POV Edward.

- Avez-vous eu le temps de regarder si des objets avaient été volés ? me demanda l'officier pour la deuxième fois.

- Non, il ne manque rien… je crois, me contentai-je de répondre en regardant Bella, assise dans le canapé un peu plus loin, ses genoux ramenés contre sa poitrine.

Deux heures.

Deux longues et insupportables heures.

Quand Bella m'avait appelé, j'attendais l'ascenseur dans le hall de mon immeuble. Ça m'avait amusé de voir son nom s'afficher sur l'écran de mon portable alors que nous venions de nous quitter... mais ses pleurs m'avait fait l'effet d'une douche froide.

L'ascenseur était arrivé au moment où Bella parla et je m'étais engouffré dans la cabine rapidement, appuyant frénétiquement sur le numéro de mon étage, comme si ce geste me permettrait d'arriver plus rapidement.

L'ascension parut durer des heures. La moitié du temps, j'avais tourné en rond, parlant toujours avec Bella au téléphone, lui demandant de se calmer et de m'expliquer ce qu'elle voyait, ce qu'il se passait... ce qu'elle était incapable de faire. L'autre moitié du voyage, j'avais écouté ses pleurs et ses excuses baragouinées entre deux sanglots, immobile au milieu de la cabine. J'étais impuissant face à la détresse qui l'avait saisit en quelques minutes.

Quand, enfin, les portes de l'ascenseur s'étaient ouvertes et m'avaient laissé sortir de l'endroit de mes tourments, j'avais retrouvé Bella recroquevillée à l'autre bout du couloir, assise par terre, la tête entre les mains, son téléphone à côté d'elle. Remettant mon portable dans ma poche, j'avais marché rapidement jusqu'à elle, pour pouvoir l'atteindre, la toucher. Quand je lui avait pris les bras pour la serrer contre moi, elle avait eu un léger cri de surprise, ne m'ayant apparemment pas entendu arriver. Lorsque ses grands yeux bruns mouillés et affolés avaient retrouvés les miens, elle s'était mise à sangloter de plus belle avant de se blottir dans mes bras, répétant qu'elle était désolée.

Je me demandai vaguement de quoi elle parlait pendant que je la berçais en me laissant glisser contre le mur, la tenant précieusement contre moi. Elle allait bien, même si elle n'était pas au mieux de sa forme. C'était tout ce qui importait.

Qu'elle soit là... chaude et vivante dans mes bras.

Durant cet interminable voyage en ascenseur et en entendant sa panique totale, j'avais imaginé le pire. Et le pire avait un nom... Jacob. Était-il là ? Était-il... avec elle ? Je savais que s'il était là et qu'il la touchait, même un cheveu... je l'aurai tué. L'idée qu'il pense à la toucher encore une fois me répugnait. Je voulais lui faire payer tout ce qu'il avait pu faire à Bella.

J'entendais Bella, parfois, pleurer dans sa douche sans qu'elle ne m'en parle jamais. La première fois et toutes celles qui avaient suivies, cela m'avait littéralement anéanti. L'entendre pleurer était la pire chose au monde. Souvent, pendant son sommeil elle sursautait... mais elle ne m'en parlait pas non plus. Nous n'avions pas reparlé de Jacob et de son passé depuis la nuit où elle m'avait expliqué tant bien que mal ce qui s'était passé.

A ce souvenir, je serrai les dents.

J'avais connu la colère avant. Contre mes parents, contre mes amis parfois, contre Victoria... tellement. Contre la vie, souvent. Surtout après la mort de Sam... mais, ce que j'avais ressenti cette nuit là avait dépassé, et de loin, toutes les colères que j'avais pu ressentir par le passé. Si elle n'avait pas été dans mes bras les heures qui avaient suivis, j'aurai sûrement tout dévasté autour de moi avant de sortir chercher Jacob et lui faire payer ça. Pour m'en empêcher, je l'avais tenu fermement le reste de la nuit, incapable de m'endormir. Cette nuit là, son corps chaud, vivant et nu contre le mien m'avait permis de garder un peu de self-control et de rester auprès d'elle. Savoir que j'avais vu et eu Jacob à quelques centimètres de moi, quelques heures plutôt me révoltait.

