Note de l'auteur : Merci à ma beta, Marina Ka-Fai, pour sa relecture et sa correction.
Chapitre 18 : Le prix de la victoire
Jaran avait cru son heure arrivée. Excellent épéiste, pendant la bataille il s'était retrouvé isolé de ses alliés. Il avait cru qu'il allait mourir et briser la promesse qu'il avait faite à sa petite soeur. Elle qui comptait sur lui, lui qui comptait sur elle, le duo frère et soeur imbattable de Spring-City avait passé proche d'être séparé pour la vie. Il n'aurait pas pu imaginer la dévastation que la dame du château aurait eue en apprenant sa disparition, comme il aurait été anéanti d'apprendre la sienne. Tout s'était joué à une fraction de seconde. Alors que le marcheur blanc allait lui enlever la vie de sa lance de glace, l'enfoncer profondément dans ses entrailles pour le tuer, pire : faire de sa dépouille une créature abjecte qui aurait pu détruire femmes et enfants sans distinction, il l'avait vu exploser en mille éclats. Sa lance s'était fracassée au sol sans qu'elle puisse accomplir sa sinistre besogne. Les jambes chancelantes, il regarda autour de lui et vit un spectacle réjouissant et accablant. Les morts avaient été vaincus. Cependant, au nom des Sept, il y en avait des morts, trop de morts! Même des bêtes ailées s'étaient écroulées, vaincues par le surnombre de leurs adversaires. Le prix de la victoire serait bien amer mais les vivants l'avaient emporté sur le Roi de la Nuit.
-Que les Sept nous accordent leur bénédiction. dit-il comme oraison funèbre.
D'une démarche chancelante, il rejoignit les survivants de la Longue Nuit. En premier, son seigneur exténué qui s'appuyait sur Nothernlight. Ses vêtements étaient déchirés et tâchés de sang mais il semblait bien portant. À ses côtés, le Régicide n'était pas dans un meilleur état. Les deux cousins s'étaient retrouvés dos à dos à lutter pour leurs vies. Ils avaient bien vu la position précaire de Jaran Snow mais ils n'avaient pas été en mesure de réduire le nombre des cadavres qui les séparaient de lui. Ser Brienne, à quelque pas de lui, était tout aussi fatiguée et bien heureuse d'avoir survécu. Elle s'était retrouvée à se battre en compagnie de Sandor et les deux avaient développé au cours de la bataille un respect mutuel pour leur adresse. Vivants contre les morts, les combattants solitaires n'avaient pas pu vaincre, il avait fallu travailler en équipe. C'était cela la leçon de la Longue Nuit auprès des Sept Couronnes. Le loup solitaire meurt mais la meute survit.
-Monseigneur.
-Jaran, au repos. lui ordonna le premier gardien de l'île qui évalua son état d'un regard critique.
-Je peux me montrer utile.
-C'est ce que vous avez fait.
-Mon garçon, asseyez-vous. Vous tremblez comme une feuille. insista Jaime.
Ce qui n'était pas faux. Le bâtard de Spring-City tremblait de tous ses membres et son suzerain devinait pourquoi. Lui-même tremblait intérieurement. La mort avait été si proche de les vaincre ! Plus ils avaient tué de cadavres et plus il en venait d'autres, Certains étant leurs propres alliés qui venaient de s'écrouler à ses côtés avant de se relever. Un massacre, une boucherie, voilà ce que ça avait été. Alors, que le frère de Marina Anwar fusse sous le choc, c'était compréhensible. Le Régicide l'était tout autant. Et Alix Erastark se retenait de se laisser tombé au sol. Au prix d'un terrible effort de volonté, il se redressa et rengaina son arme, tournant ses yeux vers le bois sacré. Son roi y était. Le roi des Enfants de la Forêt aussi. Avait-ils pu survivre? D'un pas lent, il prit la direction du barral, certaines personnes lui emboîtant le pas, d'autres comme Brienne et Jaime se dirigeant vers les cryptes pour s'assurer que les civils étaient bien portants. À la lisère des arbres, il croisa une procession qui sortait du bois. Bran Stark, le regard dans le vide, sous le choc lui aussi. Une forme immobile reposait sur ses genoux. Alix baissa les yeux et comprit qu'il s'agissait du corps sans vie du roi Racine. Une immense peine l'envahit.
