Chapitre 5 - L'escorte.
Aline marchait sans véritablement regarder où elle se dirigeait. Depuis le début de la matinée, ils avançaient en direction du sud, et rares avaient été les fois où les elfes s'étaient enquis de son état. Elle savait qu'ils l'observaient de loin, guettant ses faiblesses ou ses difficultés, mais elle mettait un point d'honneur à ne pas ralentir leur course plus que nécessaire.
Elle avait en chemin des impressions contradictoires. Si les elfes éveillaient en elle un sentiment de méfiance et de doute, le bois, lui, l'emplissait de joie. Elle ne se lassait pas d'observer le tronc des arbres, massifs et noueux. Leurs feuilles lui renvoyaient des images mordorées, et la frêle brise qui circulait entre elles et caressait son visage la remplissait de calme. Elle s'adonnait parfois à l'écoute du bois, et il lui semblait percevoir un murmure, un chant doux et mystérieux, qui emplissait l'espace de volupté.
Elle soupira malgré elle. Le bois l'apaisait, sans qu'elle soit capable de l'expliquer. Elle en était là de ses pensées quand la petite troupe qu'ils avaient formée s'arrêta. Elle regarda autour d'elle, curieuse.
Haldir n'observa la cime des arbres que quelques instants avant de prononcer quelques mots, qu'elle n'entendit pas. Les quelques mètres qui les séparaient la rassurait. Elle éprouvait une certaine gêne à être proche de lui, renforcée par cette impression qu'il la connaissait mieux qu'elle. Elle ne vit que ses lèvres bouger, et elle fut reconnaissante de ne pouvoir avoir l'occasion de se perdre dans le timbre de sa voix.
La veille, lorsqu'ils s'étaient mis autour du feu, à l'exception de Rúmil et de Lewäldir, qui étaient de garde, les conversations s'étaient faites discrètes, chacun dans le silence de ses propres réflexions. Haldir avait néanmoins brièvement expliqué à Orophin le changement qu'il avait dû opérer plus à l'ouest, afin de combler son absence ainsi que celle se son frère, générées par leur venue.
Lorsqu'elle s'en était enquise doucement auprès de Taúl, il lui avait rapidement expliqué qu'Haldir avait des responsabilités au sein du bois, et que la présence des Orcs quelques jours plus tôt nécessitait un appui de Galadhrims, et non l'absence de l'un d'eux. Aline s'était alors rappelée de la phrase prononcée par Orophin lors de leur première rencontre, alors qu'elle était entre rêve et inconscience. "Pourquoi Rúmil est-il allé le chercher lui ?" Taúl avait répondu dans un sourire plein de mystères. "Il est le Gardien de la Marche, le second du Seigneur Celeborn et un grand ami de la Dame. Rien ne se passe aux frontières de ce bois sans qu'il n'en soit averti."
Aline se rendit compte du regard appuyé qu'elle lançait sur lui, et celui-ci s'en aperçut, si bien qu'il se tourna quelque peu afin de planter son regard dans le sien. Aline se sentit envahie d'une immense curiosité, et d'une frustration qu'elle ne comprit pas. Clouée sous son regard impénétrable, elle ne put détourner les yeux que lorsqu'une petite dizaine de Galadhrims atterrirent autour d'eux.
Aline eut un hoquet de surprise, et elle regarda instinctivement en l'air, mais elle n'aperçut rien. Les elfes venaient d'apparaître comme par enchantement, silencieuses comme des ombres. Ils avaient leurs arcs à la main, mais aucune flèche n'était encochée. Ils restèrent silencieux mais ils hochèrent la tête lorsqu'Haldir les salua et qu'il commença à leur parler à voix basse.
