Auteur : Ariani Lee
Bêtalecture : Shangreela
Fandoms : Final fantasy VII, Kingdom Hearts
Pairings: RAR et dérivés
Joyeux Dexel Day ! Comme je n'ai rien écrit sur eux, je fête ça en vous postant ce chapitre en avance. Je vous invite aussi, si ça vous tente, à participer à mon défi RokuDem. Vous trouverez tous les détails sur le forum linké dans mon profil, section « défis des membres ».
Chapitre 5 : Réalités
Je vois ses gestes…
Qui ressemblent…
Aux miens
Quand Reno se réveilla, il garda les yeux fermés un moment, savourant le calme environnant. Il savait qu'il était à l'hôpital – les draps rêches, le matelas dur sur lequel il était couché, et l'odeur d'antiseptique qui régnait l'auraient renseigné de toute façon, mais il se souvenait clairement de ce qui s'était passé. Sa jambe ne le faisait pas souffrir, ce qu'il ressentait était plus de la gêne que de la douleur. Par contre, il y avait un truc qui lui pesait en travers de la taille, et ça, il n'avait aucune de ce que ça pouvait bien être. Il ouvrit les yeux pour regarder.
Il découvrit sans grande surprise que Roxas était là, assis à côté de son lit. Enfin, « assis »… Il avait dû commencer par s'assoir, puisqu'il était sur une chaise, mais il était à moitié couché sur le lit, la tête reposant sur un de ses bras repliés, et le second passé autour de la taille de Reno. Il dormait.
Reno soupira de soulagement. Il était là. Il n'osait même pas imaginer comment il se serait senti si Roxas avait disparu pendant qu'il était inconscient. Il lui avait dit qu'il avait peu dormi, ces deux dernières semaines, pas étonnant qu'il se soit endormi à attendre. Reno regarda sa montre et s'aperçut qu'il était déjà neuf heures du matin. Il avait bien fait de demander à Roxas de passer ce coup de fil, il aurait déjà dû être au bureau, et il doutait de pouvoir s'y rendre ce jour là de toute façon.
Tout de même, ils avaient eu la main lourde sur l'anesthésie. Ok, ce truc était atrocement douloureux quand il était arrivé et il se doutait qu'il aurait eu encore autrement plus mal si on ne l'avait pas endormi avant de le soigner, mais quand même, toute la nuit ! Et Roxas qui était resté là…
Il remua un peu, le plus doucement possible pour ne pas réveiller le blond – Reno était presque sûr qu'il salivait sur les draps tellement il dormait profondément, il ne manquait que le ronflement pour compléter le tableau. Il était engourdi de partout à force d'être resté immobile pendant tout ce temps, et il aurait été curieux de savoir depuis combien de temps Roxas dormait…
Un long moment passa en silence, jusqu'à ce que la porte de la chambre s'ouvre. Un médecin entra. Il avait des yeux verts légèrement proéminents et de longs cheveux blonds.
- Monsieur Lace, dit-il d'une voix un peu grinçante. Bon retour parmi les vivants, je suis le docteur Even. Comment vous sentez-vous ?
Reno sentit que Roxas remuait et se réveillait. Il se redressa en bâillant, l'air encore complètement dans le cirage. Le roux se tourna vers le praticien et le trouva derechef inquiétant et antipathique. Il trouvait qu'il avait une dégaine de savant fou, avec son visage décharné et ses yeux globuleux. Il était tellement absorbé dans ses observations qu'il en oublia de répondre. Cela ne dérangea pas autre mesure le docteur Even qui s'approcha et, le découvrant, entreprit d'ausculter sa jambe. Le contact lui donna la chair de poule.
L'homme palpa ses blessures à travers les bandages qui lui couvraient la jambe gauche de la cheville au haut de la cuisse, lui demandant de temps à autre s'il avait mal, et Reno répondit à chaque fois que non. Il était surpris que ce ne soit pas le cas, mais ce n'était pas vraiment douloureux. Roxas resta assis en silence. Reno lui trouva l'air un peu plus serein que la veille, plus reposé, aussi.
