No one ever said it would be so hard
2ème partie.

- "tu sais." commença-t-elle, dans un sanglot incontrôlable. "t-tu peux me prendre m-moi comme épouse.. comme ça, tu resteras ici."

Le visage noyé par les larmes, Himawari s'accrochait désespérément à la tunique du brun. D'un geste délicat, il chassa les perles qui roulaient le long de ses joues pâles, du bout des doigts, un fin sourire au coin des lèvres ; il haïssait la tristesse qu'il apercevait dans le fond de ses prunelles blanches, mais qu'était-il censé faire ?

- "ne dis pas ça." souffla-t-il, d'une voix tendre. "un jour, tu tomberas amoureuse. et à ce moment-là, le mariage sera une option, d'accord ?"
- "m-mais.." pleurnicha-t-elle. "je suis amoureuse de toi."

Il étouffa difficilement la peine qui lui broyait la cage thoracique et prit une inspiration. Dans moins de quarante-huit heures, il serait l'époux d'une inconnue, dans un village qu'il connaissait à peine, il serait le membre d'une famille qui n'était pas la sienne.

- "tu sais que je reviendrais, hein ?" rappela-t-il. "et je t'écrirais, pleins de lettres."
- "j-je ne veux pas." lâcha-t-elle, les épaules tremblantes. "c'est toi que je veux."

Les doigts du brun se refermèrent délicatement autour du poignet de l'enfant et il la tira contre son torse, d'une poigne forte, mais douce ; Himawari n'attendit pas une seconde de plus et enfonça son visage mouillé dans le cou de l'adulte, un cri désespéré au bord des lèvres. Ils étaient aux portes du village caché du sable, il sentait le regard du doyen, à quelques mètres de lui, qui attendait patiemment qu'ils se mettent enfin en route. Mais là, à cet instant, il s'en fichait. Himawari était là, dans ses bras et les larmes qui inondaient sa jolie bouille lui faisaient mal.

- "ne pars pas." sanglota-t-elle, dans un murmure. "s'il te plaît."
- "je suis obligé, je me suis engagé." expliqua-t-il. "je ne t'oublierai pas, Himawari. jamais, d'accord ?"

Il attrapa doucement l'une de ses mains, une main minuscule perdue au creux de la sienne, et la déposa sur le côté gauche de sa cage thoracique, un fin sourire au coin des lèvres.

- "tu es là, dans mon coeur." ajouta-t-il. "tu seras toujours là, au fond de ma poitrine.

Dans un reniflement indiscret, l'enfant acquiesça, quelques nuances de rose sur les joues et se rapprocha de sa mère, d'une démarche douloureuse. Elle se réfugia, sans attendre une quelconque invitation, dans les bras chaleureux de sa mère et quémanda son affection.

Les prunelles bleutées du trentenaire s'accrochèrent silencieusement à la silhouette de Boruto, qui s'approchait lentement de lui. Les mains dans les poches, une pointe de gêne dans le regard, le blond s'arrêta à quelques centimètres de lui. Le poing du garçon tapa délicatement l'épaule de l'adulte.

- "ramène-moi un souvenir." dit-il. "et.. fais attention à toi, Konohamaru."
- "et toi, prends soin de ta maman et de ta soeur." lâcha le brun, d'une voix douce.

Le visage gêné de l'adolescent céda très vite aux traits peinés et colérique de Mirai. Le brun se tira doucement sur ses deux pieds et donna quelques tapes sur le pantalon qu'il portait, arrachant quelques grains de sable qui s'étaient accrochés.

- "tu sais, je suis un shinobi." annonça-t-elle, les bras le long du corps. "je sais comment faire disparaître un corps."

Le regard pourpre de la jeune femme effleura un instant la silhouette du doyen, dans le dos de son cousin. Un doux rire s'échappa des lèvres du trentenaire et il attrapa la jeune femme entre ses bras, la soulevant à quelques centimètres du sol. Et malgré la dureté de la situation, le rire du brun adoucit légèrement les traits de la brune et elle lui rendit son étreinte.

- "prends soin de toi, d'accord ?" supplia-t-elle. "mange correctement, couvre-toi bien et.. et j'espère sincèrement qu'elle te rendra heureux, qu'elle te rendra ton sourire. j'espère qu'elle réussira là où j'ai échoué."
- "qu'est-ce que tu dis, Mirai ?" répliqua-t-il, en resserrant son emprise sur elle. "tu es une idiote. tu m'as rendu heureux. tu m'as donné une famille. Hinata, les enfants et toi.. vous êtes ce que j'ai de plus important."

Dans un geste délicat, il relâcha l'étreinte et déposa une multitude de baisers sur les joues de la jeune femme, un fin sourire au coin des lèvres.

- "essaie de voir le bon côté des choses." souffla-t-il.
- "il y en a un ?" grogna-t-elle, les sourcils froncés.
- "la prochaine fois que je mettrais un pied dans ce village, tu rencontreras mon épouse et notre enfant." rappela-t-il.

Un an. Le doyen avait exigé une grossesse de la part du brun et de sa future épouse, avant qu'ils atteignent un an de mariage ; il n'avait pas le droit de remettre les pieds au village, en attendant. D'une caresse tendre, il ébouriffa les mèches brunes de la jeune femme et déposa son regard bleuté sur Hinata. Il était effrayé à l'idée qu'elle soit seule. Elle tenait fermement Himawari contre elle et lui offrait ce sourire si tendre, qu'il sentit son cœur se tordre dans sa cage thoracique. Dans un bond agile, il se tira près d'elle et prit une inspiration.

- "je m'en vais." déclara-t-il, une pointe de souffrance dans la voix.
- "tu auras toujours une place dans ma maison, Konohamaru." lâcha-t-elle, tendrement.
- "Hinata." murmura-t-il, les traits déformés par la tristesse.

Le bout des doigts de la quarantenaire effleura un court instant la peau de son visage, au teint hâlé.

- "reviens, d'accord ?" souffla-t-elle. "quoi qu'il arrive, où que nous soyons, tu auras toujours un lit chaud, un repas, et une famille qui t'attendra."

Il acquiesça difficilement et jeta un dernier regard aux enfants du septième hokage. Himawari pleurait à chaudes larmes et Boruto l'observait, le regard tremblant ; il prit une inspiration empreint de courage et fit volte-face, le cœur en miettes. Le doyen annonça l'heure du départ aux shinobis qui les accompagnaient et il s'enfonça dans le désert chaud, étouffant maladroitement le sanglot qui le prenait à la gorge. Il reviendrait, il s'en faisait la promesse.


Neuf longues heures passèrent, le sable brûlant céda à la verdure du pays du feu. Insensible à la situation, le doyen avait refusé de faire un détour et avait préféré couper en plein milieu du pays du feu, ravagé par le massacre. Un silence pesant se répercutait entre les silhouettes des cinq hommes, coupé par le bruissement des feuilles ; les mains dans les poches, le brun avançait, le regard fermé. Il regrettait amèrement son paquet de cigarettes. Comment se sentait sa future épouse ? Est-ce qu'elle était nerveuse, elle aussi ? Est-ce qu'elle souhaitait ce mariage ou acceptait par contrainte ? L'unique photographie de la demoiselle lui revint en mémoire ; une longue chevelure blonde, un visage pâle et des prunelles dorées. Orihime Takayama. Une princesse en cage, voilà la définition de son prénom. Un soupir s'échappa de ses lèvres et il ignora le regard noir du doyen, à quelques mètres de lui.

Le craquement d'une branche les tira du mutisme dans lequel ils étaient plongés. Les sourcils froncés, le doyen ordonna silencieusement aux shinobis d'être prêt. Les trois hommes se postèrent devant Konohamaru, leurs armes en mains. Une silhouette se tira maladroitement d'un buisson, le souffle court ; le brun eut à peine le temps de croiser ces deux billes brunes qu'il connaissait bien, que l'un des shinobis, un rouquin mal rasé, attrapa brutalement la femme par son poignet.

- "eh bah." se moqua-t-il. "elle ne risque pas de nous faire mal."

Un gémissement douloureux s'extirpa des lèvres de la brune, alors que l'homme resserrait durement sa prise. Les deux compagnons d'armes du shinobi se moquèrent et rangèrent leurs armes. Une pointe de colère naquit dans les entrailles du brun, où était passé l'honneur des shinobis ? Il se tira entre les silhouettes des deux hommes et attrapa le poignet du rouquin, les sourcils froncés.

- "lâche-la." ordonna-t-il, le regard noir.
- "tu n'es pas mon chef." répliqua-t-il, amusé. "je reçois des ordres du vieil homme."
- "j'ai dit, lâche-la." répéta le brun.
- "et moi, je t'ai dit no-."

Les mots du rouquin se coincèrent dans sa gorge. Le poing du trentenaire s'écrasa brutalement contre l'une de ses joues et il relâcha sa prise sur l'inconnue. Sans attendre une seconde de plus, Konohamaru la repoussa derrière lui et posa un regard colérique sur le doyen.

- "si l'un de vos hommes pose encore une fois la main sur elle, je m'en vais." balança-t-il, sévèrement.
- "tu as signé un contrat, Konohamaru. ne l'oublie pas." rappela le vieil homme, les bras croisés sur son torse. "renvoie cette femme, maintenant. nous avons de la route."
- "et vous, n'oubliez pas que vous avez besoin de moi, vivant." menaça-t-il. "alors, tenez vos hommes en laisse."

D'un geste de la main, le doyen ordonna au rouquin de ne plus faire un geste. Konohamaru fit volte-face, les traits de son visage déformés par l'inquiétude. Il attrapa doucement les épaules de la quarantenaire, le souffle court.

- "qu'est-ce qu'il se passe ?" demanda-t-il, une pointe de panique dans la gorge. "a-attends, tu as couru jusqu'ici ?"

Il se heurta au son saccadé de la respiration de la brune, aux mèches de cheveux qui s'accrochaient à son front et au léger tremblement de son corps. Le visage de la douce Hinata le frappa et la panique atteignit son cœur agonisant.

- "bon sang." s'exclama-t-il, affolé. "est-ce qu'il est arrivé quelque chose à Hinata et aux enfants ? ne me dis pas que le village a été attaqué, je t'en supplie."
- "dépêche-toi, Konohamaru." lança le doyen, les bras croisés sur son torse.
- "putain, Shizune." lâcha-t-il, les mains légèrement tremblantes. "répo-."

La brune attrapa brutalement l'une de ses mains et le tira à sa suite, entre les arbres, faisant taire les mots qui s'échappaient de ses lèvres. La voix menaçante du doyen flotta un instant dans les airs, alors que leurs pas doublait la cadence. Ils s'éloignaient, toujours un peu plus, au fil des minutes et son regard bleuté ne parvenait pas à se détacher du dos de la quarantenaire ; qu'est-ce qu'elle faisait là ? Elle le haïssait, combien de fois lui avait-elle fait comprendre ça ? Il aurait simplement dû l'arrêter, lui dire de retourner au village, et reprendre son chemin vers Kumo, mais la main chaleureuse de la brune dans la sienne l'en empêchait. Une forte pluie s'abattait sur leurs silhouettes et il n'eut aucun mal à comprendre qu'elle peinait de plus en plus dans sa course. Elle le tirait, comme si elle était effrayée à l'idée qu'il s'en aille, mais la silhouette un peu plus imposante et plus grande du brun ne l'aidait pas. Un grognement s'échappa de ses lèvres et en quelques enjambées, il prit la tête. Il entremêla leurs doigts et lui adressa un fin sourire, la tirant à son tour dans cette forêt interminable.

Les contours d'une vieille cabane en bois se dessinaient, à quelques mètres et il accéléra le pas, les sourcils froncés. En dehors du bruissement des feuilles ou de la pluie qui martelait sévèrement la terre sous leurs pieds, il n'entendait rien. Les shinobis, au service du doyen, ne devraient-ils pas être à leurs trousses ? Et depuis combien de temps est-ce qu'ils s'enfonçaient de plus en plus, à l'aveugle, entre les arbres ? Il était trempé, de la tête au pied et les muscles de son corps hurlaient à la fatigue ; son regard effleura un instant la silhouette de la quarantenaire derrière lui. Elle tenait fermement sa main dans la sienne et suivait sans faire de bruit, mais les quelques nuances de rose sur ses joues trahissaient son état. Sans attendre une quelconque autorisation ou un quelconque avis sur la question, il les tira jusqu'au vieil abri et enfonça la porte. La seconde d'après, il étouffait une rafale de vent en refermant la planche en bois, dans un léger bruit. Il s'accorda une seconde pour se perdre dans les environs ; de vieux meubles traînaient dans les coins de la pièce, ça ressemblait à l'un de ses abris construits pour les shinobis en mission, des années en arrière.

Le bleu de ses iris s'accrocha à la silhouette de la brune, qui fouillait dans une armoire. Qu'est-ce qu'ils faisaient là, tous les deux ? Orihime, la future épouse du brun, attendait sûrement patiemment sa venue, et lui, que faisait-il ? Un soupir s'échappa de ses lèvres.

- "Shizune." appela-t-il, les sourcils froncés. "qu'est-ce que je fais là ?"

Le son de sa voix se répercuta un instant au vide dans la pièce, à leurs silhouettes, aux murs et il prit une inspiration.

- "qu'est-ce que tu fais là ?" ajouta-t-il.

Il se souvenait un peu trop bien des six derniers mois, elle le haïssait si fort qu'il s'était dit que prendre cette inconnue comme épouse lui offrirait un peu de répit ; elle aurait l'occasion de se reconstruire sans qu'il lui rappelle constamment la perte de son maître. Le tissu d'une vieille couverture s'écrasa contre son torse et les sourcils froncés, il l'attrapa entre ses mains, perdu dans le comportement de la brune.

- "retire tes vêtements." ordonna-t-elle, simplement. "tu es trempé et tu risques d'être malade."
- "je ne comprends pas, Shizune." grogna-t-il. "pourquoi est-ce que tu es là, bon sang ? j'ai pris un engagement, et-.. q-qu'est-ce que tu fais ?"

La tunique sombre de la quarantenaire s'écrasa au sol, dans un bruit étouffé et quelques nuances de rose s'accrochèrent fermement aux joues du garçon. Il tenta de prendre une inspiration, sûrement dans le but de calmer les battements effrénés de son cœur, mais elle était là, à quelques mètres de lui, en sous-vêtements. Il étouffa difficilement une bouffée de chaleur et resserra sa prise autour de la couverture.

- "c-couvre-toi." balança-t-il, dans un bégaiement enfantin. "et puis.. j'ai besoin d'un peu d'intimité pour m-me changer, alors.. je-."
- "nous avons couché ensemble." rappela-t-elle, dans un haussement d'épaules. "tu n'as qu'à te mettre dos à moi, si ça te dérange tant que ça."

Un grognement mourut dans la gorge du trentenaire et il acquiesça vivement, il fit volte-face immédiatement et attrapa les pans du pull qui s'accrochait à son torse. Il était totalement perdu et il voulait des réponses, mais ils étaient trempés, tous les deux et elle n'avait pas tort, il allait tomber malade s'il restait ainsi. Il déposa délicatement le pull, plié, sur une chaise hasardeuse et attrapa la boucle de sa ceinture entre ses doigts, prêt à faire de même avec son pantalon ; mais un corps se glissa chaleureusement dans son dos, un corps qu'il connaissait. Il en oublia de prendre une inspiration.

- "q-qu'est-ce que tu.. fais ?" questionna-t-il, le souffle court.

Les mains de la brune attrapèrent les siennes, sagement accrochées à sa ceinture et il n'ajouta rien, lorsqu'elle se colla un peu plus à lui. Il sentait sa poitrine dans son dos et n'avait aucun mal à comprendre qu'elle était encore en sous-vêtements. Ils étaient trempés, et pourtant, leurs corps étaient brûlants.

