Auteur : Ariani Lee

Bêta-lecture : Lyly [u]

Série : Kingdom Hearts

Pairing : AkuRoku (Axel/Roxas pour les néophytes ))

Disclaimer : La liste des cent thèmes est disponible sur le net (c'est toujours la même vous aurez peut-être remarqué ?) Axel et Roxas ne m'appartiennent pas, ni aucun des membres de l'Organisation XIII ou personnages de Kingdom Hearts qui pourraient être mentionnés ici : Ils sont tous la propriété de Square Enix et des studios Disney. Bande d'ingrats qui les a fait mourir !

Résumé : Suite du thème n°73 : « I cant' ». Où des retrouvailles douloureuses on un goût de sang et de larmes.

Traduction du titre : « Soin »

Auto-évaluation :

Note de l'auteur : Plus on les aime, plus on les fait souffrir, hein… j'ai presque honte.

Axel et Roxas en cent thèmes.

Heal

« - Seigneur, exhala-t-il. Axel… que t'ont-ils fait ? »

Roxas sentit les larmes lui piquer les yeux de plus belle. C'était la première fois de sa vie, à sa connaissance, qu'il pleurait, mais il s'en souciait comme d'une guigne.

Son mentor gisait sur la pierre humide et froide, à plat ventre. Si sa voix lui était parvenue si faible, c'était en partie parce que sa tête reposait au creux de ses bras croisés. Il était nu jusqu'à la ceinture, si on exceptait les lambeaux qui restaient de ce qui avait naguère été une chemise en toile. Le tissu semblait noirci par endroit et Roxas se mordit les lèvres. La lumière trop chiche ne lui permettait guère de distinguer les couleurs mais il savait que c'était du sang séché.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? Répéta la voix assourdie d'Axel.

- Et toi ? Répondit Roxas, encore trop sonné pour se soucier de son propre cas.

- J'ai posé la question le premier, railla le jeune homme gisant.

Le blond eut un sourire amer. Même la torture et la perspective de la peine de mort ne suffisaient pas à enlever à Axel ses manies de monsieur-je-sais-tout et son humour douteux.

- Je suis le dernier arrivé, tu le sais, répondit-il avec difficulté. Alors tu sais aussi ce qu'ils m'ont demandé de faire. Et j'espère que tu n'as pas pensé que j'en serais capable.

Axel grogna.

- Je n'ai pas eu beaucoup le loisir de réfléchir, j'avoue… Je suis désolé. Mais Roxas… Franchement, tu ne pourrais pas te forcer un peu, non ?

- Tu crois vraiment que le moment est bien choisi pour tes plaisanteries à deux sous ?

Roxas sentit une larme couler sur sa joue.

- Je ne plaisante pas. Ne meurs pas pour moi, je t'en prie… Dit avec sérieux la voix étouffée de l'assassin.

Roxas fut pris d'un haut-le-cœur incoercible. Il se plaqua une main sur la bouche pour contenir sa nausée. Les mêmes mots… que Zexion avait prononcés. Il ne voulait pas y penser.

- Qu'est-ce que tu as ? Demanda Axel. Il avait relevé la tête et sa voix était plus claire.

- Je ne pourrai jamais te faire de mal, répondit Roxas. Jamais.

- Roxas… Je suis plus mort que vif, regarde-moi. Tu me rendrais service.

- Arrête !

Il avait presque crié. Il y eut un instant de silence.

- Je ne pourrai jamais te faire de mal.

Axel reposa sa tête sur ses bras. Malgré ses beaux discours, il était trop éprouvé pour se lancer dans une argumentation. Roxas soupira.

Ses yeux avaient fini de s'accoutumer à la pénombre. Il pouvait à présent distinguer clairement les longues entailles qui striaient le dos de l'assassin. Le blond essuya discrètement ses joues et enleva son manteau, puis sa chemise et il alla prendre le broc d'eau qui se trouvait disposé près de la grille de leur cellule.

Il s'aida de ses dents pour déchirer sa chemise et trempa un morceau de tissu dans l'eau froide avant de l'appliquer avec mille précautions sur la peau blessée.