L'examen se termina et le médecin se redressa. Il nota quelque chose sur son bloc avant de se retourner vers eux.
- Les plaies n'étaient pas très profondes, dit-il. Nous avons pu les nettoyer sans problème, vous devriez récupérer assez vite, mais vous garderez des cicatrices.
Roxas se raidit mais ne dit rien et Reno hocha simplement la tête. Il s'en fichait un peu, de ses jambes, c'était pas comme s'il s'était arraché la moitié du visage. Pour Roxas, bien sûr, cette nouvelle aurait été beaucoup plus dure à encaisser, sa beauté était son outil de travail.
- Vous pouvez rentrer chez vous, dit-il. Mais les pansements doivent être refaits matin et soir.
- Je m'en occuperai, intervint Roxas.
Reno se tourna vers lui mais le blond ne le regardait pas. Le médecin hocha la tête et poursuivit.
- Je vais vous prescrire des anti-inflammatoires, des antidouleurs et le baume qu'il faut appliquer sur votre jambe avant de la bander.
- Quand est-ce que je pourrai marcher ?
- Vous pouvez déjà, mais pas trop. Evitez de faire plus de quelques pas d'affilée.
- D'accord.
- Et je vous mets en arrêt de travail pour une semaine.
- Pardon ?!
Le roux sursauta. Pourquoi ?! Il allait très bien, il n'avait même pas mal et ça n'allait pas l'empêcher d'aller de son bureau à la photocopieuse ! Il avait tellement de boulot en retard, il fallait qu'il travaille !
- Honnêtement, monsieur Lace, ce n'est pas votre jambe, le plus inquiétant.
Reno sentit son cœur dégringoler dans sa poitrine et même s'il ne regardait pas Roxas, il percevait sa tension.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ? Demanda-t-il.
Le docteur baissa les yeux sur son bloc.
- Vous êtes stressé en ce moment ?
Reno leva les yeux au ciel, excédé.
- Oui, très.
- Au travail ?
- Pas seulement.
- Ah bon ?
Oui, mon meilleur est dans le coma deux étages au-dessus et son petit ami ici présent m'a ignoré pendant deux semaines alors qu'il est malade, si vous voulez tout savoir. Reno se mordit la langue et ravala ses paroles. Elles auraient blessé Roxas, d'un coté, et de l'autre, il n'avait pas envie de parler d'Axel comme s'il était un… un problème, de quelque façon que ce soit.
- Mais c'est pas une raison, j'ai pas besoin d'arrêt de travail.
- Monsieur Lace, vous êtes surmené et dans un état d'épuisement alarmant. De plus, j'ai cru comprendre que vous étiez fumeur et que vous buviez beaucoup de café (Reno regarda Roxas mais celui-ci semblait soudain trouver que le lino était passionnant). Si vous continuez comme ça, vous allez faire un infarctus, et à votre âge ce serait un comble, alors que vous le vouliez ou non, vous allez rester chez vous.
- Je suis pas du tout fatigué, je vais très bien !
- Vous venez de dormir pendant trente-six heures d'affilée.
Reno en resta muet de stupéfaction. Quoi ? Trente-six heures ?!
- On est mercredi matin, Reno. Tu as dormi toute la journée d'hier, dit Roxas.
- M'enfin, vous m'avez anesthésié avec quoi ?! Protesta Reno, de plus en plus énervé.
Le docteur semblait arrivé au bout de sa déjà toute relative réserve de patience.
- L'anesthésie générale a duré deux heures, monsieur Lace. Seulement après, on n'a plus pu vous réveiller, et ce n'est pas faute d'avoir essayé. Alors on vous a laissé dormir tout votre soûl, mais en ce qui me concerne je ne trouve pas ça suffisant. Une semaine, et vous ne faites que prouver que j'ai raison en vous énervant comme ça, donc si vous ne vous calmez pas, ce sera deux.