- "restons comme ça.. juste quelques minutes." lâcha-t-elle, dans un souffle incertain.
- "est-ce que tout va bien ?" demanda-t-il, une pointe d'inquiétude dans la gorge.
- "s'il te plaît." supplia-t-elle, le visage enfouit dans le dos du garçon.

Une légère voix lui souffla à l'oreille que toute cette histoire lui retomberait dessus, qu'il n'avait pas le droit de faire ça, pas à elle, alors qu'elle avait perdue son maître à cause de lui, à cause de sa faiblesse, mais inconsciemment, il acquiesça et profita simplement de l'instant. Parce qu'au fond, il était bien là.


Le bruit d'une inspiration se heurta aux arbres de la forêt. Il était là, allongé dans l'herbe encore humide, les yeux fermés ; depuis combien de temps est-ce qu'il n'avait pas fait ça ? Depuis combien de temps est-ce qu'il n'avait pas prit un instant pour lui-même ? Le jeune garçon, heureux d'être en vie, qu'il avait été, n'existait plus et ça lui laissait un mauvais arrière-goût dans la gorge. Il ne devrait pas être là. Il n'était plus Konohamaru Sarutobi, le shinobi, mais Konohamaru Sarutobi, un chef de clan. Et un chef de clan qui allait prendre comme épouse, une parfaite inconnue, très bientôt.

Qu'est-ce qu'il faisait là, sérieusement ? Shizune ne lui offrait aucune réponse, elle repoussait constamment ses questions et il ne comprenait pas. Il aurait dû prendre la fuite, deux heures en arrière, retourner sur la route vers Kumo, mais il était encore là, dans l'incapacité de s'éloigner d'elle. Pourquoi est-ce qu'il n'était pas capable de faire ça ? Elle le haïssait. Il était le visage de l'homme qui avait laissé le maître qu'elle aimait, seul, dans les décombres d'un village ravagé par la haine et la mort.

Un soupir échappa à ses lèvres et il se redressa, le bleu de ses iris perdu dans l'immensité de l'atlas, qui s'assombrissait de plus en plus. Comment se sentait la femme qu'il allait prendre pour épouse ? Était-elle apeuré à l'idée de ce mariage ? L'imaginait-elle comme un homme horrible, violent ou irrespectueux ? Est-ce qu'ils seraient heureux, ensemble ? Ou est-ce qu'ils vivraient malheureux, liés par cet unique contrat de mariage ? Qu'est-ce que Naruto penserait de tout ça ?

D'une démarche lente, il quitta son bout de forêt et retourna à l'abri délabré, dans lequel ils restaient. Shizune l'attendait, assise sur une chaise hasardeuse.

- "j'ai crû que tu étais parti." avoua-t-elle.
- "je suis encore là." dit-il, en refermant la porte.

Le brun tira une chaise, de l'autre côté de la table en bois et s'installa, silencieusement.

- "tu as quelque chose à me dire ?" demanda-t-il.
- "qu'est-ce que tu veux savoir ?" lança-t-elle.
- "qu'est-ce que je fais là, avec toi ?"
- "comment elle est ta future épouse ?"

Il étouffa un grognement entre ses lèvres et balança sa tête en arrière.

- "qu'est-ce que tu veux savoir d'elle ?"
- "est-ce qu'elle est jolie ?"
- "oui, très." acquiesça-t-il.
- "à quoi est-ce qu'elle ressemble ?"
- "des cheveux blonds. des yeux dorés."
- "c'est ton genre de femme, ça ?"
- "je n'ai pas spécialement de préférence."

Le menton dans le creux de la main, elle l'observait attentivement. Konohamaru était bel homme, et elle ne l'avait jamais réellement remarqué avant, sûrement parce qu'elle gardait l'image du petit garçon énergique et légèrement idiot sur les bords, quelque part dans un coin de son esprit.

- "tu l'aimes toujours ?"
- "de qui est-ce que tu parles, Shizune ?"
- "de Moegi. tu l'aimes toujours ?"

Le corps du brun se raidit immédiatement, à l'entente du prénom. Il en oublia de prendre une inspiration, pendant un instant. Moegi et Udon lui manquaient tant. Leurs sourires, leurs rires, leurs conversations tard la nuit.

- "Konohamaru ?" appela-t-elle.
- "je l'aime, et.. une partie de moi en sera éternellement amoureux."
- "pourquoi elle, et pas une autre ?"
- "parce qu'elle est.. elle était.. exceptionnelle."
- "comment ça ?"

Le bleu de ses iris se perdait dans les fêlures du plafond. Il se rappelait des traits de son visage, parfaitement ; elle était là, si souriante, à quelques mètres de lui, mais à présent, bien qu'il tendait inlassablement la main vers elle, il ne la toucherait jamais. Il ne lui dirait jamais à quel point il l'aimait.

- "tu ne peux pas expliquer les sentiments." commença-t-il. "ça te tombe dessus. la première fois que je l'ai vu, j'étais si jeune et idiot. je me suis immédiatement dit qu'elle serait un boulet, et puis.. elle m'a prouvé tout le contraire. est-ce que tu savais qu'elle sortait en douce la nuit, pour amener des repas chaud aux personnes qui n'en avaient pas les moyens ? et qu'elle refusait de le dire à Udon et moi, pour ne pas nous embêter ? finalement, on l'a su et on l'a accompagné à chaque fois." un sourire douloureux déforma le coin de ses lèvres. "un matin, je me suis réveillé et j'étais raide amoureux d'elle."
- "pourquoi tu ne lui as rien dit ?" demanda-t-elle, les sourcils froncés.
- "j'étais effrayé." confia-t-il. "toutes les personnes que j'ai aimé, un jour, sont mortes. mes parents, mon grand-père, mon oncle. au début, j'étais persuadé que si je venais à l'aimer pleinement, je la perdrais, comme les autres. puis, j'ai grandis. elle aussi. elle devenait un peu plus belle, un peu plus exceptionnelle, chaque jour et moi.. je restais ce gamin maladroit et idiot. le temps filait et j'étais de moins en moins digne d'elle.. ni de qui que ce soit, d'aill-."

La bouche de la brune étouffa le reste. Elle lui offrit, presque craintivement, un baiser d'une telle tendresse que pendant un instant il oublia l'étrangeté de la situation. Il n'y avait qu'elle et ses lèvres douces. Puis, elle s'éloigna et tout lui revint, l'attrapant durement à la gorge. Une certaine colère déforma les traits du brun et il déposa un regard électrique sur elle.

- "à quoi est-ce que tu joues, bordel ?" s'énerva-t-il.
- "tu disais des bêtises, et-." commença-t-elle.
- "je ne suis pas un vulgaire jouet, putain." jura-t-il. "un jour, tu me détestes, un autre, tu m'embrasses. je ne suis pas ton jouet, Shizune. tu m'entends ?"

Il étouffa tant bien que mal un énième juron et serra les poings, les phalanges blanches. Il se haïssait pour perdre son calme, ainsi, mais il était en colère, bien trop en colère et pas seulement contre elle. Il était en colère, parce que pendant un court instant, alors que les lèvres de la brune étaient sur les siennes, il s'était senti bien, vraiment bien.

Les doigts du brun se refermèrent brutalement sur le col de la tunique qu'elle portait et il se pencha au-dessus de la table en bois, capturant ses lèvres dans un énième baiser brutal, mais passionné. Il ne devrait pas faire ça, il devrait être au pas du village de Kumo, prêt à prendre Orihime en tant qu'épouse, pour maintenant et à jamais ; mais le court éclat de lucidité s'effaça très vite, alors que les mains de la brune s'accrochaient désespérément à ses joues rugueuses.


Konohamaru redessinait les contours des formes de la brune du bout des doigts, dans la sombre pièce aux rideaux fermés qui servait de chambre. Des souvenirs des instants précédents traînaient dans un coin de sa tête. Les lèvres de la quarantenaire contre les siennes, ou bien était-ce lui qui lui avait prit tous ces baisers ? L'acte avait eu un petit quelque chose de différent de la dernière fois. Ils s'étaient retrouvés là, debout, l'un en face de l'autre, le souffle saccadé et empreints de désir. Elle avait effleuré du bout des doigts chaque parcelle de sa peau, il avait embrassé du bout des lèvres chaque morceau de son corps. Il se souvenait encore parfaitement de l'expression sur le visage de la brune, alors qu'il entrait en elle, dans un coup de rein brutal. Il se souvenait d'elle, se tordant de plaisir, sous son corps robuste.

Il s'était senti vraiment bien, là, contre son corps. Il s'était senti être un simple homme de presque trente ans, et ça, cette sensation, lui avait manqué. Il ne voulait plus être lui, il voulait se perdre en elle, encore et encore, inlassablement.

Une main délicate glissa contre sa joue rugueuse et il tomba dans les billes brunes de la quarantenaire. Est-ce que c'était la fin ? Est-ce qu'il allait, encore une fois, s'en aller ? S'il faisait ça, il ne reviendrait pas. Il épouserait une autre femme, il deviendrait un époux, un père et elle, elle oublierait son nom.

- "à quoi est-ce que tu penses ?" interrogea-t-elle.
- "pourquoi ?" répliqua-t-il, du bout des lèvres, les doigts sur le corps de la brune.

Shizune n'avait pas besoin de plus. Elle avait comprit, à l'instant où elle était tombé dans le bleu de ses prunelles. Un soupir s'échappa de ses lèvres et elle se redressa légèrement, tirant un morceau de drap sur sa poitrine nue.

- "tu n'es pas un jouet, Konohamaru." affirma-t-elle, doucement. "tu es tellement plus. j'ai été horrible avec toi. je t'ai blâmé, sans raison. c'était tellement plus facile de te haïr toi. mais la vérité.. c'est que je ressens quelque chose pour toi. quelque chose de.. fort. tu as le droit de rire." elle prit une inspiration, un peu gênée. "je tombe amoureuse de toi, Konoham-."

Le souffle de la brune se coupa, alors que les lèvres du brun effleuraient passionnément les siennes. Un sourire déforma le coin de sa bouche, malgré elle et elle plaqua une main sur la nuque du garçon, approfondissant le baiser. Elle ne devrait pas faire ça. Il avait prit un engagement, elle avait été horrible avec lui, pendant si longtemps, et par dessus tout, elle était de quatorze ans son aînée.

Elle se heurta au sourire du brun, lorsqu'elle relâcha ses lèvres. Il souriait, d'un grand sourire qui avait quitté ses lèvres pendant si longtemps, et elle n'osa rien dire. Il méritait sûrement bien mieux qu'elle, mais pour une fois, dans son existence, elle voulait être égoïste.

- "j'ai une question." lâcha-t-il, joyeusement.
- "je t'écoute, Sarutobi." répondit-elle.
- "tu veux être ma petite-amie ?"

La question du garçon la laissa un instant en suspens. Il lui semblait vraiment heureux, à cet instant, attendant patiemment sa réponse, quelques nuances de rose sur les joues. Est-ce qu'elle aurait remarqué à quel point il était devenu un homme incroyable si ces hommes n'avaient pas saccagé son pays ? Qu'est-ce que Tsunade dirait, si elle la voyait, là, dans les bras de Konohamaru Sarutobi ? Est-ce qu'elle serait heureuse, pour elle ?
Un rire échappa à ses lèvres et un grognement résonna dans la pièce.

- "je suis extrêmement sérieux, là." grogna-t-il. "ne te moque pas."
- "si quelqu'un m'avait dit qu'à quarante-cinq ans, un homme de trente ans viendrait me demander d'être sa petite-amie, en rougissant comme un adolescent, j'aurais ris, tu sais."
- "fais un effort." lâcha-t-il, amusé. "j'ai eu vingt-neuf ans, il y a deux mois. je n'ai pas trente ans. et si quelqu'un m'avait dit que la grande Shizune, déesse de la médecine, aimait les gars plus jeune, j'aurais ris, moi aussi."
- "c'est ça, moque toi." grommela-t-elle.

Le sourire joyeux du brun céda à un sourire bien plus.. déterminé, et la seconde d'après, il la repoussait, dos au matelas et grimpait sur elle.

- "tu sais ce qui est bien quand tu sors avec un gars plus jeune ?"
- "non, mais je suis sûre que tu vas me le dire."

Konohamaru se pencha légèrement en avant, effleurant du bout des lèvres l'oreille de la brune.

- "je peux encore faire deux fois l'amour, avant d'être mort de fatigue."

Un doux rire s'échappa des lippes de la quarantenaire et alors qu'il s'apprêtait à se remettre correctement, elle le tira dans un énième baiser passionné.

- "et si tu me montrais à quel point tu as envie que je sois ta petite-amie ?"


Le lendemain matin, il était sûr de lui. Et le simple fait de s'être éveillé aux côtés du corps endormi de la brune, l'avait conforté dans son choix. Le bleu de ses iris s'accrocha un instant au reflet que lui renvoyait le miroir. Est-ce qu'il en était réellement capable, dans le fond ? Est-ce qu'il était réellement capable d'être un homme, pour une fois ? Shizune n'avait pas eu tort, à l'instant où elle lui avait dit qu'il resterait éternellement le petit-fils du troisième du nom. Est-ce que c'était vraiment une mauvaise chose ? Hiruzen avait été un shinobi d'exception et un modèle, pour le petit garçon maladroit qu'il était, à l'époque ; il se souvenait bien de toutes ces fois où il faisait semblant de haïr le vieil homme, alors qu'en réalité, le cendré était bien tout ce qu'il avait.

Une main délicate glissa dans ses mèches brunes, trop longues, et il ne dit rien, laissant la quarantenaire les remettre en ordre. La seconde d'après, il rassemblait ses cheveux en un chignon mal ordonné et portait les mains de la femme à ses lèvres.

- "est-ce que tu es sûr de toi ?" demanda-t-elle.
- "plus que je ne l'ai jamais été, de toute mon existence."
- "le doyen ne te laissera pas faire, tu le sais."
- "le doyen ne m'enlèvera pas la seule personne qui me fasse me sentir bien."
- "j'ai quarante-cinq ans, Konohamaru." rappela-t-elle. "je ne te donnerais pas d'enfants."
- "mon clan n'a pas de technique secrète héréditaire. et je n'ai pas besoin de ça."
- "Konohamaru." lâcha-t-elle, du bout des lèvres.

Le regard du garçon se confronta au sien, une seconde. Une partie d'elle, lui hurlait de s'en foutre de tout ça, d'emmener le brun avec elle, d'être heureuse pour une fois, d'être pleinement heureuse, mais une autre lui soufflait qu'elle ne méritait pas ce garçon, qu'il était trop bien pour elle.

- "ne me regardes pas comme ça.." souffla-t-elle, dans un murmure.
- "comment ? comme si tu étais la plus belle chose qu'il me soit arrivé ?"
- "ce n'est pas le cas et tu le sais. j'ai été horrible avec toi et-."

La bouche du brun se posa sur la sienne, la faisant taire un instant, un court instant. Il attrapa son visage entre ses deux mains et connecta leurs regards.

- "écoute-moi." commença-t-il, d'une voix douce. "peut-être bien que oui, tu as dis des choses horribles, mais n'ai-je pas fait la même chose ? j'étais perdu, blessé et triste. parce que, encore une fois, je n'ai rien pu faire. parce que, encore une fois, je suis arrivé trop tard. je ne veux pas attendre de perdre encore quelqu'un, pour avoir les couilles d'être un homme, Shizune."

Les mots s'échappaient des lèvres du brun et pendant un instant, elle se retint difficilement de lui prendre un énième baiser. Il lui semblait si mature, si incroyable.

- "je veux être avec toi." confia-t-il. "j'en ai vraiment envie. je ne sais pas si ça marchera, je ne sais pas si je te rendrais heureuse, je ne sais rien. mais là, tout de suite, je suis avec toi et je me sens vraiment bien. j'ai envie de t'embrasser, encore et encore, et de hurler à l'univers entier que je suis à toi."

