Auteur : Ariani Lee
Bêtalecture : Shangreela
Fandom : Final fantasy VII, Kingdom Hearts
Pairings: RAR et dérivés
Disclaimer : L'univers et les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.
Chapitre 26.1 : Intrusion
Encore un effort... Quelques mois suffiront
Je suis presque mort. Quelques mois et c'est bon
Supprimer les traces, la moindre trace
Ce qui reste de candeur
Un morceau de glace à la place du cœur
Et même si je m'améliore, oh, j'en rêve encore
Même en sachant que j'ai tort, oh, j'en rêve encore
Ton absence qui me mord, oh, j'en rêve encore
( De Palmas, "J'en rêve encore")
Reno arriva au bureau le lendemain avec quarante minutes de retard, avec ses habits de la veille et sa pire gueule de bois de la semaine. Il aurait pu arriver moins tard, mais il n'avait pas voulu rouler plus vite. Il mâchait trois chewing-gums à la chlorophylle dans l'espoir de rafraîchir son haleine ; sa bouche avait un goût de fosse septique et l'odeur ne devait pas valoir mieux. Sitôt arrivé, il se précipita dans le bureau d'Elena pour se répandre en excuses : il n'avait pas pu prévenir, il avait oublié de mettre son téléphone en charge la veille et il ne s'était aperçu qu'il était éteint qu'après être parti de chez lui.
- Ça ne fait rien, lui assura Elena. C'est pas comme si ça t'arrivait souvent, et puis je suis vraiment contente de te voir. Si toi aussi tu t'étais absenté aujourd'hui, ça aurait été compliqué.
- Qui d'autre est absent ? Demanda Reno en essayant de ne pas montrer que son cerveau était coincé dans une position douloureuse. Il regrettait amèrement de n'avoir pas au moins pris le temps d'avaler deux aspirines avant de se mettre en route.
- Roxas, répondit Elena en fouillant dans un bac à courrier sur son bureau. Voilà la liste de tes clients démarchés. Roxas a dit qu'il revenait demain, donc tu peux la laisser sur son bureau.
- Il a dit pourquoi il s'absentait ? Demanda Reno en prenant le papier qu'elle lui tendait.
- Une urgence, apparemment.- Mais il allait bien ?
- Hé bien, il avait l'air fatigué. Préoccupé. Enfin, comme quelqu'un qui a une urgence, quoi. Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ?
- Oh, pour rien. Merci, j'y vais. J'ai du retard à rattraper.
- Okay.
Reno se fit son premier café de la journée et gagna son bureau en se demandant s'il devait être reconnaissant ou inquiet. Il avait lui-même envisagé de se faire porter pâle pour la journée. Heureusement, il ne l'avait pas fait.
Il déposa la feuille sur le petit bureau comme Elena l'avait demandé et s'assit à sa place. Il alluma l'ordinateur, prit une gorgée de café et remarqua une pile de feuilles bien nette et étiquetée "URGENT" posée à côté de son clavier. C'était l'écriture de Roxas, et il se demanda à nouveau s'il devait s'inquiéter.
Maintenant qu'il y pensait, il avait effectivement dû déverrouiller la porte pour sortir. Roxas ne l'aurait pas fermée à clé s'il était parti en le sachant encore dans l'appartement, donc il n'était pas sorti. Sauf s'il était parti avant, bien sûr, sans remarquer que Reno était toujours là. Il avait émergé de son semi-coma éthylique cinquante grosses minutes après l'heure à laquelle il se levait d'habitude... Reno se demanda s'il devrait essayer de le contacter, avant de se souvenir combien les textos de Roxas pouvaient être éloignés de la réalité - si toutefois il lui répondait. Quant à l'appeler, s'il était mal foutu au point de ne pas venir au bureau, il ne décrocherait même pas. Et si - pire - il décrochait ? Que lui dire ? Après tout, c'était de sa faute, Reno le savait très bien.
Il n'avait que des bribes de souvenirs de ce qui s'était passé dans le couloir, il avait été bien trop soul pour vraiment imprimer ce qui se passait. Il se rappelait que Roxas lui avait ouvert la porte et qu'il avait voulu discuter, mais pas lui avoir répondu. La seule chose qui était nette, dans sa tête, c'était qu'à un moment, Roxas avait touché son visage, et qu'il l'avait repoussé avant de s'enfermer dans sa chambre. C'était le dernier contact qu'il avait eu avec lui. Non, Roxas ne lui parlerait pas. Pas honnêtement, en tout cas.
