OUI ENFIN il est arrivé : le chapitre IV ! C'est que j'ai abandonné progressivement mes fanfictions, et puis l'écriture, et puis l'envie d'écrire tout simplement... Mais ce temps est révolu ! Car voici le temps des vacances ! J'ai pu me reposer, j'ai pu dessiner, et surtout : je me suis remis avec amour dans l'écriture. Je vous présente donc le quatrième chapitre des mille grues, en espérant qu'il vous plaise. N'hésitez pas à laisser un petit commentaire, cela me fera toujours plaisir !


Chapitre IV

Depuis quelques jours les oiseaux ont la mine triste et pluvieuse. Gribouillées et sans inscription déchiffrable, elles pourraient presque verser une grosse larme si elles n'étaient pas faites de fibres desséchées.

Voici la raison qui avait poussé Hermione de très bon matin dans les couloirs du château, avant même qu'il soit l'heure du petit déjeuné. Fredonnant une vieille chanson de son enfance, elle saute dans les flaques de couleurs projetées par quelques vitraux, s'arrête pour se gorger d'un soleil cramoisi devant une meurtrière, reprend sa course d'un pas léger.

Dans les bas-fonds privés de lumière où seule la magie guide ses pas, elle arrive enfin vers son lieu préféré. Elle entend déjà les vacarmes des casseroles, des grosses marmites, et les devine avant même de les voir. Elle pousse l'imposante porte de bois vermoulu ornée de dragons ratatinés et la referme aussi discrètement que possible, malgré un grincement sonore.

Grincement qui ne fera pas s'extraire du travail la centaine d'Elfes de Maison. Attelés à préparer le château pour le réveille des élèves, aucun ne relève le nez de sa tâche tandis qu'Hermione contourne tous ces immenses fourneaux qui illuminent la pièce de rouge et d'ocre.

Une fois à l'autre bout de la salle, elle pousse une deuxième et dernière porte, beaucoup plus discrète que la première, et se retrouve face à un immense tas de trésors : les poubelles du château.

— Monsieur le chargé des poubelles du château !
— Encore vous ! Mais laissez-moi détruire mes ordures, laissez-moi mon travail ! s'écrit un Elfe de Maison sur lequel pendouillait un vieux chiffon telle une toge plus qu'usée par le temps.
— J'ai juste besoin de quelques papiers… de couleurs, de préférence.

Tout en haut de sa montagne, l'Elfe plisse les yeux en sa direction, puis se détourne et recommence à claquer des doigts, faisant disparaître par paquet des ordures qui réapparaissent aussi prestement.

— S'il vous plait !
— Rah ! Très bien, comme vous voudrez ! Mais seulement de quoi remplir un sac, pas plus. Le reste m'appartient !
— Oh merci, merci mille fois Monsieur le chargé des poubelles !

Aussitôt, elle se presse au pied de la montagne et commence à fouiller joyeusement dans les détritus, remplissant un petit sac de jute de toutes trouvailles un tant soit peu bariolées : du tissu, du papier… du vert pomme au sapin, de l'orangé au rougeâtre, du cyan à l'indigo.

— Stop ! Stop ! Vous en avez déjà bien assez, partez de mes poubelles, maintenant ! s'époumone l'Elfe de Maison.

Hermione recule, satisfaite de tout ce qu'elle a réussi à amasser dans son sac.

— Merci ! À très vite, Monsieur le chargé des poubelles du château !

Refermant la petite porte derrière elle, elle entend vaguement l'Elfe de Maison pester avant de remettre le loquet en place. Telle une ombre discrète et très heureuse de sa quête achevée, elle s'en va en direction la Grande Salle rejoindre ses amis qui doivent sûrement déjà l'attendre.

La journée n'a pas grande importance. Ce qui compte à présent pour Hermione, ce sont les froids soleils levants et les temps solitaires entre chien et loup sur son lit. Avec application, elle colle ses trouvailles colorées sur les ailes des grues.

Patchworks improbables, les oiseaux s'envolent par la fenêtre retrouver son correspondant, plus joyeux qu'à leur atterrissage.

Les grues suivantes, toujours aussi austères, finirent par laisser place à une petite marge où l'on pouvait lire :

« Où trouves-tu toutes ces couleurs ? »

Quelle joie ! Ces petits mots tracés dans ce maigre blanc lui donnaient espoir. Peut-être qu'avec le temps cet espace reviendrait conquérir le reste du papier, chasser toute cette morosité du parchemin.

« Je les récupère dans les poubelles du château. »

« Tu m'envoies des ordures? »

Elle pouffa d'un petit rire, imaginant une voix outrée provenir de la petite grue.

« Ce ne sont pas des ordures ! »

Et la grue s'envola de nouveau dans le crépuscule, frétillant des ailes, planant sur les courants d'air frais. Demain est un autre jour.

Et demain est sous le signe de la pluie. Du brouillard, plus exactement. Le temps est morose, comme les grues. Une brume laiteuse qui masque les grands arbres et bouche l'horizon tandis que ciel et terre se confondent.

