Chapitre 12 : Le château de l'Érable
Il y avait quelque chose de grisant pour Daenerys de voler dans le ciel en compagnie d'autres êtres humains. Elle avait toujours été seule dans le ciel, ce qui lui avait donné une impression de grandeur. Là toutefois, voir tous les dragons qui volaient dans son sillage la grisait. Elle avait une armée encore plus forte, des alliés de poids, mais elle n'était plus la seule à comprendre ces créatures de légende. Peut-être même qu'ils pourraient l'aider à mieux apprivoiser Drogon et Rhaegal. Elle ne croyait pas leur assertion que ses dragons étaient plus sauvages, moins intelligents que ceux des Grand-Ilois, mais leur connaissances semblaient être étendues. Une part d'elle-même se demandait comment la rébellion du roi Robert aurait tourné si sa famille avait eu connaissance que le château de l'Erable détenait dans ses entrailles de véritables œufs de dragon. Et s'ils avaient pu les faire éclore à leur contact, les Targaryen seraient peut-être encore la famille régnante de Westeros. Toutefois, après les crimes de son père, une part d'elle-même ne pouvait pas condamner la révolte des seigneurs. C'était angoissant car plus d'une personne lui avait reproché de lentement lui ressembler. On lui donnait toujours en exemple les Tarly. Toutefois, elle ne voulait pas réduire les gens en esclavage, elle voulait les libérer. Elle voulait abattre les tyrans. Cependant, est-ce qu'elle commençait à en devenir une dans son objectif et les sacrifices qu'elle était prête à faire?
Non.
C'était le mot qu'on lui disait constamment depuis son arrivée dans les Sept Royaumes.
Non.
Non à sa légitimité, non à ses méthodes, non pour la reconnaître elle, l'étrangère, comme reine, non à ses dragons sauvages, non pour lui obéir, non et toujours non. Jon disait que tout le monde se rangerait à son avis, qu'ils finiraient par voir ce qu'il voyait en elle. Néanmoins, elle voyait bien la piètre opinion qu'avait le Nord de son amant. Peut-être qu'il était temps d'essayer d'autre moyens. Comme quand elle avait décidé de donner spontanément son aide pour aider ces damnés d'Erastark dans l'espoir qu'on la soutienne. Résultat qu'elle avait obtenu en partie. Il fallait qu'elle y réfléchisse et profondément. Elle sortit de ses pensées pour regarder le paysage qui défilait sous sa monture. Les vastes forêts et plaines enneigées, une ville fortifiée se dessinant dans le lointain bordé par la mer. Spring-City si sa mémoire était bonne. Une ville en dehors de l'île, mais sous la suzeraineté des Erastark. Comme quoi, même géographiquement parlant, cette famille était majeure dans le Nord et avait longtemps été les vices-rois du roi du Nord. Le dernier, Eddard Erastark avait vécu sous le règne de Torrhen Stark le roi qui avait plié le genou. Eddard, un grand nom de personnage, comme l'ancien gouverneur du Nord tué par les Lannister. Les dragons continuèrent à voler passant au-dessus de la ville. Certaine montures descendirent pour se poser dans la cour du château de la famille Anwar, dont le dragon couleur émeraude avec Jaran Snow comme cavalier et d'autres poursuivant leur route pour aller voir ce qui était advenu de l'île. Daenerys avait décidé de poursuivre sa route avec Racine le roi des enfants de la forêt. Elle était rongée par la curiosité de voir une terre si mystérieuse où ses opposants avait grandi. La mer sous eux était agitée, se précipitant contre des îlots de roche. Comme un collier de pierre, un chemin serpentait des rivages de Spring-City jusqu'à une masse sombre dominant l'horizon. La bonne ou la mauvaise nouvelle était que la fumée avait disparu dans le ciel et que le feu avait été maîtrisé. Inconsciemment, la mère des dragons se pencha en avant, voulant aller plus vite et Drogon répondit à sa volonté. Il redoubla la cadence de ses battements d'aile et prit bientôt la tête de la colonne. Puis, se dessinant enfin, elle vit les tours du château apparaître. Nullement vaste comme Harrenhal, elle resta néanmoins bouche-bée en voyant sa silhouette perchée sur le haut d'une vertigineuse falaise. Son dragon décrivit un arc de cercle en arrivant au-dessus des terres, restant néanmoins à bonne distance d'éventuels tirs et offrant une vue privilégiée sur la forteresse et sur la ville. Le château avait été construit à l'intérieur de quatre imposantes murailles en forme de croix. Presque à l'extrémité des quatre ailes du bâtiment s'élevait une tour plus petite que celles qui ponctuaient les remparts de la forteresse. A la jonction des ailes se trouvait un bâtiment principal qui était surmonté de tourelles qui entouraient le donjon. Le tout avait été construit dans de la pierre gris foncé agrémentée ici et là de pointes de rouge et de jaune. Daenerys pouvait compter une vingtaine de tours au total pour l'ensemble de la construction, ce qui était beaucoup tout de même. À l'arrière du château, elle pouvait voir s'étendre les jardins et le bois sacré avec ses nombreux arbres qui s'entassaient entre l'enceinte orientale et les murs de la forteresse tandis que le côté occidental était vierge de toute végétation. Quant à la ville, elle ne pouvait que s'imaginer de quoi elle avait pu ressembler... Au pied du château, côté sud, des décombres fumants se dressaient sur une vaste plaine le long d'une plage jonchée de débris calcinés. Le spectacle était désolant. Daenerys avait beau regarder à gauche et à droite, elle ne voyait personne dans les gravats ou sur les remparts du château. Est-ce que la région avait été abandonnée? Les Fers-Nés n'avaient quand même pas été capables de s'emparer de tout le monde tout de même? La jeune femme regarda son partenaire de vol et ce dernier secoua la tête doucement.