Un doux rire échappa au garçon et il esquissa un sourire, si attendrissant.

- "je veux le faire." ajouta-t-il. "je vais le faire. je vais rejoindre Kumo et dire la vérité à la femme que j'étais censé prendre comme épouse. je vais lui dire que je ne peux pas, parce qu'il y a quelqu'un d'autre. et que je suis en train de tomber amoureux de toi."
- "Konohamaru.." lâcha-t-elle, dans un murmure ému.
- "j'irais, est-ce que tu viens avec moi ?" demanda-t-il.

L'image du petit garçon idiot s'effaça complètement et l'instant d'après, elle voyait clairement le brun, adulte, et empreint d'un courage époustouflant. Konohamaru ne s'en rendait pas compte, mais il aurait fait un excellent hokage. Elle acquiesça, à la demande du brun et attrapa doucement sa main dans la sienne, le suivant hors de l'abri. C'était sûrement étrange, mais à ses côtés, elle se sentait si courageuse.


Konohamaru ne changea pas, une seule fois, d'avis. Elle, elle était en proie aux doutes, effrayé à l'idée que quelque chose se passe mal, mais lui.. il marchait fièrement, le dos droit, le regard déterminé. Et finalement, après de longues heures, les portes du village caché par les Nuages se dessinaient au loin. Shizune n'était pas sûre. Elle ressentait vraiment quelque chose pour le trentenaire, elle l'appréciait bien plus qu'elle ne devrait, mais il risquait de mettre en péril sa place de chef de clan. Est-ce qu'elle était vraiment plus importante que ça ? Elle refusait que le brun fasse quelque chose, qu'il regretterait un jour et-.

Une main rugueuse attrapa l'une des siennes, l'arrachant à ses pensées et elle tomba dans le bleu des prunelles du garçon. Un fin sourire au coin des lèvres, il déposa un chaste baiser sur son front et la tira doucement à sa suite, toujours un peu plus près des portes.

Les shinobis de Kumo les accueillirent simplement, mains ne furent aucunement surpris. Et Konohamaru comprit rapidement pourquoi, en se heurtant au regard colérique du doyen, dans le bureau du raikage. Le vieil homme se tenait droit, près du chef du village et une grimace déforma les lèvres du brun, à l'instant où il croisa deux billes d'un beau doré. Orihime était là, elle aussi. Il relâcha la main de la brune et se racla la gorge, maladroitement.

- "maître raikage." salua-t-il, poliment. "je suis-."
- "un petit con." s'exclama le doyen, en le coupant. "c'est un scandale. une honte, pour le nom de notre clan. que penserait tes pauvres parents ?" un grognement échappa aux lèvres du cendré et il pointa un doigt colérique vers le brun. "au moins, tu as eu la décence de revenir."
- "je te dois des excuses." déclara le presque trentenaire, en ignorant le doyen.

Le bleu de ses iris se confronta silencieusement au doré des prunelles de la femme qu'il était censé prendre pour épouse. Elle lui semblait si frêle, que pendant un instant, il fut effrayé à l'idée que ses mots la brisent. Il prit une inspiration, des battements de coeur saccadés dans sa cage thoracique.

- "je dois des excuses, à ta famille et à toi." répéta-t-il, doucement. "je ne te rendrais pas heureuse, Orihime. tu me sembles être une femme exceptionnelle, mais.." il prit une autre inspiration, empreint de courage. "mais j'aime une autre femme. et je suis sûrement trop cassé pour toi. je ne t'apporterait rien de bon, crois-moi."

Il se pencha en avant, une seconde. Il les pensait vraiment, ses mots. Qu'est-ce qu'il apporterait à la blonde, en étant son époux ? Il la rendrait forcément malheureuse et bien qu'il ne la connaissait pas, elle ne méritait sûrement pas ça.

Son regard s'accrocha un instant au visage du doyen. Il n'avait pas besoin de mots pour comprendre que le vieil homme était en colère, très en colère. Konohamaru se força à être neutre et effleura du regard la brune, près de lui. Moegi resterait éternellement l'amour de sa vie, mais.. et si, il avait le droit à une seconde chance ? Un soupir s'échappa de ses lèvres et il reporta son attention sur le doyen du clan Sarutobi.

- "c'est d'accord." lâcha-t-il. "mon cousin, Fujiko, peut reprendre le rôle de chef de clan. je renonce à mon titre et-."
- "attends, Konohamaru." le coupa Shizune, les sourcils froncés. "qu'est-ce que tu fais ?"
- "et je renonce, également, à mon nom." ajouta-t-il. "j'accepterais toutes vos revendications, doyen."
- "c'est très bien." s'exclama joyeusement le vieil homme. "c'est une très bonne chose, tu n'étais certainement pas fait du tout pour ce titre et-."

D'un mouvement de la main autoritaire, le raikage fit taire l'homme et porta un regard indéchiffrable sur le brun, à quelques pas de lui.

- "je te connais, toi." lança l'homme, au teint hâlé. "tu es Konohamaru Sarutobi, le petit-frère du septième du nom de Konoha, Naruto. n'est-ce pas ?"

Le coeur du presque trentenaire rata un battement et le masque neutre qu'il s'était forgé tomba soudainement. Une pointe de tristesse dans les traits de son visage, il secoua la tête de droite à gauche.

- "de coeur, uniquement." informa-t-il.
- "il parlait constamment de toi." annonça-t-il, un fin sourire au coin des lèvres.

Une certaine humidité s'accrocha aux prunelles bleutées du garçon et il prit une inspiration, douloureuse.

- "bordel, ce qu'il était fier de toi." ajouta-t-il. "il répétait sans cesse que tu étais plus qu'un élève, un membre de sa famille et qu'il avait entièrement confiance en toi. c'est plaisant de pouvoir, enfin, mettre un visage sur un prénom tant entendu."
- "bien, il est temps de mettre fin à-." tenta le doyen.
- "ça ne sera pas nécessaire, doyen." le coupa le raikage. "les fiançailles sont annulés."
- "pardon ?" s'énerva le vieil homme. "je ne pense pas, maître raikage. je-."
- "c'est terminé. rentrez à Suna. le clan Sarutobi est le sien." soupira-t-il.

Le claquement de la porte flotta un instant dans les airs et le brun étouffa une grimace. Le doyen était sûrement dans une colère noire, humilié par le raikage. Une main forte se posa sur le sommet de son crâne et il tomba dans le regard bienveillant du chef du village.

- "le septième était quelqu'un de bien et il t'aimait vraiment beaucoup, tu sais." raconta-t-il, une boule dans la gorge. "il aurait aimé que tu sois heureux, que tu tombes amoureux toi aussi et que tu fondes une famille. sans que rien ni personne n'essaie de te prendre ce bout de bonheur. tu as le droit d'être heureux, Konohamaru. tu en as plus que le droit, c'est un devoir. tu dois vivre ce qu'il n'a pas eu la chance de vivre, lui."

Un brin de souffrance naquit dans la cage thoracique du brun. Naruto aurait dû avoir le droit à toutes les merveilles de l'univers, il aurait dû pouvoir assister à la vie d'adulte de ses deux enfants, il aurait dû être là au mariage de sa fille. Mais il resterait absent, éternellement. Enterré aux côtés des héros du pays du feu. Parce que c'est exactement ce qu'il était, un héros. L'enfant rejeté de tous, qui n'a jamais abandonné et qui s'est élevé au rang de héros. L'une des histoires les plus belles de l'univers shinobi. Konohamaru n'avait plus le droit d'être un idiot, insouciant ou maladroit. Il allait être un homme, fort et droit, sur qui les autres pourraient compter. Un homme dont Naruto aurait été plus que fier ; il le ferait, pour lui.

- "maître raikage." appela le presque trentenaire. "j'aimerais une autre faveur de votre part."
- "je t'écoute, Konohamaru Sarutobi." acquiesça l'homme, en s'installant derrière son bureau.

Le regard du jeune Sarutobi se perdit un court instant dans les traits du visage de Shizune. Est-ce qu'ils arriveraient à quelque chose, ensemble ? Est-ce qu'ils auraient le droit à une fin heureuse ? Est-ce que Naruto aurait validé cette histoire ? Est-ce qu'il lui aurait souri, avant de lui dire qu'il est fier de lui ? Il n'aurait jamais pensé, enfant, tomber un jour pour elle. Elle n'était, à ses yeux, qu'une secrétaire, la seconde qui accompagnait partout Tsunade ; mais, elle était tellement plus, en réalité. Il s'en rendait compte, actuellement. Qu'est-ce qu'une femme telle qu'elle, faisait avec lui ?

Moegi ne quitterait jamais une partie de son coeur ; ses sentiments pour elle resteraient là, chaleureusement, mais peut-être.. oui, peut-être qu'il trouverait le bonheur dans les bras de Shizune. Elle faisait de lui un homme bien moins torturé, lorsqu'elle marchait à ses côtés.

- "qu'attends-tu de moi ?" demanda le raikage.
- "un mariage." avoua-t-il, un fin sourire au coin des lèvres. "j'aimerai que vous acceptiez de faire de Shizune, mon épouse et de faire de moi, son époux."

D'un même mouvement, les deux hommes posaient un regard sur la concernée. Elle était là, à quelques mètres d'eux, une pointe de surprise clairement visible sur ce visage que Konohamaru appréciait tant.
Délicatement, le brun se rapprocha d'elle et attrapa ses mains dans les siennes. Elles tremblaient légèrement et il les apporta à ses lèvres, les couvrant tendrement de baisers sucrés.

- "regarde-moi, Shizune." souffla-t-il, d'une voix pleine de douceur. "regarde-moi."

Le brun des prunelles de la quarantenaire tomba dans ce bleu envoûtant et elle acquiesça, du bout des lèvres, le coeur tremblant.

- "ce mariage n'aura pas lieu si tu ne le veux pas." dit-il. "ça doit sûrement te paraître fou. quelques jours en arrière, tu me détestais encore. mais ça, c'est fini."
- "Konohamaru." lâcha-t-elle, dans un murmure.
- "je te veux, toi et juste toi. peut-être que ça ne marchera pas, je sais. peut-être qu'au final, tout ce qu'on aura, c'est un tas d'autres blessures à l'âme." un doux rire nerveux s'échappa de ses lèvres. "mais toi autant que moi, nous savons à quel point soudainement une vie peut s'éteindre. et je ne veux pas perdre la vie, en me disant que j'ai peut-être laissé passer la personne qui pourrait me rendre heureux."
- "et Moegi ?" demanda-t-elle, émue.
- "une partie de moi l'aimera éternellement, je te l'ai dis. mais pour toi, juste pour toi, je suis prêt à faire de la place dans mon coeur." avoua-t-il.
- "et les enfants ? je ne te donnerai pas d'héritier pour ton clan."
- "ce n'est pas une obligation. et si un jour, l'envie d'avoir un enfant venait, alors l'adoption serait très bien. je veux dire.. regarde Shikamaru et Temari. ils sont heureux, et deux de leurs enfants sont des enfants adoptés." rappela-t-il. "écoute Shizune, toi aussi, tu as le droit à ce bout de bonheur. alors si tu dis oui, je te promets de faire ce qu'il faut pour que tu sois heureuse."

Une telle sincérité enveloppait le brun qu'elle manqua de fondre en larmes, là, au beau milieu du bureau du raikage, dans un village qui n'était même pas le sien. Quelques perles au bord des paupières, elle acquiesça et il se retint maladroitement de se mettre à pleurer, lui aussi, en se heurtant au sourire radieux sur les lèvres de la quarantenaire.

Elle le tira dans une étreinte et se tourna vers le raikage, qui les observait joyeusement.

- "mariez-nous, s'il vous plaît." souffla-t-elle, d'une voix tremblante d'émotions.


Tant de couleurs flamboyantes illuminaient la salle. Des fleurs traînaient dans chaque recoin de l'endroit et les rires emplissaient les airs. Un sourire déforma ses lèvres et elle enfonça son menton dans le creux de sa main, le regard perdu sur la silhouette de son époux ; le brun dansait joyeusement, avec une petite fille d'une dizaine d'années et il semblait si heureux. Shizune n'en revenait pas, il était devenu son époux, deux heures en arrière. Le raikage avait réunis tant de gens, une grande cérémonie avait eue lieu et Shizune n'avait pas hésité une seule seconde, avant de dire oui au presque trentenaire. Elle était son épouse et il était son époux, à présent. Et bon dieu, ce qu'elle le trouvait beau, à cet instant. Le bleu pétillant de bonheur de ses iris, les mèches brunes réunis en un chignon désordonné et les beaux vêtements qu'il portait ; un pantalon brun à l'allure bien trop moulante pour ses yeux et et une chemise blanche qu'elle se retenait de lui arracher.

Le crissement d'une chaise la tira de sa contemplation et elle se heurta au doux sourire d'une belle blonde. Orihime s'installa à ses côtés et lui tendit une coupe de champagne, qu'elle accepta de suite. Bien que la demoiselle avait perdue un futur époux dans toute cette histoire, elle avait insisté pour assister au mariage, avait participé à l'organisation et s'était montré vraiment heureuse pour eux. Un ange tombé du ciel.

- "il est adorable." lança la blonde, un grand sourire sur les lèvres. "et il a l'air vraiment heureux."

Il était vrai que le brun transpirait le bonheur, à cet instant. Il souriait, riait et s'amusait avec tous les enfants. Il dansait depuis une bonne heure, entouré de quelques petites filles qui le harcelaient pour une danse et pourtant, il ne semblait pas épuisé du tout. L'image mettait du baume au coeur à tous les spectateurs.

- "vous vous êtes bien trouvés." ajouta Orihime, d'une voix douce. "vous vous connaissez depuis longtemps ?"

La brune étouffa un rire entre ses lèvres et acquiesça ; comment dire qu'elle connaissait son époux depuis qu'il avait cinq ans ? Elle s'en souvenait encore si parfaitement de ce petit garçon agaçant.

- "comment ça s'est passé ?" demanda-t-elle. "votre rencontre, je veux dire."
- "eh bien, tu veux vraiment entendre une histoire aussi barbante ?" souffla la brune, amusée.
- "oh que oui. je veux dire ; regardez-vous. vous êtes si beaux, ensemble." déclara-t-elle, immédiatement. "je veux tout entendre."

Shizune détourna son attention de son époux et lança un doux sourire à la jeune femme, la coupe de champagne dans la main.

- "je l'ai rencontré, ce n'était qu'un enfant." avoua la brune. "de cinq ans. j'en avais vingt-et-un."
- "oh, vraiment ?" lâcha la blonde, surprise. "il était si jeune ?"
- "et extrêmement agaçant. si tu t'imagine que Konohamaru était un petit garçon adorable, sage et droit, désolé, ce n'est pas du tout ça." se moqua-t-elle. "il était détestable, constamment en train de faire des bêtises, irrespectueux et très actif. il courait dans tous les sens."
- "c'est surprenant." souffla la blonde, dans un rire. "il a l'air si.. parfait, maintenant."
- "seulement maintenant." approuva-t-elle. "ce jour-là, mon maître et moi nous passions exceptionnellement à notre village natal, après de très longs voyages et nous sommes tombés sur lui, en compagnie du troisième hokage, son grand-père. cet idiot s'était amusé à peindre des idioties sur les visages des anciens hokage. et il était très fier de sa bêtise."

L'évocation de ce souvenir ne fit qu'agrandir le sourire sur ses lèvres. Elle appréciait vraiment la compagnie de la blonde, étonnamment. Pourtant, elle avait bien failli perdre l'homme qu'elle aimait, pour elle. Orihime aurait très bien pu son épouse, à l'heure qu'il est, si Gaara ne l'avait pas envoyé retrouver le brun.

