Auteur : Ariani Lee

Bêtalecture : Shangreela

Fandom : Final fantasy VII, Kingdom Hearts

Pairings: RAR et dérivés

Disclaimer : L'univers est les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.

Note : Bonne année ! Voici mon cadeau pour bien la commencer, et je vous annonce que finir cette histoire fait partie de mes bonnes résolutions pour 2013.

Note 2: Voici les résultats du poll. Je dois dire que je suis positivement ravie du résultat, on dirait que vous voulez moins la mort de Roxas qu'avant!

CDP: Que pensez-vous du rapprochement de Roxas et Reno?

1: Moi ça me plairait bien qu'ils se rapprochent, du moment qu'ils n'oublient pas Axel. 8 » 66% (*Danse de la joie*)

2: Tant mieux s'ils se rapprochent, je n'attends que ça. 2 » 16% (Ah mais carrément! O.o)

3: VADE RETRO, Roxas! C'est le territoire d'Axel, pas touche! 1 » 8% (Un irrésistible lecteur résiste encore et toujours à l'envahisseur Ro...xas)

4: 42. 1 » 8% (XD)

5: PAS TOUCHE, Reno! C'est chasse gardée! 0: » 0% (Apparemment tout le monde s'en fout.)

6: STOP TOUS LES DEUX! Non mais ça va pas bien? Ils vont tromper Axel?! 0 » 0% (Ah, ah, à l'époque d'À Cœur Fendre c'est celle-ci qui aurait eu la majorité, je crois!)

7: C'est pas des animaux, il va rien se passer entre eux, faut pas penser qu'à ça... 0: » 0% (Vous avez une bien triste opinion de la race humaine - ou des personnages, au choix.)


Chapitre 8 : Arrache-Moi


Arrache-moi les yeux, que je ne puisse plus voir
Arrache-moi les mains, que je ne puisse toucher
Arrache moi les ongles, la douleur jusqu'au bout des doigts
Arrache moi la tête, que je ne puisse savoir
Arrache moi les oreilles que je ne puisse t'entendre
Arrache moi les - ! La douleur jusqu'au bout de moi
Arrache moi le cœur, que je ne puisse plus avoir peur

(« Arrache-Moi », Louise Attaque)


Les choses se passèrent étonnamment bien, du point de vue de Reno. Si bien, en fait, que lorsqu'il se présenta à l'hôpital, comme prévu, après la semaine de convalescence forcée à laquelle l'avait condamné le docteur Even, il avait comme la bizarre impression que les derniers jours ne s'étaient pas réellement écoulés. En y repensant, il ne pouvait pas s'empêcher de chercher : un détail, quelque chose avait forcément dû déconner à un moment ou à un autre, d'une manière ou d'une autre. Mais il avait beau se repasser en tête les évènements, il n'y avait rien, et il luttait contre l'impression (ridicule mais oppressante) d'être sur le point de se réveiller le lendemain de sa gamelle dans la rue de Roxas et de devoir tout recommencer. Il savait que c'était idiot, bien sûr, mais c'était plus fort que lui. Sa vie s'était résumée à un inexorable enchaînement de catastrophes et de désastres, depuis l'accident d'Axel, et c'était un peu comme s'il fallait nécessairement qu'un problème vienne valider le temps passé, sans quoi il ne comptait pas.

Pourtant, son congé imposé s'était parfaitement déroulé : il avait pu travailler à son aise et rattraper son retard, et il avait complètement récupéré, moitié grâce au repos qu'il avait pris, moitié grâce à la cuisine de Roxas qui le forçait à manger avec une autorité ne souffrant aucun refus.

Il s'était conditionné à rester concentré sur son travail pendant que Roxas le soignait, s'absorbant jusqu'à se fermer complètement dans ses chiffres et ses statistiques de présentation pour parvenir à ignorer les frissons et la chair de poule que les doigts agiles du blond faisaient naître sous sa peau lorsqu'il massait sa jambe, caressant parfois incidemment l'intérieur de sa cuisse, là où la chair était particulièrement sensible. Si Roxas s'était étonné de son attitude limite autistique dans ces moments-là, il n'en avait dit mot.

