Auteur : Ariani Lee

Bêtalecture : Shangreela

Fandom : Final fantasy VII, Kingdom Hearts

Pairings: RAR et dérivés

Disclaimer : L'univers est les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.

NOTE : Salut à tous, me revoilà ! Je suis sûre que vous avez cru que je ne reviendrais pas,âs vrai ? Croyez-moi, délai ou pas, j'ai cette histoire dans les tripes et je la finirai. Oh, oui. J'ai grandement besoin de vos reviews et encouragement, et j'invite ceux qui n'y sont pas encore à rejoindre ma page facebook Ariani Lee, car vous y trouverez des albums propres à chacune de mes fics (notamment celle-ci, avec par exemple une photo de la moto de Reno),un morceau pour accompagner chaque chapitre à la lecture et plein d'autres choses en bonus. Et puis accessoirement, je blablate à longueur de journée sur ce que j'écris, alors vous pouvez vous tenir au courant, si ça vous intéresse. Je ne vous fais pas plus attendre, bonne lecture ! Que je suis heureuse de vous retrouver !


Chapitre 14 : Ignition

Spark! And it's like gasoline

I start purring like a machine

My heart only runs on supreme

So hot, give me your gasoline

You set me on fire

Gasoline, Britney Spears


- T'as l'air contrarié.

Roxas s'arrêta en double file et tira le frein à main.

- Je déteste te savoir de nouveau sur ce véhicule du diable.

Le rictus qui tordit les lèvres de Reno hésitait entre le sourire et la grimace. Roxas se tourna vers lui.

- Je ne plaisante pas. La dernière fois, tu as fini à l'hôpital et tu ne te débarrasseras jamais des cicatrices.

- C'est pas sympa de me le rappeler. - C'est la stricte vérité.

- Tu as besoin que moi, je te rappelle pourquoi je roulais si vite ?

- On a déjà eu cette conversation. Franchement, dix minutes de plus ou de moins, qu'est-ce que ça aurait changé ? Je sais que c'est en partie ma faute, mais rien ne justifie... Oh, et puis tu sais quoi ? Laisse tomber. Promets juste de rouler prudemment et de porter ton fichu casque.

Ledit fichu casque se trouvait sur la banquette arrière, à côté de son blouson, aussi rutilant que s'il avait été neuf. Ce qui, d'une certaine façon, était le cas.

Reno acquiesça.

- Promis.

Il attrapa casque et blouson et descendit de voiture. Au moment où il s'apprêtait à claquer la portière derrière lui, Roxas le retint.

- Quoi ? Demanda Reno.

- Je le pense. Ça me rend malade. S'il te plaît...

- Je serai prudent, et je porterai mon casque. Tu peux pas continuer à me conduire partout.

- Franchement, ça ne me dérange pas. Je préfèrerais.

- Ecoute... Je peux pas la laisser ici indéfiniment, quoi qu'il en soit. Alors je vais la ramener au bercail, et après on verra. D'accord ?

- D'accord. A plus tard ?

- Ouais.

Reno claqua finalement la portière et resta un instant sur le trottoir après que la voiture se soit éloignée. Il regardait le garage de l'autre côté de la rue ; il ressentait lui-même une certaine appréhension. Finalement, il traversa et entra.

L'endroit sentait le caoutchouc, l'essence et la graisse de moteur. Les murs étaient couverts de pneus alignés sur des rayonnages et le bureau, qu'il voyait à travers la vitre, était vide. Comme personne ne venait à sa rencontre, il avança, longeant établis et voitures jusqu'à ce qu'il trouve deux jambes qui dépassaient d'en-dessous de l'une d'entre elles.

- Cid ? Demanda-t-il.

Il y eut un peu de remue-ménage sous le véhicule puis le reste du corps glissa à l'air libre. Le garagiste, un blond charpenté avec une clope au bec - et dire que c'était à lui qu'on reprochait d'être imprudent avec ses cigarettes ! – récupéra la clé anglaise qui était posée sur son ventre et accepta la main que Reno lui tendait pour se relever. La planche à roulettes sur laquelle il avait été allongé repartit sous la voiture, et il la ramena d'un geste.

- Salut, gamin.

