Auteur : Ariani Lee
Bêtalecture : Shangreela
Fandom : Final fantasy VII, Kingdom Hearts
Pairings: RAR et dérivés
Disclaimer : L'univers et les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.


Chapitre 30 : Freiheit

I break traditions, sometimes my tries are outside the lines
We've been conditionned not to make mistakes but I can't live that way
Staring at the blank page before you, open up the dirty window
Let the sun illuminate the words that you could not find
Reaching for something in the distance, so close you can almost taste it
Release your inhibitions


Il y a un sentiment d'irréalité à émerger quand le reste du monde s'est déjà mis en branle des heures plus tôt. C'est dans cet étrange intervalle, suspendu hors du temps, que Reno écoutait Roxas dormir. Il était trois heures de l'après-midi et il n'arrivait ni à se rendormir (courtoisie de sa vessie) ni à s'arracher au douillet cocon de chaleur que leurs corps formaient avec l'édredon. Roxas ronflait doucement, roulé en boule entre ses bras, le visage pressé contre son torse.

Depuis qu'il était réveillé et de toutes ses forces, Reno essayait de culpabiliser sans y parvenir. Il réécoutait la voix-souvenir de Kadaj, dégoulinante de venin, parce qu'il avait quand même eu raison sur un point. Quel genre de gars se tape le mec de son meilleur ami ? Surtout alors que le meilleur ami en question se trouvait écarté comme Axel l'était, indépendamment de sa volonté et totalement impuissant.

C'était pire que minable mais Reno avait beau le savoir, il revenait sans cesse à la même conclusion. Ce serait entre Axel et lui le jour venu et d'ici là, Roxas était sa priorité absolue. Il l'avait trop négligé et l'avait beaucoup trop fait souffrir en dressant ce mur entre eux. Un mur qui s'était écroulé avec autant de fracas que celui de Berlin et dont la destruction avait le même genre de répercussions euphoriques. Il était trop ivre encore de cette libération pour en appréhender les conséquences et, résolu quoi qu'il en soit à assumer quand il le faudrait, il préférait apprécier l'instant présent. Le seul constat qui ressortait de son examen de conscience était qu'il se sentait mieux qu'avant. C'était bizarre mais pas vraiment surprenant. Aimer deux personnes à la fois, s'investir parallèlement dans deux relations impliquait forcément des contradictions. Axel devait sans doute ressentir quelque chose de similaire vis-à-vis de lui et de Roxas. Maintenant que Reno était formellement engagé dans une relation avec ce dernier, il entendait prendre soin de lui comme il le ferait pour Axel. C'était sa seule certitude.

Enfin, ça et le fait qu'il n'allait pas tarder à se pisser dessus s'il ne se levait pas genre, maintenant. Il manœuvra pour dégager son bras de sous Roxas et s'extraire du lit avant de filer aux toilettes aussi silencieusement que possible.

Il avait eu l'intention de se recoucher mais l'appel du café fut plus fort alors il gagna la cuisine. Il ouvrit la fenêtre pour fumer une cigarette pendant que derrière lui, le percolateur glougloutait à son aise, répandant son délicieux arôme.

Le jour était gris et froid pour un mois de mai, et la fumée qu'il recrachait se mêlait à la brume qu'aucun vent ne chassait. Tout avait l'air statique.

Il écrasa sa cigarette et ferma la fenêtre. Quand il se retourna, il trouva Roxas debout dans l'encadrement de la porte, qui le regardait.

- Salut, dit Roxas avec une ébauche de sourire.

- Salut. Bien dormi ?

- Parle pas de dormir, bailla le blond. Je suis complètement HS.

- Désolé de t'avoir réveillé. Fallait rester au lit, pourquoi tu t'es levé ?

- J'ai senti l'odeur du café.

Reno sourit de toutes ses dents.

- J'ai toujours su qu'on finirait par réussir à t'éduquer correctement.

- Et puis j'ai faim.

