Auteur : Ariani Lee

Bêtalecture : Shangreela/Lyly u

Fandom : Final fantasy VII, Kingdom Hearts

Pairings: RAR et dérivés

Disclaimer : L'univers est les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.

Chapitre 6 : Coloc'


Je laisse le poids de mon destin…

Entre tes mains.

Retiens...


Reno entra dans l'appartement sans que Roxas le soutienne. Il lui avait proposé de d'abord monter ses affaires et le sac de la pharmacie avant de redescendre lui donner un coup de main, mais il avait refusé. Il avait horreur d'avoir l'impression de dépendre de quelqu'un, et même si finalement, comme il l'avait découvert dans la deuxième volée d'escaliers, sa jambe lui faisait quand même mal quand il forçait un peu dessus, il n'avait pas envie que Roxas le soutienne. Ou plutôt, il ne voulait surtout pas que Roxas ait l'impression qu'il avait besoin d'être soutenu. Il claudiqua jusqu'au canapé et s'y vautra sans grâce, mais avec précaution.

Roxas entra dans le salon à sa suite, regardant autour de lui avec une expression difficile à décrypter. Sa dernière visite remontait à presque trois semaines, et à ce moment là, il venait juste de finir de tout ranger et nettoyer.

C'était à présent un capharnaüm sans nom, et Reno se sentit légèrement honteux. Parce qu'avant tout cet enchaînement de catastrophes, quand la vie suivait son cours « normal », Roxas s'était presque installé là. Il était un peu chez lui aussi, et c'était peu respectueux vis-à-vis de lui de démolir l'œuvre titanesque qu'il avait accomplie en rendant cet appartement habitable pour des êtres humains normaux. Il se souvenait de toutes les fois où lui et Axel s'étaient chamaillés en rigolant, en s'accusant chacun d'être le plus bordélique des deux. Y repenser lui serrait le cœur.

Mais Roxas ne fit aucun commentaire. Il déposa simplement ses sacs au pied du divan et regarda le plaid froissé et l'oreiller qui s'y trouvaient en vrac. Il passa ensuite à la table en face, jonchée de feuilles et de chemises en carton. Il y avait cinq tasses plus ou moins vides, de tâches de café partout, et un cendrier qui débordait de mégots et de cendres de cigarette. Il y avait aussi un petit coffret en bois sculpté sur le coin de la table, et Roxas s'en étonna : cet objet semblait plutôt déplacé au milieu du reste, et il ne l'avait jamais vu.

- Tu as travaillé là ? Demanda-t-il.

Reno opina du chef.

- J'ai du mal à dormir, et beaucoup de retard. D'ailleurs, tu as toujours mon portable ?

- Bien sûr, répondit Roxas en sortant l'appareil de sa poche. Mais la batterie est vide, il s'est éteint hier matin. Où est le chargeur ?

Le roux ouvrit un tiroir sous la table basse et lui tendit la prise, le fil entortillé autour. Roxas alla le brancher.

- Tu veux le mien ?

- Ouais, si ça t'embête pas.

Roxas laissa son portable à Reno qui composa un numéro dessus, avant de le porter à son oreille. De son côté, il ramassa ses affaires et les emporta dans la chambre qu'il partageait avec Axel.

Y entrer lui fit l'effet de recevoir un coup de poing dans l'estomac et il laissa tomber ce qu'il portait. Les sacs atterrirent sur le sol avec un bruit sourd, et la voix de Reno lui parvint depuis le salon, mais Roxas n'écouta pas ce qu'il disait. Il entra dans la pièce.

Tout était exactement comme il l'avait laissé, le jour où… ce jour-là. Ce matin où il s'était levé avec Axel, sans savoir que la prochaine fois qu'il le verrait, ce serait intubé et sanglé à un lit d'hôpital.

Les mêmes vêtements traînaient par terre – une paire de chaussettes à lui et un des caleçons d'Axel - les rideaux étaient toujours à moitié ouverts, et le lit était défait comme s'ils venaient juste de le quitter. Il alla jusqu'au lit, s'y assit et, se laissant basculer sur le côté, enfouit son visage dans un des oreillers.