Y a un moment maintenant que j'ai arrêté de mériter sa confiance...
Il aurait sans doute dû rentrer. Sauf que Roxas avait peut-être juste cherché à l'éviter. Il avait peut-être simplement fait ce que Reno avait failli faire lui-même en se réveillant, avant de se raviser parce qu'il avait quand même envie de garder son travail.
Et s'il est pas là juste parce qu'il a pas envie de voir ma gueule - ce qui serait compréhensible et logique - rentrer serait complètement débile.
Il décida de travailler. Après avoir passé une demi-heure supplémentaire à retourner le problème dans tous les sens en contemplant son écran d'un œil vide, son mal de crâne allant crescendo, il n'y tint plus. Il ouvrit la messagerie instantanée interne et envoya un message à Tifa.
Reno LACE - 08h58 :
Tu as une minute ?
La réponse arriva presqu'aussitôt.
Tifa LOCKHART - 08h58 :
2sec, tél
Il patienta en se demandant comment il allait bien pouvoir tourner ce qu'il avait à dire. Quand Tifa le reprit, il n'avait pas encore trouvé.
Tifa LOCKHART - 09h01 :
Voilà, j'étais avec un client. T'as besoin de quelque chose ?
Reno LACE - 09h01 :
De toi, si possible ? J'ai un service à te demander
Tifa LOCKHART - 09h02 :
Dans ton bureau ? ça a un rapport avec Roxas ?
Reno LACE - 09h02 :
Oui et oui
Elle débarqua dans les dix secondes, ferma la porte derrière elle et se planta devant le bureau, les mains sur les hanches. Elle avait exactement la même expression que le jour où elle lui avait apporté des dossiers en souffrance après son dérapage à moto. Il savait ce qu'elle allait dire avant même qu'elle ouvre la bouche.
- Qu'est-ce que t'as encore fait ?
Gagné.
- Charmant. Pourquoi ce serait forcément moi qui aurais fait quelque chose ?
- C'est pas le cas ?
- ... Si.
- Ben voilà. Venons-en au fait. Que puis-je faire pour toi ?
Reno soupira, pressentant qu'il allait le regretter. Sa migraine était de plus un plus aigue.
- Je voudrais que tu appelles Roxas pour essayer de savoir s'il est bien à la maison et pourquoi il est pas venu.
- Il te l'a pas dit ?
- Non, je l'ai pas vu ce matin. J'étais à la bourre, je suis parti en quatrième vitesse et j'ai pas pensé qu'il était peut-être encore là.
- Et tu peux pas lui demander toi-même ?
- Si je pouvais, c'est ce que je ferais.
La jeune femme croisa les bras, renfrognée.
- Il décrochera pas s'il voit que c'est toi qui appelles, c'est ça ? Et même s'il décrochait, il voudrait pas te parler, sinon tu m'aurais juste emprunté mon portable. (Elle soupira.) Je répète ma question, qu'est-ce que t'as encore fait ?
- Tifa...
Elle le regarda, le visage indéchiffrable pendant un instant, avant de lever les yeux et les mains au ciel.
- Okay, je vais le faire.
- Je t'aime.
- T'emballes pas, j'ai pas fini. Je vais le faire, mais j'y mets deux conditions et je te préviens, elles sont pas négociables.
- Je sens que ça va pas me plaire.
- Alors ça, je m'en tape. Premièrement, c'est du niveau CM2, ce que tu me demandes, et en plus j'aime bien Roxas, j'ai pas envie de le prendre pour un con. Alors je vais l'appeler, et toi, pendant ce temps là, tu vas aller t'en griller une ou ce que tu voudras.
- Non, sérieux...
- Pas question que tu restes là à écouter ou à me regarder pendant que je lui parle, je trouve déjà ça assez naze comme ça. Deuxièmement, ajouta-t-elle vivement parce qu'il ouvrait la bouche pour protester à nouveau, aujourd'hui, toi et moi, on va aller prendre un pot ensemble, et tu vas m'expliquer ce qui se passe.
- Ça te regarde pas.
Tifa haussa les épaules et regarda ailleurs.
- Comme tu veux. Va donc demander à Rude de le passer, ton coup de fil.
- Ça te ressemble pas de vouloir à ce point te mêler des affaires des autres.
- Toi, c'est la lâcheté qui te ressemble pas.
Reno tiqua.
- Retire ça.
- Non.
Il se leva, la mine plus sombre que le Neuvième Cercle des Enfers.
- Tu sais pas de quoi tu parles.