Reno, qui s'était assis, se laissa retomber sur son oreiller et se tut avec application pendant que le médecin prenait son pouls et sa tension (qui faisait des montagnes russes). Puis il griffonna sur un autre bloc et en arracha deux feuillets qu'il posa sur la table de chevet.
- Je vais envoyer une infirmière pour changer vos pansements. Après, vous pourrez sortir.
Lorsqu'il eut quitté la pièce, Reno marmonna :
- Espèce de vieux chnoque. J't'en foutrai, moi, des arrêts de travail…
Puis il se tourna vers Roxas qui le regardait, l'air inquiet.
- Comment tu te sens ? Demanda le blond.
- Pas assez mal pour pas aller au bureau, répondit Reno, énervé. Et toi ? Qu'est-ce que tu as fait pendant que je… dormais ?
Roxas se déplaça et s'assit sur le lit.
- J'ai attendu dans le couloir jusqu'à ce qu'ils t'amènent ici et je suis resté. J'ai demandé à voir le docteur Master, elle était là hier soir. Et je suis allé rendre visite à Axel.
Il baissa les yeux et Reno réprima une grimace. Roxas était resté enfermé chez lui pendant deux semaines, revoir Axel avait dû lui faire un choc. Lui-même avait été témoin ses changements au jour le jour, il l'avait vu maigrir et pâlir progressivement. Mais Roxas, lui, avait dû tout encaisser en une fois.
- J'aurais préféré que tu n'y ailles pas seul, dit-il doucement.
Roxas secoua la vivement tête.
- J'avais besoin de le voir. Ça faisait tellement, tellement longtemps. Il n'y a pas eu une seconde où je n'ai pas eu envie de sortir de chez moi et de courir jusqu'ici, mais je n'ai pas osé.
Reno se contenta de hocher la tête.
- Quelles sont les nouvelles ? Demanda-t-il.
Roxas soupira.
- Il sera bientôt assez remis de ses blessures pour pouvoir quitter les soins intensifs. En dehors de ça, pas de changement par rapport à la dernière fois que tu y es allé. Ils vont le transférer au service des comateux.
Il se tut et Reno ne dit rien. Il voyait que Roxas n'avait pas fini de parler, et il voyait aussi à la tension dans ses épaules et à l'expression de son visage que ce qu'il avait encore à dire n'était pas quelque chose de facile.
- Quand ils m'ont dit que tu ne te réveillais pas… J'ai eu peur. Vraiment, vraiment peur, avoua-t-il finalement, sans le regarder.
Reno sentit son cœur se serrer et se redressa pour attirer Roxas dans ses bras. Il se laissa faire et posa la tête sur son épaule.
- Pardon, dit Reno. Je suis désolé.
- Non, c'est moi qui suis désolé. Tout ça, c'est de ma faute. Tu n'aurais jamais roulé aussi vite si je n'avais pas…
- T'inquiète, c'est rien. Je vais bien, et j'avais qu'à pas conduire comme ça. C'est ma faute.
Roxas secoua la tête puis resta immobile un instant, avant de reculer.
- Le reste du temps, j'ai surtout dormi, en fait. Ils m'ont donné des calmants.
Reno haussa les sourcils.
- Quoi, comme ça ? Des calmants ? Et tu les as pris ? Ça risque pas de… parasiter ton traitement, ou je ne sais quoi ?
- Mon traitement est fichu, le docteur Master a dû revoir les dosages. Ils ont mon dossier, et elle avait laissé une note dedans. Alors ils m'ont donné ce qu'elle conseillait, et je me sens mieux. Je n'avais pas réussi à dormir depuis trois jours. Et toi ? A part la jambe ?
Reno se laissa retomber sur l'oreiller et poussa un soupir à fendre l'âme d'une pierre.
- Je crève d'envie d'une clope et je suis en manque de caféine.
Il leva la main pour la montrer à Roxas et ce dernier vit qu'elle tremblait légèrement. Il lui fit un essai de sourire, plutôt réussi. Mais après tout, c'était son métier.