Il s'installa à la petite table en formica avec un bol, une bouteille de lait et attaqua le maxi-pack de Chocapic avec détermination. Reno le rejoignit avec les cafés et lui emprunta le lait. Pour la première fois depuis des semaines, le silence qui s'installa, troublé uniquement par le son des céréales qui croustillaient, était confortable. Roxas mangeait comme si c'était une affaire sérieuse et avala deux énormes bols avant de troquer sa cuillère contre sa tasse de café. Il en prit une grande gorgée et regarda Reno qui commençait deuxième.

- Écoute…, commença-t-il, et Reno se redressa aussitôt, aux aguets. À propos d'hier soir, je… enfin, c'est un peu embarrassant.

- On a tous les deux dit et fait un paquet de trucs embarrassants hier soir, le rassura Reno en espérant l'arrêter là.

Mais Roxas s'agitait sur sa chaise, le regard baissé d'une façon qui rendit Reno anxieux.

- Tout ce que j'ai dit, poursuivit le blond, et l'anxiété se mua en panique, je suis vraiment –

- Non, s'il te plait ne t'excuse pas, le coupa Reno. S'il te plait, je sais que tu voulais pas dire ça et que ça t'a échappé mais ne t'excuse pas.

Il aurait voulu ne pas avoir l'air aussi désespéré en disant ça mais il n'y pouvait rien. Ça n'avait pas changé depuis la veille, il n'avait toujours pas le droit de lui répondre et si Roxas demandait pardon d'avoir dit qu'il l'aimait, ça lui briserait le cœur. Mais l'intéressé resta coi une seconde puis son air interdit se mua en fard de compétition.

- Je… voulais juste m'excuser d'avoir été aussi vulgaire, dit-il avant de plonger dans son café.

Reno n'avait jamais prêté attention aux gens qui lui disaient qu'il ferait mieux d'apprendre à la boucler. Il le regrettait amèrement, maintenant. Il se racla la gorge. L'ambiance paisible qui régnait jusque-là avait viré au cauchemar malaisant et il se leva au bout de quelques secondes. Roxas avait l'air de vouloir se tirer en courant.

- Je. Hum. Je vais fumer sur le balcon.

Avant de s'enfuir comme un lâche pour aller s'allumer une clope dont il n'avait même pas envie. La rue devant était aussi brumeuse et inanimée que l'arrière, personne n'avait envie de sortir par un temps pareil alors que l'air aurait dû sentir l'été qui approchait. Réchauffement climatique, yada, yada… Reno prit deux bouffées de sa cigarette qui se consumait toute seule et tapa sa cendre par-dessus la balustrade.

- Il y a un cendrier juste à côté, signala Roxas en apparaissant avec un timing redoutable.

Reno ne répondit pas mais se le tint pour dit. Il se tourna vers le blond en s'efforçant de ne pas penser au plat dans lequel il venait de mettre les pieds.

Sans aucune raison, c'est pas permis d'être aussi stupide.

Le teint de Roxas étaitdu même gris que la lumière (elle y était peut-être pour quelque chose) et il avait des cernes bleutés sous les yeux mais le regard qu'il retourna à Reno était clair.

- Comment tu te sens ?

Roxas passa une main dans ses cheveux qui n'avaient vraiment pas besoin de ça et, comme pour plus d'emphase, bailla à s'en décrocher la mâchoire, une main sur la bouche. Des larmes de sommeil pointèrent au coin de ses yeux.

- Je suis exténué mais sinon ça va. Tu veux aller t'assoir ? Proposa-t-il en lui offrant une des tasses qu'il tenait.

Reno accepta le café – parce qu'un café ça ne se refuse pas, jamais, même si ça voulait dire qu'il mourrait probablement d'un infarctus avant d'avoir cinquante ans. Il écrasa sa clope avant de suivre Roxas à l'intérieur et s'installa avec lui sur le canapé. Roxas tira le plaid sur eux et s'appuya contre Reno avec un soupir de contentement, les doigts noués autour de son mug fumant.

- Tu m'as pas répondu hier soir, dit Reno, autant par curiosité que pour éviter que le blond s'endorme et s'ébouillante. Tu voulais aller où ?