L'odeur d'Axel était encore perceptible, et il resta là un moment à la respirer, le cœur étreint par une poigne aux doigts d'acier brûlant. Il n'avait pas vraiment envie de pleurer - il avait l'impression de n'avoir plus de larmes. C'était plutôt comme si son abdomen était emprisonné dans un étau qui se serrait de plus en plus. Il prit une profonde inspiration, respirant à pleins poumons le parfum familier et rassurant, et une vague de nostalgie et de manque le submergea, mais c'était moins douloureux que l'autre sensation. Peu à peu, la douleur se dissipa, le laissant triste et las. Les choses semblèrent se mettre en place, doucement, comme les blocs d'une partie de TETRIS. La longue barre tomba là où il fallait, effaçant quatre rangées de blocs, et il eut soudain l'impression que de la place se libérait dans sa tête. Il pouvait penser et réfléchir plus clairement, le monde perdit l'aspect flou et désordonné qui le rendait effrayant ou perturbant, reprenant dans son esprit son rôle d'environnement naturel. Tout devint normal.

Roxas connaissait cette sensation pour l'avoir déjà ressentie, et il savait ce qu'elle signifiait. Son traitement, qu'il avait repris la veille au soir, faisait à nouveau complètement effet. Le docteur Master avait raison, puisqu'il n'avait pas arrêté de prendre ses médicaments et qu'il n'avait fallu procéder qu'à un recalibrage, l'effet était très rapide.

Il savait que ce n'était pas le monde qui changeait. Il savait que c'était son esprit qui le déformait, comme s'il chaussait une paire de lunettes appartenant à quelqu'un d'autre. Son traitement lui enlevait ces « lunettes », et avec elles disparaissaient ses phases maniaques et ses phases de dépression, car les stimuli qui les provoquaient n'existaient plus. C'était ça qui faisait de lui un névrosé et non un psychotique : il avait conscience du fait que c'était sa perception du monde qui était erronée, et non l'inverse.

La voix de Reno, qui continuait de lui parvenir du salon, résonna encore un instant, puis s'arrêta. Roxas inspira une dernière fois, profondément, puis se redressa. Il se leva et rapidement, rangea ses affaires dans l'armoire, sur les piles bien nettes, preuves supplémentaires s'il en fallait que personne n'avait touché à rien depuis son dernier passage par la case lessive. Il ne put réprimer un sourire douloureux en se souvenant de la façon qu'Axel et Reno avaient de le remercier et de le porter aux nues parce qu'il faisait la lessive - l' "Ennemi", comme ils l'appelaient. C'était tellement ridicule. Tellement adorable.

Axel… Il lui manquait tellement.

