Auteur : Ariani Lee
Bêtalecture : Shangreela/Lyly u
Fandom : Final fantasy VII, Kingdom Hearts
Pairings: RAR et dérivés
Disclaimer : L'univers et les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.
Chapitre 9 : Injuste
Même si je vois
C'est mon choix
Ton cœur est déjà pris
Aussi je crois
Que l'amour est parfois ainsi
L'habitacle de la voiture embaumait le citron.
Reno passa chaque seconde du quart d'heure de trajet qui séparait l'appartement des bâtiments de la SHINRA à s'imaginer avec appréhension la scène qui l'attendrait quand il reviendrait, ce soir-là. Roxas allait être furieux. Fou de rage, même. Il l'avait enfermé. A deux reprises, il faillit faire demi-tour mais il finit par décider, malgré des sentiments mitigés, qu'il avait fait ce qu'il fallait.
Il se gara quasiment devant l'entrée et descendit de voiture. Il s'efforça de ne pas penser au fait que Roxas était tout sauf stupide et qu'il pouvait très bien appeler un serrurier. Trop tard. Son estomac se contracta douloureusement et, pour la troisième fois, il fut à deux doigts de se raviser et de repartir dare-dare.
Calme toi¸ pensa-t-il. Tout va bien. Roxas est adulte et il est sous traitement. Il ne se tirerait pas comme ça en laissant l'appartement ouvert, et faire remplacer les serrures serait excessif, même dans des circonstances pareilles.
- Reno ? Dites-moi que je rêve ! Toi, en voiture ? Serais-tu finalement devenu raisonnable ? Rit une voix familière, non loin de lui.
Reno se tira un peu brusquement de son marasme et se prépara à faire face à la réalité du monde qui l'entourait et qui avait choisi, ce matin, de se manifester en la personne d'un jeune homme aux cheveux argentés, qui lui faisait signe depuis les portes de l'immeuble. Reno le rejoignit et ils les passèrent ensemble.
- Yo, Yazoo. Non, c'est juste la caisse d'un ami qui habite chez moi pour l'instant. Il en a pas besoin, alors il me la prête. Jusqu'à ce que je récupère ma moto, tu vois.
- Le plus tard possible, quoi, commenta son interlocuteur, mine de rien.
- T'es la troisième personne, après lui et Tifa, à me faire cette remarque. Sauf qu'il me faudra bien plus qu'une petite gamelle de rien du tout pour me faire renoncer à ma Yamaha chérie.
- Navré de l'entendre, dit Yazoo d'un air blasé en appelant l'ascenseur. Tu ne retiens jamais les leçons, hein ?
- Jamais, approuva le rouquin, content qu'il ait compris. Je renoncerai à conduire ma moto le jour où on l'arrachera à mon corps mort et refroidi. Et qu'on m'enterre avec. Non, en fait, qu'on lui creuse une tombe à côté de la mienne. Un caveau conjugal !
Ils entrèrent dans l'ascenseur et Yazoo leva les yeux au ciel.
- Très spirituel, Reno, vraiment. Mais si je me souviens bien, tu t'es aussi déboîté l'épaule en pilotant cet engin de malheur, l'année dernière ?
Reno grogna il avait l'impression d'entendre Axel.
- Si, admit-il. M'en tape.
- Hé ben. Je t'ai connu plus éloquent.
Reno gratifia son compagnon d'ascenseur d'un geste tout à fait inconvenant et vulgaire, et l'intéressé ricana. C'était agréable de le voir se comporter ainsi naturellement avec lui, se dit Reno. C'était rare. En général, il y avait ce vague malaise entre eux, dont ils étaient tous les deux conscients mais dont ils ne parlaient jamais. Il y eut un « DING ! » et les portes s'ouvrirent. Yazoo lui souhaita une bonne journée et sortit. Reno voulut lui emboîter le pas, mais à peine eut-il mis un pied dehors qu'il se retrouva entouré par la moitié du personnel du service qui, apparemment, l'attendait.
