Auteur : Ariani Lee
Bêtalecture : Shangreela
Fandom : Final fantasy VII, Kingdom Hearts
Pairings: RAR et dérivés
Disclaimer : L'univers et les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.
Joyeux Demyx Day 2015 ! Bonne lecture :)
Chapitre 22 : Et le libre arbitre ?
I, I thought we were meant to be, I thought it'd be you and me
Standing together at the end of the world
I guess that's not what you want, I guess that I should just move on
But tell me how am I to move when I can't even breathe?
This is not how you make love, this is not what we signed up for
This is not how it's meant to be, this is how you start a war
( Simon Curtis , This is how to start a war )
La dérouillée que Reno avait mise à Kadaj, outre le fait que ce dernier l'avait amplement méritée, avait des avantages. Elle lui avait fourni un exutoire dont il avait eu plus que besoin et lui avait valu une semaine de vacances forcées qu'il mettait à profit pour se détendre et se reposer, ce qui ne pouvait clairement pas lui faire de mal non plus. Même s'il prenait à nouveau soin d'user de son ton Poli Et Courtois quand il s'adressait à Roxas, et même s'il continuait de ne le faire que le minimum syndical, il ne trimballait plus cette aura de catastrophe imminente. Il paraissait un peu plus décontracté. L'espèce de rage contenue qui l'avait rendu si irascible avait disparu, évacuée, le laissant fatigué et mélancolique. Roxas ne l'avait pas vu faire autre chose que dormir et jouer, depuis qu'il était en congé. Mais quand il rentra, ce soir-là, Reno l'attendait. Il se leva du canapé pour le saluer dès qu'il entra dans le salon.
- Alors, demanda-t-il, ça s'est passé comment ?
Roxas l'examina rapidement. Il avait toujours l'air las, et ne Roxas parvint pas à croiser son regard. Ça, en tout cas, ça n'avait pas changé.
- Bien. Ils ont signé, répondit-il aimablement.
Reno sourit d'un air satisfait et leva les deux pouces dans sa direction.
- Ah, je le savais ! Bravo. Même pas six mois que tu travailles à la SHINRA et tu vas percevoir ta première commission ! Je suis désolé que ça te soit tombé dessus comme ça, à cause de moi, mais ça prouve que j'avais raison. Un vrai petit prodige. Tseng t'a parlé depuis ?
- Pas aujourd'hui.
Roxas était toujours en pétard contre Reno de lui avoir caché la situation dans laquelle ils se trouvaient tous les deux. Il avait songé à lui en toucher deux mots, puis renoncé. Il ne voulait pas créer d'ennuis à Tifa, et puis... Reno n'avait pas été aussi sympa avec lui depuis des semaines.
- Il va sans doute vouloir, pour la com' et puis pour te féliciter, sans doute. Tiens, d'ailleurs, toujours pas de retour, l'autre face de rat ?
Roxas fit non de la tête en souriant largement, et leurs regards se croisèrent. Reno se détourna aussitôt, reportant son intérêt sur l'écran de la télévision.
- C'est cool, dit-il, comme il aurait dit "fin de la discussion".
Roxas encaissa la rebuffade sans broncher, trop habitué maintenant, et le laissa jouer. Pour ce qu'il en savait, c'était tout ce qu'il faisait en ce moment- jouer. Et dormir. Le premier soir, à leur retour du bureau, Reno s'était endormi sur le canapé et Roxas l'y avait laissé - il n'osait pas le toucher pour le réveiller et trouvait ça tellement ridicule que ça le mettait en colère. Il l'avait retrouvé au même endroit le lendemain matin. Il allait et venait entre son lit, le canapé et le cuisine. Il portait des jeans froissés et des vieux t-shirts, et Roxas était incapable de rester dans la même pièce que lui sans brûler d'envie de faire quelque chose pour ses cheveux. Ses longues mèches rouges avaient l'air d'avoir été séchées avec le réacteur d'un avion, les cheveux emmêlés et cassants. Mais il savait qu'il l'aurait mis mal à l'aise rien qu'en s'asseyant à côté de lui, alors pour ce qui était de l'approcher avec un peigne...
Roxas quitta le salon en silence, regagnant l'entrée. Il se rechaussa et sortit de l'appartement pour aller voir Axel à l'hôpital. Il monta en voiture, attacha soigneusement sa ceinture et se mit en route.
