Auteur : Ariani Lee
Bêtalecture : Shangreela
Fandom : Final fantasy VII, Kingdom Hearts
Pairings: RAR et dérivés
Disclaimer : L'univers et les personnages sont la propriété de leurs créateurs, les studios Square Enix – anciennement Squaresoft en ce qui concerne Final Fantasy VII.
Note : Un cri de désespoir pour Chester Bennington qui hurlait sa détresse à la face du monde et depuis des années, si fort qu'il s'en est cassé la voix. On l'a écouté sans le comprendre.


Chapitre 32 : In the end (it doesn't even matter)

I've put my trust in you
Pushed as far as I can go
For all this
There's only one thing you should know
I tried so hard and got so far
But in the end, it doesn't even matter
I had to fall to lose it all
But in the end, it doesn't even matter

Linkin Park


Ven resta avec eux trois jours avant de repartir. Il dormit dans le clic-clac du salon et de sa présence, tout heureux que Roxas en était, résulta une très étrange ambiance.

- Pourquoi il rentre pas chez vous ? Demanda Reno quand ils partirent au bureau le lendemain matin. C'est pas qu'il me dérange, c'est ton frère et t'es chez toi mais je comprends pas. Pourquoi il en profite pas pour aller voir vos parents, puisqu'il est là ?

Roxas boucla sa ceinture et mit le contact. La présence de Ven avait rendu compliqué le dialogue qui s'était remis en place entre eux. Ils avaient tacitement décidé de remettre à plus tard toutes les discussions qu'ils devaient encore avoir. Même si cela faisait partie des sujets qu'ils n'avaient pas abordés, Reno était tout naturellement monté en voiture avec lui. Le cœur gonflé d'émotion, Roxas fit mine de rien et se racla la gorge.

- Parce que nos parents sont un peu... comment dire ? Si Ven allait dormir à la maison, ils sauraient qu'il est là seulement pour trois jours. Il ne leur a pas dit qu'il revenait et Terra n'est pas avec lui. Ils sauraient que c'était pour une urgence. Ils lui tireraient les vers du nez.

- Ils ont l'air un peu stressants.

- Ils sont d'un naturel inquiet à la base, dit Roxas en manœuvrant pour sortir de la place. Après que j'aie plus où moins disparu pendant quatre ans, il paraît qu'ils sont devenus vraiment très protecteurs avec lui. Il préfère éviter les questions inutiles.

Il s'arrêta un instant avant d'ajouter :

- Et je préfère ça aussi. Je n'ai pas envie de devoir m'expliquer avec eux et s'ils se font du soucis pour moi je serai obligé.

C'était plus que Roxas lui en avait jamais dit sur ses parents et Reno n'insista pas. Le sujet était visiblement sensible et jusqu'à nouvel ordre, le but de son existence était d'épargner à Roxas la moindre contrariété.

Ils passèrent les jours suivants à travailler sans répit pour compenser le retard accumulé. Reno essayait de voir ce énième marathon professionnel comme la dernière ligne droite avant l'arrivée. Depuis qu'il avait décroché ce poste, rien ne s'était passé normalement. À aucun moment il n'avait réussi à travailler correctement. Au final, il avait de la chance de ne pas avoir déjà perdu sa place.

Mais peut-être que maintenant, lui et Roxas allaient arriver à fonctionner en tant qu'équipe. Peut-être qu'une fois qu'ils auraient surmonté les obstacles qui s'étaient accumulés, les choses redeviendraient gérables et le resteraient.

Reno s'accrochait à cet espoir et soupçonnait Roxas d'en faire autant.

La première nuit, Roxas dormit dans la chambre d'Axel. Il resta allongé longtemps à songer à Reno qui se trouvait couché dans le lit, juste de l'autre côté du mur. Il compara longtemps l'envie et la frustration qu'il ressentait maintenant aux torrents d'amertume qui l'avaient broyé quelques nuits plus tôt. Cette angoisse avait été telle que Ven l'avait sentie à un océan de lui. Ce manque-ci était presqu'agréable, à côté. Savoir qu'il ne résultait pas d'un rejet de la part de Reno faisait un monde de différence. Il s'endormit avec au creux du ventre une sensation d'anticipation qu'il savourait presque.