Je comprenais mieux certaines de ses peurs. Son agression avait laissé des traces -autres que physiques- sur elle, en elle... Comme les portes qu'elle laissait systématiquement ouvertes. Les bruits qui la faisaient sursauter, même dans son sommeil. Les rideaux qu'elle voulait laisser ouverts, le soir, pour avoir un peu de lumière dans la chambre. Quand elle se levait la nuit, elle allumait systématiquement toutes les lumières qu'elle trouvait sur son chemin.

Elle avait peur du noir, de certains bruits. Je comprenais ça. Je comprenais... beaucoup de choses. Mais je savais qu'elle ne m'avait pas tout raconté. Il y avait encore des zones d'ombres. Une zone surtout... sa mère. Elle ne m'en parlait pas et je ne lui demandai rien. Je savais qu'il lui fallait du temps. Je pouvais comprendre ça. J'étais capable de lui laisser le temps dont elle avait besoin.

Quand, assise sur mes genoux dans le couloir elle eut assez de force pour parler, elle m'informa que l'appartement avait été "détruit" que... quelqu'un était venu.

Quelqu'un. Elle comme moi savions qui c'était... Jacob. Son post-it sur la porte était on ne peut plus clair.

Il était venu là et avait saccagé mon appartement. L'image que j'avais eu en entrant dans le salon fut assez choquante. Tout était renversé, cassé, brisé, piétiné. Toutes les pièces sauf la chambre d'amis qui, par miracle était intacte, avait été détruite... L'explication était peut être juste que cette pièce était la seule où Bella et moi n'entrions jamais...

Je jetai un coup d'œil à mon piano brisé en deux dans la pièce d'à côté avant de reporter mon attention sur Bella qui avait posé sa tête sur ses genoux, se balançant presque imperceptiblement d'avant en arrière, telle une enfant apeurée.

- On va y aller et vous laisser dans ce cas, reprit l'officier en posant une main sur mon épaule dans un geste réconfortant, me faisant sortir de mes pensées. Prenez soin d'elle et dormez un peu, conseilla-t-il avant de rappeler ses hommes pour sortir.

Ils quittèrent l'appartement en nous saluant poliment, fermant la porte derrière eux., Je regardai rapidement la pendule de la cuisine, rare chose encore fonctionnelle sous ce toit. Il était presque deux heures du matin. Je frottai mon visage de mes deux mains, tentant de me réveiller de ce cauchemar avant de slalomer entre le verre brisé et les meubles cassés jusqu'à me poster devant le canapé tailladé où Bella reposait depuis presque deux heures. Je m'accroupis à sa hauteur pour caresser ses cheveux en un geste tendre.

Elle leva son visage rougi par ses larmes pour me regarder et sa main tremblante atteignit ma joue qu'elle caressa doucement.

- Je suis tellement désolée, s'excusa-t-elle pour la centième fois.

- Bella...

Elle ferma les yeux pour contenir de nouvelles larmes, son menton tremblant d'émotion. Je me redressai de façon à pouvoir embrasser ses paupières avant qu'elle ne les ouvre à nouveau, plongeant son regard sombre et larmoyant dans le mien.

- Il a tout détruit... tes affaires... ton piano... c'est horrible, gémit-elle douloureusement en posant sa main contre sa bouche pour étouffer son chagrin.

Je mis mes mains sur sa taille pour l'attirer à moi et la fis glisser jusqu'au sol doucement, l'asseyant à califourchon sur mes cuisses. Je la berçai un moment de gauche à droite dans un mouvement lent tandis qu'elle pleurait contre mon épaule.

- J'm'en veux tellement, murmura-t-elle entre deux sanglots.

- Mon amour, chuchotai-je contre son épaule avant d'embrasser sa peau, ce qui la fit pleurer un peu plus. Ne t'en veux pas... jamais. Je ne t'en veux pas le moins du monde... cesse de t'en vouloir, s'il te plait...

Pour toute réponse, elle raffermit la prise de ses bras autour de mon cou et je la serrai contre moi. Il n'y avait pas que mes biens de... détruits. Il avait aussi anéanti les livres et vêtements que Bella avait ramené petit à petit ces deux dernières semaines. J'aimais qu'elle ramène ses affaires ainsi chez moi... j'aimais l'avoir chez moi. La regarder dormir et m'éveiller avec elle. Jamais je n'avais été aussi heureux d'avoir quelqu'un avec moi. Levant les yeux vers la toile de Sam qui avait été tailladée au milieu avec application, je fermai les yeux en serrant Bella plus étroitement contre moi, essayant de ravaler ma haine.

