Jour 2.
- Bella ? T'es là ? entendis-je Rosalie de l'autre côté de la porte.
Je n'eus pas la force de répondre. Je remontai la couette sur ma tête en grognant quand je l'entendis entrer dans ma chambre. Je ne bougeai plus jusqu'à ce qu'un côté du lit s'affaisse légèrement sous son poids.
- Ma puce... souffla-t-elle doucement en tirant sur la couette pour découvrir mon visage.
- Laisse-moi Rose... s'il te plait...
L'agonie. La douleur. Le mal.
- Non... parle-moi Bella... tu es resté enfermée ici depuis deux jours... qu'est ce qui s'est passé avec...
- Rose, la coupai-je brutalement, refusant d'entendre son prénom en bloquant la couette avec mon bras. Arrête. J'ai... je veux dormir et oublier... s'il te plait, la suppliai-je, sentant mes yeux me brûler sous la torture qu'on semblait infliger à mon corps.
Il y eut un silence pendant que je serrai les dents, tentant de retenir mes larmes. Puis, je sentis sa main caresser ma tête par-dessus la couverture qui me cachait. Sous cette couverture je pouvais essayer d'oublier le reste... le monde, la douleur. Je voulais oublier le fait qu'il ne me pardonnerait jamais. Que je ne me pardonnerai jamais une chose pareille. C'était la seule chose logique et rationnelle à faire pour le protéger. Pourtant, la sensation qu'on m'avait privé d'une partie de moi même était déroutante et insupportable.
- Tu sais que je serais toujours là pour toi Bella... quand tu seras prête on en parlera... quoi qu'il se soit passé, je suis certaine que ça va s'arranger...
Je serrai les dents encore plus fort, si bien qu'elles grincèrent. Je ne voulais pas parler, je ne voulais pas qu'on me parle.
- En attendant, mange un peu et sors d'ici ma puce, rester enfermée n'arrangera rien, continua-t-elle doucement.
Le matelas bougea et je sus qu'elle se levait. Pendant plusieurs secondes, je restai sans bouger, jusqu'à ce que la porte se referme. Je sortis de sous le drap et restai un moment les yeux fermés, tentant de repousser la douleur qui semblait vouloir creuser en moi, dans mon cœur, toujours plus profondément. Je me recroquevillai en chien de fusil et serrai mes bras autour de moi, me concentrant sur ma respiration devenue difficile.
Ouvrant les yeux, je tombai sur son T-shirt que je lui avais piqué onze ans plutôt négligemment posé sur une chaise. Une douleur lancinante résonna dans mon corps et à nouveau, mes larmes débordèrent.
Jour 4.
- Tu es sûre de vouloir y aller ? insista Jasper pendant que je prenais mon sac.
Encore une fois, j'évitai son regard, me contentant d'hocher la tête.
- Tu te sens capable de conduire ? s'inquiéta Alice en croisant les bras sur sa poitrine.
- C'est qu'à dix minutes de voiture, marmonnai-je d'une voix morne. Je ne suis pas handicapée et c'est mon amie... je me dois d'être là-bas. Et puis, elle m'a invité...
Elle l'avait invité lui, aussi... Je serrai les dents, ravalant mes larmes.
Alice disparut brutalement après m'avoir demandé de ne pas bouger.
- Essaye de t'amuser ok ? Ça va te faire du bien de voir du monde, reprit Jasper avec un petit sourire encourageant.
J'aurai voulu lui rendre... mais la force n'était plus là.
- Tiens, prends au moins ça et, non, tu ne refuses pas, ordonna Alice en me glissant une pomme dans les mains.
- Ok... soupirai-je en mettant le fruit dans mon sac. Comment je suis ? demandai-je en tournant légèrement sur moi-même.
Hideuse, terne, pale... Seule.
- Ravissante, sourit Jasper.
- Cette robe est parfaite sur toi, commenta Alice en me faisant un sourire presque compatissant.
Je levai les yeux au ciel en lui prenant ses clés de voiture sur le meuble de l'entrée.
- Je serai là ce soir, je suppose...
- Tu ne restes pas à la fête ? s'enquit Alice quand j'ouvris la porte de la maison pour sortir.
- Pour voir des... couples danser toute la soirée ? Non merci ! claquai-je un peu trop vivement.
Alice baissa les yeux. Elle sembla embarrassée et je me mordis la langue. Je soupirai doucement, tentant de calmer la brulure de mon cœur devenu douloureux.
- Bonne journée, leur dis-je doucement en entrant sous le soleil.
Sa chaleur brûla ma peau pour la première fois depuis plusieurs jours. Depuis quatre jours. Je montai à bord de la voiture d'Alice, tentant de ne penser qu'à Angela qui comptait sur moi. Qui m'attendait. Je ne devais pas penser à ça... à lui.
J'entrai dans l'église avec les derniers invités et pris place tout au fond, pas loin de la porte. Ça pouvait être utile si jamais j'avais besoin de prendre l'air. Je fis le tour des invités des yeux en attendant que tout le monde s'installe. Je reconnus un petit groupe de personne que je fréquentai à la fac. Bien, au moins, je connaissais du monde.
- Bella Swan ? m'appela une voix sur le côté.