On l'acclama en riant, on lui souhaita un bon retour au bercail, on le bouscula un peu en le charriant. Il resta planté là, un rien hésitant mais agréablement surpris, à se faire accueillir comme un soldat au retour du front. Il se rendit compte qu'en fait, le bureau lui avait manqué. Ça faisait chaud au cœur…
Il chercha Tifa du regard sans la trouver, mais il aperçut, par delà la masse de ses collègues attroupés, Yazoo qui rejoignait son bureau, juste à côté de celui de son petit frère. Comble du bonheur, et même si Kadaj regardait ostensiblement l'écran de son ordinateur comme s'il n'accordait aucune importance à ce qui se passait, Reno remarqua sans peine son expression – il avait la tête de quelqu'un qui vient d'avaler une gorgée de lait périmé. Presque malgré lui, Reno senti ses lèvres s'étirer en un sourire narquois.
1-0, petit con. Bien fait pour toi.
Sa joie était mesquine, il le savait, et elle se mua en contrariété quand il vit ledit petit con rembarrer sans douceur son frère quand celui-ci le salua. Yazoo encaissa la rebuffade sans broncher, comme toujours, et Reno eut envie d'aller mettre une baffe à cet emmerdeur fini même pas foutu d'être sympa avec sa propre famille. Penser que lui et Yazoo étaient frères le laissait toujours profondément perplexe.
Après un moment, Tseng sortit de son bureau pour rappeler à l'ordre ses collaborateurs et chacun regagna sa place. Il demanda à Reno de ses nouvelles, l'air authentiquement inquiet. Le rouquin le rassura de son mieux et regagna son bureau avec un petit sourire. Vraiment, ça lui avait manqué.
Il s'assit à son bureau et alluma son ordinateur et éprouva soudain un sentiment de bien-être inattendu. Il lui fallut quelques minutes pour comprendre d'où ça venait, puis il finit par se rendre compte que c'était la première fois depuis des semaines qu'il s'asseyait là sans avoir un énorme retard à rattraper. Il s'accorda un instant de paix qu'il passa à regarder par la fenêtre en repensant à la tête de Kadaj.
L'attitude de ses collègues s'expliquait facilement. Reno ne s'absentait jamais. Parce qu'il ne considérait pas que « J'ai la gueule de bois » constituait un motif d'absence valable et qu'en ce qui concernait les maladies, il avait « un système immunitaire en métal-étoile », disait toujours Axel (pincement au cœur). Depuis qu'il travaillait à la SHINRA, il n'avait pris que deux congés pour cause d'incapacité de travail : celui dont il revenait et une seule autre fois, mémorable, où il était arrivé au boulot après avoir passé la nuit à vomir et où Tseng l'avait renvoyé chez lui ipso facto à l'instant même où il avait posé un pied dans le service parce qu' « il puait la maladie à dix mètres ». Quand Reno avait prétendu qu'il allait très bien (tout en faisant sa troisième chute de tension de la matinée), le chef lui avait dit de revenir lui dire ça quand il serait un peu moins verdâtre et qu' « il ne voulait pas d'une épidémie de gastro dans le service ». Il avait eu raison, bien sûr, mais Reno n'aimait pas manquer le travail, c'était comme ça.
Il consulta ses emails, et n'y trouva rien de très important. Il tria et classa ce qui devait l'être, effaça la moitié et répondit au mail de Tifa qui lui souhaitait un bon retour et lui disait qu'elle prenait un jour de congé pour faire de la paperasse.
Au moment où il allait se lever pour aller prendre un café et la pile de nouveaux dossiers qui devait l'attendre sur le bureau d'Helena, on toqua à sa porte.
- Entrez ?
La porte s'ouvrit sur Yazoo, qui galérait un peu à faire jouer la poignée car il avait les mains prises. Il entra néanmoins sans accident, et vint déposer sur son bureau deux minces liasses de feuilles agrafées et un café noir. Il ne garda qu'un papier plié en deux. Reno réalisa tout à coup, avec un certain déplaisir (pas à l'encontre de Yazoo, plutôt dirigé contre lui-même), que ça y était : il faisait le boulot de l'assistant qu'il était censé prendre. Il pensa qu'il fallait réellement qu'il se dépêche de trouver une solution à ce problème, sans quoi on allait finir par le désigner d'office.
- Merci, dit-il en prenant une gorgée de café.
- De rien, répondit Yazoo avec un sourire. La semaine va être chargée.
Il lui tendit le papier qu'il avait gardé. C'était une page d'agenda photocopiée et Reno écarquilla les yeux en regardant les rendez-vous planifiés.
- Deux nouveaux clients ? En une semaine ? C'est de la folie.