Plus tard, allongés dans le lit de la chambre d'amis, je fixai le plafond, incapable de dormir. Bella, à mes côtés ne dormait pas non plus. Sa respiration était irrégulière et, parfois, elle essuyait discrètement ses larmes silencieuses. Je tournai la tête pour regarder son visage fin, voyant qu'elle fixait le plafond elle aussi. Elle était belle... tellement belle. Même avec ses yeux rougis et gonflés. Je me tournai sur le flanc pour la regarder sans avoir à me tordre le cou et ma main caressa sa joue de sa pommette à sa mâchoire. Elle ferma les yeux, laissant couler une unique larme sur sa peau. Je me penchai en avant et récupérai cette perle salée sur mes lèvres avant de poser mon front contre sa tempe. Passant mon bras sur son ventre, je la tirai vers moi pour la sentir plus près. Elle soupira doucement, les yeux toujours clos en posant sa main droite sur mon poignet.

Quand je voulus tendre le bras pour éteindre la lumière derrière moi, ses doigts serrèrent mon poignet et son corps entier se crispa.

- Laisse allumé, s'il te plait, souffla-t-elle d'une voix tremblante.

Je la ramenai un peu plus contre moi, emmêlai ses jambes nues aux miennes. Longtemps, je restai les yeux ouverts sans pouvoir m'endormir. Bella finit, elle, par s'endormir contre moi après plusieurs heures. Elle avait enfin arrêté de pleurer et je me sentais un peu mieux en l'observant dormir, sa bouche rose et pleine légèrement en avant, comme dans l'attente d'un baiser. Je souris doucement en posant très doucement mes lèvres dessus. Elle laissa passer un petit soupir dans son sommeil avant de se tourner pour se blottir un peu plus dans mes bras. Je basculai sur le dos, la soulevant légèrement pour qu'elle repose en partie sur moi, sa jambe remontant contre mes cuisses, sa main passant sous mon T-shirt pour toucher ma peau. Quand elle fut complètement immobile, je soupirai doucement, cherchant à me détendre pour trouver le sommeil.

Quand ma colère commença à tomber, il était presque six heures du matin. Bella dormait toujours contre moi, sa tête contre mon torse, sa main sur mon ventre. De nouveaux sentiments naissaient cependant à moi, et celui qui dominait le plus était la peur.

Peur de la perdre, peur de la voir pleurer à nouveau, peur qu'il lui fasse du mal... c'était insupportable.

Quand le soleil fut levé, je me dégageai prudemment, sans la réveiller et filai sous la douche avant de descendre dans la rue chercher du café et des croissants à manger. Plusieurs passants me dévisagèrent et j'eus envie de partir loin d'ici, loin de tout ça... de tous ces visages qui me regardaient ainsi depuis de nombreuses années... Redevenir un étranger aux yeux de tous me semblait être idéal aujourd'hui... et pourtant... la musique coulait dans mes veines et guidait ma vie depuis tant d'années.

Je remontai à l'appartement après avoir passé un court instant à regarder les livres dans la bibliothèque à quelques mètres du Starbuck. Quand j'ouvris la porte, Bella était levé et habillée, ramassant des bouts de verre sur le sol. Ses cheveux humides étaient maintenus lâchement par une pince, laissant retomber quelques boucles brunes autour de son visage. Je ne pus m'empêcher de la trouver sublime, éclairée ainsi par le soleil qui frappait déjà fort à travers la vitre.

- Laisse ça, on le fera plus tard, dis-je en refermant la porte d'un coup de pied, la faisant sursauter.

Le verre qu'elle tenait dans ses doigts entama sa peau et je la vis pâlir à mesure que le sang débordait sur son épiderme. Elle se leva précipitamment et me bouscula pour accéder à la cuisine. Rapidement, elle ouvrit le robinet et grimaça en laissant couler l'eau sur sa plaie.

- Ça va ? Lui demandai-je en posant nos cafés et le sachet de croissants sur le bar.

- Oui, souffla-t-elle sans me regarder et sans regarder sa blessure.

- T'es sûre ? M'inquiétai-je en m'approchant quand je vis à quel point elle était blanche.

- Oui, répéta-t-elle avant de couper l'eau et de prendre un kleenex qu'elle posa sur sa coupure. J'aime juste pas le sang... je, je supporte pas ça, expliqua-t-elle en me passant à côté sans lever les yeux vers moi.

