Je remercie encore Flower-on-a-box pour ton merveilleux commentaire. En espérant que ce chapitre et que la suite te plaira héhé !
N'hésitez pas à prendre quelques secondes pour me donner de vos retours sur cette petite histoire, prenez soin de vous et à dans trois semaines : )


Chapitre II

Ce matin-là, pour la première fois depuis des mois, ce n'est pas la surprise qui l'attend sur son rebord de pierre qui la tire des draps. C'est une détermination ferme et sans équivoque qui la frappe comme le marteau sur les cloches d'un ancien réveil. Une résolution qui la propulse dans ses pantoufles, direction la salle d'eau.

Sa robe enfilée, prête à rejoindre la grande salle, elle arrête son regard sur un coin de cuir travaillé par les âges. Sa malle aux oiseaux dépasse légèrement de sous son lit. De la pointe du pied, elle la renvoie délicatement à son obscurité.

Ce qui était son trésor est devenu son enquête personnelle.

— Mille grues.

À la grande table, des orbites plombées de sommeil convergent avec une lenteur presque douloureuse en sa direction.

— De… Quoi ? grommèle un Ron à la voix rauque.

— Il… il paraîtrait que l'on peut exaucer un vœu si on réalise mille grues de papier. Ça vous dit quelque chose ?

L'un des sourcils de Ron s'arque étrangement quand ses yeux semblent vouloir sortir de leurs cavités.

« Pop ! » qu'ils feraient, pense-t-elle.

— Jamais entendu parler, lance Harry, résolument perdu dans la contemplation d'un fruit aux nuances douteuses. Mais certainement délicieux ! Si personne n'avait fâché quelques Elfes de Maison durant la nuit…

Légèrement dépitée, elle soupire et retourne à son petit-déjeuner.

— Et ça ressemble à quoi, tes « bru en papier » ?

— Des « grues » Ron, des « grues » en papier.

Deuxième sourcil arqué : sa rectification n'a, de toute évidence, pas produit l'effet escompté.

— Ce sont… Des oiseaux en papiers, fait Harry, se détournant enfin de son fruit qu'il replace dans une coupole argentée, les nuances verdâtres ayant eu raison de son appétit.

— Waho… J'ai jamais entendu parler d'oiseaux de papier !

— Ils ne sont pas vivants, le coupe Harry. C'est un truc Moldu. En papier.

— Oh.

Comme un souffé raté au fromage, l'enthousiasme de Ron se dégonfle aussi rapidement qu'il avait enflé, et tous retournent à leur silence matinal de mal-réveillés. Un silence calme, un silence qu'ils apprécient avant que les cours ne les forcent à rejoindre le chahut.

Dans les couloirs, les élèves se pressent en une marée noire de tissu avant que la masse mazoutée ne se disperse progressivement, s'engouffrant par poignée sous une arche, une porte vermoulue, ou encore tout simplement disparaître… et bien, par magie. Littéralement. Quant à eux, ce sera la lourde porte des cachots et son maître bien connu qui les attendent pour une matinée qui s'annonce beaucoup trop longue.

Lorsqu'ils en ressortent enfin, Harry ressemble au fruit qu'il a reposé quelques heures plus tôt, quoi qu'en un peu plus pâle. Ron est dans une autre gamme de couleurs : il irradie de rouge et empeste le cheveu brûlé. Tout compte fait, elle ne s'en est pas trop mal tirée. Il faut dire qu'en cours de potion, pas besoin de mots : lire attentivement et en silence les recettes suffit. Surtout et particulièrement en silence.

— Direction la salle d'étude, soupire Harry.

— Joie et bonheur… renchérit Ron. Tu vas où ?

— À la bibliothèque, pourquoi ?

— Rappelle-moi ne plus poser ce genre de question Harry, tu veux ?

— Ce genre de question stupide, tu veux dire ?