Roxas, de son côté, avait remis tout l'appartement en état et suivait son traitement à la lettre. Reno l'avait accompagné à deux reprises chez le docteur Master. Il n'avait pas réfléchi, la première fois, et s'était pointé là les mains dans les poches. Mal lui en avait pris, puisqu'il était resté une heure durant à poireauter dans la salle d'attente à essayer de lire Le Monde et Le Nouvel Observateur, puis à se demander pourquoi les médecins ont toujours ce genre de magazines hyper barbants dans leur cabinet. Dire que ça l'avait gavé aurait été un euphémisme, surtout qu'à cause de sa jambe il ne pouvait même pas faire les cent pas. Aussi, lors du rendez-vous suivant, il avait emporté de quoi travailler parce que, hé, le temps c'est de l'argent.

Tifa était passée presque tous les jours, pour prendre de ses nouvelles et emporter les dossiers clôturés. Elle et Roxas s'entendaient bien, vraiment bien. Ils discutaient même si Reno ne se mêlait pas à la discussion, et c'était agréable.

Le transfert d'Axel des soins intensifs vers le service des comateux s'était effectué trois jours auparavant. Il partageait désormais sa chambre avec une vieille dame qui était dans le coma suite à une grave thrombose, et qui recevait peu de visites. Reno avait senti son cœur se figer douloureusement en voyant Axel dans ce lit, à cet étage silencieux où tout était feutré, presqu'étouffé. Il avait eu l'impression que le corps médical abandonnait le combat et le remisait là, pour attendre de voir s'il se réveillerait ou pas. Bien sûr, il avait conscience que c'était tout ce qu'il y avait à faire, que les médecins avaient déjà donné leur maximum, mais ça n'avait pas empêché sa gorge de se serrer si fort qu'il en avait eu le souffle coupé. Ce jour-là, la main de Roxas avait trouvé la sienne et Reno l'avait serrée, peut-être un peu trop fort, heureux de sa présence à ses côtés.

Puisqu'il n'était plus aux soins intensifs, Axel pouvait désormais recevoir des visites. Reno et Roxas avaient croisé, au sortir de leur visite quotidienne, Ienzo et Demyx qui arrivaient. Ce dernier s'était répandu en excuses, les yeux brillants, avant de prendre Roxas dans ses bras et de l'éteindre. Roxas, lui, était devenu raide comme une planche, surpris et un peu choqué, puis Ienzo avait doucement mais fermement entraîné Demyx dans la chambre en leur lançant un regard d'excuse. Roxas n'avait pas compris, et Reno avait alors réalisé qu'il ne lui avait jamais donné les détails de ce qui s'était passé le jour de l'accident. Il lui avait donc tout expliqué sur le chemin de l'appartement.

Il s'en souvenait parfaitement, bien sûr. Ce jour-là, son téléphone avait sonné, le nom d'Axel s'affichant sur l'écran, mais quand il avait décroché, c'est Demyx qu'il avait entendu. Sa voix, en fait, car il était dans un tel état de panique qu'il n'avait pas compris un traître mot de ce qu'il disait, mais une enclume lui était tombée dans l'estomac. Il avait immédiatement su que quelque chose n'allait pas mais Demyx ne se calmait pas et ses paroles restaient totalement inintelligibles. Finalement, Ienzo lui avait pris le téléphone des mains et avait calmement raconté à Reno ce qui venait de se passer.

Pour Reno, ce qui était arrivé était la faute d'Axel, et la sienne uniquement, et Roxas était d'accord avec lui. C'était lui qui s'était arrêté au milieu de la rue, lui qui avait commencé à traverser sans regarder si la route était libre ou si le feu était vert (il ne l'était pas), mais Demyx, qui avait tout vu, culpabilisait à mort. Il se sentait responsable, parce qu'il avait interpellé Axel pendant qu'il traversait, mais il ce n'était probablement pas arrivé à cause de ça. L'accident se serait produit de toute façon, même si Axel ne s'était pas arrêté et même s'il avait fait un pas de plus sur la route.

Tidus aussi était venu, ainsi bien sûr que toute la famille d'Axel, complètement effondrée (seuls ses parents avaient pu le voir, jusque là, et sa sœur était blême et réprimait visiblement ses larmes) et celle de Reno. Il avait vu Kairi soutenir Cissnei et avait adressé à Axel une supplique muette, l'implorant de se réveiller. Si seulement tu pouvais voir tous ces gens qui t'attendent et à qui tu manques.

