Auteur : Ariani Lee
Bêtalecture : Shangreela
Disclaimer : Voir chapitre 1 mais en bref, rien à moi sauf l'histoire.
Pairing : AkuRoku
Le prince et l'oiseau
Prologue, neuvième partie
Lately I've been stuck imagining
What I wanna do and what I really think
Time to blow out
Be a little inappropriate
'Cause I know that everybody's thinking it
When the light's out
Shame on me
To need release
Uncontrollably
(I wanna go, Britney Spears)
Les jours passèrent sans que le capitaine et le prince se voient seul à seul. Sa Sainteté s'était à nouveau piquée de passer plus de temps avec son pupille Roxas prenait son souper avec lui et passa tout un dimanche en sa compagnie. En conséquence, il filait dès la fin de l'entraînement car Aqua insistait pour qu'il consacre plus de soin à sa toilette. Axel ne faisait que le croiser.
À l'entrainement, le prince était appliqué et pour l'heure, Axel le laissait faire seul. Il se familiarisait encore avec ses nouvelles armes et le capitaine pouvait le voir gagner en dextérité et en vitesse chaque jour. Il choisissait ses partenaires, requérant le concours d'un garde après l'autre, à l'épée et, à la demande expresse de son altesse, avec leurs armes de prédilection. Le seul homme à ne pas participer au petit marathon de Roxas était Saïx. Ce dernier était d'une humeur particulièrement sombre et il valait probablement mieux ne rien lui demander.
Roxas avait l'air fatigué et ca n'avait rien de surprenant. Qui ne l'aurait été à sa place ? L'Évêque n'avait rien d'une agréable fréquentation : il parlait peu, avait l'air sombre la plupart du temps et son regard vous donnait toujours l'impression d'avoir quelque chose à vous reprocher. Axel n'enviait certainement pas Roxas il trouvait plutôt que sa détermination forçait le respect. De moins opiniâtres que Roxas auraient sans doute raté une ou deux séances d'entraînement. Mais pas lui. Au contraire, il persistait et persévérait et sa concentration était peinte sur chaque trait de son visage. Les hommes qui avaient déjà eu leur tour ne tarissaient pas d'éloges à son sujet. Axel en venait à espérer que son tour viendrait sans qu'il ait à en prendre l'initiative et quand il se tournait vers le prince et croisait son regard (Axel commençait à croire que c'était de sentir son regard qui le faisait se retourner, car cela arrivait fréquemment) il lui adressait un sourire d'encouragement.
Ce fut un de ces soirs où Roxas s'était avec réticence enfui après l'exercice qu'Aqua vint voir Axel pour lui faire part d'une nouvelle inattendue. Axel s'était attardé sur le terrain d'exercice, pourtant vide depuis plus d'une heure, pour faire quelques arrangements. Les limites avaient besoin d'être retracées car elles s'effaçaient à force d'être piétinées. La terre devait être ratissée pour que le cercle soit suffisamment propre et qu'il puisse analyser les traces qu'y laissaient les opposants. Cela lui permettait parfois de déterminer et de signaler au perdant quelle erreur l'avait conduit hors des limites ou tout simplement au sol. C'était ce qu'il terminait de faire quand la jeune femme arriva.
Le soleil se couchait et Axel mit sa main en visière pour protéger ses yeux de sa lumière aveuglante. Aqua ne venait pas souvent le voir une fois le soir tombé il était bien trop facile de lancer une rumeur, et ce genre de bruit-là, s'il n'aurait guère nuit à la réputation d'un soldat comme lui, pouvait aisément détruire celle d'une femme.
Cependant, ce soir-là, Aqua semblait n'avoir cure de sa réputation. Elle approchait d'un pas précipité – le plus rapidement qu'elle le pouvait sans se mettre à courir – et, arrivée à hauteur d'Axel qui commençait à s'inquiéter, elle lui sauta au cou. Pris au dépourvu, le capitaine tituba.
- Aqua !
- Tu es un faiseur de miracles, Axel ! Oh, espèce de coquin ! Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
Complètement perdu, Axel la tint à bout de bras et la regarda. Elle avait le regard pétillant de joie, et pour qu'elle se conduise de la sorte, il fallait certainement qu'elle soit heureuse.
- De quoi s'agit-il ? Demanda-t-il. Je n'ai pas la moindre idée –
- J'ai eu l'autorisation ! S'exclama-t-elle, et soudain, elle se mit à retrousser ses jupes.
Axel fit un bond de deux mètres en arrière, mortifié, avant de réaliser qu'elle portait des chausses par dessous.