Axel frissonna et Roxas s'immobilisa.

- Je te fais mal ? Demanda-t-il, inquiet.

- Non, répondit le blessé. Au contraire, ça fait du bien. Ça calme la douleur. Mais ne te fatigue pas, c'est inutile.

Roxas émit un bruit exaspéré, à mi-chemin entre le reniflement et le grognement.

- Si tu n'as rien d'intelligent à dire, tais-toi. Je réfléchis.

Axel se tut. Avec patience et une infinie douceur, Roxas continua de baigner ses blessures. Il sentait les muscles du roux se détendre peu à peu malgré le froid, et lorsque l'eau eut dissolu tout le sang séché, il commença à retirer lentement un des lambeaux de tissu qui s'étaient incrustés dans les plaies. Axel se raidit brusquement et émit un sifflement de douleur. Le blond s'immobilisa aussitôt.

- Excuse-moi… Je ne peux pas laisser ça comme ça, ça va s'infecter.

- Roxas, je suis condamné à mort ! Alors que ça s'infecte ou pas ne changera rien, si ce n'est qu'en plus de ça, j'aurai été torturé par mon meilleur ami !

Roxas encaissa le reproche sans broncher. La gorge serrée, il reprit le tissu humide, recommença à baigner les blessures d'eau fraîche et ne parla plus.

Nous sommes condamnés. Parce que malgré ce que vous dites, toi et Zexion, je vais quand même mourir pour toi.

Quelques minutes passèrent, puis Axel remua. Juste assez pour pouvoir, lorsqu'il passa le linge humide sur son épaule, attraper son poignet. Roxas s'immobilisa, lâcha le tissu et laissa Axel emmêler ses doigts aux siens.

- Je suis désolé.

- Ce n'est pas grave.

- Si. Mais Roxas… s'il te plaît. Je ne veux pas que tu… Je n'en vaux pas la peine. Et puis…

Il semblait chercher ses mots. Le blond serra sa main.

- Je préfèrerais tellement… que ce soit toi qui le fasses. Plutôt que n'importe qui d'autre.

- Axel… Je ne peux pas. Je suis désolé, mais je n'ai jamais tué personne et je… J'en suis incapable. Si je pouvais prendre ta place, je le ferais…

- … Je ne te mérite pas.

Roxas sentit son cœur manquer un battement et sa gorge se serrer davantage. Il se pencha et déposa un baiser les doigts d'Axel qui tenaient sa main, et resta ainsi un instant. Le jeune homme soupira.

- Allez, soigne-moi. Au fond, c'est toi qui a raison. On ne sait jamais, si un miracle se produisait…

L'adolescent sourit faiblement. Axel n'y croyait pas, c'était évident. Et lui… Il ne savait pas vraiment. Il savait juste qu'il ne pouvait pas rester sans rien faire, et qu'il ne pouvait pas le laisser comme ça. Il se mit au travail avec mille précautions, frissonnant de froid.

Axel ne se plaignit plus. Roxas savait qu'il serrait les dents et les poings, il sentait que ses muscles se contractaient sans cesse. Sa respiration était irrégulière, parfois même haletante, et à deux reprises il se laissa même arracher un léger cri.

- Alors, finit par dire Roxas. Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi tu as refusé d'exécuter un ordre ?

Axel s'appuya sur ses coudes. Laborieusement, il se redressa un peu pour pouvoir parler plus facilement.

- Il y a des semaines, commença-t-il d'une voix un peu rauque, j'ai été engagé par une espèce de société secrète. Ils ont signé un contrat avec l'Ordre pour louer mes services, la procédure habituelle… Sauf que c'était différent, d'habitude les gens m'engagent pour une seule intervention. Une personne ou plusieurs d'un seul coup, parfois il y a deux opérations mais rarement plus. Ces types-là… Ils se font appeler le Cercle des Juges. Ils faisaient appel à mes services sur le long terme. Soi-disant pour éliminer les membres d'une famille qui étaient impliqués dans de sombres affaires, des crimes crapuleux, mais que leur fortune préservait du châtiment qu'ils méritaient.