- En ce qui concerne la cigarette, je ne peux rien faire pour toi. Mais je vais t'acheter un café, il y a un coffee-shop à côté. Un grand, bien tassé.
- Je te serais éternellement reconnaissant.
Roxas se leva et quitta la pièce, croisant au passage l'infirmière qui entrait. Celle-ci se retourna pour le regarder, puis vint jusqu'au lit.
- Vous avez un compagnon très attentionné, dit-elle en souriant gentiment. Il est resté près de vous pratiquement tout le temps.
Reno la regarda, déconcerté.
- C'est pas mon compagnon, répondit-il, et son ébahissement était audible dans le son de sa voix. C'est… un ami.
- Oh, dit la jeune femme en commençant à défaire son pansement. Je me suis méprise, excusez-moi. Il était fou d'inquiétude, vous savez ?
Il y avait une once de reproche dans sa voix et Reno ferma les yeux en soupirant encore.
- Je m'en doute, oui.
Il la laissa faire et resta sans voix en voyant l'état de sa jambe. Elle était cramoisie et balafrée, les lèvres des blessures se rejoignant par endroits mais la cicatrisation n'avait pas encore vraiment commencé. Le sang, par contre, était tout à fait coagulé : ça ne saignait pas. Sa chair écarlate et boursouflée était toute luisante.
La jeune femme jeta les bandages usagés et entreprit d'étendre sur ses blessures une pommade transparente qui dégageait une forte odeur d'aloé véra.
- C'est une pommade anesthésiante. Ça accélère et aide la cicatrisation aussi. Avec ça et les comprimés que vous a prescrits le docteur Even, vous ne devriez pas sentir la douleur.
Roxas revint avec le café alors qu'elle terminait le bandage.
- Vous ne devez pas la mouiller pendant trois jours, et éviter le savon et tout le reste pendant une semaine. Seulement de l'eau pendant sept jours. Quant à la pommade, il faudra masser pour la faire pénétrer. Revenez nous voir mercredi prochain, d'accord ?
Reno acquiesça silencieusement et l'infirmière ressortit en saluant Roxas au passage.
- Tiens, un grand bien tassé, lui dit le blond en lui tendant le gobelet.
- Merci !
Il en prit une gorgée et poussa un soupir de contentement.
- Oh, mon dieu, c'est le meilleur café que j'ai bu de toute ma vie…
Roxas sourit.
- Ça va mieux ?
- Grave.
Ils se turent un instant, puis Reno reprit la parole.
- C'est gentil d'avoir proposé, pour les pansements, mais tu sais, t'es pas obligé.
- Je sais. Mais je veux le faire quand même, je viendrai tous les jours. Et tu n'as pas d'inquiétudes à avoir, je sais le faire. J'ai appris quand j'étais aux scouts.
Reno le regarda, surpris.
- Toi ? Aux scouts ?
- Ce ne sont pas de particulièrement bons souvenirs, esquiva Roxas.
- J'y suis allé aussi, quand j'étais gamin. Raconte ?
Roxas haussa les épaules en faisant la moue.
- Je n'ai jamais aimé y aller, mais nos parents voulaient absolument qu'on fasse des activités d'extérieur, et entre ça et le football, le choix était vite fait… Ven s'y plaisait bien, lui, par contre. Mais bon, il a toujours été plus sociable que moi. Et toi ?
- J'y suis allé quelques années, je m'amusais bien. Axel aussi, il y était, mais dans une autre unité.
Reno vit la crispation de douleur qui fronça brièvement les sourcils de Roxas aussi clairement qu'il sentit celle qui vint lui pincer le cœur. Ça faisait mal d'en parler, mais il le ferait quand même. Il était hors de question qu'Axel devienne un sujet tabou ou quelque chose qu'il fallait oublier. Parce que quand il se réveillerait, Reno voulait que tout soit prêt à l'accueillir comme s'il était parti la veille. Il poursuivit comme si de rien n'était.
- C'était quoi, ton totem ?
Roxas lui lança un regard sombre, signe que le sujet était sensible, alors Reno insista.