- Je ne te suis pas, avoua-t-il, indescriptiblement soulagé de voir qu'elle n'était pas en train de lui faire des avances.
C'eut été absurde, bien sûr, et surtout d'une façon aussi... cavalière. Cela ne lui aurait pas ressemblé du tout, et il le savait, mais tout de même ! Que penser d'autre quand une femme folle de joie se jetait sur vous et se mettait à se déshabiller ? Mais à présent c'était elle qui le regardait sans comprendre.
- J'ai reçu l'autorisation de l'Evêque de m'entraîner avec toi, annonça-t-elle. Depuis le temps que je te demande d'intercéder en ma faveur, j'ai pensé que tu avais enfin eu l'opportunité.
Axel secoua la tête.
- Je n'ai pas eu d'entrevue avec Sa Sainteté depuis des semaines, si pas des mois. Mais je suis bien content d'avoir une explication à cette envolée de jupes, félicitations.
La jeune femme, comprenant à quoi il avait pensé en la voyant se retrousser sans savoir pourquoi, s'empourpra et eut un petit rire gêné.
- J'étais si ravie ! Si tu m'avais demandé de t'épouser, j'aurais dit oui et je t'aurais sans doute moi-même traîné jusqu'à l'autel.
- De joie ? Heureusement que j'ai rien demandé ! Tu aurais sans doute regretté en apprenant que ce n'est pas moi qui t'ai obtenu cette faveur. Et puis je suis pas fait pour le mariage.
- Il y a beaucoup d'hommes qui disent ça, et beaucoup moins qui ne finissent pas tout de même par se marier.
Axel haussa les épaules.
- Et si nous parlions plutôt de ta façon de porter le pantalon ? Proposa-t-il en jetant un oeil sous les jupes relevées.
C'était assez bizarre de voir ses jambes comme ça. Les chausses en soulignaient la féminité du galbe, la finesse du mollet et de la cheville. C'était ravissant mais Axel songea que si l'Evêque la voyait dans cette tenue, il n'aurait rien de plus pressé que de revenue sur sa décision. Peut-être n'avait-il pas pensé à ce détail en donnant sa permission mais même si le capitaine ne prêtait pas vraiment d'attention à ces détails, il pensait tout de même que la plupart des gens trouveraient cette tenue indécente.
De plus, la robe boulottée autour de la taille formait une bouée de tissu qui devait être encombrante. Aqua ne pouvait pas s'exercer en jupes et elle pouvait encore moins complètement s'en défaire. Autant qu'elle se ballade toute nue. Mais cette tenue n'était pas adaptée à l'entraînement même si l'enthousiasme et l'esprit d'initiative de la jeune femme lui faisaient honneur.
- Tu n'aimes pas ? Demanda-t-elle, déconfite. Ce ne sera pas très pratique mais je ne vois pas comment faire autrement.
- Je connais quelqu'un qui aura sûrement une idée, répondit le capitaine avec un petit sourire. Allons faire un tour Chez Robert.
Aqua se rajusta vivement et emboîta le pas d'Axel.
- Ça ne t'écorche pas la peau, à l'intérieur des jambes ? Demanda-t-elle à mi-chemin
Comprenant qu'elle parlait du pantalon, Axel lui fit un sourire d'excuse.
- Non. J'en ai porté toute ma vie, j'ai le cuir dur. Tu devrais peut-être chercher quelque chose de plus ample ?
La forge était en vue, et son maître avec elle. Assis devant comme il en avait coutume quand les soirées étaient belles, Robert taillait des flèches avec un gros couteau et releva la tête à leur approche. Son visage buriné s'éclaira en les reconnaissant.
- Bonsoir, Maître, dit Aqua, et Axel se demanda si c'était la lumière crépusculaire qui donnait cette impression ou si ses joues rosissaient vraiment.
Il fallait admettre que le forgeron était franchement bel homme, même s'il était plus du genre amoureux de son art que galant. Mais qui pouvait savoir ? Songea-t-il en souriant par devers lui. Aucun des deux n'était marié et même si l'un comme l'autre ils ne sembaient guère en avoir cure, Aqua venait très justement de le dire, les gens changeaient. Cette dernière resta silencieuse pendant que le capitaine expliquait à l'artisan la raison de leur visite. Robert détailla Aqua d'un regard d'expert qui, même s'il était on ne pouvait plus professionnel, fit pour de bon rougir la jeune femme. Finalement, ils rentrèrent tous dans l'atelier et Robert alla fouiller dans un placard.
- Tout va bien ? Demanda Axel à la jeune femme, échouant lamentablement à masquer l'amusement et la taquinerie dans sa voix.