Il fit une pause, pendant laquelle Roxas termina de retirer un lambeau de tissu particulièrement récalcitrant. Axel se mordit les dents pour ne pas crier. Le blond lui annonça qu'il n'en restait plus qu'un et, soulagé, le jeune homme reprit le fil de son explication.

- J'ai exécuté tous mes contrats comme d'habitude. Rapidement et discrètement, sans poser de question. Il y a une semaine, j'ai éliminé le dernier membre de cette famille, un homme de mon âge. Je savais qu'il ne restait plus qu'une fille et un garçon de même pas douze ans. J'ai cru que j'en avais fini avec ce contrat-là et que l'affaire était réglée, mais j'avais tort. Il y a trois jours, j'ai reçu l'ordre d'éliminer les deux enfants – ngh !

Roxas avait sursauté, et ce faisant, tiré sur le lambeau qu'il était en train d'enlever. Le tissu s'était arraché sur toute la longueur restante. L'adolescent le jeta par terre.

- Excuse-moi ! Je n'ai pas fait exprès ! C'était le dernier, j'ai fini…

Il trempa un autre morceau de sa défunte chemise dans l'eau et entreprit de relaver le dos d'Axel. Le sang qui avait recommencé à couler des plaies tâcha de noir le tissu blanc et l'assassin se remit à parler.

- J'ai refusé l'ordre. J'ai protesté auprès du Cercle, et en les écoutant, j'ai compris à qui j'avais eu affaire. Tout ce qu'ils avaient cherché à faire en m'envoyant assassiner tous ces gens, c'était à s'approprier leur fortune. Ils étaient tous innocents…

Sa voix tremblait. Roxas posa une main sur son épaule nue et glacée, en évitant de son mieux les blessures.

- Je suis revenu à la Citadelle. Je n'avais pas pensé que quand je lui aurais expliqué les circonstances, Saïx m'ordonnerait d'y retourner et de m'exécuter.

- Et tu ne l'as pas fait, acheva Roxas en jetant le dernier morceau de sa chemise, trempé d'eau et de sang. J'ai terminé.

- Evidemment. Pourtant, comme tu le vois, ils ont des arguments frappants.

Roxas eut un petit rire amer.

- Oui. Manifestement, je peux m'estimer heureux d'être allé directement au cachot.

- Tu es un optimiste.

- Et toi tu m'étonneras toujours. Je peux te faire une confidence ?

- Bien sûr.

- Depuis que je te connais, je ne sais de ton « travail » que ce que toi et les autres m'en ont dit, et ce que tu m'as montré. Je te croyais sans pitié ni scrupule. Bien sûr, tu restes un assassin, et c'est quelque chose qui reste terrible mais… Au fond, tu es quelqu'un de bien. Je t'avais mal jugé. Je te demande pardon, Axel…

Le blessé essaya de se redresser, sans succès, et resta accoudé au sol pour répondre.

- Ne t'excuse pas. Tu es très jeune et je n'ai jamais attendu de toi que tu comprennes ou que tu acceptes ça.

- Tes intonations trahissent ta réponse. Tu es trop fatigué pour dissimuler un mensonge, Axel… Dis-moi le fond de ta pensée. Je te demande sincèrement pardon. Ne me réponds pas avec des phrases toutes faites…

- Aide-moi à m'asseoir.

Avec mille précautions, Roxas le soutint en évitant soigneusement de toucher ses blessures et le jeune homme s'assit. Il resta affaissé, les jambes croisées en tailleur et les coudes reposant sur les genoux.

- Tu devrais remettre ton manteau, tu vas prendre mal, dit-il sans relever la tête.

Roxas fit ce qu'il disait et attendit qu'il parle.

- Ça me peine énormément, finit-il par dire. Ça me fait mal d'entendre ça. Je croyais qu'on était amis, toi et moi. Je croyais que tu… m'aimais bien. Que tu m'appréciais.

Sa voix était mal assurée. Bien sûr, cela pouvait se mettre sur compte de l'état d'épuisement dans lequel il se trouvait, mais Roxas sentit son cœur flancher en l'entendant. Ce n'était pas ça.

