Auteur : Ariani Lee

Bêtalecture : /Shangreela/Lyly u

Fandom : Final fantasy VII, Kingdom Hearts

Pairings: RAR et dérivés

Disclaimer : L'univers est les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.

Note : Ce chapitre n'est pas censé être publié maintenant. Mais ! D'une part, je viens de finir Kingdom Hearts II en compléter le Carnet de Jiminy à 100% - une grande première. Pour fêter ça, et aussi, d'autre part, pour soutenir et encourager ceux et celles d'entre vous qui sont en examens ou peinent sur le NaNoWriMo, voici le chapitre 2 \o/

En dormant

Est-il étoile ?

Est-il tendre, ses doigts

Sont-ils aimants?

Chapitre 2 : Le blues du businessman

Assis dans son fauteuil pivotant en cuir noir, Reno ferma le clapet de son portable en le faisant claquer. Il laissa échapper un soupir agacé, s'accouda sur son bureau et appuya son front dans ses mains.

Il l'avait finalement eue, sa promotion, depuis quinze jours déjà, mais il n'avait pas eu l'occasion d'en parler à Axel. Il avait eu le poste, et avec, son propre bureau à lui tout seul, tel qu'il en avait toujours rêvé, avec des fenêtres (qu'il pouvait ouvrir et fermer quand IL l'avait décidé), une énorme table de travail en bois noir et en verre, puis dans un coin de la pièce un autre plus petit pour l'assistante qu'il allait devoir prendre. Obligation qu'il avait la ferme intention de reporter aussi longtemps que possible avant que Tseng vienne lui souffler dans les bronches – bien que c'était le cadet de ses soucis pour le moment.

Il se fichait éperdument de son travail – sa promotion, son augmentation, son nouveau bureau-rien-qu'à-lui, la perspective naguère si jouissive de pouvoir se vanter d'être le seul commercial de toute la boîte à avoir une secrétaire qu'il ne se taperait pas (chose qu'il avait attendue avec hâte, rien que pour pouvoir taquiner Vincent à propos de Lucrécia, entre autres), il s'en souciait comme d'une guigne.

Rufus savait pour l'accident d'Axel. Il l'avait appris par Tseng qui l'avait sur par Eléna qui tenait l'info de Tifa. Tifa, elle, était la fuite. Reno supposait que ça lui apprendrait à ne pas oublier que toutes les filles, même les plus géniales, étaient des pipelettes. Ce n'était pas pour rien qu'il préférait les hommes…

Rufus, donc – enfin, le Boss, comme il était supposé l'appeler, mais bon – l'avait convoqué et lui avait proposé de lui accorder un congé à titre exceptionnel, en lui assurant qu'il n'en serait pénalisé en rien. Reno avait énergiquement refusé. Les horaires des visites de Nevercastle ne l'autorisaient pas à s'y rendre en journée. Il passait donc déjà tout le temps qui lui était permis auprès d'Axel, à guetter le moindre changement, à espérer un signe qui ne venait jamais. Il n'avait pas besoin de vacances, surtout pas. Il avait besoin de s'occuper.

Il était contrarié et agacé. Il ne manquait pas de raisons de l'être, en réalité. Il était exténué, il avait en permanence l'impression d'être sur le point de s'endormir. Sensation qui, bien sûr, s'évaporait aussitôt qu'il se couchait. Vu qu'il avait insisté pour continuer à travailler normalement, les obligations inhérentes à son nouveau poste s'ajoutaient à son quota de boulot habituel. Ça, plus tout son temps libre qu'il passait à l'hôpital, il était dans un état de stress à la limite de la crise de nerfs. Le temps qu'il ne passait pas au bureau, dans la chambre d'Axel, sur sa moto entre les deux ou chez lui à essayer de s'endormir, il le consacrait à Roxas, d'une manière ou d'une autre. Il avait essayé d'aller le voir mais il n'était jamais chez lui. En une semaine, il n'était pas allé rendre visite à Axel une seule fois et il ne décrochait pas son portable quand il essayait de l'appeler. Il répondait laconiquement à ses messages par des textos dans lesquels il lui disait que tout allait bien et qu'il était débordé de travail. Il venait de se récolter un quinzième « je vais bien, je n'ai pas le temps c'est tout », et c'était tout ce qu'il arrivait à en tirer depuis huit jours. Il était excédé et très inquiet.

