Auteur : Ariani Lee
Bêta-lecture : Lyly [u]
Série : Kingdom Hearts
Pairing : AkuRoku
Disclaimer : La liste des cent thèmes est disponible sur le net. Axel et Roxas ne m'appartiennent pas, ni aucun des membres de l'Organisation XIII ou personnages de Kingdom Hearts qui pourraient être mentionnés ici : ils sont tous la propriété de Square Enix et des studios Disney. Bande d'ingrats qui les a fait mourir !
Résumé : Axel sait que ce qui lui oppresse la cage thoracique, c'est de l'angoisse. Même s'il n'a plus de cœur, il a toujours été très doué pour se souvenir de comment c'était. Il a mal, aussi, parce qu'il sait que c'est la dernière fois qu'il voit Roxas.
Traduction du titre : « Abandonner »
Auto-évaluation : ***
Note de l'auteur : Ce thème est à la fois un hommage et une dédicace à Epsylon. Il est le miroir d'un oneshot qu'elle a écrit et qui se titre « La dernière fois ». Elle avait donné le point de vue de Roxas, je propose celui d'Axel. Je vous conseille de lire son texte, c'est court et extrêmement abouti.
Axel et Roxas en cent thèmes.
Give Up
Axel sait que ce qui lui oppresse la cage thoracique, c'est de l'angoisse. Même s'il n'a plus de cœur depuis longtemps, il a toujours été très doué pour se souvenir de comment c'était. Il a mal, aussi, parce qu'il sait que c'est la dernière fois qu'il voit Roxas.
La Maître de la Keyblade a toujours été différent des autres à bien des égards. Ses réactions avaient ressemblé à celles de tous les Simili nouveau-nés – c'étaient des réactions humaines et spontanées, normales. Sauf que Roxas n'avait pas vécu assez longtemps pour voir si, comme chez les Fondateurs ou Saïx, elles auraient fini par s'effacer. Et que Roxas, qui n'avait aucun conditionnement mémoriel, n'aurait pas dû avoir ces réflexes.
Axel sait que Roxas va disparaître, que c'est la dernière fois qu'ils se retrouvent tous les deux en haut de ce clocher, face à ce ciel flamboyant. L'ancien Numéro XIII ne s'est pas encore aperçut de sa présence et fixe simplement l'horizon, l'air mélancolique. Axel sait que s'il le regardait en face il saurait lire le cours de ses pensées dans ses yeux, parce que le regard de Roxas a toujours été parfaitement transparent. Mais il ne voit que son profil, son menton reposant sur ses genoux.
Axel s'assied en silence, laissant une jambe pendre dans le vide et repliant l'autre contre son torse, comme d'habitude. Les « comme d'habitude » ont un goût aigre-doux aujourd'hui. Eux ensemble, le couchant, l'atmosphère douce et paisible de cet endroit, le tic-tac sourd de l'immense horloge en-dessous d'eux, le silence de Roxas, tout cela compose un tableau qu'Axel retrouve avec une plaisante nostalgie mais aussi avec amertume. Parce que les « comme d'habitude », aujourd'hui, deviennent des « pour la dernière fois. »
Axel fait quelque chose à quoi il regrette de ne pas s'être laissé aller plus souvent par le passé : il tend la main et la pose sur l'épaule du blond. Ce dernier tressaille à ce contact mais ne le regarde pas. C'est comme s'il s'était attendu à le trouver là.
- Bientôt, je ne pourrai même plus parler à ta conscience, dit-il d'une voix triste.
- Axel, je…
Roxas s'interrompt puis se tait, pendant un instant. Il se contente de le regarder et son regard est très intense. Maintenant Axel peut lire dans ses yeux, sans aucune difficulté. Il y voit les [émotions] que sa position de tout à l'heure lui cachait.
Hésitation, douleur, culpabilité, regret, cynisme. Axel les déteste toutes mais la dernière un peu plus que les autres. Il aurait tellement aimé pouvoir le protéger et faire en sorte que jamais son regard n'exprime ça… Mais c'est trop tard, c'est derrière eux. Ils ne peuvent plus rien y faire, à présent. Tout ce qu'il leur reste à sauver, c'est cet ultime instant. Ils pourraient encore arriver à gâcher leurs adieux. Axel ne veut pas ça. Il voudrait rattraper tout ce qu'il a raté, mais il sait qu'il n'a pas le temps. Alors il sourit. Il étire ses lèvres mais il a peur de ne pas arriver à être très convaincant. Il voudrait, pour Roxas, que ce soit un véritable sourire, réconfortant et optimiste, mais il ne peut pas. Il est trop las de lui mentir. Finalement il renonce et soupire :
- Ne dis rien.
Roxas semble d'accord avec cette idée. Dans ses yeux, l'hésitation s'éteint mais la tristesse n'en brille que plus fort. Finalement, après un instant de silence, il parle tout de même et sa voix est altérée – plus grave que d'habitude, plus sourde.
- Je ne vais plus te voir, dit-il.
Axel a l'impression qu'il le dit pour le comprendre, pour essayer de se convaincre. La détresse qu'il entend dans ces quelques mots lui dévaste l'âme, à défaut du cœur. Il ne peut rien faire. Ils vont être séparés, c'est inéluctable. Maintenant que ça y est, il se rend compte que non, il n'était pas plus préparé que lui ne semble l'être. Sa main se serre spasmodiquement, puis lâche l'épaule de l'Elu de la Keyblade et il serre les poings. Il est en colère contre lui-même, il se sent coupable parce qu'il va quitter Roxas, le laisser seul. Il se sent minable.
Et puis Roxas se rapproche. Toute trace d'amertume ou d'ironie quitte son visage à tire-d'aile et son regard n'est plus que douceur et doute, puis ses paupières se ferment. Il s'appuie contre Axel et leurs lèvres se touchent.
Axel ferme les yeux à son tour et sa main reprend sa place sur son épaule, juste un peu plus près du cou. Il essaye de ne pas serrer trop fort pour éviter de lui faire mal mais il n'est pas sûr d'y arriver car le contrôle de ses muscles occupe une place très secondaire dans l'ordre de ses préoccupations. Alors qu'il vit depuis des années avec la sensation d'avoir un gouffre à la place du cœur, il lui semble que les parois de ce trou se contractent sur le vide et que le rien à l'intérieur devient quelque chose de matériel et qui gonfle, gonfle à lui faire mal, devient énorme à exploser. Axel n'a jamais eu aussi mal, même pas le jour où il a perdu son cœur.
Il ne se dérobe pas, parce qu'il croit comprendre, et que c'est important. Il laisse sa bouche contre la sienne en une caresse immobile et tendre, en un geste si paisible qu'il est presque impossible de croire qu'il est ce qui provoque en lui ces sensations d'une violence inouïe.
Il ne se dérobe pas parce que malgré la douleur, malgré l'étrangeté de la situation, malgré le tremblement léger mais perceptible de la main que Roxas laisse reposer sur son genou replié, c'est peut-être le plus beau moment de ses vies. Et aussi…
Parce que cette fois, ils se disent adieu.
AKUROKU
