Note de l'auteur : Merci à ma beta, Marina Ka-Fai, pour sa relecture et sa correction.
Chapitre 17 : La Longue Nuit
Ça y était. La masse pâle des morts était visible à l'horizon. On avait dressé les différentes troupes, les catapultes et les dragons se tenaient cous tendus, prêts à déverser leurs flots de flammes. Dans le bois sacré, Bran attendait au pied du barral, des soldats et des enfants de la forêt l'entourant. Le roi Racine se tenait debout sur son dossier, l'air déterminé à en découdre avec l'être que ses ancêtres avaient créé il y avait des milliers d'années pour affronter les hommes. Des épées en acier valyrien brillant dans leurs mains, plusieurs seigneurs se tenaient prêts à se battre jusqu'à la mort. L'avenir de leurs patries dépendait de leur victoire ou de leur défaite. Dans les cryptes, Sansa, Tyrion, Rickon et Lady Thorn s'étaient réfugiés avec d'autres civils qui n'avaient pas pu fuir Winterfell à temps. Au dehors, un des dragons jeta sa tête en arrière et poussa un long rugissement avant d'écarter ses ailes pour s'envoler. C'était le signal que tout le monde attendait. La bataille venait de commencer. Les autres dragons suivirent bientôt, volant dans le ciel, communicant entre eux afin de se coordonner dans les attaques de flammes qu'ils lancèrent contre les Marcheurs Blancs. Tour à tour, des escadrilles fonçaient sur les troupes ennemies, crachant un flot mortel et s'envolant rapidement pour éviter d'être touchées. Puis, lorsqu'elles furent à portée de tir, les catapultes lancèrent un feu nourri de rochers remplis d'huile qui explosèrent en enflammant d'autres troupes. Les attaques étaient redoutablement efficaces mais malgré tout, les morts continuaient à avancer encore et encore vers les murs du château. On érigea un mur de flamme pour les tenir à distance un temps, les rochers continuant à pleuvoir, puis lorsqu'ils parvinrent à le franchir, les soldats au sol se préparèrent à leur tour à foncer sur l'armée opposée.
Parer encore et encore, c'était tout ce qu'il pouvait faire. Frapper et terrasser les morts qui l'attaquaient. Et quand un de leurs hommes tombait, on devait aussitôt le brûler avant qu'il ne se relève. Ce n'était pas une bataille mais une véritable boucherie. Toujours en contact mental avec sa dragonne, Alix faisait chanter Northern Light dans l'air, tranchant têtes, bras et jambes. Ses adversaires les plus difficiles mais qu'il préférait avoir étaient les Marcheurs Blancs. Chaque Marcheur Blanc tué faisait s'écrouler tous ceux qu'il avait ramenés à la vie. Les dragons se concentraient aussi sur ses troupes bien particulières. Néanmoins, le but ultime de cette bataille était de tuer le Roi de la Nuit. Toute armée sans tête dirigeante était fragilisée. Et Racine leur avait expliqué qu'en le détruisant, ils détruiraient toutes ses troupes. Par un effet de domino, les Marcheurs Blancs qu'il avait créés seraient détruits et ceux-ci tomberaient, entrainant la disparition de leur propre création jusqu'à annihiler leur forces. Le problème : où était ce fils de pute? Personne ne l'avait repéré. Un loup garou, peut-être Broussaille sauta à ses côtés et arracha le bras d'un homme mort qui s'apprêtait à l'embrocher. Au diable les réflexions, il fallait se concentrer!
Mais où était ce roi de la mort? Tous ses dragons et ceux des Grande-Ilois le cherchait et pour l'instant, rien ne sortait de l'ordinaire. Daenerys filait dans l'air glacial sur le dos de Drogon et encourageait sa fière monture à brûler, à déchirer tout ce qui se présentait devant eux. Jon sur Rhaegal en faisait autant un peu plus loin. Elle était forcée de l'avouer, le fait que les dragons de Grande-Ile comprennent ce qu'on attendait d'eux était chose pratique et ils n'avaient pas besoin d'être chevauchés contrairement aux siens. Peu importait que ce fût un loup, un enfant de la forêt, un humain, un dragon sauvage ou originel, il fallait le trouver et le détruire! Elle voulait bien partager son royaume avec d'autres seigneurs mais les Marcheurs Blancs ne faisaient pas partie de la liste des gens de son état major qu'elle désirait.
-Dracarys! rugit-elle
Cersei avait commis une petite erreur de jugement. Si les morts l'emportaient dans le Nord, Compagnie Dorée ou pas, la nouvelle armée du Roi de la Nuit serait trop importante pour être arrêtée, chaque mort étant un nouveau soldat pour lui. Du nord aux portes du Donjon Rouge, il y en avait de la route et des civils. Cette guerre n'était pas comme les autres. Cette bataille ne pouvait pas être une défaite. Perdre ici, c'était perdre la guerre. Jaime en avait conscience tandis qu'il se battait avec la rage au ventre, qu'il se battait avec tout ce qu'il possédait pour pouvoir diminuer les lignes ennemies.
