Chapitre 13 : L'arrivée du cousin
Cersei avait décidé de les abandonner à l'armée des morts. Elle leur avait promis de l'aide mais elle n'en avait jamais eu l'intention. Il ne comprenait pas ce qu'il arrivait à sa sœur mais plus le temps passait, plus ses décisions lui paraissaient insensées. Elle était complètement hors de contrôle et risquait maintenant la survie de tout Westeros par caprice. Il n'était pas dit pour sa part qu'il abandonnerait le Nord, surtout après ce qui était arrivé à ses cousins. Il avait le ventre noué mais il avait foncé sur la route royale en direction de Winterfell depuis Port-Réal. Il avait assez défait ses serments pour ne pas en rajouter un à sa liste. Les tours de Winterfell apparurent bientôt et malgré ses appréhensions, Jaime redoubla de vitesse pour rejoindre un lieu qui lui offrirait nourriture chaude et un bon lit, ce qu'il n'avait pas eu pendant son voyage. Il était presque arrivé à la demeure ancestrale des Stark quand il aperçut dans le ciel des dragons qui volaient autour des tours. Des dragons qui n'avaient pas été à Fossedragon. Cersei avait eu finalement tort. Daenerys n'avait pas perdu son troisième, elle avait laissé les autres en arrière. Il était curieux, il avait cru qu'elle en avait juste trois mais apparemment ce n'était pas le cas. Compagnie Dorée ou pas, s'il y avait une vague de dragon qui s'abattait sur la ville, ils n'auraient aucune chance. Les portes étant ouvertes, le jumeau de la reine lionne pénétra dans la cous et descendit de selle, heureux de pouvoir soulager ses jambes. La personne qu'il aperçut fut Lady Eva et il se sentit devenir tout petit face au regard froid de la nordienne. La dernière fois qu'il avait vu sa cousine par alliance, c'était alors qu'il était en cage aux mains de Robb Stark.
-Lady Erastark, mes hommages. la salua-t-il malgré tout, cachant son inconfort.
-Ser Jaime. Vous nous voyez surprise de vous voir.
-J'ai donné ma parole que je viendrai au Nord me battre.
-Je vois. Venez avec moi.
Le chevalier confia les rênes de son cheval à un palefrenier et emboîta le pas à la vieille dame. Elle l'escorta jusque dans la grande salle où les seigneurs et dames qui demeuraient au château terminaient leur repas. À la table d'honneur, il y avait Bran, Sansa et Rickon pour les Stark, Katharyna pour les Erastark, et pour finir Varys, Tyrion et Misandei pour le camp de Daenerys.
-Messieurs, Mesdames, Ser Jaime Lannister.
Un silence de plomb accueillit Jaime qui fit quelques pas.
-Qu'on nous apporte du pain et du sel. commanda Sansa en se levant.
-Le voici Lady Sansa. répondit une servante qui approcha avec un plateau.
L'ancienne épouse de Tyrion se saisit du pain, le saupoudra de sel et le rompit avant dans tendre des morceaux aux gens présent. Jaime avala le sien avec difficulté. Les Nordien étaient encore plus froids et distants qu'il ne l'avait appréhendé.
-Votre Grâce, puis-je posé des question à mon cousin? demanda poliment Katharyna à Bran.
-Il n'est pas au courant, ni mandé par Cersei. assura Bran après un moment de silence.
-Au courant à propos de quoi?
-Une partie de nos armées sont parties, cousin. La mort marche sur nous mais une initiative de votre sœur nous a forcés à séparer nos forces.
-Qu'a fait Cersei?
-Grande-Île est à feu et à sang, Ser Jaime. Mon petit-fils est reparti pour châtier une fois pour toutes les Fers-Nés qui, sous le commandement de Euron Greyjoy, pillent nos terres. Sachez-le, nous n'avions pas l'intention de joindre nos forces à Daenerys Targaryen mais comme elle est partie défendre nos terres, nous n'aurons d'autre choix que de le faire.
