Auteur : Ariani Lee

Série : Kingdom Hearts

Pairing : AkuRoku (Axel/Roxas pour les néophytes ))

Disclaimer : La liste des cent thèmes est disponible sur le net (c'est toujours la même vous aurez peut-être remarqué ?) Axel et Roxas ne m'appartiennent pas, ni aucun des membres de l'Organisation XIII ou personnages de Kingdom Hearts qui pourraient être mentionnés ici : Ils sont tous la propriété de Square Enix et des studios Disney. Bande d'ingrats qui les a fait mourir !

Résumé : Où de nouveauté en découverte, Roxas comprend finalement ce que signifie le mot « amour ».

Traduction du titre : « Magie »

Auto-évaluation : ****

Axel et Roxas en cent thèmes.

Magic

J'en ai marre.

C'est le ras-le-bol généralisé, j'en ai marre de tout. Marre de tuer des Sans-Cœur, marre des humeurs de Saïx, marre des ordres, marre de Xion qui fait la gueule, marre d'Axel qui se comporte avec la dernière bizarrerie. Même Kingdom Hearts, que je vois du balcon auquel je m'appuie, ne me réconforte pas ce soir. Il est de plus en plus opaque, pourtant, de plus en plus tangible, de plus en plus réel. Si proche de sa finalisation - encore quelque efforts et j'en aurai fini. Mais je me demande pour quel résultat. A quoi bon avoir un cœur ? Cela fait si longtemps que j'entends parler de ça comme si c'était la réponse à tout, la solution de tous les problèmes... que je n'arrive plus à y croire. Ça sera même pire, après, parce que je ressentirai réellement les choses. Ça fait des semaines qu'on n'a plus mangé une glace tous ensemble...

Ça recommence. Je ne comprends pas, c'est quoi ces larmes ? Si je n'ai pas de cœur, pourquoi est-ce que j'arrive quand même à souffrir ?

- Salut, Roxas, me dit une voix gentille et familière.

Demyx s'adosse au balcon à côté de moi, et il y reste en silence. Je n'ai envie de parler à personne, mais ça me fait du bien qu'il soit là et qu'il ne me dise rien. La plupart des autres m'auraient soit charrié, soit pris de haut ou carrément engueulé. Un Simili qui pleure, comme c'est ridicule...

Demyx tend une main vers mon visage et je le regarde, curieux. Il ne me touche pas. Il garde juste ses doigts devant moi et puis il murmure :

- Danse, eau, danse...

Je sens que mes joues et mes yeux s'assèchent. Une petite bulle d'eau vient se former au bout de ses doigts et je comprends que ce sont mes larmes. La petite bille scintille dans le clair de lune, elle se met à former des volutes et se transforme en un petit papillon transparent. Fasciné, j'en oublie de verser d'autres larmes. Le petit éphémère aquatique volette devant moi. Je lève une main et il se pose sur le bout de mon index. C'est magique. Je regarde Demyx et il me sourit.

- Merci, je lui dis.

- C'est rien. Tu sais, moi aussi, ça m'arrive parfois, quand je... réfléchis trop.

Je hoche la tête en signe d'approbation et je lui rends son sourire en plus faible. Il a raison. Moi aussi, si je pense trop longtemps, je finis par avoir l'impression de marcher en équilibre sur une corde que je ne verrais même pas. C'est déprimant et angoissant. Ou les équivalents non-émotionnels de la déprime et de l'angoisse que le Simili que je suis peut éprouver... Demyx comprend ces choses-là avec beaucoup d'acuité.

Je regarde à nouveau le papillon mouillé.

- Je peux le garder ? Je demande.

J'aime assez l'idée d'avoir auprès de moi ce tout petit compagnon, transparent et silencieux, même s'il n'est en réalité qu'un peu d'eau salée tombée de mes yeux. Mais Demyx secoue la tête.

- S'il s'éloigne de moi, il reviendra à sa forme première. Et même si je l'emmène, la même chose se produira quand je dormirai.

- Oh.

Je suis déçu. J'aimerais bien avoir toujours une petite chose comme celle là près de moi... Je sais que je me sentirais moins seul. Même avec quelques larmes auxquelles la magie de Demyx a donné forme.

- C'est beau, ce que tu arrives à faire avec l'eau.

Le sourire de Demyx s'élargit.

- Merci. Axel aussi sait faire ce genre de choses avec ses flammes.