Nouveau client, ça voulait dire création d'un profil et étude de marché. Les dossiers à traiter pour les commandes de clients qui savaient déjà ce qu'ils voulaient ou pour des modifications pouvaient pleuvoir, jusqu'à cinq ou six par jour, mais les nouveaux clients, c'était une autre paire de manches. D'autant qu'il allait devoir les rencontrer, discuter avec eux, avoir une proposition anticipative à leur faire, histoire de partir sur de bonnes bases... Deux en une semaine, c'était loin d'être infaisable, mais il allait avoir du pain sur la planche...
- Reno ? Appela Yazoo, le tirant de ses pensées.
- Oui, excuse-moi, répondit le rouquin en secouant la tête. Tu disais ?
- Que tu devrais te dépêcher de te décider, pour cette histoire d'assistant, parce que si tu te décides pas, le chef va t'en coller un d'office.
- Oh. D'accord. Je te remercie.
C'était bien ce qu'il craignait. Il n'allait plus pouvoir repousser l'échéance bien longtemps.
- Pas de soucis.
Reno resta pensif un instant après que Yazoo fut sorti. Il tira son portable de sa poche et le regarda, l'air en proie à un vrai dilemme. Roxas était certainement déjà réveillé, mais par contre, il n'avait sans doute pas encore remarqué que la porte était verrouillée. D'un côté, s'il respectait les consignes de son médecin, il n'essaierait même pas de sortir, mais d'un autre, Reno le connaissait assez pour savoir qu'il ne fallait pas trop compter dessus. Au pire, il pourrait toujours prétendre qu'il avait fermé par réflexe. Sauf que Roxas ne le croirait jamais. Surtout après leur engueulade de la veille...
Finalement, il reposa le téléphone sans rien faire – un message risquait de mettre le feu à des poudres qui, si un miracle se produisait, pourraient peut-être ne jamais exploser. Il regarda sur le planning avec lequel des nouveaux clients il avait rendez-vous en premier et prit le dossier correspondant. Il remua la souris pour sortir le PC du mode veille qui s'était enclenché (le moniteur affichait maintenant des petites bubulles irisées qui rebondissaient contre les bords), créa un nouveau dossier et ouvrit un fichier Word et un tableau Excel. Il lut les informations qu'il avait à disposition puis ouvrit une page internet pour faire des recherches plus approfondies.
Finalement, il s'absorba tant et si bien dans son étude qu'il en oublia de manger, et n'y alla que parce que Yazoo, en lui apportant son troisième café (Si Reno en voulait plus d'un toutes les heures et demies, il devait aller se le chercher lui-même. Il était prêt à parier que Yazoo le minutait et ne voulait pas l'encourager à en boire plus.), lui en fit la remarque.
Il n'eut pas de nouvelles de Roxas de toute la journée et fit de son mieux pour ne pas se focaliser là-dessus, sans pouvoir s'empêcher de jeter des coups d'œil fréquents à son téléphone, comme s'il avait peur que celui-ci lui saute dessus et le morde. Il redoutait vraiment la scène qu'il allait lui faire quand il rentrerait - parce qu'il y en aurait une. Roxas devait avoir remarqué que la porte était fermée, et il devait être en rogne, sinon il lui aurait au moins envoyé un message pour prendre de ses nouvelles.
Il ne voyait pas quoi faire pour arranger ce problème. Tant que Roxas était sous sa responsabilité, c'était purement et simplement son devoir de veiller à ce qu'il ne lui arrive rien, mais il devait se montrer lucide : il ne pouvait pas le surveiller tout le temps. Il n'en avait pas envie non plus. Il avait quand même dit ce qu'il pensait, la veille : Roxas n'était pas un enfant, et Reno détestait jouer les nounous comme si ça avait été le cas. Il savait très bien à quel point ça devait être humiliant pour lui, et il avait horreur de tenir ce rôle. Il soupira. Et cette histoire d'assistant, ça lui prenait bien la tête...
Pour la première fois depuis que Yazoo lui avait fait cette proposition, Reno décida d'y réfléchir vraiment, et de prendre une décision s'il le pouvait. Décidant de s'offrir une pause, il se leva, attrapa ses cigarettes et descendit s'en griller une. Il arpenta le trottoir en fumant pendant plusieurs minutes. Lorsqu'il eut fini sa clope, il hésita à s'en allumer une deuxième puis décida de ne pas le faire. Il jeta son mégot dans une bouche d'égout et retourna à l'intérieur. Mais de retour à son étage, au lieu de se diriger vers son propre bureau, il alla frapper à la porte de celui de Tseng.
