Auteur : Ariani Lee
Bêtalecture : Shangreela
Disclaimer : Voir chapitre 1 mais en bref, rien à moi sauf l'histoire.
Pairing : AkuRoku
Note : Joyeux Akuroku Day !
Le prince et l'oiseau
Prologue, seconde partie
I'm sitting down here,
But hey you can't see me
Kinda invisible
You don't sense my stay
Not truly hiding, not like a shadow
Just thought I would join you for one day
I'm sitting down here,
But hey you can't see me
(" Sitting down here ", Lene Marlin)
Il s'avéra qu'Aqua avait eu raison en disant que le prince ne risquait pas d'ouvrir beaucoup les yeux les jours suivants. Axel ne le revit pas – il n'avait définitivement rien à faire dans cette chambre et ne risquait pas d'y remettre les pieds de sitôt – mais son amie le tint au courant, consciente de l'attachement que le jeune capitaine semblait éprouver pour l'enfant.
- C'est l'instinct, l'avait-elle taquiné en riant. L'instinct de protection d'un adulte à l'égard d'un petit de la même espèce.
Il avait haussé les épaules, elle avait raison.
Les tout premiers jours, Roxas ne s'était réveillé que sporadiquement, pour manger. Par la suite, il avait peu pleuré, encore moins parlé, et semblait avoir développé pour Aqua, qui lui était à présent officiellement attachée, un amour inconditionnel. La jeune femme n'en souriait qu'à moitié, consciente qu'il cherchait l'affection où il pouvait la trouver et qu'elle était là, toute disposée à l'aimer et à le dorloter. Il n'empêchait qu'elle était heureuse, car c'était une jeune femme très indépendante qui n'avait aucune envie de se marier, et qui donc n'avait guère de chances d'avoir des enfants. Celui-ci était presqu'un cadeau pour elle.
Cela faisait une semaine que le prince était arrivé quand Aqua lui dit que l'évêque avait enfin demandé à le voir. L'entrevue s'était aussi bien passée que faire se pouvait. L'évêque était un homme sévère et dur, mais il semblait éprouver de la sympathie et de la compassion pour l'orphelin – ce qui était tout de même normal pour un homme d'église. Le petit garçon avait été très intimidé par Sa Sainteté, ce qu'Axel lui-même pouvait comprendre. Il était intimidant, avec son regard de cuivre froid, sa voix grave et ses larges épaules. Si c'était lui qui avait été confronté à cet homme à l'âge qu'avait Roxas, Axel pensait qu'il aurait été paralysé de peur, mais le prince avait été très bien, d'après Aqua. Il avait répondu aux questions que lui posait l'évêque d'une voix ferme bien que faible, en se tenant bien droit, comme un petit soldat.
Quinze jours plus tard, il s'était lassé de ses lectures – les livres sont un merveilleux passe-temps mais pour un petit garçon de dix ans habitué à la vie de cour, c'est bien pauvre comme loisir. Il avait commencé à suivre ses leçons mais cela lui laissait assez de temps libre pour s'ennuyer ferme. Finalement, Aqua l'emmena à l'extérieur de la Citadelle, dans la grande cour entre la forteresse et les baraquements où Axel entraînait ses hommes.