Maintenant qu'il s'était stabilisé, Roxas avait appelé Ven pour lui expliquer ce qui était arrivé à Axel. Il avait ensuite passé dix minutes à les dissuader, lui et Terra, de prendre le premier avion pour rappliquer direct. Il lui avait assuré à plusieurs reprises qu'il allait bien, qu'il était avec Reno et qu'il n'y avait rien de plus à faire, qu'il était inutile qu'ils se déplacent. Heureusement, ils avaient entendu raison.

Un peu obligé financièrement, Roxas avait résilié le bail de son propre appartement, vu qu'ils se retrouvait sans emploi et que même s'il avait touché une compensation considérable, il ne pouvait pas se permettre de payer le loyer d'un appartement où il ne vivait pas et qui, de plus, était maintenant très au-dessus de ses moyens. Quand il avait parlé de louer autre chose de plus petit, Reno lui avait fait un regard lourd.

- Jusqu'à nouvel ordre, tu es collé ici. J'ai pas l'intention de te relâcher dans la nature.

Il avait bien vu qu'il le prenait mal, mais tant pis : Reno se souciait avant tout de sa sécurité et de son bien-être, et si ça voulait dire l'enfermer à clé chez lui, hé bien il le ferait. Tant que le docteur Master ne dirait pas à Roxas qu'elle l'autorisait à vivre seul à nouveau, il resterait là. Tant pis si ça le vexait après tout, Reno avait signé une décharge. Il était deux fois responsable de lui.

Finalement, les choses semblaient rentrer dans l'ordre, les unes après les autres. Pas le bon ordre, pas celui dont ils avaient envie, mais un ordre quand même, et ça faisait du bien.

- Alors, monsieur Lace, comment ça va ?

Reno releva la tête, tiré de ses pensées par la voix du docteur Even qui venait d'entrer dans le cabinet où il avait patienté jusque là. Fermement décidé à être « sage » (à rester zen, en tout cas) pour éviter une seconde condamnation, Reno lui répondit de sa voix la plus mesurée :

- Bonjour, docteur. Bien, et vous ?

Le praticien s'arrêta un instant, à deux pas de lui, et le toisa par-dessus son bloc-notes, l'air mi-dubitatif mi-amusé et un sourcil levé (ce qui avait de quoi donner la chair de poule), avant de finir de traverser la pièce. Il invita Reno à se débarrasser et à s'installer sur la table d'examen, et ce dernier se défit donc de son jean – son premier vrai pantalon de la semaine – avant de s'exécuter.

Il attendit avec anxiété la fin de l'examen. D'après lui, sa jambe allait beaucoup mieux. Les plaies, certes nombreuses et relativement profondes, avaient complètement coagulé, et même si c'était loin d'être beau à voir, il pouvait tout à fait marcher, maintenant. Même sans antidouleurs, il ne souffrait pratiquement plus. Il s'efforça de ne pas s'impatienter tandis que le médecin inspectait les plaies, palpait sa jambe, prenait sa tension, examinait ses pupilles et écoutait ses poumons. Puis finalement, ce dernier lui dit de se rhabiller et alla s'assoir derrière le bureau qui se trouvait à côté.

- C'est très bien, déclara finalement le docteur Even, et Reno réprima un soupir de soulagement. Vous avez très bien soigné votre jambe, je vous encourage à continuer d'utiliser le baume que je vous ai prescrit. Vous pouvez maintenant la laver normalement et marcher à votre aise, même s'il vaudrait mieux éviter de trop forcer.

Reno resta impassible malgré le regard inquisiteur de son vis-à-vis.

- Vous avez l'air d'être en meilleure forme, aussi. Vous vous êtes reposé ?

Il se contenta de hocher la tête.

- Bien.

Le docteur griffonna à nouveau dans son dossier, puis sur un bloc dont il arracha une feuille.

- Pour moi, vous pouvez retourner travailler, mais vous pouvez utiliser ceci si vous le souhaitez, même si j'en doute.

Reno reçu le feuillet et y jeta un coup d'œil. C'était un nouveau justificatif d'arrêt de travail, pour trois jours. Comme il avait le choix, cette fois, il remercia le médecin. Il ne s'en servirait pas, mais au moins, il n'avait pas l'impression de se faire envoyer au coin comme un gosse inconscient.