-Je ne comprends pas, pourquoi notre sœur aurait demandé d'attaquer Grande-Île? demanda Jaime à Tyrion.
-Il lui faut des navires pour transporter la Compagnie Dorée.
Les épaules du Régicide s'affaissèrent d'accablement.
-Cersei, de tous les endroit où les Greyjoy auraient pu se fournir du bois et des navires, tu choisis une île appartenant au Nord et gouvernée par nos cousins? pensa-t-il contrarié.
-Cersei ne mérite pas le trône, cousin. Toutefois, elle reste notre cousine et on ne voulait pas prendre les armes contre elle. Malgré ce que vous nous avez fait pendant les Noces Pourpres. l'informa la femme de Kaelan Thorn.
-C'est notre père qui a organisé ce massacre. Ni Cersei et ni moi.
-Et nous savons que Tyrion a été outragé de cet acte. Nous le savons. Nous n'en avons pas tenu rigueur envers les Lannister survivants. Nous renions Tywin Lannister comme membre de notre famille, notre arrière-grand-mère, Lady Amayelle, serait morte de chagrin en l'apprenant mais nous savons que vous n'y étiez pour rien. Cependant, c'est une attaque directe contre nous.
Les deux frères Lannister échangèrent un regard. Ils comprenaient qu'il n'y aurait pas de pitié envers leur sœur. Le souvenir de leur grand-mère de substitution flotta dans l'air à leur côté. Lady Katharyna avait raison. Si Lady Amayelle n'était pas décédée aux mains des Fers-Nés en 299, elle aurait été profondément affectée de ce nouveau conflit entre leur deux familles. Heureusement dans un sens qu'elle n'avait pas vécu assez longtemps pour voir cela, ce qui soulevait en Jaime une autre interrogation. Comment Cersei avait pu s'allier avec un peuple qui avait tué un des leurs?
-Il ne l'ont pas tuer Jaime. révéla Tyrion qui suivait les réflexions de son frère sur son visage. Yara Greyjoy était là au moment où elle est décédée.
-Comment elle est morte?
-Elle s'est suicidée. Elle aurait dit avant de se jeter en bas dans la mer qu'elle ne servirait pas d'otage pour faire souffrir les siens.
-Cette fois, les Fers-Nés ne recommenceront plus. Feu et sang s'abattront sur leur terre. fit lady Eva d'un ton neutre. La voie du sel qu'ils aiment si ardemment prendre pour nous, ils vont y goûter à leur tour.
Jaime frissonna. La vieille dame lui donnait la chair de poule. En la regardant, il lui semblait qu'elle serait capable de toutes les extrémités comme sa sœur. En même temps, les Iles de Fer avaient eu plus que leur comptant de secondes chances. Inlassablement, constamment, ils recommençaient et ils étaient de nouveau punis. Cette fois, il ne pourrait pas y avoir une autre vengeance à l'avenir de ce peuple.
-Bon, nos généraux ne sont point à Winterfell pour le moment. Il leur appartient de décider de votre sort. déclara finalement Sansa. Lady Eva, pouvez-vous lui montrer une chambre libre, s'il vous plaît?
-Bien sûr. Ser Jaime, venez avec moi. Je vais vous montrer où vous dormirez. Un plateau de nourriture vous sera apporté. Vous devez être épuisé après avoir chevauché seul depuis Port-Réal.
Les deux frère Lannister s'échangèrent un regard, promesse d'une conversation à venir entre eux et le chevalier suivit sa cousine en dehors de la salle. Elle monta d'un pas vif les escaliers jusqu'à s'arrêter devant une porte qui menait à une pièce meublée sommairement d'un lit et d'une commode.
-J'avais une question à vous poser. dit-elle rompant le silence qu'elle avait conservé pendant le trajet.
-Vous avez toujours des questions, vous les nordiens.
-Est-ce qu'il a souffert?
-Pardon?