Comme il en était coutume à cette heure de l'après-midi, en fin de journée, ils avaient terminé les exercices de tir et déserté les lices de tir à l'arc au profit d'une large zone de terre nue et battue délimitée par un cercle de grosses pierres. C'était au centre de ce disque qui devait bien faire ses quatre mètres de diamètre que se passait l'entraînement au corps à corps – épée, lutte, dagues, à chacun son arme de prédilection. Cela avait été une des seules décisions qu'Axel avait prises en tant que capitaine. Il avait décrété que l'utilisation de l'épée n'était pas obligatoire, chacun avait le droit de choisir son style de combat. Il avait établi ceci comme une règle : la diversité était un atout, et cela permettait également d'exploiter la force de chacun au maximum. Ainsi, lui-même excellait dans l'utilisation de chakrams, des armes rares ramenées d'Orient par les Croisés. Même s'il maniait très bien l'épée, il n'avait pas son égal quand il se battait avec ces deux roues de métal peintes en rouge et hérissées de pointes acérées. Saïx utilisait une énorme épée à deux mains que d'autres hommes auraient été bien en mal de simplement soulever et qui portait le poétique nom de Claymore. Lexaeus se battait avec une hachépée que même Saïx n'aurait pu manier et qui faisait des ravages. Luxord utilisait des armes de jet qu'il avait fabriquées lui-même, qui au lieu d'être des couteaux ou de simples pointes étaient en fait des cartes en métal effilé. Marluxia, un homme dont l'apparente douceur – due tant à son nom qu'à sa beauté et à la nuance de roux presque rose de ses cheveux – n'avait d'égale que sa dangerosité et sa rouerie sur le champ de bataille (voir en dehors) et se battait avec une grande faux. Tout cela, entre quelques autres, formait un curieux mélange, mais Axel était convaincu qu'une troupe ennemie armée de manière conventionnelle avait toutes les chances d'être déroutée rien que par cet armement hétéroclite. L'effet de surprise était toujours un gros avantage et cette stratégie avait déjà fait ses preuves.
Pour l'heure, il surveillait de près un affrontement serré entre Saïx et Marluxia. Son attention fut détournée lorsqu'il entendit qu'on l'appelait et il tourna la tête à contrecœur, mais son visage s'éclaira quand il reconnut Aqua et, à son côté, une petite silhouette noire surmontée d'une houppe de cheveux blonds.
D'un ordre bref, il arrêta l'affrontement en cours.
- Luxord, Xaldin, c'est à vous, déclara-t-il.
Les deux hommes s'engagèrent dans le cercle vide. Xaldin était un homme doté d'une forte carrure, de longs cheveux noirs tressés et d'une barbe qui lui mangeait un bon tiers du visage, il se battait avec plusieurs lances mais à l'entraînement il n'en utilisait que deux.
Sitôt que Saïx eut regagné sa place au côté d'Axel, ce dernier lui serra la main en le félicitant pour son travail – Saïx était toujours parfait dans tout ce qu'il faisait, au point qu'Axel se demandait parfois pourquoi ce n'était pas lui qui était capitaine. Mais il pensait que Saïx n'avait pas le contact suffisamment facile, c'était un type renfermé et aussi peu expressif que les pavés qu'ils foulaient.
- Cirna, vous êtes en charge, dit-il. Je reviens dans un instant.
L'homme hocha la tête et dirigea ses prunelles jaunes sur les deux combattants. Axel savait qu'il serait aussi critique que lui-même, aussi se sentit-il tout à fait libre d'aller s'occuper de sa petite visite.
- Tu es sûre que ça va, de l'amener ici ? Demanda-t-il à Aqua à voix basse.
Elle lui sourit.
- Bien sûr, pensez-vous. C'est un petit prince ! Voilà des jours qu'il vous regarde par la fenêtre !
Axel réprima un sourire en repensant à sa propre enfance. Il savait la fascination que les arts de la guerre exerçaient sur les petits garçons… Il mit un genou en terre devant le prince qui le regarda bien en face avec ses yeux d'un bleu limpide. Le point serré sur la poitrine, il sourit à l'enfant.
- Je vous remercie de vous être déplacé jusqu'ici, Votre Altesse. Je suis Axel Volange, le capitaine de la Garde, à votre service.
Le prince pencha la tête à droite sans que leurs regards ne se quittent et Axel pensa qu'il avait des yeux d'adulte.
- Je sais qui vous êtes, répondit finalement le garçon d'une voix un peu guindée. Pourriez-vous m'entraîner, moi aussi, capitaine ?
Axel ne parvint plus à retenir son sourire. Il était vraiment trop mignon, et il n'était pas trop jeune pour commencer à prendre des leçons. Relâchant son poing, il laissa son poignet sur son genou replié.
- Ce serait un honneur, Altesse, et un plaisir.
En quoi il disait la vérité car il n'avait que très peu de chances de pouvoir approcher le prince en dehors de celle-ci, et il n'avait pas oublié cette promesse faite à lui-même de garder un œil sur lui – les deux même, si faire se pouvait. Mais cette décision ne lui appartenait pas, et il regrettait d'avoir à effacer le petit sourire qu'il voyait se dessiner sur ce visage trop revêche.