La deuxième nuit, il entendit toquer au moment où il se couchait et trouva Ven devant la porte.

- Je te dérange pas ?

Roxas le fit entrer et assoir sur le lit, curieux.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- T'es pas obligé de me répondre mais je me demandais... Est-ce que tu dormirais seul si j'étais pas là ?

Roxas n'hésita qu'une seconde avant de répondre franchement :

- Non. Mais ça, tu le savais avant de poser la question, non ?

Ven gloussa.

- Je suis aussi transparent pour toi que l'inverse.

- Qu'est-ce que tu veux vraiment savoir ?

Ven fronça les sourcils.

- Je comprends pas pourquoi. Tu m'as tout expliqué, je t'ai dit que je vous juge pas. Si t'avais besoin de ma bénédiction, tu l'as. Alors pourquoi vous faites chambre à part ? Vous avez pas besoin de vous cacher.

Roxas attacha son regard sur ses mains nouées. Ça lui avait semblé évident et Reno n'avait pas dit un mot à ce sujet de toute la journée alors lui aussi devait comprendre. Mettre des mots dessus pour l'expliquer, par contre...

- Je sais que tu sais et que tu comprends mais... C'est plutôt que tant qu'Axel n'est pas là, tant qu'il n'aura pas clairement formulé son accord, ce ne sera pas...

- Officiel ? offrit Ven en le voyant lutter.

- Plus ou moins. Ce que je veux dire, c'est que Reno et moi, on ne peut pas se mettre à s'afficher ensemble. Pas devant d'autres personnes. Même toi. Si on faisait ça, ce serait comme si je trompais Axel et que je n'avais même pas la décence d'être discret. Quoi ?

- Mais tu sais que c'est pas le cas, pas vrai ? Enfin, que si vous regardez les choses sous un angle conventionnel, Axel t'a trompé avec Reno juste avant son Accident. C'est pareil.

- Justement, non. Parce que moi, j'ai dit que ça me posait pas de problème. J'étais d'accord dès le départ. Ça a d'abord été bizarre parce que quand j'ai commencé à sortir avec Axel, je me suis rendu compte très vite qu'il était amoureux de Reno et que c'était réciproque et je me suis demandé à quoi il jouait avec moi. Et puis après quelques semaines j'ai réalisé qu'en fait il l'ignorait. De l'avoir compris avant lui et d'avoir vu Reno s'écarter volontairement et en souffrir, ça m'a laissé du temps pour y réfléchir et pour aboutir à mes propres conclusions.

- Qui, si j'ai bien suivi, étaient que tu aimais Axel mais que Reno était quand même canon en martyre sexy et qu'au fond, t'avais plus envie de les avoir tous les deux plutôt qu'un seul. C'est trop mignon quand tu rougis.

- Je te parle sérieusement.

- Je sais. T'es toujours sérieux.

- Tu veux que je t'explique oui ou non ?

- Ben je sais pas, c'est pas vrai ce que j'ai dit ?

- Si, mais – arrête de rire - c'est pas seulement ça. C'était pas seulement ce que je voulais pour moi. C'était aussi que je ne voulais pas que Reno soit malheureux à cause de moi. Et puis le soir où je les ai trouvés tous les deux, les choses ont beaucoup changé pour Axel aussi et à partir de ce moment, lui non plus il n'était plus vraiment heureux d'être avec moi. Ça n'a jamais été de la jalousie, au fond, parce que je savais qu'il m'aimait, qu'il avait envie qu'on soit ensemble. Il n'a jamais fait semblant. Mais ils souffraient tous les deux de se forcer à garder leurs distances et moi, je ne voyais pas vraiment pourquoi il fallait qu'ils le fassent. Parce que déjà, oui, je les voulais tous les deux, mais surtout je les préférais quand ils étaient proches et heureux. J'ai eu le coup de foudre pour Axel mais avec Reno, ça s'est fait plus progressivement. Quand je me suis rendu compte que je commençais à avoir des sentiments pour lui, je n'ai même pas essayé de m'en empêcher. Je pensais comme toi, qu'on avait de meilleures chances d'être heureux tous ensemble qu'en étant deux couples distincts.

