Auteur : Ariani Lee
Bêta-lecture : Shangreela
Série : Kingdom Hearts
Résumé : Vivre dans la rue, ce n'est pas vivre, c'est se noyer.
Traduction du titre : « Noyade»
Auto-évaluation : ***
Axel et Roxas en cent thèmes.
Drowning
Et tous ces mots qu'on a dit
Mots qu'on a fuit
Où sont ils allés ?
Rester comme ça attaché
Ne peut rien changer
Alors va...
Je laisse le vent emporter tout
Laisse le vent prendre soin de tout
( Mylène Farmer, laisse le vent emporter tout )
Vivre dans la rue, ce n'est pas vivre, c'est se noyer. C'est quand il n'y a plus rien pour s'accrocher à la surface – plus de planche de salut, pas de bouée de sauvetage, quand la terre s'est dérobée sous les pieds, irrémédiablement – et qu'on ne survit plus qu'à la force des bras, seconde après seconde. Il est impossible – inutile – de se projeter plus loin dans l'avenir, car de toute façon, une vague imprévue peut venir vous faire plonger et peut-être couler sans que vous puissiez rien faire si ce n'est vous battre pour remonter.
C'est la noyade. Plus rien d'autre ne compte que la survie, l'instant présent, car il faut commencer par survivre à celui-ci pour pouvoir vivre le suivant.
Ça s'apprend très vite, bien plus vite qu'on ne le croit. On devient clochard en quelques jours, on se résigne en quelques semaines et en un an, on oublie qu'on a été autre chose, qu'on a vécu autrement. La vie se transforme en un océan immense dans lequel on ne croise que d'autres noyés en sursis, trop occupés à se battre pour garder la tête hors de l'eau pour s'intéresser aux autres.
Puis il y a les nantis, qui traversent l'immensité liquide sans se mouiller, glissant simplement à la surface, sans effort apparent. Vous les regardez passer, comme des fantômes, comme si vous ne vous trouviez pas sur le même plan qu'eux. Comme si vous et eux viviez dans deux dimensions parallèles, collées l'une à l'autre, séparées par un mur invisible que personne ne franchit jamais, à moins d'être obligé de faire le grand plongeon.
Mais comme le dit l'adage, il ne faut jamais dire jamais. Il y a des exceptions, des miracles, des ovnis.
On l'appelait Doll, les parce qu'il avait les yeux bleus et, sous la saleté, les cheveux d'or et la peau de porcelaine d'une poupée. Il avait dix-neuf ans et n'en semblait pas dix-sept, et il se noyait depuis un an. Il avait ses raisons – ils en avaient tous une. Il faisait la manche dans les couloirs d'une station de métro, toujours la même, et y dormait également car on ne la fermait pas pendant la nuit.
C'était par une fin d'après-midi pluvieuse. Il faisait humide jusqu'à l'intérieur, et il était assis, comme d'habitude, sur une bordure de pierre. Il regardait le flux continu de gens pressés qui entraient par la grande porte, à un mètre à sa droite, lorsqu'une personne se détacha de la masse et vint s'asseoir juste à côté de lui.
C'était un homme, d'une dizaine d'années peut-être plus âgé que lui. Il portait un costume et un trench coat, et ses cheveux rouges étaient lourds de pluie, ce qui ne les empêchait pas de se dresser dans tous les sens sur sa tête. D'après son expression, il devait avoir passé une sale journée, et il n'avait même pas vu Doll. Il ne s'aperçut de sa présence que lorsqu'il tourna la tête dans sa direction en fouillant dans une poche de son manteau. Il en sortit un paquet de cigarettes, en prit une, croisa le regard de l'adolescent et, spontanément, sans un mot, il le lui tendit.
Doll ne fumait pas – ça coûtait trop cher. Mais être clochard vous apprend à ne jamais refuser ce qu'on vous offre. Si c'est gratuit, vous l'acceptez, point. Il en prit donc une, et l'alluma à la flamme du briquet que l'homme lui tendait.
