Auteur : Ariani Lee

Bêtalecture : Shangreela

Fandom : Final fantasy VII, Kingdom Hearts

Pairings: RAR et dérivés

Disclaimer : L'univers et les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.


Chapitre 23.1 :Contact

To the soul's desires, the body listens

What the flesh requires, keeps the heart imprisoned

What the spirit seeks, the mind will follow

When the body speaks, all else is hollow

Oh, I need your tenderness, oh, I need your touch

Oh, I dream of one caress, oh, I pray too much

( When the body speaks, Depeche Mode )


Reno passa son rasoir sous le jet du robinet et le reposa sur le bord du lavabo avant de se rincer la figure. Il se redressa, épongea l'eau qu'il avait dans les yeux et se regarda dans la glace.

Son reflet lui apparut bien plus satisfaisant qu'il l'avait été une semaine plus tôt. Il avait le regard clair, ses traits n'étaient plus tirés et ses cernes avaient disparu. Les huit jours de barbe en moins aidaient aussi pas mal. Il passa une main sur son visage fraîchement rasé. Contrairement à Roxas, qui arborait un épais duvet couleur de chaume s'il ne se rasait pas pendant plus de quelques jours, sa barbe se résumait à un poil épars et dru qui démangeait terriblement. C'était bon d'en être débarrassé. Il entra dans la baignoire et ouvrit le robinet. Il joua avec le mitigeur pendant un moment avant que l'eau soit à la bonne température et avança sous le jet.

Il avait profité à fond de sa semaine, et de ces heures de solitude inespérée. Il avait fait de longues balades à moto, terminé deux jeux, rendu plusieurs visites à Axel et dormi un bon tiers du temps.

Le jour de son altercation avec Kadaj, il était rentré complètement épuisé et encore atterré de ce qu'il avait fait. Il ne l'avait pas regretté une seule seconde, depuis, mais la façon dont c'était arrivé, dont il avait complètement perdu le contrôle de son corps pendant un instant lui donnait des sueurs froides.

Il ne pouvait pas se permettre de laisser un truc pareil se reproduire. Autant il était satisfait – peut-être même soulagé – d'avoir enfin mis son poing sur le gueule de l'autre charogne, autant il avait le vertige à chaque fois qu'il se demandait ce qui serait arrivé s'il avait pu continuer. Si Tifa et Rude ne l'avaient pas retenu, il savait qu'il aurait continué à le frapper. C'était ce qu'il avait la ferme attention de faire au moment où on l'avait arrêté, et ce même alors que Kadaj n'était déjà plus en état de rendre les coups. Reno avait appris à se battre à la loyale et respectait les principes qu'il avait appris en même temps que le karaté, parce qu'ils faisaient écho à ses propres valeurs. S'acharner sur un adversaire incapable de se défendre n'en faisait pas partie. Il aurait sans doute dû être reconnaissant à ceux qui l'avaient empêché de faire pire que ça.

Mais quand il avait quitté le bureau, ce jour-là, il avait eu l'impression d'avoir les jambes coupées. Il était littéralement sur les rotules : il avait évacué la hargne qui l'aidait à tenir debout et à avancer depuis un bon moment. Et une fois que celle-ci l'avait eu quitté, il avait découvert qu'il n'était pas seulement lessivé – il était essoré. Il n'avait plus qu'une envie, c'était que quelqu'un ramasse sa carcasse froissée et rompue pour l'accrocher quelque part, ou la plier et la ranger. Vautré sur le canapé, il avait voulu dormir pour arrêter de réfléchir. Il avait fermé les yeux un instant et s'était réveillé le lendemain matin dans l'appartement vide, plusieurs heures après que Roxas soit parti au bureau. Dormir lui avait fait un bien fou, alors il avait continué. Il voulait retrouver ses moyens.

Il avait apprécié les longs moments passés seul. Même s'il était déjà beaucoup moins à cran qu'avant, c'avait été extrêmement reposant de pouvoir enfin arrêter de feindre et afficher sa fatigue, son abattement. Il avait décidé de jouer le jeu jusqu'au bout et avait extrait des tréfonds de son armoire ses fringues les plus usées – celles qu'il gardait parce qu'elles étaient confortables et qu'il les aimait bien mais qu'il n'aurait jamais osé porter pour aller bosser – ne se changeant que pour se rendre à l'hôpital. Et, négligeant le fait qu'il avait passé plusieurs heures à moto, il ne s'était pas brossé les cheveux une seule fois. Une connerie qu'il était en train de payer maintenant que, non contents d'être bourrés de nœuds inextricables, ils étaient mouillés. Il essaya de passer ses doigts dedans à plusieurs reprises et fut forcé de renoncer avant de s'auto-scalper. Finalement, il se résigna à piocher dans les produits de Roxas et « emprunta » une généreuse dose de lotion capillaire pour parvenir à les démêler complètement. Après quoi il sortit de la douche, se sécha et s'habilla. Il effleura du bout des doigts les pâles demi-lunes de la cicatrice qu'il portait toujours sur l'épaule gauche.