- Je suppose qu'il ne servirait à rien de vous dire de ralentir sur la cigarette et le café, alors je vais me contenter de vous souhaiter une bonne journée. Prenez soin de vous, termina le docteur en se levant et en tendant la main à Reno.

Ce dernier, un peu surpris, la serra fermement. Le vieux bouc lui semblait maintenant beaucoup plus sympathique.

- Merci docteur. Bonne journée à vous aussi.

Il quitta le cabinet et se dirigea vers les ascenseurs. Il allait rejoindre Roxas auprès d'Axel, et le lendemain, enfin, il retournerait au bureau. Bien sûr, ça soulevait d'autres problèmes, non moins importants, mais c'était déjà une bonne chose de faite.

R&R

- Je te demande pardon ?

- Je t'avais dit de pas le prendre mal…

- Et du coup, tu crois que ça passe mieux ? Vraiment ?

Reno soupira, à la fois découragé et agacé.

- Roxas, sérieusement… est-ce qu'on va vraiment avoir cette conversation ?

- Certainement, oui. Enfin, est-ce que tu te rends bien compte de ce que tu viens de me dire ?

- Hé bien, je ne suis ni sourd, ni atteint d'Alzheimer, rétorqua Reno, excédé. Donc oui, selon toute logique, je suis au courant.

Sarcasme. En face de lui, Roxas se raidit et répliqua vivement :

- Tu n'as rien à m'interdire, je suis majeur et vacciné, okay ? Je n'ai pas besoin de ton autorisation pour faire quoi que ce soit ! Non mais je rêve… Pour qui est-ce que tu te prends ?

Les mots étaient comme des cailloux : durs, pleins d'arêtes et lancés très fort, pour faire mal. Reno avait beau le savoir, ça ne les empêchait pas de faire mouche. Il aurait été plus que ravi de mettre un terme à cette dispute, parce que ça ne pouvait que mal finir. Si Roxas voulait jouer au petit jeu de celui qui blesserait le plus l'autre, tout ce qu'il risquait était une défaite écrasante, parce que Reno était extrêmement doué pour le sarcasme, l'ironie et, quand il le fallait, les coups bas – il saurait où viser s'il le voulait. Il savait qu'il aurait pu lui faire mordre la poussière en deux phrases, mais quel intérêt ? Roxas réagissait comme ça parce qu'il était vexé, blessé, et en rajouter une couche n'aiderait en rien.

Tout avait commencé lorsqu'ils étaient rentrés de l'hôpital. Reno reprenait le travail le lendemain matin, ce qui l'obligeait à laisser Roxas seul, pour la première fois. Ce dernier devait rester à l'appartement puisque, conformément aux estimations de son médecin, il était presque complètement stabilisé, à présent, mais il ne pouvait pas sortir seul – pas avant quelques jours encore.

Aussi, quand Roxas lui avait annoncé son intention d'aller acheter des journaux pour faire les petites annonces, et d'aller faire un tour dans l'agence pour l'emploi la plus proche, Reno avait refusé. Il avait essayé de formuler ça de la façon la plus enrobée de sucre possible, en s'excusant, en lui offrant de lui ramener les journaux qu'il voudrait, mais ça n'avait pas empêché Roxas de réagir comme s'il lui avait purement simplement donné un ordre. Voilà comment ils en étaient arrivés à ça - à cette dispute ridicule, une dispute qui les faisait ressembler à un couple bizarre – un couple qu'ils n'étaient même pas. Roxas avait l'air d'un chat furieux, sauf que ça n'avait rien de mignon. La peau au-dessus de son nez, juste entre ses sourcils, était toute plissée, son regard noir et brûlant, sa posture agressive – les épaules rondes, la tête tendue vers l'avant et les coudes un peu repliés, poings serrés. Reno n'aimait vraiment pas le voir comme ça, mais il ne pouvait pas céder. Il l'aurait fait, s'il avait pu, mais il ne pouvait pas.

- Je suis désolé, Roxas, mais c'est comme ça, un point c'est tout.

A quoi bon lui dire « C'est pour ton bien. » ? C'était condescendant, et ça n'aurait fait que l'énerver un peu plus.

- Tu n'as pas le droit ! Protesta le blond.

- Si, je l'ai, et tu le sais très bien, riposta Reno. Ça m'amuse absolument pas de parler de ça, mais…

- Mais ça ne t'empêche pas de le faire, le coupa Roxas. Tu crois que je ne suis pas au courant, pour cette fichue histoire de décharge ? J'étais là, bon sang ! Je n'ai pas cinq ans ! Arrête de remettre ça sur le tapis, c'est déjà suffisamment humiliant comme ça !