- Oh, Axel, non ! Bien sûr que… Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire ! Je suis ton ami, je t'apprécie énormément, je t'aime plus que bien ! Ce que je veux dire, c'est que je pensais que… qu'il y avait comme un côté de toi que j'aurais été le seul à connaître. Que c'était spécial parce que c'était moi. Je me sentais… privilégié.

Roxas, qui avait eu froid peu de temps avant, sentait le rouge lui monter aux joues avec une brûlure désagréable. Mais il faisait sombre et Axel ne pouvait pas le voir, ce rouge, alors il continua.

- Je suppose que c'était présomptueux de ma part… De me faire accroire que tu n'étais bon que pour moi. C'était égoïste et injuste pour toi et je suis tellement désolé… Je t'en prie, pardonne-moi.

Axel se redressa vaguement, avec un gémissement plaintif, et lui ouvrit les bras tant bien que mal.

- … approche-toi…, dit-il dans un souffle meurtri.

Roxas hésita brièvement, puis il se colla doucement à lui, reposant sa tête au creux de son cou et posant ses mains sur sa taille – là où il était à peu près sûr de ne pas toucher ses plaies. Axel noua mollement ses bras autour de lui et appuya sa joue sur sa tête, dans ses cheveux.

- Espèce d'idiot…, murmura-t-il. Je suis différent avec toi, bien sûr. Me vois-tu souvent sourire et rire avec d'autres ? Penses-tu que je tienne mes victimes dans mes bras avant de les exécuter ? Non, bien sûr que non.

Roxas enfouit un peu plus sa tête au creux de son épaule et ne répondit pas. Axel soupira.

- Merci de m'avoir dit tout ça. Ça me réconforte énormément de savoir que je compte pour toi.

- C'est toi, l'idiot, répliqua Roxas sans bouger. Si tu ne comptais pas pour moi, je ne serais pas là en ce moment.

Axel sourit vaguement dans l'obscurité.

- Tu as raison. Merci d'être là…

- Je suis heureux d'être dans cette cellule avec toi.

L'assassin eut un geignement de frustration.

- Je voudrais te serrer dans mes bras… mais je ne peux pas…

- On va faire mieux… Tiens toi tout seul un instant.

Roxas se dégagea et Axel dû se maintenir assis seul – l'adolescent dans ses bras, il s'était appuyé sur lui pour soulager les muscles de son dos qui criaient grâce à la moindre tension. Le garçon, lui se débarrassa de sa veste et l'étendit de son mieux sur la paillasse crasseuse qui occupait un coin du cachot. Après quoi, il lui fallut user de toute sa force de persuasion pour convaincre Axel d'accepter de se déplacer. Il alla à quatre pattes jusqu'à la couche de fortune et se coucha où il le pouvait – c'est-à-dire qu'il s'écroula à plat ventre sur Roxas qui était allongé sur le dos.

- Désolé, gémit Axel.

- Mais non, c'était le but…

Roxas remua un peu pour s'installer aussi confortablement que le permettait ce lit improvisé, et aida le blessé à s'installer les plus confortablement possible sur lit, écartant les jambes et l'enlaça avec précaution. Axel fit glisser ses bras meurtris autour de sa taille en ravalant sa douleur.

- Comme ça, murmura Roxas, je te tiendrai chaud et ton dos ne touche rien.

- Mmmmh.

- Tu es bien?

Axel attendit un instant avant de répondre :

- Tes os sont rudement pointus.

- … Idiot. Si tu préfères, je te laisse te faire grignoter par les rats sur la paillasse ou dormir à même le sol.

- Mais non… C'est que tu as de bêtes questions, aussi. Evidemment que je suis bien.

Ils remuèrent un peu pour s'installer aussi confortablement que possible, contre toute attente, s'endormirent presque aussitôt. Axel était épuisé, physiquement et moralement, et Roxas avait été mentalement très éprouvé par les derniers évènements. Ils sombrèrent donc tous deux dans un sommeil lourd, sans se rendre compte un seul instant d'un regard fixé sur eux, des yeux scrutateurs d'un observateur tapi dans l'ombre en silence qui resta un long moment encore à les regarder dormir…

A&R

Ils dormirent à poings fermés pendant un temps impossible à déterminer. L'absence de lumière du jour réduisait à néant toute possibilité d'arriver à se situer dans le temps. Ils auraient aussi bien pu avoir dormir une heure qu'une journée, mais quand il se réveilla, Roxas avait faim.

