Vers 23h, Alice, Jasper, Rose et Emmett partirent se coucher pour pouvoir profiter de la plage tôt le lendemain et je me retrouvai seule avec Edward dans le salon. Je prétextai rapidement un mal de tête pour pouvoir aller me coucher sans avoir à lui parler de nouveau.

Etre avec Edward et les autres était une chose.

Etre seule avec lui en était une autre.

Il me perturbait trop pour mon propre bien et ce que je ressentais en sa présence ne pouvais pas être plus équivoque.

En montant les escaliers, je soupirai. Je n'avais que 13 ans la dernière fois que je l'avais vu. Avec ses cinq ans de plus que moi, Edward avait évidement plus d'expérience que moi avec l'amour… Le dernier jour où je l'avais vu, il était avec une fille assise sur le capot de sa voiture. Le voir l'embrasser avait été une sorte de choc et de révélation.

J'avais réalisé, douloureusement, que j'éprouvai plus que de l'amitié pour lui. Je m'étais maudits pendant des mois pour ça. Les années avaient passés et j'avais eu mes propres amours, mes propres déceptions… mais Edward restait toujours omniprésent dans mon esprit, peu importe si la personne avec qui je partageais ma vie me rendait heureuse ou non.

Le fait qu'il n'ait jamais cherché à m'écrire ou à me revoir confirmait que mes sentiments envers lui n'avait jamais été réciproques. Alors, j'avais fait ma vie sans lui, et savoir que j'allais devoir partager des semaines entières avec lui me nouait l'estomac.

Je savais pertinemment que mes sentiments pour lui n'avaient jamais totalement disparus et être à proximité de lui rendait chaque centimètre de mon corps en attente de quelque chose qui ne viendrait pas.

Je fermai la porte de ma chambre avant de m'y appuyer et de me laisser glisser lentement jusqu'à ce que mes fesses touchent le parquet en bois. Je devais me reprendre. Cet été ne me tuerait pas, j'avais vécu mille fois pire que tout ça.

J'allumai la chaîne Hifi de la chambre et mit le volume tout bas, pour ne réveiller personne.

Oh mamma résonna doucement dans la chambre.

Immédiatement, mon cœur se serra.

Momma wipe those tears from your cheeks
(Maman essuie ces larmes de tes joues)
It don't make no difference now
(Ça ne fait plus aucune différence maintenant)

Du coin de l'œil, je regardai le téléphone sur la table de nuit qui semblait m'appeler.

Avec le décalage horaire, je savais que la nuit était plus avancée chez elle, à New York, qu'ici.

Muée par une force invisible, je décrochai le téléphone et composai son numéro que je connaissais encore par cœur.

Je ne fus pas étonnée de tomber directement sur sa messagerie. Je m'assis sur mon lit à tâtons en entendant sa voix joyeuse résonner. Prise dans une tourmente douloureuse, j'eus subitement du mal à respirer.

Remind me one last time that you wont ever go
(Rappelle-moi une dernière fois que tu ne partiras jamais)
The whales can't swim without the tide
(Les baleines ne peuvent pas nager sans la marée)
And birds won't fly without the stars in the sky
(Et les oiseaux ne voleront pas sans les étoiles dans le ciel)

- Hey ici Renée, laissez moi un message !

Le bip résonna et je restai quelques secondes inerte avant de cligner des yeux.

- Maman, je... c'est moi... hum, Bella.

J'inspirai profondément pour calmer les battements de mon cœur avant de nouer mes mains autour du téléphone.

- Ecoute je... je voudrais qu'on parle... si t'es… si t'es d'accord avec ça... J'ai besoin qu'on parle.

I can't feel without your touch
(Je ne peux pas ressentir sans ton contact)
I can't dream without your smile
(Je ne peux pas rêver sans ton sourire)
I can't live without your love
(Je ne peux pas vivre sans ton amour)
Oh Momma
(Oh maman)

Je fermai les yeux quelques secondes, reprenant mon souffle alors que la chanson continuait, nouant mon estomac et me donnant la nausée.

- Je suis en vacances dans la maison d'Esmée et de Carlisle avec Alice et... les autres... je... juste, rappelle moi ok ?

Give me that song again
(Chante moi encore cette chanson)
Hold me closer than
(Serre-moi encore plus fort qu'avant)
You ever did before
(Comme tu ne l'as jamais fait auparavant)

J'hésitai quelques secondes avant d'ajouter :

- Je t'embrasse.

Je raccrochai un peu violemment et vidai l'air de mes poumons.

Peu importe si elle allait rappeler au pas, j'aurais fait un geste vers elle.

J'aurais essayé.

Je pris un T-shirt qui me servait de pyjama et éteignis la chaîne Hifi avant de sortir de ma chambre pour foncer droit dans la salle de bain, en me demandant vaguement si Edward était couché.

J'allais ouvrir la porte de celle-ci quand elle s'ouvrit sur Edward, me faisait sursauter en ravalant un cri.

- Désolé, s'excusa-t-il avant de froncer les sourcils en me dévisageant dans la faible lumière du couloir.

Il abaissa son visage au niveau du mien.

Mon cœur rata un battement devant ses prunelles inquiètes.

- Est-ce que ça va ? demanda-t-il en remettant une mèche de cheveux derrière mon oreille.

J'hésitais entre pleurer ou rire à sa façon de voir en moi si clairement depuis tant d'années.

J'hochai la tête de bas en haut lentement comme pour m'en persuader moi-même. Un sourire étendit ses lèvres mais n'atteignit pas ses yeux.

- Tu sais que je sais quand tu mens ?

Ma gorge se serra douloureusement.

Incapable de parler, je détournai les yeux quand je les sentis s'embuer. Brusquement, ma vue se troubla.

- Viens là, souffla-t-il doucement en me tirant vers lui.

Ses bras m'entourèrent et mon visage s'enfonça dans son torse tandis que je me battais furieusement contre mes larmes.

Je ne voulais plus pleurer pour ça. Ça n'en valait plus la peine.

Son parfum prit le dessus sur mes pensées et mon cœur s'apaisa lentement. Ses mains parcouraient lentement mon dos, de haut en bas, de bas en haut avant que je ne m'écarte légèrement de lui.

