Quand je descendis à la cuisine le lendemain, la matinée était déjà bien attaquée.
Edward et moi étions restés jusqu'à tard dans la pièce de musique. Il avait joué du piano pendant quelques heures, moi assise sur ses genoux. Des morceaux que je connaissais pour certains, et d'autres que je découvrais.
De temps en temps, il jouait des chansons connues et sa voix soul résonnait doucement dans la pièce.
J'avais l'impression d'être un peu plus émerveillée, obnubilé par lui à chaque fois qu'il chantait, à chaque fois qu'il riait. Le temps s'était suspendu jusqu'à ce qu'Alice vienne nous prévenir qu'ils allaient se coucher.
Devant ma porte, il avait embrassé mon front et mon cœur s'était emballé.
La nuit avait été longue, pleine de rêves plus ou moins agréables à propos d'un homme aux yeux verts perçants… J'avais souvent rêvé d'Edward par le passé, mais aujourd'hui j'avais la sensation que c'était différent… cela était aussi terrifiant qu'embarrassant.
- Salut marmotte ! rigola Alice en me voyant entrer dans la cuisine, alors qu'elle était assise à table en train de lire un magazine.
Je la saluai de la main avant de jeter un coup d'œil dehors pour constater que le temps ne s'était pas amélioré depuis la veille. Je soupirai en me servant une tasse de café puis pris place à côté d'Alice. Après quelques secondes de silence, je jetai un coup d'œil autour de nous.
- Il n'y a personne, souffla-t-elle doucement sans lever les yeux de sa lecture. Ils sont partis en ville faire quelques courses. A la radio ils disent que l'orage va durer quelques heures et il y a des risques de coupure d'électricité si jamais ça ne se calme pas. Donc... bougies, expliqua-t-elle en me regardant rapidement.
- Oh... génial.
- Les bougies c'est cool, contra-t-elle avant de rire.
- Super cool.
On échangea un sourire.
Je bus ma tasse de café lentement.
- Comment ça va avec Edward ?
Je manquai de m'étouffer avec ma dose de caféine. Alice me regarda étrangement.
- Pourquoi tu demandes ça ? demandai-je avec méfiance.
- Eh bien... hier en rentrant de la plage vous aviez l'air... tendus tous les deux. Vous vous êtes disputés ?
Je baissai les yeux sur ma tasse en jouant avec son anse.
- On peut dire ça comme ça. Mais c'est arrangé, maintenant.
Elle hocha la tête en continuant de feuilleter son magazine.
- Oui. Ça m'a fait plaisir de vous voir assis au piano hier, ça fait chaud au cœur de le voir aussi heureux... tu sais il... il n'a jamais autant ri que depuis que tu es là.
Je rougis en me cachant dans ma tasse. Le tonnerre éclata et résonna dans la maison avec violence. Alice sursauta.
- Bon sang, je déteste ça ! s'écria-t-elle, me faisant rire.
Elle m'adressa un regard mauvais.
- Tout ça c'est de la faute d'Edward, il prenait son pied à me faire peur les soirs d'orage, grogna-t-elle.
- Edward n'est pas responsable de toutes tes peurs, rigolai-je en me levant pour poser ma tasse dans l'évier.
- Bien sûr que si.
- Le fait que tu aies peur des épouvantails vient de lui ?
Elle me regarda de travers une nouvelle fois.
- Bien sûr que oui. A chaque Halloween il me traumatisait avec celui qu'il mettait devant la maison.
Je levai les yeux au ciel.
- Et ta phobie des papillons ?
Elle fit mine de réfléchir quelques secondes avant de soupirer.
- Ok, pour celle-ci, je ne trouve pas.
- Et les enfants ? demandai-je en essayant de ne pas rire.
Elle m'adressa le regard le plus noir qu'elle avait.
- Ces choses-là sont terrifiantes.
- Alice... tu sais que c'est dans ta tête...
Elle pouffa avant de retourner à son magazine.
- On dirait que tu es Alex de Madagascar...
Je ris à mon tour quand elle se leva de sa chaise en un bond.
- Oh Bella ! On regarde ? Allez, ça fait des années qu'on ne l'a pas vu ensemble !
Je l'étudiai une poignée de secondes avant d'acquiescer. Par moment, j'avais l'impression que l'on n'avait pas grandit, et que notre enfance était encore là, à quelques pas de nous.
- Je dois juste prendre ma douche avant, la prévins-je.
L'impatience la fit presque sauter sur place.
- Super ! Ca me laisse le temps de tout organiser !
Elle sortit en tapant des mains puis monta à l'étage en chantant, me faisant secouer la tête… j'aimais définitivement sa folie.