L'état de Reno lui rappelait son accident de moto et le congé-maladie qui avait suivi. Il se laissait aller parce que, de toute façon, il ne pouvait pas travailler et qu'il était supposé être chez lui justement pour se détendre. C'était le parti qu'il pouvait tirer de la situation, et il le faisait sérieusement. C'était positif, vraiment, mais Roxas n'aimait pas le savoir fatigué et sous pression au point d'en avoir tellement besoin. D'autant plus qu'il avait été présent tout le temps, la dernière fois, et même si Reno n'avait jamais plus été complètement à l'aise avec lui depuis l'Accident, Roxas avait apprécié bon nombre de ces moments. Il avait remis en état l'appartement sinistré, fait la cuisine et la lessive, il avait aidé Reno, il avait pris soin de lui. Il s'était senti utile, à sa place, il avait vu que Reno appréciait sa présence et, dans une certaine mesure, son attention.
Mais cette fois... Maintenant, il avait l'impression de s'imposer. Il allait et revenait du travail seul depuis près d'une semaine, il s'était occupé seul des courses, et s'était rendu seul chaque soir à l'hôpital. Seul, maintenant comme le reste du temps, il descendait de la voiture et gagnait la chambre d'Axel. Au début, se retrouver là, avec lui, sans que Reno y soit aussi (ou pour le moins dans le voisinage immédiat) avait paru étrange à Roxas. Ça ne l'était plus. Quand il s'assit à côté du lit, il était épuisé.
Paradoxalement, le temps qu'il passait avec Axel faisait du bien à Roxas. Ça le recentrait. Le voir, être en sa présence lui rappelait pourquoi s'échinait à tenir le cap, pourquoi il luttait tous les jours. Et surtout, pourquoi il ne devait pas lâcher Reno, quoi qu'il en pense. Ils devaient à Axel de se soutenir mutuellement, d'être là tous les deux quand il se réveillerait, pour qu'il puisse reprendre exactement là où il s'était arrêté. C'était tout ce qu'ils pouvaient faire en attendant. Reno avait besoin de lui, et même s'il aurait visiblement préféré crever que de le reconnaître, il finirait un jour par être obligé l'admettre. Ce jour-là, Roxas serait présent. Et ce en dépit du fait que, comme il le confia à Axel en prenant sa main gauche pour lui couper les ongles, il avait de moins en moins envie de rentrer chez eux.
- Il n'y a qu'avec toi que j'aurais pu en parler. En parler vraiment.
Le coupe-ongles faisait knip, knip, knip. A force de pratique, il avait bien chopé le truc.
- C'est bien la première fois de ma vie que je me retrouve dans une situation dont je ne pourrais parler ni à Ven, ni à Olette. Ils ne comprendraient pas... Mais toi, oui.
La peau d'Axel avait toujours la même douceur exagérée, la même finesse qui donnait l'impression qu'un rien aurait suffit à la déchirer. À ça aussi, Roxas s'était habitué avec le temps. Il soupira.
- Je ne sais pas ce qui se passe, avec Reno. Toi, tu saurais, tu le connais. Je suis sûr que tu comprendrais les raisons de son attitude. Moi, je suis perdu. Il s'est battu, l'autre jour et c'était tellement inconséquent de sa part, si tu savais... Et puis ça fait trois semaines qu'il est bizarre, avec moi. Par la force des choses, on passe beaucoup de temps ensemble et j'ai l'impression que ma présence... l'use. C'est... Il ne veut même plus me regarder.
Roxas reposa la main dont il avait fini de couper tous les ongles et caressa le visage immobile d'Axel en soupirant à nouveau.
- Je me sens un peu stupide. Je sais bien que tu ne m'entends pas. Même si tu m'entendais, tu ne peux pas répondre, hein ? Mais même comme ça... ça me soulage tellement, de dire ça à haute voix. Si j'en parlais à ma psy, elle interviendrait, et c'est trop tôt. Je voudrais trouver quoi faire, mais moi-même, pour une fois.
Ses parents avaient choisi de l'envoyer aux scouts sans tenir compte de son avis parce que Ven aimait y aller. Olette l'avait poussé vers une carrière de mannequin sans qu'il y redise, et pendant les années qui avaient suivi, il avait suivi les règles établies par d'autres concernant ce qu'il mangeait, les activités physiques qu'il pratiquait, si oui ou non il était judicieux qu'il prenne le soleil et bronze. Puis c'était Reno qui avait pris la relève en s'engageant légalement à le surveiller comme un enfant, puis en le faisant engager à la SHINRA.