Reno ne releva pas. Cid n'avait que trente-deux ans, mais il avait tout d'un jeune vieux. Et pour avoir déjà essayé, il savait que ça ne servait à rien de discuter avec lui, il avait la tête plus dure qu'une carrosserie de 4x4. Le blond fourra l'outil dans une poche de son pantalon et essaya ses mains noircies sur son jean. Reno ne dit rien mais résolut de ne pas toucher à ses fringues avec celle qu'il avait touchée. Il aurait du y penser avant, et il sentait, maintenant qu'il y pensait, qu'elle était crade - sans doute couverte de cambouis...

- Dis donc, je commençais à croire que tu viendrais jamais. J'ai failli la mettre en vitrine.

- T'as pas de vitrine, répondit Reno, râleur.

Cid haussa les épaules et se racla la gorge.

- C'est criminel, l'état dans lequel je l'ai récupérée. Tu pourrais avoir un peu plus de respect pour un si bel engin...

Reno leva les yeux au ciel.

- J'ai pas fait exprès, tu crois quoi ? Ma jambe a encore plus morflé que la carrosserie.

- Fais voir, un peu ?

Reno tira sur son pantalon, dévoilant son mollet. Les cicatrices étaient d'un rose brillant qui s'atténuerait avec le temps.

- C'est au top de sa mocheté, là, souligna Cid. - Trop aimable. Ça fait deux personnes en moins de cinq minutes qui me rappellent que je suis interdit de short à vie.

- Oh, pardon, je voulais pas t'offusquer !

- Je peux voir ma moto ? Demanda Reno, pressé de changer de sujet.

- Ouais. Elle est au fond.

- Et elle... Enfin, ça va ?

Il n'était que trop conscient que son anxiété était perceptible dans sa voix. Elle aurait paru ridicule à la plupart des gens mais Cid, qui avait consacré sa vie à la mécanique et aux "beaux engins", comme il disait, pouvait comprendre sans peine.

- Elle est comme neuve, mais il a fallu remplacer pratiquement toute la carrosserie du côté gauche, plus le rétroviseur qu'était presque arraché. Par contre, la bonne nouvelle c'est que le reste avait même pas une égratignure. Un vrai miracle.

- C'est pas un miracle, c'est ma jambe qui a tout pris.

- Ah, tant mieux.

Dans la bouche de n'importe qui d'autre, ça aurait mis Reno en rogne, mais Cid et ses "beaux engins", une fois encore...

- Qui a travaillé dessus ? Vaan ?

- Aux innocents les mains pleines... Comme si j'allais mettre un apprenti sur ton bijou !

- Qui, alors ? Balthier ? Barrett ?

- Je m'en suis occupé moi-même.

- Merci.

Il en aurait sans doute dit plus mais il aperçut la moto, qui trônait fièrement sur sa béquille, brillante comme un sou neuf. Il se précipita et tourna autour, l'observant sous toutes les coutures pendant que Cid l'observait, lui, le sourire aux lèvres (sa cigarette pendouillait dangereusement), les bras croisés.

- Content ?

- Très, répondit Reno en laissant - temporairement - son bébé. Mais ça va me coûter une blinde, alors si on pouvait s'occuper tout de suite de la douloureuse, chef...

Cid ricana un peu et retourna vers l'avant du garage. Il entra dans le bureau pendant que Reno attendait à la porte, fouilla dans un bac à courrier presqu'aussi sale que son pantalon et en sortit une feuille, également tâchée, qu'il lui tendit. Il baissa les yeux dessus et s'étrangla.

- Combien ?!

- Quoi, "combien?" ? C'est une Yamaha, pas une Renault, rien que les pièces coûtent un bras. Je l'ai nettoyée, j'ai fait une vidange, plus la main d'œuvre... Elle t'a pas filé le devis, ta jolie petite copine ?

- Tifa n'est pas ma petite amie, répliqua Reno, plus par automatisme qu'autre chose, trop occupé à se promettre de lui passer le savon du siècle la prochaine fois qu'il la verrait. C'était une vieille rengaine, entre eux. Cid savait très bien qu'il ne sortait pas avec Tifa.

En même temps, il aurait pu y penser, lui aussi. Elle avait amené la moto, forcément que Cid lui avait donné un devis ! Il aurait dû lui demander.

- Putain... Bon, ben tu vas débiter ma MasterCard, alors. J'avais pas prévu de devoir claquer la moitié de mes économies...

- Tu sais que comme t'es un habitué, je t'ai fait une ristourne sur la main d'œuvre plus la vidange à l'œil ?

- Tu me files le vertige. Amène ton terminal, qu'on en finisse.