Je détourne les yeux à l'évocation d'Axel. Pas spécialement envie d'aborder le sujet pour l'instant. C'est vrai qu'il manie le feu mais il ne m'a jamais montré de tour de ce genre. Faut dire aussi que c'est plus dangereux de jouer avec le feu qu'avec l'eau. Je l'ai déjà vu allumer de petites flammes au bout de ses doigts comme s'il avait des briquets dissimulés sous les ongles, ou s'amuser à les faire rouler sur les jointures de ses mains pour jouer, mais c'est tout.

Je me retourne et en m'appuyant sur le rebord du balcon je me soulève, avant de m'y asseoir. Il est très étroit ce bord. Je ferme les yeux et étudie la sensation que le vide profond derrière moi me procure. C'est un peu grisant. Comment serait la chute si je me laissais aller ? Longue, sûrement. Comme ce serait agréable de me laisser tomber à toute vitesse dans le vide, comme de voler, mais à l'envers... C'est tentant mais on n'est pas au Pays Imaginaire, là. Clochette n'est pas là, je pourrais y laisser ma peau.

Est-ce réellement un problème ? Une raison suffisante pour ne pas essayer ?

- Roxas ? Arrête ça, s'il te plaît.

La voix de Demyx me tire de ma rêverie. Son regard me dit à nouveau qu'il comprend exactement ce à quoi je suis en train de penser.

- Je suis passé par là aussi, me dit-il, confirmant ce que je me disais. Il a raté sa vocation Demyx. Il aurait dû être spy... plyso... psylia... Enfin ces docteurs qui aident les gens à se sentir mieux mentalement. Il l'était peut-être dans sa vie d'avant ? Cela expliquerait son empathie surdéveloppée...

- Arrête de te chauffer le ciboulot, c'est mauvais pour ton moral. Je sais que ça ne va pas, mais je t'assure que ça ira mieux.

J'appuie mes coudes sur mes genoux et me penche un peu en avant pour m'arracher à la tentation du vide derrière moi. Je résiste à l'envie de lui dire que ma vie n'a guère de sens, que l'intérêt de la continuer me semble inexistant. Sans Xion et Axel, je n'ai aucune motivation. Et je n'arrive pas à me faire à l'idée que c'était lui qui avait commencé avec les glaces à l'eau de mer, et que maintenant je suis seul tous les soirs. Je pensais que ça comptait pour lui, je m'étais trompé et cette déception m'a désenchanté.

- Tu veux que je te réconforte ?

Je lève les yeux vers lui, curieux. J'ai bien compris à sa voix et à son regard qu'il pense à quelque chose de précis en disant ça.

- En quoi ça consiste exactement ? Je demande.

Il me sourit et me tend la main.

- Je te montre ? Il me propose.

J'hésite un instant. Je pourrais encore me laisser basculer arrière. Il n'aurait pas le temps de me rattraper... Finalement, je crois que c'est précisément cette pensée qui me retient. Il serait capable de s'en vouloir de ne pas m'avoir « sauvé », si toutefois j'en mourais, ce qui n'est même pas sûr, en fait. Enfin soit, je prends sa main tendue et il me tire, je descends du rebord. Un éclair de soulagement passe dans ses yeux, mais je fais mine de ne pas l'avoir vu. J'attends de voir comment il a l'intention de me remonter le moral. Jusqu'à maintenant, pour ça, il y avait Axel et Xion, et les glaces, mais ces derniers temps je les trouve amères, je n'ai même plus envie...

Demyx fait un pas en avant et lève les bras. Il entoure mes épaules et m'attire contre lui.

Ah, ça, c'est étonnant. Et étonnamment agréable. C'est quoi déjà? Un câlin, c'est ça ? C'est la première fois de ma vie que quelqu'un me prend dans ses bras.

Il me tient contre lui, laisse un bras sur ma taille et de sa main libre, il appuie ma tête contre son épaule avant de se mettre à caresser mes cheveux. Un câlin, ça se rend. Je crois. Alors je passe mes bras autour de lui et noue mollement mes mains derrière son dos. Il se rapproche encore un peu.

Soudain, c'est comme si le poids de tous mes soucis s'abattait sur mes épaules comme une chape de plomb. Ils pèsent, et semblent s'enfoncer en moi, pour y sombrer corps et biens. Ça me fait l'impression d'avoir dans mon thorax un gouffre insondable et sombre... Ça recommence. Mais pas comme aujourd'hui ou comme la dernière fois, quand je me suis réveillé après avoir rêvé du garçon qui s'appelle Sora. Je sens l'envie monter, puissante et douloureuse. J'ai peur de cette sensation et de ce qu'elle pourrait entraîner. Franchement, je ne veux pas avoir de vrais sentiments si les « faux » sont déjà si pénibles. Je ne vois pas l'intérêt, à moins d'être complètement masochiste.