R&R
Ce soir-là, Reno hésita longuement devant la porte. En arrivant, il avait constaté avec un intense soulagement qu'elle était intacte : fermée, et aucune trace du passage d'un serrurier. Roxas était donc toujours à l'intérieur, mais il était sérieusement angoissé à l'idée d'entrer. Il aurait voulu pouvoir se téléporter dans l'appartement pour voir ce qu'il faisait (même si en tendant l'oreille, il entendait le son de la télé, ce qui répondait à sa question), histoire de savoir un peu à quoi s'attendre. Il savait bien que Roxas allait être complètement hors de lui et qu'il n'aurait pas tort, mais il ne pouvait pas le lui dire, et il était exténué d'avance. Il n'était pas sûr que ses nerfs, déjà mis à rude épreuve la veille, supporteraient une nouvelle crise. Sans parler de Roxas lui-même, à qui de tels accès de colère ne risquaient pas d'être bénéfiques. Et il resta là, debout dans le couloir, pendant un long moment, jusqu'à ce que la minuterie éteigne la lumière avec un claquement. Il sursauta.
Mais qu'est-ce que je fous ?
Ce n'était pas comme si la porte allait soudain lui apporter la Révélation, il ne pouvait pas passer la soirée planté devant la porte de chez lui, dans le noir. C'était tellement ridicule que, vivement, il appuya sur l'interrupteur pour rallumer et mit la clé dans la serrure. Il pensa qu'il n'aurait jamais cru qu'ouvrir cette fichue porte pouvait faire autant de bruit. Il avait un peu espéré pouvoir rentrer en silence, pour éviter de signaler sa présence à Roxas avant de tomber sur lui, mais c'était râpé. Il entra et referma derrière lui.
Le couloir était désert, et à part celui de la télé, il n'y avait aucun bruit. De plus en plus anxieux, il se débarrassa de sa veste, se déchaussa et marcha vers son destin comme un condamné stoïque va à l'échafaud.
Roxas l'attendait dans le salon, et il faisait tout à fait la tête que Reno avait imaginée – redoutée. Il était debout face à la porte, fermement campé sur ses deux jambes, le menton relevé et les bras croisés. Son visage était un masque d'indifférence, mais ses yeux lançaient des éclairs glacés.
- Hé, le salua maladroitement Reno. Ça va ?
Il n'avait pas réfléchi, pas consciemment décidé de tenter de faire comme si de rien n'était. S'il y avait pensé avant, il aurait décidé de ne surtout pas faire ça. A l'instant même où ces mots sortirent de sa bouche, il se rendit compte de la stupidité de sa démarche.
Mais quel con !
Un froncement de sourcils vint encore durcir le regard du blond. Ce n'était pas comme la veille, où ils avaient tous les deux complètement pété les plombs et crié tout ce qui leur passait par la tête. Non, là, il avait eu la journée entière pour réfléchir à ce qu'il allait lui dire et pour se composer cette attitude posée. Lorsqu'il ouvrit la bouche, Reno réprima un mouvement de recul.
- Tu m'as enfermé, dit-il d'une voix calme et froide.
Reno réprima une grimace. Il préférait peut-être quand Roxas criait, finalement. C'était presqu'effrayant. Il sut tout de suite que prétendre l'avoir fait sans s'en rendre compte était une très mauvaise idée, et ne dit rien. Roxas étrécit les yeux.
- Tu n'as même pas appelé, pas une fois de la journée, dit-il, toujours de sa voix froide comme de la glace. (Derrière lui, une page de publicité dévidait son écheveau de son et d'images insipides. Ce reproche-là faisait plus mal que l'autre.) Tu m'as enfermé.
- Si tu le sais, répliqua vivement Reno - plus qu'il ne l'aurait voulu, en fait - c'est que t'as essayé de sortir, donc j'ai bien fait.
C'est pas ce que je veux dire !
Les joues de Roxas se colorèrent un peu, parce que Reno avait raison, mais ça ne fit rien pour calmer sa colère.
- Alors toi… tu es vraiment… quand tu veux, tu… je… Enculé.
