Auteur : Ariani Lee
Bêtalecture : Shangreela
Fandom : Final fantasy VII, Kingdom Hearts
Pairings: RAR et dérivés
Disclaimer : L'univers est les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.
Dédicace à Akira Tetsu, merci pour ces longues reviews, j'espère que ce nouveau chapitre te plaira tout autant!
Chapitre 17 : Yeux
Il faut que je te rassure
Je soignerai bien tes blessures
Mon amour
Tu n'as plus vraiment le choix
Nos deux corps étendus, là
Qu'à l'aube ils se mélangent
Là tu as les yeux d'un ange
Mon amour...
Beyond my control, Mylène Farmer
Il s'avéra que Roxas avait raison, mais seulement en partie. Sa présence – le simple son de sa respiration, signe qu'un autre être humain se trouvait près de lui – suffit à le ré ancrer complètement dans la réalité et à chasser les derniers vestiges de son cauchemar. C'était rassurant. C'était comme quand, petit, il était effrayé, dans son lit, et que le rai de lumière sous la porte de sa chambre lui disait que ses parents étaient là, dans le salon. Les savoir réveillés et bien présents suffisait à le réconforter. Cette nuit, comme à cette époque, Reno ne ressentait plus d'angoisse, et il ne pensait plus à son rêve.
Roxas avait également eu raison en disant qu'ils seraient capables de se rapprocher l'un de l'autre sans que pour autant il se passe quelque chose. Étrangement – peut-être parce que Reno savait qu'il ne désirait pas tant la présence de Roxas que celle, tout simplement, d'une autre personne – le contact de son corps n'avait pas sur lui l'effet qu'il avait redouté. Cette nuit, sa libido était aux abonnés absents, et celle de Roxas semblait tout aussi inactive. Car, dans cette position, il n'aurait pas pu manquer de remarquer le contraire.
Il n'y avait aucune tension sexuelle dans cette étreinte. Reno n'arrêtait pas de se répéter, comme pour s'en convaincre. Il n'arrivait pas à le croire, et quand il finit par se rendre à l'évidence, une sensation étrange l'envahit. Un soulagement d'une intensité incroyable, mêlé d'un curieux pressentiment.
C'était comme d'entrer soudain dans l'œil d'un cyclone. Le calme blanc et plat, presque mort et si précaire, à quelques mètres à peine de la furie de la tempête qui se déchaînait. Reno se demanda si quelqu'un avait déjà réussi à survivre à un cyclone en parvenant à se maintenir pile au milieu jusqu'à ce qu'il se dissipe. Quelles étaient ses chances à lui, d'échapper à la tempête dans laquelle il était pris en restant dans son angle mort.
Un soupir lui échappa. Cette nuit – si toutefois cela durait jusqu'au matin, ce qui n'était pas gagné – était l'unique répit qu'il aurait.
Mais si la présence de Roxas réconfortait Reno et qu'ils étaient, comme il l'avait dit, capables de se contenir, il ne ferma pas l'œil pour autant. Il passa la nuit immobile, dans les bras de Roxas, qui était aussi inerte que lui. Reno écouta sa respiration, lente et régulière, et regarda les chiffres lumineux de son réveil égrener les minutes heure après heure.
Il se sentait bien.
C'était plus que le simple plaisir de ne pas être seul. Les bras de Roxas autour de lui, son souffle sur sa nuque, le contact de son corps détendu contre le sien… Le temps passant, Reno se rendit compte que lui-même, il se détendait progressivement. C'était comme si tout en lui se relâchait, à petits pas.
À quatre heures du matin, il avait atteint un état de bien-être inédit, ou peut-être avait-il mal depuis si longtemps qu'il avait oublié comment c'était, de ne pas souffrir. Il ne dormait pas. Il se sentait trop bien, il n'avait pas envie de perdre une seule minute de ce temps précieux à dormir. Et à l'arrière de sa tête, surnageant dans son esprit au repos, se dévidait un fil de réflexions, toujours les mêmes, qu'il contemplait avec une sérénité étonnante.
