Auteur : Fire Serendipity
Bêta-lecture : Lyly [u]
Série : Kingdom Hearts
Pairing : AkuRoku (Axel/Roxas pour les néophytes ))
Disclaimer : La liste des cent thèmes est disponible sur le net (c'est toujours la même vous aurez peut-être remarqué ?) Axel et Roxas ne m'appartiennent pas, ni aucun des membres de l'Organisation XIII ou personnages de Kingdom Hearts qui pourraient être mentionnés ici : Ils sont tous la propriété de Square Enix et des studios Disney. Bande d'ingrats qui les a fait mourir !
Résumé : Les dernier espoir de deux condamnés
Traduction du titre : « Dernier espoir »
Auto-évaluation : ***
Note de l'auteur : Je sais, j'ai traîné… Voici enfin la troisième et dernière (pour de bon cette fois) partie, suivant les thèmes « I can't » et « Heal ». Et oui, je sais, vous voulez la suite d'ACF mais je galère là… Je commence tout juste à me remettre de « Criminal » donc laissez-moi le temps 3 Merci et bonne lecture ^.^
Note bis : Comme vous pouvez le voir, les cent thèmes ont atteint la barre des 400 reviews. Merci à tous ! Je n'aurais jamais cru voir un tel chiffre un jour !
Axel et Roxas en cent thèmes.
Last hope
Le temps passait étrangement, l'impossibilité de se repérer à la lumière du soleil donnait l'impression qu'il avait tout simplement suspendu son vol. Malgré cela, Roxas avait une conscience aigüe de la rapidité à laquelle il s'écoulait. Trop vite, beaucoup trop vite, même s'il ne savait pas depuis combien de temps il était là avec Axel. Il aurait dit une journée entière, mais il lui était impossible de déterminer pendant combien de temps ils avaient dormi.
Roxas était un adolescent, et un adolescent pourvu de seulement une année de souvenirs par-dessus le marché. En vertu de quoi il était singulièrement ignorant des choses de l'amour et si on lui avait demandé quelques semaines plus tôt son avis sur le fait de rester de longs moments à embrasser quelqu'un et rien d'autre il aurait été sincèrement perplexe. N'ayant pas – ou tout du moins ne se souvenant pas d'avoir – jamais embrassé personne, ce genre de questions le laissait très indifférent.
Mais voila un très long moment – ce qui pouvait aussi bien vouloir dire quinze minutes, une heure ou deux ou encore une demi-journée – qu'il ne faisait que ça. S'oublier dans les bras d'Axel et l'embrasser encore et encore, en profiter tant qu'il le pouvait, car il lui semblait que chaque baiser était un baiser de moins, que chaque contact, chaque battement de cœur les rapprochaient de la fatale échéance.
Roxas avait tourné et retourné le problème dans tous les sens et il était absolument impossible qu'ils échappent à leur sort. Ils n'avaient aucun moyen de sortir de leur cellule, leur seule occasion de fuir serait le moment où on viendrait les faire sortir pour les conduire sur le parvis où avaient lieu les exécutions. Or, à moins que Larxène ne revienne pas avant une semaine ou deux – ce qui était improbable – et qu'on ne les nourrisse correctement pendant ce temps-là – ce qui l'était encore davantage – Axel n'était pas et ne serait jamais en état de tenter un coup de ce genre. Roxas seul, aurait sans doute eu une chance de s'en sortir, mais il s'était bien gardé d'évoquer cette éventualité car il savait que si Axel envisageait la possibilité qu'il s'enfuie sans lui et survivre, il n'aurait de cesse de le convaincre de le faire. Et comme Roxas, lui, savait qu'il n'accepterait jamais de l'abandonner, il préférait ne pas perdre leur temps si court en discussions stériles et peut-être en disputes. Il voulait en profiter autant que possible, pour tout le temps perdu, pour toutes les occasions manquées et pour toutes les occasions qui ne pourraient jamais se présenter, pour tout ce qu'ils avaient partagé et tout ce qu'ils ne partageraient jamais, faute de temps. Pour tout ce qu'ils avaient vécu ensemble et pour tout ce qu'ils ne vivraient jamais.
Il se disait que c'était trop bête, qu'il allait mourir en n'ayant jamais fait l'amour de sa vie, alors qu'il était enfermé avec la personne qu'il aimait et avec qui il aurait voulu le faire si les circonstances avaient été différentes. Mais les choses étant ce qu'elles étaient, ce n'était pas envisageable. Parce que d'une, le choix se limitant au sol d'un infect cachot humide et à une paillasse infestée de vermine, il n'était pas très enthousiaste et de deux l'assassin était loin d'être en état. Il ne sentait pas prêt pour ça, de toute façon, mais la perspective de sa mort imminente lui aurait fait sérieusement reconsidérer la question. Après tout, c'était maintenant ou jamais. Et à sa grande amertume, ce serait jamais, comme pour bon nombre d'autres choses auxquelles il essayait de ne pas penser. Les mains d'Axel sur sa nuque, son dos, sa taille, sa bouche sur la sienne, tout provoquait en lui des frissons et des sensations qui résonnaient dans son cœur et dans son corps. Il voulait se blottir dans toute cette douceur, dans sa chaleur et son odeur, de ne plus rien sentir d'autre, ne plus penser à rien d'autre mais il n'y parvenait pas.
Axel finit par arrêter de l'embrasser et se contenta de le tenir dans ses bras.