Je me tournai vers l'allée et essayai de faire mon plus beau sourire.
- Monsieur Weber, le saluai-je doucement. Comment allez-vous ?
- Très bien... ma fille chérie se marie et le temps est clément !
- Nous sommes à L.A monsieur...
Il rit légèrement avant d'épousseter sa toge.
- Comment je suis ? Ça va mon costume de cérémonie ne fait pas trop cul-cul ? s'enquit-il en se penchant légèrement vers moi.
J'eus envie de rire pour la première fois depuis... Merde. Entendre ce genre de mots dans la bouche d'un pasteur était assez amusant.
- Non, vous êtes parfait. Comment va votre femme ?
Il se redressa. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire tendre à la mention de sa femme.
- Très bien, elle est d'ailleurs...
Il tourna sur lui-même pour la chercher des yeux avant de revenir à mon visage.
- Elle était derrière moi... soupira-t-il avec un sourire.
- Elle a dû rencontrer quelqu'un en chemin, supposai-je en remontant la lanière de mon sac sur mon épaule.
- Certainement... Clare trouve toujours quelqu'un à qui parler... enfin, tu la connais... rigola-t-il, me décrochant un petit sourire.
Il y eu un silence et un homme assez âgé lui fit signe de venir le rejoindre au bout de l'église.
- Le devoir m'appelle Bella ! C'était un plaisir de te revoir.
- Pour moi aussi monsieur.
- Belle cérémonie ! me souhaita-t-il avant de s'éloigner à la hâte.
Je me rassis sur le banc en bois, restant attentive aux gens qui bavardaient. Je ne voulais pas penser. Je ne devais pas penser.
- Excusez-moi, me sourit une petite femme ronde, brune à la peau mate avec des lunettes. Les places à côté de vous sont libres ? Vous n'attendez personne ?
Touchée.
- Je... non, allez-y, bafouillai-je un peu maladroitement en me levant pour les laisser passer, elle et ce qui devait être sa fille vu leur ressemblance frappante.
La petite ne devait pas avoir plus dix ans et elle me regarda avec un petit sourire en s'asseyant que je lui rendis doucement.
Elles s'installèrent à mes côtés et la jeune fille se pencha légèrement pour me regarder avant de dire quelque chose à l'oreille de sa mère. Je détournai les yeux et reportai mon attention sur les gens. Je détestai ça. Cette... impression d'être épiée, qu'on disait des choses sur moi. Quelques minutes passèrent et je sentais leur regard brûler mon visage. J'avais quoi ? Quelque chose n'allait pas ?
- Excusez-moi, reprit la mère en frôlant mon bras.
Je me tournai pour la regarder, attendant qu'elle continu. C'était étrange, elle semblait gênée.
- Ma fille voudrait savoir si vous êtes vraiment la petite amie d'Edward Cullen ?
Putain.
- Je...
- Viendra-t-il aujourd'hui ? Elle est fan des BlueDark et on se demandait...
- Il... il ne viendra pas, la coupai-je en repoussant mon envie brutale de pleurer.
- Oh... mais c'est bien vous n'est-ce pas ? Sa petite amie ? insista-t-elle.
Coulée.
- S'il vous plait Messieurs, Mesdames, nous vous priions de bien vouloir vous lever... la mariée arrive... intervint la voix du prêtre à travers les enceintes, coupant court à la conversation.
- Désolée, m'excusai-je en me levant en même temps que les autres invités.
Angela arriva dans l'église et les soupirs d'appréciation fusèrent les gens se contentant de "oh" et de "ah" mélangés à travers la pièce. Elle m'adressa un regard, puis un sourire que je lui rendis du mieux que je pus. Elle était radieuse... elle transpirait le bonheur. La femme et sa fille à côté de moi restèrent silencieuses le reste de la cérémonie.
- Je suis contente que tu sois venue, s'extasia Angela en me serrant contre elle.
- Moi aussi, toutes mes félicitations encore une fois. À vous deux, ajoutai-je à l'attention d'Éric juste à côté.
Il me prit à son tour dans ses bras.
- Merci d'être là, souffla-t-il discrètement, ça comptait beaucoup pour elle.
- Pour moi aussi.
Je reculai et les regardai un instant. Ils échangèrent un regard amoureux, mon ventre me brûla.
- Tu fais attention à toi hein ? Et tu m'appelle si ça ne va pas ok ? me demanda Angela.
- Toujours. Profitez bien de votre lune de miel, leur conseillai-je avec un sourire que tous les deux me rendirent.
- Fais attention sur la route en rentrant !
- T'inquiètes pas A, tout est ok, la rassurai-je.
Après un dernier sourire de leur part, je sortis dehors pour rejoindre la voiture d'Alice, ne pouvant plus respirer. Plus je roulais vers la maison de plage, plus cette sensation d'étouffement était importante.
Quand ma vision fut trop floue pour distinguer la route, j'écrasai la pédale du frein, me garant sur le bas-côté, consciente qu'il était déraisonnable de conduire dans cet état.
Je m'affalai sur le volant, tachant de respirer en dépit de mon impression d'être privée de mes poumons. Je me serrais dans mes bras, en proie au désespoir. Haletante, je frappai ma tête contre le volant pour tenter d'étouffer mon chagrin.