- Vas-y. Je pense que t'en as besoin et tu verras, on se sent mieux après.

Je secoue la tête.

- De quoi tu parles ?

Je suis de mauvaise foi. Mais ça me fait mal et j'ai peur que ce soit encore pire après.

- Chiale un bon coup mon pote, dit-il pour être plus « clair ».

Ça y est, j'ai les yeux qui brûlent. J'ai d'abord le réflexe de vouloir relever la tête pour les empêcher de déborder, mais finalement, je les ferme. Aussitôt, des larmes roulent sur mes joues et je blottis mon visage au creux de l'épaule de Demyx. Mon corps est secoué de crispations douloureuses, mais il avait raison, en fait ça me soulage. Je pleure de plus en plus fort, maintenant que je j'ai commencé, autant y aller à fond. Je me rends compte qu'inconsciemment j'ai resserré ma prise sur lui, mes bras sont carrément agrippés à sa taille maintenant, et lui aussi me serre plus fort sans arrêter de me caresser les cheveux. Pourquoi est-ce qu'il est aussi gentil, dans le fond ? Je m'accroche à lui comme un noyé à son rocher en pleine tempête, j'ai l'impression que si je le lâche, je vais être emporté par un courant contre lequel je suis sûr de ne pas avoir la force de lutter.

Je ne sais pas combien de temps ça dure à dire vrai, quelques secondes ou des heures, mais en tout cas il ne me lâche pas. Je sens que je commence à me calmer lentement, et je me sens vraiment mieux qu'avant. Plus paisible. Je suis certain que là, si je remontais sur le bord du balcon, le vide ne m'attirerait pas tant. Je retiens. La prochaine fois que j'aurai envie de pleurer...

- Merci, je dis.

- De rien.

Ça va parce qu'il est là, parce que je ne suis pas seul. Sincèrement, merci. Merci du fond du... Non, rien en fait. Je ferais mieux de me taire.

- Roxas ?

Je hoche la tête sans m'écarter.

- Tu pourrais faire quelque chose pour moi ?

Je suis béat de reconnaissance, évidemment que je peux.

- Bien sûr, quoi ?

- Mmmmmh… Je ne sais pas si j'ai raison de te dire ça. Mais j'aimerais que tu ailles parler à Axel.

- Axel ?

Axel. Même là, je trouve le moyen de prendre plaisir à dire son nom. Ça, c'est pas nouveau. J'adore le dire, pour d'obscures raisons, je ne saurais pas l'expliquer. Mais quand je suis seul parfois, je le répète rien que pour le plaisir d'entendre ma voix le prononcer.

- Vous ne tournez pas rond tous les deux, en ce moment, c'est pas difficile de deviner que c'est parce que les choses ne sont pas ce qu'elles sont d'habitude entre vous.

C'est plus de l'empathie là, c'est encore deux crans au-dessus... à moins que...

- C'est lui qui t'a demandé de me dire ça ?

Il s'écarte de moi et je le laisse faire à regret. Je m'étais habitué à son contact apaisant.

- Non. Il ne m'a rien dit. Il n'est plus très loquace ces derniers temps.

Ah bon ? Je n'avais pas remarqué. Avec moi il est encore plus bavard et gentil que d'habitude. Parfois j'ai l'impression qu'il en fait trop, il a l'air, je ne sais pas... nerveux. Oui, c'est le mot. Il est comme ça quand on se voit la journée ou en mission. Mais il ne vient plus regarder le coucher du soleil avec moi. Depuis combien de temps est-ce qu'il n'a pas mangé une glace à l'eau de mer ? Je le mets mal à l'aise.

- Vous devriez discuter tous les deux, je suis certain que ça arrangerait les choses. Axel tient à toi, il n'est pas rancunier et quant à toi, je vois qu'il te manque.

Encore un point pour lui.

- Tu as raison, j'admets à contrecœur.

Je devrais faire ce qu'il dit, mais je redoute qu'Axel ne me dise qu'il n'y a rien. Ça voudrait dire que tout du long il n'a pas été sincère. Je n'ai pas envie de savoir que moi je ne lui manque pas. Mais je vais le faire. Et la prochaine fois, je n'aurai peut-être pas de regrets et je pourrai céder à l'appel du vide... Je n'ai pas de sens si Axel ne fait pas attention à moi, j'ai besoin de lui.

Je hoche la tête et Demyx me sourit. Il a vraiment l'air content, sincèrement j'ai du mal à comprendre sa gentillesse. Je n'ai jamais rien fait pour lui. Je m'essuie les yeux du revers de la manche et il me fait signe d'y aller. Quoi, là, maintenant? ... Bon, d'accord.