Le bout de sa baguette illuminant ses pas, elle suit le chemin habituel la menant jusqu'aux poubelles du château. Voici une semaine déjà qu'elle va de bon matin recueillir joyeusement ses trésors de couleurs. Pas des ordures, quoi qu'en dise son correspondant ! Une semaine qu'elle tente d'illuminer l'abattement des grues, et sûrement aussi celui de son expéditeur. Et quand elle fait les comptes, il lui semble de moins en moins plausible que cet éleveur de grues soit Harry… Manifestement inchangé de sa bonne humeur depuis une semaine, pourquoi lui aurait-il envoyé des grues aussi dépressives ?

Elle referma la grosse porte des cuisines derrière elle, son petit sac rempli de couleurs. La récolte avait été bonne. Remontant les escaliers, elle arrive dans un des immenses couloirs du château où un petit groupe d'élèves a pris place.

Dans ce petit attroupement, il y a cette fille qu'elle reconnaîtrait entre mille : sa longue cascade blonde coulant jusqu'à ses hanches, ses lunettes roses et bleues, d'une excentricité qui détonne parmi tout le gris des pierres et le noir des robes. Elle est là, encerclée de trois silhouettes sombres, tels des échassiers de mauvais augure piaillant sur leur proie.

Ce ne sont pas ses pieds qui la portent, mais un élan fou de son cœur qui la pousse. Aussitôt arrive-t-elle en trombe dans ce jeu de quilles que deux des trois rapaces lui barrent sa course.

— Qu'est ce que tu fais là, la sang de bourbe ? ricane la hyène.

Elle voudrait répondre, mais les mots s'étranglent une nouvelle fois dans le fond de sa trachée. Elle pince ses lèvres quand elle voudrait montrer des dents. Alors pour peut-être la première fois de sa vie, elle ose : elle projette de toute sa force ses bras en avant et fait reculer d'un pas la montagne qui entrave son chemin.

— Oh! Mais c'est que la Sang de bourbe se prend pour quelqu'un… allez, bouge !

Et cette fois-ci c'est elle qui valse de plusieurs pas en arrière. Elle voudrait pleurer ? Elle voudrait les assommer d'un bon coup de grimoire oui ! Du coin de l'oeil, pourtant, elle voit cette tête coiffée d'un blond presque blanc qui la dévisage d'yeux ronds. Qu'a-t-il ? Ne l'a-t-il jamais assez humilié pour ne pas la reconnaître ?

Et puis tout va très vite. Tel un boulet de canon, un gaillard surgit de nulle part en hurlant tous les jurons les plus abominables du monde :

— Vieux hiboux puants ! hurle Neville dont elle reconnaît la voix.

Alors les jeux sont refaits : à trois contre trois, soudainement les visages des couards pâlissent et déjà les corbeaux de mauvais augure reculent pour rejoindre Draco, toujours planté en retrait du groupe. Comme à son habitude, il ne prend pas part au festin de ses camarades : il regarde, sûrement admire-t-il sans jamais avoir eu le courage d'y aller de sa griffe, lui aussi. Il a l'air pitoyable, pense-t-elle. Et cette pitié gonfle sa colère. Non, elle ne lui accordera rien, pas la pitié, surtout pas la pitié.

— Vous ne changerez jamais, que lance Neville, plein d'une fougue rageuse.

Après quelques insultes et sifflements mesquins, les charognards font quelques pas en arrière puis partent pour de bon. Sauf Draco, toujours ses yeux ronds comme un hibou sous le choc. Puis il a baissé la tête et a rattrapé ses comparses de malheur.

Enfin, après quelques secondes qui lui paraissent des minutes, les trois reprennent une grande bouffée d'air. Les poumons se gonflent et les langues se délient d'un petit rire de victoire. Car victoire il y a. Les petits regards aussi jaillissent, débordant de fiertés. Et puis, comme la poussière, le triomphe retombe lentement, et il est déjà temps de reprendre sa route.

— Je peux t'accompagner, Luna ? lance-t-elle, le cœur encore rempli d'adrénaline.
— Je doute que tu aies envie d'aller là où je vais, rit Luna.

Sous le regard interrogateur d'Hermione, elle s'éclaire la gorge et poursuit :

— Je vais dans les poubelles du château.
— Oh vraiment !?
— Bien sûr, j'aime y trouver des objets incongrus que personne ne veut.

Soudain tout prend sens dans l'esprit d'Hermione, mais elle n'en mouftera mot. Elle sourit bêtement à ce coup du destin comme un rayon dans une mer de nuages.

— J'en reviens, fit-elle enfin. Mais tu as raison : il y a des trésors partout, même dans les poubelles.

C'est aussi ce qu'elle écrivit sur la petite grue ce soir-là, espérant qu'enfin le mystère soit résolu :

« Il y a des trésors partout, même dans les poubelles. »