Edward m'étudia quelques secondes et je pris une profonde inspiration avant de me lancer. Je pouvais le faire. J'en étais capable.

- Il venait de commencer à travailler sous les ordres de Charlie à San Fernando, commençai-je en baissant les yeux sur nos doigts enlacés, cherchant mon courage. Je l'ai rencontré juste après être rentrée d'Europe... il avait l'air d'être... quelqu'un de bien. Il était poli, courtois et attentif à moi. On était amis… je crois. Mon père est tombé malade et Jacob... Jacob a été là pour moi, ça m'a fait du bien. Je crois que... qu'il a... profité du fait que j'avais l'esprit occupé par mon père pour... transformer ce qu'il y avait entre nous. J'veux dire, je savais qu'il voulait plus mais il avait jamais, jamais rien tenté avec moi jusqu'à ce soir de printemps où il... il m'a embrassé et je l'ai laissé faire.

Je relevai brièvement les yeux vers Edward qui avait la mâchoire serrée.

- J'avais besoin... d'affection. Mon père était malade et je savais que cette fois il... il ne s'en sortirait pas, chuchotai-je.

Ma voix tremblante sembla inquiéter Edward qui me rapprocha de lui, m'installant au travers de ses genoux. Il noua nos doigts sur mes cuisses recouvertes d'un drap. Son nez frôla ma joue qu'il embrassa doucement. Des papillons s'envolèrent partout dans mon corps. Sa peau contre la mienne me calma et je fermai les yeux quelques secondes, savourant l'apaisement qui me gagnait lentement. J'allais y arriver.

- Tu n'avais plus envie d'être seule... je comprends ça, murmura-t-il doucement, perdu dans mes cheveux. Continue, reprit-il au bout de quelques secondes pendant lesquelles je restai sans bouger ni parler, appréciant la caresse de son souffle chaud dans mon cou.

- On est... on est sorti ensemble plusieurs mois. On s'est même installé ensemble ici à L.A., après la mort de Charlie. J'avais besoin d'avoir... quelqu'un avec moi, je n'étais pas prête à vivre seule et rester dans notre maison de Sun Valley, où j'avais toujours vécu avec Charlie n'était pas envisageable. On a vécu ensemble jusqu'en novembre. Rosalie m'a alors fait ouvrir les yeux sur... mes sentiments pour lui. Ce n'était pas... les bons. J'adorais Jacob. Je, je crois que je l'aimais mais pas... comme il l'aurait voulu. Alors j'ai... j'ai voulu rompre. Ce matin-là on s'est disputé. Violemment. Il n'arrivait pas à comprendre que j'avais besoin de partir et que notre quotidien n'était pas... suffisant. Ça n'était pas assez. Je voulais... tellement plus.

Je m'égarai dans mes pensées plusieurs secondes, frissonnant en repensant à la colère de Jacob ce matin de novembre. Son regard était devenu sombre, et il ne l'avait plus quitté.

La main d'Edward serra mes doigts, me ramenant à la réalité où sa chaleur m'enveloppait et je pris une profonde inspiration avant de poursuivre.

- On s'est disputé plus que jamais et il... il m'a giflé.

Le souffle d'Edward s'arrêta dans mon cou. Je fermai les yeux, inquiète de sa réaction. Il avait déjà dû s'en douter non ? Je serrai ses mains en essayant d'ignorer la brûlure dans ma gorge et mes yeux qui me piquaient.

- Sa claque m'a fait voler à travers la cuisine et je me suis fracturée le coude contre la table. Quand Jacob a vu ce qu'il avait fait, il... il a paniqué et s'est excusé au moins mille fois en m'emmenant à l'hôpital... Je... j'ai fini par dire au médecin que j'étais tombée seule.

- Bella...

- Non, Edward c'est... s'il te plait... laisse moi… je dois le dire, bredouillai-je en reculant pour le regarder.

Ses yeux en colère, cette même colère que plus tôt dans la soirée, fouillèrent les miens. De son pouce il essuya une larme qui m'avait échappée et je me mordis la langue pour ne pas laisser libre court à mes pleurs. Je devais tout lui dire.

- Pendant quelques jours, continuai-je la voix chevrotante, on a vécu comme avant... ou presque. Il était... en colère, tout le temps. Je savais qu'il n'acceptait pas le fait que je voulais le quitter et pour ma part, je... je ne pouvais pas oublier ce qu'il s'était passé. On ne se parlait plus ou quand on se parlait c'était pour se disputer, on ne se touchait plus car son contact me... répugnait. Je comptais partir après Noel. Il le savait. Il le savait, répétai-je en secouant la tête.