Excédé parce travail ou pas travail, Roxas aurait trouver le temps d'aller voir Axel. Reno savait, malgré la tristesse que cette pensée lui inspirait, que c'était lui qu'Axel aurait envie de trouver à ses côtés à son réveil. Qu'il aurait envie que Roxas prenne soin de lui au lieu de fuir.

Inquiet parce qu'il aurait dû se ménager. Il sortait lui-même de l'hôpital, pourquoi se laissait-il surcharger comme ça ? À quoi ça servirait qu'il fasse du surmenage ? Il était encore faible, physiquement et mentalement. Reno savait qu'il aimait son travail de mannequin, qu'il en était fier et qu'il voulait assurer, mais c'était inquiétant.Et cette anxiété était en partie responsable de ses insomnies.

Dans un cas comme dans l'autre, ça commençait à lui courir sérieusement sur le haricot. Soupirant, il s'accouda sur son bureau, il ouvrit son portable et composa le numéro de Roxas. Après six sonneries, la messagerie vocale s'enclencha et la voix synthétique entama son laïus :

- Le propriétaire du numéro – zéro – quatre – sept – huit –

Le clapet claqua, fort. Reno n'en pouvait plus de ce répondeur froid et impersonnel. Il n'y avait que Roxas pour ne même pas enregistrer son foutu NOM sur son répondeur.

- Putain, grommela-t-il. Merde, Roxas, à quoi tu joues ?

Il fut interrompu dans son marasme par des coups frappés à la porte.

- Entrez ! Dit-il à haute et forte voir en remuant sa souris pour que l'écran de son ordinateur quitte le mode veille.

La porte s'ouvrit sur Yazoo. C'était une des « nouvelles » recrues du département T.U.R.K., il était arrivé quelques mois plus tôt avec ses frères, Kadaj – avec lequel Reno entretenait une relation d'animosité cordiale – et Loz. Les trois frères avaient les cheveux argentés et les yeux bleu-vert. Yazoo était le plus beau des trois, il avait de très longs cheveux et les traits fins, mais pas comme Kadaj qui avait un visage de poupée. Méchant. Loz était gamin et un peu lourd, Yazoo gentil et plus discret, mais Kadaj était mauvais. Ce type était une beauté empoisonnée.

- Reno ? Le chef m'a demandé de t'apporter ça, dit l'argenté en déposant une pile de chemises cartonnées sur son bureau.

- Ce sont les dossiers qui ont été évoqués lors de la dernière réunion, dit-il.

- Merci, répondit Reno en tirant le tas vers lui. C'était tout ce qui lui manquait : quelques dossiers de plus. Merci, Tseng ! Déjà qu'il en était réduit à faire semblant de travailler – ou, tout du moins, à cacher qu'il ne travaillait pas… Il n'arrivait pas à se concentrer.

- Comment ça se passe, alors ? Demanda Yazoo, le tirant de ses pensées.

- De quoi ?

- Le boulot… avec ton nouveau poste, tout ça… C'est pas trop difficile ?

- Non, ça va très bien.

Il mentait pour deux raisons. La première était celle qui le motivait quand il répondait ça à tout le monde – il ne voulait pas qu'on s'inquiète pour lui, qu'on le ménage, qu'on se comporte différemment, qu'on lui rappelle un peu plus ce qui se passait. La deuxième concernait Yazoo directement, parce qu'il était le frère de Kadaj, et que Kadaj faisait partie de ceux avec qui il avait été en compétition pour obtenir la place qu'il occupait à présent, ce qui n'avait rien arrangé à leurs relations déjà très tendues. Il ne se méfiait pas de Yazoo, mais si Kadaj apprenait d'une manière ou d'une autre qu'il avait admis avoir des difficultés assurer ce poste, il sauterait sur l'occasion pour essayer de le lui reprendre. Il n'y avait pas beaucoup d'inquiétude à avoir à ce sujet, ceci dit. Il était de la SHINRA depuis le tout début, il était là bien avant la création du département T.U.R.K. et Rufus lui avait dit à demi-mot, le jour où il avait obtenu cette promotion, qu'il avait donné cette chance à d'autres pour ne pas faire de favoritisme, mais qu'il avait su dès le départ que ce serait lui. Kadaj aurait eu beaucoup de mal à lui prendre son poste, mais il aurait pu essayer, et Reno ne se sentait pas la force de gérer un conflit professionnel en plus de tout le reste. Et tant pis pour l'air vexé et un peu triste qui se peignait sur le visage de l'argenté…

- Bon, je vais te laisser alors. Bon après-midi.