-Excusez-moi. Vous n'avez pas suivi le fil de mes réflexions. C'est vous qui avez levé le siège de Vivesaigues. Est-ce que Ser Brynden Tully a souffert lorsqu'il est tombé au combat?
Jaime dévisagea surpris la dame devant lui. Il ne s'attendait absolument pas à cette question. Il vit alors que ses yeux sombres étaient humide. Humide de larmes qu'elle retenait.
-Vous l'estimiez beaucoup?
-Pendant la guerre des cinq rois, j'ai souvent côtoyé Ser Brynden. J'ai appris à grandement l'apprécier et je crois que c'était réciproque. C'était un homme de grande valeur.
-Il est mort honorablement, Madame. fit Jaime légèrement mal à l'aise.
Une autre relation qui s'était transformée en cendres à cause de la stupidité d'Eddard Stark et le manque de jugement de Joffrey.
-Vous savez, même si on survit tous à cette guerre, les deux guerres, il y aura un avant et un après. Notre famille ne pourra plus jamais être unie.
-Elle ne l'a jamais été. riposta sèchement Jaime.
-Si, elle l'a déjà été. Vous l'avez tout simplement oublié. Je vous laisse vous installer, Ser Jaime. dit lady Eva d'un ton distant et s'éloignant dans le couloir.
Ce fut ce que le chevalier fit. Il était fort songeur de ce qu'il avait appris en si peu de temps depuis son arrivé à Winterfell. Il avait revu ses ennemis, ses cousines et son frère. Mis à part le bref moment des pourparlers à Fossedragon, il n'avait pas réellement vu son petit frère depuis sa fuite du Donjon Rouge après la mort de leur père. Il y en avait beaucoup voulu pour ça. Cersei encore plus. Néanmoins, il sentait qu'ici Tywin Lannister n'était pas en odeur de sainteté en ce moment. Après les Noce Pourpres et le procès de Tyrion, ce n'était pas si surprenant... Au même moment, celui qu'il attendait avec impatience arriva dans le couloir et trottina jusqu'à lui gardant une prudente distance.
-Tu es venu. fit la main de la reine Targaryen.
-J'avais promis de le faire.
-Elle aussi.
-Tu as deviné que je suis venu seul.
-Les autres aussi l'ont deviné. J'ai vraiment cru qu'elle allait pourtant nous aider.
-Tu n'es pas le seul. J'ai essayé de lui faire entendre raison mais elle est persuadée que son aide n'aurait rien changé contre les morts.
Tyrion eut un rire amère.
-Cersei à toujours cru qu'elle était la plus futée de la famille. Tu sais ce que disait père. Connais tes allié, mais connais encore plus tes ennemis. Elle s'est condamnée elle-même.
-Ta reine l'aurait épargnée si elle avait respecté sa promesse?
-Non, absolument pas. Mais avec le refus de Cersei et l'attaque de Grande-Île, ils se sont impliqués dans la guerre entre les deux reines. Cersei avait une chance avant, elle n'en a plus désormais.
-Une chance contre tous ces dragons? Je suis surpris que ta reine ne soit pas venue avec eux à Fossedragon.
Tyrion lui fit un sourire plus triste.
-Ce ne sont pas les dragons de Daenery, mais ceux des Erastark;Jaime. Les dragons originels sont revenus.
Pour avoir un frère comme Tyrion passionné de ces créatures de légende, Jaime connaissait bien la réputation des dragons originels. En un autre temps, il aurait objecté que ce n'était pas possible mais avec les dragons de Daenerys, le retour des marcheurs blancs, il ne pouvait pas nier l'improbable. Il s'assit sur son lit encore plus découragé qu'à son arrivée à Winterfell. Il se posa bien évidemment la question du comment et du pourquoi. C'étaient ses cousins qui avaient su réanimer cette race disparue, mais tout ce qu'il parvint à dire, fut :
-Cersei, Cersei, Cersei... Mais qu'avons-nous fait?