Ça avait été ma décision, bien que forcée. Ma décision.
Dans le sens logique des choses, ça n'était pas à moi de pleurer ici et maintenant... pourtant, on avait creusé un trou béant dans ma poitrine qui grandissait de jour en jour. Je me détestai.
Je n'avais pas le droit d'être aussi mal, ça n'était pas... logique. Je savais que c'était la meilleure chose à faire... pour lui. Il devait vivre une vie normale, sans personne qui veuille lui faire du mal. Il devait être en sécurité et vivre sans se soucier de ce qui l'attendait chez lui -et ailleurs.
J'inspirai profondément, tentant de calmer mes larmes.
En quelques minutes, ma décision fut prise. Je devais partir d'ici. Ma chambre était trop remplie de souvenirs. La salle à manger aussi. La cuisine aussi. La plage, aussi... chaque pièce, chaque lieu, reflétait ce... nous, ce que nous avions été.
Mon appartement de San Francisco était dépourvu de souvenirs... c'était tout ce qu'il me fallait.
Je respirai mieux à présent et réussis à me rasseoir au fond de mon siège.
Après encore quelques minutes à respirer calmement, je redémarrai et regagnai la maison. Claquant la porte d'entrée, je reposai les clés d'Alice sur le meuble. Cette dernière apparut dans l'encadrement de la porte menant au salon.
- Tu es déjà là ? souffla-t-elle, surprise de me voir rentrer si tôt.
- Ouais, me contentai-je de dire en observant ses mains qu'elle triturait nerveusement.
Je regardai à nouveau son visage et elle jeta un coup d'œil à l'escalier. Je fronçai les sourcils avant de soupirer.
- Je... je vais aller me reposer un peu, marmonnai-je en acquiesçant un mouvement pour monter dans ma chambre.
- Bella tu devrais...
- Alice, je peux savoir ce que t'as fait du grand sac gris ? s'écria la voix de celui qui dégringolait les escaliers rapidement.
Ma respiration se coupa et je fus certaine de pâlir à vue d'œil.
Il était là. Il y eu quelques secondes de silence où je tentai de reprendre mon souffle et d'ignorer le saignement douloureux des restes de mon cœur.
Le regard d'Alice naviguait nerveusement de moi à son frère, à quelques mètres de moi. Incapable de le regarder, je fermai les yeux quand je sentis que les larmes revenaient encore. Je sentis un mouvement non loin de moi, et quand j'ouvris les yeux, Alice avait disparu et Edward me regardait quelque peu hagard, semblant ne pas savoir quoi regarder de mon corps, de mon visage. J'inspirai profondément, tentant de calmer les sursauts de mon cœur.
Il ouvrit la bouche pour parler. Incapable de l'affronter, je me précipitai à l'étage, claquant plus fort que nécessaire la porte de ma chambre avant de m'y adosser et de me laisser glisser jusqu'au sol, tentant de contrôler mes sanglots.
Jour 5.
- Tu es sûre que c'est ce que tu veux ? demanda Emmett qui n'avait rien dit depuis que nous avions quitté la maison de la plage.
- Oui, dis-je en y mettant tout la force qu'il me restait.
C'est ce que je devais faire. J'en étais certaine.
Emmett regarda le tableau des numéros d'embarquement et je serrai ma veste autour de moi. Il pleuvait aujourd'hui et l'air était frais. L'orage avait éclaté tôt ce matin et j'avais gardé les yeux ouverts toute la nuit en dépit de ma volonté à m'endormir, rien que pour oublier quelques heures qu'il avait été là aujourd'hui. Dans la même maison que moi. Qu'il avait respiré le même air que moi, posé ses mains aux mêmes endroits que moi. Mais, surtout, pour oublier cette lueur sombre et douloureuse que j'avais vu dans ses yeux.
Un frisson me traversa et je regardai la porte d'embarquement qui allait bientôt ouvrir, tentant d'oublier la dernière fois que je m'étais retrouvé ici... Celle-ci s'ouvrit après une minute et les gens s'engouffrèrent mollement dedans.
- Bon, tu nous appelles quand tu es arrivée ? souffla Emmett en se tournant vers moi.
- Oui Emmett.
- Bien.
Ses yeux naviguèrent sur mon visage quelques secondes et il finit par passer un bras autour de mon cou avant de m'attirer contre lui. Je serrai son T-shirt dans mon poing, tentant de ne pas pleurer. Son odeur familière et rassurante m'apaisa un peu. Pourtant, quand il se recula et se baissa pour être à la même hauteur que mon visage, ses yeux empreint d'une inquiétude certaine, une larme glissa sur ma joue, lui arrachant une grimace.
- Tu sais que tu seras toujours chez toi ici, murmura-t-il doucement en essuyant mes larmes de ses pouces.
J'hochai la tête, incapable de parler.
- Tu fais attention à toi Mini Swan, et pense à manger de temps en temps... t'as vraiment une sale tête.
- Merci Emmett, gémis-je alors qu'il souriait un peu.
Il serra un peu ses bras autour de moi, embrassa mon front avant d'appuyer son menton contre le haut de ma tête.
