Roxas ferma les yeux, déçu et heureux à la fois. Le jeune homme s'écarta au bout d'un moment et lui sourit.
- C'est quoi ça ? Demanda Roxas en effleurant son front du bout des doigts.
- Un porte-bonheur.
Roxas sourit. Il se sentait mieux, beaucoup mieux.
- A ton tour ! Dit-il. Racontes-moi pourquoi tu veux tellement gagner ce concours.
Axel acquiesça.
- J'ai vingt-trois ans. C'est trop pour se lancer dans une carrière. Cette compétition, c'est ma dernière tentative, mais elle est plus symbolique qu'autre chose. Je veux me prouver que j'en suis capable. Que dans d'autres circonstances, j'aurais pu le faire. Je ne veux pas avoir de regrets, tu comprends.
Roxas hocha la tête. Bien sûr que je comprends. C'est ce que je veux, moi aussi...
- Roxas, dit Axel. On peut enlever le porté, si tu veux. On le remplacera par autre chose.
- Non ! S'exclama Roxas. Non, surtout pas ! Si on ne fait pas au moins un porté, on n'aura pas un seul cinq ! Je vais y arriver, je sais que je peux. Tu m'as déjà aidé pour beaucoup, sans le savoir. On va te le faire gagner, ce concours. Je te le promets !
Axel sourit devant son ardeur, et son sourire s'élargit encore quand le blond prit sa tête entre ses mains et la pencha vers lui, pour lui déposer à son tour un long baiser sur son front.
- En voilà un pour toi aussi ! Dit-il en le relâchant. Allez, au boulot ! On n'aura pas trop de cinq jours être au point.
Et il s'élança sur la glace avec élégance. Axel le rejoignit.
oOoOoOoOo
Le jour de la compétition arriva. Assis sur un banc, Roxas faisait et défaisait les lacets et les sangles de ses patins pendant qu'Axel fumait discrètement une cigarette. C'était comme ça qu'il essayait d'oublier son trac. Ça devait être juste assez serré, pas trop, ni trop peu. Il savait que sa famille était dans le public, mais il ne savait pas où et préférait ne pas le savoir, pour ne pas être déconcentré ou tenté de les regarder. C'était leur tour, depuis quelques minutes déjà, mais l'appareil qui servait à entretenir la glace entre les participants était arrêté au milieu de la piste, entouré par l'équipe technique qui n'arrivait manifestement pas à le remettre en marche. Forcés par le temps sans doute, les organisateurs firent évacuer la machine, laissant la moitié de la glace en l'état. Au micro, une voix annonça :
- Suite à une difficulté technique, la piste ne peut être entretenue. Nous poursuivons la compétition en tâchant de résoudre ce problème le plus rapidement possible. Les candidats suivants sont Axel Lace et Roxas Langley.
Ils s'étaient levés et Roxas fit un pas vers l'entrée de la piste, mais il se sentit retenu et tiré en arrière. Axel l'attira contre lui et le serra fort dans ses bras. Roxas ferma les yeux. Comme il aurait aimé se perdre dans cette sensation, ne plus penser à rien d'autre... Il n'avait pas encore répondu à sa déclaration, il redoutait un peu le moment où il le ferait. S'il l'avait aimé, il le lui aurait déjà dit. Mais d'un autre côté, tous les contacts physiques dont il prenait l'initiative étaient déconcertants.
- Allons-y, finit par murmurer le roux en le relâchant. Roxas s'écarta et hocha la tête en souriant.
- On va leur en mettre plein la vue. Je te suis.
Ils s'engagèrent sur la glace et allèrent se mettre en position. Pour contrebalancer la féminisation de Roxas dans son rôle, ils avaient opté dans son cas par une tenue bien masculine : son uniforme du lycée, bien repassé. Pantalon simple gris clair, chemise blanche, pull sans manches bordeaux avec l'insigne de l'école cousu sur la poitrine. Il portait aussi la cravate noire réglementaire mais qu'on voyait peu dans la pratique, à l'école. Seul infraction au code vestimentaire, il avait laissé sa chemise pendre par-dessus son pantalon, comme il la portait toujours. Pas la peine de passer pour un beauf', non plus... Axel portait un ensemble ajusté composé d'un pantalon droit et d'un pull à col roulé, le tout rigoureusement noir.