- Très bien, pourquoi ? Répondit Aqua, un peu trop vivement.
- Oh, rien du tout. Tu as l'air d'avoir chaud.
Aqua se raidit comme une planche et ne desserra plus les dents, mais son teint resta d'un rose soutenu qui avait le mérite de pouvoir s'attribuer à la présence toute proche de la forge encore brûlante de la journée. Concentré sur ce qu'il était en train de faire, Robert ne remarqua rien. Il revint vers eux et déploya une grande pièce de tannerie qu'il déploya devant lui en un seul mouvement fluide. Le capitaine toucha la matière qui s'avéra curieusement douce et souple.
- C'est du cuir pulvérisé, expliqua Robert. Une idée comme ça. C'est très confortable mais c'est plus un matériau d'agrément. Ça n'amortit pas vraiment les coups et c'est moins solide et imperméable que le cuir tanné. J'en ai pas fait grand-chose au final mais ça pourrait être utile... Vous pouvez lever les bras ?
Aqua s'exécuta et Robert la drapa dans la grande peau. Elle frémit en sentant les mains du forgeron contre sa taille pendant que celui-ci arrangeait la jupe improvisée autour de ses jambes.
- Je peux confectionner une jupe de dessus, légère et souple. Si vous portez des chausses en dessous, on peut aussi la fendre sur un côté ou les deux, ça vous donnera une plus grande liberté de mouvement. Je devrais aussi pouvoir en tirer un corselet renforcé, vous vous rendrez même pas compte que vous le portez, assura Robert à Aqua toujours muette.
- Vous êtes un génie, sourit Axel. Je savais que vous auriez la solution.
- Votre confiance m'honore, capitaine. Mais pour ça, il va falloir que je prenne vos mesures.
Ces dernières paroles s'adressaient à Aqua, qui eut l'air mortifiée.
- Allons ! Fit Axel en la voyant hésiter. Si tu veux t'exercer comme un soldat, il faut d'abord t'équiper comme un soldat.
La jeune femme prit un air renfrogné mais acquiesça néanmoins d'un signe de tête. Robert alla déposer le cuir et prendre son ruban de mesures. Un instant plus tard il s'affairait autour d'Aqua, manipulant le ruban de telle sorte que ses mains ne touchaient pour ainsi dire pas du tout le corps de la jeune femme. Elle semblait au supplice, pourtant, et quand il lui fallut ôter ses jupes et rester en pantalon, Axel se retourna. Non pas pour ne pas voir ses jambes, qu'elle lui avait déjà révélées sans embarras, mais pour ne pas ajouter à sa déconfiture en en étant témoin. Elle était sur des charbons ardents et Robert ne se rendait compte de rien. C'était irrésistible.
- Au bout d'un moment, cependant, la jeune femme retrouva sa langue. Sa voix était nerveuse mais Axel aurait été bien en peine de dire si c'était toujours à cause de Robert ou si c'était parce qu'elle était gênée. Cela aurait pu se comprendre vu la nature du sujet qu'elle aborda.
- Axel... Tu ne penses pas qu'il serait temps d'emmener le prince dans une de vos... « expéditions » ?
L'hésitation avant de prononcer le mot et le ton qu'elle utilisa pour le faire suffirent amplement à Axel pour comprendre à quoi elle faisait allusion. Sa stupéfaction aurait sans doute prété à rire si autre chose qu'un mur en avait été témoin. Il resté planté immobile la bouche ouverte et le regard incrédule pendant trois secondes.
- Axel ?
- Déjà, ce ne sont pas mes expéditions, ce sont celles de mes hommes ! Enfin, la plupart du temps. Et tu dis ça d'un naturel ! Pourquoi je ferais une chose pareille ?
Il s'étranglait presque.
- J'ai terminé, dit tranquillement Robert.
Axel attendit le temps qu'Aqua puisse se rajuster avant de se retourner vers elle, estomaqué. Elle paraissait mécontente d'avoir à s'étendre sur le sujet.
- Il va avoir quinze ans, Axel, il me semble juste que le... Le moment est peut-être venu.
- Il ne me donne pas du tout l'impression de s'intéresser à la chose, Aqua. Il a abordé le sujet une seule fois avec moi, c'était il y a des mois et ça l'a laissé perplexe.
- Et moi, répliqua la jeune femme en se redressant vivement, les joues cramoisies, je crois au contraire qu'en ce moment il y pense beaucoup. C'est bien naturel, à son âge, mais je ne peux certainement pas discuter de ça avec lui et c'est quand même pas un moine qui va lui apprendre les... les choses de la vie !