- Je t'aime petite sœur. T'es pas toute seule, n'oublies pas ça.
Je serrai les dents, essayant d'avaler cette boule monstrueuse dans ma gorge qui m'étouffait.
- Je t'aime aussi Emmett, soufflai-je d'une voix faible.
Il me relâcha, et, sans être capable de le regarder, je fis demi-tour et m'engouffrai dans le sas d'embarquement avec les autres passagers.
Jour 21.
- Non je... j'arrive dans deux heures maximum ok ? Je prendrai un taxi arrivé à L.A pour vous rejoindre, ne vous inquiétez pas.
- Ok, on t'attend à l'hôpital alors...
- Ouais, à tout à l'heure Jazz.
- Salut ma belle.
Je raccrochai vivement et sortis de ma camionnette en claquant la porte. Je couru jusqu'aux portes automatiques de l'aéroport et enregistrai mon billet rapidement.
Rosalie allait accoucher. Cette fois, c'était pour de bon. Elle avait eu plusieurs fausses alertes durant les derniers jours. Ce soir, son bébé allait naître. Essoufflée, je me laissai tomber sur mon siège avant de regarder la ville par le hublot.
Ma meilleure amie allait devenir mère et un sentiment de joie intense m'envahit pendant que l'avion décollai. Le premier depuis longtemps.
Fermant les yeux, je laissai reposer ma tête contre l'appui tête. J'avais repris le boulot depuis un peu plus d'une semaine et ça m'avait fait du bien. Je n'avais jamais fait autant d'heures en si peu de temps, mais ça m'empêchait de trop penser et c'était ce qu'il me fallait.
Je vivais ma vie dans une routine étrange mais presque confortable. Je me levais tôt après des nuits souvent sans sommeil ou alors avec très peu d'heures à mon compteur, j'allais travailler jusqu'à ce que la nuit tombe et je rentrai chez moi, tombant dans mon lit et attendait de finir dans les bras de Morphée en tentant de penser à rien.
Ce qui n'était pas facile, la plupart du temps. Je me forçai à ne rien ressentir à longueur de temps, m'enveloppant dans une sorte de cocon protecteur, dans un endroit stérile où aucun sentiment ne filtrait. Je n'y arrivai pas si mal. Et quand les murs de ce cocon tombaient, la douleur était plus vive que jamais. Mais j'avais la certitude de m'améliorer de jour en jour.
Bien sûr, les souvenirs étaient toujours aussi douloureux, par leur force, par leur beauté. Rien ne pourrait jamais me les enlever, j'en étais consciente. Je me contentai, parfois, de les laisser me traverser, rien que pour me rappeler son odeur, le son de sa voix... la douceur de sa peau. J'avais peur de les oublier. Mes nuits étaient difficiles et douloureuses. Souvent, je rêvais de lui, de sa présence à mes côtés. Rien n'était plus déchirant que de me réveiller seule dans mon lit. Mes larmes dans ces moments-là étaient les plus puissantes, les plus incontrôlables.
Soudain, un mouvement à côté de moi me fit ouvrir les yeux. J'étais bien, au chaud... et son odeur m'enveloppait.
- Edward ? Demandai-je doucement, n'arrivant pas à croire à sa réalité.
- Je suis là, souffla-t-il en se blottissant contre moi, son visage dans mon cou.
- Tu m'as tellement manqué... chuchotai-je contre son cou avant d'embrasser sa peau chaude et d'une douceur incroyable.
- Je ne t'abandonnerai pas... murmura-t-il contre mon oreille, nouant puissamment ses bras autour de moi.
Mes yeux me brûlèrent. J'inspirai profondément l'odeur de sa peau.
- Edward... chuchotai-je encore quand je sentis qu'il m'échappait.
Son toucher disparut d'un seul coup et je tremblai.
- Edward...
- Mademoiselle ?
- Non... paniquai-je en essayant de le rattraper.
- Mademoiselle ? m'appela à nouveau une voix, me faisant brutalement ouvrir les yeux.
Les lumières de l'avion m'aveuglèrent et je clignai des yeux en tentant de reprendre pieds dans la réalité.
- Nous allons atterrir Mademoiselle, attachez votre ceinture de sécurité, s'il vous plait, me sourit l'hôtesse, totalement ignorante de ce qui venait de m'arriver.
Complètement retournée, je fis ce qu'elle me demandait avant de regarder par le hublot. Les lumières d'L.A. défilaient sous nos pieds alors que l'avion commençait sa descente progressive vers l'aéroport.
Tremblante, j'essuyai maladroitement les larmes qui m'échappaient.
Serait-il là, ce soir ? La question ne m'avait jamais effleuré avant. Je n'avais jamais repensé à lui aussi clairement avant... Mon rêve était le même depuis des semaines... Certains points différaient cependant.
Parfois, il caressait mon visage, mon cou.
Parfois, ses lèvres effleuraient les miennes sans vraiment les embrasser.
Et quand je m'éveillai, toujours au même moment, j'avais encore la sensation de son corps contre le mien, de sa chaleur. Souvent, je restai sans bouger, sans même respirer et je gardai les yeux fermés, souhaitant prolonger ces sensations, ces sentiments. La première nuit, son parfum m'avait poursuivi les deux jours suivants et j'avais été incapable de dormir à nouveau.