- Précisément : éclaire-moi.
- Putain, t'as de la chance que j'aie le respect du beau sexe !
Tifa ricana et ouvrit les bras.
- Oh, mais te gêne surtout pas pour ça. Je te prends quand tu veux, et ça te changera des loques qui rendent même pas les coups.
Ils se firent face pendant un long moment en s'affrontant du regard jusqu'à ce qu'enfin Reno baisse les yeux, vaincu et mécontent.
- Okay, dit-il. Au fond, c'est toi qui as raison. Je ferai ce que tu voudras.
- Juré ?
- Tu veux que je pose la main sur la Bible aussi ? Je te dis que je ferai ce que tu voudras, maintenant appelle-le !
- Ça roule, répondit-elle naturellement, comme s'ils ne sortaient pas tout juste d'un duel d'intimidation oculaire. Va donc t'occuper cinq minutes. Je veux même pas te voir, tu vas me faire stresser.
À contrecœur, Reno quitta la pièce sans trop savoir quoi faire de lui-même. Finalement, il suivit le conseil de Tifa et descendit s'en griller une. Histoire de se forcer à prendre son temps, il alla jusqu'à sa moto, qui était garée une rue plus loin, et s'assit dessus pour fumer sa cigarette. Quand il remonta, il vit que Tifa était à la machine à café et retourna dans son bureau pour l'attendre. Elle l'y rejoignit un instant plus tard, une tasse dans chaque main. Elle déposa devant Reno celle qu'il avait vidée, re-remplie.
- Hé ben, dit-elle en se hissant à sa place favorite sur le bureau, j'ai hâte que tu m'expliques ce que si passe et ce que t'as fichu.
- J'en déduis que tu lui as parlé ?
- Evidemment. Et tu sais quelle est la première chose qu'il m'a demandée quand j'ai dit que j'appelais pour prendre de ses nouvelles ?
- Quoi ?
- Si c'était toi qui m'avait demandé de le faire.
Oh, merde...
- Tu lui as dit quoi ?
- J'ai fait comme si de rien n'était. J'ai dit que je t'avais pas vu de la journée, que t'étais en déplacement. Je compte sur toi pour qu'il apprenne pas que je lui ai menti, Reno, et si d'aventure il finit par le savoir, je te vendrai sans aucun scrupule.
- Ça fait plaisir.
- M'en tape. Donc je lui ai dit que c'était justement parce que t'étais pas disponible que je l'appelais, sinon je t'aurais posé la question.
- Il t'a dit où il est ? Pourquoi il est pas venu ?
- Plus ou moins. Je me suis arrangée pour lui en faire dire plus qu'il n'aurait bien voulu – sérieusement, je déteste faire des trucs pareils, Reno. Je lui ai demandé si je le réveillais, il m'a dit que non, qu'il allait se lever de toute façon. J'ai dit : Elena a dit que tu avais une urgence, pourquoi t'es chez toi ? Comme je l'avais grillé, il a pas pu mentir.
- Et ça l'a pas trop emmerdé ?
- Bah, il était mal à l'aise. Il s'est excusé. Je lui ai dit que c'était pas grave, que s'il voulait resquiller c'était son problème et que j'allais certainement pas le balancer. Ce sont des choses qui arrivent, mais je lui ai quand même demandé pourquoi il était pas venu, du coup.
- Et qu'est-ce qu'il a dit ?
- Qu'il avait juste besoin d'un jour de repos. Apparemment il dort pas bien du tout, il dit qu'il arrive pas à récupérer. Mais il revient demain, normalement.
- Mais il avait l'air d'aller bien ?
- Oui. Enfin, fatigué, c'est tout.
- T'as rien remarqué de bizarre ou d'anormal ?
Ce serait tellement plus simple si je pouvais juste lui demander s'il avait l'air d'avoir les idées claires !
- Non, mais en même temps, y a pas vraiment de raison. Tu sais que t'es un cas exceptionnel, Reno. Toi mis à part, ça peut arriver à tout le monde de prendre une journée aux frais de la princesse.
Elle n'a peut-être pas tort...
- C'est vrai, lâcha-t-il en se frottant les yeux – sa tête lui faisait un mal de chien. C'est sans doute moi qui me fais des films et qui m'inquiète pour rien.
- J'espère. Ceci dit, t'attends pas à ce que je te lâche la grappe pour autant.
- J'y comptais pas. On se verra plus tard, dit-il en fermant les yeux sous un élancement crânien particulièrement douloureux.