Je regagnai ma chambre pour prendre des affaires avant de filer à la salle de bain.
Quand je descendis dans le salon, je me stoppai dans l'entrée un petit moment.
Elle avait fermé les rideaux, plongeant la pièce dans une semi-obscurité, des cousins étaient étalés un peu partout. Elle avait mis plusieurs pots de pop-corn géants sur la table et elle m'attendait, debout à côté du canapé en tapant des mains.
- Alors ?
- J'ai l'impression d'avoir 12 ans, rigolai-je en m'asseyant sur le canapé.
Elle prit place sur les coussins par terre, pas loin de moi, en souriant grandement.
- Je sais, c'est pas génial ?
- Carrément. Mais Alice...
Elle tourna la tête pour me regarder tout en mettant le lecteur de DVD en route.
- Tu te souviens qu'on est que toutes les deux ? rigolai-je en désignant les trop nombreux pots de pop-corn.
- Emmett sera de retour dans quelques minutes, ironisa-t-elle, nous faisant rire mutuellement.
Au bout d'un quart d'heure, Emmett et Rose débarquèrent dans la maison en braillant que le ciel allait nous tomber sur la tête. Alice scanda le silence pour qu'ils se taisent.
Emmett se moqua franchement de nous avant de partir dans la cuisine pour ranger les courses qu'il tenait dans ses mains. Rosalie prit place avec nous en le traitant d'idiot.
Mon cœur accéléra tout seul à mesure que les secondes passaient. Je savais qu'il était là, quelque part. Jasper passa à côté de nous en regardant rapidement la télé avant de s'arrêter.
- Avez-vous entendu parler de la maturité ? demanda-t-il en se grattant la tête, récoltant un regard noir d'Alice.
- Chut ! s'énerva-t-elle.
Il secoua la tête et entra dans la cuisine pour ranger ce qu'il avait apporté.
La lumière de l'entrée qui se reflétait contre le mur en face de moi dessina une ombre derrière nous. Mon cœur s'emballa.
- Madagascar ? Vraiment ? chuchota-t-il en récoltant un regard mauvais de la part de Rose.
Alice était bien trop à fond dans le film pour réagir.
Je me tournai pour le regarder. Le sourire qu'il m'adressa me coupa le souffle. Je retournai à l'écran pour arrêter de penser à ce que je pourrais faire à cette bouche si j'en avais l'autorisation.
Quand il s'assit entre moi et Rose, j'eus l'impression que mon cœur pesait des tonnes. Son parfum intoxiqua mes sens, me faisant me battre furieusement contre mon envie d'enfouir mon nez dans son cou et de le respirer à pleins poumons.
- Est ce que ça va ? demanda-t-il au bout de quelques minutes.
Je me rendis compte que je respirais difficilement.
- Oui... et toi ? murmurai-je sans le regarder.
Son regard sembla brûler tout mon visage, ou bien, était-ce moi qui rougissait ?
- Ouep.
- Es-tu vraiment en train de regarder Madagascar avec nous ? demandai-je.
Il rigola avant qu'Alice lui rappelle de se taire.
- Ouep, chuchota-t-il.
Cette façon qu'il avait de dire Ouep me réchauffa toute entière. Je me mordis la lèvre pour lutter contre mes pensées, qui me donnaient plus du tout envie de regarder la télé.
- T'es sûre que ça va ? insista-t-il, me faisant relever les yeux vers lui.
Il déglutit difficilement. Je finis même par me demander si mes pensées n'étaient pas écrites sur mon visage avant qu'il ne se baisse un peu vers moi.
Mon cœur se mit à battre plus fort par sa proximité, son visage à quelques pauvres centimètres du mien.
- Tu as l'air... préoccupée...
- Non, ça va, dis-je difficilement, ses yeux sondant les miens avec une intensité jamais égalée.
Il hocha simplement la tête avant de reporter son attention à l'écran, me permettant de respirer un peu plus convenablement. Emmett et Jasper revinrent et après quelques secondes à rester debout, ils prirent place sur les coussins, me faisant rire légèrement.
- Qui parlait de maturité, déjà ? chantonnai-je.
Jasper se tourna vers moi avec un regard menaçant.
- Fais gaffe Mini Swan, la pluie dehors, ça refroidit les pensées.
Une seconde, je pensai que c'était ce dont j'avais besoin pour oublier le corps d'Edward à mon côté, mais celle d'après je grimaçai en pensant à ce que ce serait.
- Chut ! scandèrent Rose et Alice d'un même ensemble.
Tout le monde se tut et Jasper retourna à l'écran.