Dans le taxi qui me menait à l'hôpital, l'angoisse me tordait l'estomac.
J'avais peur pour Rose. Bien sûr, elle était presque à terme et aujourd'hui les progrès médicaux faisaient que tout se passait bien, la plupart du temps... mais c'était ma meilleure amie et il m'était impossible de ne pas m'inquiéter pour elle. Et puis... je ne savais pas si il sera là ou non, et je me sentais faible et terriblement seule dans ce taxi qui traversait la ville trop lentement.
Depuis que j'avais quitté Los Angeles, je ne savais pas ce qu'il devenait, ce qu'il faisait... comment il allait. Je refusai de savoir bien qu'Alice essayait de glisser une ou deux phrases sur lui à chaque fois que je l'avais au téléphone.
Quelque peu tremblante, j'entrai par les portes doubles de l'hôpital, essayant de ravaler la boule dans ma gorge. Je ne voulais pas me souvenir de la dernière fois où j'avais franchi ces portes puisqu'il avait été là, avec moi... ses doigts enlacés aux miens.
- Bonsoir, le numéro de chambre de Rosalie McCarthy s'il vous plait, demandai-je à la secrétaire de l'accueil, occupé à se limer les ongles.
- Vous êtes de la famille ? demanda-t-elle sans lever les yeux vers moi.
- Non mais je...
- Si vous n'êtes pas de la famille je ne peux pas vous donner le numéro de sa chambre.
Je pinçai les lèvres en attendant qu'elle daigne, au mois, me regarder. Je détestai ça. Au bout de quelques secondes, je me grattai la gorge et posai ma main à plat sur le comptoir.
- Écoutez, je suis sa meilleure amie et je viens de faire deux heures de voyage pour venir jusqu'ici...
- Je ne veux pas le savoir, rétorqua-t-elle en levant enfin les yeux vers moi, vous n'êtes pas de la famille vous n'avez pas...
- Laissez. Elle est avec moi, la coupa une voix tout près.
Edward.
Mon cœur bondit dans ma poitrine quand je lui jetai un coup d'œil furtif, tachant de ne pas croiser ses yeux. Son attention était fixée sur la secrétaire, qui, désormais était aussi rouge que son pull. Je fixai la mâchoire d'Edward, repensant furtivement à la sensation de sa peau sous mes lèvres... Dieu, j'aurai tout donné pour pouvoir le toucher à nouveau, pour pouvoir me blottir contre lui.
- Je... Monsieur Cullen je... je suis...
- Merci, la coupa-t-il à nouveau avant de me pousser à avancer sans me toucher.
On s'éloigna sous le regard presque choqué de la secrétaire qui matait délibérément Edward. Je lui lançai mon regard le plus noir et elle détourna les yeux rapidement.
Je reportai mon attention devant moi avant de jeter un coup d'œil à Edward qui marchait à mes côtés. Mon cœur douloureux était à nouveau libre et heureux... Regardant à nouveau devant moi, je me raclais la gorge en continuant d'avancer à ses côtés.
- Je... merci, finis-je par dire d'une voix faible au bout d'un temps interminable.
Du coin de l'œil, je le vis me regarder et je me concentrai sur le sol. Je ne voulais pas croiser son regard... le même regard que quelques semaines plutôt à la maison de la plage. Je ne pouvais pas lire ces sentiments douloureux dans ses yeux. C'était trop... ça faisait trop mal.
- De rien, se contenta-t-il de dire avant de tourner vers les ascenseurs.
Par chance, un d'eux arriva au moment où on atteignit les portes. Galamment, Edward me fit passer devant lui, avant de s'engouffrer à son tour. Cinq personnes étaient déjà dans la petite cabine et le corps d'Edward se fit plus proche qu'il l'avait été depuis des semaines.
Le cœur battant douloureusement, je me concentrai sur mes mains, priant pour que tout cela se termine vite. Le silence entre nous était étouffant et j'étais de plus en plus mal par sa proximité.
L'ascenseur s'arrêta au deuxième étage et quelques personnes se bousculèrent un peu pour en sortir, si bien qu'Edward s'écarta pour les laisser sortir, passant derrière moi. D'autres y entrèrent et je reculai d'un pas, maudissant ma vie et l'univers quand j'écrasai un pied à Edward.
- Désolée, marmonnai-je en m'accrochant à la rambarde à côté de moi, perturbée par son corps si près du mien.
Il resta silencieux et mon ventre se noua.
J'avais tellement envie de lui dire que je l'aimais, que je voulais vivre avec lui et que je n'avais plus peur... mais je ne pouvais pas, je ne devais pas... pour lui, je n'avais pas le droit de faire une chose pareille. Je serrai la rambarde de mes doigts quand son parfum flotta autour de moi lorsqu'il se pencha un peu en avant.
- On descend là, glissa-t-il à mon oreille, son parfum semblant s'insinuer sous ma peau et rentrer dans mes os.