Trois années s'étaient écoulées depuis le jour où Axel lui avait fait cette marque, quelque temps après qu'ils aient emménagé. Reno se souvenait parfaitement de la façon dont il avait réussi à acculer puis à immobiliser Axel en se couchant sur lui pour pouvoir le chatouiller tout son saoul. Axel n'avait pas pu le supporter bien longtemps et avait fini par se défendre avec la seule arme qu'il avait à sa disposition, en mordant de toutes ses forces la première chose qui était passée à portée de sa bouche. Il avait été tellement désolé, il s'était excusé pendant trois jours. Reno n'avait plus essayé de le chatouiller il avait fini par comprendre que ça ne l'amusait vraiment pas. Mais il avait remarqué que la cicatrice s'effaçait lentement au fil des ans, et il se demandait maintenant avec anxiété si elle disparaîtrait un jour complètement.

Il attacha ses cheveux et noua sa cravate tout en songeant, vaguement honteux, à l'image peu reluisante qu'il avait dû donner au personnel de l'hôpital, débraillé comme il l'avait été ces derniers jours. Mais, objectivement, il se sentait mieux. Quand son réveil avait sonné la reprise, ce matin-là, il s'était réveillé en forme et content d'aller travailler pour la première fois depuis des semaines. Savoir qu'il avait fait fermer sa gueule à Kadaj et qu'il n'oserait sans doute plus l'ouvrir avant un bon moment était une raison supplémentaire pour lui de se relaxer. Même si, malheureusement, tous ses problèmes n'étaient pas réglés pour autant.

Il sortit de la salle de bains en tendant l'oreille, crispé, mais seul le silence l'accueillit. Les clés de Roxas n'étaient plus sur la porte alors que c'était lui qui l'avait verrouillée la veille. Partagé entre le soulagement et l'amertume, Reno alla pêcher ses propres clés dans le bol en terre cuite, sur la table du salon. C'était un des quelques bibelots que Roxas avait rapporté de son ancien appartement et qui avaient trouvé leur place ici et là. Il passa un petit moment à désentortiller de son trousseau une paire d'écouteurs, qui finiraient certainement à la poubelle le jour où quelqu'un se donnerait la peine de vérifier s'ils fonctionnaient encore, avant de se mettre lui-même en route.

Roxas était parti sans l'attendre, et c'était tant mieux. Si son « coup d'éclat », comme l'appelait Tseng, l'avait libéré d'une partie de sa colère et de ses frustrations, cela n'avait strictement rien fait pour arranger son plus gros problème. En la matière, c'était même plutôt pire qu'avant. Certes, l'espèce de petite voix dans sa tête – une manifestation de son autocensure, ou peut-être simplement sa conscience – s'était tue, mais peut-être qu'elle avait juste capitulé face à l'ampleur de la tâche. C'était devenu obsessionnel, et il n'arrivait plus du tout à réprimer son imagination qui, la bride sur le cou, galopait trop vite pour qu'il puisse la rattraper et la mater. Il savait que s'il était à ce point dans la mouise, c'était parce que son désir n'était pas seulement physique – que c'était parce que c'était Roxas, et qu'il avait des sentiments pour lui. Parce que même s'il essayait de toutes ses forces de le refouler, ce qu'il ressentait était sincère et trop fort pour être simplement ignoré. Et Reno était désormais littéralement incapable de poser les yeux sur lui parce qu'au cours de la dernière semaine, à chaque fois qu'en dépit de ses efforts pour l'éviter c'était arrivé, il s'était retrouvé littéralement assailli d'images folles.

Son cerveau jouait un jeu cruel, songea amèrement Reno alors que, à l'arrêt, il attendait que le feu passe au vert. Son imagination travaillait à plein régime pour créer les représentations les plus précises qu'elle pouvait produire des désirs contrariés de son propriétaire, l'aveuglant de baisers et d'étreintes coupables.

