Auteur : Ariani Lee
Bêtalecture : Lyly u
Fandom : Final fantasy VII, Kingdom hearts
Pairings: AkuRoku, RokuNo, AkuNo (RAR quoi… mais bon, ici c'est le RokuNo qui prime)
Disclaimer : L'univers est les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.
Joyeux Akuroku Day à tous et toutes ! A cette magnifique occasion, je vous offre ce chapitre… et tout ce qu'il contient !
Chapitre 4 : Crashing
Va comprendre...
Si c'est le temps
Qui nous unira...
Pendant tout le trajet, Reno lutta furieusement pour repousser une espèce d'hallucination paniquée qui se manifestait dans sa tête sous la forme de la voix d'Axel – d'échos de sa voix. Il réentendait tous les commentaires, tous les reproches qu'il lui avait déjà faits sur sa conduite imprudente, il revoyait son visage au moment où il avait su qu'il avait eu un accident et qu'il s'était démis l'épaule, ses regards réprobateurs quand il voyait qu'il ne portait pas son écharpe…
« Okay, alors écoute bien ce que je vais te dire. Tu vois ces deux gros machins noirs, brillants et très encombrants qui traînent dans le placard depuis des lustres et dont tu te sers jamais? »
« Je veux voir vos deux têtes enfoncées dans ces trucs quand vous arriverez ici, sinon je t'assomme à coups de chope. C'est bon, c'est retenu? »
Il évita la catastrophe deux fois, dont une in extremis. Le crissement des pneus sur l'asphalte et le hurlement du klaxon lui vrillèrent les oreilles et le poursuivirent sur plusieurs dizaines de mètres. Mais il ne ralentit pas. L'aguille du compteur de vitesse oscillait à 80 km/h et ses pneus criaient à chaque virage.
Il aimait sa moto, c'était la chose matérielle qui comptait le plus pour lui. Il l'avait payée cher au-delà de toute raison, il y avait trois ans, et il en avait toujours pris un soin jaloux. C'était pratiquement son bébé, une Yamaha 1100 cc qui pouvait monter jusqu'à 200 km/h en ligne droite. Il l'avait déjà fait, dans un terrain vague, en pleine campagne. Mais il savait aussi que s'il dépassait la barre des 90 km/h dans ce quartier, il n'arriverait pas à prendre le prochain virage sans voler dans le décor et potentiellement blesser ou tuer quelqu'un. Ça n'aiderait personne s'il se retrouvait à son tour à l'hôpital ou qu'il devait passer un quart d'heure à remplir les papiers d'un constat d'assurance, d'autant qu'il avait laissé son permis dans son blouson, au bureau.
Il réalisa soudain qu'il était dans la rue de Roxas. Perdu dans ses pensées, il n'avait pas réalisé où il se trouvait. Il freina net, serrant les dents. Il sentit la roue arrière se soulever légèrement mais inexorablement, et sut qu'il allait décoller s'il ne faisait rien.
Il braqua à gauche. La Yamaha tourna et s'inclina dangereusement mais il s'efforça de la maintenir suffisamment pour n'avoir rien de pire à déplorer que la ruine totale de son pantalon. Puis elle tomba.
Les pneus hurlèrent et l'odeur caractéristique du caoutchouc brûlé lui envahit les narines mais il ne le remarqua pas. Il ne pensa pas à ses pneus bons à jeter, il ne pensa pas à sa belle carrosserie immaculée qui raclait le bitume. Par contre, il ressentit très bien la douleur qui lui écorcha toute la jambe gauche comme un jet d'acide – une brulure au fer rouge qui s'amplifiait chaque seconde un peu plus.
Il hurla. Et lâcha la moto.
Le véhicule continua de filer sur quelques mètres en râpant le sol avant de s'arrêter au bord du trottoir, devant une porte de garage.
Après un instant d'immobilité choquée, Reno se releva, vacillant, et testa l'appui de sa jambe gauche. La douleur était horrible, mais supportable – il pouvait marcher et il savait qu'il pouvait s'estimer très heureux que son genou n'ait pas tout simplement éclaté sous la pression. Il jeta un coup d'œil à la Yamaha, en espérant que le propriétaire dudit garage n'ait pas besoin d'entrer ou de sortir dans l'immédiat. En grimaçant, il boita jusque dans le hall de l'immeuble.
Il trouva le nom de Roxas et pressa la sonnette, une fois, puis deux, puis resta appuyé cinq secondes entières. Aucune réponse.
Il s'appuya au mur de part et d'autre du panneau en cuivre resta immobile un instant, la tête baissée. Finalement, il se redressa et enfonça avec résolution la sonnette du locataire qui occupait l'appartement voisin de celui de Roxas.