- Je ne vais pas cracher dans la soupe, je peux m'estimer heureux, concéda-t-il, même si Axel ne disait rien, en changeant de côté du lit et en prenant l'autre main. Dans la conjecture actuelle, c'est plutôt énorme qu'il m'ait trouvé du travail. Surtout que n'étaient les... "circonstances" particulières, ça me plaît assez. Mais tu admettras que c'était quand même très arbitraire...
Knip, knip, knip. Même le docteur Master, qui ne faisait jamais que son travail et n'avait que sa santé mentale à l'esprit, exerçait sur sa vie un contrôle auquel il n'avait aucun moyen d'échapper. Il n'avait aucun intérêt à essayer, non plus, mais ça ne changeait rien aux faits. Il avait l'impression que la seule décision importante qu'il avait jamais prise de son propre chef et vraiment seul, avait été de glisser sa carte sous un verre le jour où il avait rencontré Axel. Et pour ce qu'il en savait, en faisant ça, il avait en grande partie ruiné sa vie ainsi que celle de Reno. Il ne pouvait plus s'empêcher de se demander si ce n'était pas de ça, finalement, que Reno le punissait. Bien sûr, c'était trop mesquin pour être son genre, mais cette situation durait depuis si longtemps qu'ils n'étaient plus vraiment eux-mêmes, l'un comme l'autre.
- Je me demande si je ne devrais pas juste m'en aller. Peut-être que les choses seraient plus faciles entre nous s'il n'était pas obligé de me supporter tout le temps. Mais je ne crois pas que le docteur Master serait d'accord. Elle sait que je vais au bureau et ici seul, en ce moment, et elle trouve ça encourageant. Elle dit que c'est comme de la rééducation et que c'est important parce que ça permet de voir les progrès que je fais. Mais d'après elle, c'est seulement possible parce que je ne vis pas seul. Si j'allais ailleurs, elle voudrait savoir pourquoi, et même si je lui expliquais la situation avec Reno et qu'elle pensait que rester avec lui n'est plus bon pour moi, elle voudrait que je m'installe avec Quelqu'un d'autre. Ça voudrait dire qu'une autre personne devrait signer cette maudite décharge et me servir de chaperon, et je regrette déjà assez d'avoir laissé Reno faire ça. C'est ce qui a fini par nous mettre dans cette situation, et je ne veux plus jamais imposer ça à qui que ce soit.
Roxas posa le coupe-ongles et, s'accoudant au lit, il porta la main d'Axel à ses lèvres.
- C'est tellement dur de sentir à quel point il voudrait que je sois ailleurs... Je crois que c'est ton absence que le tue. Qui nous tue. Évidemment, ça a dressé un mur entre nous, mais ça allait. C'est vraiment différent, maintenant - je m'en rends bien compte. Il ne pourrait pas l'exprimer plus clairement...
Il ferma les yeux et pressa sa joue au creux de la main inerte et trop douce.
- Il ne veut pas de moi. Je ne sais pas... Je ne suis pas sûr de comprendre ce que je lui ai fait, mais il y a forcément quelque chose ! Oh, Axel, tu me manques tellement... J'ai l'impression qu'il suffirait que tu ouvres les yeux, que ça arrangerait tout. On n'y arrive pas, sans toi...
Roxas savait trop bien à quoi s'en tenir pour espérer une réponse, mais cela ne l'empêcha pas d'observer le visage d'Axel du coin de l'œil, guettant une réaction, un signe qu'il l'avait entendu, en vain. Il était aussi immobile et muet que d'habitude. Roxas caressa ses cheveux avec un sourire amer.
- Merci quand même, d'être là. Tu es la seule personne à qui je pouvais vraiment tout dire. Et même les choses que je t'avais cachées, tu les as encaissées sans broncher...
Il battit des paupières et une grosse larme s'écrasa sur sa chemise mais il ne s'en aperçut pas ; il continua de parler.
- Tu ne m'a jamais tenu rigueur de rien, même quand je t'ai donné de bonnes raisons de le faire. Tu as toujours été présent, même quand je t'ai rejeté, tu m'as toujours attendu... Tu m'as aimé jamais comme personne d'autre ne l'a jamais fait. Et ça fait toujours aussi mal.