Mon regard se posa sur ses lèvres quelques secondes avant qu'il ne me prenne par les épaules pour me regarder.

Je n'avais pas lâché une seule larme, et c'était une victoire.

- Une histoire de cœur ? chuchota-t-il.

- Si seulement c'était ça, avouai-je avec un petit sourire.

Il se détendit un peu malgré l'inquiétude toujours vibrante dans ses iris.

- Est ce que tu veux en parler ?

- Je…

Je jetai un coup d'œil derrière lui avant de me souvenir que j'étais venue me laver.

- Je dois prendre ma douche, soupirai-je.

Il me scruta quelques secondes avant de me relâcher.

- Si jamais tu as envie de parler, j'suis juste là, dit-il en se reculant vers la porte de sa chambre, à côté de la mienne.

La chambre verte.

J'hochai la tête et lui adressai un petit sourire avant de m'enfermer dans la salle de bain.

Celle-ci portait encore son odeur. Je restai quelques secondes à respirer profondément tandis que mes démons revenaient vers moi en galopant.

Je me déshabillai rapidement et, quand j'entrai dans la douche, j'éclatai en sanglots.

Après avoir tari toutes les larmes de mon corps et m'être mise en pyjama, je sortis et allai directement devant la porte d'Edward.

Je restai plusieurs minutes à combattre le pour et le contre avant de soupirer et de faire demi-tour.

Je claquai la porte de ma chambre avec force avant de me rappeler que je n'étais pas la seule habitante dans cette maison.

Etre enfermée dans une chambre avec Edward n'était certainement pas une bonne idée et cela aurait mis mes nerfs à rude épreuve. Je n'étais pas en état d'affronter ce qu'il me faisait ressentir ce soir.

Plusieurs heures passèrent avant que je n'arrive à m'endormir, avec l'impression déboussolante d'avoir le parfum d'Edward sur ma peau.

Quand je descendis à la cuisine le lendemain matin, Edward, Jasper et Emmett étaient partis remorquer la voiture de ce dernier pour la ramener ici. Ils l'avaient laissée hier sur Crenshaw Boulevard et Emmet avait soit disant peur que sa biche soit volée. C'était ses propres mots. Je vous épargne le regard enragé de Rosalie vis à vis de la voiture d'Emmett quand elle me l'expliqua.

Je pris mon petit déjeuner avec elle et Alice. Cette dernière nous quitta rapidement pour monter dans sa chambre finir les dernières retouches de sa commande qu'elle devait envoyer dans l'après-midi.

Le soleil tapait déjà fort alors que la matinée commençait à peine. Je m'attendais à ce que Rosalie me fasse des remarques concernant mon comportement de la veille vis à vis d'Edward, mais elle resta bizarrement silencieuse tout le long du repas, se contentant de manger un croissant et de dire qu'il faisait vraiment beau.

Je mis ça sur le compte de la voiture d'Emmett. La maison était drôlement silencieuse sans lui…

Je montai à l'étage et enfilai le maillot de bain gris foncé qu'Alice m'avait offert l'année précédente. Celui-ci n'avait pas de bretelles et le haut faisait un joli croisé sur ma poitrine. J'aurai presque pu être jolie si mon corps n'avait pas été si dépourvus de formes.

J'enfilai un short en jean avant de passer dans la salle de bain pour me laver les dents.

Mon reflet dans le miroir me surpris. Mes yeux étaient rouges et gonflés -à cause de la crise de larmes de la veille- et mes cheveux semblaient avoir fait la guerre.

Je les brossai rapidement avant de les attacher en chignon d'où quelques boucles s'échappaient. Je passai de l'eau froide sur mon visage, mais rien ne changea pour mes yeux.

En haut des escaliers, je me stoppai quelques secondes en comprenant subitement. Mes yeux rouges et gonflés étaient la raison pour laquelle Rose n'avait rien dit, j'en étais désormais certaine.

Je savais à présent qu'elle avait compris que mes nerfs avaient craqués, et je l'adorais encore plus pour son respect envers ma peine, et envers moi.

Je gagnai la plage où Rose était allongée sur un transat, sous un parasol.

- Je t'ai dit combien tu étais belle avec ton gros ventre ? lui demandais-je en m'asseyant dans la chaise longue à côté d'elle, mettant mes lunettes de soleil.

Elle me lança un regard noir avant de mettre ses lunettes de soleil et de faire semblant de lire un magazine.

- Non, vraiment Rose, tu es ravissante.

- Je suis grosse, me corrigea-t-elle en ne quittant pas sa lecture des yeux.

Je levai les yeux au ciel, sachant pertinemment qu'elle ne me verrait pas.

- Ne lève pas les yeux au ciel devant moi, gronda-t-elle sans me regarder.

Comment faisait-elle ça ?

- Tu penses encore à voix haute, se moqua-t-elle.

- Tais-toi ! m'agaçai-je dans un soupire.

Elle ria avant de tourner la tête vers moi, faisant glisser légèrement ses lunettes de soleil sur son nez pour me regarder par-dessus.

- Est ce que tout va bien ? demanda-t-elle doucement.

Je hochai la tête.

- Tout va bien.

- Vraiment ? insista-t-elle, me faisant lui lancer un regard lourd de sens.

- Vraiment Rose.

Elle pinça ses lèvres une seconde.

- Je m'inquiète, c'est tout. Tu avais une tête de droguée ce matin.

Elle retourna à son magazine en remontant ses lunettes d'un doigt sur son nez. Rosalie et la délicatesse... Je tortillai mes mains quelques secondes avant de la regarder à nouveau.

- J'ai appelé ma mère hier soir, avouai-je dans un souffle.

Elle se redressa, enleva ses lunettes de soleil et posa le magazine sur ses genoux pour m'étudier pendant une longue minute.

- Elle t'a parlé ? demanda-t-elle, légèrement surprise.

Je secouai la tête.

- Je suis tombée sur sa messagerie.

Un ange passa avant qu'elle ne soupire.

- Pourquoi tu l'as appelée ?

- Je...

Pourquoi déjà ? Ah oui, j'étais une idiote.