- Allez, dis-moi, j'vais pas m'foutre de ta gueule !
Roxas soupira.
- Si tu te moques de moi, je ne te ramène pas et tu devras te débrouiller pour rentrer tout seul.
- Promis, je me moque pas.
- Ven avait eu « colibri », à cause de la couleur de ses cheveux et parce qu'il était tout le temps en train de pépier. Moi, j'ai eu « poussin », merci du cadeau. Si tu rigoles…
- Je me moque pas !
Il n'en pensait pas moins.
- Et vous, vous avez eu quoi ? Demanda Roxas pour changer de sujet.
- Moi c'était « renard », et Axel « allactaga ».
- Allactaquoi ?
- Al-lac-ta-ga. C'est une petite gerboise des sables, avec une très longue queue et de longues oreilles. Le genre de bestioles en face desquelles une fille hurlerait d'extase tellement c'est mignon, on dirait Pikachu sans les couleurs criardes.
- Pourquoi une gerboise ? S'étonna Roxas.
- Parce qu'à l'époque il se rongeait les ongles comme un malade. Il avait tout les temps ses doigts en bouche, au point que tout le monde lui disait qu'il allait finir par se bouffer les mains. Alors ils lui ont collé un nom de rongeur.
- Ah bon, d'accord.
Reno termina son café et s'étira.
- On va y aller, déclara Reno. J'en ai ma claque d'être ici, je veux retrouver mon appart… et dormir, puisque je suis bloqué chez moi.
- Tu es obligé ? Je veux dire, personnellement je préfèrerais que tu te reposes, mais tu ne pourrais pas simplement jeter le papier et aller travailler ? Ça n'a rien d'illégal.
- Oui, mais non. Parce que quand je vais arriver au boulot je vais me faire cuisiner sur ma jambe et mon absence d'hier et aujourd'hui, et que Rufus - mon patron – me renverra de toute façon au bercail s'il apprend ce qui s'est passé.
- Je vois. Mais il faut qu'on patiente encore un instant si tu veux bien, dit Roxas en regardant sa monte.
- Pourquoi ?
- J'ai prévenu le docteur Master que tu étais réveillé, elle va passer.
Reno haussa les sourcils.
- Elle veut me voir, moi ? Pourquoi ? S'étonna t-il.
Roxas serra les mains sur ses genoux et baissa la tête, embarrassé.
- Elle ne me l'a pas dit, mais je suis un peu en suspens, en fait. Pour autant que je le sache, avec ce qui c'est passé ces derniers temps, elle devrait me garder ici un moment. Je lui ai dit que je voulais éviter, et elle a dit qu'elle passerait nous voir quand tu serais réveillé. Je l'ai prévenue en allant chercher ton café, et elle a dit qu'elle ne tarderait pas. Ça fait presqu'une demi-heure.
- D'accord, pas de problème.
Pour s'occuper en attendant, Reno décida de tester un peu sa jambe. Il s'assit, puis se leva lentement, avec précaution, pesant de tout son poids sur sa jambe droite. Roxas ne bougea pas, mais il était manifestement prêt à bondir pour le soutenir en cas de besoin.
Reno transféra lentement du poids sur sa jambe gauche. Il ne ressentit qu'un élancement supportable au niveau de la cheville et de la naissance du mollet, là où l'anesthésie s'arrêtait. Il fit un pas prudent, puis deux.
- Pendant que tu dormais, les infirmières m'ont expliqué que tu ne dois pas trop marcher parce que ça ralentirait la cicatrisation, et plus vite ça cicatrisera, moins les marques seront visibles. Elles n'avaient pas utilisé le mot « cicatrices », ajouta-t-il. C'est…
Il s'interrompit et Reno se retourna vers lui. Roxas baissa le nez, embarrassé.
- C'est quoi ? Demanda-t-il.
- Hé bien… En fait, c'est moi qui t'ai soigné, en fait. Hier matin, et hier soir. Je crois qu'il y a comme un… malentendu à notre sujet, ici.
