Auteur : Ariani Lee

Bêtalecture : Shangreela

Disclaimer : Voir chapitre 1 mais en bref, rien à moi sauf l'histoire.

Pairing : AkuRoku

Note : Pour Plume

Note bis : Le premier qui me parle de Zelda, je lui mets un tel pain virtuel qu'il lui faudra trois ans pour s'en remettre.


Le prince et l'oiseau

Prologue, quatrième partie

C'est l'amour, c'est l'amour encore
Notre faible qui nous rend forts
Notre cœur bat tous les records
C'est l'amour, c'est l'amour qui fait
Qu'on est plus fort qu'il n'y paraît
Qu'on peut changer le monde, qui sait ?

(Alizée "L'amour renfort")


Pour apaiser le prince et l'aider à trouver le sommeil, Axel apprit tout ce qu'il avait besoin de savoir le jour même de son arrivée, il lui avait simplement fallu un brin de réflexion pour s'en souvenir.

D'abord, la façon dont son sommeil troublé et agité s'était immédiatement apaisé quand il lui avait chanté une des seules chansons audibles pour un enfant qu'il connaissait, et l'unique berceuse. Il pouvait revoir son visage détendu, parfaitement lisse, son immobilité presque absolue, à peine troublée pour sa respiration régulière. Ce qui fallait au prince pour trouver un sommeil tranquille, c'était de la musique, tout simplement.

Et si telle entreprise nécessitait de s'approcher de l'enfant quand il était couché – ce qui était, bien évidemment, totalement hors de question – il en avait trouvé le moyen ce même jour, en se penchant à la fenêtre. Le toit de l'armurerie se trouvait juste sous la fenêtre du prince, si proche qu'en s'y tenait debout Axel aurait facilement pu jeter un coup d'œil à l'intérieur. Ce n'était en rien l'objectif de son entreprise, évidemment, le but était d'aider Roxas à s'endormir, pas de lui faire peur…

Par l'intermédiaire d'Aqua, Axel connaissait les détails de l'emploi du temps de leur protégé par cœur. Après l'entraînement, il regagnait sa chambre, faisait ses ablutions, se rendait à la petite chapelle d'Aquila (la véritable église ne servait que lors des messes officielles et des cérémonies liturgiques importantes) pour prier et, une fois par semaine, se confesser. Ensuite, il soupait, la plupart du temps seul dans sa chambre car l'évêque n'avait sollicité sa présence à un repas qu'à deux reprises. Il n'y avait rien d'étonnant là-dedans, Sa Sainteté n'était pas homme à se livrer à de telles frivolités.

Enfin, le prince se couchait, quelqu'une heure et demie après avoir quitté le terrain d'entraînement.

Le premier soir, Axel se fit l'impression d'être une espèce de coupe-jarrets des rues, à se faufiler ainsi dans l'enceinte, mais c'était plutôt amusant. Avançant discrètement en se fondant soigneusement dans les ombres, il contourna la Citadelle jusqu'à ce qu'il parvienne au long baraquement qui y était accolé.

Le capitaine fit craquer ses articulations puis, s'accrochant aux gros moellons avec lesquels on avait construit cette annexe des années auparavant, il se hissa et grimpa sur le toit. Il ne lui fallut qu'une minute, les pierres étaient si saillantes qu'elles offraient toutes les prises nécessaires et le bâtiment était fort bas.

Se glissant subrepticement jusque sous la fenêtre du prince, il tendit l'oreille, guettant le moindre bruit. N'entendant rien, il risqua un œil à l'intérieur. Le climat de l'été mourant était encore très clément, et les volets n'étaient pas clos.

La pièce était plongée dans la pénombre, à l'exception d'une unique chandelle qui brûlait, hors de sa vue, près du lit du prince, mais sa lumière tremblante laissait voir la forme du petit corps qui faisait des bosses sous les couvertures. Satisfait, il recula, s'éloigna de quelques pas de la fenêtre puis, s'asseyant contre le mur, il sortit quelque chose de son manteau.

C'était un petit objet allongé en terre cuite peinte et vernie. Éraflée par endroit, sa couleur verte laissait voir la pigmentation rouge du matériau de base. Le corps de l'instrument était percé d'une multitude de trous de tailles et de formes qui variaient et était muni d'une espèce de bec percé également.