- Il y avait cette chanson à la radio, et je sais pas, j'ai vu le téléphone et j'avais juste envie de... je sais pas... changer les choses...

- Bella... soupira-t-elle doucement.

Je levai ma main pour l'arrêter.

- Je sais Rose. Elle ne changera jamais mais... c'est ma mère.

- Tu sais ce que j'en pense Bella, vis ta vie et essaye de passer au-dessus du fait qu'elle ne te mérite pas.

- C'est difficile, murmurai-je d'une voix tremblante.

Rosalie soupira. Je fis de même.

- Je sais, finit-elle par dire avec douceur.

Il y eut un silence. Lui dire m'avait fait du bien… j'avais la sensation de ne plus être seule à porter ce fardeau qui était le mien depuis des années.

- C'était quelle chanson ? demanda-t-elle en remettant ses lunettes sur son nez.

- Oh mamma... grimaçai-je.

Elle ne dit rien, mais prit ma main avant de se positionner correctement dans sa chaise longue et de se remettre à lire son magazine.

Sa main ne quitta pas la mienne, pendant que je profitai du soleil, réchauffant ma peau pendant de longues et relaxantes minutes. Je me forçai pendant tout ce temps à ne penser à rien d'autre qu'à la chaleur du soleil sur ma peau.

- Tu devrais mettre de la crème, conseilla Rosalie en tournant une page de son magazine.

- Oui, maman, rigolai-je en me levant.

Elle me regarda par-dessus ses lunettes noires.

- Tu devrais faire attention que maman ne vienne pas t'en coller une bonne !

Je rigolai en rentrant dans la cuisine. Rosalie était vraiment et totalement sadique. En rentrant dans la cuisine, je tombais sur Edward qui y pénétrait par l'autre porte. A sa vue, mon corps entier sembla sursauter.

- Hey, salua Edward en relevant le regard vers moi.

- Hey.

- Je t'ai attendu hier soir, souffla-t-il doucement en approchant du bar à côté duquel je me trouvais.

L'espace d'une seconde, mon cerveau dévia et ses mots se transformèrent en une proposition totalement déplacée et tellement sensuelle que le sang afflua sur mes joues.

- Ouais, je... euh...

- C'est bon Bella, sourit-il. Je t'ai dit que c'était si tu en avais envie…

Je le remerciai avant de l'observer rapidement, tentant d'ignorer l'effet de ses mots sur mon pauvre cerveau. Son T-shirt noir semblait lui coller à la peau et je déglutis difficilement en croisant ses yeux à nouveau. Un sourire en coin prit place sur sa bouche, me faisant comprendre qu'il m'avait grillé en plein matage de sa personne.

J'inspirai profondément.

- Alors vous... vous avez ramené la voiture d'Em ?

Il prit quelques secondes pour répondre.

- Ouais... il a failli pleurer, confia-t-il me faisant froncer les sourcils.

- Pourquoi ? Vous l'avez retrouvée non ?

- Elle a une rayure de deux centimètres sur la portière côté passager. Emmett s'est mis à crier comme une fillette en la voyant.

Je pouffai avant qu'Emmett ne déboule dans la cuisine. Il avait l'air furieux, et dégouté de vivre une telle abomination.

- Elle fait trois centimètres et demi, grogna-t-il en passant à coté de nous pour rejoindre la plage.

Je levai les yeux au ciel en même temps qu'Edward, nous faisant sourire mutuellement. Jasper, qui entrait dans la cuisine nous regarda tour à tour avant de se servir un verre d'eau.

- Alice ? demanda-t-il à mon intention.

- Dans votre chambre.

Il acquiesça avant de monter à l'étage. Je lui demandai de redescendre la crème solaire quand il reviendrait.

- Pourquoi t'y vas pas toi-même Mini Swan ? Rigola-t-il en montant les escaliers.

- S'il te plait Jazz !

- Ok !

- Merci, criai-je pour qu'il m'entende.

Son rire résonna dans le hall.

- De rien ! cria-t-il encore plus fort.

- Vous êtes tous cinglés, s'exclama Edward en se dirigeant vers dehors.

- Bienvenue parmi nous !

Le spectacle à l'extérieur -en dehors du corps parfait que m'offrait Edward, évidemment- était totalement hilarant.

Emmett était à genoux aux côtés de Rosalie, la tête posée sur ses cuisses. Il avait l'air tellement abattu que je me demandais vaguement s'il n'allait pas se mettre à pleurer.

Rose continuait de lire son magazine en lui caressant distraitement les cheveux.

La dernière fois que j'avais vu Emmet dans un tel état, le L.A Galaxy venait de perdre la MLS Cup. Ce spectacle avait été grandiose. Il était resté enfermé dans sa chambre deux jours entiers à déprimer avant que Rose ne le menace d'appeler sa mère pour qu'elle vienne le secouer. Emmett avait tout de suite retrouvé sa joie de vivre. La défaite de l'équipe de Foot de L.A n'était rien à côté de sa propre mère… Celle-ci le terrifiait complètement et j'adorais le taquiner avec ça.

- Rose ? demandai-je doucement.

Elle leva les yeux de son magazine pour me regarder m'installer dans la même chaise qu'un peu plus tôt.

- Hum ?

- As-tu encore le numéro d'Elizabeth ?

Emmett sursauta au prénom de sa mère et rebondit sur ses pieds plus vite qu'il ne l'avait certainement jamais fait.

- Je... Je vais... prendre ma douche, bafouilla-t-il avant de partir, en courant presque, dans la maison.

- Une bonne chose de faite ! s'exclama Rose avant de taper dans ma main.

Edward qui était toujours debout nous observa tour à tour avant de se frotter le visage de sa main, ne pouvant retenir le sourire qui étira ses lèvres.

- Vous êtes encore plus tarées que lui, commenta-t-il avant de prendre place sur le transat à côté du mien.

- Et heureusement ! rigola Rosalie en retournant à son magazine.

Un rire me secoua avant que je ne ferme les yeux pour profiter encore du soleil. Pendant plusieurs minutes, j'essayai d'ignorer la chaleur du regard d'Edward que je sentais sur moi.