- Je te trouve très élégant, lui dit Roxas alors qu'ils arrivaient au centre de la piste.
- Merci. Toi, tu es... mignon.
Ils se mirent en position. Tous les regards étaient fixés sur eux. Enfin, la musique commença, et le stress s'envola dès les premières notes. Tout se passait à la perfection. Ils étaient synchrones, ne commettaient pas d'erreurs, et Roxas aurait parié sa jambe droite que l'image retransmise sur les écrans géants qui était centrée sur leurs visages devait être très expressive. Axel posait à nouveau sur lui un regard brûlant, et lui-même savait que son visage devait exprimer ses propres sentiments - non feints, en l'occurrence, mais ça, le public n'avait pas besoin de le savoir. Tout comme il n'avait pas besoin de savoir à quel vitesse le programme avait filé pour Roxas et comme il était nerveux à l'idée du final. Ils l'avaient fait à l'entraînement. Ça avait mis le temps mais ils y étaient arrivés. Maintenant, il fallait reproduire ça devant le public. Et ça y était. Il prit une profonde inspiration, tendit ses mains vers Axel qui les prit. Ils s'assurèrent rapidement de la prise de leurs doigts les uns sur les autres, puis Roxas fléchit les genoux pour prendre de l'élan. Un instant plus tard, il était en hauteur, perché sur les bras tendus d'Axel. Ils avaient réussi, ils avaient fait un sans-faute !
Malheureusement, leur triomphe fut de courte durée. Au moment où la musique s'achevait et où il faisait redescendre Roxas, la lame du patin gauche d'Axel se prit dans une rainure de la glace non entretenue, et ils tombèrent tous les deux, s'étalant sans grâce sur la glace.
- Tu n'as rien ? Demanda aussitôt le blond en essayant de s'asseoir.
- Plus de peur que de mal, et toi ?
- Beaucoup plus de peur que de mal.
Le public applaudissait chaleureusement. Ils se relevèrent, se donnèrent la main, et saluèrent.
- Foutue glace à la con ! Pesta Axel. Sans ça, c'était parfait !
- Tu crois qu'on a une chance ? Demanda Roxas, dépité.
- Tout dépend du jury. Ils peuvent choisir de ne pas compter la chute, parce que le programme était déjà fini et que la glace n'avait pas été entretenue, on avait un handicap. Il faudra voir nos notes.
Ils sortirent de la piste où la famille de Roxas les attendait, l'air anxieux, en compagnie d'un jeune homme aux cheveux rouges plutôt maigrichon, aux joues tatouées. Pas difficile de deviner qu'il s'agissait du frère d'Axel. Qui l'enlaça aussitôt qu'il passa à sa portée. Ils s'étreignirent fort, tandis que l'aîné, apparemment, lui murmurait à l'oreille :
- Je suis fier de toi.
Roxas, lui, était « aux prises » avec sa propre famille qui le couvrait de câlins, de baisers, de félicitations et de sollicitude pour la chute finale, reprenait en chœur les protestations qu'Axel avait émises un instant plus tôt contre la glace abîmée. Finalement, tout le monde se sépara un peu et Roxas se rapprocha de son partenaire. Le nouveau venu se présenta.
- Reno Lace, dit-il en tendant la main à Roxas qui la serra. Il se tourna ensuite vers la famille du blond.
- C'est mon frère, dit inutilement Axel sans quitter des yeux le jury qui pérorait à l'infini sur leur prestation.
- J'aurais jamais deviné, répondit Roxas d'une voix altérée par l'impatience et l'angoisse.
Ils ne pouvaient plus rien faire à part attendre les résultats. Et pendant que Reno faisait connaissance avec la famille Langley, la main d'Axel trouva celle de Roxas et la serra fort...
AKUROKU