- A l'hôpital. J'allais mal et je ne voulais pas risquer de faire une bêtise.

Oh putain...

- Tu veux qu'on y aille maintenant ?

- Non. Je veux éviter de me faire hospitaliser encore si je peux et je me sens déjà beaucoup mieux même si c'est pas encore tout à fait ça. Je vais me reposer et espérer qu'avec mes cachets, je n'en aurai pas besoin. J'ai quatre jours avant mon prochain rendez-vous.

- D'accord. Si c'est pas indiscret, tu vas dire quoi à ta psy ?

- La vérité. Il y a un certain nombre de choses que je ne lui ai pas dites ces derniers temps et que je vais lui dire maintenant.

- Elle va pas t'engueuler ?

- Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Elle savait que je lui cachait des choses. Une fois qu'elle a su pourquoi, elle a approuvé ma démarche.

- Ta démarche ?

- Je voulais régler mes problèmes tout seul. Même si c'était difficile et même si je n'allais pas bien. Elle m'a laissé gérer. L'important, c'est que j'ai essayé de m'en aller quand j'ai senti que je perdais pied. Même si au final, je ne l'ai pas fait.

- J'ai fait une erreur en t'empêchant de partir ?

Roxas secoua la tête.

- C'est en grande partie de croire que tu ne me retiendrais pas qui m'a fait disjoncter. Je voulais que tu me retiennes, que tu me prouves que je me trompais, même si j'étais tellement hors de moi que je ne m'en rendais pas compte. Quand je suis dans cet état, je suis juste incapable de penser en profondeur. J'avais décidé de partir parce que je ne voulais pas endurer un autre rejet, c'est tout ce que je savais. Mais je voulais que tu m'arrêtes, je voulais tout ce que tu as dit et tout ce que tu as fait. Tout ce qui s'est passé cette nuit, du début à la fin… j'en avais besoin. Et te le dire maintenant, ça me fait du bien aussi.

- On est deux. Je veux entendre tout ce que tu as à dire. Et je vais t'accompagner chez ta psy et je resterai dans la salle d'attente, au cas où elle voudrait me parler.

Même si la perspective n'avait rien de réjouissant. Il s'était engagé à veiller sur Roxas et il avait foiré sur toute la ligne. Il n'avait fait qu'empirer les choses pour lui. Il but la moitié de son café en espérant qu'occuper son estomac le distrairait et qu'il arrêterait de se prendre pour un muscle cardiaque.

- Tu as peur de te faire engueuler ? Le taquina Roxas.

- J'ai peur qu'elle veuille que tu t'en ailles. Le principal, c'est de faire de ce qui est le mieux pour toi et je sais que ces derniers temps, j'ai été tout sauf bon pour toi. Si elle décide qu'être avec moi t'est nocif et qu'il faut que tu partes d'ici, ça me tuera mais je ferai ce que je pourrai pour te faciliter les choses. Et si elle veut me dire en quoi et à quel point j'ai été minable, elle aura rien à me dire que je ne sache pas déjà. Elle le formulera juste différemment.

Roxas pressa sa tête contre l'épaule sur laquelle il s'appuyait.

- Ça n'arrivera pas.

- Comment tu peux en être sûr ?

- Je t'ai dit qu'elle trouve ça bien que je veuille prendre le contrôle de ma vie. C'est important pour moi, c'est quelque chose que je n'ai jamais fait. Il y a toujours eu quelqu'un pour gérer à ma place, d'une façon ou d'une autre, et j'en ai assez. Je suis majeur et vacciné, et sain d'esprit tant que je suis mon traitement. Je fais mes propres choix, je sais ce qui est le mieux pour moi. Et j'ai décidé que ce qui est bon pour moi, c'est d'être ici, avec toi. Elle n'ira pas contre ça et moi je n'irai nulle part. Enfin, sauf peut-être en psychiatrie si c'est nécessaire mais vraiment, j'espère que non, ajouta-t-il après une seconde d'hésitation.