Cid alla chercher son terminal et Reno sortit son portefeuille en calculant mentalement combien il lui resterait de ses économies après qu'il ait comblé le négatif de sa carte de crédit. La moitié, c'était excessif, mais quand même... (1)

Il inséra sa carte dans l'appareil que lui tendait Cid et tapa son code à toute vitesse, comme s'il redoutait de changer d'avis – bien que bon, objectivement, il n'avait pas vraiment le choix. Le " bibip! " de débit retentit comme une cloche un matin d'exécution, et il retira sa carte. Cid rangea le terminal et se tourna vers lui avec un grand sourire.

- Tu connais la chanson. Y a des choses qu'ont pas de prix. Pour le reste, y a MasterCard.

- Ta gueule...

- Hé, je fais que mon boulot, gamin !

- Je sais.

Mais ça ne lui coûtait pas moins cher pour autant. Une nouvelle raison, se dit-il, de rouler plus prudemment. Voilà qui ferait plaisir à Roxas. Il se ficherait du pourquoi – que ce soit pour sa sécurité ou pour celle de ses finances – tant que Reno faisait gaffe en conduisant.

- J'espère bien ne plus avoir besoin de tes services pour autre chose que l'entretien.

- Et moi j'espère bien ne plus revoir ta moto dans un état pareil. Même si c'est mon job, ça fait mal au cœur.

- Mouais. Et mon état à moi, tu t'en fous, hein ?

- Pffffff, t'es susceptible !

- Laisse tomber. Je peux y aller ?

- T'as besoin de ma permission ?

- Pour la faire sortir d'ici ? Je commence à croire que oui.

Cid émit un raclement de gorge peu élégant et qui exprimait tout son mépris pour le manque de respect flagrant de Reno et de toute sa génération avec lui.

- Allez, tire-toi. Et que je te revoie plus ici pour autre chose que pour un graissage, jeune con.

- Oui, chef. Bien, chef.

Reno s'en alla au fond du magasin récupérer sa moto. Avec des sentiments mitigés de familiarité retrouvée et de vague appréhension, il accrocha au guidon le casque et le lourd blouson de cuir, posa les mains dessus pour la maintenir debout et replia la béquille du bout du pied. Il la poussa ensuite vers l'extérieur, la faisant rouler à travers le garage, passant devant Cid qui, déjà rallongé sur sa planche à roulettes, le salua distraitement avant de disparaître à nouveau sous la voiture.

La Yamaha rebondit souplement sur ses suspensions quand il la fit descendre du trottoir sur la route. Là, il repoussa la béquille, enfila le blouson, s'appuya à la selle et s'alluma une cigarette. La fumée mentholée lui emplit la bouche et il l'aspira avec plaisir, puis la recracha doucement.

L'avantage des grosses cylindrées, c'est qu'elles sont assez lourdes pour qu'on puisse s'y appuyer sans qu'elles basculent. Elles sont stables, rapides. Quand on les conduit et qu'on leur fait cracher leurs tripes, on a l'impression d'être sur le point de décoller - de voler, réellement. C'était pour toutes ces raisons qu'au lieu de se payer un scooter ou une plus petite moto, Reno avait, à l'époque, attendu une année de plus pour avoir les moyens de se payer ce "magnifique engin".

Mais parce qu'elles sont plus lourdes et plus rapides, elles sont aussi dangereusement moins maniables. Reno savait que s'il avait conduit un scooter ou une petite cylindrée, le jour où il avait eu son accident, sa jambe n'aurait pas été dans cet état. Il aurait freiné, et il aurait réussi à s'arrêter. C'est plus difficile de maîtriser un pur-sang Arabe qu'un poney. C'est la même différence qu'entre une Smart et une de ces belles, grosses BMW. Il en avait eu parfaitement conscience en faisant son choix.

Mais ça, c'était avant.

A l'époque, d'une certaine façon, sa vie avait peut-être moins de valeur à ses propres yeux. Etait-ce parce qu'il n'éprouvait pas de tels sentiments pour Axel, qu'il ne connaissait pas encore Roxas ? En tout cas, il méprisait assez sa propre existence pour céder à son goût pour le risque et les sensations fortes. Mais tout était différent, aujourd'hui.