- Oui ? dit une voix de femme à l'interphone, apparemment contrariée d'être dérangée à cette heure.
En même temps, il y avait de quoi. Reno hésita une seconde – ce qu'il s'apprêtait à dire risquait de ne pas faire plaisir à Roxas. Mais au fond, s'il avait répondu lui-même, il n'aurait pas eu besoin de faire ça, et il s'était lui-même largement fait remarquer quelques semaines auparavant, quand lui et Axel avaient enfoncé sa porte.
- Excusez-moi de vous déranger, madame. Je m'appelle Reno Lace, je suis un… ami de votre voisin, Roxas Seren. Je pense que vous étiez présente la dernière fois que je suis venu, il faisait une crise et il fallait l'emmener à l'hôpital d'urgence. Ça a recommencé et j'ai peur qu'il soit trop tard s'il faut attendre la police alors, s'il vous plaît… Vous pourriez m'ouvrir ? Je vous en prie.
Il y eut un long moment de silence vaguement grésillant dans l'interphone, puis la porte s'ouvrit avec un bourdonnement sourd. Reno s'engouffra dans l'ouverture. Il serait monté à pied si sa jambe ne lui avait pas donné l'impression qu'il allait passer à travers à chaque pas. Au lieu de quoi, il attendit l'ascenseur pendant ce qui lui sembla une éternité, et y resta pendant à peu près aussi longtemps. Quand les portes s'ouvrirent, il se demanda si la femme qui lui avait ouvert serait venue à sa rencontre mais il n'y avait personne, le couloir était vide. Ce n'était pas étonnant, vu la façon dont Roxas avait envoyé tous ses voisins se faire voir la dernière fois. Elle lui avait ouvert parce c'était le minimum humain, mais qui aurait voulu s'impliquer là-dedans ?
Il claudiqua jusqu'à la porte qui était bien entendu fermée, mais il regarda l'étagère à chaussures installée à côté. Il tâta l'intérieur d'une tennis en toile claire et en retira la clé de secours. Il se souvenait avoir vu Axel la chercher là, la dernière fois. Il ouvrit la porte.
- Roxas ?! Appela-t-il en entrant.
Il tira la porte derrière lui et se retrouva plongé dans l'obscurité. Tournant la tête de gauche à droite pour trouver un interrupteur, il vit du coin de l'oeil que de la lumière filtrait par l'entrebâillement d'une porte, jetant une latte jaune sur le mur d'en face. Claudiquant, il alla jusque là et poussa la porte.
La lampe de chevet était allumée. Et Roxas était là.
Assis à la tète du lit, sur les oreillers, adossé au mur en face de la porte, il tenait ses jambes repliées contre son torse et les serrait de toute ses forces. Il avait le visage pâle et de grands cernes sous les yeux, le regard mi-perdu mi-effrayé.
Reno sentit son sang chauffer brutalement, s'embraser comme de l'essence. Il vit rouge et pendant un seconde la douleur qui lui rongeait la jambe gauche s'envola - en fait, tout s'évanouit brièvement. Il revint à lui en sentant ses phalanges s'écraser contre quelque chose de dur.
Complètement renversé sur le lit, Roxas leva vers lui un regard stupéfié, une main sur la joue. Stupidement, Reno pensa qu'il l'avait frappé au visage, pauvre con, et s'il gardait une marque ?
… Sauf que tout ça n'avait aucune importance.
- … Reno ? Dit Roxas d'une voix hésitante, comme s'il se rendait compte de sa présence à l'instant.
Pris de vertiges, Reno s'écroula sur le lit et attira Roxas dans ses bras.
- Pardon… J'voulais pas te frapper mais tu… tu m'as foutu la pire trouille de ma vie… Refais jamais ça, putain !
Il resserra son étreinte et sentit très nettement Roxas se blottir contre lui.
-… Excuse-moi… Je ne voulais inquiéter personne.
Reno s'écarta pour le regarder.
- Qu'est-ce qui s'est passé, Roxas ? Pourquoi t'as dit à Violette que t'étais parti en vacances avec Axel ? Tu n'as pas parlé de l'accident ?
- Je ne voulais pas l'inquiéter…
Reno secoua la tête.
- Qu'est-ce qui t'es arrivé ?
Roxas baissa les yeux et soupira.
- Je me suis fait virer, lâcha-t-il.
Quoi ?! Quand ? Pourquoi ? Reno voulait que ça s'arrête. Il voulait que sa jambe arrête de brûler, il voulait que tout arrête de foutre le camp, que les choses arrêtent d'empirer à chaque instant.