- Tout va bien ? T'as vraiment pas l'air dans ton assiette, toi non plus.
- J'ai une putain de migraine. Dis, ma représentante préférée de la gent féminine, aurais-tu dans ton sac à main une de ces mini pharmacies que les femmes sont les seules à avoir la présence d'esprit de trimballer ?
- J'ai deux chromosomes X donc oui, bien sûr que j'ai un petit kit d'urgence. Tu veux quoi ?
- De la morphine. Mais je me contenterai de n'importe quoi qui soit à base de paracétamol, ajouta-t-il quand Tifa lui adressa un regard consterné.
Elle lui ramena deux comprimés qu'il fit descendre avec une lampée de café, puis ils se remirent tous les deux au travail. Reno s'aperçut rapidement qu'il n'aurait de toute façon pas pu sortir ce jour-là. Roxas avait abattu un sacré bon boulot de son côté pendant que Reno chassait les clients, mais il y avait tout de même un certain nombre de choses qu'il ne pouvait pas prendre en charge. Et en dépit du fait qu'il en avait fait une partie quand même – encore une bonne initiative, apprécia Reno – un certain retard s'était accumulé. Profitant de ce qu'il avait son bureau pour lui tout seul et qu'il pouvait se concentrer sans avoir envie d'arracher les vêtements de quelqu'un ou de se taper la tête dans un mur, il se mit au boulot.
Les cachets firent effet au bout d'une grosse demi-heure et il redoubla d'ardeur au travail, ne s'interrompant sur toute la journée que le temps de fumer quatre cigarettes et de faire la file pour s'acheter un sandwiche. Il mangea en réfléchissant à ce qu'il allait bien pouvoir raconter à Tifa pour satisfaire sa curiosité, tout en en disant le moins possible.
Elle s'inquiétait pour rien, il n'essaierait pas de se défiler. Il connaissait assez Tifa pour savoir que s'il filait à l'Anglaise, il la retrouverait sur le pas de sa porte. Et s'il y avait une chose dont il avait encore moins envie que d'avoir cette conversation avec elle, c'était de l'avoir en présence de Roxas.
Au final, rassuré au sujet de Roxas, il passa une assez bonne journée en dépit du prix à payer. Quand Tifa le rejoignit devant les ascenseurs, il l'accueillit d'une voix morne :
- Tu veux aller quelque part en particulier ?
- Cache ta joie ! Non, j'ai pas de préférence et toi ?
- Je connais bien un endroit...
- Ça me dérange pas si tu préfères un match à domicile. Je te suis.
- Epargne-moi tes métaphores sportives et finissons-en.
Tifa le suivit en voiture et il ne tenta pas de la semer, même s'il n'aurait eu aucun mal à le faire, parce qu'il voulait quand même pouvoir rentrer chez lui. Il la conduisit jusqu'à la Taverne, où il avait de toute façon eu l'intention de se rendre. Ça allait être compliqué demain matin, qu'il gare sa moto là plutôt que de passer la déposer à la maison, mais tant pis : il était hors de question qu'il conduise s'il était ivre. Il en serait quitte pour se lever plus tôt le lendemain, un point c'est tout.
- Dis, lui demanda Tifa en entrant derrière lui, c'est pas le café où Axel travaille ?
- Si, c'est ici.
- Et tu viens souvent ?
- Pas vraiment. Après l'Accident, j'ai plus mis les pieds ici pendant des mois, répondit Reno en se demandant si la majuscule s'entendait, quand il le disait à voix haute.
- Salut, Reno, lui dit Demyx qui passait, les mains chargées de vaisselle sale. Mademoiselle, ajouta-t-il avec un petit salut de la tête en découvrant Tifa.
Ils le suivirent jusqu'au comptoir, au bout duquel ils trouvèrent une paire de tabourets inoccupés. Il était six heures et la salle était aux deux tiers pleine.
- T'es tout seul, Dem ? Demanda Reno au jeune homme visiblement débordé.
- Non, Jim est en cuisine. C'est le jour du gratin de pâtes et ses macaronis commencent à avoir du succès.
Reno ne répondit pas, pressentant que tout ce qu'il pourrait dire à ce sujet était bien mieux à l'intérieur. Ce n'était pas plus la faute de Demyx que celle de Jim si Reno détestait à ce point l'idée qu'un autre prenne ses habitudes ici, à la place d'Axel.
- C'est une bonne idée de venir avec quelqu'un plutôt que tout seul, dit Demyx qui s'affairait devant eux. Surtout que là j'ai vraiment pas le temps. Comme d'habitude ?