Il regagna le salon avant que Reno ne commence à se demander pourquoi il ne revenait pas. La pièce était vide, et il le retrouva dans la cuisine en train de préparer du café.
Il s'abstint de lui dire qu'il aurait dû lui demander de s'en occuper au lieu de se lever. Il n'était ni infirme ni blessé à mort, et Roxas savait qu'il supporterait très mal qu'il le traite comme si c était le cas. Il ne voulait pas se montrer vulnérable, ou être en position de faiblesse, et c'était quelque chose que le blond comprenait parfaitement, car c'était aussi dans son caractère. Il n'y avait qu'à voir à quel point il était énervé d'être obligé de rester chez lui à cause de ce fichu accident. Bien sur, il essayait de cacher ça aussi, mais Roxas le savait très bien.
Reno lui mît une tasse dans les mains – café noir avec un sucre. Il le remercia et ajouta lui-même un deuxième sucre et du lait. Au haussement de sourcil interrogateur du rouquin, il répondit simplement qu'il n'était plus mannequin, qu'il ne le serait plus jamais, et qu'il s'était assez privé de tout pendant des années, qu'il n'y avait plus de raison pour qu'il boive son café beaucoup plus amer qu'il ne l'aimait. Reno se contenta de hocher la tête et de repartir dans le salon, et il le suivit sans tenter de l'aider, mais prêt tout de même, juste au cas où.
Il ne parlait pas de son travail pour attirer l'attention, ni pour que Reno le plaigne. C'était quelque chose qu'il ne supportait pas. Non, c'était juste que c'était fini, il le savait, c'était comme ça. Mais il en était encore à assimiler l'information. Alors il préférait en parler, cela rendait les choses plus réelles. Pour lui, les deux dernières semaines se résumaient à un brouillard d'heures passées tapi dans son lit à attendre que l'univers arrête de l'agresser, de se moquer de lui, de se dérober quand il tentait de le comprendre, à attendre que la crise passe, à réaliser avec terreur qu'elle ne passait pas, à se demander ce qu'il allait faire, comment il pouvait se sortir de là et à ne vouloir embêter personne. Quand Reno était arrivé, le coup qu'il lui avait donné lui avait sommairement remis les idées en place, le ramenant à la réalité, concrète et solide – peut-être un peu trop solide, en vérité, mais qu'importe ? Quoi qu'il en fût, il avait été totalement déconnecté de la réalité, il avait totalement perdu la notion du temps pendant cette période. Mais maintenant c'était comme si quelques heures seulement s'étaient écoulées dans l'intervalle. Il avait besoin de reprendre les choses là où elles s'étaient arrêtées, le jour de l'accident, ce même jour où il avait perdu son travail. Non, il ne s'était pas encore bien fait à l'idée. Il n'avait réellement pris conscience du temps qui s'était écoulé qu'en découvrant à quel point Axel avait pâli et maigri.

- Des nouvelles de ta moto ? Demanda-t-il en s'asseyant en face de Reno.

- Ouais. Elle est au garage, merci d'avoir appelé. Les réparations vont me coûter un bras mais c'est toujours mieux qui si elle avait été embarquée par une dépanneuse. Au moins, j'ai pas pris d'amende.

- C'est vrai, tant mieux. Et pour ton travail ?

- Quelqu'un va passer me déposer de quoi bosser. Je suis bloqué ici, d'accord. De toute façon, j'ai pas le choix. Mais je vais pas rester assis là à rien glander, j'ai déjà pris du retard avec mes dossiers en cours, si j'ajoute à ça une semaine de vacances, j'arriverai jamais à ressortir la tête de l'eau.

Roxas aurait bien désapprouvé – après tout, on ne soigne pas le surmenage en travaillant chez soi mais en ne travaillant pas – s'il n'avait pas su qu'il avait raison. Il n'avait pas le choix, c'était comme ça, et il faudrait s'en accommoder. Lui, de son côté, n'avait qu'à l'aider de son mieux. Il n'avait rien de mieux à faire, et même si ça avait été le cas, c'était le plus important, songea-t-il en prenant une gorgée de café pendant que Reno fouinait d'une main dans les papiers qui traînaient sur la table, triant ce qui était à jeter et ce qui devait être rangé et classé. Après tout, il n'avait aucune obligation envers lui, rien ne l'avait forcé à accepter les conditions de sa psychiatre pour le faire sortir. Roxas estimait lui devoir plus que des remerciements pour ça, et il ne laisserait pas passer une occasion de lui renvoyer l'ascenseur.

Il but son café en silence, puis entreprit d'aller mettre de l'ordre dans le bazar qui avait repris ses droits.

Reno le regarda faire sans rien dire. Si Roxas se mettait à ranger, c'était qu'il redevenait lui-même. Il continua de travailler en silence.