Yazoo sortit de son bureau en refermant derrière lui et Reno soupira. Il prit un classeur sur la pile et entreprit d'examiner les dossiers, évaluant la charge de travail qu'ils représentaient et appuya son front dans sa main en se rendant compte qu'il n'y arriverait pas. Même au top de sa forme, en n'ayant rien d'autre à faire et en admettant qu'il arrive à ne pas dormir plus de quatre heures par nuit, il lui aurait fallu une semaine. Et il avait déjà pas mal de boulot en retard.

Il était aussi consterné parce qu'une partie considérable de ce travail, il aurait facilement pu se l'épargner. En mettant quelqu'un derrière le petit bureau qui faisait face au sien.

Il avait pas envie.

Alors il éteignit son téléphone, pour la première fois en huit jours. Pour arrêter d'angoisser parce qu'il n'avait pas de nouvelles de Roxas, arrêter de redouter qu'il sonne et que ce soit l'hôpital et que l'état d'Axel se soit détérioré. Et il se concentra.

Il se mit à travailler d'arrache-pied, rattrapant tout le travail qu'il avait en retard. Il fit des heures supplémentaires et quand il quitta le bureau ce jour-là, il ce fut les bras chargés de dossiers qu'il enferma soigneusement dans le mini-coffre juché à l'arrière de sa moto.

Il tenta encore d'appeler Roxas, deux fois. À chaque fois qu'il rallumait son portable, il avait une petite poussée d'adrénaline qui retombait lentement quand il voyait qu'il n'avait pas de messages. Il tomba à chaque fois sur le maudit répondeur et ré-éteignit l'appareil avant de se replonger dans ses dossiers. À trois heures du matin cette nuit là, il rejoignit son lit au radar, les paupières aussi alourdies de fatigue que des enclumes, soûlé de chiffres et de café. Il s'écroula dans les couvertures qui sentaient bon, s'y roula en boule et pour la première fois depuis plus d'une semaine, il arriva à dormir.

~ R&R ~

- Le propriétaire du numéro – zéro –

Reno caressait rêveusement l'idée de jeter son téléphone par la fenêtre ouverte. Il l'aurait peut-être fait s'il avait été un poil plus à cran mais heureusement, ce n'était pas le cas. Il n'avait dormi que quatre heures, la nuit dernière, mais ça avait été quatre heures de vrai sommeil, et ça lui avait fait du bien. Il était assez reposé pour permettre à ses nerfs de supporter une soixante-dix-septième écoute de la messagerie vocale de Roxas, alors il éteignit simplement le portable et le rangea dans sa poche avant de se retourner vers l'écran de son ordinateur.

Son coup de collier de la veille avait été plus que bienvenu, il avait pu rendre les trois dossiers les plus en souffrance dont il fallait qu'il s'occupe, et avec seulement quatre jours de retard. Il lui restait encore quatre à traiter avant d'attaquer la pile apportée la veille par Yazoo.

Il se mit à taper sur son clavier. Le bruit des touches emplit l'air comme un crépitement. Il tapait à dix doigts et sans regarder ses mains, comme une dactylo professionnelle. Il savait qu'il était son propre assistant, le meilleur de tous. Il pouvait tout faire.

Avec des litres de café, deux bras de plus, un trouble dissociatif de la personnalité lui permettant de travailler sur deux choses en même temps et la capacité de refouler totalement tout ce qui venait troubler ses réflexions. Et un TARDIS. Ouais, un TARDIS, ça, ça aurait été chouette. Sauf qu'avec ça, il serait remonté juste assez loin pour mettre son poing sur la gueule d'Axel et lui dire d'apprendre à regarder avant de traverser la rue…

Mais ça ne servait à rien de s'attarder là-dessus. Il y avait beaucoup trop de choses qu'il aurait changées, s'il l'avait pu. Tellement de choix qu'il n'aurait pas faits, tellement de moments où il se serait comporté différemment qu'il en avait le vertige. Car jusqu'où allaient ses regrets ? Est-ce qu'il serait retourné cinq ans en arrière se secouer et se dire à lui-même d'arrêter de bailler aux corneilles et de saisir le bonheur qu'il touchait du bout des doigts au lieu de le regarder bêtement en pensant que de toute façon il serait toujours là ? Est-ce qu'il aurait aimé Axel plus tôt, est-ce qu'il le lui aurait dit plus tôt ? Est-ce qu'ils auraient vécu ensemble, en couple ? Axel aurait-il rencontré Roxas ?

