Note d'auteur: La maison Arnulf est une invention de mon amie Cassandra!
Chapitre 14 : Les survivants
Arya franchit le tronc couché dans le sous-bois d'un bond. Elle s'était portée volontaire pour partir à la recherche des survivants d'Erablesport. Partenaire d'un des seigneurs de Grande-Île, elle observait les alentours avec attention afin de relever la moindre trace. Au début, ça avait été facile de suivre le chemin qu'ils avaient emprunté, le sentier étant jonché de cadavres de Fers-Nés en décomposition, du moins ce qui en restait, et des traces de sang sur la mousse, les rochers et les arbres. Cela devenait de moins en moins évident alors qu'ils s'enfonçaient de plus en plus. Depuis plus de deux heures qu'elle crapahutait, elle était effarée de voir que ceux qu'ils cherchaient s'étaient enfoncés aussi profondément entre les arbres. La bonne nouvelle, rien ne les avait attaqué. Aucun assaillant survivant, ni animaux ou... Aucune végétation. Même si elle avait choisi cette tâche, elle avait quelque peu hésité avant de pénétrer sous la floraison impénétrable de la forêt. Le souvenir de ce qui était arrivé à l'envoyé de la reine Targaryen était très vif et les restes des corps étaient une autre démonstration comme quoi ses cousins n'avaient pas monté un bateau à leur encontre pour les effrayer. Cependant, il semblait que la magie qui animait les lieux avait estimé qu'elle n'était pas une menace. Heureusement pour elle.
-Ils sont allés bien loin. Ils n'ont pas pris de pause une seule fois. commenta la jeune Stark pour briser le silence avec son accompagnateur.
C'était un jeune homme de la maison Arnulf qui se déplaçait avec une rare aisance dans les bois malgré un léger problème de claudication.
-Nous marchons plein Nord-Ouest, ils se reposeront rendus à destination, Princesse Arya.
-Je ne suis pas une princesse. grommela aussitôt la jeune fille.
-Brandon Stark votre frère est notre roi, vous êtes une princesse. Une princesse guerrière.
-Vers où se dirigent-ils selon vous?
-Vers le sanctuaire.
-Et il est loin votre sanctuaire?
-Au moins trois semaines à pied.
-Trois semaines? Mais on n'a pas trois semaines devant nous!
-Ils se seront arrêtés à la Grande Rivière. Elle regorge de poissons et il y a des herbes comestibles sur ses rivages. On y sera dans quelque heures. Les gens des rives savent que si l'île doit tomber de l'extérieur, la Grande Rivière est un point de ralliement du moins, pour ceux qui vivent du côté est de l'île. .
-Vous êtes totalement autonome du Nord, je me trompe? demanda Arya intriguée.
-Nous sommes autosuffisants si telle est votre question. répondit le jeune homme.
-Alors, pourquoi vous n'avez jamais demandé votre indépendance? Pourquoi vous n'êtes pas une couronne à part entière?
-L'idée a déjà fait son chemin, Princesse Arya. Le récit de la mort de Lord Edwyl Erastark, le mari de la princesse Alyssia Targaryen, survint pendant une guerre civile qui a eu lieu sur Grande-Île. Certains voulaient qu'on soit indépendant, d'autres désiraient qu'on dirige le Nord et d'autres tenaient à leur serment d'allégeance envers les Stark de Winterfell. Grande-Île, croyons-nous, n'est pas fait pour diriger mais pour préserver.
-Vous nous préservez de tout, même de nous-mêmes. Comme quand vous avez sauvé mon frère Rickon. Il nous a raconté ce qu'il s'était passé. Après qu'il se soit séparé de Bran. Quand les Omble les ont pris et ont voulu le remettre aux Bolton. Sansa et Jon pensaient que c'était des sauvageons qui avaient attaqué leur délégation.
-Lord Erastark craignait pour la vie du jeune prince Rickon à l'Âtre-lès-Confins.
Arya acquiesça. Apprendre qu'une des maisons vassales de sa famille avait appuyé les Bolton et les Karkstark l'emplissait de ressentiment. Et elle n'était pas la seule. Ses deux maisons survivantes à l'ère Bolton étaient regardées avec mépris par ses cousins et les autres familles nobles du Nord. Jon avait été furieux que ses cousins gardent le silence sur la survie de Rickon. Elle aussi, mais comme Sansa, elle était bien plus soulagée que son frère avait été soustrait à des gens qui allaient le livrer à leurs ennemis.
