Auteur : Ariani Lee
Disclaimer : Voir chapitre 1 mais en bref, rien à moi sauf l'histoire.
Pairing : AkuRoku
Note : Je cherche quelqu'un qui relirait avant publication les chapitres de mes fics en cours. Ma beta est en panne de temps et de PC et j'ai juste besoin d'un œil qui n'a pas déjà relu trois fois le texte. Celui-ci traînait depuis des mois (c'est pas tant que j'avance pas dans l'histoire mais que j'attends toujours le retour de correction, d'où ma demande aussi car je répugne à publier en ayant juste relu moi-même), je l'avais checké dix fois et pourtant je viens d'y trouver au moins dix typos…
Note 2 : ça va chauffer !
Le prince et l'oiseau
Prologue, partie 11
Day after day
All the prince ever does is
Practice, practice, practice
If we refused then he would have sacked us
So we face a life of target
Practice, practice, practice
Swan Princess soundtrack
Les mois passèrent jusqu'à ce qu'arrive l'automne, et avec eux allait grandissante la conviction d'Axel qu'Aqua n'avait pas tort. Chaque jour que Dieu faisait semblait s'employer à lui donner un peu plus raison.
Roxas, désormais plus proche de l'homme qu'il devenait que de l'enfant qu'il laissait derrière lui, se faisait de plus en plus irascible et ombrageux. Bien sûr, le prince n'avait jamais été une nature exubérante mais son attitude était tout de même interpelante. Même quand ils étaient seuls dans la friche abandonnée, il était taiseux et maussade. Eût-il eu des cheveux que Ienzo se les serait arrachés par poignées face à tant de mauvaise volonté de la part de son élève qui ne voulait apparemment qu'une chose : qu'on le laisse en paix. Et à l'exercice, même si son désir de s'améliorer n'avait toujours d'égale que son intense concentration, Roxas ne montrait plus de réel enthousiasme. Là où il avait naguère rougi d'orgueil au moindre compliment, il accueillait désormais ceux-ci d'un hochement de tête et retournait à ce qu'il était en train de faire avec une sombre détermination.
De là à affirmer que son comportement était dû à une frustration physique, il n'y avait qu'un pas. Celui-ci était d'ailleurs si facile à franchir que le capitaine était heureux qu'Aqua, que la conversation dans la forge avait mise dans un supplice d'embarras, semblait déterminée à ne jamais plus aborder le sujet. Seul Robert remettait quelque fois la question sur le tapis quand Axel se joignait à lui pour boire une pinte. Quand le forgeron lui demandait où en était l'affaire, il lui faisait invariablement la même réponse.
- L'occasion ne s'est pas présentée.
Et de mettre en avant le fait qu'il ne pouvait pas lui parler de ça à l'entraînement, que les rumeurs se mettraient à fuser avant qu'il ait pu organiser quoi que ce soit et que le reste de la garde s'en mêlerait. S'ensuivrait une débandade qui, si l'histoire parvenait aux oreilles de l'Évêque coûterait cher à toutes les personnes impliquées. Robert admettait alors volontiers que le capitaine avait raison et passait à un autre sujet, pour le plus grand plaisir d'Axel qui ne tenait pas à se répandre plus encore en mensonges.
Il avait eu une dizaine d'opportunités d'aborder avec Roxas cette question délicate lors de leurs tête-à-têtes derrière la citadelle, secret qu'il gardait d'autant plus jalousement maintenant que cela recouvrait une autre vérité qu'il préférait garder pour lui.
Axel ne voulait pas avoir cette conversation avec le prince. La simple idée de le faire sortir en douce de la citadelle pour le jeter ensuite dans le lit (et les bras, et tout le reste !) d'une catin, aussi propre et éduquée fût-elle, lui inspirait un dégoût épidermique. Il s'était pourtant forcé à l'envisager, seulement pour réaliser qu'il était capable d'atteindre des sommets vertigineux de révolte. Il y repensait malgré lui à chaque fois qu'il était seul avec Roxas et à chaque fois, les mêmes bonnes raisons de ne pas le faire lui revenaient. Jamais il n'avait vu le prince regarder une fille avec intérêt, jamais il ne prenait part aux discussions graveleuses que les gardes ne se gênaient plus d'avoir devant depuis qu'il avait atteint l'âge de quatorze ans et jamais il n'en parlait lui-même.