- "et comment ça s'est passé, ensuite ? qu'est-ce qui t'a fait tomber amoureuse de lui ?" interrogea la blonde, curieusement.
- "très longue histoire." avoua la brune, un voile de tristesse dans les prunelles, malgré son bonheur actuel. "je l'ai détesté, pendant très longtemps. j'ai été ignoble avec lui, je lui ai dis des choses qui auraient brisés bien des hommes. Konohamaru a été la personne qui m'a protégé, pendant le massacre du pays du feu, mais il a fait ça, en abandonnant mon maître là-bas. elle était ma seule famille et c'est elle, qui lui a donné cet ordre, mais je n'ai pas pu m'empêcher de le haïr en apprenant le décès de mon maître."

Son regard s'accrocha doucement au sourire qui traînait sur les lèvres du concerné.

- "je ne sais pas exactement quand, mais à un moment, la haine que je ressentais s'est transformé en des sentiments plus forts." confia-t-elle. "puis, j'ai appris pour votre futur mariage et je me suis rendu compte que si je le laissais s'en aller, ça me tuerait."
- "vous n'avez pas eu une vie facile, ni toi ni lui." en conclut la blonde. "mais je l'admire. et pas seulement lui, toi aussi. vous êtes incroyable, tous les deux."
- "et toi, qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?" demanda la brune.
- "j'en sais rien. le raikage a fait la demande à mes parents de me donner quelques années de plus, que je puisse éventuellement tomber amoureuse de moi-même." avoua-t-elle, un petit sourire au coin des lèvres. "je pense que ton époux a sa part de responsabilité dans cette soudaine décision."
- "c'est possible." avoua-t-elle, amusée. "tu sais, tu le mérite vraiment. prends ce temps pour toi, fait des voyages. ça ira, tu as le droit, toi aussi, d'être heureuse."

Et elle le pensait vraiment. Elle n'aurait jamais crû que la femme que Konohamaru aurait dû prendre pour épouse, était si agréable. Orihime était une jeune femme intelligente, douce et bienveillante.

Une main se glissa dans le champ de vision de la blonde et la seconde d'après, d'un même mouvement, elles posaient leurs regards sur le brun. Il attendait, debout dans son beau costume, un fin sourire sur les lèvres, la main tendue vers Orihime.

- "mademoiselle Takayama." appela-t-il, doucement. "est-ce que vous accepteriez cette danse, à mon bras ?"
- "tu ne devrais pas plutôt inviter ton épouse ? c'est votre soirée." rappela la blonde.
- "oh, mais madame Sarutobi passera à la casserole, elle aussi, t'en fais pas."

Il lança un clin d'oeil à son épouse, qui étouffa un rire entre ses lèvres et esquissa un sourire, en sentant la main de la blonde dans la sienne. Konohamaru l'attira immédiatement sur la piste de danse, sous les regards déçus de certaines petites filles et posa une main dans le creux de ses reins.

- "j'ai une question." avoua le brun, un sourire au coin des lippes. "qu'est-ce que tu vas faire de ces cinq ans supplémentaires ?"
- "je savais que tu avais ta part de responsabilité, là-dedans." souffla-t-elle, amusée.
- "j'aurais aimé faire plus, annulé tout. que tu puisses être libre, éternellement. je suis désolé de n'avoir pu t'offrir que cinq ans." s'excusa-t-il.
- "tu déconnes ?" s'exclama-t-elle, un grand sourire sur les lèvres. "c'est énorme, cinq ans. tu n'imagines pas tout ce que je pourrai faire en cinq ans."
- "tu as une idée ? de ce que tu vas faire ?" questionna-t-il, curieusement.
- "pas vraiment, mais ton épouse m'a conseillé de faire des voyages." confia-t-elle.
- "eh bien, madame Sarutobi a de très bons conseils." lâcha-t-il.

Le presque trentenaire étouffa un doux rire entre ses lèvres et adressa un grand sourire, à son épouse, qui les observait, assise sur une chaise. Il resserra doucement sa prise autour du corps frêle de la douce Takayama et laissa la musique conduire la danse qu'ils partageaient.


Les mains légèrement tremblantes, elle attrapa le col de la chemise du brun et le tira dans un baiser enflammé. La cérémonie était, enfin, terminée et maintenant, ils étaient seuls, dans les appartements que le raikage avait mis à disposition pour eux. Très impatiente, elle tira brutalement les pans de la chemise blanche du garçon, envoyant les boutons dans toute la pièce. Un rire échappa aux lèvres du garçon.

- "j'aimais beaucoup cette chemise." se moqua-t-il
- "je t'en offrirai des dizaines, comme celle-ci." répliqua-t-elle, immédiatement. "mais là, j'ai besoin de t-."

Il ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit de plus et emprisonna ses lèvres contre les siennes. Elle n'était sûrement pas la seule à être si impatience. Shizune n'était plus juste Shizune, elle était son épouse, un membre du clan Sarutobi. Bordel, elle lui avait dit oui, devant une foule de gens.

D'un mouvement habile, il passa ses mains sous les cuisses de la quarantenaire et la souleva, sans une once de difficulté. Le dos plaqué contre une porte hasardeuse, elle était totalement à sa merci et il s'empressa de poser un tas de baisers sur le haut de ses seins, encore couvert d'un soutien gorge.

- "j'ai tellement envie de toi." avoua-t-il, les lèvres sur sa peau. "j'ai envie de te faire l'amour, encore et encore, toute la nuit."
- "fais-le." lâcha-t-elle, dans un murmure tremblant de plaisir. "je suis à toi, après tout."

Une décharge frappa le brun, à l'entente de ses mots. Shizune était à lui. Et il était à elle. Konohamaru se rendit compte trop tard des émotions qui le traversaient, les larmes coulaient déjà sur ses joues rugueuses, alors que la brune attrapait délicatement son visage entre ses mains. Un sourire doux sur les lippes, elle embrassa ses joues humides, du bout des lèvres.

- "pourquoi est-ce que tu pleures ?" demanda-t-elle, d'une voix tendre.
- "je crois que.." lâcha-t-il, dans un sanglot incontrôlable. "que je suis juste.. heureux."

Les larmes redoublaient d'intensité, au fur et à mesure que les mots s'échappaient de ses lèvres. Dans une tendresse extrême, elle offrit une étreinte au garçon et lui souffla quelques mots doux à l'oreille. Ils iraient bien, à partir de maintenant. Ils iraient bien.


- "regarde, tu fais comme ça." informa-t-il, en agitant un fin pinceau sur une feuille. "ton prénom s'écrit de cette façon. c'est joli, n'est-ce pas ?"

La petite fille hocha vivement la tête, un grand sourire sur les lèvres et quelques nuances de rose sur les joues. La seconde d'après, elle se remettait à écrire joyeusement, le brun penché au-dessus de son épaule. Konohamaru appréciait ça, il avait proposé son aide à une institutrice, une amie d'enfance du raikage, pour les cours. Elle s'occupait d'enfants ordinaires, des enfants qui ne seraient jamais des shinobis, qui vivraient dans le confort et la sûreté.

- "Konohamaru." entendit-il, dans son dos.
- "oui, je suis là." s'exclama-t-il.

Le doux minois de son épouse se hissa rapidement près de lui et il l'accueillit d'un grand sourire. Ils s'étaient dit oui, devant une foule de gens, six jours en arrière et le brun appréciait chaque instant à ses côtés. Et bien qu'ils ne s'étaient encore jamais dit "je t'aime", ils prenaient soin l'un de l'autre. Mais.. l'air sombre dans les iris de la brune lui arracha une pointe d'inquiétude et effaça immédiatement le sourire sur ses lèvres.

- "quelque chose ne va pas ?" interrogea-t-il, les sourcils froncés.
- "le raikage a reçu une lettre du kazekage." annonça-t-elle.

Les battements de son coeur prirent une tournure saccadée et il attrapa rapidement une énième inspiration, en sentant l'angoisse qui lui tordait les tripes. Shizune le tira doucement dans un coin de la pièce, à l'écart et prit ses mains dans les siennes.

- "dans moins d'une semaine, Gaara et des hommes iront anéantir le camp des ennemis à l'origine du massacre." expliqua-t-elle.
- "ils savent où ils sont ?" demanda-t-il, immédiatement.
- "oui. des hommes de Suna les ont retrouvés et le kazekage prépare une guerre, dans le but de tous les tuer." avoua-t-elle.

L'information entra par une oreille et sortit par l'autre, en une demi-seconde. Le brun était perdu dans un sourire qu'il connaissait que trop bien. Il se souvenait de lui, à peine âgé de dix ans, riant aux côtés d'un blondinet et bordel, ce qu'ils avaient l'air bien, heureux, sereins.

- "Konohamaru ?" appela-t-elle, inquiète. "est-ce que ça va ?"
- "je ne sais pas.. je-." commença-t-il, dans un murmure.

La seconde d'après, il manquait de perdre l'équilibre. Elle le stabilisa d'un bras fort autour de sa taille et le força à prendre place sur une chaise pour enfant. Puis, elle lui apporta un verre d'eau, les sourcils froncés.

- "tiens, bois." ordonna-t-elle.

Il vida rapidement le verre et prit une inspiration, les mains légèrement tremblantes. Gaara savait où se trouvait les hommes qui avaient mis à feu et à sang, sa nation, et une voix lui soufflait l'idée d'y aller seul, de venger Naruto, lui-même.

Une main délicate effleura sa joue et il se heurta doucement au brun des prunelles de la quarantenaire. Elle le regardait avec une telle intensité, que ça lui coupait le souffle.

- "écoute-moi, d'accord ?" dit-elle, doucement. "si ce que tu souhaites, c'est ne rien faire, alors je resterai avec toi. et si ce que tu souhaites, c'est rejoindre Gaara et les autres, j'irais avec toi. d'accord ? j'irais où tu iras, Konohamaru. jusqu'à la fin des temps."

Et elle déposa un tendre baiser sur son front tremblant.


Les arbres se multipliaient. Ils avaient quittés les abords du village de Kumo, depuis deux bonnes journées et se retrouvaient là, perdus dans les forêts immenses du pays du feu. Et quand ils traversaient un village saccagé par le massacre, et ils le faisaient un peu trop souvent, Konohamaru retenait difficilement ses hauts de coeurs. Shizune restait près de lui, bien plus habitué aux horreurs de la guerre que lui. Après tout, Konohamaru faisait parti des chanceux qui n'avait pas eu l'autorisation de se rendre sur le champ de bataille de la quatrième grande guerre et il était bien trop jeune pour avoir assisté à la troisième grande guerre.

Les échos de plusieurs voix parvinrent à leurs oreilles, alors qu'ils se rapprochaient de la frontière entre le pays du feu et le village d'Oto. Konohamaru s'apprêtait à se mettre devant son épouse, prêt à la défendre coûte que coûte, un arrière-goût de déjà-vu dans la gorge, mais le pourpre reconnaissable entre mille d'une tignasse lui envoya une décharge dans tout le corps. Il échangea un sourire avec la brune et s'élança en avant, bien trop heureux dans le fond de revoir tous ces visages qu'il connaissait depuis qu'il était petit garçon.

- "maître kazekage." salua poliment Konohamaru, en se penchant en avant.
- "relève-toi, bon dieu." souffla le rouquin, un léger sourire au coin des lèvres. "qu'est-ce que tu fais là ? tu ne devrais pas être à Kumo ?"
- "je suis venu dès que j'ai su." annonça-t-il, une pointe de détermination dans les iris. "je suis venu me battre aux côtés de vos hommes.. pour lui."

L'émeraude des prunelles du roux se confronta une demi-seconde au bleu de ses iris et le kazekage acquiesça.

- "tu as l'air.. bien." lâcha Gaara, maladroitement. "il serait content."
- "je crois que je le suis, e-." commença le brun, dans un hochement de tête.
- "attends, ce n'est pas Konohamaru ça ?"

La seconde d'après, le concerné se retrouvait dans les bras d'un grand brun, le visage couvert de traits épais à la teinte violette. Il esquissa un sourire et lui rendit son étreinte.

- "Konohamaru." s'exclama le sunien.
- "eh, Kankuro." répondit-il, amusé. "content de te voir."

Un doux rire échappa aux lèvres du sunien et dès qu'il reposa, enfin, le brun au sol, celui-ci s'empressa d'échanger une poignée de mains respectueuse avec Shikamaru. Konohamaru admirait cet homme, tellement.

- "qu'est-ce que tu fais, là ?" demanda curieusement Kankuro.
- "je suis prêt à me battre." annonça simplement le brun.
- "et moi aussi." entendirent-ils, dans le dos du presque trentenaire.

Shizune se hissa doucement près de lui et salua poliment les trois hommes, un fin sourire au coin des lèvres.

- "vous allez bien tous les deux ?" questionna Gaara, les bras croisés sur son torse.
- "nous nous sommes mariés." déclara fièrement Konohamaru.

D'une caresse délicate, il attrapa la main de son épouse dans la sienne et montra leurs bagues aux trois hommes, un grand sourire sur les lèvres ; une exclamation pleine de joie s'échappa des lippes de Kankuro, qui s'empressa de prendre la brune dans ses bras. Un doux rire échappa à la quarantenaire et le sunien tira, ensuite, le brun dans une étreinte virile, lui tapotant le dos, surexcité. Gaara déposa simplement une main sur l'épaule de Shizune, un sourire au coin de la bouche.

- "félicitations, petit gars." lança Kankuro. "félicitations."


Des cris empreint de rage flottaient dans les airs, sur le champ de bataille. Et du sang, beaucoup de sang. La bataille était un véritable carnage. Les cadavres souillaient une terre, qui n'avait rien demandé. Il esquiva de justesse la lame qui menaçait de prendre sa vie et balança un coup de pied dans l'estomac d'un ennemi hasardeux. Ils étaient bien plus que prévus et ils étaient assoiffés de sang, ils tuaient, ce fichu sourire sur les lèvres et une partie de lui, lui hurlait de prendre la fuite, encore une fois. Au final, peut-être que Hinata avait raison ; peut-être qu'il avait été chanceux de recevoir cet ordre. Qu'est-ce qu'il aurait fait, un an en arrière, face à ces monstres ? Est-ce qu'il aurait été capable de prendre leurs vies ? Ou est-ce qu'il serait mort, lui aussi, dans les décombres d'un village qu'il avait tant aimé ?

Un kunaï effleura durement son épaule et il fit volte-face immédiatement, les phalanges blanches, prêt à prendre une énième vie, mais le bleu de ses iris s'accrocha au visage de son agresseur et il sentit soudainement son coeur se tordre douloureusement dans sa cage thoracique. Des cheveux bruns, des prunelles bleutées et des traits déformés par la peur ; ce n'était qu'un adolescent sous ses yeux, un adolescent tremblant, qui tentait tant bien que mal de survivre. Habillé de vêtements déchirés, il lui semblait presque voir des traces de coups sur son corps recouvert, et il était bien trop maigre pour un adolescent de cet âge. Qu'est-ce que ce gamin foutait là ? Qui était-il ?

L'éraflure sur son épaule prouvait une chose : l'adolescent n'était pas de son camp. Il tenait le kunaï, d'une main tremblante, mais forte. Un grognement s'échappa de ses lèvres et il prit une inspiration, en s'éloignant de la silhouette du gamin.

- "a-attendez." lâcha l'adolescent, d'une voix faible. "vous ne me tuez pas ?"
- "non." déclara-t-il, d'une voix forte. "quitte cet endroit et tâche de survivre."

Konohamaru refusait d'être un homme semblable à eux. Il avait du sang sur les mains, bien sûr, il ne le niait pas, mais ce garçon ne méritait pas de perdre la vie, là, sur un champ de bataille. Et quelque part, pendant un instant, il s'était demandé ce que Naruto aurait fait à sa place. La réponse ne l'étonnait guère ; le blond l'aurait laissé vivre, il lui aurait donné une chance de s'en sortir.