Axel, à sa grande honte, était aussi rouge que son interlocutrice. Seul Robert n'avait pas l'air embarrassé par cette conversation.
- Parce qu'une ribaude, c'est mieux ! Qu'est-ce que te fait seulement dire qu'il a besoin de ça maintenant ?
Il avait beau réfléchir, en dehors du fait qu'en grandissant il affirmait le côté taciturne de sa personnalité et qu'il faisait des progrès fulgurants à l'entraînement, rien ne semblait sortir de l'ordinaire dans le comportement du prince.
- Il est de mauvaise humeur tout le temps, il est infernal pendant ses classes.
- Il passe tout ses loisirs avec l'Evêque, il est juste fatigué et nerveux.
- Il mange peu, il dort mal, et il est tout le temps perdu dans ses pensées !
- Il grandit, Aqua ! C'est normal qu'il traverse des moments difficiles !
- Axel, ce n'est pas –oh, écoute ! C'est moi qui change ses draps, je sais ce que je dis ! Oh, je te déteste de m'avoir forcé à le dire à voix haute !
Elle semblait prête à s'enfuir en courant. Et Axel crut un instant qu'elle allait le faire mais Robert posa une main sur l'épaule de la jeune femme et celle-ci, désespérée de honte, cacha son visage rouge comme une cerise contre le vaste poitrail du forgeron, qui s'y prêta de bonne grâce.
- Je suis désolé, Aqua, dit le capitaine d'une petite voix, lui aussi très mal à l'aise quoique pas pour les mêmes raisons. J'aurais dû t'écouter tout de suite, tu as raison. C'est de son âge... Mais quand même... L'emmener dans un bordel ? Et puis pourquoi moi ?
S'il en reconnaissait le bien-fondé, l'idée ne l'en dérangeait pas moins.
- Tu es comme une grand frère pour lui, répondit la voix étouffée mais intelligible d'Aqua. Tu voudrais que je m'en charge ? Ou Ienzo ?
- Ça pourrait être amusant, ça, souligna Robert mine de rien.
Axel et Aqua laissèrent tous les deux échapper un petit rire chevrotant qui, s'il n'avait rien de très naturel, eut au moins le mérite d'alléger un peu l'atmosphère.
- Il est trop jeune pour ça, Aqua, et c'est un prince, pas un petit nobliau de province. L'emmener dans un endroit pareil sans même qu'il l'ait demandé, c'est... C'est complètement insensé ! Qui sait ce qui pourrait arriver, si ça revenait aux oreilles de son tuteur ou de sa famille ?
Axel ne dit pas « m'arriver » mais il le pensa. Il n'avait aucune envie de risquer sa tête pour faire dépuceler le prince. Ce n'était pas ainsi qu'il concevait de le protéger.
- Prince ou pas, il devient un homme, contra Robert qui avait choisi son camp, et Axel haussa les épaules.
- Je sais déjà ça. Je pense quand même que ce n'est pas un endroit convenable pour un fils de princesse. Je te cite, Aqua.
- Tu ne comprends pas. Ça ne m'enchante pas ! Mais sans ça, il se pourrait tout à fait que dans un an ou dans un mois, il se mette à culbuter des domestiques. C'est bien parce qu'il est prince qu'on ne peut pas permettre qu'il fasse un enfant à une petite trop naïve pour savoir comment on... comment on fait pour éviter que ça arrive !
Axel ferma les yeux. L'idée de Roxas se mettant soudain à procréer de royaux petits batards lui donnait le vertige. S'il avait été issu d'une famille moins haut-placée, il n'y aurait rien eu de choquant à ce qu'il ait eu de « petites maîtresses ». La plupart des jeunes nobles de son âge en avait, des filles bien disposées qui connaissaient les moyens de contraception. Mais que pouvait-on attendre sur ce plan de la petite volière de colombes provinciales qui peuplait la Citadelle ? Ce n'était certainement pas dans un monastère qu'on apprenait des choses pareilles ! Même s'il jugeait toujours la suggestion d'Aqua aberrante et prématurée, il devait admettre qu'on n'aurait pas ce genre de soucis avec les filles du Libertine, qui avaient le mérite de savoir ce qu'elles faisaient. Et une hygiène correcte, ce qui n'était pas négligeable.
Comme le capitaine ne répondait pas, Aqua, toujours bien cachée contre Robert (Axel commençait à se demander si elle continuait de cacher son visage rouge de honte ou si elle profitait un peu de la situation) tenta de pousser un peu plus loin son avantage.
