Auteur : Ariani Lee

Bêta-lecture : Shangreela (anciennement Lyly [u], elle a changé de pseudo)

Série : Kingdom Hearts

Résumé : Les enfants, on a hâte qu'ils sachent parler, et quand ils commencent, on donnerait beaucoup pour qu'ils se taisent.

Traduction du titre : « Mots »

Auto-évaluation : ***

Dédicace : Je souhaite dédier ce thème à Bouddha, parce que l'idée m'en est venue en lisant son OS « Vainqueur » (Voir le recueil « On n'a besoin de rien dans l'obscurité », que je vous recommande).

Nous sommes le 8 aout et je vous souhaite un bel Axel Day, en espérant qu'il vous aura été aussi favorable qu'à moi !

Axel et Roxas en cent thèmes.

Words

Axel n'avait pas été franchement ravi le jour où on lui avait confié le soin de former le petit nouveau.

Le huitième membre de l'Organisation n'était pas nécessairement quelqu'un d'égocentrique, mais il était égoïste. Il faisait passer ses intérêts avant ceux des autres et trouvait les choses très bien ainsi. Il n'était ni feignant, ni tire-au-flanc, mais quand il avait envie de bâcler une mission pour s'octroyer un peu de temps libre, il le faisait et c'était tout. Quand il arrivait que Saïx lui fasse la morale (ce qui était rare), il croisait les bras, hochait la tête et n'écoutait pas un mot de ce qu'il disait.

Oui, Axel pensait d'abord et avant tout à sa petite non-personne, aussi fut-il assez contrarié de se retrouver soudain avec Roxas dans les pattes.

Le Numéro XIII était aussi réactif qu'une betterave et avait à peu près autant de conversation, aussi, dans les tout premiers jours, Axel l'avait-il surnommé par devers lui « le Légume ».

Le Légume s'était attaché à ses pas et était resté dans son sillage en silence, comme une ombre. Paradoxalement, même s'il le suivait partout où il allait et même s'il faisait ce qu'il lui disait – un peu lentement, au début, mais cela s'améliora par la suite – Axel avait l'impression que le Légume ne s'apercevait même pas de sa présence. Et ça, il n'aimait pas.

Il avait essayé de le réveiller un peu, lui avait fait découvrir des choses différentes des missions et de la Citadelle – la Cité du Crépuscule, le Clocher, les glaces, le coucher du soleil… Sans même s'en rendre compte, il avait partagé avec le nouveau tout ce qui jusque là n'avait appartenu qu'à lui seul et qu'il avait préservé jalousement. Il voulait le faire réagir. Ce qu'il désirait inconsciemment, c'était provoquer un éclair de reconnaissance dans son regard, y lire qu'il le voyait, qu'il se avait conscience de son existence.

Axel ne supportait pas qu'on l'ignore.

Le Légume avait fini par se mettre à parler, au bout d'une semaine. Même si son débit de parole restait minimaliste et son regard plutôt torve, le Numéro VIII fut hautement satisfait lorsqu'il s'adressa à lui pour la première fois. Puis Roxas commença à s'exprimer autrement que par monosyllabes, et dès qu'il se fut mis à assembler des mots pour faire des phrases et à se servir efficacement de la parole, il s'employa à poser des questions.

Ce que, de toute sa vie, il n'arrêterait jamais de faire. Si Axel avait dû distinguer parmi les traits de caractère de Roxas celui qui le définissait le mieux, il n'aurait pas choisi sa ténacité ou son mutisme, mais plutôt sa soif de savoir. Alors Axel avait arrêté de l'appeler « Légume », et il était devenu « le Môme ». Parce qu'il avait tout d'un petit garçon. Des yeux neufs, véritables miroirs d'ingénuité qui ne désiraient qu'une chose : que l'on vienne s'y refléter. Un flot incessant de questions. L'inébranlable conviction qu'Axel, son aîné, son mentor, avait et aurait toujours toutes les réponses.

Au début perplexe, Axel s'était progressivement rendu compte qu'il appréciait assez la confiance que le Môme mettait en lui, si forte et absolue que c'en devenait presque de la foi. Il réalisa qu'il y avait des années que personne n'avait rien attendu de lui, à part qu'il obéisse aux ordres et donne des résultats satisfaisants. Il recevait des instructions, les exécutait et faisait son rapport. S'il ne donnait pas satisfaction, il prenait un blâme qu'il encaissait avec une indifférence à peine dissimulée qui elle-même indifférait son interlocuteur. S'il avait correctement fait ce qu'on lui avait demandé, on congédiait simplement, et cela recommençait le lendemain, et le jour d'après, et le jour suivant. Seuls les résultats comptaient. Son potentiel, ses états d'âme, ses avis, ses efforts ou sa lassitude, ça ne comptait pas.