- D'accord, mais ça s'applique autant à Axel et à Reno qu'à toi, tout ça. Vous avez tous admis que vos sentiments sont non-exclusifs.

- Oui mais moi, je l'ai dit. J'ai dit à Reno d'arrêter de s'éloigner d'Axel, que ça faisait du mal à tout le monde et que moi, je ne voulais pas qu'ils soient séparés. C'est seulement après ça qu'ils ont recommencé à avoir une relation autre que platonique. Et pourtant, ils s'aimaient et ils le savaient, et ils savaient tous les deux qu'il y avait déjà quelque chose entre Reno et moi. Tu vois où je veux en venir ?

Ven hocha lentement la tête.

- Ouais. Il n'a pas donné de consentement explicite alors que toi oui.

- Voilà.

- Mais je suis sûr qu'il l'aurait fait s'il avait eu le temps.

- Je crois aussi, mais on ne peut pas en être certains. C'est risqué de tabler dessus comme on le fait mais on en est arrivés à un point où on ne peut plus faire autrement. On ne se sent pas légitimes pour autant.

Ven se mordit les lèvres.

- Je vois. Mais si, tu sais… si jamais…

- Non.

- Roxas, je pense d'abord à toi. Je trouve ça vraiment bien que toi et Reno trouviez du réconfort ensemble et que vous vous souteniez et je pense aussi que vous n'auriez peut-être pas dû attendre autant. Mais le fait que la situation devienne plus supportable ne veut pas dire que vous devez continuer de vous mettre entre parenthèses ad vitam aeternam.

- Ven, arrête. Vraiment.

Roxas s'était redressé et Ven soutint son regard qui brillait.

Je sais que tu ne veux pas l'entendre, Roxas, mais…

Et je sais que tu penses seulement à me protéger mais il est beaucoup trop tôt. Ça ne fait même pas six mois. Je refuse d'y penser. Et c'est pareil pour Reno.

Ven soupira.

D'accord. Comme tu veux. Quoi que tu fasses, je te soutiendrai, d'accord ?

Merci.

Je vais te laisser dormir. Excuse-moi de m'être immiscé comme ça.

Non, ne t'excuse pas. J'ai ruminé tout ça pendant si longtemps sans pouvoir en parler à personne, c'est bon de pouvoir le faire. Ça m'aide à remettre de l'ordre là-dedans, termina-t-il en se tapotant la tempe du bout de l'index.

Ils échangèrent un sourire et Ven se leva. Pendant un bref instant, Roxas eu l'envie irraisonnée de le retenir pour lui demander de rester. Pour voir s'ils auraient pu, l'espace d'une nuit, recréer la bulle, s'endormir blottis l'un contre l'autre comme quand ils étaient petits.

Ven lui souhaita bonne nuit et Roxas se contenta de lui rendre la politesse et de le regarder quitter la pièce, l'esprit tranquille. La bulle avait éclaté depuis très longtemps. Chercher à y retourner alors qu'enfin il y avait vraiment renoncé était forcément une mauvaise idée.

Le lendemain, Roxas et Reno passèrent prendre Ven en sortant du bureau et l'amenèrent à l'aéroport. Ils l'accompagnèrent jusqu'à la zone d'embarquement où, après une longue étreinte fraternelle, il se tourna vers Reno et hésita. Reno attendit que Ven décide s'il voulait avoir La Conversation avec lui ici, en l'espace des dix minutes qu'il lui restait avant la fermeture des portes. Sans grande surprise, il y renonça. Les derniers jours lui avaient laissé plusieurs occasions de le faire et il s'en était abstenu. Il se contenta de serrer la main de Reno en fixant sur lui un regard grave que Reno s'appliqua à soutenir. Puis il le regarda partir avec Roxas.