Il se tourna une dernière fois vers l'adolescent, encore au sol, tremblant et le pouce en l'air, lui adressa un sourire maladroit. Puis, il se jeta de nouveau dans la bataille, dans un cri déterminé.


Un frisson s'accrocha à sa peau blanche et elle déposa un regard épuisé sur les shinobis, près d'elle. Ils tenaient tous tant bien que mal debout, ils se battaient férocement, la protégeant coûte que coûte des ennemis ; elle aurait aimé se battre, mais Gaara avait donné l'ordre à cinq de ses hommes de se mettre à ses côtés et de prendre soin d'elle, pour qu'elle puisse à son tour prendre soin des autres. Ils étaient normalement assez de médecins, sur le champ de bataille, mais aucun n'avait été l'élève du cinquième du nom, comme elle. Les connaissances et les compétences qu'elle possédait, faisait d'elle, un excellent médecin.

Elle s'accroupit près d'un shinobi du village caché du sable et lui adressa un doux sourire, à l'allure rassurante, alors que son regard d'un bel ébène s'attardait sur la plaie béante dans son abdomen. Il saignait abondamment et au vu de l'état de la blessure, quoi qu'elle puisse faire, le résultat serait le même. Un grognement s'étouffa entre ses lèvres et elle déposa ses deux mains sur la plaie, englobant l'abdomen dans une douce lumière verte ; un gémissement douloureux échappa à l'homme et elle lui offrit des excuses, du bout des lèvres.

- "non." lâcha-t-il, dans un souffle tremblant. "ne t'o.. ccupes pas de moi."
- "pourquoi dites-vous ça ?" demanda-t-elle, les sourcils froncés, le regard braqué sur la plaie.
- "je ne suis pas.. idiot." dit-il, difficilement. "d'autres ont sûrement besoin.. de vous."

Dans un geste d'une extrême tendresse, il repoussa les mains de la quarantenaire de son abdomen et déforma ses lèvres dans un sourire crispé, mais bien là.

- "c'est trop t-tard pour moi." ajouta-t-il, le corps tremblant. "mais.. merci, doc'."

Elle étouffa un énième grognement entre ses lèvres et la seconde d'après, le shinobi fermait les paupières, éternellement. Elle repoussa tant bien que mal les larmes et la colère qui tentait de se faire un chemin jusqu'à ses iris et s'empressa de se mettre sur ses deux pieds, déterminée. Elle ferait ce qu'il faudrait, mais elle se faisait la promesse que la majorité d'entre eux rentrerait chez eux, au village, près de leurs familles, de leurs amantes et de leurs amis.

- "docteur Sarutobi ?" entendit-elle. "que faisons-nous, maintenant ?"

L'un des shinobis qui assurait sa protection se rapprocha d'elle et déposa une main sur son épaule, la tirant de ses pensées. Elle échangea un rapide regard avec le garçon et reporta son attention sur le champ de bataille. La guerre faisait rage à chaque coin et bien qu'ils étaient plus nombreux, les ennemis perdaient du terrain.

- "quatre d'entre vous ont l'ordre de rejoindre la bataille." dit-elle, très vite.
- "attendez, maître kazekage nous a donné un ordre contraire au vôtre." répliqua l'un des hommes. "il a précisé que nous devions rester à vos côtés, quoi qu'il arrive."
- "et il a, aussi, précisé que vous obéissez à mes ordres, dès lors que la bataille marquerait ses premières minutes. alors, obéissez à mes ordres." déclara-t-elle, d'une voix forte. "je ne veux qu'un seul shinobi à mes côtés. les autres rejoignez le champ de bataille et faites en sorte de survivre."

Ils eurent bien du mal à s'en aller, mais finalement, il n'en resta qu'un et elle lui adressa un doux sourire. Elle ne le connaissait pas, mais il n'était pas un méchant garçon ; sûrement le même âge que Konohamaru et il dégageait quelque chose de doux.

- "qu'est-ce que vous souhaitez faire, à présent, docteur Sarutobi ?" demanda-t-il.
- "prendre en charge les blessés, le plus rapidement possible." annonça-t-elle. "hors de question que ces monstres gagnent une nouvelle fois."


De l'urine. Et du sang. La puanteur de l'endroit lui arracha une grimace et il s'empressa de couvrir son nez, d'une main maladroite. Derrière lui, hors de ce lieu à l'allure lugubre, le bruit des combats ne cessait pas, se fracassait dans les airs et se mélangeait aux cris des hommes. Il retint difficilement un frisson, bercé dans l'ambiance dérangeante entre les murs et posa un regard attentif, autour de lui. Une poignée de minutes en arrière, il se battait férocement, auprès des autres shinobis ; puis, le bleu de ses iris s'était perdu dans les traits d'un visage qu'il connaissait, un visage qu'il avait aperçut parmi les monstres qui s'en étaient pris à sa nation ce jour-là. Il s'était lancé parmi les corps en mouvements de ses camarades et l'avait poursuivi, jusqu'ici, dans un coin de forêt. Il s'était retrouvé face à un manoir délabré et bien qu'il aurait dû attendre qu'un autre le rejoigne, il s'était lancé dans la demeure, déterminé à prendre la vie de cet homme.

L'intérieur était bien plus affreux que l'extérieur. L'odeur nauséabonde lui piquait les narines et quelque chose, au fond de lui, lui hurlait de prendre la fuite. Des morceaux de murs tombaient en ruine, et dans certaines pièces, il était tombé nez à nez avec des cages métalliques. Des cages d'une taille trop large, pour qu'elles servent à des animaux et cette pensée lui tordit l'estomac ; qu'est-ce que ces hommes faisaient, ici ? Un tas de scénarios traînait dans un coin de sa tête, il eut soudainement une pensée pour Tenten ; il ne la connaissait pas tant que ça, mais il était au courant de ce qu'il s'était passé pendant le massacre du pays du feu, pour elle. La trentenaire était tombée entre les mains de ces monstres et il l'avait gardé captive, pendant des mois et des mois. Les mots n'étaient pas nécessaire pour comprendre ce qui s'était passé, les cicatrices sur son corps offraient une vérité horrible. Et les lieux alimentaient l'horreur de ses suppositions.

Qu'était-il arrivé à ces hommes, pour qu'ils deviennent de tels monstres ? Et Naruto, est-ce qu'il aurait été capable d'offrir son pardon ? Il avait pardonné à tant de personnes, à tant d'ennemis, mais là, est-ce qu'il en aurait été capable ?

Konohamaru repoussa ses questions et reporta son attention sur la pièce, dans laquelle il entrait, les doigts serrés autour du manche d'un kunai. Le silence qui frappait le manoir était de plus en plus effrayant et dans tout ça, il avait l'impression que les battements effrénés de son coeur se répercutaient dans toute la demeure. Le souffle court, les mains moites, il fronça les sourcils, en sentant quelque chose d'étrange sous sa chaussure. Le sol lui semblait soudainement glissant et s'il n'était pas autant aux abois, il serait, d'ailleurs, sûrement tombé.

D'un tâtement maladroit de la main, il chercha l'interrupteur, le coeur battant à vive allure ; son coeur rata un battement. La lumière illumina la pièce et il se heurta durement aux cadavres, qui jonchaient le sol. Des femmes et des enfants, majoritairement. Une cinquantaine, entassés les uns sur les autres. Et tout ce pourpre. Un tremblement l'attrapa, sans qu'il ne puisse rien faire et il retint difficilement les larmes au bord de ses paupières ; tant de morts, et pourquoi ? Un ricanement diabolique résonna, quelque part, derrière lui et dans un élan maladroit, paniqué, il fit volte-face, cherchant la source du bout des prunelles. L'éclair qui déchira soudainement l'endroit, le força à fermer les yeux, un court instant et la seconde d'après, un corps se heurtait au sien.

- "vous.. vous allez bien ?"

Le timbre de voix lui arracha un sursaut et il déposa le bleu de ses prunelles sur les traits de ce visage si proche de lui, un visage qu'il connaissait bien, un visage qui n'avait pas encore eu le temps de s'effacer de son esprit. Un liquide poisseux s'échappa des lèvres du garçon, dans un toussotement maladroit, alors qu'il attendait patiemment une réponse.

- "je.. je suis content.. que vous soyez.. sain et.. sauf."

Le corps tremblant, Konohamaru se perdit une demi-seconde dans les prunelles bleutées de l'adolescent, appuyé lourdement contre lui. Pourquoi est-ce qu'il avait fait ça ? Pourquoi est-ce qu'il avait pris le coup à sa place ? Un sourire soulagé naquit au coin des lèvres du garçon et très vite, sûrement à cause du sang qui coulait abondamment de sa plaie dans le dos, il s'écroula au sol, de tout son long, dans un bruit étouffé ; alors qu'un autre ricanement brisait le silence macabre. Qu'est-ce qui venait de se passer ?

- "quel idiot." ricana l'homme, à quelques mètres de lui.

Un sourire traînait sur ses lèvres. Un sourire si malsain, qu'il extirpa le brun de sa stupeur et éveilla sa colère. La mâchoire serrée, il resserra sa prise autour de son kunai et prise une position offensive. S'il se dépêchait, alors peut-être.. peut-être qu'il pourrait faire quelque chose pour le gamin. Dans un bond agile, il s'élança en avant et entailla brutalement l'épaule du rouquin, un cri féroce au bord des lèvres ; Konohamaru n'avait plus le droit de prendre la fuite. L'adolescent n'allait pas perdre la vie, là, dans cette demeure horrible. Il s'en faisait la promesse. Il esquiva rapidement les flammes qui s'échappaient des lèvres de son ennemi et prit une inspiration.

- "la flamme de la volonté est encore là." lança-t-il, haut et fort. "vous vous êtes attaquez à notre nation, vous avez pris la vie d'hommes, de femmes et d'enfants innocents. et nous sommes ici. à vous combattre. vous n'avez pas réussi à nous faire taire. nous n'y arriverez jamais."

Et ils continueraient de se battre, jusqu'à la fin. La lame du kunai s'enfonça brutalement dans la gorge de l'ennemi, lui arrachant un gémissement douloureux et Konohamaru s'empressa de retourner auprès de l'adolescent. Il rangea l'arme dans son étui et étouffa l'inquiétude qui sciait soudainement ses tripes.

- "allez, gamin." encouragea-t-il, la voix légèrement tremblante. "reste avec moi."

Le presque trentenaire glissa une main dans le dos de l'adolescent et une autre, sous ses genoux, le soulevant rapidement. Il n'était pas très loin du champ de bataille et s'il courait assez vite, il pourrait peut-être s'y rendre, à temps. Et une fois là-bas, tout irait bien. N'est-ce pas ? Il s'élança hors de la demeure, l'adolescent fermement tenu contre son torse ; il était épuisé, inquiet et tremblant, son corps lui hurlait de prendre une pause, de se mettre tranquillement dans un coin et de reprendre des forces, mais Konohamaru ne s'arrêta pas une seule fois. Il courait à travers les arbres, de branches en branches, se rapprochant toujours un peu plus des cris déterminés des shinobis. Et lorsque son pied foula la terre souillée de sang, pour la première fois depuis que la bataille avait démarré, il étouffa une pointe de soulagement dans ses entrailles.

Les armes s'entrechoquaient violemment, encore et encore, et il esquiva de justesse le corps d'un ennemi qui fonçait droit sur lui, à cause du choc d'une explosion. Il appuyait tant bien que mal sur la plaie, d'une main ferme, mais il le sentait, tout ce sang qui s'en échappait, coulait entre ses doigts. Son regard s'accrocha à tous les recoins du champ de bataille, à la recherche du visage de son épouse ; elle, elle serait capable de faire quelque chose. Elle le sauverait, il en était persuadé.

- "Konohamaru." entendit-il. "qu'est-ce que tu fais ?"

Le visage meurtri de Shikamaru se hissa sous ses yeux et il entrouvrit les lèvres, dans le but de dire quelque chose, mais aucun son ne s'en échappa ; il observa silencieusement le regard du brun, sur l'adolescent qu'il serrait contre lui, impuissant.

- "la dernière fois que je l'ai vu, elle était à peu près cinquante mètres." expliqua le stratège, d'une voix forte. "dépêche-toi, il perd trop de sang."
- "merci." lâcha-t-il, difficilement, la gorge sèche.

Et il s'élança. Shikamaru ferait un très bon hokage, il n'en doutait pas une seule seconde. Le chef du clan Nara avait compris, d'un seul coup d'oeil, que l'adolescent n'était pas des leurs, et pourtant, il n'avait pas exigé sa vie, il avait même, peut-être, contribué à sa survie.

La tignasse brune de son épouse attira rapidement son attention. Elle était là, penchée au dessus d'un blessé et il se retint de fondre en larmes, soulagé d'apercevoir ce visage. Il aurait aimé courir vers elle et lui prendre plus d'un baiser, mais ce n'était pas le moment. Il se rapprocha d'elle, les traits tirés par l'inquiétude et resserra sa prise autour de l'adolescent.

- "Shizune." appela-t-il, une pointe de panique dans la gorge.
- "Konohamaru ?" souffla-t-elle, en se tournant vers lui.
- "sauve-le." supplia-t-il. "il faut que tu le sauves."

Le regard de la quarantenaire s'attarda un instant sur les traits enfantin du visage de l'adolescent ; elle n'avait aucune idée de qui il était, d'où est-ce qu'il venait et une petite voix lui soufflait qu'il était l'un des membres du camp ennemi. Pourtant, l'inquiétude qui brûlait dans les iris de son époux l'empêcha de dire non. La seconde d'après, elle ordonnait au brun de l'amener à la tente médicale la plus proche, prête à faire ce qu'il fallait pour sauver ce garçon.


Le soleil se couchait à peine. Gaara se tenait droit, le regard sombre, d'une carrure terrifiante ; du sable virevoltait autour de son corps, l'enveloppait telle une armure. Un homme était à ses pieds, suffoquant, les genoux plantés dans le sol, le corps recouvert de sang séché ; il tremblait. L'étendue d'herbe sur laquelle ils s'étaient tous battus, était recouvert de corps. La majorité d'entre eux étaient des ennemis. Et dans le dos du cinquième kazekage se tenait fièrement les guerriers de son village, mélangés aux shinobis du pays du feu.

- "pourquoi ?" demanda simplement le roux, d'une voix forte.
- "pourquoi pas ?" répliqua l'homme, un sourire malsain au bord des lèvres. "vous êtes des shinobis, combien de vies avez-vous pris ? combien de villages avez-vous saccagé ?"
- "ce n'est pas pareil." clama haut et fort, un shinobi du village caché du sable, les poings serrés. "ce n'est pas pareil, putain."
- "est-ce que tu en es sûr, dis-moi ?" s'exclama l'ennemi, à genoux. "ce n'est pas la même chose, vraiment ? n'est-ce pas ce que les shinobis ont fait pendant la deuxième grande guerre, avec le village caché par la pluie ? et vous aimiez ça."

Les hommes présents n'avaient pas assisté à la deuxième grande guerre, ils étaient bien trop jeunes, mais ils connaissaient l'histoire. Et ceux appartenant à Konoha connaissait les conséquences de cet événement sur le village caché par la pluie. Naruto avait mis un point d'honneur à rétablir la vérité sur les actions de Nagato, Yahiko et Konan, connus sous le nom de "Pain" ; il avait partagé son avis et ses sentiments sur le sujet.

- "je n'ai aucune honte, aucun regret. j'ai fais faire ce qu'il fallait à mes hommes. mais méfiez-vous." termina-t-il. "ce n'est pas parce que nous mourrons aujourd'hui que cette histoire est terminée. comme pour vous, la flamme de la volonté continuera éternellement de brûler et nous-."

D'un geste de la main fluide et rapide, Gaara le fit taire, l'enfermant éternellement dans un amas de grains de sable meurtriers.