Reno ignora vaillamment le regard de Tifa - il pouvait le sentir s'enfoncer dans son visage - en répondant, et commanda la même chose pour lui et pour elle. Demyx les servit rapidement et repartit aussitôt.
- Désolé, je peux vraiment pas m'attarder, s'excusa-t-il en s'éloignant.
Vive comme l'éclair, Tifa passa à l'attaque aussitôt que Demyx fut suffisamment loin à son goût.
- Pas mis les pieds ici depuis des mois, hein ? Persifla-t-elle.
- J'ai pas dit "depuis des mois", j'ai dit "pendant" des mois.
- Tu joues sur les mots. Il t'a traité comme un habitué.
- Alors d'une, je fréquente cet endroit depuis des années même si j'ai fait une longue pause donc techniquement, je suis un habitué. Et de deux, il l'a fait exprès.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce que figure-toi que t'es pas la seule personne à vouloir à tout prix fourrer son nez dans mes affaires en ce moment. Il a reconnu en toi une alliée potentielle et il a voulu mettre toutes les chances de ton côté, donc il m'a balancé.
- Perspicace et déterminé, dis donc, commenta Tifa avec un regard appréciateur vers le serveur. Ce serait pas lui, le fameux collègue d'Axel qui est plus malin qu'il n'en a l'air ?
- Si, s'étonna Reno. Qui t'a parlé de lui ?
- Roxas.
- Ah.
Tifa prit une gorgée de whisky et se tourna vers Reno. Il n'avait pas touché à son propre verre.
- Donc, dit-elle, c'est d'ici que tu venais, lundi soir, quand t'as débarqué chez moi plus alcoolisé qu'un Mon Chéri pour t'écrouler dans mon canapé ?
- T'avais dit que tu poserais pas de questions.
- Et je l'ai pas fait. Je t'en pose maintenant.
- D'accord, d'accord, admit-il. Oui, c'est d'ici que je venais.
C'était au moins une question à laquelle il pouvait répondre sans prendre de risque : à toute fin utile, elle le savait déjà. Pendant un instant, ils ne dirent plus rien, se contentant de siroter leurs verres en silence.
- Le jour du gratin de pâtes ? Demanda finalement Tifa.
Soulagé de ce changement de sujet, Reno s'empressa de lui fournir toutes les explications qu'il avait enregistrées en quatre années de vie commune avec Axel.
- C'est une Taverne, ici, pas juste un bar. Bon, c'est avant tout un bar, okay, il y a même une salle de billard, à côté, mais ils servent aussi de la nourriture. La cuisine est ouverte pendant deux heures à midi et pendant deux heures au soir. Il y a deux plats du jour différents chaque jour, un à midi et un au soir. Ça fait quatorze plats différents en tout, les mêmes depuis des années. C'est des plats très simples, style cuisine familiale, et on est jeudi soir. C'est gratin de pâtes.
- Ah, je vois ! Et donc, Jim, c'est le cuisinier.
Reno secoua la tête en prenant une gorgée de whisky.
- Y a pas de cuisinier. Les serveurs cuisinent chacun à leur tour. Quand Axel a commencé à travailler ici, il a eu un essai d'un mois, et il a dû préparer les quatorze plats de la carte.
Je me souviens encore de sa tête quand il m'a dit ça. Il était effaré.
Reno vida son verre.
- C'était le lundi midi que les gens étaient contents de le voir en cuisine, ajouta-t-il. Parce que le lundi, c'est le jour des lasagnes.
Demyx passa derrière le comptoir et resservit Reno sans dire un mot avant de repartir en sens inverse. Avoir un "drinking buddy" avait peut-être des avantages, en fin de compte.
- Bon, finit-il par dire, résigné. Qu'est-ce que tu veux savoir ?
Quitte à en devoir en passer par là, autant expédier ça aussi tôt que possible. Mais Tifa prit une gorgée de son verre et lui lança un regard grave.
- Reno, j'essaye de t'aider. Vraiment. Je fais pas ça pour moi, j'en tire aucun plaisir, aucune satisfaction. Ça ne m'amuse pas.
- Alors arrête de te fatiguer : j'ai pas besoin d'aide.
- Oh, si. Seulement, tu n'en veux pas. Je sais pas pourquoi, je suis sûre qu'il doit y avoir un nom scientifique pour ça, mais y a un truc chez toi qui te pousse à vouloir absolument tout faire tout seul. En soi, c'est pas un souci: tu t'en es toujours très bien sorti comme ça. Sauf maintenant. Là, ça devient un problème. Alors j'essaye de t'aider, même si c'est contre ton gré. C'est pas un jeu.