- Cependant, ce n'est pas à moi de décider s'il convient ou pas de vous enseigner à vous battre, Altesse. S'il vous plairait d'ajouter ceci à vos études, il vous faudra le demander à votre tuteur l'évêque.
- Oh.
Le prince baissa les yeux, déçu, et Axel se mordit les lèvres (cela valait mieux que de crier le « RAAAAAAAAAAAAHHH ! » de frustration qui lui encombrait la gorge, et qui n'eût pas été très seyant devant un prince). Il aurait donné n'importe quoi pour ne pas voir ces paupières mi-closes sur ces yeux baissés. Ça le rendait malade.
- Demandez-lui la permission, d'accord ? Dit-il d'une voix qui se voulait enjouée – mais c'était difficile de parler à ce petit bonhomme-là comme à un enfant normal. Son regard était trop vieux pour son âge, et il se donnait l'impression de le traiter comme un simple d'esprit. D'ailleurs l'enfant semblait être du même avis et le regardait comme s'il était lui-même légèrement demeuré. Le capitaine se racla la gorge, embarrassé, et Aqua eut un petit rire auquel il riposta par un regard noir. Finalement, il renonça à essayer de parler « enfant » - de toute façon il n'en avait pas assez vus dans sa jeune vie pour savoir s'y prendre correctement – et s'adressa à lui normalement, comme s'il était un garçon de son âge.
- Essayez d'obtenir l'accord de l'évêque, mon prince. S'il est réticent et qu'il m'en est donné l'occasion, j'interviendrai en votre faveur, mais vous devez surtout compter sur vous-même en la matière. Sa Sainteté ne prend pas souvent le temps de s'entretenir avec moi.
En réalité, Axel n'avait encore jamais eu d'entrevue en privé avec l'évêque. Mais il s'agissait tout de même d'un prince qui voulait apprendre à se battre, il ne doutait pas que cela donnerait lieu à une discussion, même brève.
Le garçon hocha la tête, fermement, puis se redressa, le menton levé dans une attitude qui ressemblait un peu à du défi.
- Oui capitaine, dit-il d'une voix assurée.
Adorable. Axel gratifia l'enfant d'un grand sourire auquel il répondit timidement, puis il se releva.
- Il faut que j'y retourne, dit-il à Aqua.
La jeune femme acquiesça.
- Pensez-vous qu'un peu de public indisposerait vos hommes ?
Le capitaine ricana.
- Certes non. Il y en a plus d'un qui sera ravi de cette occasion de vous impressionner, ma dame.
Aqua vérifia que l'attention du prince était focalisée sur le duel qui se déroulait toujours entre Luxord et Xaldin – ce dernier était en mauvaise posture, Le blond l'assaillait de jets de cartes et l'avait repoussé aux limites du cercle, un pas en arrière de plus et il était déclaré perdant – avant de régaler Axel d'une grimace fort peu convenable pour une jeune fille.
Le capitaine rejoignit ses hommes pendant qu'elle et le prince allaient s'installer sur un banc de pierre non loin de là. Il attendit la fin de la joute que Luxord remporta finalement, et s'engagea lui-même dans un duel contre Marluxia. Autant faire étalage de son habileté devant le prince, il avait tout à gagner à le motiver à persévérer dans son désir d'apprendre.
Aqua et le prince restèrent une heure, jusqu'à ce qu'Axel donne quartier libre à ses hommes pour la soirée. Il leur fit un petit signe de la main quand ils se levèrent pour rentrer, et tous deux y répondirent, le prince avec un peu de gêne, Aqua plus vivement. Puis il regagna les baraquements avec sa troupe, et il passa une partie de la soirée à fourbir ses armes ternies.
Une semaine s'écoula, durant laquelle chaque jour, Axel vit Aqua et le prince venir se poster aux abords du terrain d'exercice. Roxas, tout de noir vêtu, dévorait d'un regard passionné tout ce qui se passait. Tous les soirs, le capitaine adressait un signe de la main aux deux spectateurs qui s'en allaient, et au fil des jours, le visage de l'enfant s'éclairait de plus en plus.