Je fronçai légèrement les sourcils en la suivant à travers le salon. Elle s'assit sur le canapé et inspira par le nez et expira par la bouche pendant de longues secondes. Elle finit par retrouver un peu de couleur et je m'accroupis devant elle, relevant son visage d'un doigt sous son menton. Bien qu'elle ait pu dormir quelques heures, des cernes mauves se dessinaient sous ses yeux dont la profondeur et la peine me firent frissonner.

- Ça va, insista-t-elle avant de se lever pour disparaître dans la salle de bain.

Elle s'y enferma... à clé. Quelque chose n'allait donc, vraiment pas. Je me relevai en soupirant, essayant de ne penser à rien. Je pris un sac poubelle et ramassai quelques morceaux de verre par terre. On allait y passer là journée à ce rythme là.

- Est-ce qu'il te reste des pansements ? Finit-elle par demander en sortant de la salle de bain après une dizaine de minutes, restant pas loin de la porte.

Je relevai les yeux pour la regarder. Sa position me fit penser à celle d'un chat apeuré. On aurait dit qu'elle avait peur de s'éloigner de la porte et qu'elle voulait avoir le temps de rentrer dans la pièce avant que je puisse l'atteindre.

- Dans le meuble à droite du lavabo, répondis-je en baissant les yeux sur ce que j'étais en train de faire.

Elle disparut dans la salle de bain, mais cette fois, elle ne ferma pas la porte derrière elle.

- Tu trouves ? Lui demandai-je en me relevant quand je l'entendis pester.

- Oui mais je... commença-t-elle avant que j'entende un bruit. Merde, grogna-t-elle et je pris la direction de la salle de bain.

Elle tenait une compresse dans sa main blessée et tentait d'ouvrir la boite de pansements de l'autre. La sensation d'étouffer devant le miroir brisé me saisi à la gorge.

- Est-ce que tu... peux m'aider ? Soupira-t-elle, résignée.

J'hochai brièvement la tête avant d'avancer jusqu'à elle, tournant le dos au miroir. Doucement, je dégageai le tissu de sa blessure, m'excusant quand je la vis grimacer. La coupure n'était pas bien profonde mais c'était à vif, rouge et pas vraiment beau à voir.

- Regarde ailleurs, lui conseillai-je quand j'attrapai un désinfectant dans le placard.

Elle détourna les yeux vers la fenêtre, soupirant légèrement.

- Ça ne va pas piquer, souris-je pour la détendre et elle me regarda, aucune trace d'humour sur son visage.

Elle retourna à nouveau son attention vers la fenêtre en se mordant la lèvre quand je me grattai la gorge, gêné de ce malaise entre nous. Je pris son poignet entre mes doigts et elle sursauta nerveusement à mon contact avant de rougir légèrement. Encore plus confus, je désinfectai sa plaie doucement, essayant de ne pas lui faire mal. Je posai le plus gros pansement que j'avais à disposition avant de passer ma paume dessus. Un frisson la secoua et je la lâchai doucement, pas certain de savoir comment agir. Depuis quand les choses étaient si... étrange entre nous ? Ses yeux fixèrent sa paume blessée avant qu'elle ne relève les yeux vers moi.

- Bella...

Elle ouvrit la bouche pour parler mais la sonnerie de la porte d'entrée résonna dans l'appartement, la faisant sursauter plus que de raison.

- Merci, lâcha-t-elle doucement au bout de quelques secondes où ses yeux passaient de mon visage à mes mains dans lesquelles je tenais la boite de pansements.

Je posai cette dernière derrière moi et remis une mèche de cheveux derrière son oreille, faisant traîner mes doigts sur sa joue, souriant un peu.

- Fais attention, la prochaine fois, lui recommandai-je avant de m'approcher un peu d'elle, jusqu'à ce qu'elle soit obligée de lever la tête pour me regarder.

Je sentis son souffle se couper et le mien en fit de même. Je l'avais pas embrassé depuis la veille, la fois -on ne peut plus brûlante et intense- de notre baiser sur le parking, avant de rentrer. Il y avait eu, aussi l'intermède en attendant ascenseur, mais ça n'était pas... si important... j'avais terriblement envie de sentir sa bouche contre la mienne là, maintenant. Je me penchai vers elle, ignorant la sonnerie de la porte qui résonna encore une fois. Son regard glissa de mes yeux à ma bouche avant de revenir à mes yeux, son regard emprunt d'un sentiment que je n'arrivai pas à identifier.