Edward resserra ses bras contre ma taille et j'enfouis mon visage dans son cou pour me calmer.

Il fallait que j'y arrive. Je pouvais y arriver. J'allais y arriver.

Pour Edward. Il le méritait.

Edward n'était pas Jacob. Il ne serait pas comme lui. Jamais... je le savais. Pourtant, c'était si dur… si douloureux.

- Une semaine avant Noel, je suis rentrée tard à la maison. J'avais été faire des achats pour Noël avec Rosalie et Alice. Quand je suis arrivée à la maison Jacob était assis sur le canapé avec un verre de Whisky. Je savais à quel point l'alcool le rendait... dangereux. Il avait déjà eu des accès de colère par le passé, mais jamais contre moi. Mais il n'a pas bronché. Il m'a même demandé si j'avais trouvé mon bonheur. Quand je suis allée me coucher, il était encore assis dans un silence de mort. Je pensais qu'il s'était peut-être calmé et que l'alcool n'était finalement peut être pas une si mauvaise chose pour lui... dis-je en tremblant douloureusement, réprimant un rire sarcastique. J'ai compris quand il est venu dans mon lit en pleine nuit que c'était totalement l'inverse...

Je sentis les doigts d'Edward glisser dans mes cheveux avant d'atteindre ma nuque qu'il caressa d'un un geste apaisant. Malgré la brûlure de mes yeux et la sensation que mon estomac était remonté dans ma gorge, mon corps entier s'apaisa à son contact, me donnant la force de poursuivre, de révéler la brulure de mon âme.

- Il... Il a abusé de moi, lâchai-je avant de fermer les yeux très fort quand le corps d'Edward se figea sous moi. Il voulait me montrer à quel point je lui appartenais. Je... je me souviens pas de tout, ajoutai-je au bout d'un court instant. Je me souviens juste de... de son visage au dessus du mien… qu'il était assis sur moi. Sa main a frappée mon visage après… plus rien. C'est... je, je me suis réveillée le lendemain après à l'hôpital et... les médecins m'ont dit que j'avais eu de relations sexuelles récentes alors qu'il ne me touchait plus depuis plusieurs semaines, continuai-je d'une voix que j'espérai neutre et pas autant bouleversée que mon corps.

J'avais l'impression que d'une seconde à l'autre, j'allais mettre à hurler hystériquement.

- Ils... ils m'ont aussi dit que j'avais une entaille sur la poitrine... je... j'sais pas comment ça, c'est arrivé, murmurai-je en secouant la tête contre Edward qui ne bougeait toujours pas.

Toute trace de sa respiration avait aussi disparue, j'en conclus qu'il retenait son souffle. Son corps entier transpirait de colère et était crispé excessivement. Ma vue devint trouble quand il reprit une inspiration qui lui sembla douloureuse avant de me serrer plus fort contre lui.

- Je... Bella... murmura-t-il doucement.

Je pinçai mes lèvres pour retenir mes sanglots.

- Je suis désolée, gémis-je douloureusement contre son épaule, sentant mes larmes prendre possession de chaque centimètre de mon corps.

- Pourquoi es-tu désolée ? Bella, tu... tu n'as pas à t'excuser de quoi que ce soit. Il... il est...

J'entendis ses dents grincer pendant que j'enroulai mes bras autour de sa nuque pour le retenir, pour qu'il ne pas qu'il ne m'abandonne, me lâche. Je ne voulais plus sortir de son étreinte, plus jamais quitter le creux de son épaule, la chaleur de sa peau. Il me serra plus fort contre lui en réponse, m'installant à califourchon sur ses cuisses.

- Mon amour... murmura-t-il, sa voix troublée par l'émotion.

- J'suis désolée, répétai-je encore entre deux sanglots.

- Ne soit pas désolée... moi je… je suis désolé, chuchota-t-il en embrassant le creux de mon épaule.

J'aurai voulu lui demander pourquoi il devait être désolé mais mon corps était trop douloureux et ma gorge trop sèche pour pouvoir dire quoi que ce soit. Toute l'eau de mon corps semblait être concentrée dans mes yeux et s'écoulait rapidement sur mes joues.

La douleur et la peur mêlées.

- Je suis désolé de n'avoir pas été là. De n'avoir pas pu l'empêcher de faire ça. D'avoir été si... si longtemps absent, reprit-il d'une voix tendue. J'aurai voulu... J'aurai être là pour qu'il ne te touche jamais.

Pour toute réponse et incapable d'aligner deux mots, je me blottis un peu plus contre lui.

- Je te promets qu'il ne t'approchera plus, souffla-t-il au bout de quelques secondes à me bercer doucement, attendant que mon chagrin se calme. Pas un seul cheveu. Tant que je serais de ce monde, il ne te touchera plus jamais.