Reno posa sa tasse pour pouvoir le serrer dans ses bras et Roxas se laissa aller contre lui.

- Merci. J'ai rien fait pour mériter ta confiance mais je te jure que tu le regretteras pas.

Roxas se pressa contre lui. Il était avide de contact mais ce n'était pas un problème : Reno aussi, et il ne demandait pas mieux que de rester collé à lui non-stop jusqu'à lundi matin.

- Je n'aurais pas dû rentrer seul chez moi après l'Accident, et on n'aurait pas dû s'éloigner l'un de l'autre comme on l'a fait ces derniers temps. On reste ensemble et on attendra ensemble jusqu'à ce qu'Axel se réveille. C'est ce qu'on aurait dû faire depuis le début.

- C'est ce que je pense aussi.

Si c'était pour en arriver là de toute manière, on aurait pu s'épargner ce chemin de croix et tout ce que je lui ai fait subir. Ça n'a servi à rien.

La zone bien-pensante – assez restreinte – de son cerveau lui signala que ça aurait peut-être aussi épargné une fracture et deux coquards à un certain collègue de bureau mais celui-ci s'était fait si discret, et le service tellement plus agréable à vivre depuis qu'il fermait sa gueule que Reno l'ignora sans peine. Il n'avait jamais fait très attention à ce qu'elle disait, celle-là. C'était toujours chiant au possible.

- Ça s'est passé comment, ta première fois ?

Reno haussa les sourcils.

- Par quelle improbable association d'idées tu en arrives à me demander ça ?

- C'est à cause de ta réaction la nuit dernière quand je t'ai dit comment ça s'était passé pour moi. J'étais trop épuisé pour te poser la question à ce moment-là mais ça m'intrigue… Tu avais l'air de ne pas en revenir, et moi je pense que ça se passe comme ça pour beaucoup de gens, si pas pour la plupart. À moins d'avoir un partenaire beaucoup plus expérimenté, il n'y a rien de si surprenant à ce que ça ne soit pas agréable, au début. C'est stressant parce qu'on ne sait pas à quoi s'attendre, ça fait d'autant plus mal du fait qu'on stresse… Pourtant, tu avais l'air choqué. Alors je me demande comment tu t'en es sorti. C'était avec Axel ?

Reno ne répondit pas. Il était en train de réaliser à quel point ce qu'ils avaient fait avait changé les choses entre eux. Si Roxas lui avait posé une telle question avant, il aurait trouvé ça archi bizarre. Mais ils formaient un couple, maintenant. Un couple en attente, un couple sous mille conditions qu'une personne extérieure se serait arraché les cheveux à essayer de comprendre mais un couple. Ça faisait donc partie des choses qu'ils pouvaient s'attendre à partager. Et c'était la deuxième fois en deux minutes que Roxas évoquait Axel, et ils avaient aussi pas mal parlé de lui la nuit précédente. C'était à la fois agréable et perturbant.

- Tu n'as pas à m'en parler si tu ne veux pas, dit Roxas.

- Pardon, je réfléchissais. Ça me dérange pas de t'en parler. Et oui, c'était avec Axel et c'était la première fois pour lui aussi.

- Et ça s'est bien passé ?

Reno faillit répondre qu'il s'en était assez bien tiré pour ne pas faire passer à son partenaire l'envie de réessayer et se rendit compte que Roxas avait eu raison la veille : il n'était vraiment pas indulgent. Et peut-être un peu suffisant.

- Oui, mais pas parce que j'étais spécialement doué, comme tu l'as sous-entendu cette nuit. C'est simplement que la première fois qu'on est allés jusqu'au bout, ça faisait des mois qu'on expérimentait. Je le connaissais déjà très bien et je savais comment m'y prendre avec lui. Je vais pas te mentir et te dire que ça a duré une heure, mais ça a quand même été agréable pour nous deux.

- Comment ça se fait que vous ayez attendu aussi longtemps ? S'étonna Roxas.

Reno termina son café et posa la tasse vide sur le guéridon.