- Je regrette tellement de choses, soupira Roxas.
- Moi aussi.
- Qu'est-ce que tu regrettes le plus ?
Il sentit qu'Axel lui ébouriffait les cheveux.
- De ne pas parvenir à trouver en moi suffisamment de volonté pour te convaincre d'accepter de faire ce qu'on te dit et de sauver ta peau.
- Idiot.
- Et toi ?
Roxas réfléchit une seconde avant de répondre.
- De ne pas t'avoir rencontré plus tôt. On n'a pas passé suffisamment de temps ensemble.
Axel le serra doucement contre lui.
- Une vie entière avec toi, ce ne serait pas suffisant à mon goût.
Ils restèrent silencieux un instant.
- Tu crois que c'est possible ? Finit par demander le plus jeune. De se retrouver dans une autre vie ?
- J'en suis sûr. Ça s'appelle le destin.
- Je n'aurais jamais pensé que tu croyais au destin.
- J'ai commencé à y croire au moment où je t'ai vu pour la première fois. J'avais l'impression de déjà te connaître, et je n'avais jamais rencontré de nain blond auparavant.
Roxas ne répondit pas et un silence douloureux s'abattit sur eux. Se moquer de sa taille était une des taquineries favorites d'Axel à laquelle il répondait toujours de la même façon, en lui disant qu'un jour il serait grand, peut-être même plus que l'assassin, et qu'il lui ferait ravaler ses piques. Mais ils savaient maintenant que Roxas n'aurait jamais le temps de grandir.
Un laps de temps toujours aussi indéterminé plus tard, des pas se firent entendre dans le couloir et Roxas s'écarta d'Axel. Tous deux avaient l'impression qu'il valait mieux ne pas trop montrer ce qu'il y avait entre eux, on ne savait jamais. Roxas, surtout, redoutait que Zexion ne s'en prenne à son ami s'il voyait ce qu'il y avait entre eux. Son attitude vis-à-vis de lui ne laissait que peu de doutes sur ce que serait sa réaction s'il venait à l'apprendre.
Sans surprise, ce fut bien le sixième membre qui apparut dans la lumière de la torche. Le voir fit aussitôt éprouver à Roxas une puissante sensation de malaise, qui se renforça encore quand il croisa son regard. Comment Axel réagirait-il s'il apprenait ce qui s'était passé entre eux juste avant qu'il ne le rejoigne dans ce sombre cul de basse fosse ? Il n'y avait pas trente-six possibilités, en réalité. Soit il en voudrait à Roxas, ce qui serait injuste mais était improbable – après tout, Zexion ne lui avait pas demandé son avis, bien au contraire – soit il serait très en colère contre le stratège, et il y avait de fortes chances que blessé ou pas blessé il s'en prenne à lui. Roxas se souciait de Zexion comme d'une guigne mais il ne voulait pas qu'Axel s'expose à davantage de problèmes qu'il n'en avait déjà. Cela pouvait sembler absurde car une fois condamné à mort, il ne pouvait pas franchement arriver pire, mais cela aurait pu gâcher les heures si précieuses qu'il leur restait à passer ensemble. Aussi décida-t-il de faire de son mieux pour écourter l'entretien (si on pouvait appeler comme ça une visite à un condamné à mort).
- Tu t'es décidé ? Lui demanda-t-il de sa voix neutre. L'expression de son visage, caché comme de coutume derrière son rideau de cheveux, était parfaitement indéchiffrable.
- Je n'ai pas changé d'avis, répondit Roxas d'une voix ferme en s'efforçant de ne pas regarder Axel.
Le sourcil visible du sixième membre se haussa.
- Tu en es absolument certain ? Insista-t-il.
Roxas ne put s'empêcher de se demander quel genre d'homme il pouvait bien être. S'il était prêt à le sauver, s'il ne voulait pas qu'il meure ce devait donc être qu'il l'aimait, ou quelque chose d'approchant… Comment alors pouvait-il sembler si indifférent ? Son refus le laissait de marbre, à peine étonné. Et c'était avec cette pâle copie d'être humain qu'il devrait vivre s'il choisissait d'abandonner Axel ?
- Oui. Je préfère mourir. Ma décision est prise et je ne reviendrai pas dessus.
Il aurait cru que ce serait plus difficile de le dire. D'affirmer qu'il choisissait la mort sans regret. C'était la vérité, c'était peut-être pour ça que les mots sortaient sans mal ? Parce qu'il le pensait sincèrement ? Il n'avait pas envie de mourir. Il n'avait pas assez vécu, sa vie se résumant à cette unique année passée au sein de l'Ordre, mais ce regret là était presqu'uniquement lié à Axel. À choisir entre mourir avec lui et vivre sans lui, il n'avait aucune hésitation.
Zexion, toujours aussi imperturbable, se contenta de lui répondre :
- Très bien. Tu peux toujours changer d'avis, je te le répète.
Roxas serra les dents. Il n'osait pas regarder Axel, priant pour qu'il continue de ne rien dire et s'étonnant que ce soit le cas. Il aurait des réponses à lui donner ensuite, à n'en pas douter, mais dans l'immédiat il était déjà heureux qu'il se taise.
Puis comme si de rien n'était, Zexion enchaîna :
- Je viens vous annoncer que Larxène est revenue. La sentence sera exécutée demain, au lever du soleil.
