Bonjour, j'espère que vous allez bien ! Merci encore à toutes les personnes qui suivent, aiment, lisent et ont commenté cette histoire : )
J'espère que ce chapitre vous plaira, prenez soin de vous. Ah! dernière info, je ne peux que vous encourager à aller lire "Il pleut sur scène" de EvilScorpius, qui est et sera (pour avoir déjà lu cette histoire avant sa parution complète) une petite pépite. Coeur sur toi, camarade.
Chapitre III
Par la suite, plus aucune grue n'arriva.
Son rebord gelé est désespérément vide ce matin-là, encore. Morose, elle descend les escaliers, erre dans les couloirs, s'assoie et lorsqu'elle décroche enfin son regard des brumes et des ailleurs impénétrables, elle se résigne.
Elle n'aurait jamais dû renvoyer cette grue, enquêter et questionner. Mais c'est trop tard et tous les petits bonheurs du monde ont une fin.
Harry fait planer avec difficulté un petit bout de parchemin jusqu'à son pupitre. Tavelé d'ancre, il s'est pourtant appliqué à gribouiller une potion d'où se dégage un fin nuage dans lequel se muent quelques lettres : « Bibliothèque ».
Elle relève son nez et croise fugacement les yeux de Ron puis ceux de Harry qui lui renvoient un grand sourire avant de baisser son front et gratter le parchemin.
Aussitôt l'heure de permanence terminée qu'elle se voit alpaguer de tous côtés par ses deux comparses :
— Il est grand temps qu'aller fourrer notre nez dans les livres !
— Et l'ennuie… complète Ron sur une note étrangement complice.
— Donc nous allons réviser tous ensemble ce devoir de potion, et après…
— Après…
Ils font une pause dans leur pingpong verbal pour fixer Hermione avec insistance.
— Après… Quoi donc ? questionne-t-elle confuse.
Leurs yeux complices se croisent avant de retomber sur Hermione.
— Après, on avisera, déclara enfin Ron.
Décidément, elle n'a rien suivi de leurs conversations et comprend encore moins leur soudain engouement de « fourrer leurs nez dans les livres » en sa compagnie. Dans la bibliothèque, qui plus est.
Et a son plus grand étonnement, ils avaient effectivement révisé leurs cours de potion, en silence. Enfin, presque. Mais Ron avait fait de son mieux en ne faisant que mastiquer ses mots, remuant ses lèvres soit pour grogner, soit pour relire sempiternellement la même phrase. Ce qui était déjà un exploit.
Lorsqu'ils passèrent la grosse dame, ce fut pour s'affaler dans de larges fauteuils vieillots, épuisés par leur marathon de lecture et relecture.
— Demain, Rogue ne va pas comprendre ce qui va lui tomber dessus ! s'exclama enfin Harry.
— Hum… fut tout ce que Ron réussi à répondre, bien qu'on sentait qu'il y avait mis tout le reste de son âme, son âme en partie restée dans de sombres manuscrits cornés et jaunis.
— Ron ?
— Ah oui pardon : ce fût une excellente journée et nous allons réussir notre devoir de potion haut la main !
Ce n'était pas du tout convaincant, mais on pouvait saluer l'effort.
— Pas vrai Hermi ? continua Harry vers elle.
— heu, oui. Enfin, je ne me faisais pas de doute là-dessus-
— Raison de plus pour ne pas se laisser abattre ! La coupa-t-il. Nous sommes des Gryffondors, haut les cœurs !
Ron leva un poing dénué de vigueur vers le plafond en signe d'approbation.
— Haut les cœurs…
— Ron ! le rabroua Harry.
Ils se fixèrent quelques secondes avant que ce dernier se lève à son tour de son fauteuil et rejoigne Harry à ses côtés, tous deux maintenant plantés devant Hermione.
— Pas besoin de s'inquiéter, on va y arriver ! s'exclama Ron, cette fois-ci, plein d'enthousiasme.
Ah. C'était donc cela. Sa déprime passagère n'était pas passée inaperçue et ses amis s'étaient inquiétés pour elle… Pensant qu'il s'agissait sûrement d'un stresse venu la hanter, le raccordant avec leur futur devoir sur table de potion qui les attendait patiemment dans les cachots.
L'enthousiasme de Ron, même sûrement factice, lui étira un sourire. À son tour de rejoindre leur bande de Gryffondors sur le pied de guerre. Aussi se leva-t-elle :
— Le trio magique va ratatiner ce corbeau de Rogue !
— Yeah !
— Bien dit Hermione !
— Mais que faites-vous encore debout à cette heure ?
Leur trio se retourna vivement devant un Percy aux sourcils réprobateurs.
— Nous révisions pour un devoir de potion demain, lança Hermione, soudainement galvanisée par le soutien déterminé et si brillant de ses compères. Mais seul un sourcil vaguement convaincu lui répondit.
— Et non allons prouver que les Gryffondors en on en réserve face au professeur Rogue, continua-t-elle, déterminée à décrocher l'aval de leur préfet, et surtout, plus qu'un levé de sourcil.
Soupirant, Percy prenait clairement sur lui. Entre fierté de Gryffondor et devoir de préfet, il étendit simplement son bras en direction des dortoirs en continuant à les fixer d'un air désabusé.
Les deux Gryffondors, dépités, mais épris de courage, tournèrent silencieusement et surtout lentement les talons. Hermione fut la dernière à leur emboîter le pas, la tête haute et ses très longues boucles valsant dans le mouvement.
— Vous avez intérêt à réussir, demain, qu'ils entendirent derrière eux.