A&R

Je frappe à la porte, l'estomac noué. C'est stressant. Je ne sais pas si j'ai vraiment envie qu'il ouvre mais c'est trop tard pour y penser, j'entends la poignée tourner. J'avale ma salive, la gorge serrée, la porte s'ouvre et Axel apparaît dans l'embrasure. Son regard tombe sur moi et il a l'air... vraiment surpris, en me voyant. Est-ce que c'est si étonnant de me trouver là ? Il n'y a pas si longtemps, je venais souvent. J'ai même déjà dormi dans cette chambre.

- Roxas ?

Qui d'autre ?

- Qu'est-ce qui ne va pas ?

Charmant aussi. Je viens te voir, il y a donc forcément un problème quelque part ? Dis tout de suite que je te dérange... Je ne trouve rien à répondre. J'ai mal aux yeux. Il me fait entrer, l'air effaré. Ça devient vexant de le voir réagir à ma présence de cette façon...

- Dis-moi ce qui se passe ? Me demande-t-il.

- Qu'est-ce qui te fait dire qu'il y a un problème ? Je demande.

C'est quoi ton problème ?

- Enfin, tu t'es vu ?

- Non, je lui réponds honnêtement, surpris par sa question.

Pourquoi je me serais regardé ? Il me prend par les épaules et me pousse vers un miroir.

Ah ouais, quand même. J'ai le regard abattu, et mes yeux sont rouges. Je ne savais pas que ça se voyait, quand on pleure... Alors c'était ça ? Il n'était pas dérangé que je vienne le voir, il s'inquiétait pour moi...

Je soupire.

- Je voulais te parler...

Il s'assied au bord de son lit, et il a de nouveau cet air mal à l'aise...

- Je déteste qu'on soit comme ça, je finis par dire.

Il baisse les yeux. Au moins, il ne fait pas l'innocent. Ça, je l'aurais vraiment très mal pris.

- Moi aussi.

Je hausse les sourcils.

- C'est toi qui as changé ! Je m'exclame. Moi, tout ce que je veux, c'est que les choses redeviennent comme avant ! Que tu sois naturel avec moi, que tu ne te forces pas ! Je veux qu'on retourne manger des glaces et regarder le soleil, je veux t'écouter rire et raconter ta vie comme avant ! Tu me manques, Axel... !

Ah non, pas maintenant ! C'est pas vrai, je vais quand même pas me mettre à pleurer tout le temps ? Une seconde, je me demande si Demyx a déjà dissout le papillon d'eau. Je sens une larme quitter mon œil droit et rouler sur ma joue. Axel se lève et vient vers moi.

Huh. Pour la deuxième fois de la soirée, je me retrouve enveloppé dans une étreinte inattendue. Ça aussi, ça devient une habitude...

Je me laisse aller et l'enlace à mon tour. Ce n'est pas comme les bras de Demyx, qui étaient apaisants et réconfortants. Axel dégage une chaleur forte et agréable. Je m'y blottis, c'est encore meilleur. Mes larmes ont séché, je n'ai plus envie de pleurer, juste de rester là. Axel se met à parler et je l'écoute sans bouger. Tant qu'il me tient contre lui, tout va bien.

- Je suis désolé pour mon attitude, j'ai pas voulu te blesser. Mais tu étais en colère contre moi, je craignais que tu m'en veuilles. Je n'avais pas envie d'empirer les choses, ou de croiser Xion et qu'on soit de nouveau tous ensemble à ne pas savoir quoi se dire. Mais tu me manques. Je n'ai aucune envie de me priver de toi.

- Vous m'avez laissé seul. Tous les deux.

Il me serre plus fort contre lui et je me détends complètement contre sa solidité rassurante. Je ne lui en veux même pas - ou plus. Il a voulu me préserver... Je sens que les choses s'arrangent et je veux juste rester contre lui et qu'il me parle encore.

- Pardonne-moi, Roxas. Je n'aurais pas dû faire ça, je m'y suis pris de la mauvaise façon. Je ne supporterais pas de te perdre, j'ai besoin de toi, petite tête...

Oh ! Là, à l'instant, je jurerais avoir senti quelque chose cogner un grand coup à l'intérieur de ma poitrine. Impossible. Mais ça n'a pas d'importance. Je serre Axel contre moi. Je n'ai pas envie de parler mais je veux lui faire sentir que je ne suis pas en colère. Tout ce que je voulais, c'était que les choses redeviennent comme avant. S'il fait en sorte que ça s'arrange, je me fiche du reste.