Et là-dessus, il tourna les talons et s'en alla sans rien ajouter ni les regarder. Roxas sentit la peur se refermer sur son cœur comme un piège, comme une cage sur un oiseau affolé. Pendant un instant il crut qu'il allait s'évanouir de terreur, mais un bras chaud s'enroula autour de ses épaules et l'attira dans une étreinte réconfortante. Alors il se blottit contre Axel et s'efforça d'atténuer la panique qui faisait courir son cœur, reconnaissant à son mentor de son calme apparent alors qu'il devait être aussi désespéré que lui. Sa main qui lui caressait les cheveux semblait alors être la chose la plus précieuse, la plus importante du monde.
- Comme je t'aime…, chuchota-t-il, le visage enfoui contre son torse.
Axel ne répondit rien. Il ne l'avait sans doute pas entendu et de toute façon, une réponse n'était pas nécessaire.
Dieu sait combien de temps ils restèrent ainsi l'un contre l'autre, assommés par l'annonce à présent bien concrète de leur exécution dans les prochaines heures. Finalement, Axel parla.
- Tu veux bien m'expliquer de quoi il parlait ? Demanda-t-il d'une voix à l'intonation indéfinissable.
- Ça n'a pas d'importance, tenta Roxas sans grande conviction.
- Il a laissé entendre que tu pouvais t'en sortir, Roxas, c'est important. Et ce qui l'est plus encore c'est la raison pour laquelle tu as peur de lui.
Le blond sursauta presque.
- Je n'ai pas peur de lui ! Protesta-t-il, outré.
- Que si. En tout cas, quand tu l'as vu, tu es devenu raide comme une planche. Et tu as eu la même expression en trouvant les chemises et le reste un peu plus tôt. Tu penses que c'était lui ?
- …Oui.
- Dis-moi ce qui se passe, Roxas, de quoi parlait-il ? Et je t'en prie, ne me mens pas.
L'adolescent se mordit les lèvres, vaincu.
- C'est lui qui m'a escorté jusqu'ici quand j'ai refusé de suivre les ordres. Sur le chemin, il m'a dit… que j'étais très jeune, qu'il pouvait plaider en ma faveur auprès des autres Fondateurs. Il m'a dit que je n'avais pas besoin de mourir pour toi.
Il s'interrompit et l'assassin ne dit rien. Il se doutait que cette offre avait dû comporter une condition qui avait poussé Roxas à la refuser et que c'était là que devait se trouver le problème, mais avant de commencer à lui tirer les vers du nez il lui laissait une chance de tout lui déballer spontanément. Il n'avait pas envie de le forcer à parler.
- Je lui ai répondu que ce n'était pas possible, que je ne pouvais pas, poursuivi Roxas.
Son cœur battait fort, lui remontant au bord des lèvres, car il lui semblait revivre la scène – celle-ci était encore très récente et le souvenir frais. Il lui semblait encore sentir la poigne de fer du tacticien sur ses poignets, les irrégularités du mur derrière lui qui lui faisaient mal au dos, sa bouche forçant la sienne. Il ferma les yeux, tenta de chasser l'image, et échoua.
- Que s'est-il passé ensuite ? Demanda Axel, et le chevalier s'écarta de lui et, détournant le regard, secoua la tête. Il était honteux. Mais le huitième membre ne l'entendait pas de cette oreille.
- Il t'a brutalisé, c'est ça ? Laissa-t-il tomber enfin, mais son ton n'était pas vraiment celui d'une question. C'était ce qu'il avait craint depuis le début.
Roxas hocha lentement la tête.
- Je ne sais pas ce qui lui a pris. Il est devenu enragé, tout à coup. Il m'a empoigné et il m'a… il m'a embrassé de force.
Roxas préféra passer sous silence le fait que Zexion ne l'avait pas juste embrassé. S'il devait évoquer à voix haute ses mains sur son corps, sa bouche dans son cou, il vomirait. C'était sûr et certain.
- Je ne comprends pas ce qui lui est passé par la tête, il ne m'avait jamais adressé la parole avant. Il ne m'avait même jamais regardé.
- Si.
Roxas se tourna vers son compagnon, l'estomac retourner le son tranchant et sec de sa voix, qui faisait de ces deux lettres, de ce mot minuscule, une aiguille de glace, une lame minuscule et acérée.
- Axel…
- Je vais le tuer.
- Axel, je t'en prie, ne dis pas des choses pareilles, c'est ridicule, dit le blond, paniqué, s'accrochant à sa chemise. Le geste arracha à l'autre une grimace de douleur mais son visage retrouva presqu'aussitôt son expression rigide et fixe, dure comme de la pierre.
- Je le dis comme je le pense, Roxas. Il n'avait pas le droit de te toucher et encore moins de le faire contre ta volonté. Je le tuerai pour ça, et ce ne sont pas des paroles en l'air.
- Mais c'est impossible ! S'exclama Roxas, désireux de lui ôter cette idée de la tête.
- Ne t'inquiète pas pour ça. Le meurtre, c'est mon métier, je te rappelle. Et puis au fond, qu'est-ce que ça peut bien faire ? Après tout, je suis déjà condamné, alors pourquoi ça te dérange ?
Roxas n'aima pas l'expression blessée qu'il lut dans le regard d'Axel et ouvrit la bouche pour répondre, mais ses protestations s'étranglèrent dans sa gorge. Un bruit de pas léger se faisait entendre dans le couloir.