Il ouvrit lentement les yeux et se laissa submerger par l'horreur de la situation – il était inutile de lutter, il lui fallait accepter ce qui arrivait s'il ne voulait pas s'effondrer. Car il était impossible de nier ce qui se passait. Pas quand il était enfermé dans un cachot humide, couché sur une paillasse puante et que son estomac criait famine.

Mais s'il avait faim, songea-t-il, que devait-il en être d'Axel, qui était là depuis plus de deux jours ? Il glissa une main dans la chevelure rousse qui caressait sa mâchoire et enfouit son visage dedans en fermant très fort les yeux. Son cœur se serrait de désespoir. Que faire… ?

- Tu es réveillé ? Dit la voix d'Axel.

Roxas sentit ses lèvres qui bougeaient dans son cou et frémit.

- Oui. Je ne voulais pas te déranger.

- Ne t'inquiète pas. Je suis réveillé depuis un bon moment déjà.

- Ah bon ?

- Oui. Mais je suis tellement bien, là, que j'ose pas bouger…

Roxas haussa les sourcils, surpris, et sourit un peu.

- Tu n'as plus mal ?

- Tant que je ne bouge pas… Et puis ton contact est vraiment agréable. Je n'ai pas froid, non plus. Et tu sens bon.

Roxas sourit davantage, puis Axel se redressa lentement sur ses coudes, le regardant d'un air grave.

- Roxas…, dit-il d'une voix hésitante.

- Qu'est-ce qu'il y a? Répondit l'adolescent, d'une voix dont il ne parvenait pas à maîtriser le tremblement.

Mais Axel ne dit rien. Il se pencha vers lui et l'embrassa doucement sur les lèvres. Roxas sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine et ses joues rougir à nouveau, et il ferma les yeux. Il ne put s'empêcher d'évoquer, pendant une seconde, le souvenir d'un autre baiser reçu à peine quelques heures plus tôt, mais ça, c'était tellement différent… Le contact de la bouche d'Axel sur la sienne, de son corps pesant sur le sien, ne lui donnait pas envie de fuir ni de mordre, comme il avait voulu le faire quand c'était Zexion qui l'avait embrassé. Il aurait seulement désiré pouvoir le serrer fort contre lui… mais sans lui faire mal.

Axel rompit rapidement le baiser et appuya son front contre le sien, les yeux fermés.

- Il y a une chose que je voudrais que tu saches…, dit-il d'une voix triste. Quand ils m'ont enfermé ici, j'ai pensé que je ne te reverrais jamais. Et j'ai tellement regretté de ne pas t'en avoir parlé, alors je veux le faire puisque grâce à toi, j'en ai l'occasion.

Roxas ne répondit pas. Il caressait la nuque de l'assassin du bout des doigts et attendait ses mots, le cœur battant la chamade.

- Je t'aime, Roxas, finit par dire Axel. Je t'aime plus que tout au monde.

- Axel…, murmura le blond dans un souffle étranglé.

- Tu n'as pas à me répondre si tu ne veux pas. En fait, je préfèrerais même que tu ne dises rien… Je ne veux pas gâcher le temps qu'il nous reste avec des discussions sans fin qui ne feront que te mettre mal à l'aise et me déprimer… C'était égoïste de ma part mais il fallait que je te le dise.

- Idiot !

Axel haussa les sourcils. Il ne s'était certes pas attendu à ce que Roxas l'insulte…

- Idiot, idiot, idiot ! Répétait l'adolescent d'une voix de gorge, en secouant la tête.

- Roxas… tu pleures ?

- Pourquoi tu… Que je ne dise rien ? Ne sois pas ridicule ! Moi aussi, je t'aime !