-Jon leur a pardonné leur traîtrise. Pas moi. confia-t-elle au jeune lord de Higge Manor.
Ce dernier acquiesça. Les Grande-Ilois non plus ne leur avaient pas pardonné. Sachant maintenant vers où ils se rendaient, Arya relâcha quelque peu sa vigilance et le suivit à travers les bois jusqu'à émerger sur la berge d'une large rivière. Elle regarda autour d'elle et s'immobilisa net. Il y avait des centaines de personnes voire quelques milliers. Des feux de camp avaient été allumés, certains péchaient, d'autres s'occupaient de découper de la viande. Il y avait surtout des enfants, de jeunes adolescents ou des personnes âgées. Arya vit vite que plusieurs avaient des bandages sur eux et que d'autres boitaient. C'étaient des survivants qui avaient pu fuir les Fers-Nés. Des sentinelles s'approchèrent d'eux, arme au point. En les observant, ils hochèrent la tête, semblant les reconnaître et sans émettre le moindre mot, trois retournèrent à leur poste tandis que la quatrième leur fit signe de la suivre. Arya lui emboîta le pas avec son guide jusqu'à un grand feu où un vieil homme terminait de changer les bandages d'une jeune fillette.
-Tout se cicatrise bien, mon enfant. Va rejoindre tes sœurs maintenant. dit-il gentiment en se redressant.
Arya devina qu'il s'agissait d'un mestre par la chaîne qu'il avait autour du cou et sans doute un instruit en raison de la longueur de cette dernière.
-Mestre Axel, Son Altesse la princesse Arya Stark de Winterfell. fit le jeune homme.
-Lord Arnulf, Madame. salua l'homme de science poliment.
Arya aurait bien aimé lui signifier qu'elle n'était pas une dame mais vu le contexte et la charge de travail que son vis-à-vis avait dû abattre pour la communauté survivante, rouspéter en ce moment serait puéril.
-Les renforts sont arrivés. Je crois que vous pourrez rentrer au château de l'Érable. répondit-elle à la place.
-Ils n'ont pas incendié le château? Cela m'étonne.
-Peut-être ont-ils manqué de temps. Mestre Axel, y a-t-il eu beaucoup de morts?
-Les vies ont été relativement épargnées, nous avons pu fuir à temps, mais les ressources ont été pillées, Monseigneur. Ils ne venaient pas pour tuer, ils venaient pour prendre. Ils se sont organisés pour détruire les cloches de la ville avant qu'on ne les repère et ont rempli peu à peu leurs navires de vivres avant de lever l'ancre. Lorsque leur manège a été repéré, il ont sorti leurs armes pour attaquer. Le château a donné l'ordre de se replier dans les bois et de se rendre à la Grande Rivière. Le château aussi a été abandonné. Nous n'avons pas les effectifs nécessaires pour le sécuriser. Et s'ils avaient mis le feu le long des murailles, nous n'aurions rien pu faire pour l'éteindre. expliqua le survivant de la nuit de cauchemar qui avait frappé Grande-Île.
-Et lady Erastark? demanda Arya qui n'avait pas repéré sa cousine dans la foule.
Le vieil homme soupira et se tourna vers ses instruments et herbes. Silencieux, avec les moyens du bord, il fit trois tasses de thé. Il les distribua et alla s'asseoir sur la souche qui servait de banc à ses patients.
-Si vous ne l'avez pas vue en arrivant à Erablesport, alors je suppose qu'ils l'ont prise. Nous avons été séparés dans l'exode de la population et elle n'a jamais réapparu. Pour les Fers-Nés qui doivent être alliés à Cersei Lannister, elle est une otage de choix pour faire plier Lord Erastark, Lady Arya.
-Mon cousin ne céderait jamais à un chantage. Vous savez, Lord Erastark était neutre dans la guerre entre Daenerys et Cersei. Mais cette attaque... Cela l'oblige à prendre un camp pour Daenerys qui a accepté de venir donner un coup de main.
-Certes mais l'attaque visait sûrement à obliger vos cousins à prendre position en sa faveur. Maintenant, Grande-Île devra faire le choix de s'allier à celle qui détient une de leurs dirigeantes ou à celle qui a voulu les aider lorsqu'ils étaient attaqués. L'histoire se répète comme pendant la guerre des cinq rois. soupira Axel.
Lord Arnulf acquiesça tout aussi sombrement et Arya se demanda quel camp ses cousins choisiraient cette fois.