Il savait depuis longtemps que son attirance pour Roxas allait bien au-delà du désir physique. Il savait qu'il n'aurait pas ressenti ça dans les bras de n'importe qui. Personne ne l'avait jamais pris dans ses bras de cette façon en dehors de ses parents.
Axel ne l'avait jamais fait.
C'était toujours Reno qui le prenait dans ses bras. Il était celui qui étreignait l'autre. Peut-être qu'il aurait ressenti la même chose si Axel l'avait étreint, mais il ne l'avait jamais fait. Parce que la seule fois où il avait laissé Axel voir qu'il avait mal, il lui avait aussi demandé de ne pas s'occuper de lui. Axel l'aurait sûrement pris dans ses bras et l'aurait aidé à traverser mille nuits difficiles, si Reno avait voulu qu'il soit là. Et Reno aurait certainement éprouvé la même sensation de plénitude dans ses bras.
Mais c'était Roxas. Et c'était merveilleux quand même. C'était la première fois. C'était une première fois avec un autre qu'Axel, et cela aussi, constituait une première fois. C'était stupéfiant, songeait-t-il, qu'alors qu'il regrettait chaque regard qu'il posait sur Roxas et qu'il se faisait tant de reproches quand il le touchait – même involontairement, même de façon insignifiante – il ne concevait aucune culpabilité à l'idée de se trouver là. Il se sentait en paix avec lui-même et avec le monde entier, alors que ce contact était plus intime et plus équivoque que tous les autres. Comment pouvait-il se sentir bien ?
Puis, il se disait que Roxas avait peut-être raison. Peut-être qu'il se mettait trop de pression. Peut-être qu'il avait tort de vouloir toujours être celui qui étreint. Peut-être qu'il était atteint d'une sorte de complexe du héros et qu'il se foutait lui-même en l'air, à force de vouloir aider les autres tout en refusant systématiquement que l'on le soutienne. Peut-être que s'il s'était montré moins orgueilleux, moins buté, Axel l'aurait déjà pris dans ses bras comme ça. Peut-être qu'il aurait découvert ça avec Axel, et ça aurait été merveilleux. C'était merveilleux parce que ce qu'il ressentait pour Roxas allait au-delà de la simple attirance physique. Il le savait depuis longtemps...
Et l'écheveau,ré enroulé sur lui-même, se dévidait à nouveau.
Bien que ses yeux n'aient pas quitté le réveil pendant cinq heures, Reno sursauta quand celui-ci se mit à sonner. Roxas sursauta derrière lui. Reno marmonna quelque chose dans sa barbe et fut surpris d'entendre Roxas lui demander :
– Quoi ?
Sa voix n'était pas ensommeillée.
– Je disais : j'avais oublié le boulot, fait chier.
Le bras de Roxas disparut, rapidement suivi par le reste, tandis qu'il se levait. Reno aurait voulu rester couché encore, mais il quitta le lit en même temps que le blond. C'était terminé. Ils avaient quitté l'œil du cyclone, il était inutile de tenter de s'y attarder.
Reno alluma la lampe de chevet et regarda Roxas, et deux détails le frappèrent.
Il avait été trop à l'ouest pour s'en rendre compte pendant la nuit, mais Roxas portait des vêtements qui appartenaient à Axel. Un vieux pantalon en toile qu'il avait dû retrousser plusieurs fois aux chevilles, et un tee-shirt de Metallica un peu trop long pour lui. Le cœur de Reno se serra douloureusement, comme à chaque fois qu'il encaissait subitement une de ces vagues de souvenirs nostalgiques et trop précis.