Je lui tirai la langue de la manière la plus puérile qui soit quand je fus sûre qu'il ne pouvait pas me voir. Edward à mon coté ria discrètement.
- Tu es une peste, souffla-t-il.
- Il est super méchant ! m'indignai-je en le regardant.
Il leva les sourcils, me faisant rire. Il était maintenant clair que j'avais retrouvé mes douze ans.
- Ok, c'était peut-être mérité.
Un rire le secoua puis sa main prit la mienne dans un geste bouleversant de naturel.
Le contact de ses doigts chauds me fit arrêter de rire, mon souffle s'étranglant dans ma gorge.
Ses doigts glissèrent entre les miens. Brutalement, tout autour de moi sembla avoir disparu, hormis lui.
Il posa nos mains enlacées sur sa cuisse avant de regarder à nouveau la télévision.
Comment pouvait-il rester si calme alors que, moi, j'avais la sensation que tout autour de moi brûlait ? Mon cerveau bouillonnait et le sang dans mes veines semblait plus chaud qu'avant.
Au bout d'un moment, tentant de concentrer mon attention sur autre chose, je me penchai pour attraper un pot de pop-corn sur la table.
Emmett en avait déjà vidé presque deux et j'avais besoin d'une distraction pour oublier la cuisse chaude d'Edward contre le dos de ma main comme collée à la sienne.
Je le ramenai sur mes genoux, puis Edward plongea la main dedans au même moment que moi. Nos doigts se frôlèrent et malgré la chamade de mon cœur, je m'efforçai à quitter son contact pour mettre le pop-corn dans ma bouche.
Je me mordis les joues avant de reprendre du pop-corn et de rester silencieuse un moment. Je n'osai même plus bouger, l'air me semblait électrique.
La main d'Edward qui tenait toujours la mienne se détacha doucement me faisant soupirer immédiatement au manque de contact de sa peau contre la mienne.
Une seconde plus tard, ses doigts frôlèrent mon poignet me faisant sursauter nerveusement.
Lentement, il remonta l'intérieur de mon bras, créant un chemin brûlant sur ma peau hyper réactive. Ses doigts firent le chemin inverse avec une lenteur abominable, avant de caresser la paume de ma main avec délicatesse pendant de longues secondes. Avec délicatesse, il frôla ma peau jusqu'à mon pouce, puis repartit à l'intérieur de ma paume avant d'en dessiner chaque doigt.
Sa caresse en elle-même était presque pure, mais ses doigts sur ma peau m'enflammaient complètement, et qu'importe s'il ne touchait que ma main.
Quand mon regard se porta sur son visage, il me fixait avec cette intensité qui me troublait trop pour mon propre bien. Ses yeux verrouillèrent les miens, faisant accélérer mon cœur un peu plus.
Pendant de longues secondes, il ne me lâcha plus du regard. J'avais la sensation que le reste du monde n'était plus là, et que tout ne se résumait plus qu'à lui, plus qu'à son regard sombre et torturé, plus qu'à la sensation presque douloureuse de sa peau contre la mienne.
Ses doigts passèrent sur le dessus de ma main, me caressant dans des gestes lents et sûrs. Je tremblais, j'en étais que trop consciente et j'étais certaine qu'il le sentait aussi.
Quand ses doigts eurent fini de caresser les miens, il fit glisser à nouveau sa main dans la mienne et mêla nos doigts dans un élan de tendresse.
Brisant notre connexion presque brutalement, ses yeux se reportèrent sur l'écran. Je manquai de crier c'est tout ? avant de me souvenir que nous étions loin d'être seuls.
La journée passa lentement, chacun de nous proposa un film et durant l'après-midi, on regarda Transformers, pour Emmet, et Ma vie pour la tienne, pour Jasper.
Je me moquai de lui en lui disant que j'adorais son côté sensible et féminin. J'eus le droit de recevoir un coussin en pleine figure.
Évidemment, à la fin de Ma vie pour la tienne, je fondis en larmes. Alice pleura aussi et Rose s'essuya les yeux avant de dire qu'elle détestait que la grossesse la fasse devenir aussi émotive -ce qui fit rire tout le monde.
Jasper avait les yeux rouge mais s'entêtât à nous jurer qu'il n'avait pas pleuré (ce dont je ne croyais pas un traître mot).
Seul Emmet parut insensible et leva les épaules quand on lui demanda comment il avait trouvé le film.
Edward, qui savait comme les autres comment ce film pouvait me toucher encore plus à cause de la leucémie de mon père, se contenta de rester silencieux avant de me prendre contre lui quand il vit que mes larmes avaient débordées.
Après le film, les autres se levèrent et quittèrent la pièce.