La fumée n'avait pas un goût agréable, mais la sensation de chaleur était exquise. Joli Il sourit, mais l'homme ne le regardait plus. Il fumait sa clope, le regard fixé droit devant lui, la mine soucieuse. Doll l'imita et respecta son silence. Cinq minutes plus tard, l'homme se leva. Il le salua d'un signe de tête et s'en alla, regagnant le flot régulier de la norme humaine. Doll le regarda s'éloigner, perplexe, et vit qu'il laissait tomber quelque chose. Il hésita un instant avant d'éjecter d'une chiquenaude son propre mégot encore fumant et de se lever pour aller voir ce que c'était.
Il s'agissait en fait d'une carte de visite. En quelques secondes, elle avait été piétinée à tel point que le nom en était devenu indéchiffrable. Mais le numéro d'appel était encore lisible. Sans réfléchir, il la fourra dans une poche de son jean sale.
L'homme repassa par là le lendemain matin, le lendemain après-midi, et le surlendemain. Il revint chaque jour, toute la semaine, et à chaque passage, il s'asseyait à côté de Doll et lui offrait une cigarette.
Le samedi matin, il ne se montra pas et l'adolescent se rendit compte qu'il avait attendu. Il ne se montra pas non plus le lendemain et refit surface le lundi matin, à l'heure habituelle.
Une routine s'installa bientôt. Deux cigarettes par jour, côte à côte et en silence, sans qu'aucun mot ne soit jamais échangé – un regard, un sourire, un hochement de tête. C'était comme un petit sortilège que parler aurait brisé.
Au plus fort de l'hiver, l'homme prit l'habitude de lui apporter un gobelet de café brûlant autour duquel il pouvait nouer ses doigts pour les réchauffer. La première fois, son estomac avait fait un soubresaut ; la deuxième, il avait dû refouler les larmes de reconnaissance qui lui brûlaient les yeux. Peu après la nouvelle année, il déposa sur ses genoux une paire de gants, et une écharpe en laine douce et épaisse. Cette fois-là, en dépit de leurs rituels, Doll aurait parlé si la gratitude ne lui avait pas comprimé la gorge, lui coupant le souffle et la parole.
Cela dura en tout et pour tout six mois. Le printemps sécha les couloirs du métro et Doll cessa d'avoir froid. Les manteaux disparurent, et avec eux les parapluies et la boue. Doll entassa à côté de lui les gants, l'écharpe et sa veste et la nuit, il s'en servit d'oreiller.
Puis, un lundi matin, vers la fin du mois d'avril, l'homme ne se montra pas. Doll le guetta dans la foule de fin d'après-midi, pensant que peut-être il ne s'était pas arrêté au matin parce qu'il était en retard, mais il ne le vit pas, pas plus que le lendemain. Il commença à s'inquiéter, car jamais il n'avait manqué à un de leurs « rendez-vous » un jour ouvrable. Le mercredi, il fut contraint d'admettre, ne fût-ce que par devers lui, qu'il en était malade d'inquiétude et le jeudi, il repêcha dans sa poche la carte de visite.
Il la regarda longuement, pas certain de ce qu'il comptait en faire, puis il décida que s'il ne le voyait pas ce jour-là, il appellerait.
Il scruta les passants toute la journée, tournant et retournant dans sa tête les raisons pour lesquelles il pouvait ne pas être la. Peut-être avait-il tout simplement changé de trajet ? Déménagé ? Peut-être qu'il avait acheté une voiture, ou alors il était malade ? Il y avait mille et une explications possibles, mais aucune hypothèse ne parvenait à l'apaiser. Finalement, à 18 heures, il mit de la monnaie dans une cabine téléphonique et composa le numéro.
Il voulait juste entendre sa voix. Ils n'avaient jamais échangé le moindre mot mais il l'avait entendu tousser, rire sous cape et se racler la gorge. Il savait qu'il la reconnaîtrait. Il raccrocherait aussitôt après – il ne voulait pas traverser la frontière qui les séparait et risquer de perdre ce qu'il avait.