- Tu me laisses pas le choix, non plus ! Je ne fais que ce à quoi je me suis engagé vis-à-vis de ton médecin pour qu'elle te laisse rentrer avec moi. Si t'étais pas d'accord avec ça, et avec ce que ça impliquait, fallait le dire tout de suite ! J'aurais pas signé. Mais maintenant c'est trop tard.

Roxas croisa les bras et serra les dents, l'air profondément frustré – il n'avait rien à répondre à ça, parce que, Reno le savait, il avait raison de A à Z.

- Je suis responsable de toi, que tu le veuilles ou non, et ce n'est ni une corvée, ni une gêne. J'ai fait ça parce que je le devais, mais aussi parce que je le voulais, personne ne m'a obligé à quoi que ce soit ! Et je voudrais vraiment ne pas être obligé d'avoir cette putain de conversation avec toi !

Il était en train d'aller trop loin. Il le savait. Il le savait mais il n'arrivait à s'arrêter.

- Putain, Roxas, tu t'imagines que ça m'amuse, franchement, de devoir faire ça !? Tu crois que j'aime le rôle que j'ai dans cette histoire, que ça me plaît de devoir t'interdire des trucs, de jouer les nounous alors que t'en as pas besoin ? Tu crois que ça me fait quoi, d'avoir le mauvais rôle et qu'en plus tu m'en veuilles pour ça ? Tu crois que je me sens comment, quand je fais tout ce que je peux, quand j'investis toute l'énergie que j'ai, et même celle que j'ai pas, pour que le monde s'écroule pas autour de toi, et quand toi en retour, tu me couvres de reproches ? J'en ai ma claque de tes caprices !

C'était toute la colère qu'il avait accumulée, toute la rage et toute la frustration qu'il avait refoulées ces derniers temps qui débordaient, qui inondaient tout le reste. Ses mots dépassaient sa pensée, et le visage de Roxas se décomposait, toute colère envolée. Ses yeux s'agrandissaient sous le choc ses bras, jusque là croisés, s'enroulaient autour de sa taille pour s'y crisper. Dans la tête de Reno, les arguments si bien ordonnés, préparés et classés, disparurent sous le flot inexorable de ses émotions trop longtemps contenues.

Axel'accidentd'Axeldanslelitd'hôpitalsipâlesimaigreimpuiss antmortd'inquiétudeangoisseinsomniean goisseangoisseimpuissanceacc identplaiesàvifRoxasRoxasRox asdoigtssurluifrissonscoupab lecoupablecoupablecolèrerage colèrecolèrecolère

Si seulement il avait pu pleurer.

Reno comprit soudain qu'il fallait qu'il s'en aille, qu'il quitte cette pièce, sans quoi il allait réellement dépasser les bornes, alors il tourna brusquement les talons. Il s'enfuit littéralement dans le couloir, plantant Roxas au milieu du salon sans un regard en arrière, et s'enferma dans sa chambre, claquant la porte de toutes ses forces. Il s'effondra sur son lit, enfonça la tête dans son oreiller qui sentait bon le propre et hurla, hurla, hurla encore jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus, jusqu'à ce que sa voix se casse, mais les larmes ne venaient pas. Certainement qu'ils'était retenu trop longtemps. Il avait enfermé à clé sa douleur sa souffrance et son chagrin étaient emmurés vivants à l'intérieur de lui, présents mais inaccessibles.

Il passa une mauvaise nuit. Il tendit l'oreille pour essayer d'entendre ce que faisait Roxas jusqu'à ce qu'il aille se coucher, vers deux heures du matin. Dans l'intervalle, il resta couché sur son lit à fixer le plafond et à tenter de crever l'abcès qui lui plombait le cœur. Il pensait à Axel, projetant son image sans aucune difficulté.

Il le regardait, écoutait l'écho de sa voix et de son rire qui résonnaient dans sa mémoire. Finirait-il par ne plus se souvenir de sa voix, à force de ne plus l'entendre ? Il poussa plus loin dans cette direction, songeant que peut-être il tenait là une piste, imaginant un jour futur, peut-être pas si lointain, où il ne le reconnaîtrait pas s'il l'entendait au téléphone.