Roxas sentit ses entrailles se liquéfier sous l'effet de la peur et leva vers Axel un regard à la fois suppliant et désespéré. Il vit son hésitation, mais elle ne dura qu'une fraction de seconde et il le prit dans ses bras, le serrant fort. Roxas le remercia en silence, car si Zexion venait, il laissait passer la seule occasion qu'il aurait jamais de mettre sa vengeance à exécution. Au lieu de quoi il se contenta de l'étreindre et d'enfouir son visage dans ses cheveux. Roxas verrouilla ses paupières, ses doigts agrippant à pleines poignées le tissu de sa chemise, le cœur cognant à exploser. L'absence de lumière les avait bien trompés quant à l'écoulement du temps car ils n'avaient pas vu passer la nuit. Et le moment était venu. C'était la fin, à présent. Roxas était tétanisé, il pensa que jamais il n'arriverait à se lever et à marcher jusqu'au parvis. Qu'allait-il se passer, exactement ? Et lequel d'entre eux allaient-ils tuer en premier ? Les deux éventualités étaient tout aussi insoutenables. Celle de voir Axel mourir, et celle de mourir en le sachant encore en vie…
Les pas arrivèrent jusqu'à leur cellule et Roxas sentit qu'Axel levait la tête pour voir qui était venu les chercher.
- De… Demyx ? Dit l'assassin d'une voix atterrée.
Roxas s'écarta et se retourna, stupéfié. Demyx ? Ils avaient envoyé le ménestrel pour les escorter jusqu'au parvis ? On n'aurait pu imaginer choix moins judicieux, et à bien des égards. Mais ce fut bien lui que le chevalier découvrit, vêtu d'un long manteau sombre dont il avait rejeté le capuchon. Ses yeux clairs étaient fixés sur eux, et leur expression était difficile à définir.
Au sein de la Confrérie, Demyx était une personne à part. Il était d'une remarquable inutilité quand il s'agissait de se battre, et il avait une réputation de simple d'esprit qui, si elle était largement exagérée, n'était pas injustifiée. Il avait bien des excuses, cependant.
Il était le neuvième membre. Il était le seul survivant d'un village qui avait été victime d'une bande de pillards dont on avait confié à Axel le soin d'éliminer le chef trois ans plus tôt. L'endroit où il avait retrouvé leur trace avait été saccagé, brûlé et il ne restait que cendres et cadavres quand l'assassin était passé par là. La traque avait été longue. Quand Axel avait finalement rattrapé le groupe, il s'était introduit dans leur campement pour reconnaître les lieux. La plupart des hommes présents étaient ivres morts et ronflaient dans leurs tentes, et ceux qui étaient censés être de garde jouaient aux dés près d'un feu de camp. Il eut vite fait de les mettre hors d'état de nuire et de repérer la tente de leur chef. Cependant, quand il y entra, elle était vide.
Il en ressortit étonné, car il était certain que l'homme qu'il recherchait n'était pas un de ceux qu'il avait assommés, ni un des troufions en train de cuver qu'il avait trouvés jusque là. C'est à ce moment là qu'il remarqua une petite tente, un peu à l'écart des autres, et qui était éclairée. Très peu, probablement une seule bougie, et Axel ne s'en était pas aperçu tout de suite. Maudissant sa distraction, il s'approcha.
Il tendit l'oreille et n'entendit rien d'autre que de vagues bruits de cliquetis et de frottement. Jugeant à la taille de la maison de toile qu'elle pouvait difficilement abriter plus de deux ou trois personnes, il risqua un coup d'œil à l'intérieur. Puis un deuxième, par acquis de conscience, pour s'assurer que sa vision ne lui jouait pas de tours.
L'homme qu'il recherchait s'y trouvait, sans nul doute. Un soudard de forte carrure qui se trouvait là, en train de se rhabiller. Mais ce n'était pas cela qui laissait l'assassin pantois.
Une deuxième personne se trouvait dans la tente. Un jeune garçon très mince aux yeux vides, complètement nu, allongé sur un lit défait. Il ne portait qu'un large collier de cuir auquel était attachée une lourde chaîne d'acier. La chaîne sortait de la tente, elle était longue de plusieurs mètres et son extrémité était fixée à un piquet enfoncé dans le sol, non loin du feu de veille.
Axel sentit la rage lui tordre l'estomac, et il entra dans la tente, rapide, aussi vif et silencieux qu'un chat. L'homme, qui était en train de boucler sa ceinture, ne se rendit pas compte de sa présence avant de sentir la pointe d'une lame se presser sur sa gorge.
Le garçon leva vers eux un regard inexpressif, comme si la scène qui se déroulait sous ses yeux n'était pas vraiment réelle. Axel, comme il lui était coutume, appliqua les consignes qu'on lui avait données. Il expliqua à l'homme qu'il allait le tuer, qui l'avait payé pour ça, et pourquoi, car le client qui avait loué ses services voulait qu'il sache pour quel acte il payait. Après quoi, le regard de l'assassin croisa de nouveau les deux iris vert d'eau du garçon, si semblables aux fenêtres d'une maison abandonnée, et pressant davantage sa lame sur la gorge de l'homme, lui dit que son client ne l'avait pas payé pour le torturer mais qu'il pourrait bien faire du zèle s'il ne répondait pas à ses questions.