Rúmil se glissa près d'elle et lui pointa d'un doigt mince un creux dans un arbre. "Les Galadhrims restent cachés sur des flets, hauts dans les mallornes. Ils ne sont visibles qu'à ceux qui savent chercher." Alors, Aline en vit un. Il s'agissait de petites plateformes enroulées autour des troncs des majestueux arbres. Elle n'était pas très grande, et elle se doutait qu'un flet ne pouvait accueillir que deux ou trois elfes à la fois. Son regard dévia quelque peu sur la gauche, et elle aperçut une deuxième plateforme à une quinzaine de mètres au-dessus de la première. Elle fut ébahie par ce qu'elle avait d'abord pris pour un plancher c'était plutôt les branches des arbres, des allongements du tronc qui s'étaient enlacés pour former une surface relativement plane. "Les Galadhrims ont chanté ces flets."
Aline le regarda étrangement, se demandant si l'elfe se moquait d'elle. "Les elfes chantent. Ils chantent pour eux, pour la nature et ses habitants. Nous n'avons pas besoin de construire, la Lothlórien nous offre lorsque nous chantons pour elle."
Aline n'insista pas et elle baissa le regard, le cou commençant à la tirailler. Son regard se reposa sur Haldir. Il terminait de discuter avec les elfes descendus des flets, et ceux-ci, lorsqu'il eut fini, portèrent leurs doigts à leurs coeurs, et dans un souffle, remontèrent dans les hauteurs des arbres.
Elle fut soudain frappée par le peu de mots qui avaient été échangés. Aucun, pour ainsi dire. Haldir s'était contenté de donner un ordre – semblait-il –, et celui ci avait dû être exécuté. Elle l'observa davantage, Haldir s'étant détourné, elle ne voyait alors que son profil. Il avait relevé le menton, semblait plus grand et il renvoyait un air d'autorité implacable. Aline en fut stupéfaite. Il détonait par rapport à la vision qu'elle en avait eu la veille. Si la première fois, il lui avait semblé voir un elfe marqué par l'hésitation, il n'était aujourd'hui que puissance et pouvoir.
D'une voix grave et assurée, il leur enjoignit de reprendre leur marche.
Aline ouvrit les yeux. Les étoiles étaient hautes dans le ciel et elles projetaient leur douce lumière à travers les hauteurs des arbres. La gorge sèche, elle s'appuya sur un coude pour attraper sa gourde. Elle retint un soufflement quand elle s'aperçut qu'elle était vide. Du coin de l'œil, elle vit le sac que Yoann portait depuis leur arrivée, à quelques enjambées de là où ils se trouvaient. Le plus silencieusement possible, elle s'écarta de l'étreinte de son frère, et elle se redressa. Le souffle haletant, elle se dirigea vers le sac lorsqu'elle vit du coin de l'œil Orophin, appuyé sur le tronc d'un arbre, légèrement en recul de la clairière.
Prise de curiosité, elle s'avança le plus doucement possible, se demandant soudainement s'il lui serait possible de surprendre l'elfe. La réponse lui fut rapidement donnée, lorsque l'elfe tourna ses yeux bleus vers elle. Elle retint son souffle quand elle comprit son erreur. Ce n'était pas Orophin qui se tenait telle une statue, mais Haldir.
Celui-ci se contenta de l'observer silencieusement, n'étant pas certain de la marche à suivre. Ce fut elle qui bégaya une parole d'excuse, expliquant qu'elle l'avait pris pour son frère. Il sourit. "N'ayez crainte. Vous pouvez venir malgré tout, le ciel est suffisamment vaste pour être observé à deux."
Envoutée par sa voix qui sonnait comme une demande, elle s'installa à quelques dizaines de centimètres de lui. Elle se sentait raide et gauche, alors qu'il reportait son regard dans les étoiles. Quelques minutes passèrent ainsi, les deux se recueillant dans le silence. Enfin, n'y tenant plus, ce fut Aline qui brisa le silence, et sa question lui sembla sotte, aussitôt qu'elle l'avait prononcée.
"Sommes-nous loin de votre cité ?"
Haldir plongea son regard dans le sien, et Aline put voir que les rayons de la lune s'y reflétaient. Il semblait interrogateur, comme s'il doutait qu'elle ne connaissait pas déjà la réponse. Aussi, elle poursuivit. "J'ai bien peur de tous vous ralentir plus qu'il ne faudrait."