- Je veux habiter dans tes bras, je dis.

Je sens son rire en même temps que je l'entends, léger.

- Je veux bien, il me répond, et j'entends le sourire dans sa voix.

- Tu sais, ça va à l'encontre de toute logique et ça ferait hurler Saïx de m'entendre dire ça mais... tu me fais vraiment ressentir des trucs.

Il me lâche et s'écarte pour me regarder, l'air interrogatif. Ben quoi, qu'est-ce que j'ai dit ?

- C'est vrai ?

Je hausse les épaules. J'aurais peut-être mieux fait de me taire...

- Oui.

Un grand sourire s'épanouit sur son visage.

- Toi aussi.

C'est moi qui ai du mal à digérer l'information maintenant. On se regarde tous les deux, et pendant un long moment immobile, on ne dit rien. Puis il se rapproche de moi, glisse ses deux mains sur ma nuque et dépose sa bouche sur la mienne.

Je suis statufié. Alors ça, je ne sais même pas comment ça s'appelle. Ses lèvres sont juste posées sur les miennes et les caressent doucement. Il a fermé les yeux, et je regarde un instant ses paupières closes avant de l'imiter. Si je fais comme lui je comprendrai peut-être mieux le but de la manœuvre... En tout cas, c'est agréable. Je vais de découverte en découverte ce soir...

Une de ses mains quitte ma nuque et se glisse autour de ma taille, mais pas de la même manière que tout à l'heure. Je sens qu'il veut que je sois contre lui. Je pose mes mains sur ses épaules et incline un peu la tête sur le côté pour lui faciliter la tâche, je crois que nos nez gênent... Puis il entrouvre les lèvres. Ça change. Ce qu'il fait à ma bouche - je ne sais définitivement pas de quoi il s'agit, pas même en théorie - ce n'est pas exactement la même chose, c'est plus chaud et plus... encore un mot que je ne connais pas. Lèvres contre lèvres, ça ressemblait encore à un genre de « câlin », mais ça, c'est complètement différent. Ce que ça m'agace de ne pas comprendre !

A nouveau, je l'imite. Je laisse ma bouche s'ouvrir un peu et mes lèvres glisser et se mouiller contre les siennes. J'aime bien ça, c'est vraiment agréable. Chaud et humide. Je sens son souffle sur mon visage. Ce que c'est bon... Je murmure son nom contre ses lèvres, et sa main remonte dans mes cheveux. Il me tient fort et j'adore ça.

... Oh ! Il vient de me lécher les lèvres. Je sens que mes joues chauffent, et effectivement, j'ai l'impression d'être un peu... embarrassé. Mais il recommence encore, il parcourt le contour de ma bouche avec la pointe de sa langue, ça me fait frémir.

Là j'hésite à reproduire ses gestes. Si je le fais, ma langue touchera la sienne. D'ailleurs, au fond, est-ce qu'il n'est pas en train de...

Je crois que si. Sa main droite a quitté mes cheveux pour venir se poser sur mon visage, et son pouce appuie doucement sur mon menton pour me faire ouvrir davantage la bouche. Attends, non, pas ça ! Mais je n'ai pas réagi assez rapidement. Il a glissé sa langue entre mes lèvres et elle a touché la mienne.

Je gémis de surprise et de plaisir. L'idée en me venant avait semblé écœurante mais en fait, c'est la chose la plus... Génial, encore un mot que je ne connais pas. Bref, la plus je-ne-sais-quoi que j'ai jamais vécue. Est-ce qu'il sait que je ne comprends rien à ce qu'on fait ? Probablement. Moi, en tout cas, je bats la campagne, je ne comprends même pas mes propres réactions... J'enroule ma langue autour de la sienne, à l'instinct, et sa respiration sur mon visage devient plus rapide. Moi aussi, en fait, j'ai le souffle court. Et tellement chaud...

Je ne le laisse pas faire, cette fois, je participe. J'en ai envie et je crois que je ne fais pas d'erreurs puisqu'il ne s'arrête pas, au contraire. Ses bras me serrent, presqu'à m'en faire mal, mais une petite voix me dit que jamais il ne pourrait me serrer trop fort...

Je me demande ce qui vient « après »... J'ai l'impression qu'on est en train de progresser étape par étape vers quelque chose d'encore plus... fort.

Ou pas. Il me repousse, un peu brusquement, comme s'il s'arrachait à moi. Déçu, je le regarde. Il a yeux brillants et son torse se soulève par saccades.

- Excuse-moi, il dit. Pardon, je ne voulais pas...