Reno répondit sans réfléchir. Par réflexe parce que la surprise d'entendre un mot pareil sortir de la bouche de Roxas, qui mettait toujours un point d'honneur à châtier son vocabulaire, avait de quoi déstabiliser et exprimait bien à quel point il était furieux parce que depuis des années, il répondait toujours la même chose à cette insulte précise.
- Dans tes rêves !
Il y eut quelques secondes de silence, d'abord incrédule puis très gêné. D'un peu rouge, le visage de Roxas vira à l'écarlate et Reno se plaqua une main sur la bouche, mortifié. Il aurait voulu s'excuser, lui dire qu'il ne voulait pas dire ça, que ce n'était pas ça qu'il voulait dire, sauf qu'il savait très bien que tout ce qu'il aurait pu dire maintenant n'aurait fait qu'empirer les choses.
Ce fut Roxas qui mit un terme à ce supplice en tournant les talons et en filant dans le couloir. Reno entendit le bruit de la porte de la chambre d'Axel qui s'ouvrait puis se refermait et soupira. Il n'arrivait pas à croire qu'il avait dit ça. Il n'y avait même pas pensé, ça avait été comme un réflexe, sauf que…
Sauf que j'aurais rien pu trouver de pire à dire pour le mettre mal à l'aise, même si j'avais essayé. Putain d'abruti, mais qu'est-ce qui m'a pris ?
En plein marasme, il alla s'affaler sur le divan, en face de la télévision allumée. Quel con. Mais quel con. Il n'osait même pas aller lui parler. Comment pourrait-il seulement le regarder en face ? Comme si ce n'était pas déjà assez difficile de lutter contre ce qu'il ressentait, alors qu'il savait très bien que Roxas éprouvait sans doute la même chose (ce qui rendait la situation deux fois plus pénible) ! Faire ce genre de sous-entendus scabreux, c'était vraiment la pire des idées qu'il aurait pu avoir.
- La valériane, dit soudain la voix de Roxas, à côté de lui.
Reno sursauta légèrement et tourna la tête. Il se demanda combien de temps il était resté plongé dans ses pensées. Il ne l'avait pas entendu arriver, mais Roxas était assis à l'autre bout du canapé. L'air un peu mal à l'aise, il regardait la télévision.
- Pardon ? Demanda Reno, interloqué.
- La question, dit Roxas en montrant l'écran du doigt.
C'était « Qui veut gagner des millions ? » et vu qu'on en était déjà aux deux-tiers des questions, il supposa qu'il avait dû perdre la notion du temps pendant au moins vingt minutes.
- « Quelle plante, également connue sous le nom d' « herbe à chats », possède des propriétés sédatives sur un être humain et excitantes sur un félin ? ». La réponse, c'est « La valériane ».
- Ah bon.
Ils restèrent silencieux un instant, puis Roxas se tourna enfin vers lui.
- Je suis désolé, dit-il.
Soulagé au-delà des mots, Reno répondit :
- Non, c'est moi…
- Non, vraiment. S'il te plaît, vraiment, je sais que tu cherches seulement à veiller à ce que rien ne m'arrive. Je suis désolé pour hier soir, aussi. Je ne pensais pas ce que j'ai dit.
- Et moi je suis désolé de m'être énervé comme ça. C'est juste que vraiment, j'ai pas envie de faire ça, de t'emmerder sans cesse. Je sais que tu n'as pas besoin qu'on te garde, tu es adulte et c'est humiliant. J'en ai bien conscience.
- Mais tu t'y es engagé, et tu l'as fait pour moi. Je me comporte mal, Reno, je suis ingrat vis-à-vis de toi, et franchement, j'ai honte de moi.
Le rouquin secoua la tête. À l'écran, le candidat demanda le 50/50 et deux réponses disparurent.
- Ne dis pas ça. J'aurais pas dû t'enfermer à clé, c'était stupide et arbitraire, mais… Je sais pas, j'étais vraiment inquiet. Je le referai jamais, je te le jure. J'ai angoissé toute la journée, probablement pire que si je l'avais pas fait. Je me sens minable.
- On est deux, comme ça.
Roxas lui sourit, l'air penaud, et il en fit autant. Les choses s'arrangeaient. Au final, tout s'arrangeait toujours, mais le processus ne se déroulait pas sans heurts. Il était fatigué.