Je me retrouvai donc seule, contre Edward, ses doigts toujours enlacés aux miens.
J'essayai de toute mes forces de ne pas penser à Charlie... la proximité d'Edward m'y aida beaucoup. J'eus du mal à penser à autre chose qu'à son odeur et à son corps chaud contre le mien pendant plusieurs minutes.
Je fermai les yeux quand il posa un baiser dans mes cheveux. C'était tellement apaisant.
- Tout va bien ?
Mon cœur s'allégea en entendant sa voix.
- Oui.
Il passa son bras libre autour de ma taille pour me maintenir contre lui. Mon cœur accéléra.
- Et toi ? murmurai-je doucement.
- Très bien.
Je sentis quelque chose vibrer contre moi avant de me rendre compte que c'était son portable. Il lâcha ma main pour le sortir de sa poche en soupirant.
- Salut Josh, dit-il en décrochant.
Il écouta son interlocuteur parler un moment puis je le sentis se tendre légèrement. Je me redressai pour le regarder, ses sourcils étaient froncés.
- Tu te fous de moi ? s'énerva-t-il d'un ton froid.
J'étudiai les traits de son visage pendant que ses yeux restèrent fixés sur la table basse.
- Je... je suis à L.A. Avec ma famille, Josh.
Il laissa passer un silence pendant que l'inquiétude me nouait l'estomac.
- Je vais voir ce que je peux faire, soupira-t-il sans joie. Ouais, je te rappelle.
Il raccrocha vivement avant de serrer son téléphone dans sa main.
- Qu'est-ce qui se passe ? m'inquiétai-je.
Son regard retrouva le mien. Je le sentis se détendre un peu, puis il inspira profondément.
- Faut que j'aille à New York.
Mon cœur s'arrêta avant de repartir brusquement.
- Que... quoi ? pourquoi ?
Il coinça une mèche de cheveux derrière mon oreille délicatement avant de se redresser pour prendre appui sur ses genoux.
- La maison de disque a besoin de ma signature pour vendre notre dernier album studio.
- Vous... vous avez refait un album ? demandai-je alors que je croyais qu'ils n'avaient plus joué depuis l'accident.
- Quelques semaines avant que Sam...
Il ne finit pas sa phrase mais j'avais compris.
- Et ils ne peuvent pas t'envoyer ça par courrier ? m'agaçai-je, sentant mon cœur s'affoler.
- Apparemment pas, murmura-t-il en me fixant d'une manière qui noua mon estomac.
Il soupira.
- Tu dois y être quand ? fini-je par demander calmement.
- Demain midi.
- Si tôt ?
Il prit à nouveau ma main dans la sienne, caressant mes doigts doucement.
- C'est juste une histoire de quelques heures. Je serais vite revenu.
- Mais... et l'orage ? trouvai-je à dire en cherchant un argument pour le retenir.
La dernière fois qu'il avait pris l'avion, je ne l'avais plus vu pendant 10 ans.
Il haussa les épaules, ne se rendant pas compte à quel point son annonce me bouleversait. Mon cœur se serra douloureusement en le voyant quitter la pièce pour l'étage.
Alice se mit à crier quand Edward lui annonça qu'il devait s'absenter. Il eut droit à quelques noms d'oiseaux avant qu'elle ne fonde en larmes, à la surprise de tout le monde.
Edward la prit dans ses bras puis la berça doucement, sous nos yeux surpris. Ma gorge se noua douloureusement.
- Je... je suis désolée, s'excusa Alice contre son épaule, c'est juste que…
Elle ne put finir sa phrase. Edward la serra un peu plus fort contre lui.
- Je sais Lily.
Je savais aussi exactement ce qu'Alice voulait dire. Elle comme moi souffrions de la même peine depuis la première fois qu'il était parti. Et de la même peur qu'aujourd'hui il ne revienne pas.
Rosalie entoura mes épaules quand je me rendis compte que des larmes m'avaient échappées. Elle embrassa ma tempe avec tendresse en me pressant contre elle.
- Pleure pas ma puce, chuchota-t-elle.
J'essuyai mes larmes d'un revers de main avant de respirer profondément.
Pendant plusieurs minutes, j'observai Edward bercer sa sœur dans un silence pensant. Ce moment était trop intime, trop fort pour que je reste planter là à les regarder. J'allais m'en aller quand Edward s'écarta d'Alice et prit son visage entre ses mains.
- Je t'aime ma Lily, murmura-t-il avec tout l'amour qu'il lui portait.
Sa déclaration la fit sangloter à nouveau.
Elle lui souffla qu'elle l'aimait aussi avant de s'accrocher à lui plus fort.