Le sixième jour, il se vit accorder un vrai sourire plein de dents de lait – il remarqua au passage qu'il en manquait une devant, ce qui lui donnait un air très… hé bien, enfantin - accompagné d'un regard vibrant d'excitation. Un peu plus tard ce jour-là, au détour d'un couloir, Aqua lui apprit qu'il avait enfin demandé audience à son tuteur.
Le septième jour, Aqua et Roxas ne se montrèrent pas et Axel s'en trouva singulièrement distrait, et même inquiet. L'évêque avait-il décidé que cet intérêt pour les armes ne seyait pas à son pupille ? C'eût été absurde. Roxas n'était pas une princesse, par Dieu, et le métier des armes faisait théoriquement partie de son éducation… Finalement, incapable de se concentrer correctement, il relâcha ses hommes plus tôt que de coutume – tant mieux pour eux – et alla se rafraîchir.
Axel s'était habitué au regard attentif du petit prince, c'était comme s'il avait pris des leçons préliminaires rien qu'en les observant. A présent qu'il avait amplement le temps de considérer l'idée, il aimait beaucoup la perspective de former l'enfant aux arts de la guerre. Il fit un tour dans les couloirs de la Citadelle dans l'espoir de croiser Aqua mais fit chou blanc et n'osa s'attarder. Rien ne lui interdisait de se trouver là, mais il n'avait pas de raison valable d'y être non plus et si quelqu'un lui posait la question et qu'il disait qu'il essayait de trouver une femme de chambre… Il savait comment les gens fonctionnaient, et les rumeurs se propageaient encore plus vite que la peste, pour presqu'autant de dégâts. Si le bruit se répandant qu'ils avaient une liaison – ce qui était, au demeurant, parfaitement absurde mais la vipère ne se soucie que rarement de la crédibilité de ce qu'elle raconte – ce pourrait être désastreux. Pas pour lui, bien sûr, en tant que soldat il avait le droit de trousser toutes les filles – ou les garçons, mais ça c'était officieux – qu'il voulait et de faire la bringue selon son bon vouloir tant qu'il était à son poste et efficace. Mais par contre, en ce qui concernait Aqua, qui venait de surcroît de devenir la femme de chambre d'un prince, ce genre de rumeurs pouvait ruiner sa réputation et lui faire perdre sa place. Aussi se replia-t-il rapidement dans ses quartiers où il s'inquiéta longuement.
Le lendemain, dans la matinée, un messager apporta à Axel une convocation de la part de l'évêque. Ce fut avec des sentiments mitigés d'inquiétude et de hâte qu'il laissa les rênes à son second et rejoignit le cabinet de Sa Sainteté.
L'évêque le reçut derrière son bureau et ne se leva pas pour l'accueillir. C'était la première fois qu'Axel était seul avec lui, et la première fois qu'ils allaient même s'adresser la parole. L'ecclésiaste ne s'occupait guère de la gestion de la Citadelle, il avait pour cela plusieurs intendants et Axel avait été promu par la précédent capitaine lorsqu'il avait pris sa retraite.
Axel s'approcha du bureau et l'évêque tendit sa main par-dessus pour que, comme le voulait l'usage, il embrasse le cabochon massif d'émeraude qui ornait le lourd anneau de sa charge, ce qu'il fit.
- Capitaine Volange, commença l'homme de sa voix grave, et le jeune capitaine remarqua encore à quel point la chaleur de sa voix, de sa couleur de peau et du cuivre de ses yeux étaient en contradiction avec son regard et son expression froids. Vous n'êtes pas sans savoir qu'Aquila accueille pour quelques années un hôte dont le rang exige les plus grands égards.
Remarque purement rhétorique à laquelle le jeune homme répondit par un simple hochement de tête. Bien sûr qu'il le savait, et que l'évêque savait qu'il savait puisqu'il avait été chargé de l'escorter…
- Le prince a émis le désir d'être initié au maniement de l'épée. Ceci est, sinon nécessaire, tout à fait normal et indiqué pour un futur duc. Il a laissé entendre que vous auriez accepté de lui tenir lieu de maître d'armes si je donnais mon aval ?