Après avoir rabattu sur son visage la capuche de son manteau, Axel leva l'ocarina, le porta jusqu'à ses lèvres et se mit à jouer, la même chanson qu'il avait chantée au prince endormi le premier jour.

L'instrument avait appartenu à sa mère qui lui avait appris à en jouer des années plus tôt. S'il s'était révélé assez doué pour pouvoir interpréter correctement les morceaux qu'elle lui enseignait, il préférait déjà – et de loin - livrer batailles aux autres gamins de son âge armé d'un bâton mince et résistant qu'il avait trouvé. Il avait conservé l'ocarina en souvenir d'elle après sa mort, soigneusement enveloppé et rangé tout au fond d'un coffre où il avait pratiquement oublié son existence.

La maîtrise lui en était revenue très rapidement, il lui semblait même qu'après quelques heures d'exercice il jouait mieux qu'auparavant, probablement parce que cette fois il voulait le faire.

Les notes s'envolaient et s'égrenaient dans la nuit, mélancoliques et douces, pas assez forte pour être entendues de très loin mais suffisamment pour bercer un enfant qui se trouvait à proximité. Axel en commença une autre. Ce n'était pas une chanson, mais un des morceaux que sa mère lui avait appris, celui qu'elle préférait.

Il joua pendant une demi-heure, en prenant bien soin de ne pas tourner la tête ou regarder vers la fenêtre du prince, bien conscient des chances qu'il y avait pour qu'il se lève et vienne jusqu'à la fenêtre voir qui jouait. Si leurs regards se croisaient, l'enfant poserait des questions, et Axel ne reviendrait pas.

Finalement, il s'arrêta et quitta le toit de l'armurerie sur la pointe des pieds, en partant dans la direction opposée et toujours sans regarder en arrière…

Le lendemain, il ne vit guère de différence quand Roxas se présenta à l'entraînement. L'enfant ne dit rien et se comporta tout à fait normalement, Aqua n'aborda pas le sujet non plus. Le soir même, il retourna se percher sur le toit de l'annexe et joua pendant un long moment avant de regagner sa chambre dans les baraquements. Il continua son manège un bon moment avant de voir de résultats mais une semaine plus tard, le prince semblait plus frais et plus vif. Les poches sous ses yeux s'effacèrent pour de bon. Axel pensa qu'il n'avait probablement pas essayé de regarder par la fenêtre d'où venait la musique et qu'il devait penser qu'il ne s'agissait que de quelqu'un qui jouait simplement quelque part dans l'enceinte ou que s'il l'avait fait, il ne l'avait pas reconnu car rien ne changea dans son attitude vis-à-vis de lui. Axel décida de continuer à y aller chaque jour. En dehors de son service, il n'avait pas grand-chose à faire quoi qu'il en fût.

Les semaines passèrent et avec le temps, le prince semblait aller de mieux en mieux. Axel ne savait toujours pas s'il savait que c'était lui qui jouait de l'ocarina sous ses fenêtres et ne cherchait pas à le savoir. Le petit garçon était définitivement devenu la coqueluche des soldats qui constituaient la Garde, exception faite de Saïx qui manifestait à son égard tout le respect dû à son rang mais sans jamais se départir de son habituelle froideur. Lui et le capitaine étaient originaires du même village et se connaissaient depuis toujours mais si Axel l'avait considéré naguère comme un ami, les années en passant l'avaient trop changé pour qu'il pense toujours à lui en ces termes. C'était un habile combattant et un bon second, mais ils n'avaient plus aucune affinité et avec le temps, Axel avait senti l'affection qu'il avait eue pour lui se muer en un étrange sentiment de malaise. Il avait toujours été calme et réservé de nature, même quand il n'était encore qu'un petit garçon, mais il ne s'expliquait pas comment il avait pu devenir aussi froid et insensible. Comment pouvait-on résister à cette adorable bouille et à ces mimiques enfantines ? Les sourires de Roxas, qu'il dispensait avec parcimonie, lui donnaient toujours envie de le serrer dans ses bras et de lui ébouriffer les cheveux – tentation à laquelle bien sûr, il ne cédait jamais. Il restait à sa place.