Je souris avec émotion et échangeai un regard avec Jasper. Lui comme moi savions qu'elle attendait ces mots là depuis des années... Il me rendit le même sourire chargé d'émotion avant qu'Emmett ne lui tape dans les côtes en le regardant avec un air idiot.
Le sourire qu'ils échangèrent voulut tout dire et Rosalie à mes côtés soupira.
- Oh non... se plaignit-elle en voyant Emmett et Jazz se prendre dans les bras l'un de l'autre.
- Je t'aime Jazzounet, dit Emmett avec une voix aiguë en lui frottant le dos.
Ce dernier le serra d'autant plus contre lui, me faisant lever les yeux au ciel.
- Oh, je t'aime aussi Memmett ! s'écria Jasper avant de simuler des pleurs.
J'éclatai de rire, a l'instar des autres. Edward et Alice se séparèrent pour les regarder faire les idiots. Elle rit en essuyant ses larmes puis Edward ria à son tour, malgré cette émotion palpable sur son visage.
Emmett et Jasper se séparèrent quand Alice leur tapa dessus en riant. Elle se glissa dans les bras de Jasper en disant qu'il était à elle.
Emmett vint vers Rosalie qui avait les bras croisés sur la poitrine, à côté de moi. Il lui fit un sourire aguicheur et voulut l'embrasser mais elle posa sa main sur sa bouche.
- Ne me refait plus jamais ça, ordonna-t-elle sèchement. Je ne veux pas que mon bébé est un père à moitié gay.
Il éclata d'un rire gras avant de déglutir devant le regard sérieux de Rose. Il hocha la tête, obéissant comme un enfant puis elle le laissa l'embrasser.
Je détournai les yeux et tombai sur ceux d'Edward qui me fixaient avec intensité.
Il me fit signe de venir vers lui et mes pieds, indépendants du reste de mon corps, me portèrent jusqu'à lui. Il m'étudia un moment avant de m'entourer de ses bras et de me coller contre lui. Son étreinte coupa mon souffle et m'apaisa d'un même ensemble.
J'enroulai mes bras autour de sa taille, me blottissant un peu plus dans ses bras. Je savourai la sensation de son corps chaud contre le mien, de sa respiration calme et de son souffle chaud contre moi.
Il nous berça doucement de gauche à droite pendant un moment avant de se redresser pour m'observer.
- Tu sais que je vais revenir, pas vrai ? demanda-t-il doucement en posant son front contre le mien.
Je hochai la tête même si je n'étais certaine de rien. J'étais seulement trop absorbée par son souffle sur mon visage, par son odeur, sa proximité et nos corps enlacés. Ses yeux me scrutèrent un instant avant que son visage ne glisse dans mon cou. Il posa son front contre mon épaule, me serrant un peu plus fort contre lui.
Après un moment, une de mes mains remonta entre nous et vint se poser sur sa nuque doucement. Je remontai mes doigts dans ses cheveux faisant sursauter mon cœur dans ma poitrine. Leur texture n'était en rien celle que j'avais pu imaginer. Ils étaient incroyablement doux et soyeux.
Je sentis Edward embrasser mon épaule lentement mais je fus trop obnubilée par la sensation de ses cheveux contre mes doigts pour avoir une quelconque réaction. Je passai ma main dedans le temps qu'il nous berça et quand il se recula, je vis que les autres s'étaient éclipsés.
On se dévisagea un instant, cette lueur chaude et puissante dansant dans ses yeux à nouveau. Je refusai de penser à ce qu'il venait de se passer et à tout ce que mon corps ressentais à cet instant.
Après une minute, il embrassa mon front avant de monter à l'étage.
L'heure qui suivit fut... étrange.
D'un côté il y avait l'effervescence d'organiser quelque chose qui n'était pas prévu. Edward fit rapidement un petit sac de voyage, il appela la compagnie aérienne et réserva son vol pour tôt le lendemain matin. Rosalie lui réserva une chambre d'hôtel pour la nuit. Les autres tournaient en rond dans la maison pour être sûr qu'il n'avait rien oublié de vital.
Alice appela un traiteur chinois pour le repas du soir.
Et de l'autre côté, il y avait cette angoisse qui me tordait l'estomac. C'était idiot de penser qu'il ne reviendrait pas alors qu'il avait juré le contraire. Pourtant, je croisais souvent le regard d'Alice, et je savais qu'elle pensait à la même chose que moi. Je restai assise dans le canapé pendant que les autres déambulaient dans la maison. J'avais du mal à réfléchir, et dès que je le faisais mon cœur se comprimait dans ma poitrine à l'idée qu'il allait être à l'autre bout du continent.