- Il y a eu un appel anonyme, à mon agence. Quelqu'un qui a dit que j'avais été admis aux urgences psychiatriques et que mon congé prolongé, c'était à cause de mes… de problèmes psychologiques. C'est facile de monter un tel tableau et de menacer l'un ou l'autre avec, et ça peut faire énormément de dégâts. Dans ce milieu, la réputation, c'est tout. Mais c'est difficile de se défendre si on ne peut pas nier catégoriquement, s'il y a un plus ou moins important fond de vérité mêlé à la calomnie. Mon patron m'a demandé ce qu'il en était et j'ai dit la vérité – le contraire aurait été inutile.
Il s'interrompit et Reno le ramena contre lui.
- Je suis désolé, dit-il doucement. Roxas secoua la tête.
- Olette n'est pas au courant parce que pour éviter que ça fasse du bruit et que tout se passe discrètement, ils n'annonceront officiellement mon départ que lorsque mon contrat arrivera à son terme, d'ici trois mois. D'ici là, je suis officiellement en vacances. Même si, pour ce que j'en sais, ils ont déjà dû me verser mes indemnités de départ… Je doute que « a fait une tentative de suicide dans le passé » soit un motif de renvoi valable.
Il ponctua sa phrase d'un petit ricanement triste avant de reprendre :
- Ma carrière est finie, dit-il.
- Pourquoi tu dis ça ? Tu pourras aller te présenter ailleurs, qui serait assez stupide pour ne pas t'engager ?
- Tu ne comprends pas. Toutes les agences dans lesquelles j'irais postuler appelleraient mes anciens employeurs pour se renseigner avant même l'entretien d'embauche. La réputation passe avant tout le reste. Or, je travaillais pour cette agence depuis mes débuts, je n'ai pas d'autres anciens employeurs et si je l'efface de mon CV, je serai un amateur débutant de vingt-trois ans, ce qui revient à dire que personne n'ira au-delà de ma date de naissance avant de jeter ma candidature. Non, tu peux retourner le problème dans tous les sens, ça ne changera rien. Je suis fini.
Il soupira lourdement.
- Je savais que j'allais disjoncter, je l'ai senti. Mon traitement ne faisait plus effet comme d'habitude, alors je me suis enfermé ici, et j'ai essayé de me calmer. J'ai attendu que ça passe. Sauf que…
- Sauf que c'est pas passé. C'étaient pas des paroles en l'air quand j'ai dit que je voulais que tu comptes sur moi, idiot. Pourquoi tu m'as pas appelé, pourquoi t'as pas juste décroché une des je-ne-sais-combien-de-fois où je t'ai appelé ? T'avais qu'à me dire que ça allait pas !
- Je ne voulais inquiéter personne, répéta-t-il à nouveau.
Reno voulut se redresser mais la douleur de sa jambe l'en dissuada aussitôt, lui arrachant une inspiration sifflante et une grimace.
- Quelque chose ne va pas ? Demanda Roxas.
Le roux secoua la tête.
- Comment tu te sens ? Répondit-il.
Roxas hésita une seconde avant de répondre.
- Hé bien… Mieux, en fait. Je me sens plus calme.
- Et physiquement ?
- Fatigué, répondit Roxas, étonné par le tour que prenait la conversation. J'ai peu dormi, ces derniers jours.
- Mais tu te sens en état de conduire ?
- Euh, oui, je pense, mais pourquoi tu me demandes ça ?
Reno essaya à nouveau de bouger et n'y parvint pas. Comme Roxas était à sa droite, il était à l'opposé du sa jambe blessée et n'avait rien remarqué jusque là.
- Parce qu'il faut que tu m'emmènes aux urgences.
- De qu – Oh mon Dieu ! Reno, qu'est-ce qui s'est passé !?
Il avait bondi hors du lit et regardait les blessures du roux d'un air horrifié. Reno baissa la tête, conscient qu'il allait tôt ou tard se faire passer un savon pour ça.
- J'ai freiné trop brusquement et il a fallu que je renverse ma moto pour éviter de voler cul par-dessus tête. Ça aurait risqué d'être beaucoup plus grave que ça…
Roxas disparut un instant, et des bruits d'éclaboussures et de tiroirs se firent entendre. Il revint avec une serviette éponge et une paire de ciseaux.
- Qu'est-ce que tu veux faire ? Il vaut mieux aller directement à l'hôpital…
Il y avait quelque chose de pas rassuré dans sa voix, et Roxas le regarda sombrement. Tout à coup, Reno eut l'impression de retrouver enfin quelque chose de familier dans ses yeux – et même si c'était son regard des mauvais jours, ça lui faisait plaisir.
- Je vais t'y emmener, ne t'inquiète pas. Mais d'abord, il faut éviter que la plaie ne coagule telle quelle, sinon tu vas souffrir le martyre quand ils te soigneront. Alors laisse-moi faire, ça ne prendra que deux minutes.