-Il est proche, il me sent. Il va venir. fit Bran dans le bois sacré à ceux qui l'entouraient.
-Il doit venir. lui dit Racine avec sérénité. Car tout commence et tout finit avec lui et avec vous Brandon de la maison Stark.
-Je ne suis plus Brandon Stark.
-Votre esprit est empoisonné, jeune infirme. Le poison s'est répandu en vous, ensorcelant vos sens et en libérant d'autres. Tout commence et tout finira cette nuit si les dieux de la forêt le veulent bien.
Pour une rare fois, la corneille à trois yeux parut troublée. Était-elle envoûtée?
-Ils sont là! s'écria Theon Greyjoy.
Les enfants de la forêt firent rougeoyer leurs pupilles et leurs paumes, dégageant une grande magie, si bien que les yeux du visage d'écorce du barral s'éclairèrent à leur tour.
Une lance avait percé Drogon. Daenerys l'avait vu filer vers eux et elle avait presque réussi à l'éviter. La blessure ne serait peut-être pas mortelle. Sa chute vers le sol très certainement.
-Daenerys! s'écria Jon qui se tourna pour venir la rattraper, tournant le dos à un Marcheur Blanc.
Il n'eut pas le temps de pousser un cri quand la lance de glace le transperça de part en part. Elle poussa un hurlement de terreur et de refus en se sentant chuter et en voyant ainsi son amant être tué. Elle ne toucha toutefois jamais terre, une patte de dragon la saisissant au vol, stoppant brusquement sa chute. Ça ne se fit pas en douceur et elle sentit certain de ses membres se disloquer. Mais elle était vivante. Vivante et un homme la récupéra quand la bête ailée la posa au sol en sécurité. Avant de perdre conscience, elle aperçut le visage de Lord Thorn. Ironie du sort, sauvée par un membre de la famille Erastark.
-Merci Estra, vole. Je la mets en sureté. fit Kaelan à la dragonne qui reprit son envol.
Les soldats étaient tombés un par un devant le Roi de la Nuit et ses Marcheurs Blancs. Les enfants de la forêt continuaient à psalmodier tout en évitant les lances avec une rare adresse. Au côté de Bran, Meera voyait la différence qu'il avait eu avec les enfants de l'autre côté du Mur et du sanctuaire. Les premiers étaient moribonds et eux resplendissants de force et de magie. Ce qui l'inquiétait, c'était que Bran n'avait plus dit une chose depuis un moment. Il était entré en transe et son corps sur sa chaise était totalement flasque. S'ils devaient fuir, il ne serait qu'un poids mort. Mort comme elle avait dit qu'il était. Mort comme il se définissait lui-même. Le roi Racine disait plutôt maudit, ensorcelé. Ce dernier, toujours debout était presque en lévitation par l'afflux d'une puissance qui faisait dresser les cheveux des humains présents. Puis, le petit être sauta au sol et se tourna vers l'infirme. Il leva une branche qu'il planta dans la poitrine de celui qu'ils cherchaient à protéger. Meera en lâcha son épée de stupeur et sursauta. En même temps qu'une fumée noire sortait de la blessure qui n'était finalement que superficielle, Bran hurlait. Un hurlement strident qui devait déchirer ses cordes vocales. Transe ou pas, ses yeux bleus Tully étaient de retour et il se prenait la tête à deux mains, continuant à hurler tandis que des larmes coulaient sur ses joues pâles. Ses ongles s'enfonçaient dans sa peau et du sang se mélangea bientôt à sa sueur.
-Que la corneille à trois yeux, esprit maléfique destiné au Roi de la Nuit retourne dans le néant, qu'il libère les hommes de son contrôle et lève le voile d'obscurité sur le plan astral des forces magiques! Tu n'es plus la bienvenue, pars, libère se garçon! tonna le roi des enfants de la forêt.
La fumée s'épaissit et prit la forme d'un corbeau qui s'arracha au corps de Bran dans un grand croassement de rage. Le Roi de la Nuit leva la main pour l'attraper dans un geste désespéré.
-Non! s'écria Bran qui comprit ce qui arriverait si ce dernier l'absorbait.
Force surhumaine et cerveau surhumain avec la connaissance infinie de l'homme, du présent et du passé, des origines, les deux avaient dû être reliés ensemble ou devait l'être. Cela formerait une machine de guerre, une arme invincible. Racine tourna la tête et bondit pour arrêter l'entité mais le créateur des Marcheurs Blancs le fit voler au loin. D'autres voulurent intervenir sans plus de succès. Alors, sans réfléchir, presque machinalement, le jeune garçon qui était redevenu lui-même dégaina la dague qu'il avait eu l'intention de remettre à Arya et la lança. Occupé à se débarrasser de deux assaillants, le Roi de la Nuit n'eut cette fois pas le temps de l'esquiver. Telle une flèche tirée par un arc, l'arme fila et le percuta en plein cœur, le faisant exploser en mille éclats.