Il avait sciemment choisi de ne pas en parler à Roxas, qui n'en aurait été que plus inquiet, mais il avait peur de remonter sur la Yamaha. Il aurait porté son casque, que Roxas lui ait dit de le faire ou non, parce qu'il était lui-même inquiet pour sa sécurité - parce qu'on avait besoin de lui, qu'il savait qu'un nouvel accident, peut-être plus grave que le dernier, aurait pu priver Roxas de sa présence et de son soutien. Parce qu'il ne pouvait pas même supporter l'idée de ce que ressentirait Axel s'il sortait du coma et apprenait qu'il s'était tué dans un accident de la route.

Mais il allait le faire - il devait le faire. Parce qu'il faut remonter à cheval tout de suite, après une chute, parce que sinon on n'y parvient jamais. Il avait déjà attendu trop longtemps. Et il fallait bien qu'il reprenne la route, au sens propre comme au figuré. Il aurait pu la vendre, s'il l'avait voulu, et s'acheter une petite voiture, un scooter, quelque chose de moins dangereux. Mais cette moto, c'était le rêve de son adolescence, un rêve qu'il avait réalisé, et il savait que s'il s'en séparait, il perdrait quelque chose de plus important que deux roues, un moteur et une demi-tonne de ferraille. Avant, quand Axel lui répétait qu'il finirait par se tuer dessus, il lui répondait qui si ça produisait, il voulait qu'on l'enterre avec. Une partie de lui le pensait toujours, et tant que ce serait le cas, il la garderait.

Il jeta sa cigarette et décrocha le casque du guidon, avant d'enfoncer sa tête dedans. Il était comprimé, à l'intérieur. Il ne l'avait pas assez porté pour qu'il se soit correctement adapté à la structure osseuse de son visage. Ignorant la sensation oppressante qui lui grignotait le creux du ventre, il l'enjamba, repoussa la béquille d'un coup de talon, sortit ses clés de sa poche et mit le contact. Le vrombissement familier, son et vibrations mêlées, l'emplit à la fois d'excitation et de frayeur, et il fut à deux doigts de se raviser. De la laisser et d'aller prendre le bus.

A deux doigts. Mais pas tout à fait.

Il prit une profonde inspiration et expira, se vidant les poumons. Puis il recommença, plusieurs fois, juste qu'à ce que ses mains arrêtent de trembler. Ses pieds étaient encore solidement posés sur la route, la Yamaha pulsant comme un cœur entre ses jambes, se réchauffant doucement. Il s'accorda une minute encore, renouant avec les sensations qu'il avait pratiquement oubliées – six semaines, c'était à la fois si peu et interminable – attendant une impulsion qui tardait à venir, celle qui devait le remettre en selle, une fois pour toutes, parce que si elle ne venait pas, ce serait fini. Il attendit, craignant qu'elle ne vienne jamais, puis il la sentit monter. Dans ses reins, dans ses bras, dans sa nuque. Ses muscles s'activèrent tout seuls, et il se laissa faire.

Son pied gauche quitta le sol et se cala sur le repose-pied, et la partie supérieure de son corps s'inclina, l'amenant plus près de la masse rutilante de la moto qui continuait de vibrer, comme impatiente de repartir enfin. Gardant une main sur le guidon, il rabattit la visière de son casque qui se ferma avec un claquement sec de mécanique neuve, loin d'être rodée. Mais ça allait venir.

Il jeta un œil à la rue - déserte - et donna un coup d'accélérateur dans le vide.

Le rugissement du moteur lui parvint étouffé à travers la carapace capitonnée de son casque, mais il le sentit le traverser, lui apportant la pulsion finale, la dernière poussée dont il avait besoin. Il débraya et lança la Yamaha sur la route. Son autre pied quitta le sol.

Ignition.

Bien qu'il roulât doucement - la limitation de vitesse en agglomération était à 50 km/h et il n'était pas prêt l'oublier de sitôt - il eut l'impression terrifiante et enivrante de quitter la terre ferme.

Au premier feu rouge, il reposa un pied à terre et d'une main, il caressa le flanc de la moto.

Tu m'as manqué, bébé. (2)

R&R

Finalement, bien que Reno soit remonté à une ou deux reprise sur sa moto sans difficulté - au grand déplaisir de Yazoo qui lui avait lancé un regard sombre en le voyant arriver, un matin - il prit le parti de plutôt continuer à faire la plupart de ses trajets en voiture avec Roxas. C'était d'une part plus prudent, et d'autre part moins onéreux. La Yamaha, en bonne grosse cylindrée, était gourmande en carburant, et comme ils se rendaient presque toujours aux mêmes endroits en même temps, la prendre représentait une dépense supplémentaire tout à fait dispensable.