Reno obtempéra à contrecœur. Le blond découpa la jambe déchirée de son pantalon, et la retira avec prudence, lui arrachant des grimaces malgré toutes ses précautions. Puis il enveloppa le membre meurtri dans la serviette qui – Reno s'en rendit compte avec gratitude – avait été mouillée puis essorée vite fait. La matière était souple, humide et fraîche et soulagea considérablement la douleur.
Debout, il vacilla légèrement et Roxas, une autre serviette sur le bras, l'aida à rester sur ses jambes.
- Tiens bien la serviette autour de ta jambe. Une plaie pareille…, Marmonna-t-il.
Même si la situation s'était – de façon très ironique – complètement inversée et que c'était lui, maintenant, qui avait besoin que Roxas l'aide, Reno était soulagé. Car si les marques évidentes de fatigue et d'amincissement n'avaient pas été si visibles sur son visage, il aurait presque pu en oublier dans quel état il l'avait trouvé. Il semblait être complètement revenu à lui. Pour le moment…
Le blond protégea le siège arrière avec la deuxième serviette et aida le blessé à s'installer. Reno s'assis au fond, contre la portière, et étendit sa jambe autant qu'il le pouvait sur le siège, les blessures vers le haut.
L'hôpital le plus proche était également celui dans lequel Axel avait été admis, Nevercastle, songea Reno avec un pincement au cœur en regardant la route que Roxas prenait.
- Reno ?
Il se tourna vers Roxas et croisa son regard dans le rétroviseur.
- Oui ?
Le blond soupira.
- S'il te plaît… Ne refais jamais ça. Je ne pourrais pas le supporter s'il t'arrivait quelque chose à… à toi aussi. Je sais que c'est de ma faute, que j'aurais dû te donner des nouvelles, mais la dernière chose que je voudrais…
Il s'interrompit, et ramena son regard sur la route.
- Je sais, je suis désolé, dit Reno. Mais c'est valable pour toi aussi. Je veux que tu m'appelles si ça va pas, que tu me demandes de l'aide si t'en as besoin, peu importe pour quoi. Quand je t'ai dit que je voulais que tu comptes sur moi, c'était pas des paroles en l'air.
Roxas resta silencieux et ne quitta plus la route du regard, mais un instant plus tard, il répondit :
- Je le sais.
Lorsqu'ils arrivèrent devant les urgences, Roxas se gara et alla prévenir les brancardiers pour qu'on vienne le chercher. Reno resta seul dans la voiture et le regarda entrer. Là encore, ses sentiments étaient mitigés. C'était ce même service où lui et Axel avaient eux-mêmes amené Roxas, celui où Axel était arrivé après l'accident, et ce soir, c'était lui qui était là. La boucle était bouclée.
Roxas revint avec un homme qui poussait un brancard. L'infirmière qui les accompagnait félicita le blond d'avoir songé à retirer le pantalon et à maintenir les plaies hydratées. Reno se laissa aider. Il réalisa que toute la fatigue et tout le stress qu'il avait accumulés ces derniers temps le rattrapaient, et songea qu'il aurait sans doute été incapable de marcher.
Dans le couloir à l'intérieur, il se rendit compte que Roxas marchait à côté de lui et discutait avec l'infirmière, lui expliquant son accident, et repensa soudain à sa moto.
- Roxas, appela-t-il.
- Oui ?
Reno sortit son portable de sa poche en songeant qu'il pouvait s'estimer heureux de ne pas l'avoir rangé dans l'autre.
- J'ai besoin que tu appelles quelqu'un pour moi, le numéro est en raccourci sur la touche 7. Son téléphone va être éteint, de toute manière, mais j'ai besoin que tu lui laisses un message pour lui expliquer en deux mots ce qui s'est passé. Demande-lui de prévenir de mon absence au bureau demain, s'il te plaît, et donne-lui le nom de ta rue pour qu'on fasse enlever ma moto avant qu'elle ne soit embarquée par une dépanneuse, s'il est encore temps. Et dis-lui que je l'appellerai moi-même dès que je pourrai.
Le blond hocha la tête.
- Je ne quitterai pas l'hôpital, dit-il. Je vais passer ton coup de fil et voir si le docteur Master est de service, puisque nous sommes là. J'attendrai dans le couloir.
Ils étaient arrivés à l'entrée de la pièce et Roxas s'arrêta. Un instant plus tard, la porte se referma sur lui. Il ferma les yeux un instant pendant qu'on le « garait » dans un coin de la salle.
Enfin bon, songea-t-il pendant qu'on lui retirait la serviette – désormais ruinée – qui enveloppait sa jambe, ça ne s'était pas si mal passé, en fin de compte…