Le blond commença par rassembler tous les vêtements qui traînaient, surtout dans le salon et le chambre de Reno. Dans la salle de bain, il ajouta sa récolte à l'imposant tas de linge qui débordait tellement du panier que ce dernier disparaissait presque dedans. Consterné, il resta planté devant le monceau de lessive à faire pendant un petit instant avant d'empoigner carrément la corbeille et de la retourner dans la baignoire, puis de ramasser la brassée de vêtements qui jonchait le sol et de l'ajouter par-dessus. Puis, il entreprit de trier le blanc et les couleurs et de lancer une machine. Presque tout ce qu'il y avait là appartenait à Reno. Il trouva un jean et deux tee-shirts qui appartenaient à Axel, quelques sous-vêtements qui étaient à lui, mais le reste témoignait avec un à-propos cruel du fait que Reno avait été aussi seul que lui pendant ces deux semaines. Le cœur serré, il remplit le tambour de la machine avec les chemises de ce dernier, dont, s'il ne se trompait pas, il n'allait pas tarder à manquer. Quand il eut lancé la machine, il rangea et nettoya complètement la salle de bains, ne laissant que le linge qui encombrait la baignoire. Puis, il alla vider et re-remplir le lave-vaisselle. Il venait de l'enclencher quand il entendit sonner à la porte, et se hâta d'aller ouvrir avant que Reno ne se lève pour le faire lui-même.

- Oui ? dit-il en décrochant le parlophone.

- Bonjour, est-ce que Reno est là ? Demanda une voix de femme dans l'écouteur. Je lui apporte les dossiers qu'il a demandés.

Roxas pressa le bouton qui ouvrait la porte et entendit un claquement qui résonnait dans le couloir. Il ouvrit la porte de l'appartement et attendit.

La personne qui arriva dans le couloir ne ressemblait pas à ce qu'il se serait attendu à voir – et de toute façon il ne s'était pas attendu à ce qu'il s'agisse d'une femme, en fait, même si Reno n'avait jamais dit que c'était un homme.

Elle faisait sa taille, et avait de longs cheveux noirs. Elle portait une chemise blanche, un pantalon classique noir, et – détail surprenant – une paire de combat-shoes. Elle avait les bras encombrés d'une imposante pile de classeurs qui semblait très lourde. Il referma la porte derrière elle.

- Tifa Lockheart, se présenta-t-elle.

Roxas ébaucha un geste pour la débarrasser de sa pile de dossiers, mais elle se contenta d'en transférer tout le poids sur son bras gauche, sans même sourciller, et de lui tendre sa main droite. Avec un grand sourire.

- Roxas Seren, répondit-il, un peu égaré.

L'égarement se mua en stupéfaction quand elle lui broya les doigts dans une poignée de main plus puissante que celle de la plupart des hommes auxquels il s'était un jour présenté de la sorte – et ça faisait beaucoup.

Elle était très belle, décida Roxas en l'embrassant d'un seul regard. C'était une déformation professionnelle, et il avait de la pratique. Il avait côtoyé des mannequins pendant des années, il avait travaillé avec des filles qui avaient fait de leur physique leur outil de travail, comme lui, voire même leur meilleure arme. Bien sûr, Tifa n'avait rien à voir avec ces beautés diaphanes qui fondaient en larmes parce qu'elles avaient pris trois cents grammes ou qu'un bouton venait gâcher le panorama de leur visage. Elle avait une poitrine plus que généreuse – presqu'agressive, en fait, songea-t-il, un peu mal à l'aise à cette idée - un beau visage sans aucun maquillage, des cils naturellement très noirs, longs et fournis qui frangeaient ses yeux en amande, couleur coquille de noisette. Ses mains, enveloppées dans des mitaines en cuir noir, étaient un peu grandes pour celles d'une femme, avec des ongles coupés court, sans vernis. Ses chaussures massives offraient un contraste amusant avec ses longues jambes minces.

Il réalisa soudain qu'il était en train de subir un examen similaire et ébaucha un sourire.

- Enchantée, Roxas. J'espère que tout va bien.

Elle semblait sincère, et son regard en disait long. Roxas supposa que Reno lui avait parlé de lui – mais dans quelle mesure ? Ça restait à découvrir, et autant éviter de gaffer, après tout, c'était une collègue de bureau.

- Ça va… merci.