Il acquiesça, et un mince sourire étira ses lèvres. Aline se sentie emplie d'une tendresse étrange. "Nous y serons dans trois jours." Lorsqu'Aline lui en demanda le nom, un accent de fierté émana de sa voix. "Caras Galadhon."
Aline fronça les sourcils. "C'est de l'elfique ?"
Haldir hocha de la tête. "Du Sylvain. En Westron, cela se traduirait par –"
Aline murmura alors, à l'entente des premiers mots. "La cité dans les arbres…" Elle sentit le regard d'Haldir peser sur elle, lourd de sens. Essayant de lui échapper, elle baissa les yeux et machinalement, ses doigts vinrent toucher doucement la pierre bleue de son bracelet. Haldir la suivit des yeux, et il s'attarda quelque peu sur le bijou.
Aline se sentit envahie par une vive émotion, sans qu'elle n'en sut pourquoi. L'elfe restait impassible, mais dans ses yeux dansait une lueur étrange. "Ces bijoux sont rares chez les Elfes. D'où le tenez-vous ?"
Aline réfléchit quelques secondes, ses doigts enserrant toujours la pierre. "Je ne sais pas trop. Je l'ai toujours eu, d'aussi loin que je me souvienne. Sa présence est réconfortante.", ajouta-t-elle dans un sourire sans joie.
Haldir la regarda si étrangement qu'elle en devint perplexe. Aussi se sentit-elle obligée de changer de sujet. "L'autre soir, les elfes m'ont dit que vous parliez la langue commune. Est-ce que la Dame le parlera aussi ?"
"Oui, la Dame de Lumière saura vous comprendre, bien plus que vous ne pourriez l'imaginer. Mais ne pensez pas que tous les elfes de la Lothlórien vous comprendront. En fin de compte, peu le parlent." Devant son air interrogateur, il poursuivit en soupirant. "Il y a quelques années, des humains sont entrés en Lothlórien. La Dame a permis à deux de ces voyageurs de séjourner dans notre cité. L'entente fut difficile, et l'apprentissage de l'autre terriblement freiné. Ils finirent par apprendre les rudiments du Sindarin, comme ils apprirent aux elfes qu'ils côtoyaient le Westron."
"Avez-vous également appris le Westron à ce moment-là ?", demanda-t-elle d'une voix faible.
"Non. La Dame m'a maintes fois demandé de quitter les frontières du bois pour aller vers d'autres terres. Le Westron est incontournable, pour qui souhaite voyager."
Aline réfléchit quelques secondes, un sentiment d'espoir au creux du ventre. "Que sont devenus les deux humains ? Sont-ils toujours dans votre cité ?"
Haldir la regarda longuement, ses traits indéchiffrables. Néanmoins, Aline sentit un immense désespoir la parcourir en même temps que la brise semblait s'arrêter. Il se tourna d'un quart vers elle, et elle dut tendre l'oreille pour ne pas en perdre un son. "Ils sont restés plus de deux ans en Lothlórien. Et un matin, ils sont tout simplement partis."
Aline se sentit dépérir, le désespoir se faisant plus saisissant. Son regard s'égara quelques secondes dans le ciel, cherchant à donner une explication à ces émotions qu'elle ne parvenait pas à définir comme siennes pleinement. Elle resserra les pans de la cape sur elle, essayant de reprendre le fil de la discussion. "Vous souvenez-vous de son nom ?"
Un sourire tendre apparut sur les lèvres de l'elfe. "Le jour où elle a fait irruption dans la Lothlórien, elle s'est présentée sous le nom de Lúthien Ringëril. Les terres du bois doré se rappellent encore de son passage."
Aline laissa planer un silence. Ce nom avait une sonorité particulière à son oreille. Ou alors était-ce la façon dont l'elfe faisait couler les syllabes sur sa langue. Elle ne sut si c'était cela, ou le regard perçant d'Haldir, mais des frissons lui parcoururent la nuque. Il l'observait sans ciller, et finalement, il reporta son regard dans les étoiles, un sourire aux lèvres.