- Ça va ? S'enquit-il après que Ven ait montré son billet et disparu derrière la porte.

- Ça va, lui sourit Roxas. C'est bien qu'il soit venu.

- C'est pas trop dur qu'il reparte ?

- Ça ne me pose aucun problème. On rentre ?

Sans attendre de réponse, Roxas tourna les talons et prit le chemin de la sortie. Reno lui emboîta le pas, un peu surpris de le voir si optimiste. Mais si c'était positif pour Roxas, Reno se moquait de comment et pourquoi. Tant que Roxas allait bien, lui aussi.

Reno prit le volant et ils rentrèrent dans un silence détendu qui avait quelque chose de réconfortant. Reno se concentrait sur la route devant lui et Roxas, le front appuyé contre la vitre, regardait défiler le paysage avec des yeux vagues. Après ces semaines d'éloignement, ces mois de non-dits, c'était reposant de ne pas se parler juste parce qu'ils pensaient à autre chose.

Ce n'est qu'une fois de retour dans l'appartement, après que Roxas ait disparu dans la cuisine, que Reno se rendit compte que la vie avait repris son cours. De traviole, toujours déséquilibrée par l'absence d'Axel, mais potentiellement stable. Ils avaient toujours plein de choses à mettre au point, plein de discussions à avoir, mais ils se parlaient. Ils pouvaient progresser. Et ils étaient seuls à nouveau.

Cette dernière pensée amena Reno jusqu'au seuil de la cuisine comme une poussée dans son dos. Roxas s'affairait, sortant des ingrédients des placards et du frigo pendant qu'une casserole se remplissait d'eau dans l'évier. Reno brûlait d'envie de le toucher et l'observa un moment en silence, pesant le pour et le contre.

Ce n'était pas la même envie qui l'avait écorché vif quelque jours plus tôt. Ça n'avait rien à voir. Il avait envie de le toucher comme il avait envie de lui parler, de s'assoir assez près de lui dans le canapé pour que Roxas s'appuie contre lui ou pose la tête sur son épaule. Parce qu'ils pouvaient. Parce qu'ils s'étaient mis d'accord là-dessus, qu'ils l'avaient fait et qu'ils ne s'en seraient pas abstenus ces derniers jours si Ven n'avait pas été là. C'était le tout début et Reno n'avait même pas commencé à s'habituer.

Roxas était devenu synonyme de souffrance. C'était un véritable conditionnement qui s'était opéré ces derniers mois. À chaque fois qu'il le voyait, dès qu'il était en sa présence ou même qu'à pensait à lui, les réactions de Reno suivaient le même schéma. Ça commençait avec une pulsion – celle de parler à Roxas ou de le toucher, de le consoler ou de le faire rire, de s'approcher de lui d'une manière ou d'une autre. Quoi qu'il en soit, Reno s'empressait de refouler l'envie du moment, même quand elle était totalement bégnine, et il l'enterrait sous la honte et l'auto-flagellation. Puis il essayait de faire de même avec la douleur et la frustration mais comme celles-ci refusaient de rester enfouies et qu'il refusait de les laisser s'exprimer, elles restaient. Elles s'accumulaient.

Selon ce conditionnement, regarder Roxas, s'attarder pour être dans la même pièce que lui aurait dû provoquer un pic de sensations désagréables et d'émotions négatives mais ce n'était plus le cas. Reno s'y attendait, se préparait à l'encaisser comme on anticipe un coup. Mais le coup ne venait plus et à chaque fois que ça se produisait, il se sentait léger. Léger comme l'air, plus que jamais ces derniers mois. À simplement se trouver ici, à un mètre de Roxas, à l'observer pendant qu'il coupait le robinet et posait la casserole pleine sur la cuisinière, il éprouvait une étrange sensation de liberté.

Roxas alluma le gaz sous la casserole et se tourna vers lui.

- Il y a un problème ?