Le chef de bandits se révéla très loquace sous la menace. Le garçon s'appelait Demyx. Il avait quatorze ans et se trouvait avec leur groupe depuis deux années, ils l'avaient gardé suite au pillage d'un village dans le but d'en tirer une rançon que personne n'avait jamais payée. En lieu et place de quoi ils lui avaient mis cette chaîne autour du cou et l'avaient emmené avec eux. Chaque fois qu'ils montaient un campement, il était attaché de la sorte et installé dans cette tente où il recevait la visite de tous les hommes du groupe – et ça faisait un bon nombre – qui ne se souciaient pas suffisamment d'aller avec une femme pour payer une putain quand lui était là et que le dernier pillage remontait trop loin, et de ceux qui préféraient carrément les garçons.
Le mort en sursis, emporté par son débit de paroles et sa peur, ajouta que ses hommes aimaient à répéter que de toute façon il était tellement mince que ça où une fille c'était pas très différent, surtout à cet âge-là.
Axel le fit taire en lui tranchant la gorge.
L'adolescent n'avait pas remué une oreille, ni cillé quand il avait tué l'autre soudard. L'assassin s'approcha de lui et enleva son long manteau noir qu'il déposa sur ses épaules, puis le prit par les épaules dans l'intention de le mettre debout. Alors le garçon se leva, noua ses bras autour de son cou et l'embrassa sur la bouche en essayant de se coller lascivement à lui.
Axel recula vivement et le repoussa aussi doucement que possible en faisant non de la tête. Pour la première fois, le gamin afficha une expression, et c'était une franche et totale incompréhension. Axel lui dit de se couvrir et montrant le manteau qui était tombé, et l'adolescent s'exécuta, le regardant toujours d'un air totalement perplexe pendant qu'il défaisait le collier.
L'assassin le ramena avec lui jusqu'au siège de la Confrérie, où il fut décidé qu'il pouvait rester jusqu'à nouvel ordre.
Il se passa plusieurs semaines avant que Demyx ne prononce un seul mot. Quand il le fit, ce fut pour poser une question : Pourquoi ?
Deux années d'un âge si tendre passées avec une troupe de bandits de grands chemins qui ne lui accordaient d'attention que quand ils le violaient avaient causé chez lui des dégâts irréparables, dont certains mécanismes dont il ne s'était jamais débarrassé, et ce même avec l'apprentissage de la musique qui avait guéri bon nombre de ses traumatismes. Ainsi, la seule chose à laquelle il se sentait réellement apte était le sexe, et c'était aussi l'unique moyen pour lui de se sentir à sa place.
Axel décréta qu'il tuerait de ses propres mains le premier qui s'aviserait de le toucher. Demyx cria, protesta et pleura pendant des jours, au point que le Supérieur trancha la question et annonça que si c'était ce qu'il voulait, Axel n'avait pas le droit de s'y opposer. Aussi Demyx intégra-t-il l'organisation en tant que ménestrel et prostitué honoraire à l'âge de quinze ans. Le huitième membre ne décoléra pas pendant des semaines, arguant que ça ne faisait aucune différence avec la situation dont il l'avait tiré. Demyx s'échinait à lui répéter que si, que maintenant il pouvait dire non s'il le voulait, que dans l'Ordre certains membres ne désiraient que les femmes et que l'un dans l'autre, il n'y avait jamais ici qu'une demi-douzaine des personnes qui le sollicitaient. Et c'étaient des personnes comme Xigbar et Luxord, ou encore Saïx, qui l'aimaient beaucoup et prenaient soin de lui. Il était heureux comme ça.
Un jour, Axel finit par se rendre à ses arguments car il était vrai que plus le temps passait, plus Demyx semblait épanoui. Axel lui-même ne l'avait jamais touché, parce que jamais il n'avait pu s'ôter de la tête cette image d'un gosse attaché comme un animal et qui n'avait même pas l'âge de comprendre à quel point ce qu'on lui faisait était mal. Deux ans plus tard, c'était le Supérieur lui-même qui avait ramené un gamin au regard vide, paumé jusqu'à ne se souvenir de rien d'autre que son prénom. Et Axel avait eu un autre enfant perdu sur les bras, dont il avait fini par tomber amoureux.
Demyx adorait Axel. C'était le garçon le plus gentil du monde, il aurait été incapable de tenir une épée correctement même si sa vie en avait dépendu et c'était lui qu'on envoyait les chercher pour les escorter au peloton d'exécution ? Cela ne rimait à rien.
Le barde décrocha la clé de la cellule et en ouvrit la porte, toujours silencieux.
- Demyx, je suis désolé… Dit-Axel d'une voix altérée. Pourquoi t'ont-ils envoyé toi ?
Le jeune homme secoua la tête en répondant :
- Personne ne m'a envoyé.
Et Roxas sut tout à coup que non, ce n'était pas Zexion qui avait laissé ces objets à leur disposition, mais Demyx. À présent, le fait d'avoir pensé ça lui apparaissait comme très illogique, car pourquoi Zexion aurait-il prit la peine de laisser une deuxième chemise pour Axel, après tout ? Il en eu encore confirmation quand le musicien ouvrit les pans de son manteau pour leur montrer un gros ballot de tissu qu'il posa au sol.
- Habillez-vous, vite, dit-il.
Roxas s'exécuta, stupéfié, s'empressant de défaire le paquet d'en tirer des vêtements propres pour lui et d'en tendre à Axel. Le huitième membre était pétrifié.