J'attends qu'il finisse sa phrase, mais il la laisse en suspens. Flûte, j'aimerais bien connaître le fin mot de l'histoire. Qu'il mette un nom sur ce qu'il vient de me faire - sur ce qu'on vient de faire.

- Tu ne voulais pas quoi ?

Je lui pose quand même la question. J'ai chaud et je me sens bizarre. Je voudrais qu'il m'explique. Il me regarde et ses yeux s'ouvrent en grand.

- Oh, merde ! Tu ne... Je n'avais pas pensé que...

Il porte une main à sa bouche, l'air mortifié sans que je comprenne pourquoi.

- Je ne sais pas pourquoi tu t'excuses, il n'y a vraiment pas de quoi, je... J'aimerais juste... enfin, comprendre, tu vois. Ce que c'était.

Je me sens stupide. Il n'a pas pensé que je ne savais pas ce qu'on faisait. S'il s'était posé la question, il l'aurait sans doute su, mais il n'y a pas pensé. Ça lui ressemble bien d'agir sans réfléchir. Mon Axel.

- S'il te plaît, explique-moi. J'en ai assez de ne rien comprendre.

Il se passe une main dans les cheveux. J'ai envie qu'on recommence, mais c'est peut-être pas une bonne idée. De toute façon, je n'oserais jamais le lui demander, et encore moins le faire moi-même.

- C'était... un baiser. Je t'ai embrassé.

Ah, voilà le mot. Baiser, embrasser. C'est déjà une chose, au moins maintenant je sais mettre un nom sur mon désir : « Embrasse-moi encore. »

- D'accord, je réponds, en partie satisfait.

Seulement en partie. Parce qu'il a dit qu'il m'a embrassé, mais je ne suis pas resté sans rien faire.

- Et moi, qu'est-ce que j'ai fait ?

Il me regarde, il a l'air au supplice. Mais il répond quand même.

- Tu m'as rendu mon baiser. Tu m'as aussi embrassé.

Je souris, c'est la réponse que j'attendais.

- Et à quoi ça sert ?

A voir sa tête, je devine que j'ai frappé très fort sur le front de la question embarrassante. Il me fait presque de la peine, mais je veux trop savoir et je ne vois pas à qui demander d'autre. J'ai dans l'idée que c'est pas le genre de choses qui se raconte au premier venu. J'imagine la scène d'ici : « Salut, Saïx. La forme ? Au fait, avec Axel, on s'est embrassés. Tu veux pas m'expliquer à quoi ça sert ? » Ouais, le sale plan…

- Euhhhhh... ça sert pas vraiment à quelque chose... On fait ça parce qu'on a envie, c'est tout...

- Et pourquoi on a envie de faire ça a quelqu'un ?

Pourquoi moi j'ai envie que tu m'embrasses ?

- Hem... parce que... quand tu tiens beaucoup à quelqu'un... Ah, c'est pas simple. Les humains s'embrassent quand ils s'aiment, c'est une, euh... preuve d'amour.

Amour ? On n'est pas des humains, tous les deux. Enfin, lui l'est toujours plus que moi puisqu'il se souvient de l'avoir été...

- Axel ? Je peux te poser une question ?

- Je t'en prie.

Il a l'air soulagé. Il doit penser que je vais changer de sujet et que je ne peux pas faire pire que ce que je lui ai déjà demandé. En fait, je ne sais pas... ça me travaille depuis tout à l'heure.

- Pourquoi est-ce que j'arrive à éprouver des choses ? Je n'ai même pas de mémoire, pas de souvenir de ce que sont la tristesse, la colère, la joie ou... ou l'amour. Et pourtant, j'ai l'impression de quand même savoir ce que c'est, de le ressentir. J'ai déjà souvent été triste ou en colère. Pourquoi est-ce que je me sens aussi... Ah, je ne vois pas comment appeler ça ! Je me suis senti bizarre quand on s'est embrassés. Encore maintenant.

J'appuie une main sur mon abdomen, juste au-dessus de mon estomac, là où la fameuse sensation étrangère s'est logée en une boule dure.

- Ici, tout se serre fort, ça me fait mal...

Il me regarde étrangement. Je vais arrêter de parler, en fait... J'ai dit assez de trucs bizarres comme ça.

- Roxas, je...

Il se passe une main dans les cheveux. Il le fait toujours quand il est nerveux. Il prend une profonde inspiration et il me regarde droit dans les yeux. Mon Axel.

- Si j'étais encore humain... Je te dirais que je t'aime.

Je l'ai encore senti. Là, dans ma poitrine... Je me mords la lèvre. Est-ce que c'est ça que j'éprouve ? Un simulacre d'amour que les Similis peuvent ressentir?