-Theon est mort. lui dit lady Meera Reed. Il a donné sa vie pour préserver Bran.
La jeune femme s'appuyait sur le fauteuil pour s'aider à marcher. Le ressentiment du cousin des Stark s'évanouit pour de la gratitude. Il avait détesté le Fer-Né et grandement plaint le jeune homme qui avait tellement souffert aux mains de Ramsay Bolton. Ils avaient pu soustraire Rickon aux Omble mais pas été en mesure de sortir Sansa et Theon de Winterfell avant la bataille des bâtards. Saper le pouvoir des Bolton avait été une chose facile à faire mais s'introduire dans Winterfel ou Fort Terreur avait été une autre paire de manches.
-Qu'il repose en paix. Il a plus que rempli son devoir envers les Stark et envers sa conscience. répondit-il comme oraison funèbre. Retournons au château. Les morts n'avaient pas encore pénétré les mur de Winterfell, juste envahi les cours.
-Y a-t-il beaucoup de disparus? demanda Meera.
-Nous avons gagné mais je crois que la victoire sera amère.
Peu à peu, les survivants regagnèrent l'abri des murs de pierre dans la grande salle où on commença à soigner tout les blessés. Daenerys qui l'avait été avant la fin de la bataille avait pu être soignée et refusait d'être gardée à l'écart. Elle regardait Tyrion et Jaime s'étreindre de soulagement quand la vieille dame, Lady Eva, approcha d'elle le visage grave.
-Votre Altesse, je dois vous faire part d'une nouvelle qui risque de vous bouleverser. Peut-être que vous préféreriez l'entendre en privé.
-Jon est mort, je sais. Je l'ai vu mourir. lui dit Daenerys qui sentit son coeur se serrer.
Elle avait négligé Jon ses derniers jours et maintenant il n'était plus.
-Je l'ignorais... fit tristement la dame du château de l'Érable. Ce que je dois vous dire saura d'autant plus difficile...
-Quoi donc?
-Mon neveu, Jorah Mormont, n'a pas su s'en tirer au combat. Je suis sincèrement désolée pour votre perte.
-Jorah?
Eva se senti immensément vieille et lasse en voyant le choc et la douleur dans les yeux violets de la Targaryen. Combien de jeunes gens avait-elle mise en terre, combien de gens avaient disparu, même chez ses ennemis?
-Ils ont fait leur devoir. fit Daenerys qui ravala son chagrin pour afficher une mine déterminée.
-Non Daenerys. Ne refoulez pas votre chagrin. Laissez-le libre de s'exprimer. Lui dit fermement son interlocutrice.
-Qu'est-ce que vous en savez? Vous n'êtes qu'une lady mineure.
-Certes. Et je suis toujours vivante. Pouvez-vous en dire autant des derniers rois et princes de Westeros?
-Pardonnez-moi Lady Erastark, je n'avais pas à vous parler ainsi. Il en demeure pas que je suis reine. Et je dois me montrée forte, juste et implacable pour mon peuple.
-Certes mais vous avez un équilibre à instaurer si vous ne voulez pas vous-même basculer dans la dureté et finalement la tyrannie, Lady Targaryen. Faites attention de ne pas finir comme votre père.
-Je ne suis pas mon père.
-Si vous l'êtes.
Eva leva la main pour prévenir la réaction négative qui ne tarderait pas à suivre.