-Il sont tous morts? fit-elle horrifié.
-Non Mère des dragons Rhaegal et Drogon. Ils ont fui dans les forêts. Je sens leur étincelle de vie.
-Vos forêts enchantées.
-Les arbres ont rempli leur office. Ils ont repoussé les envahisseurs et soustrait les civils à une mort certaine.
Daenerys regarda les ruines et le château abandonné avec un mélange d'horreur, de soulagement et de fascination. Le feu était puissant, les Fers-Nés en avaient fait une grande démonstration ici. Une population complète qui se repliait dans les bois, abandonnant tout derrière elle. D'un autre côté, avec l'appel des Stark à l'aide pour affronter l'armée des morts, peut-être que la cité avait été vidée presque entièrement de ses combattants pour se battre. Ce qui laissait des vieillards et des jeunes enfants sur place. Suivie des autres dragons, ce fut sur ses pensées qu'elle se posa pied à terre dans ce qui restait d'Erablesport avec les autres. Les autres voyageurs avaient tous des mines lugubres en regardant tout autour d'eux.
-Lady Targaryen, puis-je vous inviter à vous reposer au château de l'Érable en attendant que l'on ramène les survivants depuis le fond des bois? vint lui dire le lord de Grande-Île après s'être entretenu avec quelques enfants de la forêt dont le roi Racine.
-Je peux me rendre utile Lord Erastark. répondit Daenerys déterminée à ne pas se faire mettre sur la touche.
-Nous nous répartissons les tâches. Certains vont chercher les survivants, d'autres vont à Spring-City informer de ce qui est arrivé ici et d'autres vont faire le tour de l'île pour voir si d'autres régions ont été attaquées. expliqua Alix.
-Lord Erastark, peut-être qu'avec son conseiller Jorah Mormont, Lady Daenerys pourrait réfléchir à un plan d'attaque sur les Iles de Fer en attendant que nous nous occupions du reste. intervint son beau-frère. Lady Targaryen a une grande connaissance de la prise de territoire et Ser Mormont est déjà allé là-bas.
Le premier gardien réfléchit un moment et acquiesça.
-Pouvez-vous faire cela, Madame?
-Naturellement. répondit Daenerys.
Elle aurait voulu être dans l'action, mais au moins on ne l'avait pas écartée. Elle chercha son fidèle conseiller du regard et le rejoignit.
- Nous devons établir un plan pour punir les Fer-Né et récupérer ce qu'il auront pris. lui dit-elle. La meilleur place pour cela est au château je présume?
-En effet. Venez avec moi, Khaleesi.
Le chevalier ouvrit le chemin à travers les ruines pour se rendre sur la route qui serpentait vers les grandes portes de la forteresse. Ils avaient atterri près de la plage, ce qui les obligeait à parcourir une certaine distance. Daenerys aurait pu retourner auprès de Drogon pour survoler plus rapidement le chemin, mais elle avait envie de s'imprégner de cette atmosphère mortifère. C'était la première fois qu'elle voyait les ravages sur des maisons et des civils depuis son retour à Westeros. Avant, cela n'avait été que des armées et des terres aux mains de Cersei Lannister. Maintenant, c'étaient des terres qui lui appartenaient. Enfin, désormais alliées qui avaient souffert.
-Étiez-vous souvent venu ici avant? demanda-t-elle pour en savoir plus.
-Assez régulièrement oui, Khaleesi. Ma tante était la dirigeante de l'île. C'était une cité bien vivante et prospère.
-Étonnant pour une île assez isolée.
-Leurs produits étaient recherchés. Des statuettes en bois et en métaux précieux, des pierres, du bois et bien évidemment, des produits de l'érable que vous connaissez.
-Viserys adorait le sirop d'érable. se remémora Daenerys. Lorsqu'on avait une friandise à base de ce sucre, il était ravi. On n'en avait pas souvent l'occasion d'en avoir à Essos. C'était si rare.
-Je n'ai jamais vu d'érable ailleurs que sur cette île. admit Jorah.