- Demyx, tu ne peux pas faire ça, est-ce que tu te rends compte ?
- Bien sûr que si, répondit l'autre avec un sourire paisible.
Roxas entreprit de défaire Axel de sa chemise dont l'arrière était un peu maculé de sang, en profitant au passage pour vérifier l'état de ses blessures. C'était loin d'être cicatrisé mais il n'y avait aucune trace d'infection, et il faudrait qu'il fasse avec un petit moment. Il lui tendit une autre chemise, le pressant :
- Dépêche-toi ! Il nous accompagne, c'est tout, assura-t-il.
- Non, dit tranquillement Demyx, et le chevalier se retourna vers lui, complètement sidéré.
- Mais… mais enfin, tu… Ils s'en prendront à toi quand ils le découvriront.
- Ne vous inquiétez pas, je sais très bien ce que je fais. Je ne suis pas aussi bête que j'en ai l'air.
Les deux captifs finirent de se préparer. Enfin, chaussés, revêtus de leurs longues captes noires, ils se tournèrent vers leur sauveur.
- Axel, tu sais où sont vos armes, n'est-ce pas ?
- Bien sûr.
La voix de l'assassin était mal assurée, et Roxas était toujours sonné. Tout se passait tellement vite.
- Alors il ne vous reste qu'à aller les récupérer. Passez aussi aux écuries et prenez un cheval. C'est Luxord qui est supposé être de garde ce soir, mais je me suis assuré qu'il soit trop fatigué pour être seulement capable de sortir de mon lit. Vous avez le champ libre.
Il accompagna ce viatique d'un sourire satisfait et Axel ne put s'empêcher de sourire.
- C'était bien, au moins ? Demanda-t-il, taquin.
- Très, répondit Demyx.
- Mais enfin, intervint Roxas, que ce genre de plaisanteries libidineuses dépassait un peu et qui les trouvait en plus extrêmement déplacées compte tenu des circonstances, ils trouveront bien que c'est toi qui nous a fait sortir !
- Bien sûr, répondit le ménestrel. C'est pour ça que notre ami Axel ici présent va me frapper suffisamment fort pour m'assommer et m'amocher pour un moment. Je ferai croire que je voulais simplement lui dire au revoir. Personne ne croira que j'ai eu le cran de vous faire évader sciemment, et je me ferai sermonner pour mon imprudence. Et puis…
Il eut un sourire malicieux.
- Et puis Saïx et Xigbar prendront ma défense auprès du Supérieur s'il le faut. Je risque à peine un blâme…
Roxas sentit les larmes lui monter aux yeux et se jeta dans les bras du musicien qui laissa échapper un petit rire. Il le repoussa, prit son visage dans ses mains en coupe et l'embrassa sur la bouche. Roxas entendit vaguement Axel émettre un « Hé, doucement quand même avec la reconnaissance », ouvrit les lèvres pour répondre quelque chose et se retrouva en train d'embrasser le musicien à pleine bouche. Il commençait à trouver que ça faisait beaucoup de personnes qui l'embrassaient sur un bien court laps de temps, mais ce n'était pas vraiment dérangeant. Axel l'embrassait parce qu'il l'aimait, et Demyx, hé bien… parce que c'était sa façon de fonctionner, la seule qu'il connaissait, et que son baiser n'était qu'une façon de lui dire au revoir et de lui exprimer de l'affection. Roxas le lui rendit avec tendresse pour le remercier dans ce langage qu'il comprenait. Ça n'avait rien à voir avec ce que lui avait fait le sixième membre.
Ils s'écartèrent finalement, et Demyx embrassa Axel qui accepta de se laisser faire pour la première fois parce qu'il savait qu'il ne le reverrait probablement jamais et qu'il avait toujours refusé de le laisser le remercier à sa façon. Roxas les regarda faire avec des sentiments mitigés. La jalousie lui pinçait le cœur, mais Demyx leur sauvait la vie. Grâce à lui, lui et Axel allaient avoir des années à passer ensemble. Alors un baiser… rien qu'un baiser, il le méritait largement. Même s'il aurait préféré qu'il ne se presse pas contre lui comme ça, mais encore une fois, c'était comme ça qu'il fonctionnait.
Ils s'écartèrent finalement. Demyx souriait, mais Axel affichait une profonde affliction.
- Ne fais pas cette tête, lui dit son ami. Je suis heureux moi. J'en enfin pu m'acquitter de la dette que j'avais envers toi.
- Demyx… tu ne me devais rien.
- Ne dis pas de sottises, Axel. Tu m'as sauvé la vie. Ce que j'ai vécu a fait de moi ce que je suis aujourd'hui mais sans toi je serais mort. Ou alors je prierais chaque jour pour l'être, car autant cette vie-ci vaut la peine d'être vécue, autant ce dont tu m'as tiré n'était qu'un interminable cauchemar. J'ai ma musique, une maison, j'ai des amants qui sont mes amis, ma famille, pas des hommes sans noms et sans visages pour qui je n'étais moi-même qu'une putain sans nom ni visage. Tu as toujours pensé qu'ici j'étais resté une victime, Axel, mais ce n'est pas vrai. Je suis heureux comme ça, et c'est grâce à toi. Et la moindre des choses que je pouvais faire, c'était user de tout ce que j'ai aujourd'hui et que je te dois pour te sauver la vie. Parce que si je ne le faisais pas, alors je mériterais que tu m'aies laissé crever de faim ou de maladie dans cette tente.