Je luttai de toutes mes forces pour ne pas reculer encore pour le sentir contre moi. L'ascenseur s'arrêta à nouveau et Edward posa une main dans le bas de mon dos afin de me pousser en dehors de la cabine. Une fois à l'extérieur, il rompit tout contact et se contenta de mettre ses mains dans ses poches en avançant rapidement à travers les couloirs. Je le suivis à quelque distance derrière lui, essayant de mémoriser chaque détail, chaque chose qui faisait qu'il était si... lui.
Je remarquai ses cheveux un peu plus longs que par le passé, mais toujours aussi décoiffés. Son grain de beauté dans sa nuque, et celle-ci même, sembla m'appeler. Le creux de son épaule et le dessin de celle-ci, les muscles de son dos cachés par le T-shirt noir qu'il portait, le mouvement de son bassin dû à sa démarche rapide mais souple, ses longues jambes mises en valeur par ce jean foncé. Je me mordis la langue en détournant les yeux. Je soupirai en tentant de penser à autre chose avant d'apercevoir les autres au milieu du couloir à discuter.
Jasper fut le premier à me voir et un sourire prit place sur son visage quand je l'étreignis.
- Salut ma belle, souffla-t-il doucement en me rendant mon étreinte.
- Comment elle va ? demandai-je en reculant avant de prendre Alice contre moi.
- Elle vient de rentrer dans sa chambre... elle a quelqu'un à te présenter...
- Le bébé est déjà là ? m'étonnai-je en regardant du coin de l'œil Emmett et Edward qui discutaient un peu plus loin.
Edward posa les yeux sur moi brièvement avant de passer ses deux mains sur son visage et de reporter son attention à Emmett. Il avait l'air épuisé. Mon ventre se tordit douloureusement et je revins à Alice qui avait suivi mon regard. Elle me fit un petit sourire compatissant.
- Le bébé est né il y a quelques minutes... les infirmières sont avec Rosalie pour des soins, on pourra allez la voir après, confirma Alice en scrutant attentivement mon visage.
- On ne lui a pas dit que tu allais venir, sourit doucement Jasper. Elle va être tellement heureuse de te voir !
Emmett revint à nous pendant qu'Edward restait à quelques mètres de notre petit groupe, s'adossant contre le mur froid du couloir.
- Félicitations papa, lui dis-je quand il m'attira à lui.
- Merci, sourit-il avant de reculer pour prendre mon visage en coupe et m'étudier. T'as pas l'air de m'avoir écouté en ce qui concernait la nécessité de manger...
- C'est bon Emmett, j'ai plus six ans... rétorquai-je en me dégageant, évitant soigneusement de scruter Edward dont le regard semblait brûler mon corps tout entier.
- Hey, je suis père ok ?
- Depuis 16 minutes exactement, s'amusa Jasper à côté en regardant sa montre.
- Peu importe, balaya Emmett d'un mouvement de main. Toi, reprit-il en tapant son doigt contre mon front, arrête tes conneries et dors de temps en temps, ok ? Vous êtes vraiment des idiots tous les deux vous savez ? s'agaça-t-il quand je baissai les yeux sur mes pieds, honteuse.
J'étais idiote, peut-être... sûrement, mais je protégeai Edward... du mieux que je pouvais, du moins.
- C'est bon Emmett, elle a compris, s'interposa Alice en passant un bras par-dessus mes épaules.
Il y eu quelques secondes de silence puis Jasper demanda à Emmett combien le bébé pesait pour relancer un semblant de conversation.
Je déglutis avec difficulté quand mes yeux remontèrent jusqu'à Edward qui avait croisé les bras sur torse et me regardait avec tant d'intensité que mon souffle se coupa.
J'avais tellement envie d'aller me blottir contre lui, j'avais tellement envie de sentir sa peau, sa chaleur, son odeur... la force avec laquelle il m'aimait... avant.
Son regard jade ne quitta pas le mien de longues secondes pendant que les autres discutaient juste à côté de moi, juste autour de moi... pourtant sans lui, sans ses bras j'étais plus seule que jamais, alors qu'il était là. Juste là. En quelques pas, j'aurais pu l'atteindre et l'étreindre. Me serrer contre lui et revivre, enfin...
Cette pensée me fit monter les larmes aux yeux et les siens devinrent plus sombres... moins... vivants. Il semblait, torturé, anéanti... et seul.
- Bella ? m'appela doucement Emmett, me faisant sursauter en lâchant le regard sombre d'Edward pour le regarder lui. Tu veux les voir ? demanda-t-il, en se baissant de façon que nos visages soient à la même hauteur.
Ses grands yeux bruns me scrutèrent quelques secondes avant que je percute, réalisant que les infirmières étaient sorties et que Rosalie, ma Rose était là, de l'autre côté de cette porte avec ce bébé à qui elle venait de donner la vie.
- Je... ouais... je veux, ouais, bafouillai-je avant d'essuyer nerveusement mes yeux.
- T'as cinq minutes ! sourit Jasper pour me faire sourire.
Ce qui marcha presque... mais pas assez. Je me dirigeai vers la porte de Rose et soupirai un grand coup pour calmer les tremblements de mes mains.
Me secouant légèrement, je toquai deux petits coups à la porte avant de me tourner vers mes amis... ma famille. Ils me sourirent tous gaiement et me regard se posa sur Edward, qui n'avait pas bougé.