Roxas n'avait rien dit, mais il en était content, d'une manière un peu agaçante. Une semaine plus tard, il affichait encore, par moments, un petit sourire satisfait qui, tout heureux qu'il fût de le voir sourire, pour quelque raison que ce fût, donnait envie à Reno de lui coller des baffes.

- Tu vas finir par arrêter ? Lui demanda-t-il, par-dessus son bureau.

Roxas, assis à son propre bureau, face à lui, leva les yeux de son écran pour le regarder, mais le petit sourire était toujours là.

- De quoi parles-tu ? Lui demanda-t-il innocemment.

- De jubiler parce que je t'ai donné raison. Ça me tape sur les nerfs.

- Je ne vois pas du tout de quoi tu parles.

- Roxas, te fous pas de ma gueule.

Le blond leva les yeux au ciel, exaspéré, et soupira.

- D'accord. Oui, je suis content. Désolé si ça te froisse mais je préfère te savoir en sécurité dans ma voiture que sur ta moto.

- Ma conduite est parfaitement sécurisée.

- On a vu ça.

Excédé, Reno se leva et alla vers le petit bureau.

- J'ai pas envie de m'engueuler avec toi...

- Ne dis rien, alors.

- Ton attitude suffisante commence vraiment à me taper sur les nerfs.

- Je ne pense qu'à ta sécurité.

Il était debout devant le bureau, dominant Roxas assis de près d'un mètre, mais même comme ça, ce dernier arrivait encore à le prendre de haut. Reno ouvrit la bouche pour lui envoyer une nouvelle réplique cinglante, mais le portable posé sur le bureau se mit à vibrer. Le blond y jeta un coup d'œil, puis l'ignora. Reno le prit et regarda l'écran.

- C'est Olette. C'était elle aussi, la dernière fois, non ?

Roxas hocha la tête, l'air contrarié.

- Ça fait un bail, non ? Pourquoi tu décroches pas ?

Roxas haussa les épaules, toujours renfrogné, et Reno n'hésita qu'une seconde avant de décrocher lui-même - une seconde qui lui suffit pour se rappeler la terrible crise que Roxas avait un jour faite à Axel précisément parce qu'il avait fait ça. Mais il n'était plus sous traitement à l'époque.

Le blond le vit faire et n'eut pas le temps d'intervenir. Quand Reno porta le combiné à son oreille, il articula muettement un " ça t'apprendra " et ignora le regard furibard du blond.

- Oui, allô ? Dit-il de sa voix la plus neutre et pro.

- Allô ? Qui est à l'appareil ?

La voix d'Olette était presque paniquée. En face de Reno, Roxas lui faisait de grands gestes enragés, répétant sans bruit "Je ne suis pas là !". Encore une fois, il l'ignora.

- Bonjour, mademoiselle Hewitt. C'est Reno. Vous allez bien ?

- Moi ça va, mais pourquoi c'est vous qui décrochez ? J'essaye de joindre Roxas depuis des semaines !

- Vraiment ? Demanda-t-il, surpris.

- Il ne décroche jamais son foutu portable et j'ai même essayé d'aller chez lui, mais son nom n'est plus sur la sonnette ! Vous savez où il est ?

- Il est ici, tout va bien. Il était sur une autre ligne, je vous le passe tout de suite.

Et il tendit le portable au principal intéressé, qui le prit en le foudroyant du regard. Ses lèvres articulèrent en silence, " je vais te tuer ", puis il dit, comme à regret :

- Allô.

Même de là où il se trouvait, Reno entendit les imprécations qui se déversèrent dans le combiné. Roxas l'éloigna de son oreille et Reno, avec un petit sourire, quitta le bureau pour lui laisser un peu d'intimité. Cette discussion risquait de s'éterniser.

C'était de toute façon l'heure, alors il décida de s'octroyer une pause. Il quitta le bâtiment et, sur le trottoir, s'alluma une cigarette. Un certain nombre de ces collègues était également là, certains sortis fumer, d'autres juste pour s'aérer et profiter du soleil pendant quelques minutes. C'est sans doute pour cette raison que Yazoo lui tomba dessus comme la misère sur le pauvre monde trente secondes à peine après qu'il fût sorti.