Après un long moment, je me relevai en réalisant que ça n'était pas un drame en soit. Il ne partait que 48h, je n'allais pas en mourir. Il allait revenir comme prévu dans deux jours, et tout irait bien.
On sonna à la porte. J'allai récupérer la commande d'Alice en donnant un pourboire au livreur. Emmett me dépassa, s'empara du sac avant de disparaître dans le salon pendant que le livreur le regardait étrangement.
- Faut pas s'inquiéter, il a tendance à avoir une certaine obsession pour la nourriture chinoise, rigolai-je, un peu gênée par son comportement d'homme des cavernes.
- Je vous souhaite une bonne soirée ! sourit le livreur en descendant les marches du perron.
Je soufflai un merci alors qu'il était déjà en train de disparaître dans l'allée.
Quand je revins dans le salon, ils étaient déjà tous installés autour de la table basse. Je m'installai sur un coussin à même le sol pour manger. Emmett me regarda du canapé avant de lever les yeux au ciel.
- Quoi ?
- Tu sais que tu n'es pas obligée de t'asseoir par terre, il reste des places libres, dit-il la bouche pleine.
- Entre toi et Jazz ? Non merci !
- Hé ! s'indigna ce dernier.
Je l'ignorai, le regard fixé sur Emmett.
- Ensuite, manger chinois assis par terre est une tradition avec Alice, n'est-ce pas ? demandai-je en la regardant.
Elle était assise à l'autre bout de la table, les fesses sur le sol.
- Manger les fesses sur un canapé n'est pas digne d'un chinois, rigola-t-elle avant de pousser Edward qui faisant semblant de s'endormir sur elle.
- Voilà ! m'exclamai-je en pointant Emmett avec mes baguettes.
Il leva les yeux au ciel avant de continuer de manger.
Peut-être étions-nous tous fous.
- J'ai encore faim, soupira Rosalie en posant les mains sur son ventre rond quand on eut fini de manger.
Tout le monde la regarda avec des yeux ronds.
- Rose, tu as mangé autant qu'Emmet ! s'écria Alice, indignée.
- C'est pour dire... soulignai-je.
- Hey, vous n'avez pas un ogre qui pousse dans votre ventre vous ! dit-elle en faisant la moue.
- Surtout que l'ogre est celui d'Emmett, rigola Edward.
Ce dernier grogna.
- Je vous emmerde. Ce bébé sera parfait ! souffla-t-il en se penchant vers le ventre de sa femme. Hein tu seras parfait mon bébé !
Mes yeux rencontrèrent brièvement ceux d'Edward avant qu'il ne les baisse sur ses mains. Je savais exactement à quoi il pensait. Mon ventre se tordit. Comment Victoria avait-elle pu faire une chose pareille ?
Il y eu un silence tendu pendant lequel Alice fit les gros yeux à Emmett avant de regarder Edward.
- Bon ! Va falloir allez se coucher, l'heure tourne ! s'écria Jasper en se levant.
- Il n'est que 21h, lui fit remarquer Alice.
- Ouais, désolé, marmonna-t-il en se rasseyant.
On échangea tous un sourire.
- Ça vous dit un scrabble ? sourit soudainement Emmett.
Je le regardai de travers mais les autres s'enthousiasmèrent et, avant que j'ai pu dire quoi que ce soit, il se levèrent pour rejoindre la table de la salle à manger.
- Tu viens Mini Swan ? demanda Jazz en voyant que je n'avais pas bougé.
- Un scrabble, vous êtes sérieux ? rigolai-je en m'installant à la place restante : à côté de l'homme qui torturait mes sens.
- C'est mieux que de rester comme des cons à se regarder dans le blanc des yeux, sourit Rosalie en distribuant déjà des lettres à tout le monde.
On joua presque trente minutes avec sérieux avant qu'Emmett ne lance les hostilités. Il écrivit le mot "pénis" en l'écrivant "paynis".
- Ça ne compte pas ! s'indigna Jasper.
- On s'en fou de l'orthographe, rigola Emmett, fier comme un paon.
- Bien sûr que non, vire moi ça ! ordonna Alice.
Emmett s'exécuta en bougonnant.
A la place de son mot, il écrivit "pays".
- C'est carrément moins drôle, intervint Rosalie avant de lui frotter les cheveux. Mais c'est pas grave, tu feras mieux la prochaine fois !
Il grogna légèrement. Alice écrivit "cris". Jasper la regarda de biais avant d'écrire "orgasme" On rigola tous.
- Avec un "s" chéri, le corrigea Alice en posant la lettre à la fin de son mot.