C'était ce dernier point, surtout, qui donnait du grain à moudre au refus d'Axel. Car il était certain qui si le prince avait voulu parler de ça avec quelqu'un, le capitaine aurait naturellement dû être son premier choix. Et s'il avait tenté de le faire avec quelqu'un d'autre – Robert, ou l'un des gardes ou, en cherchant très loin, Ienzo – Axel l'aurait su. C'était donc que Roxas n'avait pas d'intérêt pour la gaudriole, ou en tout cas pas au point d'en être obsédé. C'était de la logique pure et simple !
Le capitaine réalisait pourtant que même s'il le justifiait sans peine et même si ses raisons étaient valides, son refus obstiné d'envisager Roxas sous ce jour nouveau était en partie lié à ses propres sentiments pour son protégé. Après toutes ces années passées à veiller sur lui et à le regarder grandir, sans doute avait du mal à admettre que Roxas devenait adulte et que jamais plus il n'aurait besoin de lui de la même façon. C'était d'après le capitaine ce qui arrivait aussi à Aqua. C'était certainement pour ça qu'il détestait avec tant de force l'idée de l'emmener dans un bordel et quand le soir, dans son lit, il y repensait encore, il s'endormait systématiquement sur la même conclusion : il s'était voué au prince, il avait fait le serment de consacrer sa vie à le protéger et à le servir au mieux de ses intérêts. Et lesdits intérêts, quels qu'ils fussent et seraient jamais, ne se trouvaient certainement pas entre les jambes d'une ribaude.
Le capitaine, qui n'y était jamais allé aussi assidûment que ses hommes, avait carrément arrêté de fréquenter les bordels depuis près d'un an. Les autres ne manquaient jamais une occasion de lui lancer une pique sur le sujet, ou de se faire les messagers de l'une ou l'autre des employées à qui il « manquait cruellement » (entre autres formulations plus putassières), mais il était tout à fait content de son choix. Il était assez fatigué au quotidien, et quand il avait du temps libre et pas juste envie d'aller se coucher, il préférait de très loin le passer à boire une pinte avec Robert ou à jouer un peu plus longtemps sous la fenêtre du prince. Depuis des années que durait ce petit manège, il s'étonnait maintenant que Roxas n'ait jamais passé la tête dehors pour voir qui était là.
Non, Axel n'était toujours pas disposé à emmener son seigneur dans un lieu de débauche pour l'y faire dépuceler et il était fermement décidé à s'y tenir aussi longtemps qu'il ne verrait pas de ses propres yeux une preuve que la situation l'exigeait.
Ce fut par une maussade après-midi d'automne que les choses prirent un tour inattendu. Le temps, ce jour-là, était gris et bruineux et faisait concurrence à la mauvaise humeur générale qui régnait. Deux hommes cependant étaient encore plus moroses que le ciel et il aurait été difficile de déterminer qui de Saïx ou Roxas affichait la mine la plus sombre. Axel ne s'en formalisait guère. Saïx aurait eu plus de chances d'inquiéter le capitaine en se mettant à sourire, quant au prince... Même s'il l'avait voulu, Axel ne pouvait pas passer tout son temps à essayer de deviner ce qu'il avait dans la tête.
Depuis cette discussion au cours de laquelle il avait invité le prince à l'appeler par son prénom, Axel avait encouragé ses hommes à moins le ménager. L'adolescent avait sans nul doute dû le remarquer mais il n'en avait rien dit. Il s'était contenté de relever ce nouveau défi avec l'âpreté qui lui était coutumière. Les semaines suivantes l'avaient vu progresser à une vitesse affolante et certains gardes se battaient désormais à fond contre lui sans l'emporter.