Aline se sentit un courage soudain, et elle s'empourpra alors qu'elle faisait sa remarque. "Vous semblez l'apprécier. Ou alors vous a-t-elle marqué d'une façon négative ?"
Haldir ficha son regard dans le sien, et Aline serait tombée si elle n'avait pas été adossée à l'arbre. "Elle était mon monde.", souffla-t-il d'une voix rauque. "Seulement les Valars font parfois des choix qui séparent les chemins de ceux qui avaient choisi de marcher ensemble."
Aline fondit sous son regard de glace. Et, à sa propre surprise, elle posa sa main sur l'avant-bras de l'elfe, qui ne le retira pas. Sa peau était douce et chaude sous sa paume. Un nouveau frisson lui parcourut l'échine. "Je suis sûre que vos chemins se recroiseront de nouveau. Ceux que vous appelez les Valars vous ont simplement fait faire un détour. Je suis sûre que vous marcherez à nouveau sur le même sentier."
Haldir la fixa longuement, et d'un geste mesuré, d'une lenteur incalculable, sa paume recouvrit la main d'Aline. Il laissa planer un silence, avant de murmurer d'une voix sourde. "Les Valars ont déjà rejoint nos routes. Il ne reste plus qu'à ce que nos mains s'enlacent."
Aline battit des paupières. Elle se sentait comme aveuglée, tant par l'allure époustouflante de l'elfe, que par les vagues d'espoir et de bonheur qui s'insufflaient en elle. Les sensations étaient inexplicables, et pour autant, elle aimait à s'y noyer. Elle fixa sa main, recouverte par celle, plus large, de l'elfe. Elle se surprit même à penser qu'elle ne souhaitait pas la retirer.
Elle ouvrait la bouche pour répondre quand elle perçut un glissement derrière Haldir. Rúmil apparut, son visage impassible. Aline retira vivement sa main, et Haldir soupira, d'une manière qu'elle ne put interpréter. "Mon tour de garde commence."
Un silence pesant s'installa entre eux, et gênée, Aline bougea la première. Elle s'excusa et rejoint son frère, toujours endormi. Elle sentait le regard d'Haldir peser sur elle, et elle s'endormit, traversée par des océans d'espoir et de tendresse.
Aline s'éveilla, tirée du sommeil par la pression sur son épaule. Yoann la frictionnait doucement, et il l'avertit que c'était l'heure du départ. Elle nota Taúl, non loin, avec son sac de tissu à la main, et elle comprit qu'il l'attendait.
Elle se leva péniblement, et elle se dirigea vers l'elfe. Elle vit non loin Orophin qui discutait avec Haldir, et elle sentit le rouge lui monter aux joues quand elle repensa à la conversation de la veille. Haldir inclina doucement la tête, un sourire au coin des lèvres.
La journée s'était passée comme la précédente, entre marche lente et haltes pour lui permettre de se reposer. Lors de celles-ci, les elfes ne restaient jamais inertes ils déambulaient entre les arbres, y grimpant parfois. Il lui semblait qu'ils faisaient partie intégrante de la forêt. Bien qu'elle était toujours surprise de les voir apparaître soudainement, leur vision ne la faisait plus sursauter. Elle s'habituait à eux au fur et à mesure que les heures s'écoulaient, et ils devenaient une présence réconfortante.
Yoann n'était quant à lui jamais très loin, même si elle avait pu remarquer les longues discussions qu'il entretenait avec Orophin à voix basse. Elle n'avait pas osé leur demander de quoi ils pouvaient bien discuter. Après tout, elle n'aurait pas apprécié divulguer sa dernière conversation avec Haldir, aussi garda-t-elle le silence.
C'est lors d'une de ces haltes qu'Haldir renvoya Nëris et Lewäldir à la frontière. Il n'avait eu qu'à prononcer un ordre bref, et les deux elfes avaient porté deux doigts à leurs coeurs, disparaissant entre les troncs. Aline était restée silencieuse, toujours ébahie d'observer l'autorité qui émanait de lui, comme un contraste vibrant avec les mots qu'ils avaient prononcés la veille.