Mais leur chamaillerie ne la retient pas plus longtemps. Sa robe noir de jais vole au gré de ses pas qui se font de plus en plus rapides. La bibliothèque : refuge de son âme, temple du Savoir. Et à l'heure actuelle, certainement la seule piste concernant son affaire de grues ensorcelées…

— Fait gaffe l'intello !

Trop tard. Une épaule la percute tel un camion, projetant ses grimoires au sol, et elle avec. Rageusement, elle pince ses lèvres et se relève pour assassiner du regard les trois Serpentards.
Trop tard, encore. Car ils n'ont pas le temps de traîner le pas pour sa vengeance, et elle n'aura droit qu'à leurs ricanements mesquins s'enfuyant dans les couloirs.

Elle ravale sa rage et en fait une boule noueuse dans le creux de ses tripes. Et, tout en rassemblant ses affaires, elle se résout et se convainc : qu'aurait-elle fait, de toute façon ? Projeté des couteaux par ses yeux avant de baisser le front et serrer les dents, attendant que l'humiliation se fraie son chemin pour ouvrir les vannes de ses yeux ? Le schéma n'aurait pas été une première.

Mais une fois franchi le seuil du temple des livres, son corps se détend enfin. Elle inspire profondément l'odeur capiteuse du vieux manuscrit.

Les chuchotements qui vont et viennent, ses pas sont eux-mêmes devenus feutrés. Par où doit-elle commencer ? Son esprit file tandis que défilent les étagères, puis les livres, puis les pages griffées d'encre. On dépose une lampe à huile à ses côtés, les piles de livres qui la dépassent finissent par diminuer, les grimoires retournant à leur place d'étagère.

Et puis une ligne attrape son regard. Elle lit et relit le paragraphe. Lorsqu'elle lève enfin son front d'entre les pages, il est déjà l'heure de retourner dans les dortoirs rouge et or. Et tandis qu'elle monte les grands escaliers qui n'en font qu'à leur tête, elle surprend la frustration de son estomac vide. Tant pi, elle se rattrapera demain matin, son excitation se fait si forte qu'elle emporte tout, même la faim tempétueuse.

Elle passe la porte comme si elle était faite d'air, traverse la salle commune sans la regarder, s'apprête à monter les marches de pierre.

— Eh, Hermione !

Son pied, tout prêt à décoller du sol, s'y repose. Qui la retient ? Elle pivote.

— T'as encore oublié le repas, du coup on a rapporté des trucs pour toi, que lui sourient Harry et Ron.

— C'est gentil, merci.

— C'est pas comme si c'était la première fois ! lui lance Ron, entre reproche et rire.

Elle doit sûrement rougir. Oui, c'est vrai. Mais ses amis sont là. Elle étire un sourire tandis qu'elle récupère ses victuailles sorties de sous les robes noires, comme une marchandise interdite.

— Vous êtes géniale !

— J'espère au moins que tu as trouvé ! Pour les mille grues, je veux dire.

— Pas exactement… fait-elle avec malice. Bonne nuit et merci pour le repas.

Harry semble vouloir ajouter quelques mots, mais elle s'envole déjà dans les escaliers. Arrivée dans la chambre, elle dépose son butin sur son lit, trop impatiente pour se laisser guider par sa faim. Elle sort sa plume, son encrier et commence à griffonner sur le carré de papier déplissé de la dernière grue :

« Quel vœu souhaites-tu exaucer ? »

Ça y est, le moment est venu de replier l'oiseau et de sortir sa baguette. Un enchaînement de mots aussi barbares que mélodieux, un geste qui fend l'air et voici la grue qui reprend vie. Aussitôt, elle bat des ailes et virevolte au-dessus de son lit. Hermione ouvre la fenêtre avec empressement et la grue s'y engouffre pour se fondre dans l'encre de la nuit.

Elle n'a plus qu'à attendre que la grue retrouve le chemin de son mystérieux propriétaire, devenu cette nuit même, son correspondant inconnu. Mais ce n'est que pour un temps, car elle espère bien découvrir son identité.