Mon téléphone sonna et je sursautai, en me redressant pour le prendre dans mes mains. Quand je vis l'interlocuteur, je me figeai et fixai cet objet devenu la pire des choses sur Terre. Rose me regarda avant de se redresser à son tour et d'enlever ses lunettes de soleil posément.

- C'est elle ?

J'hochai la tête, incapable de parler.

- Qu'est-ce que tu attends pour décrocher ? demanda Edward.

Je regardai Rosalie encore plus paniquée.

- Ne décroche pas. Elle laissera un message, ordonna Rosalie.

- Les téléphones servent à être décrochés, contrat Edward, un sourire perçant sa voix.

Le mien semblait avoir été avalé par l'angoisse qui me rongeait brutalement. Après encore deux sonneries, mon téléphone cessa de sonner et mon cœur se calma légèrement. Je fixai cet objet, incapable de réagir pendant quelques secondes.

Il émit un léger bip après une minute qui m'indiqua qu'elle avait laissé un message.

- Ecoute le, conseilla Rose.

Tremblante, je composai le numéro de ma messagerie. Je collai l'appareil contre mon oreille, mes mains devenant moites et mon souffle court.

- Bella, c'est Renée. Je vois que tu ne prends même pas la peine de répondre quand je t'appelle... Et toi qui voulais qu'on discute !

Je l'entendis soupirer alors que la douleur dans ma poitrine sembla me clouer sur place.

- Phil et moi partons pour deux semaines au Caire, rappelle quand on sera de retour si tu as envie qu'on parle. Je… Phil t'embrasse… moi aussi.

Son hésitation n'avait pas été la même que la mienne… J'eu l'impression que dire simplement "je t'embrasse" à sa fille équivalait à dire quelque chose de répugnant. Rose prit le téléphone de mes mains et écouta le message à son tour.

- Quelle conne ! s'énerva-t-elle en raccrochant.

- C'est rien, assurai-je en essayant d'arrêter les tremblements de mes mains.

- Ta mère ne mérite pas de te mettre dans des états pareils, cracha-t-elle avant de poser mon téléphone entre nous.

Elle me regarda un moment avant de porter son attention sur Edward. Il y eu un échange silencieux entre eux que je ne compris pas mais j'étais cependant trop troublée pour y prêter vraiment attention.

- Je ne comprends pas, fit Edward après quelques secondes de silence.

Je relevai les yeux vers lui, sentant mon cœur se serrer.

- Tu ne comprends pas quoi ? demandai-je à mi voix.

Il fronça les sourcils en sondant mon regard du sien.

- Les choses allaient bien entre ta mère et toi, et là…

- Beaucoup de choses sont arrivés en dix ans, le coupai-je un peu durement.

La surprise peignit ses traits quelques secondes, accentuant la douleur dans ma poitrine.

- Je sais que tout n'est pas resté pareil que lorsque je suis parti, lâcha-t-il avant de serrer légèrement les dents.

- Ca c'est sûr ! intervint Rose, visiblement agacée.

- Je n'ai pas dit le contraire ! rétorqua-t-il rapidement avant de soupirer.

Je soupirai à mon tour, maintenant agacée. Mes pensées tournèrent violemment dans mon esprit, me blessant d'avantage. Je fermai les yeux quand je les sentis me brûler.

- Comment ça a pu arriver qu'elle te fasse autant de mal ? demanda Edward, insistant d'une manière qui brula mon cœur. Elle était tellement protectrice envers toi... Comment les choses ont-elles pu dégénérées à ce point ?

- Putain, jurai-je difficilement, essayant de refouler la colère montant en moi.

Edward se figea, Rosalie tenta un mouvement vers moi mais c'était trop tard.

- Il s'est passé une quantité de chose dont tu n'as pas idée Edward... Je n'ai malheureusement pas arrêté de vivre quand tu t'es barré ! Des choses se sont passées, des choses pour lesquelles personne n'a d'explication et rien ne pourra changer ça et encore moins toi, tu n'étais pas là pendant dix ans je te rappelle ! m'écriai-je.

Sa mâchoire se serra violemment. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose avant de se lever et de partir d'un pas furieux le long de la plage.

Je le regardai s'éloigner, ma colère retombant aussi vite qu'elle était arrivée pour m'étrangler. Quand sa silhouette fut assez loin pour que je ne distingue plus le mouvement de ses cheveux, mes yeux s'embuèrent. Pourquoi m'en étais-je prise à lui de la sorte ? Il n'avait rien à voir avec ma mère, ou le reste… Rosalie, qui n'avait pas bougé d'un pouce posa sa main sur mon bras doucement.

- Va le rejoindre, murmura-t-elle quand mon regard croisa le sien.

- Quoi ? Articulai-je difficilement.

Elle leva les yeux au ciel en me poussant à me lever.

- Va le rejoindre Bella !

Mon cerveau bouillonna et, avant qu'il ne puisse vraiment se décider, mes pieds me portèrent sur le sable chaud. Je courus pour le rattraper et, quand j'arrivai à sa hauteur, il m'ignora royalement.

- Edward ! l'interpellai-je en tentant de reprendre ma respiration.

- Lâche-moi Bella, gronda-t-il en accélérant le pas.

- Edward ! Arrêtes toi tout de suite ! m'écriai-je brutalement, à court d'idées pour le retenir.

Il se figea avant de faire demi-tour et de me regarder.

J'inspirai profondément pendant quelques secondes en fouillant son regard sombre où ses sentiments dansaient. Cela me laissa le temps de reprendre, au moins, une respiration presque normale.

- Je... je suis désolée, c'était... injuste de dire ça, m'excusai-je ridiculement, sentant mon cœur s'accélérer quand il s'approcha d'un pas.

- Non tu... ce qui me met en colère c'est que tu as raison sur toute la ligne ! s'énerva-t-il en s'approchant à nouveau de mon corps tremblant.

- Je n'avais pas à... attends, quoi ? demandai-je.

Il se rapprocha de moi jusqu'à être à une distance peu conforme à la relation que lui et moi entretenions. Mon cœur s'arrêta dans ma poitrine alors que mon ventre faisait déjà un looping. Sans sembler y réfléchir une seconde de plus, ses mains prirent mon visage en coupe, me faisait paniquer complètement.