Rúmil avait dû suivre son cheminement de pensée, puisqu'il se glissa près d'elle. "Haldir n'est pas n'importe quel elfe. Il est le Gardien de la Marche et l'erreur n'entache pas ses actions. Ses ordres ne sont pas contestés, parce qu'ils sont réfléchis. La splendeur et la tranquillité de la Lothlórien ne lui sont pas étrangères."
Aline hocha la tête, et se releva comme sonnait l'heure du départ.
Le soir arriva rapidement. La petite troupe s'était arrêtée avant le crépuscule, et le bois renvoyait des rais de lumières affaiblis par la douceur de la nuit. Ils mangèrent gaiement, échangeant des plaisanteries autant qu'ils partagèrent des histoires.
Aline les écoutait, le sourire aux lèvres. Rúmil était celui qui parlait le plus. Il avait toujours le bon mot, et l'anecdote au bord des lèvres. Il jouait d'emphase et de pause, créant dans ses récits un suspense qui pinça le cœur d'Aline. En l'écoutant, elle repensait à Mallon, certainement assis dans sa bibliothèque, loin de l'endroit où elle se trouvait.
Elle chassa cette pensée et son regard tomba de nouveau sur Haldir. Il regardait Rúmil, un sourire en coin. Elle ne les entendait plus, trop occupée à suivre les traits définis de son visage. Cet elfe l'intriguait, et elle n'aurait pu en expliquer la raison. Bien sûr, elle le trouvait toujours intimidant, avec cette beauté claire et majestueuse, mais il y avait plus que ça. Il semblait détenir quelques secrets, quelques clés qui pourraient lui servir.
Un bâillement de Yoann la tira de sa rêverie. Elle l'observa du coin de l'œil. Il avait les traits tirés, emprunts de fatigue, mais le sourire qu'il avait lui rappelait une douce torpeur.
"Pardonnez-moi, mais je tombe de fatigue.", annonça-t-il en se levant.
Les elfes lui sourirent et hochèrent la tête, et Haldir prit la parole d'une voix claire et précise. "Je prends le premier tour de garde. Rúmil, tu prendras le suivant." Les elfes hochèrent la tête, et comme mués par une envie commune, ils se levèrent, et partirent chacun au pied d'un arbre, à quelques mètres du feu.
Aline resta là, ne sachant que faire. Elle ne se sentait étrangement pas fatiguée. Haldir la regarda en souriant. "Partageriez-vous quelques moments encore en ma compagnie ?"
"Avec plaisir.", bredouilla-t-elle d'une voix faible. Il ne lui tendit pas la main comme elle s'y attendait, et elle l'en remercia silencieusement. Si le geste de la veille lui avait semblé d'un naturel déboussolant, elle préférait néanmoins garder l'emprise de ses sens, et le souvenir de la peau tiède de l'elfe ne lui aurait été d'aucun secours.
Elle se leva en grimaçant et le suivit un peu à l'écart du feu. Haldir déposa son arc et son carquois contre le tronc d'un arbre, et s'adossa contre un deuxième tronc, bien plus vaste que le premier. Aline se sentit hésiter, aucun autre arbre n'était suffisamment proche pour qu'ils puissent entretenir une conversation. Aussi se demanda-t-elle s'il n'avait pas fait un choix délibéré, mais elle se ravisa lorsqu'il se décala légèrement, proposant à sa gauche une surface suffisante pour qu'elle y appuie son dos. Elle frémit presque quand elle sentit leurs épaules s'effleurer.
Cette nuit-là, Rúmil ne vint pas prendre son tour de garde. Haldir et Aline restèrent longtemps, adossés contre l'arbre à l'abri des regards. La nuit ne fut troublée que par des murmures échangés, et par les éclats d'une pierre bleue, rendue vivante par l'éclat de la lune.