La voix du barde était restée basse mais avait perdu sa douceur.
Roxas n'avait jamais entendu Demyx parler de son passé, parce qu'il n'en parlait pas. Il savait parce qu'Axel le lui avait dit, et Axel le lui avait dit trois mois plus tôt parce que Demyx, avec qui Roxas s'entendait fort bien, s'était mis en tête de le dépuceler et qu'il avait simplement ri des menaces et des regards noirs de l'assassin quand ce dernier le lui avait interdit.
Aussi Axel s'était-il tourné vers Roxas lui-même, lui enjoignant de faire attention avec le jeune homme. Roxas, comprenant où il voulait en venir, était devenu rouge comme une tomate et avait bafouillé qu'il refuserait et puis c'était tout. Mais Axel, lui, savait que Demyx ne considérerait pas un refus aussi bancal comme une réponse. Il ne savait pas quand s'arrêter. Il avait donc expliqué à son jeune compagnon ce qui était arrivé au ménestrel, l'encourageant à prendre quelques distances avec lui, ce que Roxas avait fait, peiné jusqu'au fond du cœur pour le barde dont le sourire insouciant et le regard doux ne laissaient pas deviner les horreurs que recelait son passé. Bien sûr, Axel aurait aussi pu dire tout simplement à son ami qu'il était amoureux du jeune épéiste, mais parler d'amour en présence du ménestrel lui avait toujours semblé une idée très bizarre.
Roxas, en l'espace d'un an, n'avait jamais vu Demyx que souriant, gentil, parfois un peu mélancolique mais jamais amer ou malheureux. Il avait cru que comme lui, sa mémoire lui faisait défaut, qu'il avait oublié. Il s'était clairement trompé.
- Je te devais une vie, Axel. Maintenant, nous sommes quittes.
Le visage du musicien avait retrouvé son aspect habituel, mais l'assassin avait revu dans ses yeux ce regard hanté qu'il avait lorsqu'il l'avait trouvé. Il s'en voulut de l'avoir poussé à faire remonter tout ça. Il étreignit son ami encore une fois, et le moment arriva de se séparer enfin.
- Bon, dit Demyx en se redressant, menton levé et en carrant les épaules. Vas-y, et que ça fasse vrai.
Roxas regarda avec appréhension Axel faire craquer ses jointures, l'air mal à l'aise.
- Promets-moi que si tu reprends conscience avant qu'on te trouve tu donneras l'alerte, dit-il. Nous nous éloignerons le plus rapidement possible.
- D'accord. Bon, vas-y maintenant. Essaye seulement de ne pas me casser le nez ou une dent, je n'ai pas envie d'être défiguré.
- Oui, enfin, pour te faire perdre connaissance en te donnant un coup de poing dans la figure, je ne peux pas y aller de main morte non plus…
- Frappe-moi sur le crâne alors.
- À coups de poings ? Ce n'est pas très…
- Et ça ? Demanda Roxas, que cette discussion mettait de plus en plus mal à l'aise, en montrant du doigt le lourd broc de faïence que Demyx leur avait apporté.
Axel ramassa l'objet, le soupesa, le balança en le tenant par le bord intérieur.
- Un bon coup sur la tête, dit Demyx en pointant son front du bout de l'index, et Roxas pensa qu'en réalité il était quand même très inconscient.
- N'oublie pas, si tu reprends conscience, tu donnes l'alerte. C'est bon, c'est retenu ?
Demyx leva les yeux au ciel.
- Oui, ne t'inquiète pas.
Roxas remercia une dernière fois le neuvième membre, et Axel lui assena un grand coup sur la tête avec le broc. Cela fit un bruit – BÔÔÔNG ! – qui aurait pu être comique s'il n'avait pas résonné contre les parois de ce cachot lugubre. Le jeune homme s'écroula sur le sol, sous le regard d'Axel qui fit une grimace de dépit.
- Il va bien ? Demanda Roxas, la gorge serrée d'appréhension.
L'assassin appuya deux doigts à la base du cou du jeune homme, cherchant son pouls. Son visage s'éclaira un peu.
- Son cœur bat normalement. Il aura juste une très méchante migraine demain matin…
Roxas força ses lèvres à sourire, l'estomac noué. Puis ils partirent.
Axel abandonna le broc sur le sol et referma la grille de la cellule derrière lui, « pour plus de crédibilité », et ce malgré sa répugnance. Il jeta les clés sur le sol, suffisamment loin des grilles pour être hors d'atteinte mais quand même bien en vue.
Se couvrant la tête de leurs capuchons, ils récupérèrent leurs armes dans le réduit qui servait à ranger les effets des prisonniers, un peu plus loin. Roxas éprouva un profond sentiment de réconfort en ceignant sa ceinture et en sentant le lourd fourreau lui battre la cuisse. Le poids familier était rassurant, et il se sentait prêt à affronter l'Ordre tout entier avec cette épée pour défendre Axel si besoin était. L'assassin se remettait rapidement de ses blessures et avait l'air de se porter relativement bien – ou tout du moins ne se plaignait-il pas et ne laissait-il rien voir de ses souffrances – mais il doutait fort qu'il soit en état de se battre. Roxas espérait de tout son cœur que chakrams et épée resteraient sagement attachés à leurs ceintures et qu'ils n'en auraient pas besoin.