Axel portait souvent ces mêmes vêtements quand il faisait trop froid pour dormir en caleçon – ce qu'il préférait – parce qu'ils étaient usés et confortables et que, selon lui, les pyjamas étaient faits « pour les enfants, les filles, et les beaufs. » Reno, qui n'avait rien de personnel contre le port du pyjama, mais qui trouvait tout de même franchement inutile de dépenser de l'argent dans des fringues qu'on ne porte que pour dormir ou glander, en faisait autant. Les habits que Roxas portait, il les avait lui-même empruntés plus d'une fois. Il avait l'habitude de piquer le T-shirt Metallica d'Axel quand Axel lui avait lui-même piqué son T-shirt préféré. Celui-ci était une loque, à vrai dire, d'un noir si délavé qu'il en était devenu gris, le tissu rendu fin à l'excès par l'usure, complètement informe d'avoir été trop porté, trop lavé. Sur le devant, un couple de squelettes, dont un avec de longs cheveux roux, faisait l'amour sous l'inscription « TOGETHER FOREVER »... De force, Reno s'arracha à sa rêverie.
Le second détail, plus inquiétant, s'étirait sous les yeux de Roxas en ombres grises – des cernes, bien trop marqués pour dater de la nuit dernière. Comment avait-il fait pour ne pas s'en apercevoir plus tôt ? Il allait dire quelque chose quand Roxas parla – un peu précipitamment. Un peu comme s'il cherchait volontairement à lui couper la parole.
– Ça t'embête si je passe dans la salle de bains en premier ?
Reno secoua la tête, toujours interloqué par la mauvaise mine du blond, avant de répondre, un peu à côté de ses pompes :
– Non. Non, vas-y, je… Je vais préparer le café.
Roxas acquiesça en silence, et quitta la pièce aussitôt. Reno resta debout sans bouger pendant quelques secondes, encore un peu sonné. Il savait bien que la bulle de paix et d'harmonie qu'ils avaient partagée éclaterait le jour venu, mais le retour à la réalité s'était fait prompt et brutal.
Roxas avait pourtant l'air d'aller mieux. Reno savait qu'il prenait ses cachets, et il allait à tous ses rendez-vous avec le Docteur Master. x) La journée, il avait l'air détendu, il souriait parfois. Jamais du fond du cœur, bien sûr, mais Reno savait qu'il en allait de même pour lui. Oui, il l'avait entendu pleurer, mais sa situation avait de quoi faire pleurer n'importe qui, ce n'était ni surprenant ni alarmant. Juste… normal.
Et pourtant. Son visage, tel qu'il avait vu à l'instant, ne parlait pas de quelques larmes versées pendant un moment de solitude. C'étaient les yeux de l'insomnie chronique, celle qui ne vous laisse dormir que juste assez pour être capable de tenir debout.
Comment Reno avait-il pu ne pas le voir plutôt ? Son attention s'était elle à ce point relâchée ces derniers temps ? Il était avec Roxas à longueur de journée, et merde, il passait son temps à arrêter de le regarder. Évitait-t-il inconsciemment son regard, de peur d'y voir si refléter ses propres pensées coupables ? Ne l'avait-il plus regardé dans les yeux depuis tout ce temps ?
En colère contre lui-même, Reno s'habilla à la hâte et prépara le café. Il alluma la lumière du couloir et emporta deux tasses. Quand Roxas ouvrit la porte de la salle de bains et que la lumière tomba sur son visage, Reno faillit en lâcher les tasses de surprise. L'une d'elles lui échappa presque : il la rattrapa de justesse, se brûlant les doigts au passage. Roxas la lui prit précipitamment.
– Ça ne va pas ? Lui demanda-t-il. Qu'est-ce qui se passe ?
– Tu… Ta figure, bégaya Reno, les yeux fixés sur le visage de Roxas, qui leva une main et toucha sa joue.
– Quoi ? J'ai quelque chose sur le visage ?
Il n'avait pas de cernes. C'était le Roxas des grands jours, le teint éclatant, la peau parfaite. Mais Reno était sûr de ce qu'il avait vu.
– Reno ? Insista Roxas, car il ne disait rien.
– Comment t'as fait ?
Roxas haussa les sourcils.
– Quoi, ça ? (Il montra la peau sous ses yeux.) J'utilise de l'anticerne, c'est tout.