- Edward, tenta-t-elle de protester quand mes mains atterrirent sur ses reins, la rapprochant de moi.

Mes lèvres embrassèrent les siennes furtivement. Je reculai un peu... d'à peine un centimètre. Je lui laissai le choix. Une seconde passa avant qu'elle n'avance à nouveau, embrassant doucement ma bouche avant de reculer. Sans me regarder, elle quitta la pièce pour aller ouvrir la porte à notre visiteur. Je restai appuyé un instant contre le lavabo derrière moi, tentant de calmer l'angoisse saisissante qui montait en moi. Elle avait besoin de temps... je le savais. Je savais à quel point toute cette histoire l'affectait.

Je passai une main sur mon visage quand j'entendis la voix d'Emmet et de ma sœur dans le salon. Un goût amer dans la bouche, je quittai la salle de bain l'estomac noué. Je ne comprenais pas bien pourquoi Alice et Emmet était là et comment ils avaient su pour ce qu'il c'était passé... et puis, à voir les chuchotements entre Alice et Bella, je compris. Elle avait du l'appeler quand j'étais sorti. On passa la journée à ramasser et jeter tout ce qui était cassé dans l'appartement. Emmet dut faire presque une dizaine d'aller retour entre la déchetterie et l'appartement pour réussir à tout jeter. Bella fut prudente et ne se coupa pas une autre fois... Néanmoins, elle était souvent perdue dans ses pensées et me parlait rarement.

Nous buvions maintenant un café autour du bar, Jasper nous avait rejoins avec Rosalie une demi heure plutôt, claironnant qu'ils venaient inspecter les "travaux finis". Bien sûr, l'ambiance était quelque peu étrange et tendue... personne ne savait vraiment comment réagir face à tout ça. La police n'avait pas avancé dans sa recherche pour retrouver Jacob. Lorsque, quelque minutes plutôt, Jasper avait évoqué son nom, Bella avait disparu subitement dans la salle de bain. Elle en était ressortie plusieurs minutes plus tard, les yeux légèrement rouges. Je savais qu'elle y avait pleuré et l'idée qu'elle ait encore du chagrin à cause de lui me tuait.

Elle méritait tellement, tellement mieux que tout ça...

- Comment il a pu rentrer dans l'appartement, dans l'immeuble ? demanda Alice en finissant son café.

J'haussai les épaules en observant Bella qui était plongée dans la contemplation de son café.

- T'as bien un concierge non ? Il est pas censé vérifier qui rentre et sort d'ici ? Continua ma sœur alors que les mains de Bella se crispaient autour de sa tasse.

- Alec était pas là hier... Jacob devait le savoir, marmonnai-je en ne quittant pas Bella des yeux.

Celle-ci releva brièvement le regard vers moi avant de reporter son attention à son café fumant. Je soupirai légèrement.

- Ce qui est fait est fait on peut pas revenir dessus de toute façon, finit par soupirer Emmet en reposant sa tasse vide sur le bar. On rentre ? proposa-t-il alors que les autres se levaient pour partir.

Tous acquiescèrent mais Bella me regarda en mordant légèrement sa lèvre.

- Filez devant on vous rejoindra, me contentai-je de répondre en lâchant Bella du regard pour observer Rosalie qui la prenait contre elle.

Elles échangèrent quelques mots discrets pendant que les autres sortaient. Rosalie finit par sortir à son tour après m'avoir fait un petit sourire. Ses traits étaient tirés... elle semblait épuisée. Je me doutais qu'il n'y avait pas que le bébé qui la fatiguait. L'histoire de Bella avec ce... Jacob la rongeait. J'avais conscience que tout ça n'était pas bon alors qu'elle était bientôt à terme. Il fallait qu'elle se repose avant la naissance.

Une fois la porte fermée, Bella se leva et vint poser les tasses dans l'évier derrière moi. Pendant quelques secondes, elle posa ses mains sur le bord de levier et soupira longuement. Je finis par me tourner vers elle et enrouler mes bras autour de son corps fin, blottissant son dos contre mon torse. Plus les secondes passaient plus elle était crispée. J'allais parler quand elle inspira un grand coup et se redressa, lâchant le bord du meuble. Elle se tourna dans mes bras pour me faire face et je grimaçai en essuyant les larmes qui coulaient encore sur ses joues.