La nuit était noire et profonde, et ils estimèrent que l'aube ne devait pas être toute proche. Ils firent un rapide crochet par les écuries pour y prendre leurs chevaux. Il fallait espérer qu'on ne s'aperçoive pas trop rapidement de leur absence, cela pouvait arriver avant même que l'on ne découvre Demyx assommé dans leur cellule. Tenant les deux montures par leurs longes, ils quittèrent la citadelle de l'Ordre sans échanger un mot. Ils marchèrent un long moment, remontant la route, puis s'arrêtèrent pour monter en selle. Rênes en main, ils se tournèrent pour lancer un dernier regard en arrière.
- Tout va bien ? Demanda Axel à Roxas.
Le garçon avait le cœur gros. Après tout, cet endroit là était la seule maison qu'il avait jamais eue, et le quitter lui faisait quelque chose. La pensée de Demyx inconscient, gisant sur le sol du cachot, ajoutait encore à ce malaise, mais il hocha la tête et se tourna vers son compagnon, se forçant à lui sourire car après tout… Ils auraient dû être sur le point de mourir, et contre toute attente ils avaient à présent une vie entière devant eux. Une vie ensemble, puisque les circonstances les avaient poussés à s'avouer leurs sentiments. Une vie dont ils avaient la liberté de faire ce qu'ils voudraient.
Ces pensées firent naître une chaleur exquise au creux de son ventre. Pour la première fois depuis qu'il le lui avait dit, il commençait à éprouver un sentiment de félicité et de joie à l'idée qu'Axel l'aimait. Qu'il lui rendait ces sentiments étranges qui lui avaient fait passer tant de nuits blanches à tenter de comprendre.
Son sourire s'étira et devint lumineux, sincère.
- Oui, répondit-il. Tout se passera bien.
Et il le pensait.
Axel amena son cheval tout près du sien pour pouvoir lui prendre la main. Ce simple contact fit s'envoler une nuée de papillons dans son ventre, car maintenant que leur mort imminente ne planait plus au-dessus de leur tête comme une épée de Damoclès, il sentait lui revenir sa réserve naturelle. Ses joues s'empourprèrent légèrement et il remercia l'obscurité de cacher cette gêne à Axel.
- Roxas, dit l'assassin, et l'adolescent sentit que son cœur se mettait à battre plus vite. Est-ce que tu veux partir avec moi ?
Le blond se tourna vers lui, les yeux écarquillés de stupeur.
- Pourquoi est-ce que tu me poses cette question ? Evidemment ! C'est tout ce que je désire !
Axel rit doucement de l'ardeur du chevalier, un peu embarrassé.
- Hé bien, tu sais… Nous avons cru que nous allions mourir et parfois… les gens font des choses qu'ils ne feraient pas en temps normal dans ce genre de situations. Tu aurais pu vouloir vivre tes derniers instants en en profitant au maximum, en n'étant pas seul, tu comprends ? Saisir l'occasion de vivre encore tant que tu en avais le temps.
Roxas leva les yeux au ciel, à la fois peiné pour Axel et blessé lui-même.
- Tu as pensé ça ? Tu aurais passé tes dernières heures avec moi en pensant que… que je me servais de toi ? Axel, ne sois pas ridicule, je…
Les mots se bloquèrent dans sa gorge, l'étranglant presque. Pourquoi cela ne voulait-il pas sortir ? Il l'avait déjà dit, pourtant.
Mais comme Axel l'avait dit, dans le feu de l'instant, il avait osé alors qu'il n'aurait jamais pu en temps normal. Et puis, il avait pu le dire parce que son compagnon l'avait fait le premier. C'était juste un petit pas en avant à faire… et même pas à l'aveugle puisqu'il savait déjà qu'Axel lui rendait ses sentiments…
Alors il prit une profonde inspiration, rassembla son courage et avoua, pour la deuxième fois :
- Je t'aime. J'ai été sincère, je pensais tout ce que je t'ai dit.
Son cœur battait fort et vite, et il entendit l'autre lâcher un petit rire.
- Était-ce donc si difficile que ça ? Tu m'as broyé la main !
Roxas secoua vivement la tête.
- Idiot ! C'est juste un peu gênant de dire ça…
Axel sourit dans l'obscurité et, de sa main libre, il prit son menton pour relever son visage et l'attira vers lui, se penchant au-dessus de l'espace qui séparait leurs montures. Il appuya son front contre le sien et ferma les yeux, un sourire serein accroché à ses lèvres
- Je prendrai soin de toi, mon amour. Je te le promets.
Ému au-delà des mots, Roxas ne trouva rien à répondre mais Axel ne semblait pas attendre de lui qu'il le fasse. Il l'embrassa doucement, savourant la douceur de ses lèvres comme il n'avait pas réellement pris le temps de le faire avant. Roxas se détendit complètement, oubliant sa nervosité, et se laissa aller contre lui, tenant toujours d'une main les rênes de son cheval et retirant l'autre à Axel pour la poser sur son épaule.
Un instant plus tard, ils tournèrent bride et lancèrent leurs chevaux au grand galop sur la route, Axel s'efforçant d'ignorer la douleur qui lui cuisait le dos. Les silhouettes des deux cavaliers s'enfoncèrent dans l'obscurité et disparurent, et jamais aucun membre de la Confrérie ne les revit ni n'entendit jamais parler d'eux.
AKUROKU