- C'est Axel qui voulait. Tu sais que c'est un romantique. On était juste amis, même si on avait une relation plutôt très intime, et il voulait pas franchir ce pas-là avec moi. Il disait qu'il pourrait le regretter le jour où il tomberait amoureux. Moi, j'en avais rien à foutre de tomber amoureux, mais si il voulait pas, il voulait pas. Je rongeais mon frein comme un forcené parce que j'avais tellement envie de lui que l'idée de faire ça avec quelqu'un d'autre m'a même pas traversé l'esprit. Et puis un jour, il m'a demandé de pas m'arrêter. Pour le coup, ça m'a arrêté net.

- Oh ? pourquoi ?

- D'abord parce que j'ai cru que j'avais mal compris. Après je lui ai demandé au moins quatre fois s'il était sûr parce que moi non plus, je voulais pas qu'il ait de regrets. Il s'était inquiété de ça parce qu'il attendait de rencontrer quelqu'un de spécial et qu'il voulait pas gâcher une hypothétique grande histoire d'amour. Moi, je voulais pas nous ruiner. Il a toujours été plus important pour moi que tous les mecs avec qui je suis sorti, même si j'ai jamais été infidèle. Même si ça faisait six mois que j'espérais ça à chaque fois qu'on était au lit, je savais que ça valait pas le coup s'il devait en souffrir après ou m'en vouloir.

- Mais vous l'avez fait quand même, ce jour-là ?

- Ouais. J'avais bien remarqué que ça faisait un moment qu'il avait l'air aussi frustré que moi après coup. Ce qu'on faisait, ça lui suffisait plus non plus et il voulait pas attendre encore. Il a dit…

Reno s'arrêta, une vague de chaleur montant en lui et lui enveloppant étroitement le cœur au souvenir des paroles qu'Axel avait prononcées. Si la situation avait été autre, il aurait souri, mais comme à chaque fois qu'il évoquait un souvenir, la pensée qu'il n'y en aurait peut-être jamais de nouveaux à ajouter à ceux qu'il avait l'étranglait.

- Il a dit que moi, j'étais spécial, et que jamais il rencontrerait un autre homme dont il pourrait être absolument certain qu'il ferait toujours partie de sa vie.

Il avait dit, « Je veux que ce soit toi », et comme il avait eu tout le temps de mûrir sa décision avant de changer d'avis, Reno n'avait plus hésité. Quand il se souvenait de sa voix prononçant ces mots, il avait envie de hurler de frustration. À l'époque, il avait à peine ressenti une fraction des émotions qui l'étouffaient à présent, toutes dirigées vers Axel qui était aussi inaccessible que s'il était dans une autre dimension. C'était toujours le même mur auquel il se heurtait depuis des mois, et contrairement à la séparation qu'il avait érigée entre lui et Roxas, il ne pouvait pas l'abattre. Seulement se briser les mains en essayant.

- Excuse-moi, dit Roxas. Je ne devrais pas te demander de parler de lui. Je sais mieux que personne à quel point ça fait mal.

Reno secoua la tête et se racla la gorge.

- Non, testa-t-il sa voix. C'est bien. On doit en parler, c'est comme ça qu'on le garde présent. C'est important.

- C'est vrai.

- J'ai pas été aussi ému à l'époque. Ça avait pas autant de… de sens qu'aujourd'hui. Et puis j'avais dix-sept ans. Une fois que j'ai été vraiment sûr qu'il disait pas ça dans l'excitation du moment, j'ai juste… les hormones, tu comprends ?

- Oh, oui.

- J'ai quand même réussi à me contrôler suffisamment pour que ce soit pas super douloureux ou vraiment trop court. Pas comme cette nuit, quoi.

- Tu t'es très bien défendu hier soir, le flatta Roxas avec un petit sourire dans la voix.

- Oh, sois pas si gentil… C'était pitoyable.