- Un jour je t'ai demandé ce que c'était que l'amour, tu t'en souviens ? Tu n'as jamais vraiment répondu à ma question...

Il acquiesce.

- Tu pourrais essayer de le faire ?

Il retourne s'asseoir sur son lit. Il commence à parler lentement, mais sans me regarder. Cette fois, je ne lui en veux pas d'éviter mon regard...

- C'est quand tu te sens vraiment proche de quelqu'un, que tu désires sa présence en permanence. Tu as envie de prendre ce quelqu'un dans tes bras et de le serrer fort, de le protéger ou d'être protégé par lui. Et tu voudrais qu'il éprouve la même chose pour toi.

J'ai la gorge nouée. Je ressens tout ça pour lui, moi aussi...

- Et tu as envie de l'embrasser ?

- Et tu meurs d'envie de l'embrasser.

Je me mets à me tortiller les doigts. Il continue de regarder ailleurs, il n'a pas l'air bien. Je m'approche de lui, je n'ai plus peur de demander. Je m'agenouille devant lui et je ferme les yeux.

- Embrasse-moi, Axel... S'il te plaît...

Je sens ses lèvres sur les miennes et je noue mes bras autour de son cou. Oui, c'est bien ça. Je n'ai plus mal, maintenant... Il m'entoure de ses bras et m'attire vers lui. On bascule sur le lit et il est au-dessus de moi, il m'embrasse encore. Ses mains me parcourent lentement et il y a un feu qui s'allume entre mes hanches. C'est à la fois agréable et douloureux. Non, pas douloureux. Ça me tend, c'est plutôt… frustrant.

Ses lèvres quittent ma bouche et descendent dans mon cou. Est-ce que ça porte encore le même nom quand ce n'est pas sur la bouche ? Disons que oui, pour l'instant.

C'est le soir alors je ne porte pas mon manteau mais un sweat-shirt, et ses mains se glissent dessous pour toucher ma peau. Il y a un bruit doux qui s'échappe de ma bouche. Je crois que c'est l' « étape suivante » à laquelle je pensais tout à l'heure.

Je n'ose pas bouger. Je me sens trop bien. Je ne sais pas s'il s'attendait à ce que je fasse quelque chose moi aussi, mais en tout cas, il a l'air d'aimer me faire ça, alors je ne me sens pas trop coupable de rester aussi immobile. Ses lèvres et ses mains sont à la fois avides et… révérencieuses, comme s'il avait voulu me toucher comme ça depuis longtemps et qu'il craignait de m'abîmer. J'ai trop chaud. Et puis mon pull le gêne dans ses mouvements, alors je me soulève un peu et je l'enlève. Il me regarde à nouveau avec cet air étrange, puis me demande :

- Est-ce que tu sais ce que tu fais ?

Je secoue la tête, agacé. J'ai envie de l'attirer contre moi.

- Non, je réponds. Mais ça me plaît et je te fais confiance, alors continue, s'il te plaît…

Il se mord les lèvres comme s'il hésitait, mais ça ne dure pas. Il reprend là où il s'était arrêté, plus intensément qu'avant encore, et plus ça va, plus cette sensation entre mes hanches augmente. Même s'il est évident que c'est à cause de ce qu'il est en train de faire, je ne pose pas de question. Ce n'est pas le moment et je pense que ça s'expliquera en son temps.

Je le laisse m'embrasser et me caresser pendant longtemps. Au-delà des sensations physiques que j'éprouve, j'ai envie de le toucher moi aussi, de sentir comment serait sa peau sous mes doigts et de voir comment est son corps, tout comme lui peut voir le mien. Mais je n'ose pas vraiment, même si je pense que ça lui plairait, je me contente de mettre mes mains sur sa nuque et de répondre à ses baisers.

Et puis dans un des mouvements qu'il fait, son bassin entre en contact avec le mien, et ça me fait quelque chose de très fort et d'inattendu. Je gémis fort et, instinctivement, je m'appuie contre lui. Cela le fait gémir à son tour, les yeux fermés, et soulage instantanément la tension qui sourde dans le bas de mon ventre… Sauf qu'elle revient après, encore plus forte qu'avant. Je gémis à nouveau, de frustration, cette fois, mais il se colle à moi à son tour. Je me tends contre lui, c'est trop bon.

On continue comme ça un moment. Je ne sais pas ce que c'est – est-ce vraiment la peine de le dire ? – mais je ne réfléchis pas vraiment, je sais seulement que je ne veux pas que ça s'arrête. J'entends le son de nos respirations saccadées qui emplit la pièce, la mienne et la sienne. Je l'écoute, j'aime beaucoup ce bruit.