Je pris sur moi le plus possible pour arriver à me calmer. Serrant les dents et inspirant profondément l'odeur de sa peau pendant les secondes qui suivirent, où Edward me berça tendrement, je réussis à arrêter de pleurer contre lui.

Il me donnait tellement d'amour, tellement de force.

J'essuyai mes joues d'une main tremblante avant de me redresser pour le voir.

Mes yeux se posèrent sur son menton avant de remonter lentement, suivant le dessin parfait et net de sa bouche rose, terriblement tentante. Je frissonnai quand je remarquai la crispation de sa mâchoire et remontai jusqu'à ses yeux où ses paupières closes me privaient de son regard.

Mes mains se posèrent sur ses joues et il sursauta légèrement à mon toucher en clignant des yeux, comme s'il ne s'attendait pas à ce qu'en ouvrant les paupières, je sois la première chose qu'il verrait. Son regard profond où la colère semblait faire éclater la noirceur de ses iris plongèrent dans les miens et je me mordis la langue pour ne pas me remettre à pleurer.

- Ne sois pas en colère, suppliai-je doucement, brisant le silence qui m'étouffait en resserrant ma gorge.

- Je ne suis pas en colère...

- Ne me mens pas... le coupai-je.

Il fronça les sourcils.

Ses doigts se posèrent sur ma bouche pour me faire taire.

- Je ne suis pas colère, je suis... furieux et...

Il secoua légèrement la tête, cherchant ses mots pendant que l'angoisse me tordait l'estomac.

- Je m'en veux. J'm'en veux tellement Bella... tu ne peux même pas imaginer.

- De... de quoi ? Edward tu n'as pas à...

- Non. Je... je serais resté ici, je serais revenu après cinq ans, je serais resté tu... il ne t'aurai jamais touché ! J'ai été tellement stupide de penser un seul instant que tu...

- Tais-toi, ordonnai-je brutalement, le souffle court.

Surpris il se tut et je repris une grande inspiration, en rassemblant mes mots, mes pensées. Il ne pouvait pas penser ça, il n'avait pas le droit. Rien n'était de sa faute. Rien. Mes mains se resserrèrent sur ses joues pour qu'il me regarde bien en face.

- Arrêtes ça tout de suite. Jacob aurait... agit pareil avec moi, que tu sois dans les parages ou pas. Emmett était là et ça ne l'a jamais empêché de faire quoi que ce soit.

- Je ne suis pas Emmett, me coupa-t-il.

Je lui jetai un regard noir.

- Bien sur que non, mais je... Jacob serait arrivé dans ma vie quand même. C'était... il fallait que je passe par là. J'en suis sortie vivante et aujourd'hui, on est là toi et moi... C'est toi qui m'a dit que seul aujourd'hui comptait non ?

Il déglutit avant de baisser les yeux sur nos corps enlacés. Mes mains relâchèrent la pression sur son visage, caressant ses joues du bout des doigts.

- Le passé est ce qu'il est Edward et... même si j'ai... même si j'ai peur de... tout, de ce que toi et moi on représente l'un pour l'autre. Je veux... je veux être avec toi.

J'eus du mal à ne pas pleurer à nouveau devant tout ce que j'éprouvais pour Edward.

- Je ne t'en veux pas, alors, s'il te plait mon amour, cesse de t'en vouloir, murmurai-je, ma voix déraillant. J'ai... j'ai besoin de tout, de toi... et de notre passé... c'est... je...

Je me stoppai à bout de souffle. Je n'arrivai plus à parler tant l'émotion me prenait à la gorge et me brûlaient les yeux. Son regard d'un vert soutenu retrouva le mien et sa tendresse mêlée à sa fureur me fit trembler.

- Moi aussi, souffla-t-il contre mes lèvres avant de m'embrasser.

Je me détendis brutalement au contact de ses lèvres.

Mon monde éclata en petites bulles tandis que sa bouche chaude, d'une douceur incroyable goûtait la mienne impatiemment.

- Je ne veux pas que tu t'en veuilles, lâchai-je dans un souffle haletant quand sa bouche quitta la mienne.

Ses mains se posèrent sur mes reins. Il m'approcha de lui jusqu'à ce que son bassin touche le mien. Mon cœur s'arrêta brutalement avant de repartir à toute vitesse, désirant sortir de mon corps.

- Je m'en voudrais toujours de ne pas... avoir su te dire plus tôt à quel point je peux t'aimer, chuchota-t-il dans la quiétude de la pièce qui semblait avoir pris plusieurs degrés d'un coup.