Ses larmes coulaient librement, maintenant. Ça n'avait rien d'exceptionnel - ces derniers temps, il lui suffisait d'arrêter de s'occuper cinq minutes pour se transformer en robinet humain. Une chose qu'il n'avait pas dite au docteur Master, même s'il lui avait avoué que son humeur était devenue très fluctuante.
- Je tuerais pour pouvoir reprendre où tout s'est arrêté, pour retrouver ce qu'on avait ! Haleta-t-il en serrant plus fort la main d'Axel. Tu me faisais me sentir vivant d'une façon que je ne connaissais pas, et même si ça n'a duré que quelques mois...
Il s'interrompit brusquement, le souffle coupé par une pensée pétrifiante. Combien de temps encore, avant qu'il ait passé plus de temps avec Reno qu'avec Axel ? Combien de temps avant que ce simulacre de vie commune représente une part plus importante de sa vie que sa relation avec Axel ? Il serra les dents jusqu'à ce qu'elles grincent, sans parvenir à refouler ses sanglots. Finalement, il s'abandonna - ça faisait trop mal de résister. Il pleura, pleura et pleura jusqu'à ce qu'il n'ait plus de larmes, et quand cela se produisit, il attendit que sa respiration reprenne un rythme normal pour ajouter :
- J'essaye mais... après ce qu'on a vécu ensemble, je ne sais pas si j'arriverai un jour à vivre sans toi.
Ça faisait du bien de le dire à voix haute. Pleurer aussi. Roxas se sentait plus léger, comme soulagé. Il s'assit au bord du lit et se pencha pour poser la tête sur l'épaule d'Axel, à la recherche de son parfum familier, maintenant disparu. Il ne trouva que ceux de la mousse à raser et du shampooing sec.
Est-ce qu'il aura un jour la même odeur qu'avant ? S'il utilise les mêmes produits de toilette, la même lessive... Est-ce que j'arriverai toujours à me souvenir cette odeur ?
Il resta là quand même, à faire la liste des choses auxquelles il renoncerait juste pour sentir les bras d'Axel se refermer sur lui pour l'enlacer, rien qu'une fois. Il y resta jusqu'à ce qu'une infirmière le trouva et le chasse gentiment en invoquant les Inviolables Heures de Visites.
Quand il rentra dans l'appartement, deux heures après l'avoir quitté, il retrouva Reno là où il l'avait laissé, dans le salon. Mais il n'avait pas allumé la lumière et l'image, sur l'écran de la télévision, restait statique - celle d'un paysage verdoyant vu par dessus une épaule d'où dépassait la garde d'une épée. Des chants d'oiseaux lui parvenaient jusque dans le couloir, et avec eux le son d'une respiration lente et régulière.
- Va te coucher, si tu veux dormir, marmonna-t-il en tournant les talons.
Il alla s'affairer dans la cuisine sans faire attention au bruit qu'il faisait, en se demandant s'il espérait que ça réveille Reno ou s'il préférerait qu'il continue à dormir. Il n'avait pas envie de lui parler, ça, c'était certain. Peut-être était-ce le fait d'en avoir parlé à haute voix, mais il avait découvert qu'il y avait quelque chose d'autre, au delà du chagrin et de l'incompréhension. Il était en colère.
Il n'avait jamais demandé à Reno de signer ce fichu papier qui les enchaînait l'un au l'autre, mais il l'avait quand même fait. Et en le faisant, il s'était engagé à veiller sur lui. Roxas était assez grand pour s'occuper de lui-même, merci bien, mais si le docteur Master avait estimé qu'il avait besoin d'une tutelle, c'était qu'elle avait ses raisons. Et s'il n'avait pas besoin qu'on le mette sous cloche, il fallait bien reconnaître qu'en la matière, Reno se plantait dans les grandes largeurs et que ça commençait à faire un moment que ça durait. Oui, c'était vrai, grâce à lui, Roxas ne rentrait pas dans un appartement vide. Pour autant, il n'aurait pas été pire qu'il le soie, car l'attitude de Reno le faisait se sentir plus seul que jamais. Pire que seul, même - indésirable.