Un cri retentit. C'est le mien. Quelque chose vient d'exploser, juste entre mes hanches, qui me laisse complètement sonné et haletant. Choqué par ce que je viens de ressentir, je passe mes bras autour d'Axel qui tremble sur moi. Pas difficile de deviner qu'il est en train de lui arriver la même chose. Je soupire de bien-être. La sensation de tension s'est dissipée. En fait, je ne me suis jamais senti aussi détendu de ma vie.

Axel s'apaise, il se laisse aller sur moi en gémissant doucement, et m'embrasse l'épaule, à la naissance du cou.

- Excuse-moi, dit-il encore – qu'est-ce qu'il a me demander pardon tout le temps ?, je n'avais pas l'intention… d'aller aussi loin…

Je me retiens de lui demander « loin d'où ? » parce que je me doute bien que ce n'est pas ce qu'il a voulu dire.

- Ne t'excuse pas, s'il te plaît… C'était… Waouh.

Je ne trouve pas d'autre mot.

- Tu as aimé ?

- Beaucoup, même si j'aimerais bien que ça aussi, tu me l'expliques plus tard…

Il rit faiblement.

- Ça, ce n'était pas grand-chose, en fait.

- Parce qu'il y plus ?

Je suis sidéré. Qu'est-ce qu'il pourrait y avoir de plus que ça ? Il se redresse et commence à déposer des baisers un peu partout sur mon visage.

- Beaucoup plus.

- Tu me montreras ?

- Ne me tente pas trop.

- Pourquoi ?

- … Je t'expliquerai. Déjà ça dans un sens, c'était trop. J'ai l'impression d'avoir… abusé d'un enfant.

- De quoi ?

- Euh… ça aussi, je t'expliquerai.

Il se laisse aller sur le côté, à plat dos sur le lit. Je me serre contre lui, la tête sur son épaule. Je me sens tellement bien que j'ai du mal à croire qu'il y a une heure j'ai failli me laisser tomber d'un balcon, et que la seule chose qui m'ait retenu c'est l'idée de donner mauvaise conscience à Demyx.

Axel m'entoure de ses bras et je ferme les yeux. Cela fait longtemps que je n'ai plus dormi dans cette chambre, mais je crois qu'il a envie que je reste ce soir.

Et pour être tout à fait honnête, je n'ai pas du tout envie de partir.

A&R

- Fais-moi un tour, s'il te plaît.

- Un tour ?

- Avec tes flammes. Demyx m'a dit que tu pouvais.

Axel sourit.

- Quand est-ce qu'il t'a dit ça ?

- La dernière fois, quand j'ai… pleuré. Il a fait un papillon avec mes larmes, et il m'a dit que tu savais aussi faire ce genre de choses.

Nouveau sourire. La Rafale des Flammes Dansantes tendit une main devant lui et une boule de feu vint se former au creux de sa paume. Elle grandit en tourbillonnant, quitta la main ouverte et prit la forme d'un animal aux oreilles et au museau pointus, avec une longue queue épaisse et ondoyante. Un renard, qui bondit sur le lit. Roxas sursauta, mais rien ne prit feu, et quand l'animal grimpa sur ses genoux, il ne sentit qu'une douce chaleur à travers ses vêtements. Il posa une main hésitante sur l'encolure du renard – il était solide, et le regardait des ses yeux rouges et brillants.

- C'est… stupéfiant.

Axel sourit et caressa l'échine de l'animal.

- Le pouvoir de Demyx est différent de celui que j'ai sur les flammes. Il agit sur l'eau qui existe déjà, même contre sa volonté. Moi aussi, je peux utiliser des flammes que je n'ai pas créées, mais c'est plus rare.

- Contre sa volonté ?

Axel se tourna vers Roxas et lui fit un drôle de sourire.

- A chaque fois qu'il pleure, il se met à pleuvoir. Très peu de gens le savent, ne le répète pas. Ça lui arrive plus souvent qu'à aucun d'entre nous.

Roxas n'avait pas de mal à imaginer pourquoi c'était un secret. Il ne dirait rien, pas même au principal concerné. Demyx était toujours mélancolique, malgré les apparences, et les autres l'avaient aussi bien compris, c'était pourquoi son titre – la Mélopée Nocturne – avait une si triste consonance.

Roxas enfouit ses mains dans le pelage flamboyant du renard pour les réchauffer. Il se tourna vers Axel et lui sourit.

- Vous êtes vraiment des magiciens…

AKUROKU