- "Temari !"

Le prénom de la princesse de Suna se heurta aux silhouettes des shinobis épuisés par la précédente bataille.

- "regardez-le, celui-là." s'exclama Kankuro, amusé. "il est amoureux comme un adolescent."

Le brun ignora les rires, les commentaires, les soupirs d'épuisements, les gémissements douloureux et s'élança à travers les grains de sable pour rejoindre son épouse tremblante devant les portes du village caché du sable. Un doux sourire déforma les lèvres de Shizune et elle observa silencieusement l'homme prendre dans ses bras la femme qu'il aimait, dans un élan désespéré et terriblement amoureux. Un bras glissa autour de sa taille et sa joue rencontra l'épaule chaude de son époux. Ils étaient vivants. Ils avaient survécus. Et ça, ça lui donnait envie d'hurler, de rire et de pleurer ; les trois en même temps. Mais Konohamaru était près d'elle et tout ce qu'elle arrivait à faire, c'était se réjouir du fait que demain matin, elle se réveillerait encore une fois à ses côtés.

- "je t'aime." lâcha-t-elle, dans un murmure.

Un petit rire s'échappa des lèvres du garçon et elle tourna la tête vers lui. La prise autour de sa taille se resserra doucement et elle se heurta un instant au sourire incroyablement beau sur les lèvres du trentenaire.

- "je suis dingue de toi." souffla-t-il. "Shizune Sarutobi."

Un petit rire s'échappa cette fois des lèvres de la brune et elle se redressa légèrement sur la pointe des pieds, déposant sa bouche sur la sienne.

- "prenez une chambre, eurk."

La voix de Kankuro résonna tout près d'eux et Konohamaru ne se gêna pas pour lui faire un doigt d'honneur. Les deux bruns s'adoraient, très loin du souvenir de leur première rencontre brutale. Un faible gémissement flotta dans les airs et le trentenaire jeta tout de suite un coup d'oeil à l'adolescent qui dormait profondément sur une civière. Cet adolescent qui s'était interposé entre lui et une lame redoutable. Shizune avait réussi à le sauver et n'avait rien dit sur le fait qu'il était du camp ennemi. L'idée de dire non ne lui avait même pas effleuré l'esprit, alors qu'il était venu la trouver, ce garçon inconscient dans les bras. Et depuis qu'ils avaient pris la route pour rentrer à Suna, la main de Konohamaru n'avait pas lâché celle de ce gamin. Il l'avait tenu fermement, tout le long.

- "il ira bien." annonça Shizune.
- "merci de l'avoir sauvé." souffla le brun.
- "ne dis pas de bêtises." dit-elle.

Ils échangèrent un regard, au milieu de tous ces shinobis qui retrouvaient enfin leurs familles, leurs proches, leurs enfants, après des jours dans la crasse, le sang et l'épuisement. Des médecins, déployés devant les portes, ordonnèrent aux blessés qui le pouvaient de se rendre à l'hôpital et récupèrent ceux qui ne le pouvaient.

- "on se retrouve à l'hôpital ?" lâcha la brune. "je les accompagne, je ne veux pas qu'il se réveille et qu'il se retrouve tout seul."
- "je te rejoins vite." acquiesça-t-il.

Shizune lui vola un dernier baiser et accompagna les médecins qui récupéraient la civière où reposait l'adolescent. Un poing s'écrasa contre son épaule et il salua doucement Temari qui rayonnait, accroché fermement aux bras de son époux. Gaara ne tarda pas à se mettre un peu en hauteur, propulsé par des grains de sable et adressa un sourire aux villageois qui se mélangeaient aux shinobis.

- "la guerre est terminée." annonça-t-il, haut et fort. "nous avons gagnés."

L'effet fut unanime. Les exclamations de joies, les pleurs, les applaudissements. Ils se retrouvaient tous enveloppés dans tout ce flot d'émotions. Et au milieu de tout ce bruit, Konohamaru n'eût aucun mal à reconnaître une voix enfantine qui hurlait son prénom.

Il se heurta un instant à leurs silhouettes et retint tant bien que mal les larmes qui menaçaient de pendre au coin de ses paupières. Il ne les avait pas revu depuis son départ pour Kumo et merde, il était tellement heureux là tout de suite. Le corps frêle d'Himawari se cogna contre le sien et il la souleva dans les airs, un grand sourire sur les lèvres. Il la serra contre lui et tendit un bras vers Boruto, qui n'attendit pas une seconde de plus avant de se fondre lui aussi dans l'étreinte.

- "tu es revenu." pleura Himawari contre son épaule.
- "encore une fois." ajouta Boruto, un petit sourire au coin des lèvres.
- "je suis tellement content de vous voir." lâcha l'adulte.

La mère des deux enfants se fraya un chemin à travers la foule, à son tour et se rapprocha d'eux, attendrie par cette image. Boruto et Himawari grandissaient sans père, mais hantés par une vision horrifique de ce jour. Et même s'ils tendaient d'être fort, les véritables sourires sur leurs lèvres n'étaient plus aussi présent qu'à l'époque. Mais là tout de suite, alors qu'ils se réfugiaient dans les bras de Konohamaru, elle n'eût aucun mal à reconnaître la sincérité dans le rire de son fils et le sourire de sa fille. Le regard bleu du brun tomba dans le sien et elle lui adressa un petit sourire.

- "bienvenue à la maison, Konohamaru."


Konohamaru fronça les sourcils, le regard braqué sur le contenu de son assiette. Il donnerait n'importe quoi pour un bon burger ou un bol de nouilles, mais à la place, il observait les haricots verts se battre dans le creux de l'assiette, une moue dégoûtée au coin de la bouche. Le bleu de ses iris effleura le visage de l'adolescent, assis entre les draps du lit d'hôpital, qui dévorait sa nourriture avec appétit.

- "comment est-ce que tu fais, sérieux ?" souffla-t-il, un sourcil arqué.
- "ce n'est pas si mauvais." lâcha l'adolescent. "c'est sûrement la meilleure chose que j'ai mangé, depuis que je suis né."
- "je t'emmène faire le tour des restaurants quand tu sors de l'hôpital." répliqua le brun.

Un fin sourire déforma le coin des lèvres du garçon et il acquiesça, aux mots de l'adulte.

Deux longues semaines étaient passés, depuis la fin de la guerre. Et bien qu'il avait eu un peu de mal, Konohamaru avait convaincu Gaara que l'adolescent n'était pas une menace. Il séjournait là, dans une chambre d'hôpital de la plus confortable des ailes de l'hôpital ; Sakura passait au moins deux fois par jour, pour prendre soin de lui et vérifier l'avancement de sa cicatrisation, mais le presque trentenaire, lui, passait tous les jours. Il arrivait dans les environs de dix heures du matin et repartait vers vingt-heures, dès que son épouse terminait sa journée.

- "tu sais que tu n'es pas.. obligé, d'être là. tous les jours." rappela l'adolescent, une pointe de gêne dans la voix.
- "tu ne veux plus ?" interrogea le trentenaire.
- "si. bien sûr." répliqua-t-il. "mais ne te sens pas obligé, à cause de ce qui s'est passé."
- "je ne me sens pas obligé, Kawaki." dit-il. "je t'avoue qu'au début, peut-être bien que oui, mais ça fait un petit moment que ce n'est plus le cas. j'apprécie passer du temps avec toi."
- "même quand c'est silencieux ? quand je ne dis rien ?" souffla le blessé.
- "oui, même dans ces moments-là."

Un léger rire s'échappa des lèvres du shinobi et il repoussa son assiette. Parfois, ils passaient des moments dans un silence doux, loin d'être pesant. Konohamaru lui avait amené une boîte de BD de son enfance et le simple sourire sur les lèvres de l'adolescent à l'instant où il lui avait donné, avait suffit à le convaincre de passer ses journées à l'hôpital, près de lui. Et à d'autres moments, ils discutaient ; Kawaki se montrait, souvent, curieux à son sujet, il s'intéressait à l'enfance du brun, son adolescence et avait même demandé plus de détails sur la relation qu'il entretenait avec Shizune. Elle se mêlait à eux, certains midi, et bien que l'adolescent n'était pas aussi à l'aise qu'avec Konohamaru, il discutait un peu avec elle.

Shizune s'était occupé de sa plaie dans le dos, il garderait une vilaine cicatrice, mais elle lui avait sauvé la vie ; quant à Sakura, la rose avait pris en charge tous les signes de maltraitance visibles sur le corps du garçon. Le brun n'avait aperçu qu'un morceau de peau chez l'adolescent, mais il n'avait eu aucun mal à comprendre, et maintenant, il attendait patiemment que Kawaki ai le courage de lui confier certaines choses. Il attendrait le temps qu'il faut pour ça.


Les derniers rayons de soleil cédaient lentement leurs places à quelques étoiles, alors que la teinte orangé du ciel s'assombrissait. Il attendait, adossé au mur extérieur de l'hôpital. D'une minute à l'autre, Shizune passerait les portes de l'établissement et ils rentreraient à l'appartement de la brune, là où ils habitaient tous les deux depuis qu'ils étaient revenus. La première nuit, ils s'étaient rendus chacun à leur appartement respectif, comme si de rien n'était, mais dans les environs de trois heures du matin, le brun l'avait rejoint à son domicile et ils avaient rit de la situation. Ils étaient mariés, ils avaient fait la guerre l'un à côté de l'autre, mais avaient été gênés comme deux adolescents lorsque le fait d'emménager ensemble s'était naturellement présenté à eux. Un petit sourire déforma le coin de ses lèvres et il étouffa un bâillement dans le creux de sa main, s'attardant un instant sur le bruit de pas qui se rapprochait de plus en plus de sa position. Un minois qu'il connaissait par coeur se présenta à quelques mètres de lui et il en eût le souffle coupé une demi-seconde. Leur dernière rencontre remontait à quand exactement ?

- "bonsoir." le salua-t-elle, poliment.
- "b-bonsoir Sarada." souffla-t-il.
- "vous attendez Shizune ?"
- "oui. et tu es venu chercher Sakura, j'imagine ?"

L'adolescente acquiesça, s'adossant elle aussi au mur extérieur de l'hôpital. Ils ne s'étaient pas vu depuis un bon bout de temps et ils étaient passés par tellement d'épreuves depuis la dernière fois.

- "ça se passe bien chez les Nara ?" demanda-t-il, curieusement.
- "très bien. c'est nouveau, je n'avais jamais vécu sous le même toit qu'autant de personnes."
- "ça te plaît ?"
- "assez. j'aime bien l'ambiance que ça donne."

Un petit sourire se glissa sur les lèvres de l'adulte. Il était devenu le maître de Sarada quelques années en arrière et avait ressenti tellement de colère envers Sasuke Uchiha pour son absence constante. Parce que même si la petite brune avait été droite, il avait fini par remarquer les quelques fêlures qui s'accrochaient à ses épaules à cause de son paternel. Il s'était vraiment attaché à Mitsuki, Boruto et elle. Et il l'avait abandonné.

- "Sarada." appela-t-il, doucement.

La brune lui offrit un regard interrogatif.

- "je te dois des excuses." dit-il. "je n'ai pas été présent pour toi cette année. j'aurais dû l'être. j'en suis vraiment désolé."

Des excuses n'y changeraient rien dans le fond. Il avait été absent. Il avait faillit à sa mission.

- "je ne veux pas de vos excuses." lâcha la petite brune.

Elle s'éloigna doucement du mur, les mains dans son dos et se posta devant son maître. Elle s'était tant de fois retrouvé admiratif devant ce bout d'homme que le septième du nom considérait comme un frère, cet homme qui à une époque voulait prendre le poste de hokage.

- "je sais que ça a été vraiment dur pour beaucoup de gens. et je.. je ne suis pas aveugle. je sais que vous faites parti des plus amochés." continua-t-elle.

Encore une fois, Sarada paraissait bien trop mature pour son âge. Elle faisait partie de ces enfants qui avaient grandi un peu vite. Il s'apprêtait à dire quelque chose, quand les portes de l'hôpital s'ouvrirent et les voix de Shizune et Sakura les coupèrent.

- "salut Konohamaru." lança Sakura.
- "bonsoir Sarada." salua Shizune.

Shizune claqua doucement un baiser sur la joue de l'adolescente et se rapprocha de son époux. Tous les soirs, il l'attendait devant l'hôpital et elle aimait ça, se dire qu'après une longue journée, c'était lui qu'elle verrait. Ils se saluèrent tous une dernière fois et prirent des chemins opposés. La main de Konohamaru se glissa dans celle de Shizune et lui adressa un petit sourire.

- "alors, ta journée-."
- "Konohamaru !"

Le prénom du garçon flotta un instant dans les airs, suivit d'un bruit de pas rapide. Un corps se cogna contre sa silhouette de dos et il se retourna doucement, s'attardant un instant sur le visage de la jeune Uchiha.

- "moi aussi, je m'excuse." lâcha-t-elle, dans un petit murmure.

Les mains de l'adolescente se refermèrent sur le tissu du haut qu'il portait et il fronça les sourcils.

- "j'aurais dû vous le dire plus tôt, mais.. je suis vraiment contente que vous soyez en vie." avoua-t-elle. "que ce soit pour Mitsuki, Boruto et moi, vous avez toujours été plus qu'un simple maître à nos yeux."

Shizune échangea un regard doux avec Sakura, à quelques mètres d'eux.

- "vous êtes un peu le grand-frère qu'aucun de nous n'a eu. merci pour tout." ajouta-t-elle, du bout des lèvres.
- "merci Sarada." dit-il, simplement.

Konohamaru lui rendit doucement son étreinte. Les mots de la brune lui faisaient plaisir. Il se fit la promesse d'être un peu plus présent pour elle l'avenir et lui offrit un grand sourire quand elle rejoignit sa mère avec un dernier signe de la main. Il resta là un instant à observer son élève plus si petite que ça aux côtés de sa mère. La joue de Shizune se posa doucement contre son épaule et il effleura son front du bout des lèvres. Il était heureux.


Les jours défilaient. Et Konohamaru avait trouvé là une véritable petite routine. Il se réveillait et s'endormait aux côtés de la plus belle femme de l'univers, et passait la journée aux côtés de Kawaki. Le garçon s'ouvrait un peu plus à lui, il riait de bon coeur à ses blagues nulles et le remerciait toujours à la fin de sa journée pour sa présence, même si Konohamaru n'aimait pas ses remerciements. Aujourd'hui, ils avaient passés la matinée à discuter de l'enfance de Konohamaru. Il lui avait parlé de Naruto, de son grand-père et des bêtises incroyables qu'il faisait. Et quand une infirmière s'était présentée pour changer les pansements du garçon, il en avait profité pour partir chercher le repas de ce midi. Il en avait eu marre de la nourriture de l'hôpital et avait décidé de plutôt faire goûter tous les délices gustatifs possibles à l'adolescent. Et là tout de suite, la bonne odeur qui s'échappait du sac provenant du restaurant de grillades du coin lui plaisait beaucoup. Il salua doucement la rose au coin d'un couloir et lança un sourire charmeur à son épouse qui le rejoignait. Ils avaient convenus que ce midi, elle partagerait le temps du déjeuner avec Kawaki et lui. L'adolescent s'habituait doucement à la présence de Shizune. Il évitait tous les contacts physiques, mais était un peu plus bavard qu'au début. Deux jours en arrière, Konohamaru avait assisté au visage captivé de Kawaki, alors que Shizune lui racontait les voyages qu'elle avait fait aux côtés de Tsunade.

- "ça sent vraiment bon." lança la brune.
- "j'espère qu'il aimera ça." souffla-t-il.

Un doux sourire se glissa sur les lèvres de la quarantenaire et elle agrippa doucement le bras du garçon.

- "ça vient de toi, alors je suis sûr qu'il aimera." dit-elle.