Je secouai la tête pour me remettre les idées en place et m'écartai de son visage afin tenter de réussir à faire une phrase censée.

- Tu es là maintenant, réussis-je juste à dire, bien trop troublée par ses mots, sa présence contre moi et son amour que je ressentais si fort désormais.

Il m'étudia quelques secondes avant de passer ses doigts sur ma joue.

- Qu'est ce... qu'est ce qu'il s'est passé, après ton réveil à l'hôpital ? demanda-t-il doucement, son autre main se posant sur ma cuisse que le drap avait dénudée.

Toutes mes terminaisons nerveuses se retrouvèrent sous ses doigts en une demi-seconde.

- Je... je suis rentrée dans notre appartement avec... Rosalie et Emmett. Elle... elle voulait le tuer et Emmett... Emmett voulait lui montrer ce qu'on faisait à ce genre de type à Alcatraz...

Edward grimaça et je ne pus retenir la grimace qui prit place sur mon visage en me souvenant d'Emmett me racontant en détails comment ce genre de gars était accueilli par les autres. Qu'on soit un meurtrier ou le plus grand des cambrioleurs, les violeurs étaient les plus mal vus de tous. En général, ils ne faisaient pas long feu.

- Mais... l'appartement était vide, continuai-je en retrouvant mon sérieux. Il avait tout pris... les meubles... tout. Il restait juste mes affaires qu'il avait mises dans des cartons au milieu du salon... et il y avait un mot de sa main. Il disait qu'il... qu'il partait et qu'il quittait le continent. Qu'il serait toujours... là. Que je lui... que je lui appartenais, qu'il m'avait... marqué, désormais.

Edward resta impassible jusqu'à mes derniers mots. Ses mâchoires se crispèrent à nouveau violemment. Mon estomac sembla se retourner.

- As-tu porté plainte ? demanda-t-il d'une voix étrangement calme.

- Il avait quitté le continent et... il faisait partie du poste de police. Jacob était tellement... tellement quelqu'un de bien devant les autres. Personne ne m'aurait cru et je…

- Et les médecins ? me coupa-t-il brutalement. Tu avais des marques sur le corps Bella... Tu... tu as été violentée, frappée il... Putain ! Cracha-t-il entre ses dents, sa main serra ma cuisse.

Il ferma les yeux quelques secondes avant de retrouver les miens.

La profondeur de son regard me fit frémir à nouveau.

- Tout est fini, chuchotai-je, pas certaine de ce que j'avançais pour autant.

- Il était là ce soir Bella... il était là, il t'a retrouvé... Tu crois que je vais vivre ça comment, moi ? souffla-t-il en prenant mon visage entre ses mains. Comment je peux... vivre normalement sans craindre qu'il ne s'en prenne à toi quand tu iras prendre un café ou quand tu rentreras du travail ?

- Il ne le fera pas, tentai-je de le rassurer mais ses sourcils se froncèrent.

- Tu sais aussi bien que moi qu'il le fera.

Son ton et ses mots me firent monter les larmes aux yeux.

- Je refuse qu'il s'en prenne à toi. Je n'étais pas là, la dernière fois, c'est hors de question qu'il pense que cette fois ci tu es seule face à lui.

- Edward...

- Tu ne sais pas à quel point t'entendre dire qu'il t'a... fais ça, me brise, me coupa-t-il brutalement, ses mots tranchant mon cœur devenu douloureux de trop d'émotions mêlées.

- Je... je refuse que tu... t'embarques là dedans, gémis-je douloureusement.

Il recula un peu plus pour me regarder, mon visage toujours entre ses mains.

- Je suis déjà embarqué là dedans, me reprit-il alors que je secouai la tête. Bella, je suis impliqué, continua-t-il insistant sur son dénominatif.

- Non tu... je ne veux pas, je refuse... il... non, baragouinai-je en sentant l'angoisse m'étouffer.

- Isabella, grogna-t-il et l'utilisation de mon prénom entier dans sa bouche me figea.

Je le regardai à travers des larmes que je refusais de laisser couler.

- Je t'aime, je suis impliqué. Tu n'as pas le choix. Je ne te laisse pas le choix.

- Je ne veux pas qu'il te fasse de mal, articulai-je difficilement en passant une main sur son front pour dégager les cheveux qui y tombaient.

Ses traits se radoucirent brutalement. Ses doigts caressèrent ma joue, puis ma bouche.

- La seule qui peut me faire du mal c'est toi Bella…

Je secouai à nouveau la tête, mes mains glissant jusqu'à sa nuque.

- Jacob n'est rien à côté du fait de te perdre... Rien que d'y penser je... C'est intolérable, avoua-t-il, ses yeux clairs dans les miens.