- C'est plus plaisant, rigola-t-il avant d'embrasser chastement ses lèvres.
Je tirai la langue de dégoût, répugnée à l'idée de ce à quoi ils pouvaient penser. Ils me fusillèrent des yeux.
- Swan, t'as pas intérêt à ouvrir la bouche, menaça Jasper.
- Pas pour toi, ça c'est sûr ! m'amusai-je.
Il ouvrit la bouche plusieurs fois sans qu'aucun son n'en sorte.
- Je suis choqué ! s'exclama Emmett avant d'éclater de rire.
- Mini Swan, tu es vraiment dévergondée ! dit enfin Jasper.
- C'est depuis que je fréquente Emmett ! me défendis-je en essayant de ne pas rougir quand je sentis le regard d'Edward sur mon visage.
- Hé ! s'insurgea celui-ci.
Rosalie hocha la tête.
- Je confirme que c'est depuis qu'Emmett et moi sommes ensemble que tu es aussi... ouverte...
- Rose ! m'écriai-je en devenant écarlate.
Les autres éclatèrent de rire.
- Ouverte d'esprit ! reprit Rosalie avant de rire à son tour.
Je cachai mon visage dans mes mains en rigolant. Mes amis étaient vraiment cinglés.
Je sursautai en sentant la main d'Edward se poser sur ma cuisse.
Bien que mes jambes soient recouvertes d'un jean, je sentis la chaleur de sa paume à travers le tissu.
Je relevai les yeux vers lui alors qu'il discutait avec Jasper à propos de l'orthographe d'un mot. Comme s'il n'y avait rien. Comme si sa main n'était pas sur ma cuisse. Comme si son pouce n'y traçait pas des petits cercles qui me faisaient frissonner de la tête aux pieds.
- Je ne savais pas Bella si... ouverte, lança Edward au bout d'un moment, sa main toujours sur ma cuisse.
- Je ne le suis pas ! m'écriai-je en espérant que mon visage ne prenne pas feu tant mes joues me brûlaient.
- Tu en as loupé des choses, lança Jasper gentiment.
La main d'Edward descendit jusqu'à mon genou avant de remonter dans une caresse jusqu'au milieu de ma cuisse. J'eus l'impression que toutes mes terminaisons nerveuses étaient localisées sous ses doigts.
- Comment s'appelait ce gars en Colombie déjà ? s'amusa Rose.
Je lui lançai mon regard le plus noir.
- Quel gars ? demanda Alice qui était partie chercher des pop corn à la cuisine.
Elle s'assit et eut à peine le temps de poser le bol qu'Emmett piochait déjà dedans. Rosalie lui tapa la main en faisant les gros yeux.
- Attends que tout le monde se serve, le réprimanda-t-elle.
Je soufflai en espérant que la conversation sur mes expériences soit close.
- Alors, de quel gars vous parliez ? questionna Alice après avoir levé les yeux au ciel devant l'autorité de Rosalie sur Emmett.
- De personne, coupai-je Jasper qui avait ouvert la bouche.
Edward ria légèrement, puis sa main remonta de deux centimètres sur ma cuisse. J'eus soudainement du mal à penser.
- De ce gars en Colombie il y a deux ans... c'était quoi son nom... Pedro ?
Je levai les yeux au ciel en m'appuyant sur le dossier de ma chaise.
- Non, ça finissait par "ban", rétorqua Emmett en se servant dans le pot à pop corn.
Rose prit le pot pour le poser de l'autre côté de la table, sous le regard désespéré d'Emmett.
- Esteban ? demanda Alice en fronçant les sourcils.
Je levai les yeux au ciel encore une fois tout en croisant les bras. Les doigts d'Edward ne bougeaient plus, me donnant envie de me tortiller pour qu'ils le fassent.
- Non c'était... Mateo ! Voilà ! s'extasia Rosalie avec un sourire machiavélique.
- C'est ce que je disais !
On regarda tous Emmet de travers.
- Tu as dit que ça finissait par "Ban", le réprimanda Jazz.
- Bien sur que non !
- Bien sur que si !
- Non !
- Si !
- Ca suffit ! s'écria Rosalie.
Edward étouffa un rire avant de se racler la gorge sous le regard rébarbateur de Rosalie. Je me mordis la lèvre pour ne pas rigoler devant ces idiots. Rosalie souffla puis posa sa main sur son front.
- Bien, où j'en étais moi…
- Tu nous parlais de ce fabuleux poisson que tu as mangé en France il y a un an, dis-je rapidement en lui faisant mon plus beau sourire.