Kawaki appréciait vraiment la présence de Konohamaru.

Le brun acquiesça et s'engouffra dans la chambre qu'occupait l'adolescent pour faire face à une scène qui lui arracha un froncement de sourcils immédiatement. Un médecin de Suna se tenait d'un côté de la pièce, les bras croisés sur son torse, tandis que Kawaki semblait recroquevillé sur lui-même, sous les draps blancs du lit d'hôpital.

- "qu'est-ce qui se passe ici ?" interrogea le petit-fils du troisième du nom.
- "je lui explique simplement qu'il est temps pour lui de quitter l'hôpital et de rejoindre l'orphelinat." annonça le médecin. "le docteur Uchiha a fait un boulot incroyable ici, mais la reconstruction de Konoha est quasiment terminée et vous partez tous bientôt. elle n'est plus à la tête de cet hôpital à présent et ce patient n'a plus rien à faire ici."
- "il a encore besoin d'être suivi par un médecin." répliqua le brun, les sourcils froncés.
- "non, il a besoin d'être suivi par un psychiatre." lança-t-il. "les traumatismes sont soignés par les psychiatres, pas les médecins."
- "nous verrons avec le docteur Uchiha. vous pouvez partir maintenant." déclara froidement Shizune.

Le médecin la toisa un instant, mais capitula. Il s'échappa de la pièce, dans un grognement agacé.

Konohamaru déposa les sacs à l'odeur aguicheuse au pied du lit et se rapprocha rapidement de l'adolescent, encore recroquevillé sous les draps. Sa main rencontra doucement le dos du garçon et il lui offrit quelques caresses douce.

- "c'est bon, l'autre cinglé est parti." lui dit-il.

Une petite poignée de secondes plus tard, Kawaki repoussa le drap qui couvrait son visage et il plongea son regard dans celui de l'adulte. Le gris rencontra le bleu. Et Konohamaru n'hésita pas une seule seconde avant de tirer l'adolescent contre son torse. Il referma ses bras autour de sa silhouette et le serra contre lui. Il haïssait toute cette peur qui inondait les yeux du garçon.


Il s'attarda un instant sur la femme, derrière le bureau en bois. Des mèches d'un rose anormal réunis en un chignon désordonnés. Des iris à la teinte verte. Une paire de lunettes sur le nez. Et cette blouse blanche qui la suivait depuis un moment maintenant. Sakura était dans la plupart de ses souvenirs enfantins. Elle traînait dans les rues du village de Konoha, accompagné d'un blondinet surexcité et parfois d'un brun à l'allure mystérieuse. Il se souvenait bien des étoiles qui flottaient dans les yeux de Moegi, chaque fois qu'elle apercevait la tignasse rose. Elle était en totale admiration à chaque fois et Konohamaru comprenait pourquoi. Les premières rencontres lui avaient présenté une fille plutôt pleurnicharde, un peu idiote sur les bords, même si qui ne l'est pas à cet âge-là, mais très vite, elle s'était hissé à la place d'un des plus beaux espoirs de cette génération. Et aujourd'hui, le nombre de vies qu'elle avait sauvée était bien trop énorme pour être exact. Il comprenait pourquoi Naruto s'était entichée d'elle, à l'époque et pourquoi le lien entre eux n'avait jamais été rompu, malgré leurs mariages respectifs et leurs responsabilités. Ça lui manquait de ne plus apercevoir de loin Naruto et Sakura, en train de rire ensemble.

Un soupir échappa à la rose et elle releva son regard vert sur eux. Shizune et Konohamaru avaient attendus la fin d'après-midi avant de rejoindre son bureau pour discuter de l'incident de ce midi, avec le médecin de Suna. Kawaki était resté silencieux tout le long du reste de la journée après ça, il avait à peine touché à sa nourriture et ça les inquiétait. Sakura repoussa le dossier dans ses mains et retira ses lunettes.

- "malheureusement, je ne peux rien faire." dit-elle, simplement. "j'aimerai vraiment faire en sorte qu'il reste autant de temps qu'il le faudrait pour qu'il aille mieux, mais.. même si ça me tue de le dire, le docteur Kaïto a raison."

Le coeur du brun rata un battement.

- "Kawaki va mieux physiquement." ajouta-t-elle. "il reprends doucement du poids. sa blessure va bien, dans quelques semaines il ne lui restera qu'une cicatrice dans le dos. il devrait être dans un orphelinat, à l'heure qu'il est. j'ai fais ce que j'ai pu pour le garder le plus longtemps, mais je ne suis plus en charge de cet hôpital maintenant."

Un peu plus de deux ans en arrière, quand le pays du feu était tombée et qu'elle avait rejoint Suna avec les villageois, elle s'était presque imposée à l'hôpital. Et en une poignée de jours, Gaara avait compris que c'était clairement dans leurs intérêts à tous de l'avoir parmi eux. Il lui avait donné les rennes de l'hôpital, le temps de son séjour ici, mais le temps passait et aujourd'hui, la reconstruction de Konoha était quasiment terminée.

Konohamaru grimaça, le coeur battant à vive allure dans sa cage thoracique.

- "je ne sais pas quoi faire." avoua-t-il, du bout des lèvres. "je n'ai pas l'impression qu'il.. que Kawaki soit prêt à se retrouver tout seul, dans un orphelinat."
- "et tu as raison, Konohamaru." acquiesça la rose.

Le brun releva son regard bleu vers elle, les sourcils légèrement froncés.

- "Kawaki n'est pas prêt." déclara-t-elle. "c'est un adolescent qui a été forcé de participer à une guerre, il a du sang sur les mains et ça c'est terrible. des adultes traumatisés par la guerre, on en a connu et ce n'est pas beau à voir."

Shikamaru. Sasuke. Sai. Et ce n'était que trois noms parmi tant d'autres. Le premier se relevait lentement de son traumatisme. Le second n'avait pas tenu le coup et s'était pendu. Le troisième vivrait le reste de son existence, handicapé.

- "et ça, ce n'est que la partie visible de l'iceberg." continua-t-elle. "depuis combien de temps vivait-il avec eux ? où sont ses parents ? il y a un tas de choses que nous ne savons pas sur ce garçon. mais je suis sûre d'une chose : il n'a pas eu une existence si douce que ça. les examens qu'il a passé ici ont tous été catégoriques. il a été très mal alimenté, quasiment affamé à plusieurs reprises, il a été battu, maltraité physiquement."

Konohamaru le savait déjà ça. Il l'avait compris à la seconde où il avait croisé le regard de l'adolescent sur le champ de bataille. Tout son être lui avait hurlé qu'il cachait mille et une souffrance.

- "il n'a confiance en personne, et pourtant, aussi surprenant soit-il, ce garçon.. il a créé un lien." souffla-t-elle. "avec toi, Konohamaru."

Un petit sourire déforma le coin des lèvres de la rose.

- "tu ne t'en rends pas compte, mais tu es très important pour lui. tu es.. à ses yeux, tu es ce que Iruka était pour Naruto."

Une lumière dans les ténèbres.


Un mélange de légumes, parfumés aux épices, traînait dans son assiette ; une vision particulièrement appétissante et pourtant, Kawaki jouait avec un morceau de pomme de terre depuis une vingtaine de minutes, sans rien mettre dans sa bouche. Une grimace déforma les lèvres du trentenaire. Depuis l'incident avec le docteur Kaïto, l'adolescent s'était renfermé sur lui-même. Il répondait à peine, mangeait peu et se contentait de traîner entre les draps de son lit d'hôpital, sans rien faire d'autre. Et Konohamaru ne savait pas quoi faire pour arranger la situation. Il était soudainement revenu au point de départ, face à un Kawaki qui ne lui disait rien. La nuit dernière, il avait passé deux bonnes heures à raconter ses tourments à son épouse, à lui dire combien il se sentait impuissant et en colère. Naruto aurait su quoi faire, lui. Il en était persuadé dans le fond. Mais il n'était que Konohamaru, le petit-fils du troisième du nom. Un soupir discret s'échappa de ses lèvres et il repoussa sa propre assiette, l'appétit soudainement envolé. Il sentit presque immédiatement le regard de Shizune sur lui, mais l'ignora, fixant simplement les méandres du plafond. La brune avait insisté pour déjeuner avec les deux garçons, aujourd'hui, mais il la soupçonnait surtout de s'inquiéter pour lui. Les instants où elle le haïssait lui semblaient tellement lointain maintenant.

- "Konohamaru."

Le prénom du trentenaire résonna un instant dans la pièce et il posa un regard surpris sur l'adolescent qui venait de prononcer son prénom. Il fixait son assiette.

- "comment c'est Konoha ?" demanda-t-il, du bout des lèvres.

Les sourcils froncés, parce qu'il ne comprenait pas vraiment pourquoi cette question soudainement, il se gratta l'arrière du crâne. Quels mots étaient les plus adéquats pour décrire cet endroit qui l'avait vu naître, lui et tant d'autres ?

- "c'est.. génial." dit-il.

Un petit rire amusé s'échappa des lèvres de son épouse et ce simple son adoucit un peu la tension dans la pièce.

- "c'est très différent d'ici." ajouta-t-il, des souvenirs plein la tête. "c'est un endroit chaleureux. en tout cas, ça l'était à mes yeux. mon grand-père était le troisième hokage, alors la plupart des villageois me connaissait."
- "t'étais vraiment un démon, à cette époque." lança Shizune, amusée.
- "un démon ?" répéta curieusement Kawaki, son attention soudainement sur les deux adultes.
- "je faisais beaucoup de bêtises." avoua le brun. "j'étais en colère que les gens ne me voient que comme le petit-fils du troisième hokage, alors je faisais en sorte d'énerver tous les adultes autour de moi."
- "ça fonctionnait bien. t'étais vraiment énervant." lâcha la brune, en fourrant un morceau de pain dans sa bouche.

Konohamaru ne retint pas le petit rire sur le bord de ses lèvres et acquiesça. Il se demandait encore comment son grand-père avait fait pour ne pas perdre patience avant.

- "Konoha, c'est chez nous." déclara Konohamaru, en échangeant un regard avec Shizune. "il n'y a pas de sable là-bas, mais des tonnes d'étendues d'herbes. il neige. il pleut. il fait beau. les gens s'entraident. et beaucoup d'entre nous sont prêt à tout pour protéger cet endroit."
- "je comprends mieux." lâcha l'adolescent, la tête baissée sur son assiette.
- "comment ça ?" questionna-t-il, les sourcils froncés.

La question du brun resta en suspens. Kawaki ne lui donna aucune réponse, il se contenta de repousser définitivement son assiette et tourna la tête vers la fenêtre. De l'autre côté s'étendait à perte de vue des grains de sable. Un petit soupir s'échappa des lèvres de Shizune. Elle n'était pas dupe. Elle, elle avait compris les mots du garçon.

- "Kawaki." appela-t-elle, doucement. "regarde-moi."

Les sourcils froncés, Konohamaru se contentait d'être spectateur de la scène. Kawaki eut du mal à se détourner de la fenêtre, mais après plusieurs appels, aussi doux les uns que les autres, il accepta et déposa un regard tremblant sur la brune. Ils n'étaient pas si proche que ça, mais il l'appréciait et c'était un sentiment réciproque. Il aimait le fait qu'elle se glissait toujours dans sa chambre, chaque matin, pour lui dire bonjour, le fait qu'elle vérifiait tous les soirs qu'il soit bien couvert avant de s'en aller. Personne ne s'était jamais comporté ainsi avec lui. Tous ses souvenirs du passé se dessinaient autour d'une violence sans nom.

- "il y a quelque chose que j'aimerai te demander." dit-elle. "mais ce que je veux, c'est que tu sois sincère. je veux que ta réponse vienne du fond de ton coeur. ne penses à personne d'autre qu'à toi. ne penses pas aux conséquences. sois juste.. égoïste, d'accord ?"

Il ne dit rien, l'air totalement perdu. Un petit sourire déforma le coin des lèvres de la brune et elle échangea un regard avec son époux, totalement perdu lui aussi.

- "est-ce que tu aimerais venir avec nous à Konoha ?"

Si Konohamaru tourna immédiatement la tête vers elle, interpellé par sa question, l'adolescent lui se contenta de la fixer, les sourcils froncés.

- "tu ne peux plus rester ici, tu le sais. tu dois rejoindre un orphelinat. mais.. tu n'es pas obligé. si tu le veux, tu peux venir vivre avec Konohamaru et moi, et tu pourrais nous accompagner à Konoha. tu resterais avec nous autant de temps que tu le veux. si Konohamaru est d'accord, bien sûr."
- "hein ?" lança le concerné. "oui oui, je suis d'accord. tu.. tu pourrais faire ça, Kawaki. tu n'es pas obligé de te débrouiller tout seul, cette fois. on est là pour toi."

Un petit sourire se glissa sur les lèvres du trentenaire et il attrapa doucement la main de son épouse. Un remerciement transmit par le contact de leurs mains. L'idée d'accueillir l'adolescent ne lui avait même pas traversé l'esprit à lui et pourtant, il s'était plié les neurones dans tous les sens pour trouver un moyen d'adoucir le quotidien du garçon. Shizune était incroyable. Et s'ils n'attendaient pas patiemment la réponse du garçon, il lui aurait volé un baiser. Plusieurs baisers, en fait.

- "la décision est entre tes mains, Kawaki." ajouta simplement la brune, le regard bienveillant.

Le coeur de l'adolescent rata un battement.

Il était là, dans ce lit d'hôpital, depuis un moment et depuis qu'il avait croisé ce grand brun sur le champ de bataille, son existence prenait une tournure totalement incompréhensible. Il s'était habitué aux coups, aux insultes, à la vie dans une cage. Il n'avait que peu de souvenirs de ses parents biologiques ; sa mère était morte en couche et son père l'avait vendu à des voyageurs qui passaient par là, pour s'acheter quelques bouteilles de saké. Et quand il avait rejoint le champ de bataille, ce jour-là, forcé par les gens qui "s'occupaient" de lui, il avait prié pour qu'une lame ne lui tranche la gorge et que ce soit la fin. Mais Konohamaru n'avait rien fait de ça. "Quitte cet endroit et tâche de survivre" qu'il lui avait dit. Il avait été bon avec lui. Et il lui avait offert bien plus qu'un bon conseil. Il avait les mains couvertes de sang, le coeur couvert d'hématomes, le corps couvert d'éraflures, mais Shizune et Konohamaru, ils restaient là et ils lui proposaient un nouveau commencement. Un commencement auquel il n'avait jamais osé rêver. Il méritait vraiment tout ça ? Est-ce qu'il allait se réveiller dans quelques heures et se rendre compte qu'il était encore dans une de ces cages métalliques ? Un sanglot lui échappa malgré lui et il resserra sa prise sur le drap qui couvrait ses jambes. Si c'était un rêve, alors il voulait le vivre jusqu'au bout avant que la réalité ne reprenne le dessus. Du bout des lèvres, il prononça ses deux mots qui changeraient tout pour lui.

- "j'aimerai beaucoup."


Et trois jours plus tard, Kawaki s'installait officiellement au domicile que Shizune et Konohamaru partageaient. Une demi-minute à peine après que l'adolescent ait accepté la proposition de la brune, le trentenaire s'était empressé de rejoindre Sakura pour lui faire part de la grande nouvelle et remplir tous les papiers nécessaires à cet accueil.