Roxas se révéla être un véritable prodige une épée entre les mains, au grand dam du frère Ienzo qui aurait bien aimé le voir manifester une telle passion pour ses études. Il semblait que le prince passait ses journées à attendre la fin de l'après-midi, pour pouvoir enfin rejoindre le terrain d'exercice. Robert dut lui fabriquer une nouvelle épée en bois un mois à peine après le début de son entraînement, et Axel voyait la sienne s'abîmer à une vitesse folle. Il pouvait déjà discerner chez le prince des éléments de ce qui composerait plus tard son propre style de combat. Il n'avait jamais le réflexe de parer, plutôt celui d'esquiver pour retourner au contact aussitôt. Le capitaine avait beaucoup de mal à lui apprendre à se servir d'un bouclier, d'une part parce que l'idée de se retrancher derrière quelque chose l'ennuyait profondément, d'autre part parce qu'il ne pouvait s'empêcher de s'en servir comme d'une arme, et ce peu importe qu'il le lui fasse porter à gauche ou à droite, et avec les mêmes résultats. Il serait probablement ambidextre, capable de manier l'épée des deux mains ou d'utiliser deux armes. Son attitude agressive et très vive, sa tendance à se dérober et les quelques essais qu'il avait déjà faits spontanément pour essayer de se fendre sous sa garde et de passer derrière lui pour le prendre à revers révélaient qu'il s'appuierait plus sur l'agilité que sur la force, ce qui était davantage en accord avec ses dispositions et son gabarit. Il ne serait ni très grand ni spécialement costaud.

Il déplorait de ne pouvoir lui trouver de compagnon d'entraînement mieux assorti à sa taille actuelle. Peut-être lui trouver un compagnon serait-il bienvenue mais il doutait fort que l'idée trouve un écho favorable chez l'évêque. Même s'il semblait se soucier très peu de s'occuper lui-même de son pupille, tout passait par lui.

Le temps passa rapidement, surprenant Axel qui n'avait pourtant jamais eu le temps de s'ennuyer, même avant l'arrivée de Roxas. Saison après saison, le prince grandissait, grappillant un centimètre par-ci par-là, perdant d'autres dents de lait, souriant un peu plus. Ses cheveux poussaient et formaient un désordre blond comme les blés qui finissait par se hérisser en épis qui pointaient dans tous les sens. Il passa un premier anniversaire dans l'indifférence générale, et ce ne fut qu'au bout d'une semaine quand Aqua s'enquit de sa mauvaise humeur et de son air triste, qu'on sut le fin mot de l'histoire. Personne n'avait pensé à demander sa date de naissance. Axel se garda de tout commentaire mais jura par devers lui de ne plus jamais l'oublier.

Quelques jours avant la fameuse date, tout le monde était prêt. Aqua avait confectionné une grande couverture, mince et souple mais très douillette. Elle la montra à Axel à un moment où le prince ne regardait pas, concentré qu'il était sur l'œil de bœuf qu'il tentait d'atteindre. Ce dernier émit un sifflement admiratif devant la laine douce couleur crème qu'elle avait richement brodée d'une scène de bataille entre un dragon rouge et or qui crachait le feu et deux preux chevaliers en armures étincelantes, l'un blond et l'autre roux. Le détail ne pouvait être assez précis pour discerner les traits d'un visage mais le capitaine devina quand même.

- C'est moi, ça, constata-t-il.

Elle hocha la tête.

- Tu sais qu'il parle de toi tout le temps ? Il veut être comme toi plus tard, il me l'a dit.

Axel étouffa un éclat de rire, attendri.

- Il y a peu de chances, mais ça me fait plaisir. Il ne me donne pas l'impression de m'apprécier plus que les autres membres de la Garde.

- Détrompes-toi. Il cherche à se montrer plus dur qu'il ne l'est, tout simplement.

- Il va avoir douze ans, dit le jeune homme en regardant Roxas tirer une flèche qui passa à deux bons centimètres de sa cible et pester entre ses dents en allant rechercher ses traits.

- Il est moins doué au tir à l'arc qu'à l'épée, il me semble, remarqua Aqua.