- Edward... couinai-je, son regard brûlant sondant le mien.

J'étais pétrifiée qu'il soit si proche, terrifiée que ses mains soient sur mon visage de cette façon. Peu importe combien je l'admirais et le trouvais séduisant, parfait, je n'étais tellement pas prête pour… ça.

Ses yeux durent voir mon désarroi parce que l'instant suivant il me relâcha et recula d'un pas.

On se dévisagea longtemps… Avant qu'il ne fasse demi-tour pour reprendre sa marche sur la plage, s'éloignant de moi à nouveau. Je restai hébétée quelques secondes avant de le rattraper, titubant presque.

- Est ce qu'on pourrait au moins parler ? m'écriai-je en arrivant à sa hauteur.

Il me regarda rapidement avant de reporter son attention devant lui, marchant toujours à un rythme inhumain.

- Pour parler de quoi ? s'énerva-t-il. De tout ce que j'ai pu louper ces dix dernières années ?

- Personne ne t'en veut pour ça ! m'exaspérai-je en secouant théâtralement les bras.

Un rire sombre le secoua alors qu'il s'arrêtait brutalement.

- Bien sûr que non ! Ma sœur ne veut pas en parler parce que les années que j'ai loupées avec elle ne se rattraperont jamais et je me rends compte que mon absence t'as fait du mal à toi ! A toi putain ! s'écria-t-il avant de balancer un coup de pied dans le vide.

Je m'arrêtai de bouger, le regardant tirer sur ses cheveux de colère avant qu'il ne me regarde à nouveau. Son regard sembla me transpercer et la colère, le regret que je lus dans ses yeux noua ma gorge douloureusement.

- Je… tu aurais pu revenir au bout de cinq ans, mais tu ne l'as pas fait, soufflai-je en tremblant, l'observant nouer ses mains derrière dans sa nuque.

Sa colère me donna l'impression de le rendre d'autant plus beau, d'autant plus perturbant. J'eus du mal à soutenir l'intensité de ses yeux avant qu'il ne soupire. Il y avait tellement de choses que l'on se s'étaient pas dites…

- Je suis revenu mais... tout avait tellement changé, lâcha-t-il avant de se laisser tomber sur le sable, les jambes étendues devant lui.

- Tu... tu es revenu ? demandai-je en restant debout à l'observer lancer un caillou dans l'eau.

- Oui. Alice m'a dit que tu étais partie vivre en Europe.

Je m'asseyais à ses cotés, essayant de garder mon calme face à tout ce qu'il me disait. Cela était bien plus difficile qu'il n'y paraissait.

- Ca changeait quoi ?

Il étudia un moment mon profil alors que je me forçai à garder les yeux fixer sur les douces vagues devant nous. Il inspira lentement puis soupira, comme s'il renonçait.

- Tout, finit-il par lâcher d'une voix basse.

Mon cœur s'emballa douloureusement dans ma poitrine alors que je me sentis rougir furieusement.

- Mais tu... tu es reparti encore cinq ans... et tu serais surement resté à l'autre bout du monde encore plusieurs années s'il n'y avait pas eu cet accident, ce jour-là…

Je l'entendis soupirer à nouveau. Il laissa passer un silence avant de se frotter le visage de ses deux mains.

- Je n'avais pas vraiment de raison de rentrer ici.

- Ta sœur... ta sœur aurait dû être une raison suffisante pour que tu rentres. Et tes parents aussi…

- Ils l'étaient mais... ça n'était pas assez... J'ai eu...

Il suspendit sa phrase et je le regardai se perdre dans ses souvenirs avant qu'il ne secoue la tête comme pour chasser ses pensées.

- Tu as eu quoi ? demandai-je doucement.

Il me regarda comme si c'était la première fois qu'il le faisait. Mon cœur sursauta.

- Edward ? m'inquiétai-je.

Il tourna le regard vers les vagues devant nous, me laissant l'occasion de retrouver un semblant de contenance. Je remis derrière mes oreilles les cheveux qui virevoltaient autour mon visage, à cause du vent qui soufflait doucement.

- Je... j'avais quelqu'un, là-bas…

- A Singapour ? demandai-je, perdue, me demandant combien temps il avait pu rester là-bas.

Il eut un sourire sans joie.

- Non, en Australie.

- Oh… et ?

Il inspira profondément.

- Elle s'appelait Victoria, expliqua-t-il lentement, me faisant serrer les poings.

La façon dont il avait prononcé son prénom mettait en évidence qu'il avait été amoureux de cette fille. Cela comprima mon cœur dans ma poitrine et je repoussai les sentiments violents que cela fit naitre en moi.

- Elle était... parfaite à bien des égards. On est resté ensemble presque six mois, j'étais amoureux d'elle et c'était une première pour moi...

Je fronçai les sourcils quand il me regarda avant de continuer.

- Je n'étais pas un adepte des relations suivies, expliqua-t-il en acquiesçant un petit sourire.

Je l'incitai à poursuivre, tentant ignorer l'effet de ses révélations sur moi quand son regard se porta à nouveau sur la mer qui roulait doucement sous nos yeux.

- Un soir, elle est arrivée chez moi en pleurant... j'ai réussi à lui faire cracher ce qui allait pas et elle m'a annoncé qu'elle... elle était enceinte.

Mon ventre se retourna. Il me regarda à nouveau pour voir ma réaction tandis j'avalai difficilement ma salive.

- Qu'est-ce que... comment as-tu réagi ? demandai-je en cachant mes mains qui tremblaient sous mes cuisses.

Il soupira.

- J'ai paniqué… complètement paniqué… on s'est disputé violemment et elle a claqué la porte.

Il se stoppa un moment pendant que je reprenais ma respiration lentement, essayant de calmer les battements fous de mon cœur.

- Et après ? murmurai-je doucement. Je suppose que ton histoire à... une suite…

Il se gratta la gorge.