Axel n'arrivait pas à déterminer s'il s'agissait d'un reproche déguisé ou d'une simple question. La fameuse « machine à culpabilité » était en marche. Après tout, l'évêque pouvait tout à fait estimer qu'il avait outrepassé ses prérogatives en disant cela au prince… Il finit par décider de répondre franchement.
- C'est exact, Votre Sainteté. Ce serait pour moi un honneur et un plaisir. Le prince semble enthousiaste et impatient.
Même si c'était assez discret, chez lui.
La question était apparemment une vraie question car l'évêque hocha la tête et croisa les mains.
- S'il ne vous incommode pas d'ajouter cette charge à vos devoirs de capitaine de la Ga rde, je consens volontiers à ce que le prince prenne auprès de vous ces leçons qui ne sauraient que lui être profitables. La journée, il est à ses études avec le père Ienzo qui est arrivé avec lui et que, je pense, vous avez déjà rencontré.
Axel acquiesça en silence, en essayant de ne pas manifester un plaisir trop évident.
- Se vous pouvez prendre vos arrangements avec lui pour les leçons du prince, je n'ai aucune objection à ce que vous initiiez son Altesse au maniement des armes, capitaine. Vous pouvez disposer.
Axel s'inclina et tourna les talons mais au moment de sortir, il se souvint de quelque chose. Il hésita un instant avant de se retourner.
- Si je puis me permettre, Votre Sainteté ?
L'évêque releva la tête, qu'il avait déjà repenchée sur ses papiers.
- Faites.
- La femme de chambre du prince, Aqua, aimerait être autorisée à intégrer la Garde, un jour. Pas tant que son Altesse aura besoin d'elle, bien sûr, mais je souhaitais porter ceci à votre attention.
Le prêtre resta silencieux pendant un instant puis hocha simplement la tête. Le jeune capitaine compris que leur entretien était à présent terminé et sortit du cabinet.
Ce n'est qu'une fois qu'il eût refermé la porte derrière lui qu'il s'aperçut qu'il avait retenu son souffle. Il soupira lourdement son soulagement avant de s'éloigner.
Il se rendit directement aux appartements du prince, dans lesquels Aqua lui avait dit qu'il prenait ses leçons. Il entendit une voix derrière la porte qu'il reconnut comme étant celle du jeune prêtre qu'il avait déjà rencontré et frappa.
- Entrez ? Dit la voix.
Il ouvrit la porte et découvrit le prince assis à une table de bois sombre encombrée de livres et de papiers épars. Il leva le nez de celui sur lequel il était penché, plume à la main. Axel réprima un sourire en voyant son visage – ou plutôt la tache d'encre qui lui maculait le bout du nez. Le visage de l'enfant s'éclaira aussitôt qu'il le vit mais il ne dit rien.
- Capitaine ? Demanda le prêtre qui était debout à côté du garçon, un livre qui semblait peser plus lourd que lui ouvert dans les bras. Puis-je faire quelque chose pour vous ?
Axel ferma la porte et s'inclina vers le prince, le poing serré sur le cœur, avant de se redresser et de faire face au frère Ienzo.
- Juste un mot avec vous, si vous avez un instant à m'accorder.
Le moine hocha la tête et déposer avec soin son énorme ouvrage sur la table.
- Poursuivez, Altesse, je reviens dans un instant.
Axel regarda le prince baisser les yeux sur les pages de son propre livre et fixer son regard sur une ligne, ou un mot, puis rester immobile. Il songea par devers lui qu'il serait fort étonné qu'il lise quoi que ce soit. Il savait pourquoi Axel était là, et dans l'immédiat, rien n'aurait su l'intéresser davantage que la discussion qu'il venait avoir avec son précepteur.
Riant intérieurement, il entraîna le prêtre le plus loin possible et lui parla presqu'en chuchotant. Il apportait la nouvelle que le garçon désirait, donc il pouvait se permettre de le faire un rien bisquer … Il avait besoin de vivre un peu, ce gosse…
- Sa Sainteté autorise le prince à apprendre les arts du combat et m'a désigné pour être son maître d'armes.
Le moine fronça les sourcils.
- Fort bien, mais… pourquoi tout ce mystère ? Demanda-t-il sur le même ton.
Axel fit un signe de tête en direction du prince dont la posture penchée était raide de frustration et d'impatience.