Roxas posait des questions et Axel y répondait.

Roxas apprenait et Axel se sentait utile.

Roxas développait son vocabulaire et Axel se sentait épanoui dans ce rôle qui l'avait pourtant tant rebuté au début.

Roxas comprenait et Axel se sentait fier.

Roxas lui souriait et Axel se sentait soudain important.

Roxas posait des questions et Axel y répondait de son mieux, certaines étant plus difficiles que d'autres. Il y avait les « quoi ? », les « qui ? », les « où ? » et les « comment ? », qui pouvaient pleuvoir sans prévenir, et c'était souvent ce type d'interrogations qui était le plus facile à gérer.

Il y avait les « pourquoi ? », qui arrivaient toujours à la chaîne, en rafales de dix ou quinze, après chaque réponse donnée. Comme si Axel n'avait pas vraiment répondu à sa question, comme si la question était trop longue pour y répondre en une fois ou tout simplement pour la saisir complètement, comme si Roxas lui-même ne savait pas où elle s'arrêtait. Axel n'aimait pas les pourquoi, parce qu'il avait l'impression de répondre à chaque fois à côté de la plaque alors que Roxas comptait sur lui pour éclairer sa lanterne et qu'il détestait l'idée de ne pas être à la hauteur de ce qu'il attendait de lui.

Les questions les plus ardues, les plus pointues, cependant, n'étaient pas les « pourquoi ? ». C'étaient les « ça veut dire quoi ? ». Axel avait la hantise des « ça veut dire quoi ? ».

Des fois c'était sympa, quand même, et d'autres extrêmement lourd et compliqué, ou horriblement embarrassant.

Ça avait commencé doucement. Un jour, Roxas avait demandé :

- Dis, Axel, ça veut dire quoi, « océan » ?

Axel avait froncé le nez, pas tant à cause de la question que du mot lui-même. S'il y avait un truc qui ne l'inspirait pas, c'était bien l'océan.

- L'océan, avait-il commencé, c'est de l'eau. Énormément d'eau, des millions de millions de litres d'eau salée dans laquelle habitent des êtres vivants, des plantes, des animaux et des gens, et avec du sable ou de la pierre au fond. Par endroit, c'est si profond qu'on peut même pas voir le soleil.

Quand Roxas lui avait demandé avec un regard de chiot suppliant s'il voulait bien lui montrer, Axel n'avait pas pu résister et malgré son antipathie pour les mondes aquatiques, il l'avait emmené à Atlantica.

Contre toute attente, ça avait été plutôt plaisant. L'un comme l'autre peu habitués à la forme de sirène qu'ils avaient prise une fois sur place – Roxas avait une queue gris-bleu de dauphin avec un petit aileron à l'arrière, et Axel l'appendice écailleux et les élégantes nageoires translucides d'un poisson rouge géant – ils avaient ri en se déplaçant maladroitement, le temps de s'accoutumer à cet étrange environnement. Finalement, ils étaient restés là trois bonnes heures, à se promener entre les algues et les anémones. Axel avait regardé Roxas virevolter en jouant de la nageoire et en s'aidant de son aileron, s'amuser avec le sable et s'égayer de sa chevelure blonde qui flottait autour de son visage en caressant son front et ses joues, le chatouillant parfois. Il riait.

Ce n'est que lorsqu'ils avaient été de retour sur la terre ferme que le maître des flammes s'était mis à avoir le mal de mer – ou plutôt le mal de terre. Il avait été malade pendant deux jours, et lorsqu'il avait répondu à la question qui avait forcément fini par arriver (« pourquoi ? »), Roxas avait eu l'air mortifié et même s'il s'y était amusé comme un fou, il n'avait jamais demandé à retourner sous l'océan. Axel avait trouvé cela dommage, car le jeu en valait la chandelle, mais ce n'était pas l'avis de Saïx. Deux jours d'incapacité de travail, il le savait, ce n'était pas seulement mal vu, c'était inacceptable.

Un autre jour, alors qu'il revenait d'un tour dans les couloirs de la Citadelle, il avait demandé :

- Axel, qu'est-ce que ça veut dire, « Preuve d'Existence » ?

Ce jour-là, c'était un « ça veut dire quoi ? » lourd et compliqué. Le Numéro VIII avait été surpris par la question, qui était tout sauf légère, et ne savait trop par où commencer. Roxas lui avait déjà demandé ce qu'étaient un simili, un cœur, les sentiments, la mémoire, et il lui avait répondu de son mieux à chaque fois, mais il avait espéré que malgré ses réponses très honnêtes, le Numéro XIII n'avait pas complètement saisi leur nature de sous-êtres, le peu de valeur de leur même-pas-vie. Si ça avait été le cas, c'était maintenant fini.