- Aerys II Targaryen n'est pas venu au monde avec la soif de sang et la paranoïa. Il était un prince aimé du peuple, respecté par les seigneurs. Il a peu à peu changé se montrant de plus en plus ferme, plus dur dans ses jugements et commençant à craindre les complots contre lui. Il en est devenu fou. J'ai plus de 65 ans et ma belle-mère en avait plus de 85 quand elle est décédée. Vous en avez moins de 20. Nous avons vu la chute de votre maison, pas vous, et les personne qui vous entouraient n'ont pas vu l'âge d'or de la famille royale. Nous, oui.
-Vous étiez une lady d'une île perdue, pas une grande dame de Port-Réal. contra Daenerys, mal à l'aise.
-Moi non. Mais ma belle-mère, Lady Amayelle était appréciée par les Targaryen. Toutefois comme son mari, elle a longtemps fréquenté la cour jusqu'à la mort d'Aegon V Targaryen. Vous êtes votre père, Lady Daenerys. Au début de son règne. Prenez garde à ne pas finir comme lui.
Sur ces mots, la vieille dame s'éloigna pour rejoindre les Stark. Daenerys resta morose dans son coin jusqu'à ce que Varys et Tyrion viennent la rejoindre.
-Quelle sont les nouvelles?
-Beaucoup de morts, Votre Majesté. Les choses que nous entendons sur l'affrontement final est tout à fait surprenant.
-Qui a vaincu le Roi de la Nuit?
-Brandon Stark de Winterfell à donné le coup fatal après que les autres aient échoué. l'informa sa Main.
-Depuis son fauteuil?
-La dague de Lord Bealish a été lancée de main de maître et a atteint sa cible. Cela, après que le défunt roi Racine ait perdu la vie dans un rituel de purification.
-De quoi parlez-vous lord Varys?
-Eh bien Votre Altesse, il semblerait que la corneille à trois yeux était une malédiction des Enfants de la Forêt, à l'origine destinée au Roi de la Nuit.
Tyrion frissonna.
-De grandes connaissances avec une armée invulnérable.
-Grand esprit et grande force physique. Une arme qui nous aurait tous condamnés bien avant notre naissance si le rituel aurait fonctionné à l'origine, je présume. expliqua le maître des chuchoteurs.
-Donc, le jeune Stark... commença Daenerys.
-Est totalement libéré de la malédiction. Choqué mais redevenu un être humain.
-Et... Pour ce qui est des morts?
-Terrible. Plusieurs immaculés, des chevaliers, des nordiens, beaucoup de sauvageons. Ceux que vous avez connus ou dont vous avez entendu parler qui ne sont plus et le roi Racine, Theon Greyjoy, Lyanna Mormont...
Il énuméra quelques noms.
-Jorah et Jon. compléta Daenerys.
-Oui. Confirma Tyrion, désolé. Je sais que vous les estimiez énormément.
-Mon conseil restreint s'est réduit... Je n'ai plus que vous deux pour me conseiller. Nos armées sont épuisées. Nous pouvons pas repartir tout de suite vers le sud. Pourtant, le trône de mes ancêtres est à ma portée. J'y suis presque.
-Nous avons gagné, Altesse. Mais nous avons aussi beaucoup perdu. Prenons le temps de refaire nos forces... Et peut-être aussi de reforger des alliances. Celui qui vous a promis le Nord n'est plus. Peut-être que Bran ou Sansa Stark ne voudront pas de cet arrangement.
-Le roi Bran Stark, Lord Varys. J'ai accepté de remettre le Nord au Stark en échange de l'armée des Erastark. Mais vous avez raison. Il n'est pas encore venu le temps de marcher vers le sud. Mais cela ne saurait trop tarder.
Décidée, elle ordonna à un des immaculés qui les gardait de la transporter jusque dans sa chambre. Après son départ, les deux autres se dévisagèrent.
-Les alliances sont plus fragilisées que jamais. déclara Tyrion.
-Oui. C'est une victoire bien amère que nous avons là, mon ami. Très amère.
-C'est le prix à payer pour l'avoir emporté, je suppose.
Son vis-à-vis acquiesça doucement.
-Oui et ce n'est pas terminé.