Ça sonnait, et son cœur battait très vite. Dring, bam – bam - bam, dring, bam- bam- bam... Il se dit qu'il perdait complètement les pédales, se demanda ce qu'il était en train de faire, se dit qu'il allait raccrocher et amorça le geste de le faire, au moment où on décrocha enfin.
– Allô… ?
Il écarquilla les yeux. C'était une voix féminine, fatiguée et éraillée. Il regarda la carte et le numéro qui s'affichait sur le moniteur. Il n'y avait pourtant pas d'erreur…
– Allô ? Qui est à l'appareil ?
Sur une impulsion, au lieu de raccrocher comme il en avait eu l'intention, il ouvrit la bouche et parla:
– Heu… Excusez-moi de vous déranger, bonsoir, je… Je voudrais parler au propriétaire de ce numéro de téléphone, s'il vous plaît, articula-t-il laborieusement.
Il y eut quelque chose comme un halètement à l'autre bout du fil, unique et saccadé, puis la femme reprit la parole.
– Mon mari… Axel est… Décédé.
– Oh.
C'est tout ce qu'il pouvait dire. Aucun mot, aucune phrase, aucun cri n'aurait pu exprimer ce qui s'abattit sur lui soudain – un gouffre vertigineux qui s'ouvrait d'un seul coup sous son cœur broyé. Il remua les lèvres sans savoir ce qu'il essayait de dire – était-ce : « je suis désolé. » ? Ou « quand ? » ? Sa bouche formait des mots que sa voix refusait de prononcer. La lumière du phare qui l'avait guidé pendant la moitié d'une année venait de s'éteindre, le rendant brusquement à l'étendue sombre et glacée de sa noyade solitaire. Il n'arrivait pas à croire qu'il tenait encore debout, mais son interlocutrice se mit à répondre à ses questions informulées en débitant un monologue qu'elle avait manifestement déjà répété plusieurs fois.
– Dimanche soir, d'un infarctus.
Doll voulu dire « à son âge ? » mais il avait toujours le souffle coupé. La veuve poursuivait néanmoins.
– Il a toujours eu le cœur fragile… Les médecins ont dit que c'était à cause de la cigarette et du café. La dispersion des cendres aura lieu demain sur la place devant la Gare du Couchant, au pied du clocher.
Doll sentit son cœur se contracter – sa station de métro, c'était celle-là, celle de la Gare du Couchant. Et il parvint à articuler :
– La… La dispersion des cendres ?
– Il voulait être incinéré. Il voulait choisir l'endroit où il reposerait. Ce sera demain, à midi.
Il sentait qu'elle était sur le point de craquer, il percevait la fissure dans sa voix. Alors il balbutia un « merci » hâtif et raccrocha précipitamment. Il entendit encore la jeune femme qui lui demandait son nom, puis le combiné retomba en place, coupant la communication.
Doll s'adossa au mur et lentement, se laissa glisser jusqu'au sol – le sol carrelé, sale et froid du couloir du métro. Là, se dit-il non sans cynisme, où était sa place. Et dire qu'il avait failli l'oublier.
Il s'appelait Axel. Et c'était tout ce qu'il en saurait jamais.
Il ne dormit pas, cette nuit-là, et le lendemain matin, il gagna des toilettes publiques et s'y lava à grands renforts d'eau claire – les mains, le visage et, de son mieux, les cheveux. Puis, à midi, pour la première fois depuis bien longtemps, il quitta les couloirs du métro et remonta à la surface.
La journée était magnifique. Pas un nuage ne masquait le bleu du ciel et le soleil brillait de tous ses feux, comme pour le narguer. Doll serra les dents et avança sur le parvis qui s'étendait devant l'entrée.