Roxas battait systématiquement Lexaeus que sa masse musculaire rendait lent et faisait mordre la poussière à Marluxia du moment que celui-ci se servait de son épée et non de sa faux. Axel restait son partenaire le mieux assorti puisqu'il mettait Roxas face aux mêmes qualités qui faisaient sa propre force. Ils étaient tous les deux souples, rapides et ambidextres. Axel avait lui aussi arrêté de retenir ses coups quand il se battait contre le prince et ce dernier le battait parfois et le forçait souvent à déclarer la rencontre nulle. Roxas était une véritable anguille. Aqua avait tout à fait cessé de venir assister aux entraînements. La violence maintenant bien réelle des affrontements auxquels Roxas prenait part la faisait gémir de peur. Aqua avait plus de tripes que nombre d'hommes qu'Axel avait rencontrés au cours de sa vie mais quand il était question de son petit protégé, elle était pire qu'une mère-poule.
En cette triste journée d'automne où chacun regrettait d'avoir quitté son lit, Axel désigna des paires pour l'exercice. Le prince battit Lexaeus en moins de trois minutes puis Xaldin qui, même si ses lances lui conféraient une allonge comparable à celle de Marluxia, était moins agile que ce dernier. Roxas était le seul à conclure aussi vite ses affrontements parce qu'il était le seul à être invariablement déterminé à gagner, et il lui arrivait assez souvent de faire le tour de tous les partenaires disponibles en une séance d'entraînement.
Tous sauf un, en fait. Axel remarqua Saïx qui se tenait à coté de l'arène avec Luxord, leur propre rencontre achevée. Axel considéra l'option. Roxas ne se battait jamais contre le second qui semblait toujours trouver le moyen de ne pas être présent ou disponible. Le capitaine l'avait toujours laissé faire comme bon lui semblait car essayer de pousser Saïx à changer d'attitude promettait d'être une tache laborieuse et probablement peu fructueuse. Mais il ferait une exception pour cette fois. L'opportunité était trop belle pour la laisser passer.
Axel les appela dans le cercle, attirant instantanément l'attention des autres gardes qui, mine de rien, cessèrent de s'exercer pour regarder. Axel les laissa faire. Que Roxas et Saïx soient seuls dans le cercle l'arrangeait à plus d'un titre. Ça ne pouvait pas faire de mal à Roxas d'avoir un public. C'était une des nombreuses choses que la vie de cour lui aurait appris et qui lui feraient défaut quand il réintégrerait le monde. N'avoir que deux bretteurs dans le cercle leur permettait de se concentrer totalement l'un sur l'autre et, accessoirement, éliminait toute distraction pour qui les observait. Un combat entre ces deux-ci pourrait bien apprendre quelque chose aux autres.
Le prince et le second entrèrent dans le cercle sans un mot, l'air aussi contrarié l'un que l'autre. Une bonne raison supplémentaire de les appairer : qu'ils se défoulent donc l'un sur l'autre, ils en avaient apparemment besoin.
Ils se firent face dans l'arène. Le visage de Roxas ne trahissait rien, seuls ses yeux révélaient son éternelle détermination face au nouveau défi qui se présentait. Saïx avait l'air plus terrible que jamais, son regard sombre rivé sur le prince. Il restait immobile, les bras le long du corps tandis que la posture de Roxas ne cachait rien de sa tension et sa concentration.
- Méfiant, apprécia Xigbar à coté d'Axel qui hocha la tête.
- Saïx n'est pas à prendre à la légère. Depuis le temps qu'il vous regarde tous vous battre, on est en droit de s'attendre à ce qu'il le sache. Vous pouvez commencer !
La voix du capitaine résonna, haute et claire dans le silence qui régnait, pourtant il crut un instant qu'ils ne l'avaient pas entendu. Saïx n'avait pas bougé d'un iota mais après un instant, Roxas adopta une posture défensive. Axel approuva silencieusement sa prudence face à un adversaire qu'il ne connaissait pas alors qu'il était habitué à foncer tête baissée.