Il parlait d'une manière délibérément décontractée. Reno voulait lui poser des questions, mais il avait aussi quelque chose à lui demander.
– Tu pourrais faire pareil pour moi ?
Le reflet que lui renvoyait la glace par-dessus l'épaule du blond criait à la nuit agitée. Roxas haussa les sourcils.
– Oui, bien sûr. Viens. Lave-toi le visage.
Roxas s'écarta pour laisser entrer Reno, puis fouilla dans le meuble sous l'évier pendant que celui-ci se passait de l'eau sur la figure et se séchait vigoureusement. Puis, il le fit asseoir sur le rebord de la baignoire et se pencha vers lui, une main déjà posée près des produits qu'il avait soigneusement alignés sur le bord de l'évier.
– Penche la tête en arrière, dit-il, et Reno s'exécuta.
Leurs regards se croisèrent et s'accrochèrent, prenant Roxas à la gorge comme à chaque fois que ça se produisait. Comme à chaque fois qu'ils se regardaient sans s'y être préparés, et que pendant un bref instant, un lien s'établissait. Un flot de pensées communes s'écoulait entre eux, une communication totale, une compréhension absolue. L'espace de quelques secondes, c'était sans rien dire qu'ils cessaient de se taire. Et ce qu'ils échangeaient, alors…
– Ferme les yeux, demanda Roxas, d'une voix un peu enrouée.
Il fut soulagé quand Reno s'exécuta, même si son visage levé ainsi vers lui, lui donnait furieusement envie de l'embrasser. Cela ressemblait tellement à une invitation… Même s'il savait très bien que ça n'en était pas une. Refoulant ce désir importun, Roxas prit un petit tube rempli d'une matière bleu clair et transparente, le déboucha et, à l'aide de la pipette, déposa une goutte du produit sous chacun des yeux clos. Reno frémit.
– C'est froid, dit-il.
– C'est normal. C'est pour faire dégonfler les poches. Et puis, ça réveille.
Roxas regrettait déjà d'avoir accepté de faire ça. Quand il posa les mains sur le visage de Reno, il eut l'impression que sa peau était brûlante. Le bout de ses doigts reposant sur ses tempes, il s'appliqua à faire pénétrer le gel décongestionnant en massant avec ses pouces, concentré sur ce qu'il faisait pour ne pas penser à autre chose. Comme le produit ne laissait aucun résidu après application (c'était pour cette raison-là qu'il l'achetait), il reboucha le tube et en prit tout de suite un autre, plus un morceau de coton doux. Il versa un peu de liquide beige dessus et l'appliqua avec le plus grand soin. Les cernes qu'avait Reno ne dataient pas de la veille, mais n'avaient jamais été aussi profondes, et Roxas savait pourquoi il voulait les cacher. Compte tenu de l'attention particulière dont ils faisaient tous les deux l'objet, au bureau, mieux valait éviter de se pointer avec une tête pareille. La dynamique Yazoo-Kadaj-rancœur était trop propice aux rumeurs pour lui donner du grain à moudre. Roxas retira le surplus d'anticerne avec un morceau de coton propre, puis il regarda les trois boîtiers qui restaient sur le bord de l'évier. Finalement, il en choisit un et, l'ouvrant, le plaça à côté du visage de Reno pour comparer la couleur de sa peau et celle de la poudre. Reno ouvrit les yeux pour regarder ce qu'il faisait. Les sourcils froncés, Roxas reposa le poudrier et en prit un autre.
– Un problème ? Demanda Reno. Roxas secoua la tête.
– Ta carnation est plus claire que la mienne. Je cherche une poudre qui aille avec.
– Tu veux me mettre du fond de teint ? Demanda Reno, sans parvenir à dissimuler l'horreur que cette idée lui inspirait.
– Si on ne le couvre pas, l'anticerne est flagrant. Celle-ci devrait convenir. Ferme les yeux.