- Non, pourquoi ?

- Tu ne dis rien.

- Je te regarde.

Roxas haussa les sourcils.

- Tu t'ennuies à ce point ? Attention, spoiler, quand l'eau sera à la bonne température j'y plongerai les pâtes. Des penne rigatte. Elles seront ébouillantées et souffriront atrocement. Une scène de torture muette presque insoutenable.

Il annonça cela avec un air si sérieux que Reno eut presque envie de demander grâce pour les condamnées. Un ricanement lui échappa.

- Tu m'as manqué, dit-il au bourreau blond.

Roxas eut un petit sourire. Ses yeux se sauvèrent à droite puis à gauche avant de revenir sur Reno. Son regard pétillait. Il s'approcha jusqu'à ce que Reno n'ait qu'à lever la main pour pouvoir le toucher. Quand il la posa sur sa joue, Roxas ferma les yeux, souriant toujours.

- Tu m'as manqué aussi. Je suis content d'avoir vu Ven et maintenant je suis content qu'il soit parti.

Il passa ses bras autour du cou de Reno et l'embrassa. Reno, qui n'avait pas en grand-chose d'autre en tête ces trois derniers jours que de faire précisément ça, fut un peu pris au dépourvu. Une seconde, peut-être deux. Le résultat était le même et c'était exactement ce qu'il voulait. Embrasser Roxas, le toucher, être proche de lui à être contre lui, à respirer son odeur, à sentir son souffle. Le sentir, lui.

Ils avaient perdu Axel. Peut-être pas pour toujours mais peut-être que si. Ils n'y étaient pour rien et ils ne pouvaient rien y faire. Seulement attendre et espérer. Mais depuis qu'il avait arrêté Roxas sur le pas de la porte, depuis qu'il l'avait empêché de partir en pleine nuit, Reno réalisait lentement à quel point il était passé près de le perdre, lui aussi.

Sauf que contrairement à Axel, ça aurait été de sa faute. Le simple fait d'y penser lui coupait le souffle. S'il ne s'était pas réveillé, si Roxas avait ouvert la porte sans faire tomber les clés...

Peut-être qu'il se serait pointé au bureau lundi matin et que depuis il me traiterait comme un étranger. Ou alors il serait pas venu du tout et j'en serais encore à me demander où il est. Il pourrait être retourné en psychiatrie. Dans l'état où il était, il aurait pu envoyer sa voiture dans le décor et c'est lui qui serait aux soins intensifs maintenant. Où alors... Il aurait fait une connerie.

Il serra Roxas plus fort et peu à peu, le gouffre qui s'ouvrait dans sa poitrine à chaque fois qu'il y pensait se referma. Il avait maîtrisé seul ses accès d'angoisse ces derniers jours mais la présence de Roxas, son contact rendait la chose beaucoup plus facile.

Ils s'embrassèrent longtemps, jusqu'à ce que l'eau se mette à bouillir et déborde sur la gazinière en sifflant et en fumant. Roxas chassa Reno de la cuisine en riant. Il avait envie de rester là mais Reno alla tout de même dans le salon. Il alluma la télévision et écouta davantage les bruits de vaisselle que les candidats de The Voice qui défilaient.

Quand Roxas débarqua enfin avec des assiettes fumantes de penne tomate-basilic, ils mangèrent à la petite table, devant la télé. Puis ils se blottirent ensemble au fond du canapé et regardèrent la fin de l'émission.

Quand ils allèrent se coucher, plus tard ce soir-là, il n'y eut pas de discussion ou même d'instant d'hésitation. Reno alla se brosser les dents et quand il sortit de la salle de bains, Roxas était dans son lit. Reno le rejoignit sans faire de commentaire. Il pressa un baiser quelque part dans le nid blond de ses cheveux et ils s'endormirent comme ils avaient regardé la télé, serrés l'un contre l'autre.


- Hé ben, t'as pas fait les choses à moitié.

Reno leva les yeux de son écran et trouva Tifa sur le fer de la porte.