- Je peux pas... souffla-t-elle en laissant tomber son front contre le haut de mon torse.

Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas de quoi elle parlait.

- Qu'est ce que tu ne peux pas ? Lui demandai-je doucement en caressant ses cheveux, tentant d'apaiser les tremblements de son corps.

Elle essuya ses larmes d'un revers de main et se redressa pour me regarder. De mes pouces, j'essuyai ses joues quand de nouvelles larmes les envahirent.

- Je t'ai menti, avoua-t-elle difficilement.

Je fronçai les sourcils, comprenant encore moins bien.

- De quoi tu...

- Hier, quand... quand je t'ai appelé, me coupa-t-elle en reculant pour s'appuyer contre levier. Je... j'étais ici, avoua-t-elle avant de secouer la tête. J'étais ici et je t'ai dit que j'étais dans les bouchons mais j'étais ici... il, il a du me suivre à ce moment là et alors...

- Bella, la coupai-je à mon tour en voulant approcher mais elle leva ses mains devant elle, cherchant à respirer profondément pour se calmer.

- Je suis désolée, chuchota-t-elle en relevant ses yeux humides vers moi. Je... je voulais pas te mentir et c'était idiot... tellement idiot...

Je tentai de mettre ça de côté. M'appuyant contre le bar derrière moi, à un mètre d'elle je passai une main dans mes cheveux en serrant les dents.

- Ça ne change rien à ce qui s'est passé ici, ensuite, me contentai-je de dire, tentant d'ignorer qu'elle m'avait menti, il ne t'a peut être pas suivi hier mais... ça fait quinze jours qu'on fait l'aller retour entre ici et la maison de la plage... il a pu... nous suivre n'importe quand pendant cette période là.

Elle renifla en essuyant ses joues avant de soupirer longuement.

- Je sais pas... mais c'est... c'était idiot de te mentir pour ça, continua-t-elle en restant loin de moi. Je le referai plus, promit-elle en baissant les yeux sur ses mains qui tremblaient.

- Oublie ça, on a plus important à régler, finis-je par dire au bout d'une minute.

Ses yeux retrouvèrent les miens et elle déglutit difficilement en triturant ses doigts.

- Tu sais qu'il ne nous laissera pas avant d'avoir obtenu ce qu'il veut, murmura-t-elle d'une voix tremblante qui me fit frémir.

- Il n'y arrivera pas.

Bella pinça les lèvres un instant et je m'approchai d'elle, n'en pouvant plus de cette distance qu'elle maintenait entre nous.

- Je ne veux pas qu'il te fasse de mal, souffla-t-elle avec difficulté quand mes mains se posèrent sur ses hanches.

- Il ne me fera pas mal...

Elle secoua la tête.

- Tu... il te fera du mal, affirma-t-elle en reculant le visage quand je me penchai vers elle, espérant la faire taire, la rassurer et l'empêcher de me dire tout ça.

Je voulais qu'elle aille bien.

- Il ne te laissera tranquille que si on est plus ensemble, dit-elle en posant une main sur mon torse, maintenant une distance entre nous.

Je baissai les yeux sur son geste avant de relever les yeux vers elle.

- Il n'y arrivera pas, affirmai-je à mon tour, y mettant toute la force et la confiance que j'avais en elle.

Elle ferma les yeux, me privant de son regard larmoyant et d'une peine sans pareil.

- Tu ne comprends pas, gémit-elle en se dégageant pour marcher dans la pièce.

- Je ne comprends pas quoi Bella ?

- Il... Il a juré ma perte Edward... il fera tout pour te faire sortir de ma vie !

- Et alors ? Tu crois que je ne suis pas capable de surmonter ça ? M'agaçai-je en serrant légèrement les poings.

A nouveau, elle secoua la tête arpentant la pièce avant de poser une main sur son front.

- C'n'est pas une question de savoir... se battre, répliqua-t-elle un peu sèchement avant d'humidifier ses lèvres nerveusement. Il... il fera tout, tout pour que tu disparaisses de ma vie... Ton appartement n'est rien comparé à tout ce qu'il peut te faire.

- Bella...

- Non, me coupa-t-elle vivement, s'arrêtant de marcher pour me regarder. Il... il l'a déjà fait pas le passé. J'ai... après lui, j'ai eu une relation avec un homme... Riley...