Il y eut un instant de silence, puis Axel prit le visage du garçon entre ses mains et l'embrassa à nouveau. Lorsqu'ils se séparèrent, Roxas regarda le visage d'Axel penché sur lui, son sourire penché, ses cheveux rouges et son regard vert et félin… Puis, il écarquilla les yeux en réalisant qu'il le voyait.

- Axel, il y a de la lumière !

Le jeune homme entreprit se lever. Il commença à bouger avec des gestes extrêmement lents et précautionneux, puis plus librement. Il se sentait manifestement mieux qu'avant – les soins de Roxas et les heures de sommeil qu'il avait pris lui avaient rendu des forces. Il avait très bien dormi – compte tenu des circonstances. Son sommeil avait été sans rêves, profond, et réparateur. En se relevant, il songea que ça lui faisait quand même une belle jambe, de se sentir mieux. Il pourrait marcher d'un meilleur pas vers le billot, sans doute…

Roxas se releva, abandonnant la chaleur de son manteau sur la paillasse.

Il y avait à présent une torche qui brûlait dans le support fixé au mur d'en face. La lumière mouvante de la flamme éclairait relativement la cellule, et ce qui se trouvait par terre près de la grille. Quelqu'un avait fait passer des choses entre les barreaux et les avait laissées là, à leur disposition.

Roxas vit une grande couverture pliée avec soin. Dessus étaient posées deux chemises, ainsi que de la nourriture – rien que de très chiche, mais son estomac émit un rugissement de faim à la vue du pain. Il y avait également un broc posé à côté.

Il ressentit une très brève sensation de plaisir à la vue de ce supplément de confort – certes tout relatif mais dans leur situation…- avant de sentir un gouffre s'ouvrir dans son estomac, un vertige affolant qui manqua lui faire perdre complètement l'équilibre. Il porta une main à son front. Evidemment, qui avait bien pu faire ça ?

Qui, à part Zexion ?

A nouveau, le souvenir du baiser qu'il lui avait pris de force, de ses lèvres sur sa peau et de son corps pressé contre le sien le submergea de dégoût – une sensation encore renforcée par le fait qu'Axel l'avait embrassé, et que ça n'avait rien eu à voir avec ce geste brutal. Maintenant, en plus de l'horreur que lui inspiraient ces pensées, il se sentait mal vis-à-vis de l'assassin. Devait-il lui en parler ? Et que cherchait le sixième membre ? À adoucir sa captivité pour l'amadouer ?

- Roxas, ça ne va pas ?

Il sursauta presque et se tourna vers Axel.

- Tu n'as pas l'air bien… on dirait que tu as vu un fantôme.

- Ne t'inquiète pas… j'étais juste en train de me demander qui a laissé ça là…

- Bonne question, dit Axel en se retournant vers le petit tas. En tout cas, il ou elle n'a pas fait de bruit. Tant mieux…

- Comment tu te sens ? Demanda l'adolescent, préoccupé.

- Aussi bien que faire se peut, vu les circonstances… J'ai toujours mal – c'est peu de le dire – mais c'est beaucoup plus supportable qu'avant.

- Viens me montrer.

Ils se rapprochèrent de la grille de la cellule et Roxas observa le dos d'Axel à la lumière de la torche. Il était dans un état épouvantable, mais apparemment sain, et il n'y avait plus de tissu dans les plaies, et celles-ci étaient à présent sèches en surface et ne saignaient plus. Roxas soupira de soulagement. Il pouvait aider Axel à revêtir une chemise – ce qu'il se hâta de faire avant d'enfiler l'autre. Puis ils mangèrent aussi lentement que possible les quelques provisions et burent un peu d'eau claire. Roxas voulait en garder pour relaver son dos une fois que les plaies seraient suffisamment refermées.

Il luttait contre des moulins à vent et il le savait. Quel était l'intérêt de remettre le jeune homme sur pied si c'était pour qu'ils se fassent exécuter tous les deux ? Il n'en savait rien. Au fond de lui, il ne pouvait s'empêcher d'espérer que quelque chose arrive. Même si les chances étaient infimes, il le fallait. Que pouvait-il faire d'autre ?

Combien de temps faudrait-il pour que Larxène rentre de mission ?

AKUROKU