Quand Saïx chargea, tous les regards convergèrent vers le prince. L'assistance retint son souffle en voyant que celui-ci ne faisait pas mine d'esquiver. Il restait en garde et regardait le second courir sur lui comme s'il ne faisait pas deux fois sa taille et son poids. Il attendit que Saïx soit pratiquement sur lui, l'épée levée, pour bouger. Axel crut qu'il allait tenter de profiter de l'ouverture. Utiliser une feinte pour conclure rapidement un affrontement qui ne se présentait pas à son avantage aurait fait plus qu'honneur au prince. C'était un choix tactique. Trop pour être celui du prince, évidemment. Au lieu de profiter de l'ouverture, Roxas leva ses épées croisées et encaissa le choc.
Il y eut quelques jurons dans l'assemblée, puis un sifflement admiratif. La violence de l'impact avait repoussé Roxas sur près d'un mètre mais n'avait pas cédé pour autant. Axel Pouvait voir d'où il était les bras levés du prince qui tremblaient et ses genoux qui ployaient mais il ne paraissait pas le moins du monde déconcerté. Axel se retint d'applaudir ce qui était déjà une prouesse en soi. Au sein de la garde, Lexaeus était le seul à frapper plus fort que Saïx, et il n'avait plus réussi à porter un coup à Roxas depuis un an. Que le prince, léger comme il l'était, parvienne à arrêter un coup du second était déjà impressionnant.
-Tout ça pour vous prouver qu'il s'en sort très bien sans bouclier, ricana Xigbar.
Le capitaine ouvrit la bouche pour lui répondre quelque chose qu'il oublia aussitôt. Le prince s'était dégagé et déporté d'un pas sur la gauche. Saïx partit en avant et Roxas bondit derrière lui mais déjà le second faisait volte-face. La surprise du prince était peinte sur son visage lorsque son attaque se heurta à une parade suivie d'une réplique si violente qu'une de ses épées lui fut arrachée.
Roxas plongea après son arme, la ramassa et bondit hors de portée de son adversaire. Le plat de la Claymore du second trancha l'air où s'était trouvée la royale épaule un instant plus tôt. La royale altesse, de son coté, avait déjà le souffle court. Ses yeux étrécis étaient verrouillés sur Saïx comme si rien d'autre n'existait. Axel sourit. Roxas voulait être mis au défi et qu'on l'affronte sans manières, comme sur un champ de bataille. C'était exactement ce que lui donnait le second qui, pour ne s'être jamais battu contre le prince, l'avait suffisamment vu à l'œuvre pour connaître ses combines.
Conscient de son infériorité sur le plan de la force physique, Roxas ne se risqua pas à attendre une seconde attaque. Plutôt que de miser sur sa capacité à esquiver et sur sa vitesse, largement supérieure, il prit l'offensive sous le regard critique d'Axel.
Toujours convaincu que la meilleure défense, c'est l'attaque, marmonna ce dernier.
C'était là le plus vieux travers de Roxas et celui qui pourrait bien un jour le perdre. Il harcelait son adversaire de coups fulgurants, changeant sans cesse d'angle d'attaque. C'était comme de regarder une guêpe furieuse tenter de piquer un animal dont le cuir était trop dur pour elle. Il y déployait des trésors d'agilité mais ce n'était pas suffisant pour traverser la défense du second.
Il va s'épuiser pour rien, remarqua Xigbar.
Il avait raison. Roxas haletait, les joues en feu, la sueur collant ses cheveux à son visage et à sa nuque alors que face à lui, Saïx bougeait à peine. Axel observa son second avec un froncement de sourcil réprobateur. Il avait planté la pointe de son épée dans le sol et comme elle était presqu'aussi grande que lui, il n'avait qu'à faire un ou deux pas de côté pour mettre ce bouclier improvisé entre lui et l'arme du prince. Une telle défense le désarmait et ne serait d'aucune utilité sur un champ de bataille, où l'on n'avait pour ainsi dire jamais le luxe de se focaliser totalement sur un seul adversaire. Elle n'aurait pas non plus le moindre intérêt dans un duel avec un adversaire plus expérimenté que le prince qui n'aurait pas perdu plus de deux ou trois coups avant de s'arrêter face à un piège aussi grossier.