- Je peux entrer ? Demanda-t-elle.

- Bien sûr, répondit Reno, un peu distrait.

Les derniers jours avaient été si intenses qu'il avait oublié où il en était une semaine plus tôt et le rôle que la jeune femme avait joué. Tout lui revenait subitement.

Tifa vint se jucher à son aise sur son bureau et le regarda d'un air satisfait mais légèrement inquisiteur.

- Je serais venue aux nouvelles plus tôt mais vous êtes passés de l'aliénation totale aux frères siamois depuis la dernière fois qu'on s'est vus. C'est la première fois depuis lundi que vous êtes pas dans la même pièce. Vous avez réglé vos problèmes alors ?

- Autant que possible. Je t'en dois une belle. Si tu m'avais pas parlé comme tu l'as fait, j'aurais sans doute juste continué à merder.

Tifa lui sourit largement.

- J'adore qu'on me dise que j'ai raison. J'aime encore plus les macarons à la pistache.

- Bien reçu. J'avais oublié que tu m'avais posé un ultimatum. Je me serais attendu à te voir plus tôt si j'y avais pensé.

- Je voulais pas t'en parler devant lui. Le principal c'était que tu arranges les choses et comme je sais pas si tu lui as dit que je m'en suis mêlée, j'ai préféré attendre que risquer de faire une boulette. Il est au courant ?

Reno dut réfléchir une seconde avant de répondre.

- En fait non. Mais je crois pas que ça lui poserait un problème et j'ai pas spécialement évité de lui dire. C'est juste que ça n'a pas été une conversation posée et j'en ai pas pris l'initiative non plus. J'ai pas eu le temps. Je suis rentré vendredi soir et la situation m'a explosé à la figure.

- Mais c'est une bonne chose, au final. Pas vrai ?

- Sur le moment j'ai failli paniquer. C'est uniquement grâce à tout ce que tu m'as dit que j'ai réussi à gérer. Avant ça, j'aurais pas su comment réagir.

- C'est logique. Tu savais même pas où t'en étais. Enfin, on va pas en parler pendant dix ans. Je suis contente d'avoir pu t'aider et de pas m'être mêlée de vos affaires pour rien. Du coup, il est où, Roxas ?

- Sorti faire une course pour Elena. Depuis lundi on bosse comme des forcenés alors il s'est jeté sur l'occasion de sortir.

- Ça y est ? Vous êtes à jour ?

- Pratiquement. Il est grand temps qu'on arrête de se faire remarquer et respecter nos délais, ça serait pas mal pour commencer.

- Et ne plus te battre dans le lobby, non ?

Reno répondit au regard appuyé de Tifa avec une œillade sombre de son propre cru.

- Si c'était à refaire, je recommencerais. J'aurais pas dû m'acharner, mais tu me feras pas dire que je regrette de lui avoir cassé le nez. Il l'avait trop cherché et t'avoueras que ça lui a fait le plus grand bien.

La jeune femme hésita. Reno savait qu'elle répugnait à admettre qu'il avait raison tout en étant parfaitement consciente que Kadaj avait manifestement retenu la leçon. Finalement, il sourit.

- Laisse tomber. Ça n'arrivera plus, c'est tout ce qui compte.

Quand Tifa regagna sa place dans l'open-space, peu de temps après, Reno se laissa aller contre son dossier avec un soupir. Même s'il aurait dû s'en tenir à ce premier coup de poing plutôt que de se défouler comme il l'avait fait, il était trop content des résultats pour s'en repentir. Outre le fait que Kadaj avait enfin appris à la fermer, cela avait obligé Yazoo à choisir un camp. Et comme la bonne personne loyale et gentille qu'il était, il avait choisi celui de son frère. Il n'avait plus mis un pied dans le bureau de Reno depuis. Même si la jalousie mal dissimulée de Roxas à son sujet lui avait fait plaisir, Reno s'en félicitait.

Oui, l'un dans l'autre, les choses se passaient assez bien. Au bout du compte, il se sentait presque en paix.