La fragilité que je lu dans son regard tordit mon estomac et mes larmes débordèrent pour la énième fois de la nuit.

- Ai confiance en moi... je... Jacob n'est rien. Je te protégerai mon amour... Il ne te fera plus jamais, jamais de mal. Je te le promets, continua-t-il, faisant redoubler d'intensité mes larmes.

Je fermai les yeux pour me reprendre, pour l'épargner.

J'étais épuisée, tout mon corps était douloureux et ce, malgré la chaleur et la douceur de celui d'Edward contre moi.

- Cesse de pleurer, s'il te plait... murmura-t-il au bout de longues secondes.

- Pardon, croassai-je en posant mon front contre son cou.

L'odeur fascinante de sa peau me détendit doucement. Sa main caressa mon dos de haut en bas pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce que mon chagrin diminue assez pour que j'arrête de pleurer, jusqu'à ce que les tremblements de mon corps se calment, jusqu'à ce que mes yeux, fatigués d'avoir trop pleuré et brûlants, ne se ferment.

Je le sentis bouger mais je ne pouvais plus faire le moindre geste. Je ne voulais plus bouger... j'étais trop bien pour m'échapper de ses bras, mon corps était enfin anesthésié.

Je ne sentais plus que le sien, brûlant sous mes doigts glacés, plus que son souffle chaud contre ma bouche quand il recula.

Ses lèvres effleurèrent les miennes et mon cœur sursauta.

- On va dormir, chuchota-t-il en me soulevant contre lui d'une main sur les reins.

Je me laissai faire sans ouvrir les yeux quand il nous recoucha, mon dos contre son torse. Je le sentis bouger pour éteindre la lumière, et quand ce fut fait, mes yeux s'ouvrirent lentement dans le noir.

Pendant de longues minutes, aucun de nous ne dîmes rien et pour la première fois, le silence me fit du bien.

Avant, j'avais toujours trouvé le silence angoissant, terrifiant. Mais ce soir là, il était apaisant, reposant et confortable. Edward était contre moi, ses bras autour de ma taille, son souffle chaud dans mon cou, ses jambes mêlées aux miennes, son parfum enveloppant mon corps tout entier dans un frisson. Je fermai les yeux en calant ma main dans la sienne pour épouser ses doigts avant de les ramener contre ma bouche pour un baiser.

En l'ayant lui, j'avais tout. Que pouvais-je bien vouloir de plus ?

Lorsque j'ouvris les yeux le lendemain matin, je m'étirai avant de voir que le lit était vide.

Une sensation nouvelle prit possession de moi alors que je me levai et enfilai un T-shirt bien trop grand pour moi pour pouvoir sortir de la chambre.

L'angoisse, alors présente à cause de Jacob changea et celle que je ressentis alors me fit trembler. Edward n'était pas là, dans mon lit ce matin... Comment comprendre ça ? Peut être était-il juste descendu avec les autres. Pourtant, quand par la fenêtre de la salle de bain je regardai l'espace vide devant la maison, mon cœur se mit à battre lourdement dans ma poitrine.

Sa voiture n'était plus là... Elle n'était plus là.

Quand je descendis à la cuisine, lavée et habillée, Alice était seule, assise sur la plage, à même le sable près de l'eau.

- Oh, tu es levée, souffla-t-elle en m'adressant un petit sourire triste quand j'arrivai à côté d'elle. Assied toi avec moi, me dit-elle en tapotant le sable à ses côtés.

Je m'assis et elle resta silencieuse un moment, ce qui ne lui ressemblait pas du tout.

- Qu'est ce qui se passe Alice ? finis-je par m'inquiéter, mon cerveau tournant à mille à l'heure.

Elle m'adressa un regard désolé avant qu'une larme unique ne roule sur sa joue. Je n'y comprenais absolument rien. Pourquoi pleurait-elle ?

- Lily, murmurai-je en passant un bras autour de ses épaules pour la prendre contre moi. Qu'est ce que tu as ?

- Rien, murmura-t-elle en essuyant sa joue.

Je fronçai les sourcils.

- Rien et tu pleures ? Ca te ressemble pas. Où est passé ta joie ? m'écriai-je en faisant semblant de regarder autour de nous, dans l'unique but de la faire rire, ce qui marcha.

Elle soupira longuement, essuya ses larmes de sa main.

- Edward est... il est rentré chez lui ce matin.

Hein ?

- Quoi ? m'écriai-je presque, mon estomac se tordant.

- Tu n'étais pas au courant ? S'enquit-elle en me regardant de ses yeux humides.