Reno se laissa faire à contrecœur, pendant que Roxas passait sous ses yeux quelques coups d'un épais pinceau au poil soyeux. Le blond recula, repassa un coup à droite et déposa son instrument.
– Garde bien les yeux fermés, enjoignit-il à Reno, avant de se pencher vers lui et de souffler sur son visage, longuement, pas trop fort. Quelques grains superflus de poussière couleur chair s'envolèrent. Le reste, fixé dans l'anticerne à présent sec, s'unifiait très bien avec sa peau, laissant à peine une ombre sous ses yeux. Roxas recula pour mieux examiner son œuvre, les bras croisés, la tête penchée sur le côté.
– C'est bon, finit-il par décider. En tout cas, c'est le mieux que je puisse faire avec ce que j'ai sous la main. Mon teint est plus mat que le tien.
Reno ouvrit les yeux et se leva pour se regarder dans la glace. Il haussa les sourcils, visiblement impressionné.
– Or, waouh ! S'exclama-t-il. C'est dingue, on n'y voit que du feu !
Roxas sourit, un peu.
– C'est un art à part entière, le maquillage, tu sais. Les gens de se rendent pas compte qu'il ne s'agit pas juste de tricher sur la longueur de ses cils ou de se peindre la bouche en rouge. Correctement choisi et appliqué, c'est supposé ne pas se voir.
– Merci beaucoup. T'es vachement doué ! Dit Reno, encore baba devant le miroir.
Roxas haussa les épaules.
– De rien. Ça m'a rappelé de bons souvenirs. J'étais mannequin, j'ai appris quelques trucs. Savoir masquer des cernes, c'est la leçon numéro un.
– Et tu fais ça souvent ? Demanda Reno, mine de rien.
À nouveau, Roxas haussa les épaules. Mais cette fois il ne répondit rien.
Tout convaincu qu'avait été Reno par l'efficacité de ce procédé, il n'en décréta pas moins, le soir même, qu'il ne recommencerait jamais. Roxas avait passé la journée à lui répéter de ne pas toucher à ses yeux et à le rappeler à l'ordre. Il lui enlevait maintenant le maquillage avec un coton imbibé, pendant que Reno râlait avec force jurons.
– Mais évidemment il ne faut pas y chipoter, sinon ça s'étale, et ça fait des taches, lui expliquait Roxas en appuyant sur sa peau avec le coton.
– Mais c'est à devenir dingue, ce que ça démange ! Comment c'est possible de supporter ça ? Et puis, même sans ce truc, je me frotte les yeux au moins dix fois par jour. Je n'y pense pas, je le fais, c'est tout !
Roxas terminal de nettoyer le deuxième œil et jeta le morceau de coton à la poubelle. Reno s'empressa de se frictionner les yeux à poings fermés, plus vigoureusement que jamais.
– Ah ! Fit-il. Plus jamais ! J'ai eu envie de faire ça toute la journée, c'est pas une vie !
Roxas sourit.
– Il y a pourtant des tas de gens qui le font, tu sais. Tous les jours.
– Mais c'est inhumain ! Protesta Reno, toujours occupé à essayer d'enfoncer ses yeux au plus profond dans leurs orbites.
– C'est juste une question d'habitude, répondit paisiblement Roxas en se tournant vers le miroir et en prenant un morceau de coton propre. Il se mit à nettoyer son propre visage, avec application.
– À ta place, dit-il sans quitter des yeux son propre reflet, j'irais me coucher tôt ce soir, histoire d'éviter de devoir remettre ça demain matin…
Reno sortit de la pièce sans répondre et alla dans le salon où il alluma la Xbox 360 avant d'aller s'affaisser sur le canapé. Reprenant sa dernière partie de Fallout III, il lui fallut un moment pour se repérer - la dernière fois qu'il y avait joué, c'était avant l'Accident. Il lui semblait avoir quitté l'abri 101 depuis peu, mais après avoir chargé sa sauvegarde, il se retrouva à Megaton City, et s'en trouva légèrement paumé. Finalement, histoire de se repérer, il décida de se mettre en quête de Mr Burke pour voir s'il lui proposait déjà de faire péter la ville. Ce qu'il allait faire, vu qu'il avait désamorcé la bombe dans sa partie précédente.