- Viens avec moi, avait-il dit.

Ils avaient marché en silence jusqu'à l'endroit en question, Axel plongé dans ses pensées. Lorsqu'ils étaient arrivés sur place, il avait soupiré et enfoncé les mains dans ses poches.

- Tu te rappelles ce que je t'ai dit à propos des similis.

Le blond avait hoché la tête.

- Chacun d'entre nous est issu d'une personne qui a disparu, mais nous ne sommes pas ces personnes. Nous leur ressemblons physiquement, nous en gardons des traits de caractère, nous sommes similaires, mais nous ne sommes pas eux. Nous ne sommes liés en rien aux gens qu'ils connaissaient, nous ne possédons rien, n'héritons rien en dehors des similitudes qui définissent ce que nous sommes.

Il avait marqué une pause, cherchant ses mots.

- Nous sommes nés dans les ténèbres, avait-il poursuivi. Nous sommes nés seuls, nous nous sommes tous rassemblés ici en secret. Parce que nous voulons pouvoir un jour être complets, nous œuvrons dans l'ombre, à l'abri des regards et à l'insu de tous. Nous nous cachons parce que les gens ont peur de ce qui est différent d'eux, et qu'ils voudraient nous chasser, peut-être même nous poursuivre. C'est pour ça que nous sommes toujours discrets quand nous quittons cet endroit. Tu comprends ce que ça implique ?

Roxas avait penché la tête et porté la main à son menton. Le pouce calé dessous, l'index recourbé appuyé contre ses lèvres et l'air pensif, il avait exactement la même expression que quand il était en train de tirer des conclusions des éléments qu'il avait glanés au cours d'une mission de reconnaissance. Axel avait patienté en silence, espérant que Roxas trouverait la réponse tout seul. Finalement, le Numéro XIII s'était redressé un peu.

- Ça veut dire, avait-il articulé doucement, que personne ne nous connaît.

- C'est ça.

Et c'était vrai. La seule personne extérieure à l'Organisation à qui Axel adressait la parole, c'était le vendeur de glace de la Cité du Crépuscule, et il le faisait toujours le visage masqué. L'homme, bien entendu, ne connaissait pas son nom.

- Tant que nous n'aurons pas de cœur, nous ne serons pas réellement vivants. Et ceux d'entre nous qui tombent au combat avant d'atteindre cet objectif disparaissent sans laisser aucune trace. Personne en dehors des autres Simili ne sait qu'ils ont été là un jour, alors nul ne s'en souviendra. Donc nous édifions des sépultures à notre propre mémoire pour qu'il y ait une trace de notre passage.

À nouveau, il avait laissé passer un instant de silence pour que Roxas ait le temps d'assimiler ce qu'il venait de dire. Il aurait tellement préféré qu'il ne comprenne jamais à quel point tout était vain pour eux, tant qu'ils restaient des Simili…

- C'est pour ça que nous les appelons « Preuves d'Existence », avait-il repris au bout d'une minute. Parce qu'elles prouvent que nous avons existé. Parce que si nous ne le faisons pas nous même, personne ne le fera en mémoire de nous quand nous ne serons plus là.

Roxas était resté silencieux un instant, les yeux fixés sur les pierres, et Axel avait soupiré, las.

- Moi, avait alors dit le Numéro XIII, je le ferais pour toi, tu sais. Je conserverais ton souvenir avec soin.

Le regard d'Axel s'était adouci et ses lèvres s'étaient arquées en un léger sourire. Il avait ébouriffé les cheveux de l'adolescent d'un geste presque tendre, avant de le prendre par les épaules pour l'emmener ailleurs.

- Je sais, Roxas. Moi aussi.

Et aussi égoïste fut-il, il le pensait.

La première fois que Roxas avait demandé un « ça veut dire quoi ? » horriblement embarrassant, il faisait partie de l'Organisation depuis un peu moins d'un mois. Axel était en train de somnoler sur un des canapés de la Zone Grise, après une journée difficile. Roxas était arrivé, le sourcil froncé en une mimique que le Numéro VIII savait maintenant reconnaître.

- Axel, c'est quoi une « pipe » ?

Axel avait haussé les sourcils face à ce mot pour le moins incongru.