Je secouai la tête, mon cœur se serra. Il ne me l'avait pas dit... il aurait pu, il aurait du, me le dire. J'étais... sa petite amie non ?

- Il… a dit qu'il avait besoin d'être seul un moment. Il a prit ses clés et il est parti...

- C'est pour ça que tu pleures ? soufflai-je, étonnée de sa réaction.

Alice ne pleurait pas facilement. J'essayai de mettre Edward de côté un instant, me promettant de réfléchir à ce qu'elle venait me dire un peu plus tard. Alice m'inquiétait. Si elle pleurait, c'est que quelque chose de grave arrivait. Elle ferma les yeux un moment avant de me regarder.

- Non, soupira-t-elle en haussant les épaules. Jasper et moi... on s'est disputé hier soir.

- Pourquoi ?

- Il m'a dit qu'il... il voulait qu'on ait un bébé.

Elle fit une pause, détourna les yeux pour regarder la mer s'échouer à quelques mètres de nous.

- Et ?

Elle me regarda à nouveau, se pinça les lèvres et ses yeux débordèrent encore.

- Je... je peux pas avoir d'enfants Bella, sanglota-t-elle en posant une main sur sa bouche pour contenir son chagrin.

Là, je comprenais encore moins. A défaut d'autre chose, je la pris contre moi pour la bercer un moment. Cette détresse inhabituelle chez Alice lui faisait baisser sa garde et je pouvais lui offrir ce réconfort physique dont elle avait besoin.

- Pourquoi tu dis ça ma puce ? chuchotai-je dans ses cheveux, la berçant toujours.

Je détestais la voir malheureuse, ma gorge était nouée à la tenir contre moi alors qu'elle pleurait.

- Les médecins me l'ont confirmé, articula-t-elle difficilement en s'écartant de moi.

Je pris sa main dans la mienne. Alice avait toujours semblé ne pas vouloir d'enfant... mais là, cette peine que je lisais dans ses yeux me nouait l'estomac. Maintenant qu'elle en voulait un, elle ne pouvait pas.

- Tu... tu te souviens, de mon voyage à NY, il y a trois mois ? me demanda-t-elle doucement.

Je me contentai d'hocher la tête. Elle était partie une semaine à NY pour différents rendez vous pour ses créations.

- J'n'étais pas vraiment à New York révéla-t-elle sans me regarder. J'étais à Seattle. Je faisais des examens... Quand j'ai été voir un gynécologue la première fois et qu'elle m'a fait une échographie elle m'a dit qu'un de mes ovaires étaient bien amoché. Elle ne savait pas d'où ça venait... peut-être que j'étais née comme ça ou... une infection passée inaperçue, on ne savait pas, répéta-t-elle en secouant la tête. Ça fait quelque temps, déjà, que j'ai envie d'avoir un bébé, murmura-t-elle en serrant un peu plus la main. Quand j'ai été faire des examens, il y a trois mois, donc, ils m'ont dit que... mes ovaires n'étaient plus fonctionnels... J'ai...

Elle soupira longuement pour calmer son chagrin. Mes yeux me piquèrent devant sa peine. C'était si injuste.

- Je suis stérile, finit-elle par lâcher.

Ses yeux bleu foncé me scrutèrent un moment. Le mot résonnait dans ma tête. Stérile. Alice était stérile.

- Je... je suis désolée, murmurai-je et elle posa sa tête contre mon épaule.

Ne trouvant d'autres mots pour exprimer mes regrets, ma tristesse, je me tus.

- Moi aussi.

Il y eu quelques minutes de silence et quand elle me regarda à nouveau, elle soupira.

- Jasper a... quand il m'a dit hier qu'il voulait un bébé, j'ai... je me suis mise à pleurer... Il a rien compris au début. Et ensuite, je lui ai expliqué, je lui ai tout dit et il, il m'a reproché de ne rien lui avoir confié... je sais que j'aurai du lui dire Bella, m'interrompit-t-elle quand j'ouvris la bouche pour parler. Mais, c'est tellement difficile pour moi à accepter que... je sais pas, j'avais besoin de temps.

- Je comprends ça, affirmai-je en pensant vaguement à ma révélation de la veille. Mais Alice... Jasper est quelqu'un de vraiment bien. Il est parfait pour toi. Tu aurais du lui dire oui mais... comme tu dis on a... besoin de temps, pour certaines choses. Lui aussi. Il va comprendre. Je le sais...

Elle hocha la tête doucement puis étira ses jambes devant elle. Le soleil commençait déjà à brûler ma peau.

- Depuis que j'ai touché le bébé de Rose, que je l'ai senti bouger sous ma main, mon désir d'enfant est encore plus fort. Je voudrais partager ça avec Jasper. Mais ça n'arrivera pas... Jamais.