- Ah. Oui, j'ai remarqué.
Il y eut un instant de silence tendu pendant lequel ni l'un ni l'autre n'osèrent se regarder. Ils furent sauvés par l'arrivée du docteur Master, qui passa la porte de la chambre avec un admirable sens du timing. Elle entra, un dossier volumineux calé sous le bras, les salua et Reno se rassit sur le lit.
- Comment vous sentez-vous ? Lui demanda-t-elle.
- Je n'ai pas mal, répondit-il, un peu sur la défensive. Après le sermon que lui avait fait le vieux bouc, il n'avait aucune envie que la psy de Roxas se livre à un examen de sa santé mentale et de son aptitude au travail. Mais elle se contenta d'acquiescer et de se tourner vers Roxas.
- Et toi ?
- Mieux, répondit le blond, et il le pensait manifestement. Je ne voulais pas que ça prenne des proportions pareilles, j'ai continué à prendre mon traitement, mais il n'était plus adapté…
- Je sais.
Elle se pencha sur le dossier qu'elle avait posé sur ses genoux.
- J'ai les résultats des analyses, et ton examen était correct, mais pas suffisamment pour que je te laisse repartir comme ça, annonça-t-elle.
Reno grimaça. Roxas s'affaissa légèrement mais ne dit rien.
- Ceci dit, poursuivit-elle, et il releva les yeux vers elle, je pense qu'il n'est pas nécessaire de te garder ici.
- Vraiment ?
- Tu peux repartir, à certaines conditions, et sous traitement bien sûr. Les nouveaux dosages sont prêts.
- Quelles conditions ?
C'était Reno qui avait parlé.
- Je veux te voir deux fois par semaine jusqu'à ce que tu ailles tout à fait bien, dit-elle en continuant de s'adresser directement à Roxas. Reno n'avait pas pour autant l'impression qu'elle l'ignorait lui, plutôt qu'elle voulait concentrer toute son attention sur Roxas pour être sûre qu'il comprenne et intègre tout ce qu'elle disait.
- Et d'ici là, je tiens à ce que tu ne restes pas seul.
Roxas sembla déprimé et resta silencieux. Reno croisa les bras et attendit que le médecin ou le patient disent quelque chose, mais comme aucun ne semblait se décider, il intervint.
- Tu viendras chez nous, déclara-t-il.
- Quoi ? Mais…
- Y a pas de « mais ». Ton frère est à l'étranger, ta meilleure amie croit que t'es parti en vacances et d'après ce que j'ai compris, ça doit rester comme ça. Tu préfères retourner chez tes parents ?
Roxas se rencogna contre le dossier de sa chaise, renfrogné, mais ne dit plus rien. Le docteur Master se tourna vers Reno, chaussa une paire de lunettes et feuilleta son dossier. Elle leva ensuite les yeux vers lui, sans se redresser, en le regardant par en-dessous comme si elle le jaugeait.
- Vous êtes Reno, c'est ça ? Demanda-t-elle, et quelque chose dans sa voix le poussa à répondre :
- Oui. Vous, euh… vous êtes au courant de quoi, exactement ?
Roxas piqua un violent fard et se recroquevilla sur sa chaise. Reno le regarda d'un air fatigué.
- Je crois que j'ai ma réponse.
- Une psychothérapie, c'est une psychothérapie, ne soyez pas contrarié, dit-elle gentiment. Je crois que je sais à peu près tout mais ça n'a pas d'importance, je ne vous juge pas. Ce n'est pas mon rôle et de toute manière, ça n'a rien à voir avec ce qui nous occupe. Ça ne me regarde pas. Tout ce que je dois savoir, c'est si vous êtes apte et prêt à prendre cette responsabilité.