- Salut, le casse-cou.

- Salut, l'angoissé.

Le jeune homme leva les yeux au ciel.

- Je suis pas angoissé. Simplement, j'ai deux sous de jugeote, moi.

- Yazoo, j'ai déjà assez d'une personne pour me sermonner ce sujet. Pas la peine d'en rajouter.

Yazoo s'adossa au mur, à côté de lui, et croisa les bras.

- C'est Roxas qui te fait la morale ?

- Comment t'as deviné ?

- Un garçon sensé, commenta le jeune homme sans répondre.

- Un emmerdeur patenté, ouais...

- Vous êtes proches.

Ce n'était pas une question. Reno se raidit instinctivement.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- C'est juste une impression.

- On est amis, répondit-il sobrement.

Il y eut un moment de silence, jusqu'à ce que Yazoo semble sur le point d'ajouter quelque chose. Mais au lieu de parler, il ouvrit subitement la bouche, écarquilla les yeux et laissa échapper un "Oh!".

- Quoi, "oh" ? Demanda Reno, de plus en plus contrarié.

- Mais c'est lui !

- Lui quoi ?

- La personne qui vit chez toi ! L'ami qui te prêtait sa voiture, dont tu m'avais parlé. C'est sa voiture !

Reno se mordit la langue. Hé merde...

- Yazoo...

- Il vit toujours chez toi ?

Sa voix était un peu acide, et Reno réprima son envie de l'envoyer sur les roses. Yazoo avait ses raisons de parler de cette façon, tout comme Reno avait les siennes de ne pas relever.

- On est amis, c'est tout, répéta-t-il.

- Et t'as des photos de tous tes amis, sur ton bureau ?

Reno serra les dents. Il n'avait jamais cherché à cacher cette photo. Il n'avait pas non plus cherché à cacher qu'il connaissait bien Roxas. Par contre, il aurait voulu que personne ne sache qu'ils vivaient ensemble. Si seulement il ne lui avait pas parlé de la voiture...

- C'est une photo de famille.

- Et tu amènes souvent tes amis aux repas de famille ?

Cette fois, ça ressemblait terriblement à de l'amertume. Reno soupira et résolut de lui dire une partie de la vérité. Autant essayer, c'était son dernier recours. Si ça ne marchait pas, les rumeurs allaient se répandre comme une traînée de poudre, alors il avait intérêt à bien jouer son coup.

- C'est pas moi qui l'avais amené à cette fête. Il accompagnait Axel.

- Il... oh.

Le visage du jeune homme sembla se décomposer un peu tandis qu'il comprenait.

- Oh, répéta-t-il. Ils étaient ensemble ?

- Sont, rectifia Reno. Ils sont ensemble.

Il ne supportait pas qu'on parle d'Axel comme s'il était mort.

- Il a perdu son travail peu de temps après l'accident, et il était déjà pratiquement installé avec Axel à ce moment-là. Je lui donne un coup de main et on partage le loyer, c'est tout.

- Je suis désolé. Je ne savais pas.

Apprends à tourner sept fois ta langue dans ta bouche avant de parler, alors.

- Tu pouvais pas savoir. Mais personne ici est au courant, et c'est très bien comme ça. Il est très à cheval sur la distinction entre le boulot et la vie privée, si tu vois ce que je veux dire. S'il apprend que j'ai craché le morceau, il va m'en chier des frisbees.

Ça, c'était de la pure spéculation (pour ne pas dire affabulation), mais ça ne pouvait pas faire de mal de taper sur le clou.

- Je comprends. Excuse-moi.

Il semblait sincère, et Reno devina qu'il ne s'excusait pas seulement pour son indiscrétion. Il savait qu'il regrettait son attitude et le ton cinglant qu'il avait utilisé. Ce n'était pas la première fois.

C'est comme ça, je peux rien y faire.

Un instant plus tard, Yazoo s'excusait et remontait. Reno attendit un instant, et quand il estima qu'il devait être dans l'ascenseur, il jeta son mégot et en fit autant.

Quand il regagna son bureau, Roxas s'y trouvait toujours. Assis à son bureau, il travaillait comme si tout était normal.

- Ça va ? Lui demanda Reno, intrigué par son calme.

Il s'était attendu à ce qu'il lui lance des petits objets contondants quand il entrerait, mais le blond semblait juste fatigué.

- Oui, répondit-il simplement.