La gare du couchant, qui devait son nom aux magnifiques crépuscules qu'on pouvait admirer depuis ses hauteurs, surplombait la ville de plusieurs dizaines de mètres. Il y avait un petit attroupement de l'autre côté du parvis. Une vingtaine de personnes rassemblées près du parapet, toutes habillées en noir. Il hésita, songeant avec une honte oubliée depuis une éternité à sa propre tenue, puis se décida à avancer. Il s'arrêta cependant à quelque distance du groupe et alla s'appuyer au garde-fou. De là, il pourrait entendre sans se faire remarquer. Il ne voulait indisposer personne.
Deux jeunes femmes vinrent s'ajouter au groupe qu'elles traversèrent pour aller embrasser une brune endeuillée qui tenait entre les mains une petite boîte en carton gris. Doll devina qu'il s'agissait de la femme qu'il avait eue au téléphone – la veuve. Il sentit son cœur se serrer quand il la vit étreindre les nouvelles venues. On aurait dit qu'elle cherchait à les réconforter, alors que c'était elle qui avait le plus besoin de réconfort.
Accoudé au parapet, il écouta en silence les personnes présentes qui, pour à tour, prenait la parole pour dire quelques mots sur le défunt. Il jeta des regards discrets au groupe et songea qu'Axel avait été très apprécié.
Il baissa la tête, se perdant dans ses propres réflexions. Par ses comportements pourtant insignifiants, cet homme lui avait rendu un peu de dignité humaine. Grâce à lui, Doll avait eu l'impression d'exister à nouveau pendant quelques mois. Il ne savait pas ce qui le rendait le plus malheureux – avoir perdu cela, ou savoir que jamais il ne pourrait le remercier, et lui dire ce que ça avait représenté pour lui. C'était trop tard désormais, et comme il regrettait maintenant d'avoir respecté leur petite règle du silence… Il aurait dû lui parler, quitte à prendre le risque de le faire fuir.
Il sentit soudain une main se poser doucement sur son épaule et sursauta. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il se rendit compte que le silence régnait à nouveau sur la terrasse du couchant. Il se tourna et découvrit près de lui la jolie jeune femme brune – la veuve – qui le regardait de ses yeux marron liserés par le rouge du chagrin. À quelques mètres derrière elle, les autres personnes étaient en train de se recueillir, figées, pour la plupart, dans une attitude de prière muette.
– Vous êtes… Vous êtes le garçon du métro ? Demanda-t-elle.
Sa question fit à Doll l'effet d'un coup de poing dans le sternum, vidant d'un seul coup ses poumons de tout l'air qui s'y trouvait et le privant pendant une seconde de l'usage de la parole.
- Il... Il vous a parlé de moi ?
Même en le disant à haute voix, même alors que la question de la jeune femme répondait d'elle-même à la sienne, il restait incrédule. Comment pouvait-on accorder assez d'importance à un noyé comme lui pour se donner la peine d'en parler ? Il était persuadé que la veuve alors dire que non, qu'elle s'était trompée et qu'elle allait tourner le dos, s'éloigner et l'oublier dans la seconde, comme tout le monde - tout le monde sauf Axel. Mais au lieu de ça, elle tendit la main vers lui et toucha l'écharpe qu'Axel lui avait donnée et qu'il portait, malgré la douceur du temps, en guise d'hommage
- C'est moi qui l'ai faite, répondit-elle avec un drôle de sourire. Bien entendu, il m'a parlé de vous... il vous appelait son Petit Prince du métro... à cause de vos cheveux. Il disait souvent qu'il aurait voulu pouvoir faire plus pour vous.