- Tifa ? Appela la voix de Reno depuis le salon. Lui aussi, il est homo, alors arrête de te rincer l'œil et ramène-toi !

Roxas haussa les sourcils, légèrement mortifié, mais la jeune femme se contenta d'éclater de rire.

- On vient, monsieur Lace, on vient !

Roxas la guida vers le salon. D'autorité, elle entra et alla larguer sa pile de dossiers sur la table basse en bois. Ils firent un bruit sourd en s'y écrasant, et elle toisa Reno de toute sa hauteur, les poings sur les hanches. Sa posture et son regard évoquaient pour Roxas une maîtresse d'école qui s'apprête à envoyer un élève turbulent au coin après quatre avertissements.

Le roux renversa la tête sur le dossier du divan, fixant le plafond, et expliqua d'une voix grave :

- C'est le moment où je me fais engueuler.

Tifa croisa les bras, les sourcils foncés, avant de déclarer :

- Je crois que t'es déjà assez puni comme ça, pas la peine que j'en rajoute.

Elle pointa du doigt sa jambe couverte de bandages et Roxas se rendit compte qu'il portait toujours le pantalon ruiné dont il avait découpé la moitié pour dégager les plaies.

- Comme c'est magnanime de ta part, soupira Reno sans se redresser.

- Vous voulez un café, mademoiselle Lockheart ? Demanda Roxas à la jeune femme.

Elle grimaça.

- Est-ce qu'on pourrait éviter…

- … ce genre de formalités, acheva Reno, lui coupant la parole. Noir avec deux sucres. Tifa n'aime pas qu'on l'appelle « Mademoiselle » ni qu'on la vouvoie, ça fait trop « sérieux et respectable » pour elle.

- Va te faire mettre, poil-de-carotte. Et envoie-moi des photos.

- Dans tes rêves, ma belle.

Roxas s'éclipsa dans la cuisine pour préparer le café, surpris. S'il avait remarqué que Reno dissimulait ce qu'il éprouvait face à lui, il réalisait qu'il le faisait encore beaucoup plus devant les autres. A l'entendre, comme ça, on aurait juste dit un mec qui venait d'avoir un accident et que ça agaçait beaucoup, sans plus.

Il ramena le café et le donna à leur visiteuse qui le remercia, puis remporta dans la cuisine les tasses qui encombraient la table et vida le cendrier. Il remarqua au passage que le coffret en bois avait disparu.

Soucieux de ne pas se mêler des affaires des autres sans y avoir été invité, il employa son temps de façon utile. Il déchargea la machine, en lança une deuxième et étendit le linge humide sur le séchoir pliable, dans la chambre de Reno. Puis, il changea ses draps, rangea son armoire (les piles, ici, avaient bien souffert, même s'il manquait la moitié du linge), débarrassa le lave-vaisselle et essuya la vaisselle encore humide avant de la ranger. Au moment où il ouvrait les portes du balcon dans le salon pour aérer et débarrasser l'atmosphère de la fumée des cigarettes que Reno fumait à la chaîne – Roxas songea que là, ça allait encore parce qu'il était jeune mais que d'ici quinze ans, il aurait les dents bien jaunes – Tifa se leva pour partir.

Elle salua Reno en l'enjoignant de l'appeler en cas de besoin, et prit Roxas à témoin.

- Même s'il s'imagine qu'il a pas besoin, si toi tu vois que c'est le cas, tu m'appelles.

Roxas hocha la tête et sourit, sans prêter attention au grognement de Reno. Elle lui était vraiment très sympathique. Il appréciait sa franchise, et aussi le simple fait qu'une femme puisse ne pas être obsédée par son apparence physique – ça le changeait agréablement.

Il la raccompagna à la porte et serra la main qu'elle lui tendait, mieux préparé cette fois.

Elle avait dans les yeux une profonde compassion en le regardant, ce qu'il aurait trouvé très agaçant si elle n'avait accompagné cela d'un grand sourire, assez convaincant pour qu'il puisse choisir d'ignorer son regard s'il le désirait. Ce qu'il fit.