Le rouquin se détendit. Il n'avait aucune envie de parler de ses sentiments pour Axel ni de son attirance pour Roxas – laquelle était soigneusement enfermée sous clé dans un coffre étanche, au fond de sa tête. Depuis qu'Axel avait eu son accident, il refusait ne fut-ce que d'y penser. Il éprouvait une affection sincère pour lui, et son devoir envers son meilleur ami était de veiller sur lui jusqu'à son réveil. C'était tout ce qui comptait, et ce fut ce qu'il dit au docteur Master. Le reste, elle l'avait dit elle-même, ne la regardait pas et n'entrait de toute manière pas en ligne de compte.
- Les jours qui viennent, je n'irai pas au bureau, ajouta-t-il en désignant sa jambe du doigt. Ça me vaut une semaine d'arrêt de travail.
Elle acquiesça.
- Une semaine suffira pour que le traitement refasse correctement effet, dit-elle, puisqu'il n'y a pas eu arrêt. Les dosages ont simplement été modifiés. Vous devrez vous engager à veiller à ce qu'il le prenne correctement et à ce qu'il vienne aux rendez-vous.
Assis en silence, bras et jambes croisés, Roxas avait l'air de mâcher sa langue pour se retenir de parler. Il était visiblement exaspéré qu'on parle de lui en sa présence et de cette façon, comme s'il était un enfant, trop jeune pour comprendre. Il n'avait pas son mot à dire là-dedans, c'était normal et il le savait. C'était ça où une nouvelle hospitalisation interminable, et dispensable de surcroît. C'était pour son bien. Il le savait, mais c'était dur quand même. Il trouvait ça humiliant.
- Vous allez devoir signer une décharge, déclara finalement la psychiatre.
Reno hocha la tête.
- Aucun problème.
Elle tira trois feuilles de son dossier et les lui tendit.
- Une pour vous, une pour l'hôpital et une pour le dossier.
Reno prit le temps de lire les papiers avant de les signer et d'en mettre un exemplaire plié en huit dans la poche droite de son pantalon ruiné. Le docteur Master rangea les autres dans son classeur avant de se lever.
- Tout est en ordre, vous pouvez y aller.
Reno se leva à son tour, et Roxas également. Il serra la main de la psychiatre, puis celle-ci se tourna vers Roxas et lui sourit.
- Prends soin de toi. Appelle le cabinet quand tu peux pour prendre un rendez-vous.
- Deux fois par semaine.
Elle acquiesça.
- Merci.
Elle quitta la pièce. Reno aurait été bien en mal de dire si ce dernier mot s'adressait à lui, à Roxas ou à eux deux. Les horaires des visites en soins intensifs ne les autorisaient pas à s'y rendre le matin, alors ils partirent, tout simplement. Comme quand il s'était levé un peu plus tôt, Roxas n'essaya pas d'aider Reno, ni sur le chemin ni pour monter dans la voiture, mais s'y tint prêt.
Ils eurent la même sensation de déjà-vu lorsque, assis à l'avant de la voiture, ils échangèrent un regard.
- Tu n'avais pas besoin de faire ça, dit Roxas en le regardant dans les yeux.
- Et toi tu n'avais pas besoin de proposer de t'occuper de moi non plus.
Roxas soupira.
- Je veux le faire, tu comprends ? Dit Reno. C'est important. C'est mon rôle.
Roxas ne répondit pas. Il leva les yeux vers l'entrée des urgences.
- Quand je suis venu ici…, dit-il. Vous étiez là tous les deux. Vous m'aviez amené.
Reno comprit à quoi il faisait allusion.
- Je sais, répondit-il. Et toi, tu m'as accompagné…
Mais Axel, pensaient-ils tous les deux, Axel, lui, était arrivé seul ici… Était-il déjà inconscient, à ce moment-là ? Est-ce qu'il s'était demandé où ils étaient, pourquoi ils n'étaient pas à ses côtés, là où ils auraient dû se trouver ?
- Il faut qu'on aille à la pharmacie chercher ce qu'il va falloir pour ta jambe, dit finalement Roxas, plus pour briser le silence que par nécessité. Et je dois passer chez moi chercher des affaires.
Reno hocha la tête. Roxas mit le contact et ils quittèrent le parking des urgences, en silence.