- Il essaye de nous entendre. Les enfants ne doivent pas écouter les conversations des adultes, vous ne pensez pas ?
Pour la première fois, Axel vit un vrai sourire fleurir sur les lèvres du jeune homme d'église – un sourire qui était un éclat de rire contenu.
- Vous avez tout à fait raison.
- Donc voilà, il faut simplement que nous nous arrangions pour les horaires. Je pense que la fin d'après-midi conviendrait. Vous achevez vos leçons avec lui et moi je termine l'entraînement de mes hommes. Il vous suffira d'accompagner le prince jusqu'au terrain d'exercice ou d'envoyer Aqua.
Le père Ienzo acquiesça.
- L'exercice physique ne pourra que lui faire du bien, approuva-t-il. Peut-être en dormira-t-il mieux…
Axel cligna des yeux, et cette fois sa voix devint vraiment un chuchotement.
- Que se passe-t-il ? S'inquiéta-t-il.
Le prêtre semble hésiter un instant avant de lui répondre, et le jeune capitaine n'en prit pas ombrage. Après tout, cela ne le regardait pas.
- Je ne demande ça que parce que je me soucie du bien-être de son Altesse. Je n'ai aucun désir sinon l'aider du mieux qu'il sera en mon pouvoir.
L'autre jeune homme soupira doucement.
- Il se porte relativement bien la journée, il est très… fort, pour son âge. Il semble vivre son deuil en silence et de façon très stoïque mais la nuit… il dort peu et mal et d'après sa femme de chambre, il pleure beaucoup. Elle reste avec lui chaque soir jusqu'à ce qu'il s'endorme et le veille tard dans la nuit sans quoi il se réveille sans cesse et panique. Elle prend du repos pendant que je donne ses leçons à son Altesse. Voila pourquoi je pense qu'une saine fatigue due à l'entrainement lui ferait le plus grand bien.
Axel ne pouvait qu'approuver.
- Après vos leçons en fin de journée, donc ? Demanda-t-il.
Le père confirma et tous deux retournèrent auprès du prince qui semblait extrêmement concentré – bien trop pour que ce ne fut pas feint, d'autant que le livre qu'il était censé lire avait l'air aussi engageant qu'une épidémie de petite vérole. Axel lui-même savait lire, mais la lecture n'avait jamais été son amie contrairement à d'autres. Il concevait mal de s'absorber dans un ouvrage pour y apprendre quelque chose…
- Votre Altesse ? L'appela-t-il pour attirer son attention – comme si cela avait été nécessaire.
Le prince releva la tête et le regarda en affichant la mine la plus innocente qu'il avait en réserve.
- Oui ? Dit-il d'un ton qui ne trompait personne.
Axel aurait bien fait durer l'attente un peu plus longtemps mais ne voyant pas comment, il se contenta de lâcher le morceau.
- Si cela vous intéresse encore, votre précepteur vous conduira après vos leçons au terrain d'exercice, et nous verrons si nous pouvons trouver un équipement à votre taille. Qu'en dites-vous ?
L'expression qui éclaira le visage de l'enfant était telle que le jeune capitaine crut qu'il allait se jeter dans ses bras, et il crut même le voir esquisser un geste pour se lever mais finalement, il resta assis sur sa chaise et se laisser seulement aller au sourire qu'il lui était impossible de réprimer.
- Oui capitaine ! Répondit-il d'une voix vibrante d'excitation.
Il en était transfiguré, remarqua Axel en s'inclinant puis en prenant congé. Le moine avait bien raison, cette distraction lui ferait le plus grand bien. Et si la fatigue physique pouvait l'aider à dormir, tant mieux.
Tandis qu'il traversait les couloirs en direction de la sortie, le capitaine s'interrogea brièvement sur le chaud sentiment lové autour de son cœur et au creux de son estomac. Il était reconnaissant à Dieu de cette chance qui lui était offerte de tenir sa promesse. Il allait pouvoir veiller sur Roxas comme il l'avait désiré et l'aider car il ne faisait aucun doute que la joie qu'il venait de manifester, si elle était tout sauf feinte, n'était qu'une goutte de miel dans l'océan d'amertume et de chagrin qui devait noyer son cœur.