En revenant dans le salon, il trouva Reno déjà replongé dans ses papiers. S'asseyant en face de lui, il s'accouda à ses genoux et posa son menton dans ses mains.

- Elle n'est pas qu'une simple collègue de travail, je me trompe ? Demanda-t-il.

Reno secoua la tête.

- En dehors d'Axel… et de toi, elle est ce que j'ai de plus proche d'un ami. D'une amie, en fait.

Roxas ne releva pas l'hésitation qu'il avait perçue dans sa voix.

- Je la trouve très sympathique.

- C'est un vrai garçon manqué, mais elle a tendance à mal se juger.

Le blond hocha la tête.

- Tu veux un autre café ? Proposa-t-il.

- Oui, s'il te plaît.

Roxas prit la tasse sur la table – il faudrait qu'il la débarrasse avant de pouvoir la nettoyer.

Il laissa Reno travailler et aspira les chambres, le couloir et la cuisine. Il y avait des livres égarés un peu partout dans l'appartement, qu'on avait ouverts puis abandonnés là, dans la chambre de Reno, dans la salle de bains, dans le salon. Il les rassembla et les rangea. Son regard tomba sur le cadre au-dessus de la bibliothèque, rempli de photos d'Axel et de Reno. « Les moments les plus importants de notre vie », lui avait expliqué Axel. A sa sortie de l'hôpital, une semaine avant l'accident, il avait ajouté une photo de Roxas et lui. Le blond ne put s'empêcher d'éprouver un nouvel élan de tristesse mêlée de révolte. C'était tellement, tellement injuste, ce qui était arrivé…

Il était près de huit heures du soir quand il tira Reno de son travail. Il y avait des papiers éparpillés partout, sur la table, le divan et même sur le sol, couvertes de textes, d'annotations et de chiffres. Ça avait l'air vraiment rébarbatif, mais Reno semblait si concentré que Roxas avait l'impression de ne pas être là.

Il alla dans l'armoire de la salle de bains pour se laver les mains et chercher ce qu'il avait ramené de la pharmacie.

- Il faut changer ton pansement.

Reno releva la tête, l'esprit encore plein de chiffres et d'arguments de vente. Lorsqu'il regarda Roxas, pendant une fraction de seconde, il eut l'impression de voir des diagrammes et des légendes flotter autour de lui.

Il recula contre l'accoudoir pour étendre sa jambe, et eut un mouvement de recul en voyant Roxas s'assoir, apparemment décidé à s'en occuper lui-même.

- Je peux le faire, tu n'as pas besoin de…

- Je ne veux pas le savoir, répondit fermement le blond sans lui laisser le temps de finir.

Reno n'avait ni l'envie ni l'énergie de lutter. Il se contenta de retrousser complètement ce qui restait de la jambe de son pantalon pour dégager tout ce qui était bandé, et étendit la jambe. Roxas entreprit de défaire les bandages, avec autant de douceur et de dextérité que l'infirmière qui s'en était occupée le matin même.

Ses plaies ne présentaient pas mieux qu'alors, constata-t-il, et le contact avec l'air lui embrasa la jambe. Il se serait attendu à ce qu'un spectacle pareil rebute un maniaque de la propreté et de la netteté tel que Roxas, songea-t-il en regrettant de n'avoir pas repris d'antidouleur. Mais il n'avait pas l'air d'en avoir cure.

Roxas abandonna les bandes souillées sur le sol, là où il n'y avait pas de feuilles ou de classeurs, et se versa dans la paume de la main gauche une généreuse dose du baume prescrit par le médecin.

Reno réprima un soupir de contentement quand il entreprit de l'étendre sur ses blessures. La pommade était très fraîche et apaisait la brûlure de la douleur. Petit à petit, il sentit tous ses muscles se relaxer. Il y avait si longtemps qu'il ne s'était plus senti aussi détendu… Et les mains de Roxas étaient tellement douces, et il était tellement… tellement… fatigué…

Il ferma les yeux.