Je serrai les dents. L'entendre parler d'un autre était difficilement supportable, cependant, j'essayai de me concentrer sur ce qu'elle disait en ravalant ma jalousie mal placée.

- Pendant... pendant presque 4 mois il a pas pu me toucher... je, je pouvais pas, expliqua-t-elle difficilement, tentant de ravaler ses larmes. Un matin j'ai décidé de suivre une thérapie pour m'en sortir. C'était la chose à faire pour pouvoir accepter que lui ou... quelqu'un d'autre puisse me retoucher un jour.

Ses yeux se perdirent dans ses souvenirs quelques secondes et elle soupira lourdement.

- J'ai fini par... accepter qu'il me touche et qu'on... tu vois, souffla-t-elle en détournant le regard, ses joues se colorant légèrement.

Je fermai les yeux quelques secondes, tentant de me concentrer sur autre chose.

- Un soir on m'a appelé pour me dire qu'il avait eu un accident de moto, reprit-elle d'une voix dure, me faisant ouvrir brusquement les yeux.

- Bella...

- Il a du être amputé des deux jambes pour pouvoir survivre à cet accident, continua-t-elle en m'ignorant, ses yeux perdus dans un endroit que je ne pouvais voir. Il ne pourra jamais plus marcher à cause de moi. Plus jamais, finit-elle en serrant durement les dents pour retenir ses larmes.

- Cet accident n'était pas de ta faute, protestai-je en ne comprenant pas où elle voulait en venir.

- C'était Jacob, s'énerva-t-elle en me regardant droit dans les yeux.

Sa colère me fit frissonner.

- C'était Jacob, répéta-t-elle avec force. Rien n'a jamais été prouvé parce qu'il sait brouiller les pistes, mais c'était lui, je le sais.

- Ça n'était peut être qu'un accident Bella...

- Non, il... il était à San Francisco la semaine de... l'accident, grimaça-t-elle. La police a retrouvé des vidéos de lui entrant et sortant du parking où la moto de Riley était. Elle a été trafiquée... Riley n'avait plus de freins et... et le camion...

Sa voix cassa et je serrai les dents à nouveau en m'approchant pour la prendre dans mes bras.

- Il va passer le reste de sa vie dans un fauteuil roulant parce que mon ex est dingue, gémit-elle à quelques centimètres de moi. Je supporterai pas qu'il t'arrive la même chose Edward... ce n'est pas acceptable...

- Pourquoi la police n'a pas arrêté Jacob ? Me contentai-je de lui demander en la prenant contre moi.

Elle blottit son visage dans mon cou et noua ses mains autour de ma taille en tentant de se reprendre.

- Rien ne prouvait que c'était lui qui avait saccagé ses freins... Oui, il était rentré dans le parking et en était ressorti quelques minutes plus tard mais pour la police ça n'était pas suffisant...

- Je suis désolé, trouvai-je juste à dire en la serrant un peu plus étroitement contre moi.

- Je sais plus quoi faire, dit-elle tout bas avant de s'écarter légèrement pour me regarder.

Je baissai les yeux sur son visage, caressant sa joue du bout des doigts. Ses yeux rougis se fermèrent sous ma caresse et elle inclina légèrement la tête, profitant de mon contact.

- Qu'est ce que tu peux y faire ? Risquai-je en me doutant d'avance de sa réponse.

Ses grand yeux bruns s'ouvrirent et le chagrin que j'y lu me tordit les entrailles. Elle resta de longues secondes à me dévisager sans prononcer un mot, son regard vaguant de mes yeux à mes lèvres, glissant sur mon visage comme une caresse.

- Te quitter, lâcha-t-elle finalement.

Ses mots résonnèrent dans ma tête, faisant tomber une enclume dans mon estomac. J'eus l'impression physique d'avoir pris un coup de poing en pleine face. Un instant passa et la détermination qui prit place dans ses pupilles brillantes fit accélérer les battements de mon cœur.

- Tu y penses ? Lui demandai-je en serrant les dents pour contenir ces émotions qui semblaient tordre mon cœur à main nues.

Elle ferma les yeux et inspira profondément avant de reculer d'un pas... puis d'un deuxième. Physiquement ça n'était presque rien, pourtant... j'eus l'impression douloureusement insupportable de la perdre.

- J'y pense depuis que j'ai découvert l'appartement comme ça, finit-elle par dire doucement, sa voix tremblant plus que jamais.

- Bella...