Mais Roxas étant comme on le sait, aussi talentueux que tête brûlée, il se laissait mener par le bout du nez et se démenait comme un beau diable pour rien, faisant le jeu de son adversaire. Le duel allait probablement tourner court. Axel ne voyait que deux issues possibles. Soit Roxas persistait dans sa sottise et d'ici quelque minutes il tomberait tout seul (ce qui serait au fond une bonne leçon), soit il comprenait son erreur. Il avait encore une chance de retourner la situation à son avantage en prenant exemple sur son adversaire et en se retranchant derrière sa propre défense. Cela forcerait Saïx à quitter sa posture tout en lui donnant un peu de temps pour récupérer.
Mais ça, c'était à condition qu'il réfléchisse un peu, et Axel ne l'en pensait pas capable alors qu'il était aussi focalisé sur ce qu'il avait en face de lui. Le capitaine se tourna vers Xigbar pour lui demander son avis sur la question, mais le garde n'était plus là. Il avait rejoint les autres et ils étaient tous rassemblés autour de Luxord. Cet attroupement qui s'efforçait sans succès de se faire discret fit sourire Axel qui, au lieu de les interrompre comme il l'aurait dû, fit comme s'il n'avait rien vu et ramena son attention sur le combat. C'était la première fois à sa connaissance que Roxas faisait l'objet de paris. Même si l'issue du combat paraissait claire, il y avait toujours une chance que le prince ait un éclair de lucidité et cesse de courir à toutes jambes vers la défaite. Si cela arrivait, alors la situation pouvait s'inverser en quelques instants. Axel était curieux des pronostics engagés.
Mais Roxas ne s'arrêtait pas d'attaquer, si bien que lorsqu'il parvint à forcer Saïx à quitter sa posture défensive, Axel ne comprit pas tout de suite ce qui s'était passé. D'abord, le prince avait écarté les deux bras – un mouvement qui le laissait totalement ouvert aux attaques frontales et qui aurait fait hurler le capitaine si la suite ne l'avait pas rendu muet. Cela n'avait duré en fait que quelques secondes. Roxas avait brandi ses deux épées puis les avait tournées vers l'intérieur, de part et d'autre de la Claymore. Il avait poignardé le vide des deux côtés car Saïx, peu désireux de les recevoir dans la gorge, avait arraché son épée du sol et s'était éloigné d'un bond.
Une rumeur parcourut l'assistance. Roxas restait immobile, paré à la défense. Axel retint son souffle, curieux de voir si le prince saurait cette fois faire preuve de sang-froid et exploiter correctement cette seconde chance. Il ne le pensait pourtant pas capable de patienter longtemps. Tous les regards s'étaient tournés vers le second, visiblement contrarié de la tournure qu'avaient pris les évènements. Et même s'il n'était pas aussi réputé que Roxas l'était pour ses mouvements d'humeur, c'était tout sauf un homme de pondération. Il fit donc exactement le contraire de ce qu'il aurait dû et précisément ce que le prince voulait. Il chargea.
Axel vit plusieurs grimaces dans le groupe de gardes - ceux qui avaient parié sur Saïx, sans aucun doute. Le second ayant pris l'offensive, le combat était déjà plus proche des duels entre le prince et Lexaeus. Même si Saïx avait une meilleure allonge et n'était pas si lent, le prince était d'une agilité avec laquelle peu rivalisaient et il en joua.
C'est par ça qu'il aurait dû commencer, plutôt que de faire le malin.
La première attaque de Saïx trancha l'air, les suivantes en firent autant. Roxas bondissait comme un chamois, esquivant chaque coup sans que cela semble lui demander d'effort tandis que le second menaçait de tomber dans le même piège dont Roxas venait tout juste de se sortir. Quelle bêtise… C'était une leçon qui aurait profité à toutes les têtes brûlées du monde.
Axel ricana dans son coin en observant le groupe de gardes au sein duquel la distinction devenait de plus en plus visible. Il était maintenant aussi renseigné quant aux paris qui avaient été pris que s'il y avait participé lui-même. Si le prince continuait sur sa lancée, c'était un peu plus de la moitié des hommes qui perdrait son argent. Le sourire du capitaine s'élargit au point qu'il le cacha derrière sa main et reporta son attention sur le combat.