Mon Alice, si forte et si souriante s'effondra encore plus contre moi. Que faire ? Que pouvais-je lui dire ? J'étais impuissante, je ne pouvais rien faire. J'étais incapable de la soulager. M'imaginer dans cette situation avec Edward me noua le ventre, bien que l'on n'en soit pas là encore. Pas encore là du tout.

C'était la première fois que je pensais à ce genre de chose et mon esprit vagabonda vers un mini Edward courant en couche sur cette même plage avec le sourire de son père. Il était bien trop tôt pour penser à ça. Je repris pied dans la réalité quand Alice renifla contre moi. Je la serrais encore plus fort contre moi. Quelques minutes passèrent et je la senti se détendre peu à peu. Puis elle redressa la tête et m'adressa un sourire. Petit mais encourageant et vrai.

- Et Jasper est où, là ?

- Parti faire quelques courses avec Emmett. Rose se repose.

J'acquiesçai en hochant la tête.

- Et... Edward est chez lui, alors ? soufflai-je au bout d'un moment.

- Oui... C'est bizarre qu'il ne te l'ait pas dit.

- On... Je lui ai parlé de Jacob, hier soir.

- Oh... C'est pour ça alors.

- Quoi pour ça ? m'inquiétai-je, la peur qu'il ait changé d'avis sur nous, sur tout, me tordant l'estomac.

- Il... il a discuté avec Rosalie ce matin, avant de partir il était... tellement en colère, chuchota-t-elle en baissant les yeux sur nos mains liées.

Mon ventre se noua et la même angoisse que lorsque je m'étais éveillée dans mon lit vide me saisit à la gorge.

- Est-ce... Est-ce qu'il a dit quelque chose... me concernant ?

Elle me jeta un coup d'œil rapide.

- Il m'a dit de te dire qu'il avait laissé quelque chose dans sa chambre pour toi.

- Quelque chose ?

- Ouais. Tu devrais aller voir.

- Tu es sûre que ça va aller ? hésitai-je en la regardant, pas certaine de vouloir la laisser seule.

Elle m'adressa un sourire doux.

- Oui. T'avoir parlé m'a fait du bien... Je vais attendre Jasper.

- Je sais, parler soulage, admis-je en pensant à la veille encore une fois.

- Vas y Bella...

Je me levai et montai à l'étage en traînant des pieds. Quoi que ce soit qu'il est laissé pour moi dans sa chambre, l'angoisse qui me tordait l'estomac n'était pas prête de partir, j'en étais certaine. Quand j'ouvris la porte de sa chambre, son parfum me percuta de plein fouet et je restai quelques secondes figée dans l'entrée la main sur la poignée. Les images de la veille me revinrent par flash et j'eus du mal à penser à autre chose que son corps faisant l'amour au mien, et à ses mots terriblement bouleversants. Je jetai un coup d'œil circulaire à la chambre. Rien ne semblait avoir changé... Un papier sur son lit attira mon œil et je le pris avant de m'asseoir sur son matelas, le cœur battant.

Son écriture fine et gracieuse me fit légèrement sourire. Elle n'avait pas changé d'un pouce.

Bb,

Je t'ai laissé mon adresse en dessous.

Besoin de quelques heures au calme sans... les autres. Avec toi.

Rejoins moi quand tu veux et si tu veux.

E.

Mes doigts caressèrent le papier et le relief de son écriture, mon cœur s'apaisant doucement de l'angoisse ressentie plutôt. Je relevai les yeux pour voir Rosalie appuyée contre la chambranle de la porte, les deux mains sur son gros ventre. Elle avait l'air fatiguée, inquiète.

- Est-ce que ça va ? demanda-t-elle doucement en entrant pour venir à moi.

Je hochai la tête en lui souriant d'un sourire que je voulais rassurant.

- Je vais bien.

Elle s'assit doucement à côté de moi. Son regard trahissait son inquiétude.

- Je... je veux m'excuser Bella... pour... pour Jacob. J'aurai du te dire que je l'avais vu mais j'ai... j'ai paniqué, avoua-t-elle en baissant les yeux sur ses cuisses.

Je lui pris la main et la pressai.

- Ne t'excuse pas Rose... je ne sais pas comment j'aurai réagis si ça avait été toi...

- J'ai eu tellement peur pour toi, murmura sa voix soudainement moins audible et tremblante.

Mes yeux me brûlèrent tandis que je regardais ma meilleure amie.

- Je... j'ai eu peur aussi, avouai-je en sentant ma voix trembler.

- Je sais. Edward... Edward était pas bien ce matin, Alice t'as dit non ?