- J'n'ai pas le droit d'être aussi égoïste, souffla-t-elle difficilement, tentant de retenir ses larmes. Je n'ai pas le droit, répéta-t-elle en me repoussant quand je voulu l'atteindre.

Sa main repoussa la mienne de son visage et elle fut secouée d'un violent frisson, son visage se tordant à cause de son chagrin. Le mien semblait m'étouffer. Ma gorge était si serrée que je pensai que je n'allais plus jamais pouvoir respirer.

- Ça n'est pas de l'égoïsme, m'agaçai-je en voulant m'approcher d'elle à nouveau.

Elle secoua la tête en reculant encore, levant ses mains devant elle pour ne pas que je l'approche.

- Bella ! L'égoïsme est de prendre cette décision toute seule, m'énervai-je quand elle fit demi-tour.

La colère était ma réponse possible à sa réaction et ma peur.

Elle fuyait, encore. J'étais épuisé et ma patience s'amenuisait à chaque pas qu'elle faisait. Je la suivis à travers le couloir jusqu'au dressing.

- Peut être que je suis égoïste mais je te protège Edward, répliqua-t-elle vivement en ramassant le tee-shirt et le short dans lesquelles elle avait dormi avant de me bousculer pour sortir de la pièce.

- Tu me protèges ? M'écriai-je, en la suivant jusqu'à la cuisine, la regardant balancer rageusement ses vêtements dans un sac. Putain Bella tu... tu t'imagines que me quitter est la solution ? Que je vais réussir à... vivre normalement en pensant à ce fou-furieux qui sera toujours après toi, où que tu sois dans le monde ?

Je serrai les poings nerveusement, le cœur battant à toute allure. Mes mots la firent frémir violemment.

- Ça n'est pas la solution, peu importe à quel point tu penses qu'elle l'est, continuai-je en essayant de maîtriser cette fureur montante en moi.

- Je ne vois pas quoi faire d'autre, s'écria-t-elle en plein désespoir, ses larmes débordant.

Mes mâchoires se crispèrent devant son visage meurtri et elle essuya rageusement ses joues.

- Qu'est ce que tu fais ? Soufflai-je en la voyant ramasser le seul de ses livres qui avait survécu.

- Je fais ce que j'aurai du faire depuis le début... j'aurai jamais du revenir, j'aurai jamais dû... être avec toi... c'était... c'était une erreur Edward... ouvre les yeux on pourra jamais avoir la vie qu'on voudrait avoir... pleura-t-elle, incapable de se retenir.

Une erreur... comment pouvait-elle dire ça ? Une colère sourde monta en moi.

- Tu abandonnes ? Marmonnai-je en réalisant ce qu'elle était en train de faire.

Elle stoppa son geste vers la sortie et ses pleurs redoublèrent.

- J'ai pas le choix, cria-t-elle en se tournant vers moi, sa voix se brisant sous ses larmes.

Je devais me battre pour nous deux… faire quelque chose… n'importe quoi.

- On a toujours le choix, m'écriai-je à mon tour en l'approchant. Tu peux être lâche et partir lui obéir ou tu peux te battre avec moi et vivre cette vie dont tu as envie autant que moi !

Elle secoua la tête alors qu'un sanglot la déchirait.

- Je refuse d'être celle qui posera la première rose sur ta tombe quand il aura fini son travail, souffla-elle difficilement, ses mots me figeant sur place.

On se dévisagea un moment, elle, essayant de contenir son chagrin, moi, cherchant désespérément les mots, la chose qui la ferait changer d'avis... la chose à dire, le geste à faire pour qu'elle ne parte pas. En vain. Elle ouvrit la porte d'entrée et esquissa un mouvement pour sortir.

- Si tu franchis cette porte Bella, ne reviens pas, réussi-je à dire malgré la déchirure dans ma poitrine lorsque je prononçai ces paroles définitives, dictées par la peur et la fureur.

Mes mots l'immobilisèrent.

Sa main serra la poignée, jusqu'à ce que ses jointures blanchissent. Je vis ses épaules trembler quand un sanglot lui échappa. Sans un autre regard pour moi, elle sortit de l'appartement en claquant la porte.

Le coup de poing que je lançai dedans ne me soulagea en rien mais la colère disparut presque immédiatement, laissant place à la terreur de l'avoir perdue.

Mes forces disparurent et je m'effondrai à genoux devant cette porte fermée.