Reno ne parvenait pas à regretter ça. Roxas avait son propre rôle, il ne s'agissait pas que d'Axel et lui, cette époque était révolue. Roxas comptait pour Axel, et pour Reno aussi, même si pas de la même manière, et si la perspective de vivre sans Axel était proprement insupportable, celle de vivre sans Roxas n'avait rien d'engageant non plus…

Mais de toute façon, le TARDIS, aussi merveilleuse l'idée fut-elle, n'était qu'un objet de fiction, et pour l'heure, il fallait qu'il se concentre sur son travail.

Il ne savait pas exactement pourquoi il faisait ça. Il se posa vaguement la question en frottant ses poings sur ses yeux fermés avant de bâiller à s'en décrocher la mâchoire. Pourquoi ne demandait-il pas à ce qu'on lui donne juste un peu moins de boulot ? Il n'avait même pas le temps de se lever pour aller chercher un café… Et la veille, il était tellement épuisé qu'il ne s'était pas rendu compte que ses pas le conduisaient dans la chambre d'Axel, où il n'avait plus remis les pieds depuis l'accident. Il s'était réveillé ce matin-là, lové dans ses draps, encore tout imprégnés de son odeur, et ça l'avait frappé comme une gifle, son absence, le vide atroce, à quel point il lui manquait… Il s'était levé d'un bond, comme s'il s'était fait mordre par quelque chose, et il s'était habillé à la hâte, des larmes dans les yeux.

Des larmes comme celles qui y pointaient maintenant à nouveau, chaudes et salées, peut-être juste deux ou trois, mais c'était comme si l'océan se pressait à ses paupières. Des larmes de fatigue, bien sûr, seulement… de fatigue…

Reno posa sa tête sur ses bras croisés. Les larmes s'échappèrent de ses yeux, s'écrasèrent sur la surface brillante du bureau. Il n'y en avait bien que deux, finalement.

Il songea qu'il allait simplement fermer les yeux deux minutes. Juste… deux… petites…

R&R

Quand Reno se réveilla, en sursaut, il regarda autour de lui quelques secondes, hagard, avant de se rendre compte de ce qui s'était passé. La nuit était tombée, tout était plongé dans l'obscurité et un silence total. Même son ordinateur, resté trop longtemps inactif, s'était mis en état de veille prolongée. La petite lumière qui clignotait sous l'écran, signalant qu'il était allumé mais ne percevait pas de signal, semblait le narguer. Il regarda sa montre.

- Oh, merde… !

Reno, comme beaucoup de gens, tenait scrupuleusement dans sa tête une liste de choses à ne pas faire. Pendant qu'il se passait les mains dans les cheveux et essayait de se remettre les idées en place, il y ajoutait mentalement une nouvelle entrée :

Ne pas m'endormir dans mon bureau après avoir expressément demandé à ce que personne n'y entre pour avoir la paix.

Ça, c'était clair qu'il l'avait eue, la paix… Il était dix heures du soir, les heures de visite étaient passées sans qu'il soit allé rendre visite à Axel, il n'avait pas du tout avancé dans son travail en retard – et par conséquent, il avait perdu tout l'avance prise la veille – et en plus son téléphone était resté étaient tout ce temps. Il le ralluma, anxieux à l'idée d'avoir raté un appel de Roxas ou de l'hôpital, et attendit quelques très longues secondes mais rien ne vint, et il soupira de soulagement.

Comme la veille, il emporta une pile de dossiers. Il attrapa son blouson et son casque – ce fichu casque qu'Axel lui avait dit cinquante fois de porter, ce qu'il avait jusque là toujours refusé – et il se mit en route.

Les locaux vides avaient quelque chose de déprimant, et il pressa le pas, hâtif. Il allait travailler en rentrant, mais s'il ne faisait pas attention, il allait être complètement zombifié au réveil, si toutefois il arrivait à se lever…

Le lendemain matin, il vint déposer deux dossiers sur le bureau d'Eléna. Elle le remercia en le regardant, l'air interdit, et comme il sentait venir le moment où il allait encore une fois devoir mentir et dire que tout allait bien, il la salua vivement et tourna les talons pour s'en aller…

… s'encastrer dans un mur.

Ou tout du moins, cela y ressemblait. Rude le regarda du haut de ses deux mètres dix, son crâne luisant sous l'éclairage.