- Et moi, je n'ai jamais signé pour ça, râla-t-il entre ses dents en claquant la porte du lave-vaisselle plus fort qu'il n'était nécessaire. Mais quand il revint dans le salon, Reno dormait toujours. Ou faisait semblant, songea Roxas en le regardant. C'était plus fort que lui - il n'y avait que quand il dormait ou qu'il ne pouvait vraiment pas s'en aller ailleurs que Roxas pouvait le regarder. Il avait vraiment l'air assoupi, la tête renversée sur le dossier du canapé, les mains à l'abandon sur ses cuisses. Roxas lui prit délicatement la manette. Dans l'éclairage chiche de la télévision, il remarqua ses ongles, tellement rongés que ça faisait mal rien que des regarder. Il passa sa langue sur ses lèvres meurtries en s'écartant, presqu'à contrecœur. Il avait autant envie de lui mettre son pied au cul que de l'embrasser.
Il n'y pouvait rien, c'était comme ça. Il était là, tout simplement, ce désir chevillé à son cœur - son cœur qui, pourtant, pleurait constamment l'absence d'Axel et le manque de lui. Mais Roxas savait ne pas s'écouter quand il le fallait, et il avait fini par réussir à vivre avec.
Finalement, comme il ne pouvait faire ni l'un ni l'autre, il se détourna carrément et vérifia sur le boîtier de Fable II que le jeu était bien équipé d'une fonction de sauvegarde automatique avant d'éteindre la console et la télévision. Puis, comme Reno dormait toujours, il le laissa là et alla se coucher.
R&R
Kadaj fit un retour remarqué le lendemain matin, affublé d'un plâtre nasal et de deux coquards violacés du plus bel effet. Tifa l'aperçut qui s'asseyait à son bureau et fila aussitôt dans celui de Reno pour le dire à Roxas.
- Et il était vital que tu t'asseyes sur mon bureau pour me communiquer cette information ? Lui demanda-t-il, pince-sans-rire, quand elle lui eut annoncé la nouvelle.
- Nope. Je te cache pas que je préfèrerais un piano, mais je fais avec ce que j'ai.
- Pourquoi un piano ?
- Ça pète la classe.
- Je te le concède. Beaucoup plus sexy.
- Voilà. Et puis je fais aussi ça pour le moral des troupes.
- Quelles troupes ?
- Nos pauvres collègues en mal de rumeurs croustillantes. Je m'amuse à ça sur le bureau de Reno depuis longtemps, ça fait plus du tout jaser et c'est pas drôle. Et puis, ça les occupe. Il faut savoir se sacrifier, tu vois. Au service de l'entreprise.
Elle déplaça ses longues jambes en un mouvement croisé-décroisé digne de Sharon Stone en personne.
- Autant j'admire ton sacrifice, autant j'ai le regret de te rappeler son inutilité, là, fit remarquer Roxas en branlant du pouce par-dessus son épaule pour lui montrer les stores toujours fermés.
- Ah, oui, c'est vrai, fit Tifa en reprenant une position plus naturelle. Pourquoi tu les laisses comme ça, d'ailleurs ?
- C'est mon bureau, tant que Reno n'est pas revenu, et je suis comme nos clients : j'aime le côté privatif, répondit-il en tirant vers lui le gros agenda noir que Tifa avait poussé pour s'assoir. Tu étais venue juste pour ça ou il y a autre chose ? Parce que j'ai encore des coups de fil à passer.
- Dis-le tout de suite si je te dérange.
- Je ne suis pas payé à -
Il fut interrompu par des coups frappés à la porte, qui s'ouvrit sur Elena.
- Roxas, tu t'es occupé des rendez-vous de Reno ?
- J'essaye, répondit le blond avec un sourire contrit et un regard à Tifa. Celle-ci descendit du bureau en haussant les épaules.
- J'essayais juste de rendre ton environnement de travail plus agréable.
- Et c'était très réussi, assura-t-il galamment. Je m'y remets, Elena.
- En fait, non, Tseng t'appelle.
- Qu'est-ce qu'il me veut ? Demanda Roxas, inquiet.
- Se rouler à tes pieds de petit prodige, suggéra Tifa.
- Un truc dans ce goût-là, je suppose, commenta Elena sans sourire.
Roxas se leva et sortit du bureau derrière les deux femmes et se hâta de se rendre au bureau du chef avant d'avoir eu le temps d'imaginer mille raisons négatives pour lesquelles il aurait pu être convoqué.