Daenerys hocha la tête et se dit qu'il fallait absolument qu'elle trouve un moyen pour reprendre Grande-Île sous son contrôle et ainsi pouvoir bénéficier du commerce de cette sève d'érable. Plongée dans ses pensées à échafauder plusieurs plans, elle ne remarqua pas qu'ils étaient arrivés devant les portes dans la muraille du château. Elle sortit de ses esprits quand Jorah lui dit qu'il étaient finalement arrivés. Bien qu'elle avait observé les constructions de pierre du haut du ciel, elle regarda de nouveau l'endroit avec attention. Du ciel ou de la terre, la vision était assez différente. Là, elle se sentait écrasée par la masse de pierre qui les surplombait. Jorah la guida à travers la porte laissée grande ouverte dans la muraille. L'intérieur de la cour était sablonneuse tandis que derrière le donjon, elle pouvait voir s'élever des arbres. Détail qui lui avait échappé alors qu'elle était en plein ciel, les galeries le long des ailes et du bâtiment central. Sur deux niveaux, ces dernières s'appuyaient sur des colonnades finement sculptées d'albâtre blanc rougeâtre formant ainsi des abris en cas d'averse pour les gens dans la cour. Le donjon n'était pas dépourvu d'ouverture sur l'extérieur comme elle le remarqua, ayant eux aussi des balcons qui devait avoir une belle vue sur les environs. Les imposantes tours des murailles étaient traversées de meurtrières, idéal pour se poster et attaquer quiconque pénétrait en force dans la place.
-Ceci est très impressionnant. Difficile de croire qu'ils ont fui dans les bois au lieu de se replier dans le château.
-Dans les forêts, ils pouvaient recevoir l'aide des enfants de la forêt et non ici où ils auraient dû se battre contre les Fers-Nés. Avec les guerres successives, ils doivent être à court d'adultes en âge de bien se battre, Khaleesi.
Les deux gravirent une première volée d'escaliers passant entre des colonnes plus imposantes que celles qui soutenaient les galeries pour arriver à un premier palier où se rejoignait plusieurs volées de marches qui permettaient ainsi de descendre dans la cour avant du château vers le nord, le sud ou vers l'ouest où se trouvait la porte dans la muraille. La deuxième volées de marche les conduisirent plus à l'intérieur d'une des ailes où des banc de pierres avaient été installés de chaque côté de la courette. La troisième volées de marche fit soupirer Daenerys mais elle fut soulagée de voir qu'ils entraient enfin dans le château. Avec toutes ces longues et nombreuses marches, ils devait être au premier étages et non plus sur la terre ferme. Jorah poussa les battants de bois pour ouvrir le chemin à sa reine et ils s'infiltrèrent à l'intérieure de la forteresse. Cette fois, Daenerys ne put s'empêcher de pousser un cris de surprise. Pas de cadavres, de désordre, comme on pourrait s'attendre d'un château vidé dans la précipitation suite à une attaque, vu l'ordre à l'intérieur des murs, il était tout à parier que les envahisseurs ne s'étaient pas rendus jusqu'aux portes, mais ce qui avait saisit la jeune femme étaient les murs gravés et colorés du large couloir dans lequel ils venaient de pénétrer.
-C'est fascinant n'est-ce pas, Khaleesi? demanda Jorah qui la suivit vers un des murs ou était illustré le pacte entre les hommes et les enfant de la forêt.
On y voyait le fameux collier de la lady de l'île briller entre les mains de deux personnages. L'un d'eux était un enfant de la forêt et l'autre était un jeune homme aux traits indéniablement Stark.
-Rickon Erastark, le premier de la lignée... murmura-t-elle admirative malgré elle. Ils ont leur légendes sur les murs de leur château?
-Pas leur légendes, leur histoire. C'est une coutume des Grand-Ilois. Les murs des château sont ainsi gravés afin de ne pas oublier le passé.
-Cela doit prendre du temps à réaliser.
-Je ne vous le fait pas dire, Khaleesi. Les gravures ne sont jamais terminées. Même ici. Cela fait plus de deux cent ans qu'ils gravent et colorent leur scène, mais ils n'ont toujours pas terminé. Certaine ailes sont dépourvues d'illustration, l'entrée est consacrée à la naissance de Grande-Île. D'autres ont relaté les événements forts qu'il se souviennent de leur passé. La danse des dragons, la rébellion de Robert Baratheon.
-Ils ne peuvent oublier une trahison dans ses circonstances s'ils voient, jour après jour, leur histoire sous leur yeux.
-En effet, ils n'oublient rien. confirma Jorah.
Fascinée, Daenerys suivit le mur du couloir, suivant scène après scène. Tout comme dans la grotte sur Peyredragon, ils lui évoquaient une histoire commune entre les différents peuples de Westeros. Une nouvelle leçon d'humilité qu'elle recevait. Après avoir regardé la nomination du premier Erastark comme vice-roi par un Stark du Nord, elle se détourna des images et suivit son conseiller jusque dans la grande salle aux murs de marbre blanc et aux bannières Stark et Erastark au mur. Cette simple visite sur Grand-Île lui avait donné matière à réflexion.