L'aisance avec laquelle il bougeait était aussi visible sur le visage du prince que l'agacement grandissant sur celui de Saïx. Mais au moment où Axel se disait que le prince avait tiré une leçon de tout ça, qu'il s'amendait enfin de son imprudence, un détail l'arrêta. Son sourire se figea.
Roxas esquivait. Il le faisait sans effort apparent, de bond en bond, entraînant Saïx dans son sillage. Ils avaient décrit presqu'un tour complet de l'arène quand le capitaine mit le doigt avec précision sur ce qui le gênait. Il leva au ciel des yeux exaspérés. Même en ayant repris le contrôle de la situation, le prince continuait d'être imprudent. Il fallait connaître sa façon de se battre et l'observer attentivement pour le remarquer et fort des deux, Axel voyait très bien que Roxas n'esquivait pas comme il aurait pu, et dû.
C'était à une demi- seconde près mais Axel on était sûr. Roxas attendait afin d'esquiver in extremis et ce dans l'unique but de faire enrager son adversaire. Quelle autre raison aurait-il pu avoir de faire ça ? Il se vengeait de la façon dont Saïx l'avait mené par le bout du nez en faisant en sorte que ses coups le ratent d'un cheveu, ajoutant à sa frustration. Et c'était efficace : le second affichait un air assassin qui, à en juger par le silence qui s'était fait, n'avait pas échappé au reste de l'assistance.
- Idiot ! Jura Axel entre ses dents.
Le prince doublait d'une manœuvre inutile et dangereuse sa prestation du début du combat, déjà peu glorieuse. Même s'il gagnait, le capitaine n'aurait pas de compliment à lui faire. Et à le voir combattre aussi imprudemment et trahir ainsi un tel manque de maturité, on en venait presqu'à se dire qu'il aurait bien mérité de perdre. Ça lui aurait peut-être appris. Son petit jeu mettait visiblement Saïx hors de lui. Les lèvres retrouvées sur un rictus de colère, il montrait les dents et tous ses traits exprimaient son exaspération et d'un coup, Axel passa de l'agacement à l'inquiétude. Les colères de Saïx étaient terrifiantes et sur le champ de bataille, il avait la réputation d'être plus sauvage qu'un animal. Et s'il oubliait contre qui il était en train de se battre ?
Et comme si Roxas l'avait entendu, il dérapa. Son talon glissa sur quelque chose - un peu de boue visqueuse ou une feuille morte mouillée - et son pied partit sur le côté. Au lieu de reculer, le prince bascula vers l'avant, allant pratiquement à la rencontre de la Claymore qui tranchait l'air vers le ciel en un meurtrier arc de cercle.
Tout se passa en une seconde. Du sang gicla, Roxas glapit et les gardes qui observaient haletèrent tous de peur - s'il arrivait quelque chose au prince, toutes les personnes présentes étaient complices. Même s'ils vivaient dans un monastère, les hommes d'Axel étaient fort attachés à leurs bijoux de famille et à la vie en général. Le prince tituba sans tomber et esquiva un autre coup. Axel arrêta le duel d'un cri.
Roxas rengaina ses armes et porta une main à son visage et Axel l'entendit rire. Saïx s'immobilisa et Axel le regarda avec circonspection tandis que les gardes se ruaient dans le cercle, entourant les deux bretteurs. Saïx avait perdu son sang-froid d'une façon inadmissible. Axel n'aurait pas dû avoir à signaler la fin du combat, le second aurait dû s'arrêter à l'instant où il avait versé le sang du prince. Même si tout portait à croire que ce n'était qu'une égratignure, blesser un membre de la famille royale était un crime. N'importe qui d'autre que Roxas l'aurait envoyé au cachot pour ça et pourtant, Axel avait dû l'arrêter.
Le prince, au milieu de quelques gardes, discutait avec animation et épongeait le sang qui dégoulinait avec un linge fourni par Marluxia. Axel lui trouva l'air beaucoup trop content de lui et cette impression fut encore renforcée lorsque Roxas se tourna vers lui. Un grand sourire éclaira son visage maculé de sang. Axel savait exactement ce qui se passait derrière ce front esquinté.