- Hum, bon… si on oublie les faux-départs, tu –

- Bref. Pour revenir au sujet qui nous occupe, Axel était aussi prêt qu'on peut l'être, et c'était pas sa première pénétration non plus même si je m'étais jamais servi que de mes doigts. C'est pas pareil mais c'était pas terra incognita alors si t'ajoutes à ça le fait que depuis le temps, je savais exactement ce qu'il aimait… C'est pas que je sois bon ou quoi, c'est plutôt qu'il aurait fallu que je sois archi-nul pour me planter. C'est après ça que je me suis mis à faire du zèle. Je voulais absolument être à la hauteur. (Il hésita une seconde avant d'ajouter : ) Enfin, pour être complètement honnête avec toi, je voulais surtout m'assurer que le suivant tiendrait pas la comparaison.

- C'est tout toi, rit Roxas. Il faut que tu sois le meilleur sinon ça ne va pas. Et alors ?

- Reno fit son sourire de grand méchant loup.

- Alors trois mois après, il est tombé amoureux et un mois plus tard, il était bien déçu. Je me rappelle encore sa tête. Il était bien content de pas avoir attendu, c'était nul.

- C'est ce qu'il t'a dit ?

- Mot pour mot.

- C'est dur. Le pauvre…

- Qui, Axel ?

- Non, le petit ami.

- Bah…

- Vous faisiez toujours ça ? Juger vos partenaires entre vous ?

- On se disait tout. C'était un sujet de rigolade entre nous.

- C'est mesquin.

- Hé, j'ai jamais dit qu'on était sympa, j'ai dit fidèles.

Roxas s'écarta de lui et rien qu'à voir son visage fermé, Reno compris qu'il y avait un truc qui clochait.

- Qu'est-ce qui va pas ? Demanda-t-il.

- Qu'est-ce que vous disiez de moi ? Le questionna Roxas avec raideur.

Reno s'écarquilla.

- Rien ! Ça s'applique pas à toi. C'est pas comme s'il m'avait jamais parlé de toi mais il m'a jamais rien dit à ce sujet et j'ai jamais demandé non plus.

Roxas le regarda un instant sans que son expression ne vacille puis il se détourna avec un soupir.

- Je ne demande qu'à te croire mais… je trouve ça trop facile, le coup de l'exception qui confirme la règle.

Merde, il a raison.

- Je te jure que c'est vrai. Je l'ai su la première fois que vous avez couché ensemble mais pas parce qu'il me l'a dit. Les choses avaient déjà commencé à… évoluer entre nous quand vous vous êtes rencontrés. Je suppose que ça l'aurait gêné de m'en parler et moi, clairement, j'avais pas envie de savoir. Si j'avais encore eu des doutes sur mes sentiments quand c'est devenu sérieux entre vous, ça m'aurait sans doute renseigné, cette pudeur. Mais tu sais que c'était pas le cas.

- Oui, je sais. Je te crois.

- Je peux pas te promettre qu'on en parlera jamais entre nous mais c'est différent. Il y a encore un an, pour lui et moi il y avait nous deux et puis le reste du monde. C'est la première fois que quelqu'un traverse cette frontière. Tu fais partie du « nous » maintenant, et on parlera de toi comme je t'ai parlé de nous mais jamais pour te juger ou se moquer. Ça, c'est une promesse. Ça te va ?

Roxas hocha la tête et se détendit. Un sourire malin joua sur sa bouche.

- Donc si je comprends bien, ça veut dire que de mon côté j'aurai le droit de lui raconter tes cafouillages de puceau de la nuit dernière ?

- Espèce de peau de vache hypocrite ! Y a deux minutes tu disais… ah, laisse tomber. Oui, tu pourras, et je subirai sans me plaindre. Tu veux bien revenir maintenant ?

Roxas regarda ses bras tendus pendant un instant, le faisant attendre par pur plaisir, Reno l'aurait juré. Puis il revint se loger contre lui.

- On pourra pas faire ça au bureau, profitons-en.

- Mmmmmmh.

Roxas remonta le plaid sur eux et Reno enfouit son visage dans ses cheveux. Il sentait bon et Reno respira son odeur, s'en gorgea. Il aurait pu passer une semaine sur ce canapé.