- Ouais… je… une semaine est passée avant que je n'aille chez elle un après-midi... Elle a été surprise de me voir et quand j'ai commencé à lui expliquer que si elle voulait garder cet enfant, j'étais prêt à être là pour elle et pour… cet… mon enfant…

Sa voix trembla légèrement, trahissant la douleur de cette histoire qui était la sienne. Je le regardai un moment, ne sachant quoi faire pour l'apaiser, avant de prendre sa main dans la mienne. Ses doigts se mêlèrent aux miens et je surpris son regard sur nos doigts liés avant qu'il ne retrouve mes yeux. Je lui souris légèrement, perturbée par l'effet de sa peau contre la mienne. Il serra doucement mes doigts, me faisant frissonner entièrement.

- J'avais réfléchi toute la semaine et j'en étais venu à me dire que cet enfant était peut-être ce qui me manquait et qu'il... apporterait à ma vie ce dont j'avais envie depuis toujours. Mais... quand elle s'est mise à pleurer après mon discours, j'ai compris que quelque chose clochait. Elle m'a dit qu'elle avait perdu le bébé deux jours avant... Mon monde s'est écroulé en quelques secondes, l'instant d'avant, j'avais envie de ce bébé, l'instant d'après tout partait en fumée. Tous les projets que j'avais faits… juste là, murmura-t-il en pointant sa tête de sa main libre.

Il prit une profonde inspiration avant de reprendre d'une voix tendue.

- On est retourné ensemble pendant quelques semaines et c'était... étrange. J'avais envie d'autre chose que ce que nous avions. Un matin elle était dans la douche et j'ai fait tomber son sac en tapant dedans. En ramassant les papiers qui étaient tombés, j'ai vu des papiers de l'hôpital. Elle avait avorté. C'était écrit noir sur blanc. J'ai cru devenir fou. J'ai attendu qu'elle sorte de la douche pour avoir une explication... Elle a bafouillé qu'elle était trop jeune et pas prête pour ce genre de choses…

Il fronça les sourcils en passant sa main dans ses cheveux, la colère peignant son beau visage. Sa douleur semblait me figer sur place. Mon pouce caressa sa paume légèrement.

- J'ai tout dévasté dans son appartement avant de prendre la porte. J'ai quitté l'Australie le lendemain et je suis rentré ici.

Je restai muette pendant plusieurs minutes. J'avais été très loin de la vérité en ce qui concernait Edward et la vie qu'il avait pu mener pendant ces longues années.

- Dis quelque chose, supplia-t-il au bout d'un moment.

Mon regard retrouva le sien, j'eus du mal à avoir une pensée cohérente devant la profondeur de ses yeux.

- Je... c'est… je veux dire, elle, elle t'a trahi d'une manière tellement... affreuse, je... je suis désolée, balbutiai-je.

Il embrassa nos mains liées. Mon cœur s'arrêta avant de repartir brutalement.

- Elle n'avait pas le droit de te faire ça, continuai-je alors qu'il m'observait. Tu... tu l'aimais et elle a décidé seule de, de…

Je secouai la tête, à bout de mots et me passai une main sur le front. Le soleil commençait peut-être à taper vraiment fort. Edward leva le visage vers lui avant de me regarder à nouveau.

- Viens, on va rentrer avant que tu n'attrapes une insolation.

Muette, je le suivis dans son mouvement pour nous faire nous lever. Sa main ne quitta pas la mienne alors qu'on marchait pour revenir vers la villa.

- Et tu as tord, dit-il au bout d'un moment.

Je me demandai de quoi il parlait avant qu'il ne poursuive.

- Tu as tort quand tu dis que je l'aimais.

- Mais, tu as dit...

- Je me rends compte aujourd'hui que ce n'était pas vraiment de l'amour. Je crois… je crois que je cherchais juste quelque chose pour… m'empêcher de revenir ici.

Sa main serra un peu plus la mienne alors que je manquai de trébucher, perturbée par tout ce qu'il me disait.

- Pourquoi ? demandai-je en sentant mon ventre me brûler.

Il n'avait pas voulu revenir vivre avec nous. Cette pensée me fit un mal de chien et je serrai les dents pour ne pas me mettre à pleurer comme un bébé. Il me jeta un regard en biais avant de regarder la villa et Rosalie qu'on commençait à voir distinctement sur son transat.

- Les choses sont plus compliquées que tu ne le penses, répondit-il, me laissant encore plus dans le flou.

Je ne répondis rien. Tout ce que j'avais à dire était des bafouillages ridicules et toute cette situation était embarrassante. Je n'avais aucune idée de ce qui pouvait bien être compliqué pour lui. Revenir aurait dû être évident à ses yeux. Mais ça ne l'avait pas été.

Quand on arriva à la hauteur de Rosalie, elle nous observa avant de sourire. Son regard se posa sur nos mains liées et elle haussa un sourcil en me souriant encore plus. Je lui fis les gros yeux, priant pour qu'elle ne dise rien de gênant devant Edward. Je lâchai la main de ce dernier avant de le regarder.

Son regard avait quelque chose de différent maintenant, mais je n'étais pas capable d'identifier ce que je pouvais y lire. Son sourire en coin me fit rougir et il embrassa ma tempe avant de s'éclipser dans la maison.

- Alors, il embrasse bien ? demanda Rosalie dès qu'il fut sorti de mon champ de vision.

- Rose ! m'écriai-je, la faisant éclater de rire.

Je m'allongeai à ses côtés alors qu'elle riait toujours. Je n'allais pas survivre à ces vacances, j'en étais certaine maintenant.

- Tu ne vas donc rien me raconter ? soupira-t-elle au bout de quelques minutes durant lesquelles les mots d'Edward repassaient encore et encore dans ma tête.

- Te dire quoi ?

Elle me regarda de travers. Je haussai les épaules, essayant de me détacher de ce qu'il venait de se passer.

- On a juste discuté.

- C'est tout ?

- Ben oui... qu'est-ce que tu croyais ?

- Rien du tout, sourit-elle avant de poser les mains sur son ventre énorme.

Je fermai les yeux et soupirai.

- C'est quand même dommage... autant de temps perdu à parler...

- Rose, tais-toi, grognai-je, la faisant rire à nouveau.