- Je le sais bien, répondit Reno en reprenant son verre. Je sais que tu crois bien faire. J'en doute pas.
- Je le crois pas, Reno, je le sais. Tu t'en rends peut-être pas compte, mais y a qu'à vous voir, toi et Roxas. Il suffit de vous regarder un peu pour se rendre compte que vous allez tous les deux de plus en plus mal, et que ça va pas s'arranger tout seul. Sérieusement, qui se ferait pas de mouron à ma place ? Regarde-toi ! Tu t'es fait suspendre après avoir pratiquement tabassé un mec qui se défendait même pas. Le jour même de ton retour, tu t'es porté volontaire pour te taper la pire corvée de tout le service et le lendemain c'est Roxas qui s'y est collé, puis de nouveau toi, hier. Me prends pas pour une truffe, ça crève les yeux comme le nez au milieu de la figure que vous vous évitez. Et excuse-moi de te le dire, mais même si cet endroit a une valeur sentimentale, y a rien de positif non plus dans le fait que tu passes tout ton temps libre dans un débit de boisson à t'imbiber comme une éponge.
Reno vida son verre sans répondre. Elle avait raison, évidemment, du début à la fin, mais qu'est-ce que ça changeait ?
Rien. Rien du tout.
- J'ai essayé d'en parler avec Roxas, tu sais. Il m'a poliment fait comprendre que je ferais mieux de m'occuper de mes oignons.
- Et pourquoi quand c'est lui qui demande tu le fais ?
- Parce que je le connais pas assez pour me permettre d'insister. Toi, par contre...
Elle pointa du doigt le verre vide de Reno, qui attendait un autre passage de Demyx. La salle, maintenant pleine, était bruyante et animée.
- Si tu te sens acculé au point de chercher une solution au fond de ton verre, donne-moi une chance. Je suis sûrement de meilleur conseil que Jack Daniel.
Reno leva les yeux au ciel.
- C'est ça que tu comprends pas. C'est pas de toi qu'il s'agit, ni même de moi. Tout ça regarde aussi Roxas, et même si j'avais envie d'en parler, je pourrais pas le faire sans être indiscret.
- Oh, arrête, tu me feras pas croire que tu peux pas m'en dire une partie. Si y a des trucs très personnels à son sujet, t'as qu'à les laisser en dehors. Je suis là pour m'occuper de ton cas, pas du sien. Pas directement, en tout cas. Tu sais que je vais pas te lâcher.
- Alors pose tes questions, et je verrai ce que je peux faire, soupira Reno, déjà fatigué.
Je sais que la coupure est abrupte mais elle ne se plaçait bien nulle part alors j'ai coupé au milieu, tout bonnement... Allons, reposez ces fourches. La violence ne résout rien. La suite va sortir très vite (et je ne fais jamais de promesses si je ne suis pas sûre de pouvoir les tenir.) Je tiens à remercier mes fidèles revieweuses ainsi que celles qui sont, pour les citer, "sorties de l'anonymat", et je voudrais dire un mot à ce sujet.
Je vous remercie bien, je vous encourage vivement à le faire pour d'autres. Les reviews sont tout ce qu'un auteur de fanfiction "retire" de son travail, les attendre en vain est très déprimant et s'avère être contreproductif pour nous. Mesurez la portée de votre geste quand vous passez au chapitre ou à la fic suivante sans reviewer. Vous avez un réel impact sur la vitesse et la qualité des updates des fics que vous aimez ! Et quand vous lisez une fic déjà achevée, pensez à tous ces auteurs qui ont vaguement l'idée de rééditer une vieille bonne fic pour en faire quelque chose de génial ! Votre review pourrait être ce qui transformerait un projet en chantier !
Vous avez ce pouvoir alors servez-vous en, même si vous ne pouvez évidemment pas le faire systématiquement. Les reviews sont fondamentales, pour l'existence autant que pour l'équilibre de notre petite communauté. Je ne réclame pas une review supplémentaire (j'ai conscience d'être plutôt gâtée en la matière), par contre je voudrais vraiment qu'on soit encore tous là dans dix ans. Je vous aime tous, même les muets, et si on est pas une foutue communauté alors ... ben euh, je serai triste, voilà. C'est ça que vous voulez ?
Voilà, désolée pour la petite morale.