Il avait toujours eu une capacité de visualisation hors norme, ce dont se ressentaient à la fois sa mémoire et son imagination. Il n'exerçait aucun contrôle là-dessus, et s'il arrivait que ça puisse s'avérer utile ou agréable, ça lui avait également valu un paquet d'expériences assez désagréables. Il avait « vu » bien des images dont il se serait passé, notamment parce qu'Axel, qui avait parfaitement conscience de cet état de fait, s'en était plusieurs fois servi pour l'emmerder. Quand il voulait vraiment le pourrir, il disait tout le temps la même chose : « ton père en porte-jarretelles ». Ça marchait à tous les coups : Reno hurlait alors d'horreur et se frottait les yeux comme un forcené. À la décharge d'Axel, cependant, il n'avait jamais abusé de cette petite faiblesse, et n'avait jamais vendu la mèche à qui que ce soit. Ce genre de mésaventure n'avait rien de plaisant, mais ce n'était rien à côté de ce qu'il traversait maintenant. Jamais ça n'avait été si handicapant.

Il était hors de question qu'il se retrouve en voiture avec Roxas, se répéta-t-il en se garant. Il aurait été totalement incapable de conduire si ce dernier le lui avait demandé, et que lui aurait-il dit si cela s'était produit ? Reno préférait prendre sa moto plutôt que de devoir lui servir des excuses boiteuses ou refuser de lui répondre. Cette fois encore, il parait au problème en l'anticipant et en l'empêchant de se poser.

Quand il était revenu de son précédent congé, après son accident, ses collègues l'avaient accueilli en héros. Ce n'était pas le cas, aujourd'hui, mais ce ne fut ni une surprise ni une déception. Cette fois-ci, la raison de son départ exigeait que le personnel fasse preuve d'un minimum de retenue, d'autant que Kadaj était lui aussi revenu. Même si, selon Tifa, l'opinion publique lui était plutôt favorable depuis que Roxas avait décroché son premier client tout seul. On le salua comme s'il était parti la veille et que tout était normal, et il savait que les choses auraient sans doute été très différentes ce matin si Roxas s'était planté.

Il n'avait jamais douté de sa capacité à réussir, mais Reno avait été stupéfait de découvrir qu'il manquait à ce point de confiance en lui. Il s'était tellement braqué quand Reno lui avait confié cette tâche et avait passé tant de temps à protester qu'il avait fini par lui faire peur, malgré tout. Mais il s'en était très bien sorti et Tseng, qui ne parlait jamais pour ne rien dire, l'avait félicité. Au bout du compte, Roxas avait pris la situation en main, il l'avait gérée d'une main de maître et, au passage, lui avait sauvé les miches.

Et je ne lui ai même pas dit merci.

Quand il gagna son bureau, Reno avait tout juste une minute d'avance et la pièce était vide. Il laissa la porte ouverte, s'installa devant son ordinateur et ouvrit sa boîte mail pour désactiver l'auto-reply qui invitait les gens à patienter jusqu'à la date de son retour ou à se tourner vers son assistant pour les questions urgentes. Il avait accumulé une belle quantité d'e-mails, mais un tiers de celle-ci venait de Roxas qui l'avait mis en copie pour chaque réponse qu'il avait envoyée. Il commença par ceux-là et vidangea tout ce que Roxas avait pu clôturer lui-même avant d'attaquer le reste. Il s'y employait encore quand Roxas entra dans la pièce, deux minutes plus tard, un mug de café dans chaque main, et referma la porte d'un coup de talon précis. Reno eut soin de garder les yeux fixés sur son écran quand il s'approcha de son bureau, et les y maintint même quand il tendit la main pour accepter la tasse que Roxas lui offrait. Leurs doigts se touchèrent.

Reno se sentit basculer et, l'instant d'après, une foule d'images mentales oblitéraient sa vision.

Il attrapait la tasse et, d'un geste vif, la posait sur le bureau. Du café éclaboussait le clavier.

Roxas s'éloignait déjà, mais la main de Reno se refermait sur son poignet, le retenant.

Roxas se retournait, et son incompréhension se lisait sur son visage.

Reno se levait et tirait Roxas par la main pour l'attirer vers lui et Roxas, trop surpris pour réagir, ne résistait pas.

Pas plus qu'il n'essayait de se dérober alors que Reno glissait un bras autour de sa taille pour l'enlacer étroitement, toujours plus près, jusqu'à ce que leurs corps se retrouvent plaqués l'un contre l'autre.