- Jasper a ramené de la crème solaire pour toi au fait.

- Oh, super.

Je me mis de la crème en espérant que je ne ressemblais pas déjà à une écrevisse.

- Où est Emmett ? demandai-je après avoir mis mes lunettes de soleil.

- Il s'occupe de sa biche, grogna-t-elle.

Je laissais passer un silence avant qu'un sourire n'étire mes lèvres.

- C'est quand même dommage... Tant de temps perdu à s'occuper de sa biche...

J'eu le droit à un doigt d'honneur sublime de sa part en réponse.

Quand Edward revint, ses cheveux humides m'indiquèrent qu'il avait pris une douche. Il m'adressa son fameux sourire en coin, faisant sursauter mon ventre. Mon cœur s'emballa quand son parfum arriva douloureusement jusqu'à moi.

Je fermai les yeux, puis mon cerveau décida de me torturer. Il fit défiler tout une série d'images d'Edward, et de son corps totalement parfait sous la douche derrière mes paupières closes, la chaleur brulant violemment mon corps.

J'ouvris les yeux d'un seul coup pour voir qu'il était allongé sur la chaise longue d'à côté, les yeux fermés. Je m'accrochai à l'accoudoir de la mienne et tentai pendant plusieurs minutes, en vain, de chasser les images les plus impures de mes pensées. C'était une cause perdue, surtout que son odeur m'enveloppait désormais complètement.

Je devenais dingue.

Quand mes pensées furent presque insoutenables, je me levai et filai dans la maison à toute vitesse. Il fallait vraiment que j'empêche mon cerveau de délirer à se point.

Appuyée contre l'ilot de la cuisine, je me concentrai sur ma respiration pour calmer les battements de mon cœur devenu fou.

- Tu as vu un fantôme ? se moqua Alice en entrant dans la pièce, un sourire sur les lèvres.

- J'aurais préféré, grognai-je.

Elle fronça les sourcils.

- Que s'est-il passé ? demanda-t-elle en jetant un coup d'œil aux baies vitrées qui donnaient vu sur la plage, et sur la nuque d'Edward.

- Rien… Alors, tu as fini ta commande ?

Elle soupira en se servant un verre d'eau.

- Presque, mais j'ai besoin d'une pause baignade. Il fait vraiment chaud.

- A qui le dis-tu !

Je jetai un coup d'œil à Edward qui n'avait pas bougé. Cet homme était en train de devenir mon enfer personnel.

- Où est Jazz ? demandai-je après une minute, espérant me concentrer sur autre chose.

- En ville. Un client a eu besoin de ses services en urgence apparemment.

- Les vacances ne sont pas pour tout le monde... me moquai-je.

Elle passa les bais en me lançant un regard noir accompagné malgré tout d'un sourire. Je la regardai s'éloigner puis entrer dans l'eau. Je regagnai l'endroit où étaient Rose et Edward et, droite comme un i devant eux, je me grattai la gorge.

- Je vais me baigner, déclarai-je.

Rose m'adressa un regard peu amène.

- Tu nous déranges juste pour dire ça ? s'exaspéra-t-elle.

Je me retins de l'insulter.

- Vous voulez venir ? l'ignorai-je en jetant un coup d'œil à Edward qui m'observait.

- Non, grogna Rose en désignant son ventre.

- Le fait que tu sois enceinte n'empêche pas que tu te baignes, remarquai-je, récoltant un regard mauvais.

- Tu ne diras pas la même chose quand tu seras aussi grosse que moi à ton tour.

Je levai les yeux au ciel avant de me tourner vers Edward. Je lui donnai un léger coup de pied dans la jambe en faisant un mouvement de tête vers l'eau.

- Edward ? demandai-je.

Il m'adressa un sourire éblouissant qui fit accélérer mon cœur avant de refermer les yeux.

Il n'avait donc pas l'intention de bouger de là.

- J'ai pas besoin de vous de toute façon, grognai-je en enlevant mon short.

Edward ouvrit un œil avant de grogner légèrement.

Rose soupira bien fort pour que je l'entende en me faisant un mouvement de la main pour que je parte.

La mer était d'un calme rare, les vagues étaient aux abonnées absentes, et c'était incroyablement agréable. Je rejoignis Alice dans l'eau et on fit la planche pendant de longues minutes.

- C'est vraiment génial, déclara Alice en soupirant de bien-être.

- C'est carrément le pied, m'extasiai-je, nous faisant rire.

Je détachai mes cheveux et ils flottèrent doucement autour de moi.

- Tes parents viendront nous voir ? demandai-je en ouvrant un œil avant d'être aveuglé par le soleil au-dessus de nous.

- La semaine prochaine, sûrement. Papa à des jours de repos à prendre.

- J'ai l'impression de ne pas les avoir vus depuis des années…

- Esmée disait la même chose de toi la semaine dernière. Elle a l'impression que ça fait une éternité…

Je soupirai.

- C'est peut-être vrai.

Un silence passa, me détendant un peu plus.

- Vous avez discuté avec Edward ? souffla-t-elle en baissant la voix.

Mes mains cessèrent leur jeu sur la surface de l'eau.

- Discuté de quoi ? demandai-je en jouant l'ignorance.

Je l'observai se remettre sur ses pieds avant de me regarder un moment. J'en vins à me demander si je n'avais pas quelque chose sur le visage avant de me mettre debout à mon tour.

- Je sais que vous vous êtes disputés, ce matin…

- On ne sait pas vraiment… disputés, soupirai-je sans la regarder et elle passa ses doigts dans ses cheveux courts.

- Alors... vous avez échangés violement ? Peu importe. Il t'a parlé de l'Australie ?

- Oui.

- Il t'a parlé de ce qui se passé avant qu'il ne revienne ici ? demanda-t-elle en me lançant un regard insistant.

Je hochai la tête lentement, ralentis par tout ce que cette histoire provoquaient en moi.

Elle posa sa paume sur la mienne et mêla nos doigts.

- Ca lui a fait beaucoup de mal, murmura-t-elle d'une petite voix.

- Je m'en suis rendue compte, soufflai-je, mon cœur se comprimant dans ma poitrine.