Le candidat choisit finalement la réponse qu'avait donnée Roxas et franchit le pallier. Sur une impulsion, Reno se pencha et attira Roxas dans ses bras. Le blond se laissa faire et se déplaça pour se rapprocher de lui. Il se blottit dans son étreinte, appuyé contre son torse et soupira.
- C'était vraiment une très mauvaise journée.
Reno posa le menton dans ses cheveux.
- Moi aussi. Mais demain, tu viens avec moi.
- Ah bon ?
- Ouais.
Reno se serait attendu à ce que Roxas pose des questions il supposa qu'il voulait faire profil bas et que c'était pour ça qu'il ne disait rien. Il le garda dans ses bras et ils restèrent ainsi, enlacés devant la télé, et même s'ils ne l'avouaient que par devers eux, il y avait bien longtemps que, l'un comme l'autre, ils ne s'étaient pas senti aussi bien. Ça rappelait à Reno ces quelques jours durant lesquels Axel avait été si déprimé, et au cours desquels il avait peu à peu pris conscience de ses sentiments pour lui. Triste, il serra Roxas un peu plus fort, enfouissant son visage dans ses cheveux.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? Demanda le blond.
- Rien. C'est juste… C'est juste que… Tu te souviens, juste avant que vous commenciez à sortir ensemble, qu'Axel avait vu ton frère avec Terra, et il l'avait pris pour toi ?
Il perçut très nettement la tension qui crispa brièvement les muscles de Roxas avant que celui-ci lui réponde.
- Oui, bien sûr.
- Quand il est rentré, ce jour-là, il était au trente-sixième dessous. La semaine qui a suivi, il a été très mal. Et on a passé toutes nos soirées ensemble comme ça, enlacés devant la télé… C'est juste après ça que je me suis rendu compte que je l'aimais.
- Parfois..., Commença Roxas à voix basse. Parfois, j'ai l'impression d'avoir ruiné votre vie... Si je n'avais pas rencontré Axel, tous les deux, vous seriez ensemble et rien de tout ça ne se serait passé.
Reno secoua la tête et l'étreignit plus fort.
- Arrête de dire des conneries. C'est pas toi qui as poussé Axel sous les roues de ce camion, il l'a fait tout seul.
Il aurait aimé que la colère soit moins perceptible dans sa voix quand il prononça ces mots.
- Je n'ai jamais regretté de t'avoir rencontré, et lui non plus. On t'aime, Roxas, alors ne te tortures pas comme ça, c'est ridicule.
- Il me manque, dit Roxas après un instant de silence.
- Je sais. À moi aussi.
L'émission était finie. Il y eut un long tunnel publicitaire puis un film commença dont Reno, distrait, ne capta même pas le titre.
- C'est tellement injuste…, murmura Roxas.
- Quoi donc ? Demanda Reno.
Il était arrivé un paquet de trucs injustes au blond, ces derniers temps, et il n'était pas sûr de savoir à quoi il faisait allusion – l'accident, la perte de son boulot, l'effondrement quasi-systématique de sa vie tout entière…
- Toi, tu... Tu me portes à bout de bras. Tu as toujours soutenu Axel, tu es toujours là pour tout le monde… Vraiment, tu es quelqu'un de bien. Mais je me demande… qui te soutient, toi ?
Reno ouvrit la bouche pour répondre mais rien ne lui vint. Il ne voulait pas répondre « Personne », c'était bien trop mélodramatique… Mais il ne voyait vraiment pas quoi dire. Puis il se rendit compte que dix secondes au moins s'étaient écoulées sans qu'il trouve de réponse, alors il décida de ne rien dire. C'était vrai, Roxas avait raison : la vie était foutrement injuste. Mais ce n'était pas comme s'il avait eu le choix. Il fallait qu'il fasse avec. Qu'ils fassent avec, tous les deux.
Pour le meilleur et pour le pire.
R&R
Tadaaaaa !, Premier câlin ! (Esquive une volée de châtaignes et un lancer de couteaux) Vous devriez savoir que ça ne sert à rien de protester, je fais rien qu'à faire ce que je veux, na ! (Désolée, au moment où j'écris cette note, c'est la fin du NaNo et je me sens plus, ah, ah…)
Il y en aura d'autres. Et arrêtez de me regarder méchamment ! C'est en tout-bien-tout-honneur, quoi ! En toute amitiéééééé ~ !