Doll ne fut pas certain de ce qui avait été le déclencheur. Etait-ce cette histoire de surnom ? Le fait de savoir que ces derniers mois il avait existé aux yeux non pas d'une mais de deux personnes ? Etait-ce cette dernière phrase, ou simplement le ton incroyablement calme sur lequel parlait cette jeune femme dont le regard, pourtant, trahissait à quel point elle était dévastée ? Il l'ignorait, mais toujours est-il qu'il se mit soudain à pleurer. Les yeux écarquillés, il se plaqua une main sur la bouche, stupéfait par sa propre réaction. Ça faisait tellement longtemps qu'il n'avait plus pleuré... Depuis les premières semaines qui avait suivi son grand plongeon, depuis qu'il avait fini de se morfondre sur son humiliation et sur sa condition. Il versa les larmes qu'il avait refoulées le jour où Axel lui avait offert cette écharpe et bien d'autres encore, étouffant ses sanglots avec sa main, celle de la veuve toujours posée sur son épaule. Il finit par se forcer à se calmer, songeant que c'était lui qui aurait dû essayer de la réconforter. Quand il parvint à se calmer, il prit une grande inspiration et sécha ses larmes d'un revers de main.
- Il était..., commença-t-il, cherchant ses mots. C'était la meilleure personne que j'ai jamais rencontrée. Personne ne prête jamais attention aux gens comme moi, et je... Jamais j'aurais pu le remercier assez pour ce qu'il a fait. Votre mari était quelqu'un d'extraordinaire et je... Je suis désolé, je vous présente toutes mes condoléances.
La main ne quittait toujours pas son épaule. La jeune femme lui adressa à nouveau ce drôle de sourire.
- Je suis sûre qu'il le savait. Vous avez raison, c'était quelqu'un de bien.
À son tour, il s'efforça de lui adresser un sourire, mais il n'était pas sûr que le résultat fût très engageant.
- Je ne connaissais même pas son nom, dit-il encore. Je ne l'ai su que quand vous l'avez dit, au téléphone.
- Il a plusieurs fois failli vous demander le vôtre, lui répondit-elle.
Quelque chose dans son intonation faisait sonner sa phrase comme une question, mais Roxas hésita un moment avant de répondre. Son prénom... ça faisait une éternité qu'il ne s'en servait plus. C'était une relique, il appartenait au passé, à une époque irrémédiablement révolue.
- Je m'appelle Roxas, finit-il par répondre.
Roxas... C'était comme ça qu'on l'appelait avant, dans cette autre vie passée, quand il était encore une personne vivante et concrète - quand il existait encore.
- Hé bien, Roxas...
La main sur son épaule bougea alors. Elle descendit le long de son bras et lui prit le poignet.
- Moi, je m'appelle Tifa, dit-elle en lui mettant quelque chose dans la main. Et je voudrais que vous fassiez ça... pour moi. Et pour lui.
Il baissa les yeux et crut que son estomac allait lui remonter dans la gorge et aller s'écraser sur le pavé. C'était un sac en plastique épais, qui avait été transparent mais qui était maintenant opaque, l'intérieur tapissé d'une matière qui ressemblait à de la poussière. Dans un coin, il restait une poignée de cette poussière grise et Roxas referma ses doigts dessus. Il voulut refuser, dire qu'il ne pouvait pas, mais son corps bougea tout seul.
Il leva le sachet et renversa soigneusement son contenu dans la paume de sa main libre, où il s'accumula en un petit monticule autour duquel il reploya ses doigts pour être sûr de ne pas en laisser tomber. Puis, il tendit sa main par dessus le garde-fou et resta un moment immobile, cherchant quelque chose à dire. Il se contenta finalement d'un seul mot, qu'il murmura en dépliant ses doigts.
- Merci.
Le léger vent printanier qui soufflait ce jour-là se leva. Roxas resta là, immobile, à regarder les cendres qu'il emportait. Il ne bougea pas, même lorsqu'elles eurent toutes été dispersées, lorsque sa main fut vide et resta tendue vers le vide, comme toucher quelque chose d'invisible. Quelque chose qui était, désormais, hors de sa portée, qui le serait à jamais, parce qu'il n'y avait pas retour possible. Peu importaient les regrets. Lorsqu'il finit par se retourner enfin vers Tifa, ils échangèrent un regard qui leur suffit à comprendre qu'ils pensaient exactement à la même chose. Ce fut elle, cependant, qui l'exprima à voix haute.
- On ne sait pas ce qui nous manque tant qu'on ne l'a pas perdu.
AKUROKU