Rien.

Il se repassa toutes les images qu'il avait en réserve, de ses yeux et de ses regards. Vivants, pétillants, rieurs, chaleureux, embrumés par le désir ou le plaisir. Assombris par la tristesse ou la colère, contrariés, tristes, remplis de larmes. Incrédulité, perplexité, surprise, une foule d'expressions et d'émotions diluées dans l'absinthe de ses iris.

Rien.

Il appela à lui le souvenir de tous les contacts dont il se rappelait. Se reprocha amèrement de ne pas lui avoir fait l'amour à chaque fois qu'il en avait eu l'occasion au lieu de ne faire que coucher avec lui. Sa peau sous ses doigts, ses jambes autour de sa taille, le velours de la table de billard, les profondeurs sombres des couvertures, l'obscurité chaude et moite de la nuit, le moelleux de la moquette, le craquement des feuilles mortes et des brindilles du sous-bois, ses gémissements, litanie obsédante-ensorcelante et chaude, plus mélodieuse que n'importe quelle musique, unique et sacrée comme le chant d'un ange.

Rien.

Rien que la douleur invraisemblable qui palpitait, comprimée entre les parois de sa prison, rien que son cœur qui semblait doubler puis tripler de volume, rien d'autre que la souffrance. Pas une larme. Il avait beau appuyer comme un forcené là où ça faisait le plus mal, il n'arrivait toujours à pleurer. Il finit par arrêter, haletant et en sueur comme s'il venait de fournir un effort physique intense. Il n'arrivait qu'à se faire mal, et il n'était pas masochiste.

C'est à ce moment-là qu'il entendit la porte de la chambre d'Axel s'ouvrir puis se fermer, et il resta là à se demander quoi faire. Il décida de patienter une heure puis d'aller fermer la porte d'entrée à clé. Il savait que c'était de la paranoïa, que Roxas n'allait pas se tirer en pleine nuit – pour aller où ? Il n'avait plus d'appart, son frère était au diable et il le voyait mal aller se réfugier chez ses parents. Mais il avait peur, même si c'était irrationnel. Alors il attendit. Puis son réveil sonna.

Il se réveilla en sursaut – sept heures moins le quart. Il s'efforça de se calmer, de réprimer la panique qui lui embrouillait le cerveau. Et s'il avait…

Il s'habilla rapidement et sortit de sa chambre. Il remonta le couloir et ouvrit la porte de la chambre voisine en silence, pour y jeter un coup d'œil en catimini. Il se sentit intensément soulagé de voir que Roxas y était – couché dans le lit, tournant le dos à la porte. Il dormait sans t-shirt, il pouvait voir ses épaules et ses omoplates. Il soupira, se sermonnant muettement pour son attitude dirigiste et angoissée. Puis il referma la porte, récupéra les clés de Roxas (qui lui prêtait sa voiture jusqu'à ce qu'il récupère sa moto, c'était à dire le plus tard possible, d'après lui) et les siennes. Il sortit de l'appartement et, après une seconde d'hésitation, la verrouilla.

Roxas lui en voudrait à mort pour ça, c'était certain, et c'était probablement inutile, mais il savait qu'il ne se sentirait pas tranquille une seconde de toute la journée s'il ne le faisait pas. Il serait toujours temps pour lui et Roxas de discuter sérieusement quand il rentrerait, mais dans l'immédiat, il avait besoin de s'assurer qu'il serait toujours là à son retour.

Pendant un instant, il repensa au certificat médical du docteur Even, qui lui avait offert trois jours de « congé » supplémentaires, et envisagea sérieusement de les prendre. Puis il pensa à Kadaj, à qui il laissait tout le loisir d'essayer de lui prendre sa place pendant son absence, ce dont il ne s'inquiétait pas outre mesure, mais qui avait déjà prouvé qu'il pouvait se montrer très créatif quand il s'agissait de lui casser les pieds.

Il empocha les clés et quitta l'immeuble. Le plus urgent pour l'instant, c'était qu'il retourne au bureau. Le reste attendrait.

R&R

Alors oui, je sais, c'est peau de vache de couper là, mais plus loin c'était pas possible. Mais je vous promets de me faire pardonner, la suite sortira un peu plus vite que d'habitude. Et le prochain chapitre sera haletant, il s'y passera des tas de choses !