Voir Edward souffrir n'était pas tolérable.

- Je veux dire... il ne fera plus confiance aussi rapidement...

Je fronçai les sourcils.

- Où veux-tu en venir Alice ?

Elle hésita un moment avant de soupirer.

- Je sais que vous avez encore beaucoup de choses à régler entre vous, mais je sais aussi que depuis toujours vous vous adorez... Vous êtes presque frère et sœur.

Je ravalai la grimace qui menaçait de prendre place sur mon visage et me contentai de regarder ses yeux bleu foncés se voiler légèrement.

- Le voir partir à été difficile, mais le voir revenir aussi… dévasté à été pire que tout.

Je serrai sa main plus fort et elle souffla avant de me sourire légèrement.

- Maintenant, il est là et il va rester là. Je veux qu'on redevienne la famille qu'on était avant.

- Moi aussi, mentis-je, me rendant compte que ce que je voulais le moins au monde était que tout redevienne comme avant.

Elle me prit dans ses bras et me serra contre elle.

Quand on se tourna vers la plage d'un même mouvement, je remarquai qu'Edward et Rose avaient une discussion qui semblait plutôt animée.

Emmett les rejoignit et tous les deux arrêtèrent de parler. Edward croisa les bras sur son torse avant de nous regarder. Son regard semblait me transperçer. Alice lui fit coucou en criant un houhou ridicule, il leva la main pour lui répondre.

Emmett s'écria houhou à son tour en s'agitant, me faisant lever les yeux au ciel avant de rire.

Emmett restera Emmett. Sa voiture rayée ou non.

On remonta lentement la plage et Alice s'entoura dans sa serviette en tamponnant ses cheveux.

- Tu es assis sur ma serviette Emmett, remarquai-je.

Il arqua un sourcil.

- Et alors ?

- J'aimerai m'essuyer ! m'agaçai-je devant son air fier.

- M'en fou, rigola-t-il en ne bougeant pas d'un pouce.

J'attrapai un bout de ma serviette qui dépassait pour tirer dessus.

Sans succès.

Edward, à ses côtés se bidonnait. Je lui lançai le regard le plus noir que j'avais, faisant naitre un sourire sur ses lèvres pleines. Mon regard se perdit quelques secondes sur celles-ci. Quand il y passa sa langue lentement, mon sang se mit à bouillir.

- Arrêtes de te foutre de moi ! m'énervai-je.

- T'es vraiment adorable quand t'es en colère, rigola-t-il encore.

Je me sentis rougir malgré toute ma volonté.

L'idée du siècle -ou pas- traversa mon esprit et je m'approchai pour me pencher au-dessus de lui.

Son regard s'agrandit légèrement, le mien se posa sur sa bouche entre ouverte.

De mes deux mains, j'essorai mes cheveux au-dessus de son torse recouvert d'un T-shirt.

Il sursauta au contact de l'eau froide sur son corps, son grognement résonna partout en moi. Je reculais d'un pas quand son regard changea légèrement.

A la hâte, il enleva son t-shirt, avant de le jeter plus loin, me faisant éclater de rire pendant que je m'éloignai.

Mon rire, cependant, mourut dans ma gorge quand il se leva en me toisant d'un air qui ne me disait rien qui vaille.

Je reculai de quelques pas alors qu'il avançait vers moi.

- Edward... menaçai-je, ne pouvant m'empêcher de sourire pour autant.

Un sourire carnassier prit place sur son visage. Avait-il déjà été plus beau ?

Je courus jusqu'à l'eau, Edward sur mes talons. Contrairement à lui, j'étais déjà mouillée et ce fut plus facile pour moi d'entrer dans l'eau. Il grimaça à plusieurs reprises en s'enfonçant dans la mer, cela pourtant, ne le ralentis pas.

Quand l'eau m'arriva au-dessus de la poitrine, je le stoppai en posant deux mains sur son torse alors qu'il riait.

- C'est bon, t'as gagné ! m'écriai-je, le faisant secouer secoua la tête.

- Tu vas devoir payer Bella !

- Non, s'il te plait Edward, suppliai-je quand il posa une main sur ma tête pour me couler. Je ferai tout ce que tu veux !

Il stoppa son geste, puis arqua un sourcil, ses yeux fouillant les miens.

- Tout ce que je veux ? Vraiment ?

- Dans la mesure du possible, oui.

Ses yeux verrouillèrent les miens, me faisant légèrement rougir. Il finit par hocher la tête avant de laisser retomber son bras le long de son corps.

- Intéressant... commenta-t-il d'une voix plus grave.

Mes mains n'avaient pas quittées son torse où je sentais pulser son cœur sous ma paume. Mon regard se posa sur celles-ci et je fus émerveillée de sentir sa chamade sous mes doigts. Mon cœur semblait vouloir battre au même rythme que le sien quand son regard rencontra le mien à nouveau. Je laissai tomber mes mains le long de mon corps avant de rougir à nouveau.

Je manquai de me mettre une claque moi-même pour rougir aussi souvent en sa présence.

- Je... commençai-je en me demandant ce que je pouvais bien dire.

- On devrait remonter, dit-il en faisant demi-tour pour remonter sur la plage.

Je le suivis en essayant de rester calme. Je ne devais plus me mettre dans ce genre de situation où sa proximité me troublait beaucoup trop pour que je reste de marbre.

Quand mon regard revint sur les autres, je remarquai que Jasper et Alice étaient assis à parler avec Rose et Emmett. Edward se tourna vers moi arrivé à un mètre d'eux. Son sourire se fit si grand que j'eus l'impression de ne voir plus que lui.

- Tu te souviens que tu dois faire tout ce que je veux ? s'amusa-t-il en marchant à reculons.

J'hochai la tête doucement, pas vraiment sûre de ce à quoi je devais m'attendre.

- Bien. Tu vas pouvoir me faire ces succulentes lasagnes que tu faisais à l'époque dans ce cas !

Au mot lasagnes, Emmett leva la tête vers nous avant de sauter sur ses pieds.

- Lasagnes ? Qui a parlé de lasagnes ? s'écria-t-il, faisant rire les spectateur du petit manège entre Edward et moi.