Je hochai la tête avec l'impression que si j'ouvrais la bouche, j'allais à nouveau me mettre à pleurer. Ses yeux se baissèrent sur le papier dans mes mains.

- Va le rejoindre. Vous avez besoin de passer du temps tous les deux... que tous les deux.

Elle se remit sur ses pieds et me tendis une main.

- Merci, soufflai-je en lui prenant pour me relever.

J'hésitai à rajouter que je ne la remerciais pas (que) pour sa main, mais pour le reste, pour tout le reste, quand son regard me fit comprendre qu'elle avait saisit. J'aimais ça avec Rose. Les mots n'étaient parfois pas utiles… c'était le résultat de toute une vie à avancer ensemble à chaque pas.

- Fais attention à toi Bella, murmura-t-elle en me prenant contre elle. Je ne supporterai pas qu'il t'arrive quoi que ce soit. Et si Jacob se pointe encore une fois, je lui arrache la tête.

Je la serrai plus fort en réponse, malgré son ventre entre nous.

Dieu ce que j'aimais cette femme...

Plus tard, quand j'arrivai devant l'adresse que m'avait indiquée Edward, je pris un moment pour me calmer après avoir arrêté le moteur. Aujourd'hui n'était pas une bonne journée. Mes pensées se perdirent vers Alice qui désirait un enfant qu'elle ne pourrait avoir tout en quittant l'espace confortable de sa voiture qu'elle m'avait prêté pour pouvoir venir rejoindre Edward... J'entrai dans le hall de l'immeuble.

Le concierge me salua d'un hochement de tête quand j'appelai l'ascenseur pour monter au dernier étage. Tout, tout en haut. J'espérai que mon vertige allait me laisser gérer ça. L'ascenseur s'ouvrit sur un petit couloir où il n'y avait qu'une porte, tout au fond. Légèrement hésitante, j'avançai sous la lumière en vérifiant pour la troisième fois que j'étais bien à la bonne adresse. Tout semblait ok.

J'eus à peine frappé deux petits coups que la porte s'ouvrit sur Edward.

Un sourire chaleureux étira ses lèvres quand il me vit et toute la peine que je ressentais dans la voiture s'évapora d'un seul coup. Je le détaillai quelques secondes en me disant que j'étais vraiment la plus chanceuse des femmes de l'avoir dans ma vie. De l'aimer ainsi, et de retrouver la profondeur de ses yeux dont le vert me coupait le souffle inlassablement.

- Je suis heureux que tu sois venue, souffla-t-il en avançant vers moi, parcourant les derniers centimètres qui nous séparaient.

Sa main prit la mienne qu'il serra légèrement.

Mes doigts glissèrent lentement le long de sa paume, puis dans le creux de son poignet. Je sentis sa peau lisse et chaude frissonner sous mes doigts. Mon regard accrocha le sien quelques secondes, perdue dans les sensations que je ressentais face à lui, face à... ça.

Cette chose extraordinaire entre nous… Mon amour pour lui. Son amour pour moi.

- Je t'attendais, reprit-il en caressant ma joue de sa main libre.

Mes yeux glissèrent jusqu'à ses lèvres. Je me hissai sur la pointe des pieds pour poser mon front contre le sien.

Automatiquement, mon cœur accéléra sa course folle et mes mains se rejoignirent sur sa nuque.

Ses lèvres se posèrent brièvement sur les miennes. instantanément, mes yeux se fermèrent pour prolonger ces sensations divines qu'il provoquait dans tout mon corps.

J'avançai à mon tour pour l'embrasser plus intensément, faisant traîner ma bouche contre la sienne le plus longtemps possible. A travers ce baiser je voulais lui faire passer tout l'amour, tout le soutien et la confiance qu'il m'inspirait... ce sentiment euphorique et puissant de bien être et de protection que je ressentais près de lui.

Avec lui, tout était multiplié, décuplé.

Tout était plus beau, moins douloureux.

Chaque chose prenait un sens.

Tout était plus vrai, équilibré, juste. Plus juste… tellement plus juste.


Hello hello !

De retour par ici après quelques jours/semaines de vacances un peu loin d'ici !

J'espère que tout le monde va bien.

Ici, j'ai commencé à écrire une nouvelle fiction depuis quelques temps... je pense l'avancer et la travailler un peu encore avant de la publier, mais, patience, je vais finir par le faire :) Je compte sur vous pour être au rendez-vous et j'espère surtout qu'elle vous plaira ! J'ai l'impression d'avoir mis la barre haute avec Soulmates et tout vos retours ^^"

J'vous embrasse,

A très vite.

Tied.