Un petit sourire flotta sur ses lèvres mais n'atteignit pas ses yeux. Mon ventre se retourna et Rosalie indiqua que je pouvais entrer sans savoir que c'était moi, sa voix étouffée par la porte.
Fermant les yeux une seconde pour tenter de contrôler la douleur qui se propageait de mon cœur à tous mes membres, je poussai la porte de sa chambre. Le sourire d'Edward avait un arrière-goût d'Adieu... et c'était le sentiment le plus insupportable que je n'avais jamais eu à combattre jusqu'à ce jour.
- Je me demandai si vous ne m'aviez pas tous abandonné ! attaqua Rosalie avant de voir que c'était moi. Oh ! Bella ? C'est toi ? souffla-t-elle doucement.
J'hochai la tête, l'envie de pleurer me serrant la gorge douloureusement. Elle tendit la main vers moi et j'avançai, mêlant ses doigts aux miens avant de voir pour la première fois son enfant endormit contre elle. L'image de Rosalie souriante et heureuse, tenant ce petit être dans ses bras m'apaisa.
- J'n'arrive pas à croire que tu sois là... souffla ma meilleure amie, les yeux brillants.
- Je ne pouvais pas louper ça.
Elle eut un sourire tendre.
- Je te présente Maëlys McCarthy Hale, chuchota-t-elle quand je me penchai pour voir la petite.
- Elle est magnifique Rose, murmurai-je, la voix bout des doigts de ma main libre, j'écartai un peu plus la couverture d'une douceur incroyable enroulée autour de la petite pour mieux la voir.
Elle était blonde, malgré le peu de cheveux qu'elle avait. Sa bouche rose et ronde légèrement en avant me fit sourire. Je caressai doucement sa joue ronde du bout des doigts et elle bougea étirant ses bras et ses petits poings serrés à mon contact.
- Elle est vraiment belle... t'as bien travaillé, dis-je à voix basse pour ne pas la réveiller.
- Y'a intérêt qu'elle soit belle oui... je n'ai pas souffert pendant des heures, des mois même, pour rien ! rigola-t-elle doucement.
J'embrassai son front avant de prendre une chaise pour m'asseoir à côté d'elle, reprenant sa main dans la mienne.
- Comment tu te sens ? lui demandai-je en regardant son beau visage marqué par la fatigue.
Ses yeux bleu foncé fouillèrent les miens et un sourire tendre étira ses lèvres.
- Tu sais que la légende du "j'oublie la douleur quand je vois mon bébé" est vraie ?
- Vraiment ?
- Oui... je l'ai vu et... soudain, le reste n'avait plus d'importance... souffla-t-elle, les yeux brillants d'une fierté et d'une joie intense en reportant son attention à sa fille.
- J'suis fière de toi, lui dis-je en regardant à nouveau la petite serrer et desserrer ses poings, perdue dans son sommeil.
On parla plusieurs minutes de la petite et de sa naissance. Je finis par m'étirer un peu, le manque de sommeil de ces dernières semaines semblant me tomber brutalement dessus.
- Ça n'a pas l'air d'être de tout repos pour toi en ce moment, commenta Rosalie en serrant doucement ma main toujours dans la sienne.
J'haussai les épaules en trouvant soudainement la couverture de lit très intéressante.
- Tu l'as vu ? demanda-t-elle en ne me quittant pas de yeux, comme si elle craignait que je ne me mette à pleurer et que je m'éparpille en morceaux là, sous ses yeux.
Sans surprise, je sus directement de qui elle parlait.
- Ouais, me contentai-je de répondre.
Elle soupira.
- C'est la première fois qu'on le voit depuis que t'es partie... Il…
- Rose... je... arrête, s'il te plait... juste... arrête.
Je ne pouvais pas entendre ça... c'était trop... trop.
- Bella tu devrais...
- Hey ! On peut déranger ? intervint Alice en ouvrant la porte, coupant Rosalie dans ce qu'elle voulait dire.
Je soupirai de soulagement quand ils entrèrent. Je fronçai les sourcils en ne voyant pas Edward avec eux.
Je me levai et m'écartai pour laisser la place à Emmett qui s'assit tout près de sa femme après avoir embrassé avec douceur le front de son bébé. Je souris devant ce spectacle attendrissant. J'étais heureuse pour eux, malgré l'angoisse qui me rongeait. Était-il parti ? Et puis... de toute façon, qu'est-ce que ça pouvait me faire finalement ? Je n'étais... rien. Plus rien.
Jasper toucha légèrement mon bras, me faisant sursauter.
- Il veut te dire quelque chose, souffla-t-il tout bas, de façon que je sois la seule à entendre.
Je fronçai les sourcils un instant, ne comprenant pas de quoi il parlait.
- Edward... continua-t-il, éclairant ma lanterne.
Mon cœur sursauta à l'entendre de son prénom. Il voulait... me parler ? Me dire quelque chose ? Mon cœur accéléra brutalement, mes mains devinrent moites.
- Oh, réussis-je à dire en dépit des centaines de questions qui m'assaillaient.
Je restai sans bouger et Jasper bouscula un peu mon épaule.