- Comment tu as su s'il ne t'en a pas parlé ?

- Reno gambergea une seconde avant de comprendre de quoi Roxas parlait.

- J'ai deviné. Je savais qu'il avait un rencard et il est rentré tard en ayant pris une douche, c'est le genre de détail qui trompe pas. Pourquoi tu te marre ?

- Il t'a jamais raconté alors ?

- Je t'ai dit qu'il a jamais partagé votre intimité avec moi. Qu'est-ce qu'il y a de drôle ?

- La douche, c'était avant. En fait, je lui ai fait retirer tous ses vêtements dès qu'il a fait un pas dans mon appartement.

- Bah tu perds pas de temps !

- C'était une question d'hygiène !

- Mais t'es grave quand même… à se demander pourquoi t'avais pas un sas de décontamination de la NASA chez toi.

- Parce que c'est trop cher. Et pour ton information, tu aurais fait pareil. Au café où on était allé, il est rentré dans le plateau de la serveuse en se levant et tout lui est tombé dessus. Il sentait la bière à trois mètres et il collait de partout.

Reno reconnut facilement l'accroc dans sa voix. Pour Roxas aussi, les souvenirs étaient doux-amers.

- Te connaissant, tu l'aurais pas touché avec ta bite au bout d'une perche.

Roxas ricana.

- Disons qu'à un certain point je l'ai envoyé se laver. Un moment après qu'il se soit plaint que j'étais habillé et lui presque nu.

- J'aurais adoré voir ça, osa Reno à qui le récit commençait à inspirer des pensées peu catholiques.

- Je n'en doute pas, répliqua le blond avec la même pointe de moquerie dans la voix.

Dans le silence qui s'ensuivit, Reno s'ahurit de leur façon de se parler, de toutes les choses qu'ils se disaient comme si c'était entre eux désormais que la pudeur était morte, partie rejoindre la Megadrive. C'était vraiment, totalement différent d'avant. Tout était en place, à sa place dans ce triangle en devenir ou ne restait désormais qu'un seul angle mort. C'était la place d'Axel, ça, celle qu'il fallait attendre son réveil pour voir occupée, pour qu'ils soient complets. C'était bon d'en être enfin là, mais c'était un pari audacieux : anticiper la décision de l'absent au risque de le voir refuser, de le blesser.

Mais on l'aime. Je l'aime et Roxas l'aime et il le sait. Et il nous aime tous les deux, ça j'en suis sûr.

L'attendre, mais ensemble… et espérer que ça ne se retournerait pas contre eux. Il était trop tard pour faire machine arrière de toute façon.

Reno remarqua que le silence s'éternisait et que la tête de Roxas pesait de plus en plus lourd sur son épaule.

- Tu veux qu'on retourne se coucher ?

- Et toi … ?

- Ça me dit bien. J'ai deux cent heures de sommeil à rattraper.

Le coma éthylique ça compte pas.

Abandonnant leurs tasses vides sur la table basse et le plaid en vrac sur le divan, ils regagnèrent la chambre et le lit qu'ils investirent. Ils avaient tous les deux tellement mal dormi ces dernières semaines qu'à défaut de cocooner sur le canapé, ils auraient volontiers pris une semaine de vacances rien que pour pieuter.

- Ça me dit bien. J'ai deux cent heures de sommeil à rattraper.

Le coma éthylique ça compte pas.

Abandonnant leurs tasses vides sur la table basse et le plaid en vrac sur le divan, ils regagnèrent la chambre et le lit qu'ils investirent. Ils avaient tous les deux tellement mal dormi ces dernières semaines qu'à défaut de cocooner sur le canapé, ils auraient volontiers pris une semaine de vacances rien que pour pieuter.


Feel the rain on your skin
No one else can feel it for you, only you can let it in
No one else, no one else can speak the words on your lips
Drench yourself in words unspoken
Live your life with arms wide open
Today is where your book begins
The rest is still unwritten

Natasha Bedingfield, Unwritten