Pas plus qu'il ne tentait de se soustraire au contact de la main qui glissait sur sa nuque et s'y arrimait, aussi tendre que ferme.

Le souffle de Roxas se faisait court, sa bouche s'ouvrait sous celle de Reno. Ses lèvres étaient chaudes et rudes et humides et son corps souple et flexible entre ses bras.

Roxas fermait les yeux et ses mains, qu'il avait jusqu'à lors laissé pendre à ses côtés, se refermaient sur les revers du veston de Reno.

Reno le serrait plus fort, approfondissait ce baiser paradisiaque, et Roxas y répondait avec la même ferveur ardente et passionnée.

Appuyé contre le bureau, Roxas l'attirait tout contre lui, serrant ses hanches entre ses jambes.

Ils étaient comme soudés l'un à l'autre, pourtant Roxas nouait les bras autour du cou de Reno, s'accrochant à lui comme s'il avait peur qu'il disparaisse.

Reno rompait le baiser et son regard trouvait celui de Roxas, presque caché derrière ses paupières mi-closes. Il y restait accroché pendant une fraction de seconde, comme pris au piège de ses profondeurs troublées et immobiles.

Il l'embrassait à nouveau. Un baiser avide, dévorant. Ses mains étaient sur le visage de Roxas, sur ses joues empourprées qui lui brûlaient les doigts.

Il les glissait dans ses cheveux trop doux pour être vrais, et son visage se nichait au creux de son cou, là où son parfum était le plus fort et délicieux.

Ses lèvres touchaient sa peau, plus effleurement que caresse, mais Roxas frissonnait quand même, les mains crispées sur son veston.

Il posait sa bouche sur lui en un vrai baiser, chaud et mouillé, sur le côté de sa gorge.

La tête renversée en arrière, Roxas cherchait de l'air et Reno le mordait, lentement, doucement, juste assez pour qu'il sente ses dents sur sa peau.

Roxas se raidissait en haletant, ses poings durement serrés dans son dos.

- Reno…

Le retour à la réalité fut violent. Reno se rejeta en arrière sans réfléchir, rencontra son fauteuil et dégringola avec. Il tomba par terre, et son dos et l'arrière de sa tête heurtèrent durement le mur. La chaise tomba à côté de lui, à trois centimètres de sa main, mais il ne le remarqua pas.

Dans ses fantasmes, Roxas ne parlait jamais. Il n'avait pas de voix. Ce qui venait de se passer… c'était réel.

Face à lui, encore à demi-assis sur son bureau, se trouvait Roxas. Il le fixait, une main plaquée sur la bouche, les yeux écarquillés. Reno croisa son regard - consciemment, cette fois - et y trouva le reflet de sa propre panique, de sa propre consternation. Ça y était. Il avait dérapé. Il s'était trop relaxé, il avait trop baissé sa garde et il était tombé dans la première ornière venue. Sauf qu'il n'était pas le seul, cette fois, à avoir perdu les pédales et, qu'ils étaient deux à avoir trop peur des conséquences pour y faire face.

Ce fut Roxas qui mit un terme à ce calvaire en s'enfuyant, au grand soulagement de Reno qui aurait été incapable de se relever si sa vie en avait dépendu. Cramoisi, il glissa au bas du bureau comme si celui-ci avait été sur le point de le mordre, bredouilla quelque chose que Reno ne comprit pas et quitta précipitamment la pièce.

Ce ne fut qu'au moment où il referma la porte derrière lui que Reno remarqua les stores baissés et fermés. Il eut une chute de tension si subite et si intense que s'il n'avait pas déjà été assis par terre, il serait sans doute tombé.

Ils auraient pu être ouverts.

Roxas avait dû les fermer et les laisser comme ça, mais Reno ne s'en apercevait que maintenant. Tout le service aurait pu les voir, et son cerveau même n'avait pas pris cette donnée en compte avant de le faire agir. Cette idée lui amena l'estomac au bord des lèvres. Il resta assis là un long moment, laissant la nausée dissiper les restes de l'excitation. Il avait les mains glacées. Il emmêla ses doigts à ses cheveux et serra. Fort.


Déchiré

Je suis un homme partagé, déchiré

Entre deux femmes que j'aime

Entre deux femmes qui m'aiment

Est-ce ma faute si je suis un homme heureux ?

Déchiré

Je suis un homme dédoublé, déchiré

Entre deux femmes que j'aime

Entre deux femmes qui m'aiment

Faut-il que je me coupe le coeur en deux ?

( Notre Dame de Paris, Déchiré )