- Non, il s'en tirera très bien dans quelques semaines. Il est juste trop impatient, prendre le temps de se concentrer, d'ajuster son tir, tout ça l'ennuie presqu'autant que les leçons du frère Ienzo.

- Le pauvre, pouffa Aqua. Mais ça va mieux, tu sais.

- C'est vrai ?

- Le prince s'est découvert une passion pour l'histoire et les légendes. Du coup, il est beaucoup plus motivé à apprendre. Il lit parfaitement maintenant, il écrit très bien aussi. Par contre, l'algèbre et le latin l'inspirent toujours aussi peu.

Axel, pour qui les seuls intitulés de ces sujets étaient déjà incompréhensibles, se contenta de hausser les épaules.

Plus tard ce jour-là, le précepteur du prince lui montra son propre cadeau. Sans surprise, il s'agissait de plusieurs gros volumes, mais ils étaient magnifiquement enluminés et illustrés.

- Il y a une généalogie de la lignée des ducs d'Anjou, tout en hauts faits d'armes, une Histoire de France et deux recueils de contes et de légendes.

- Ça va lui plaire, dit le capitaine, lui-même pour la première fois de sa vie accordant un second regard aux ouvrages.

La lecture ne l'avait jamais intéressé, mais ces livres-là semblaient réellement passionnants.

Robert, dont le prince s'était définitivement entiché et qui le lui rendait bien, lui avait fabriqué sa première véritable épée, bien que la lame en fût émoussée. La garde était ouvragée et sertie aux extrémités de cabochons de verre coloré. Un équipement neuf complet l'attendait également, celui qu'il avait étant devenu trop juste et le gênant aux entournures.

En réalité, le capitaine se retrouvait seul à n'avoir pas encore de cadeau. Ce n'était pourtant pas faute d'y avoir longuement réfléchi, mais il aurait voulu lui offrir quelque chose d'important, quelque chose de représentatif de son affection pour lui et de son engagement vis-à-vis de lui, mais il ne possédait rien qu'il eut pu lui donner, il ne savait ni coudre ni forger des armes ou quoi que ce fut d'autre et rien de ce qu'il aurait pu acheter ne lui avait semblé convenir. Il était de plus en plus inquiet à cette idée au fur et à mesure que les jours passaient.

Une semaine avant le jour de son anniversaire, le prince se rembrunit soudainement. Il prenait ses leçons auprès de son précepteur et de lui-même comme d'habitude, avec les application et désintérêt habituels, mais ne souriait plus du tout, parlait très peu et quand Aqua tenta de savoir ce qu'il en était, elle ne s'attira que des rebuffades sèches puis des excuses, sans parvenir pas à en tirer quoi que ce fut. Axel lui-même s'en inquiéta, interrogea le prince sur le sujet, mais n'en obtint que des « Tout va bien » et des « Ne vous en faites pas. ».

Le capitaine resta à sa place, n'insistant pas mais n'en pensant pas moins. L'humeur de Roxas alla encore en se dégradant, jusqu'à un matin, trois jours plus tard, où il vit Aqua et le frère Ienzo débarquer sur l'aire d'entraînement, l'air angoissé et jetant des regards frénétiques à la ronde.

- Qu'est-ce qui se passe ? S'inquiéta-t-il, abandonnant le commandement à Saïx.

Aqua se tordait les doigts, et le moine semblait sur le point de s'évanouir.

- Le prince a disparu, hoqueta-t-il.


Tatsoiiiiin ! *roulements de tambour dramatiques*

Bon, je préfère quand même vous dire que l'ocarina est bien un clin d'œil, à un film de Dragon Ball Z, "L'attaque du dragon" (sorti bien avant "Ocarina of Time"). Je vous invite d'ailleurs à vous rendre sur ma page facebook, Vous y trouverez une vidéo d'un passage du film, avec le morceau qu'Axel interprète. J'ai eu énormément de mal à trouver cette vidéo en VF et avec la musique complète. Je vous encourage à la regarder, ne serait-ce que pour partager ce bon moment de mon enfance avec vous. Le personnage qui joue de l'Ocarina, Tapion, est un de mes préférés de tout DBZ, il est super classe. Vous trouverez aussi, dans le dossier, une photo de l'ocarina dont je parle dans la fic.