Elle me regarda de travers avant de reporter son attention sur Edward, appuyant son menton sur ses deux mains croisées. Je la détestais profondément.
- Donc, ce... Mateo...
- Rose ! suppliai-je.
Elle ne m'accorda même pas un seul regard.
- Il a réussi à la mettre dans son lit en exactement quarante sept minutes !
- Enfin, dans son lit… façon de parler, n'est-ce pas Bella ?
Alice allait payer ça très cher.
- Je ne vois pas du tout…
- Hum, une ruelle éclairée derrière un bar, ça te dit quelque chose ?
- Elle n'était pas éclairée, il faisait noir ! remarquai-je avant de fermer la bouche rapidement.
Là, je devais ressembler à une écrevisse. Jasper éclata de rire.
- Bon sang, Bella, respire !
Je priai pour qu'Edward ne me regarde pas mais, quand je levai les yeux vers lui, il m'observait avec un sourire en coin.
Sa main se déplaça jusqu'à mon genoux pour revenir à sa place lentement. Je me mordis la langue pour étouffer un gémissement. Je quittai ses yeux dont la profondeur me faisait tourner la tête avant de regarder les autres qui nous observaient. J'essayai de ne pas rougir sous le regard insistant de Rosalie.
- Bon, ok, j'ai fait ça avec un inconnu dans une ruelle sombre, ça arrive à tout le monde, non ? avouai-je en mordant ma lèvre.
Alice leva les épaules de façon désinvolte.
- Bien sur que oui, tout le monde l'a déjà fait !
- Pardon ? s'étonna Jasper.
Elle embrassa chastement ses lèvres.
- C'était avec toi, idiot !
- C'est pas un inconnu, remarqua Emmett.
Je manquai de l'applaudir pour sa vivacité légendaire.
- C'était au début de notre relation, on sait bien qu'on fait ça n'importe quand et n'importe où quand on est un jeune couple !
- Et même un vieux couple, gloussa Rose en passant une main dans les cheveux d'Emmett qui souriait largement.
- Bien, qui a fait mieux qu'une ruelle sombre ? s'excita Jasper alors que je secouai la tête.
- Une cage d'escalier ? proposa Edward.
Mon regard retrouva le carré de sa machoire. Pourquoi rien que ces quelques mots provoquaient-ils en moi un tel chamboulement ? Je ne regarderai plus jamais les cages d'escalier de la même façon, j'en étais certaine.
- Classique, se moqua Emmet.
Non, pas classique.
Faire l'amour avec Edward, n'importe où, et même dans des toilettes publiques, devait être loin d'être classique... Quoi que... les toilettes publiques... Je grimaçai de dégoût avant que la main d'Edward ne presse ma cuisse doucement. Je relevai les yeux vers la table pour voir qu'ils m'observaient.
Dites moi que je n'avais pas encore...
- Alors Bella, à toi de répondre, un endroit spécial ?
Je secouai rapidement la tête. Je vidai l'air de mes poumons, soulagée de n'avoir pas pensé tout ça tout haut.
- Vous en savez déjà beaucoup trop comme ça !
Emmett rigola d'un rire gras.
- Allez mini Swan, m'encouragea Jasper, avec ce Jacob vous avez dû en faire des bonnes non ?
Mon ventre me brûla, mais je tentai de l'ignorer du mieux que je pus.
- Pas tant que ça, avouai-je, le regard d'Edward brûlant à nouveau mon visage.
- Et si on continuait de jouer ? coupa Rosalie reportant l'attention sur le jeu.
Je lui souris doucement pour la remercier. Elle savait à quel point parler de ça pouvait me faire mal.
Alice gagna la partie, et fit une petite danse de la joie en nous désignant tour à tour de ses doigts manucurés en chantant "je suis meilleure que toi, et toi, et toi, et toi..."
Alice, Alice, Alice...
La main d'Edward ne quitta pas ma cuisse jusqu'à ce qu'on décide d'arrêter d'écouter Alice s'extasier de sa victoire.
Tout le monde rangea le scrabble et on monta se coucher.
Edward embrassa mon front comme la veille et me souhaita bonne nuit devant la porte de ma chambre... Mon cœur eut du mal à se calmer après ça.
Dans mon lit, je tournai en rond pendant ce qui me semblait être des heures. Et ce pour plusieurs raisons :
Ses mains.
Ses yeux.
Ses lèvres.
Ses mots.
Son corps.
Son départ...
Edward.
Toutes ces raisons étaient liées à lui, et à lui seul.
Hello hello !
Un petit chapitre par ici, j'suis contente de voir que cette fiction vous plait toujours autant !
Laissez moi un mot.
A très vite !
Tied.