Définitivement intrigué, Reno s'appuya contre son bureau.

- Raconte, demanda-t-il. Je m'attendais à ce que tu sois furieux contre moi.

Roxas soupira et, enfin, lâcha ce qu'il était en train de faire.

- Je l'étais. Au début. Mais...

Il soupira encore et se passa une main dans les cheveux.

- Je ne pouvais pas continuer comme ça, de toute façon. Je suis... soulagé.

- Juste un mauvais moment à passer, c'est ça ?

- C'est ça.

- Mais pourquoi tu filtrais ses appels ? Et depuis combien de temps ?

Roxas lui lança un regard penaud, comme s'il s'attendait à ce qu'il l'engueule, lui aussi.

- Tu te rappelles qu'au moment de l'accident, et puis quand l'agence m'a licencié, j'étais "officiellement" en vacances ?

- Oui. Elle était pas au courant pour - oh, Roxas ! T'es pas sérieux ?

- ... Si.

- T'as déménagé sans rien lui dire ? Et ton ancien travail !

- Ils ont prétendu que j'étais en vacances le plus longtemps possible.

- Mais elle a dû flipper à mort quand elle a su que tu travaillais plus là-bas !

- Oui. Elle n'était vraiment au courant de... de rien du tout.

- Oh. C'est pour ça que tu filtrais ses appels, comprit tout à coup Reno. Parce qu'elle savait pas, pour l'accident...

Roxas hocha la tête.

- Je savais que si je lui parlais j'allais devoir tout lui dire... Pour mon travail, elle a fini par l'apprendre, mais... l'accident, ma rechute... ce qui t'est arrivé à cause de moi...

- C'était pas ta faute, Roxas. Je disais pas ça sérieusement, l'autre jour. Je peux m'en prendre qu'à moi-même.

Le blond haussa les épaules.

- Peut-être. Mais je savais qu'elle allait s'inquiéter, qu'elle allait être catastrophée... et aussi que plus j'attendais, plus elle serait furieuse quand je décrocherais. Je n'avais pas plus envie d'essuyer sa colère et de me justifier que de l'écouter me dire qu'elle était désolée. Je ne voulais pas en parler... c'est tout. Mais maintenant, c'est fait.

Voilà pourquoi il avait l'air si abattu. Reno aurait voulu lui prendre la main, ou caresser sa joue – avoir un geste réconfortant, quel qu'il soit – mais il se heurtait à nouveau à ce mur qu'il avait dressé entre eux. L'expression "friend zone" ne lui avait jamais paru aussi pertinente. Ni aussi cruelle.

- Excuse-moi, finit-il simplement par dire. Je suis désolé de t'avoir imposé ça, si j'avais su...

- Non, l'interrompit Roxas. Vraiment, c'est bien. Une bonne chose de faite et voilà. Maintenant qu'on en est passés par là, on va pouvoir se reparler. Je me sens mieux. Alors merci.

Roxas s'était redressé pour le regarder bien en face, et Reno vit dans ses yeux qu'il pensait ce qu'il venait de dire, qu'il ne cherchait pas juste à le déculpabiliser. Cela le soulagea, et il finit sa journée l'esprit presque léger, en paix.

Une paix qui ne dura malheureusement pas. Tard ce soir là, quelques minutes après s'être couché et lancé à la poursuite du sommeil, il crut entendre du bruit dans la chambre voisine. Il se redressa un peu pour sortir la tête de l'oreiller et tendit l'oreille. Un instant plus tard, il la laisser retomber, le cœur lourd de ne pas s'être trompé.

Dans le lit, de l'autre côté du mur, Roxas pleurait. Combien de temps cela allait-il encore durer ?


(1) Alors oui, je tourne en rond, je ne nomme pas de montant, mais figurez-vous que j'ai fait trois garages pour me renseigner, et y en avait pas un qui faisait les motos. Du coup je n'ai pas la moindre idée du prix, alors je préfère ne rien écrire du tout qu'écrire une bêtise.

(2) Je n'ai pas pu résister. Je vois Reno avoir avec sa Yamaha le même genre de "relation" que Dean Winchester et son Impala. Les hommes et leurs "beaux engins", hein...

Autre petite note : En mécanique, l'ignition, c'est le processus qui consomme de l'essence. Il s'agit ici autant de la moto de Reno que de sa vie, et de moi. Je suis de retour pour de bon, j'avais juste perdu les clés ; ) !