La douche se mit à couler dans la salle de bain. Reno descendit une goule, lui explosant la tête dans une gerbe d'éclats d'os et de morceaux de chair qui s'éparpillèrent au ralenti. Il se dit qu'il aurait dû s'y remettre plus tôt - il n'y avait pas de meilleur défouloir qu'un jeu vidéo dans lequel il pouvait défoncer la gueule de tout ce qui bougeait. Même des goules, alors qu'elles n'étaient pas méchantes. Mais, encore une fois, il les avait aidées dans sa partie précédente. Cette fois-ci, en commençant le jeu, il avait été déterminé à se la jouer Connard des Terres Désolées. Sa jauge de karma était d'ailleurs déjà bien négative... et en dépit du fait qu'il avait toujours eu tendance à se la jouer héros désintéressé quand il y avait des choix moraux, les solutions violentes et la méchanceté gratuite correspondaient mieux à son état d'esprit actuel. Il avait vraiment envie de faire sauter Megaton City. Il avait eu envie de taper sur des trucs toute la journée à cause de ce foutu maquillage et de la frustration de ne pas pouvoir se gratter.
Et bien sûr, mis à part cela, il était fermement décidé à surveiller Roxas d'un peu plus près. Il fallait qu'il fasse attention à lui, et il ne se laisserait plus abuser par une once de fond de teint et un peu de poudre. Malgré ses efforts pour ne pas le montrer et son apparente désinvolture, Roxas n'avait pas pu cacher, ce matin-là, que Reno avait vu quelque chose qu'il tenait à lui cacher. Il ne voulait pas l'inquiéter, ce qui était à la fois honorable et stupide, et malheureusement pour lui, il venait de perdre un de ses atouts. Reno pensait qu'il devait regretter d'avoir dormi dans sa chambre. Sans ça, il n'aurait pas vu la fatigue sur son visage... et c'était sans doute parce qu'il avait compris que ce n'était plus la peine de le cacher qu'il se démaquillait maintenant. Ces derniers temps, Roxas avait pris l'habitude de prendre sa douche juste avant de se coucher, parfois même après que Reno se soit déjà mis au lit. Tout au plus, ils se croisaient dans le couloir. Il s'était débrouillé pour qu'il ne s'aperçoive de rien. sauf que ça ne servait plus à rien. Pas aujourd'hui, en tout cas.
Reno décida de le tenir à l'œil et de ne pas en parler, histoire d'endormir sa méfiance. Si Roxas pensait qu'il n'y prêtait pas attention, il finirait par recommencer à se conduire normalement. Et s'il reprenait son petit manège, se montrant uniquement maquillé, Reno saurait, cette fois, qu'il y avait un problème.
Roxas entra dans le salon au moment où Megaton City explosait, et regarda le champignon nucléaire qui se déployait sur l'écran. Du coin de l'œil, Reno le regarda, lui. Sa peau était nette mais un peu pâle, sauf sous ses yeux où elle était grise. Pas de poches, cependant, grâce au produit bleu clair dont lui-même avait découvert les formidables propriétés décongestionnantes au matin. Roxas avait dit qu'il ne laissait aucun résidu, ce qui signifiait qu'il pouvait s'en servir même après s'être lavé.
Non, Reno ne se laisserait plus avoir. Tout ce que le blond lui avait expliqué, il l'avait soigneusement enregistré, et comptait bien s'en servir pour voir à travers son masque. Et grâce si les choses prenaient une tournure déplaisante, il le saurait. Et il pourrait intervenir.
Roxas prit un livre sur l'étagère et s'assit à côté de lui dans le divan.
De toute la soirée, ils n'échangèrent pas une parole.
Plus d'action dans le prochain chapitre, patience !