- Hé bien, c'est un truc dont on se sert pour fumer. Il y a un réservoir fixé à un long tube, on bourre le réservoir de tabac (ou d'autre chose, pensa-t-il, mais ça, Roxas n'avait pas besoin de le savoir), on allume et puis on inspire par le tube.

- Pourquoi ?

- Pour aspirer la fumée.

- Pourquoi ?

- Pour le goût (ou autre chose, mais ça il n'avait pas besoin de le savoir non plus).

- C'est quoi, du tabac ?

- Une plante séchée et coupée en tout petits morceaux.

- Hmmmm…

Roxas avait semblé dubitatif.

- Tu n'as pas l'air satisfait, dit Axel, qui se demandait toujours qui pouvait bien parler de pipe à Illusiopolis (peut-être que Marluxia avait laissé traîner un truc ? S'il y en avait bien dont Axel n'aurait pas été surpris d'apprendre qu'il fumait des plantes, c'était lui).

- Je vois pas le rapport avec ma taille.

Axel avait froncé les sourcils.

- Comment ça ?

- En fait j'ai entendu Xigbar et Luxord discuter et quand j'ai demandé ce que ça voulait dire, Luxord a éclaté de rire et Xigbar m'a répondu que je comprendrais quand je serais grand.

Le Numéro VIII était resté coi quelques secondes, littéralement pétrifié – apparemment, il avait tout compris de travers.

Il allait tuer Xigbar. Merde. Il était absolument hors de question qu'il explique ça à Roxas, parce que de « ça veut dire quoi ? » en « pourquoi ? » il allait finir par lui poser La Question. Et non, Axel ne se sentait pas prêt à donner un cours d'éducation sexuelle à un gosse de même pas un mois (enfin, quinze ans, mais dans la pratique, hein…) qui ignorait jusqu'aux bases les plus rudimentaires de la reproduction.

Il était foutu. Il fallait qu'il trouve un moyen de se sortir de ce guêpier, et plus il attendrait plus ce serait difficile et Roxas qui commençait à le regarder comme s'il ne voulait pas lui répondre et…

- En fait, c'est simple, c'est parce que le tabac, tu vois, la fumée qu'on aspire, ben elle va dans nos poumons, et elle arrête le développement de la capacité respiratoire et ça peut aussi donner des maladies. Et toi, tes poumons ils sont qu'à soixante pourcent de leur capacité, tu vois, ils seront complètement développés d'ici quelques années et là ce sera moins embêtant mais t'es bien trop jeune pour fumer, tu comprends, c'est mauvais pour la santé, ha, ha, ha…

Il avait dit tout ça très vite, sans respirer, incapable de se souvenir où il avait entendu ça mais bien content de cette aubaine qui venait de lui sauver les miches. Ou pas. Il voyait que Roxas était perplexe, et il avait senti une goutte de sueur froide courir le long de son dos. Pitié, pitié, pitié, qu'il le croie, pitié, il traiterait plus jamais Saïx de connard frigide s'il le croyait, il le jurait sur Kingdom Hearts pitié, pitié, pi-

- D'accord, je comprends, avait finalement dit le blond, et Axel avait réprimé un gros soupir de soulagement. Mais il aurait pu me dire ça tout de suite, je ne suis pas si bête, tout de même...

Axel avait laissé échapper un nouveau rire légèrement chevrotant et regardé Roxas qui s'éloignait, l'air toujours un peu mécontent. Il s'était laissé aller contre le dossier du divan, s'offrant un instant de loisir pour se demander si celui qu'on appelait l'Archer viserait toujours aussi juste quand il lui aurait crevé l'autre œil.

- Bien esquivé, avait dit la voix de Demyx.

Axel avait relevé la tête et vu que le neuvième membre était assis non loin de là, en train de réaccorder les cordes de son sitar. Il avait répondu d'un grognement excédé.

- Et tu vas faire quoi le jour où il te demandera comment on fait les bébés ?

- Demyx ?

- Oui, Axel ? Avait répondit l'autre en essayant de réprimer un sourire (mais ce fut un échec critique, on voyait toutes ses dents).

- Ta gueule.

AKUROKU

A vot' bon cœur !

Comme vous me suivez depuis près de deux ans, vous avez dû vous apercevoir que j'ai un peu traité tous les sujets. C'est pourquoi, à court d'idées, j'en appelle à votre imagination. Voici la liste des thèmes que je n'ai pas encore traités :

Test , Can You Hear Me ? , Out Cold , Spiral , Seeing Red , Food , Pain , Drowning , Advertisement , In The Storm , Safety First , Puzzle.

Si vous avez des idées, n'hésitez pas à m'en faire art. De préférence pas AU, mais c'est bon aussi.

Merci d'avance !