Vous êtes satisfait, pas vrai ? On vous a traité comme un simple soldat et vous allez même avoir une cicatrice en souvenir.
Il se demandait s'il ne devrait pas avoir une conversation avec eux. À propos de l'inconséquence dont Roxas avait fait preuve en s'amusant à exaspérer son adversaire au lieu de se battre de son mieux et qui aurait pu lui coûter un œil si le coup était tombé un peu plus bas. À propos de la façon dont Saïx s'était laissé provoquer par un gamin de quinze ans au point de perdre son sang-froid et d'oublier qu'il se battait contre le neveu du roi.
C'est parce qu'il était justement en train d'observer Saïx, qui lui-même observait le prince avec une expression mauvaise, qu'Axel le vit parler. Il était trop loin pour entendre ce qu'il disait et qui s'adressait à Luxord mais le rictus qui il afficha en parlant en disait long. Ce qui étonna tout le monde, y compris Saïx, ce fut la réaction du prince et la vitesse à laquelle il bougea. Un instant il était debout à deux mètres du second et celui d'après il se jetait sur lui.
Saïx fut tellement pris de court qu'il ne fit pas un geste et que le prince lui rentra dedans, l'envoyant au tapis. Axel cacha un sourire. Un poids plume comme Roxas bousculant le second qui faisait deux fois sa taille et son poids, ça avait quelque chose de loufoque et ça ne pouvait pas faire de mal à ce dernier de se faire remettre à sa place. Le capitaine était étonné que Roxas s'en charge lui-même mais à tout prendre, il était content de le voir se faire respecter. Même si c'était à nouveau sur un coup de tête.
Son sourire s'effaça néanmoins quand, après avoir roulé dans la terre, Roxas se dressa, assis en travers de la taille de Saïx. Axel aurait voulu lui crier d'arrêter mais il n'avait plus une once d'air dans les poumons et il en allait de même pour les gardes présents. Dans un silence de mort, le prince sortit ses lames de leurs fourreaux, les croisa et les abattit sur la gorge du second.
Moins de dix secondes s'étaient écoulées entre le moment où Saïx l 'avait - stupidement - injurié
et celui où le prince lui répondit, les mains serrées sur la garde de ses épées plantées dans le sol. Dans le silence qui régnait toujours, il n'eut pas à hausser le ton pour que tout le monde l'entende.
- Le petit morveux trop gâté par le capitaine est aussi un duc et un prince de sang royal, Saïx, souviens-toi bien de ça.
Prenant appui sur ses armes, il se releva. Saïx était aussi immobile qu'une statue.
- Si tu t'avises encore de l'oublier, si tu t'adresses à moi sans y mettre les formes, je mettrai moi-même ta tête au bout d'une pique.
Il resta debout un instant à fixer le second, soutenant son regard certainement furieux qu'Axel ne pouvait voir d'où il se trouvait. Puis il tourna les talons et s'en alla, laissant Saïx épinglé au sol.
Axel resta où il était, le coeur martelant dans sa poitrine. Ses hommes attendirent que le prince ait disparu dans la citadelle avant de libérer Saïx. Axel les laissa faire, Luxord et Xaldin saisissant chacun une des deux épées pour l'arracher du sol avec mille précautions. Le capitaine aperçut des traces rouges, superficielles, sur la gorge de Saïx, preuves que le prince avait contrôlé ses mouvements et l'angle dans lequel il avait planté ses armes. Les marques avaient sans doute été faites quand il s'était appuyé dessus pour se redresser.
Saïx s'en alla dès qu'il fut debout, l'air plus menaçant que la porte de l'Enfer et Axel renonça à discuter avec lui. La mortification qu'il venait de subir, et devant témoins, serait une leçon suffisante et pour le moment, mieux valait le laisser seul.
Le capitaine se contenta donc de récupérer les épées du prince et de libérer le reste de ses hommes. Il lui restait tout de même une discussion à avoir avant la fin de la journée.