Tseng ne se roula pas à ses pieds, mais il le félicita quand même. Il le fit sans se départir de sa sempiternelle expression de calme neutre, et Roxas se demanda comment un homme qui paraissait aussi circonspect et réfléchi avait pu se montrer partial à ce point au sujet de Reno. Puis il se dit qu'il avait peut-être juste des a-priori sur le caractère de Tseng simplement parce qu'il était asiatique, et que ce n'était pas parce qu'il était Chinois que c'était forcément un adepte de la méditation Zazen. Peut-être qu'il était juste doué pour masquer ses émotions. En tout cas, Roxas était incapable de deviner ce qui se passait derrière ses yeux noirs, et ça le mettait mal à l'aise. Juste par principe.
Puis Tseng, comme l'avait prédit Reno, aborda la question de la commission, des taxes inhérentes, annonça un montant et lui fit signer un avenant.
Quand Roxas lui demanda s'ils devaient se livrer à la même procédure à chaque vente, Tseng lui répondit que non, qu'il y avait une clause à ce sujet dans les contrats des commerciaux.
- Si ça devient récurent, on change de type de contrat, conclut-il en rangeant la feuille que Roxas venait de signer dans un classeur et en lui en tendant un autre exemplaire. Ça, c'est à garder, tu devras le déclarer aux impôts.
Puis il remit le dossier en place et congédia poliment Roxas qui se leva, soulagé sans trop savoir pourquoi. Mais au moment où il se disait que finalement, non, il n'était pas question d'autre chose que la vente qu'il avait réussie, Tseng le rappela. Il s'arrêta à mi-chemin de la porte, se retourna et attendit. Sans le regarder, le chef ajusta le clavier de son ordinateur pour qu'il soit bien parallèle au bord de son bureau et pendant un instant, Roxas se sentit proche de lui. Il n'exprimait pas du tout le fait qu'il n'avait pas envie d'aborder le sujet qui arrivait, mais il se distrayait de sa contrariété invisible en rangeant quelque chose. Un automatisme auquel Roxas recourait depuis des années à chaque fois qu'il était troublé par quelque chose.
- Oui, monsieur ? Demanda Roxas, parce qu'il était planté là depuis trois bonnes secondes.
Tseng le regarda.
- Tu peux m'appeler "Chef", comme tout le monde, si tu veux. "Monsieur" toujours eu une consonance un peu trop militaire à mon goût.
- Oui, Chef, répondit Roxas (bien qu'il trouvât cela encore plus formel, mais bon, puisque tout le monde le faisait...).
- J'ai essayé d'appeler Reno mais il est en messagerie. Pourrais-tu lui dire de ma part qu'il est attendu jeudi matin comme d'habitude et que tout est rentré dans l'ordre, mais que je me passerai d'un second coup d'éclat dans ce genre ?
Toujours le même air neutre et impénétrable. Roxas comprit que Tseng passait par lui parce qu'il ne voulait pas laisser de traces telles que des mails ou des messages vocaux ou des mails d'une conversation avec Reno. Il hocha la tête.
- Je ferai passer le message, assura-t-il.
- Merci. Ce sera tout.
Roxas traversa l'open-space en cherchant Tifa du regard et leva le pouce à son attention quand il croisa son regard du côté des photocopieuses.
R&R
Reno accueillit le message de Tseng avec un haussement d'épaules et un ricanement.
- "Coup d'éclat", répéta-t-il.
- Pourquoi tu ris ? Demanda Roxas, un peu sèchement.
- Il a vraiment un balai dans le cul. Je ne casserai plus le nez de Kadaj aussi longtemps qui lui ne me fera plus chier. Tu crois que ça lui conviendra, comme réponse ?
- Tu sais, c'est ton chef, pas ton père. Et allume ton téléphone, ajouta-t-il sur un ton de reproche. Il faut que tu sois joignable au cas où l'hôpital appelle.
Ou moi, nom de Dieu.
- Okay.
Roxas emporta un livre dans la chambre d'Axel et n'en sortit plus de la soirée.
Dites, ça vous emmerde jamais mes histoires de mesquineries de bureaux, de chiffres de vente et e déclarations d'impôts ? Parfois j'ai l'impression que j'écris un truc méga barbant ça me fout une de ces angoisses ..