- Vas-y, me poussa-t-il en jetant un coup d'œil vers la porte entre ouverte.
Je jetai un regard aux autres pour les voir penchés au-dessus de la nouvelle de la famille, bien trop occupés pour s'occuper de ce que je pouvais bien faire.
Jasper finit par les rejoindre, s'émerveillant tout autant que les autres quand la petite bailla en s'étirant. Je soufflai et marchai vers la porte lentement.
Pour la première fois de ma vie, affronter Edward me terrorisai.
- Hey, souffla-t-il doucement quand il me vit, se décollant du mur en face de moi.
Je me contentai de lui faire un petit sourire, pas vraiment certaine de pouvoir parler. Je refermai la porte dans mon dos, restant appuyée contre, la main sur la poignée. Edward finit par s'approcher de quelques pas avant de soupirer.
- Viens avec moi... on va boire... un café ou ce que tu veux, finit-il par dire au bout d'une minute de silence.
Je hochai la tête avec la sensation d'étouffer. Il m'observa quelques secondes avant de commencer à partir en direction des ascenseurs.
Je le suivis, comme presque une heure auparavant, à quelques pas derrière lui. Sa démarche était plus lente maintenant, presque calculée. Contrairement à plus tôt, l'ascenseur n'arriva pas tout de suite. On attendit quelques longues et pénibles secondes devant les portes closes, silencieux tous les deux, l'un à côté de l'autre sans jamais se toucher.
Comme la première fois ce jour-là, il me fit passer devant lui avant d'entrer à son tour dans la cabine. Mais cette fois, nous y étions seuls.
Jetant un coup d'œil à ma montre, je m'aperçus qu'il était bien plus de deux heures du matin. Je m'appuyai contre le mur en fermant les yeux ; Pour tenter de m'apaiser. Pour ne plus le voir, ne plus voir son regard sombre sur moi. Pour ne plus ressentir ce qu'on faisait subir à mon être tout entier.
Quand l'ascenseur finit par arriver à destination sans qu'aucun de nous n'ait dit quoi que ce soit, j'ouvris les yeux pour le voir dans la même position que moi, appuyé contre le mur opposé, son regard perdu quelque part où je n'étais visiblement plus.
- On est arrivé, soufflai-je doucement, le faisant sortir de ses pensées.
Il nous fit sortir de la cabine d'une main dans mon dos sans vraiment me toucher.
- Tu veux quelque chose ? demanda-t-il d'une voix neutre quand on fut en face de la machine à café.
- Je ne serais pas contre un café, avouai-je en étouffant un bâillement.
Il eut un petit sourire avant de me regarder du coin de l'œil, la machine faisant un bruit infernal à la commande de ma boisson.
- Tu devrais dormir un peu plus, conseilla-t-il avant de récupérer le gobelet et de me la tendre.
Je lui pris des mains en le remerciant, faisant bien attention de ne pas toucher sa peau.
- J'aimerais pouvoir dormir plus, avouai-je quand il prit son café avant de nous faire sortir sous la lune de dehors.
Il ne répondit rien et c'était peut-être mieux ainsi... qu'y avait-il à répondre ?
Le temps était doux et chaud, bien qu'il soit près de trois heures du matin.
On s'installa sur un banc à côté des portes automatiques et il alluma une cigarette avant de poser son café à côté de lui et d'appuyer ses coudes sur ses genoux. Je ne pouvais plus décoller mon regard de lui. Avait-il déjà été plus beau ?
Il se racla la gorge avant de tourner la tête pour me regarder. Je soutins son regard d'un vert profond en frissonnant.
- Je... j'ai conscience que tu as pris ta décision, nous concernant, commenca-t-il en ne lâchant pas mon regard. Je respecte ton choix... et... je crois que je peux comprendre.
Je sais que tu peux comprendre, pensai-je.
Il me regarda à nouveau quelques secondes avant de soupirer. Il tira sur sa cigarette lentement, semblant chercher ses mots. Mon ventre me brûla, la douleur bouillonnant sous ma peau.
- J'ai appelé mon manager avant-hier, il... je vais reprendre la musique, confia-t-il doucement avant de détourner les yeux pour attraper son café et en boire une gorgée.
Je fis de même, tournant nerveusement mon gobelet chaud dans mes mains. Il l'avait fait... enfin.
- C'est génial... Edward c'est... waouh...
Il eut un petit sourire avant de me regarder à nouveau.
- Le studio est à New York, comme tu le sais...
Je hochai la tête, regardant avidement son visage, ne sachant pas sûr quoi m'arrêter avant que ses mots ne m'atteignent.
- Tu...
- Je pars vivre là-bas dans une semaine, confirma-t-il, son regard légèrement inquiet dans le mien. Je... je ne voulais pas que tu l'apprennes par quelqu'un d'autre.
Je serrai les dents, tentant de ravaler mes larmes, tentant d'étouffer les sanglots qui m'étouffaient.
- Je... je suis heureuse pour toi, réussis-je à dire d'une petite voix.
Ses yeux glissèrent sur mes lèvres avant de remonter rapidement dans les miens.
- Tu mens, murmura-t-il avec un sourire triste.