Un sourire se glissa sur ses lèvres. La proposition avait été soudaine, mais elle ne la regrettait pas une seule seconde. Kawaki s'était attaché à Konohamaru et elle n'avait pas besoin que son époux lui dise pour comprendre que c'était réciproque. Et quelque part, elle aussi, elle appréciait énormément ce garçon. Ils avaient la possibilité de rendre son existence un peu plus douce, alors pourquoi pas ? Elle était persuadée que Tsunade l'aurait encouragée sur cette voie. Des orphelins de guerre, ils en avaient connus des tas et ils avaient tous vu la différence entre une main tendue vers eux et une lame pointée dans leur direction. Kawaki méritait mieux que ça. Et Konohamaru était surexcité à l'idée d'accueillir le garçon. Ce n'était qu'un accueil pour l'instant, mais le trentenaire lui avait déjà proposé une adoption officielle pour plus tard. Ainsi Kawaki l'orphelin deviendrait Kawaki Sarutobi. Et même s'il n'avait rien dis sur l'instant, Konohamaru et elle avaient remarqué le soudain pétillement dans ses iris.

- "cette chambre sera la tienne." déclara-t-elle, en restant dans l'encadrement de la porte.

L'adolescent se tenait au centre de la pièce, son regard vagabondant sur les différents meubles et affaires qui y traînaient.

- "elle est un peu petite, mais dès que nous serons de retour à Konoha, tu auras le droit à une chambre énorme que tu pourras décorer comme tu le souhaites." ajouta-t-elle. "les quartiers du clan Sarutobi sont immenses et très beaux."

Shizune ne faisait parti d'aucun clan et il ne lui restait aucun membre de sa famille à ce jour, alors une fois à Konoha, elle vivrait avec Konohamaru et Kawaki, dans les quartiers du clan Sarutobi. C'était important aux yeux du trentenaire. Le clan n'était plus ce qu'il était, il ne restait que trop peu de membres, mais il désirait du plus profond de son coeur que le nom Sarutobi continue de fleurir au fil des années futures. Elle l'aiderait, elle ferait tout son possible.

- "c'est.. déjà énorme." lâcha l'adolescent. "c'est la première fois que j'ai une chambre."

Les mots du brun flottèrent un instant dans les airs. Avait-il au moins eu un peu d'amour dans son enfance ? Quelques souvenirs heureux auxquels se raccrocher dans l'obscurité ? Un soupir échappa à la brune.

- "tu es en sécurité." dit-elle, simplement.

Kawaki reporta son attention sur elle.

- "je ne sais pas ce que tu as vécu, mais c'est terminé. que ce soit Konohamaru ou moi, aucun de nous deux ne laissera qui que ce soit te faire du mal à partir de maintenant." continua-t-elle. "je t'en fais la promesse."

Elle termina par un sourire tendre. Et même si Kawaki n'était pas prêt à l'avouer à haute voix, c'était ce sourire qu'il préférait chez elle. Elle lui offrait toujours sans rien attendre en retour. Son regard se perdit un instant sur cette pièce. Il avait une chambre. Ce rêve lui plaisait.

- "est-ce que.." commença-t-il, du bout des lèvres. "est-ce que je peux te prendre dans mes bras ?"

La demande arracha un éclat de surprise à la quarantenaire, mais une seconde plus tard, elle tendait les bras vers lui et il s'y réfugiait doucement. Elle resserra son étreinte autour de lui, avec délicatesse et embrassa le sommet de son crâne. Aucun son ne s'échappa de lui, il se contenta simplement de savourer sa toute première étreinte.


Le ciel s'assombrissait, un peu plus à chaque minute. Il jeta un regard en arrière et s'attarda un instant sur la silhouette de l'adolescent, qui les suivait le pas un peu traînant. Kawaki se faisait tout doucement à sa nouvelle vie. Les premières nuits à l'appartement avait été vraiment compliquée ; il s'était réveillé en hurlant, couvert de sueur, persuadé d'être de retour dans sa cage. Shizune avait dû plusieurs fois utilisé ses connaissances en médecine pour calmer ses tourments et Konohamaru l'avait aidé à prendre un bain. Ils étaient patients, attendaient qu'il s'ouvre à eux. Une petite semaine s'était envolée depuis qu'il était arrivé à leur domicile et comme promis, Konohamaru l'avait emmené faire le tour de tous les restaurants possibles. Midi et soir. Très souvent, ils passaient récupérer Shizune à l'hôpital et choisissaient un restaurant au hasard. Mais pas ce soir. Hinata les avait invité tous les trois. Et Kawaki était terrorisé à l'idée de partager sa soirée avec des étrangers. Konohamaru avait proposé qu'ils rentrent, mais l'adolescent avait refusé. Hinata, Boruto et Himawari étaient des personnes chères au coeur du brun, alors il ne voulait pas gâcher ce repas. Il apprenait à vivre dans la douceur et la communication, et tous les efforts qu'il faisait les rendait fiers. Shizune passa doucement un bras autour des épaules du garçon.

- "si tu ne le sens pas, ce n'est pas grave, d'accord ?" dit-elle, doucement. "tu nous le dis et on rentre directement."

Il acquiesça simplement à ses mots.

Le domicile de la mère de famille se glissa sous leurs yeux et Konohamaru se dépêcha de remonter l'allée. Lui aussi, il changeait doucement. Il reprenait goût à la vie. Et depuis qu'ils étaient mariés, il n'avait pas touché une seule cigarette ou goutte d'alcool. Il désirait être digne de ce bout de femme qui avait accepté de prendre son nom. Son doigt appuya sur la sonnette et il poussa doucement la porte, annonçant à haute voix qu'ils entraient. Et à peine la porte d'entrée fut-elle refermée derrière leurs trois silhouettes, qu'une tignasse brune se jetait contre le trentenaire. Il réceptionna habilement Himawari et la souleva, un grand sourire sur les lèvres.

- "t'es trop fort, Konohamaru !" s'exclama-t-elle, entre deux rires. "plus haut ! plus haut !"

Shizune ne retint pas son sourire et secoua doucement la tête, amusée. Il faisait cet effet là aux enfants. Ils avaient immédiatement confiance en lui. Hinata se glissa dans le corridor, un tablier autour de la taille et jeta un regard amusé, mais sévère à sa fille.

- "Himawari." appela-t-elle. "tu dois demander l'autorisation avant de sauter sur les gens. tu n'es plus si petite que ça."
- "mais je suis trop contente de voir Konohamaru !" souffla l'enfant, les bras autour du cou de l'adulte. "il m'a manqué."
- "toi aussi, tu m'as manqué crevette." dit-il, doucement.

Il se souvenait un peu trop bien des larmes qui avaient roulés sur ses joues quand il avait quitté Suna pour rejoindre Kumo définitivement. Mais il était revenu et ça, ça l'avait rendu heureuse. Et si elle était heureuse, alors il était content.

- "bonsoir." salua Hinata. "tu es tout beau, Konohamaru. tu as pris du poids, non ?"
- "qu'est-ce que tu insinues ?" lâcha-t-il, une moue amusée sur les lèvres.
- "que tu es bien mieux depuis que tu recommences à te nourrir." lança-t-elle, dans un sourire doux.

Les derniers mois, le changement chez Konohamaru avait été plus que visible. Il s'était laissé pousser la barbe, les cheveux et avait perdu énormément de poids, mais là, elle était face à lui et il lui semblait en bien meilleure forme. Il s'était rasé la barbe, s'était attaché les cheveux en une catogan désordonné et avait repris du poids. Elle préférait ça. Elle avait été effrayée à l'idée qu'il ne fasse comme Sasuke, qu'il ne supporte pas la perte de Naruto lui aussi. Comment aurait-elle annoncé ça à ses enfants ?

- "bonsoir Hinata." salua doucement Shizune. "merci pour ce soir."
- "aucun remerciement. ça me fait plaisir." répliqua la brune. "tu fais partie de la famille."

Gaara avait été le premier à comprendre les sentiments qui reliaient Konohamaru et Shizune. Et il lui en avait fait part. Après ça, il ne lui avait fallu qu'un regard vers les deux adultes pour comprendre que le kazekage avait vu juste. Ils s'aimaient, mais se haïssaient en même temps, à l'époque. Elle était plus qu'heureuse de les voir enfin réunis. Elle s'en fichait de la différence d'âge, des paroles blessantes prononcés quelques mois en arrière. Ils s'étaient trouvés et ça, c'était l'essentiel.

- "je suis contente de te voir." avoua la mère de famille.

Elles échangèrent un sourire.

- "b-bonsoir."

D'une voix timide, Kawaki salua la propriétaire des lieux. Himawari déposa tout de suite un regard plus que curieux sur ce grand garçon qu'elle n'avait jamais vu et lui envoya son plus beau sourire.

- "bonsoir." salua à son tour Hinata, avant de tourner la tête vers Konohamaru. "est-ce que c'est lui, le garçon dont tu m'as parlé ?"

Le trentenaire acquiesça simplement. Il lui avait tout raconté. La rencontre sur le champ de bataille, le passé mystérieux mais sûrement très douloureux du garçon, l'accueil au sein du clan Sarutobi, le lien fort entre eux. Il avait été un peu effrayé à l'idée qu'elle réagisse mal ; après tout, Kawaki était un ancien ennemi, même si ce n'était pas de sa faute à lui, et l'ennemi avait arraché le coeur de Naruto, l'homme qu'elle aimait, sous ses yeux. Mais la brune n'avait pas soulevé ce point là, elle les avait simplement conviés à un repas.

Un petit sourire glissa sur les lèvres de la mère de famille et elle se rapprocha du garçon, attrapant doucement ses mains dans les siennes. Elle comprenait ce besoin qu'éprouvait le brun de protéger ce garçon. Quelque chose dans ses yeux lui rappelaient agréablement et douloureusement son défunt époux.

- "je suis Hinata, la mère de Boruto et Himawari." se présenta-t-elle.
- "Kawaki." dit-il, à son tour.
- "je suis très contente de faire ta connaissance, Kawaki."
- "ah oui ?" s'étonna le garçon, du bout des lèvres.
- "merci d'avoir sauvé la vie de Konohamaru. et bienvenue dans la famille."
- "bienvenue !" s'exclama Himawari.

Le rire de l'enfant se répercuta entre les murs de l'entrée et Konohamaru la déposa sur le sol, elle s'empressa de se rapprocher de l'adolescent et lui offrit une étreinte sans attendre une quelconque autorisation. Le trentenaire retint tant bien que mal un rire devant la mine gênée, mais apaisée du garçon et salua joyeusement Boruto qui s'engouffrait dans le corridor, alors que sa mère grondait encore une fois sa petite-soeur sur le fait de demander l'autorisation.


Le bout de ses doigts glissa le long des inscriptions qui recouvrait la stèle. La souffrance resta là, dans un coin de son coeur et le manque ne se comblait pas. Et s'en était aussi rassurant que douloureux. Naruto Uzumaki, mort en héros. Personne ne comblerait jamais le trou béant qu'il avait laissé dans le coeur de bien des gens.

Un frisson s'accrocha à sa silhouette, mais il resta là, accroupi devant la stèle qui portait le nom de son grand-frère de coeur. Il lui manquait. Parfois, ça lui revenait juste au visage comme ça d'un coup ; Naruto n'était plus là et il ne serait plus jamais là. Ce jour-là, ils avaient perdus un chef, un ami, un père, un frère, un amant, et leur pays. Le pays avait été reconstruit, mais quatre ans après la reconstruction, le manque de Naruto restait encore là. Il ne quittait pas les pensées des villageois. Certains restaurants et magasins avaient accrochés une photographie du septième du nom dans leurs établissements. D'autres se rappelaient les souvenirs avec nostalgie, tristesse et joie. L'orphelin s'était tiré à la place de kage et sa légende voyagerait au fil des années.

- "tu me manques, Naruto." lâcha-t-il, simplement.

Les fleurs qu'il tenait dans son autre main trouvèrent refuge au pied de la stèle et il attrapa une inspiration hasardeuse, le regard perdu sur la pierre froide.

- "je vais bien." dit-il. "le village se porte bien. Shikamaru est un bon hokage, il fait vraiment du bon boulot."

Le petit village qu'ils avaient connus dans leur enfance s'était agrandit pour accueillir ses anciens villageois et bien d'autres personnes. Et Shikamaru faisait tout son possible pour que tout le monde se sente chez-soi. Il l'admirait pour ça.

- "Hinata se porte bien, elle aussi." continua-t-il. "c'est dur pour elle, mais Himawari et Boruto sont à ses côtés. on est tous à ses côtés. on prend soin d'elle, je te le promets."

Elle passait à Konoha, de temps en temps, mais vivait la plupart du temps à Suna. Comment était-elle censée revenir vivre ici, à l'endroit où elle avait aimée et perdue Naruto ? Il comprenait son choix. Himawari et Boruto alternaient entre Suna et Konoha.

- "ce n'est pas pareil sans toi, mais on fait tous de notre mieux." lâcha-t-il. "joyeux anniversaire, Naruto."

Le prénom du septième du nom flotta un instant dans les airs et il se hissa maladroitement sur ses deux pieds, fourrant ses mains dans ses poches. Une épaule cogna contre la sienne et il échangea un sourire avec le grand brun à ses côtés.

- "papa ! Kawaki !"

La voix enfantine se répercuta un instant entre les différentes stèles. D'un même mouvement, les deux hommes firent volte-face pour découvrir un petit brun de l'autre côté des grilles métalliques. L'enfant les regardait, un grand sourire sur les lèvres, en gesticulant dans tous les sens pour leur faire signe. Shizune se tenait à ses côtés, un sac de course dans la main.

- "on est là !" s'exclama une nouvelle fois l'enfant.

Un rire s'échappa des lèvres de Kawaki et il s'empressa de rejoindre les portes métalliques, avec Konohamaru.

- "laisse-moi prendre ça." dit-il, à l'intention de Shizune.

Il récupéra le sac de course et s'attarda un instant sur son petit-frère adoptif qui se jetait dans les bras de Konohamaru. Le trentenaire étouffa un rire entre ses lèvres. Il le souleva un peu juste le temps de recouvrir ses joues de baisers tendres qui arrachèrent plus d'un rire à l'enfant.

- "bonjour toi."

La voix de son épouse glissa à ses oreilles comme une douce mélodie et il déposa un baiser chaste sur ses lèvres.

- "alors comment c'était ta journée à l'école, Menma ?" demanda curieusement Kawaki, alors qu'ils s'apprêtaient tous à rejoindre la demeure familiale.
- "trop bien ! Shikae s'est encore fait disputé par le professeur." commença-t-il à raconter, avec enthousiasme.

Un vent frais s'attarda sur la nuque du trentenaire, alors qu'il passait les grilles métalliques du cimetière.

- "Konohamaru."

Le coeur du brun rata un battement. Il fit volte-face presque immédiatement et effleura du regard la stèle sur laquelle il avait été déposé des fleurs une poignée de minutes en arrière.

- "Konohamaru ? tout va bien ?"

L'inquiétude dans la voix de son épouse le tira de l'instant et il étouffa les battements douloureux dans sa cage thoracique. Il offrit un dernier sourire à la stèle qui se mélangeait aux autres et se dépêcha de retourner auprès de sa famille qui l'attendait un peu plus loin. Son bras se glissa autour de la taille de la brune et il acquiesça.

- "tout va bien." dit-il, simplement. "tout va très bien."


note de l'auteur : salut à tous ! j'espère que vous vous portez bien. c'était la deuxième et dernière partie de cette histoire, elle est officiellement terminée. le duo konohamaru/shizune sort un peu de l'ordinaire, mais dans cwsap je ne voyais personne qui pourrait rendre heureux l'un ou l'autre à part eux-mêmes. et au final, le duo me plaît bien moi. et ça m'a permit de faire entrer deux personnages importants pour la suite de COF (Children of Fire), Menma (qui est apparu dans la lettre que reçoit papy Gaara dans le premier chapitre de COF) et Kawaki.
les histoires parallèles sur Tenten et Hinata/Gaara sont toujours prévus, je bosse actuellement sur leurs trames. merci à tous d'avoir suivi cette petite histoire, j'espère qu'elle vous a plu, parce que j'ai vraiment adoré réfléchir sur ce duo et écrire tous ces moments.
à la prochaine !