Pas besoin de se retourner, ils en étaient convaincus dans leurs cœurs. Et lorsque Hermione arriva près de son lit, elle ne put s'empêcher de jeter un regard sur la haute et petite fenêtre. Dans son lit, le feu de la détermination laissait place progressivement aux soupires de contentements et aux bâillements ensommeillés. Les grues ne reviendraient probablement jamais sur son rebord, mais ce n'était plus grave, à présent. Ces présents magiques n'avaient été qu'une parenthèse dans sa vie. Une joyeuse bouffée d'air pur, une virgule bien appréciée dans la longue phrase de son périple entre les murs de Poudlard.
« Pic, pic, pic »
Qu'est-ce ? Elle ouvre ses paupières, son réveil n'a pas encore sonné, un mince filet d'aurore traverse les carreaux.
« Pic, pic, pic »
Papillonnant du regard, elle cherche d'où peut provenir ce petit bruit, comme si… aussitôt, elle ouvre la fenêtre et le gel s'invite et embrasse son visage. Une grue. Une petite grue bat des ailes et s'engouffre direction son lit. Refermant la fenêtre, elle regarde, éberluée, ce prodige de papier venu la tirer des draps.
Lentement, elle s'approche et récupère précieusement l'oiseau qui, comme à son habitude, frétille puis se rigidifie entre ses doigts. Instinctivement, elle déplie l'origami.
« Comment as-tu fait ? »
Ce ne sont pas des papillons qui virevoltent dans son estomac, ce sont des grues. Des milliers de grues pépient de joie au fond d'elle.
S'empressant de sortir sa plume et son encrier, elle mordille ses lèvres et réfléchit. Que peut-elle répondre ?
« J'ai trouvé des livres. »
Elle relève sa plume et fixe le petit carré de parchemin, avant d'ajouter :
« Tu n'as pas répondu à ma question. »
Ce matin elle vole dans les couloirs, transportée par un renouveau pétillant, elle doit sûrement avoir des ailes aux chevilles, des ailes de papier. Même les cachots du grand corbeau ne pourront la rattraper, elle est trop haute pour être encore atteignable par des serres.
Pourtant, la grue suivante fût porteuse d'un message plus étrange qui l'a coupa dans son élan de vitalité.
« J'aimerais m'évader comme les grues, mais je suis piégé de mon reflet. »
Ce matin là, elle descendit pensive dans la Grande salle. Ron mâchait négligemment, quand Harry découvrait d'un œil vitreux ou encore endormit, elle n'aurait su dire, un étrange fruit.
— Harry ?
— Hum… ? qu'il grogne en reposant sa trouvaille.
Comment pouvait-elle formuler sa question ? Les mots se bousculèrent dans sa bouche, tout se pressa et elle pinça ses lèvres. Trop tard, Ron et Harry la fixaient, attentifs et silencieux, une mimique interrogative dessinée sur leur visage.
— Non, rien…
Elle baissa son front, déglutit et piocha dans une grosse coupole un fruit et une tranche de pain.
— Quand tu te sentiras, hésites pas à nous le dire, fit Ron en postillonnant quelques miettes qui atterrirent près de sa manche.
Son esprit court. Rapide, il assemble des pièces et cherche celles manquantes. De la journée, elle s'appliqua à gratter les parchemins, tremper sa plume dans l'encrier et surtout, observer discrètement son ami.
Harry n'avait pas pipé mot de la journée, la mine morose, il semblait transporter avec peine une âme poussiéreuse. Il était là sans être là. Ça lui arrivait, de temps à autre, ces moments passagers pluvieux. Mais, de la même manière qu'aucun d'entre eux n'auraient pressé Hermione à parler, personne n'avait jamais questionné Harry sur cette humeur étrange qui entachait parfois ses traits pour disparaître aussi vite qu'elle était venue.
Alors, ce soir, après avoir passé la journée engluée dans son silence, elle se lance :
— Tu aimes bien les grues ?
Il relève la tête de son assiette, comme sonné par le marteau sur les cloches des vieux réveils enchantés. Son regard part à droite, puis à gauche, comme déboussolé, avant qu'il ne déglutisse pour de bon.
— J'en faisais souvent avec les pages de mes anciens cahiers. Tu sais, quand j'habitais sous l'escalier… on occupe le temps comme on peut, qu'il finit par répondre dans un sourire contraint.
— Oh.
Les rares brides de sa vie chez les Dursley qu'il lâchait sans crie égare était toujours aussi triste à pleurer. Pourtant, elle ne voulait lui offrir de la pitié, seulement sa sollicitude.
— Est-ce que… est-ce que tu te sens piégé de ton image, parfois ?
Sur sa droite, Ron avait arrêté son festin pour suivre des yeux sa conversation. Sous les traits de Harry, elle pouvait imaginer facilement de sombres nuages se presser.
Après un long silence presque tendu, il plongea son nez dans son assiette, et grogna :
— Parfois. Pourquoi tu me demandes ça ?
— Comme ça.
Le silence n'est pas tendu, il est écrasant et le fut jusqu'à la fin du repas, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent tous trois devant les escaliers des dortoirs.
— Tenez, qu'elle fit pour rompre ce silence trop dense.
— Qu'est-ce que c'est que ça ?
— Des grues, Ron.
— Waohh… souffle Ron, comme découvrant un trésor incroyable. Et quelque part, n'est-ce pas le cas ?
Ce dernier s'empresse de la saisir pour la détailler sous tous les angles, quand Harry fixe Hermione, le regard indéchiffrable.
— Pourquoi ?
— Comme ça, lui sourit-elle, complice.
Alors enfin, il a décroché un sourire. C'est un demi-sourire, certes, mais il reste la première lueur sur son visage depuis le début de la journée.
Se retournant, elle se promet, tout en montant les marches, de barioler de couleurs ses prochaines invitées qui toqueront de bon matin à sa fenêtre.