- Il ne faut pas oublier que c'est un des meilleurs partis du pays et qu'il sera bientôt en âge de se marier. Si tel était le bon plaisir du roi, il pourrait se retrouver promis demain à une petite comtesse ou va savoir ! Ce sont des questions de politique qui nous dépassent, mais c'est pas une raison pour faire comme si de rien n'était.
Axel, tout disposé qu'il était à faire preuve de bonne foi, s'étrangla sur ce nouveau viatique.
- Quoi ? Non ! Tu t'emballes, là, Aqua ! Bredouilla-t-il avec presqu'autant d'indignation qu'avait suscité l'idée du bordel. Il n'a pas été question de mariage jusqu'ici et c'est bien normal ! Il faudra d'abord qu'il réintègre la cour un bon moment, il n'y a plus mis les pieds depuis... Ça fait plus de quatre ans maintenant, le roi ne peut pas le tirer de sa campagne et le marier comme ça du jour au lendemain.
Il fut presque soulagé d'entendre ses propres arguments et de les trouver sensés – quelle idée ! Le mariage, maintenant, et puis quoi encore ?
- Il n'a pas tort, dit tranquillement Robert, achevant de rassurer Axel sur le bien-fondé de ses protestations.
- Je n'ai pas dit marié, j'ai dit promis. Même si je m'avance, ça finira par arriver !
Axel se tut, soufflé une fois de plus, et leva au ciel des yeux exaspérés. Il fallait porter au crédit d'Aqua qu'elle avait mûrement réfléchi à la question avant de l'aborder. C'était sans doute parce qu'elle avait retourné le problème dans tous les sens sans trouver de moyen de le régler seule qu'elle s'était finalement résignée à l'impliquer. Il n'empêchait que sa façon d'avoir réponse à tout était proprement horripilante. Oh, comme il regrettait soudain que Roxas ne soit pas une princesse ! Aqua lui aurait demandé de protéger sa vertu, peut-être même de monter la garde devant sa chambre pour éconduire d'éventuels audacieux... Oui, ça, ça aurait été dans ses cordes. Il se serait volontiers érigé en défenseur de la Royale Vertu, au lieu de quoi il se retrouvait chargé de procurer au prince un moyen de s'en défaire.
Cette idée le répugnait au plus haut point, mais à ce sujet aussi le bon sens plaidait en faveur d'Aqua. Qui d'autre aurait bien pu s'en charger ? Dans l'entourage direct du prince, il n'y avait que des prêtres et des soldats. Axel savait très bien comment sa joyeuse bande de soudards aurait géré cette situation. Ils ne se seraient pas contentés de l'escorter au Libertine et, éventuellement, de l'aider à choisir une fille. Ils l'auraient emmené faire la tournée complète des bordels de la région. Celle-ci en comptait cinq, tous à deux heures de route de la Citadelle - la présence du monastère ne rendait pas le voisinage propice aux lieux de perditions - et certains d'entre eux n'étaient pas des endroits sûrs. Surtout pas pour Roxas qui, comme tout jeune noble qui se respecte, portait dans son dos une énorme pancarte stipulant rançon. Et sa pancarte était en or massif.
La perspective d'une telle expédition le hérissait d'horreur.
- Très bien ! Capitula-t-il. Je continue de penser que tu mets la charrue avant les bœufs mais je suis bien obligé de reconnaître que tu as raison. Je vais y réfléchir.
- Merci, Axel.
- Dis, tu compter rester comme ça encore longtemps ? Demanda peu charitablement le capitaine.
Mais il n'était pas vraiment d'humeur charitable. Aqua se raidit mais ne bougea pas.
- Occupe-toi de ce qui te regarde ! Aboya-t-elle.
Axel jeta un œil à Robert qui regardait la tête bleue collée sous son menton avec un drôle de sourire attendri. Levant les yeux au ciel, il tourna les talons.
- Débrouillez-vous, marmonna-t-il, et il s'en alla.
Il prit sans se retourner ni dévier le chemin des baraquements. Cette discussion lui avait filé un mal de crâne aussi subit que douloureux, et il n'avait qu'une envie : se coucher. Il n'arrivait pas à repousser l'idée pressante qu'Aqua paniquait peut-être simplement à l'idée que Roxas était en train de grandir, que c'était simplement sa fibre maternelle qui vibrait et décuplait tout.
Il gagna sa chambre et son lit, n'arrêtant de se masser les temps que le temps se déshabiller et de se coucher. La douleur persista pourtant longtemps, et il passa une mauvaise nuit à essayer de penser à autre chose et à échouer lamentablement.