- Viens, dit-il de sa voix la plus profonde, puis, le chopant par le coude, il le tira derrière lui. Reno se laissa faire – ça ne servait à rien de lutter contre Rude. Ce type était une vraie force de la nature, et il était trop las pour essayer de se dérober.

Rude l'entraîna jusqu'à son bureau, le poussa dedans, ferma la porte et s'y adossa. Reno alla s'assoir à sa place, derrière son ordinateur, et le regarda, attendant.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-il finalement, puisque son collègue ne disait rien.

En plus, derrière ses sempiternelles lunettes de soleil, il était impossible de déchiffrer son expression. C'était extrêmement agaçant.

- A toi d'me dire, répliqua Rude, placide. Reno se demanda s'il avait l'intention de l'empêcher de sortir. Il avait vraiment l'air d'un videur, à se tenir devant la porte, les jambes plantées et les bras croisés, avec sa carrure d'armoire à glace. Le costard et les lunettes de soleil n'aidaient pas.

- Tout va très bien, articula Reno d'une voix sombre qui démentait ses paroles. Il en avait assez de dire ça tout le temps.

- C'est ça, j'vais te croire. T'as vu ta gueule un peu ?

- Je passe pas mon temps à me regarder dans des miroirs.

- Ça te ferait pas de mal, crois-moi. Reno, t'as une tronche de déterré. Je sais que t'as toutes les raisons du monde de pas aller bien et j'vais pas te tanner pour que t'en parles, mais je vais pas non plus te laisser te miner et te surcharger de travail.

- Et tu vas faire quoi ? Répliqua le roux, acide.

Il avait raison, mais ce n'était pas la question.

- Je me chargerai de faire la demande et les entretiens d'embauche pour te coller une assistante.

Reno serra les dents. Il n'aurait pas pensé que ce serait Rude qui viendrait le lourder avec ça.

- J'en veux pas. Je me…

- Non, tu te débrouilles pas très bien tout seul. Laisse-moi te remettre les idées en place.

Il quitta sa posture de sentinelle devant la porte et vint s'appuyer des deux mains à son bureau. Si Reno n'avait pas déjà été appuyé au dossier de son fauteuil, il n'aurait pu réprimer un léger mouvement de recul. C'est qu'il était quand même impressionnant… Mais il soutint son regard. Lui et Rude se connaissaient bien, et depuis très longtemps. Il faisait partie des gens qu'il écoutait attentivement quand ils lui disaient quelque chose, et même si c'était pour lui faire des reproches.

- Je suis désolé de ce qui t'arrive, commença l'homme. Je peux qu'imaginer ce que t'es en train de vivre et tu dois savoir qu'ici on est nombreux à ne demander qu'à t'aider. Tu veux pas de notre aide ? C'est ton problème, on respecte. Mais par contre, Reno, c'est le problème de tout le monde ici si t'accumules du retard dans ton boulot, t'empêches la boîte de tourner normalement. Tu viens d'être promu et c'est pas bon pour toi de pas assurer, mais ça, encore une fois, c'est tes oignons et j'imagine – je comprends – très bien que tu t'en tapes. Mais ça te donne pas le droit de perturber tout le fonctionnement du service sous prétexte que tu veux d'aide de personne. Alors tu vas te prendre une putain d'assistante, et je te conseille de le faire avant que ce soit le chef qui vienne te le dire.

Il avait dit tout ça d'une voix égale, sans que son visage ne trahisse son énervement mais il restait perceptible. Reno ne répondit rien. Il n'y avait rien à répondre, Rude avait raison, il l'avait compris, mais plutôt crever que l'admettre à voix haute. Alors il détourna simplement le regard, lui signifiant muettement que la discussion était close.

Rude quitta le bureau sans rien ajouter et referma la porte derrière lui. Reno regarda la pile de dossiers apportée par Yazoo, et les deux qu'il devait encore traiter avant de s'attaquer à ceux-là. Puis, il sortit son téléphone de sa poche, appuya deux fois sur la touche « appeler » et le porta à son oreille. Six sonneries.

- Le propriétaire du numéro – zéro – quatre – sept – huit – un – trois – neuf –six – deux – huit – n'est pas disponible pour le moment. Merci de laisser votre message après le signal sonore. BIIIIIIIIIIIP.

Reno écouta le silence deux secondes, puis referma son portable sans rien dire. Il en avait assez. Il se prit la tête à deux mains.

- Tout fout le camp, soupira-t-il.