Chapitre 3 - Ne me touche pas !
- Faire un exercice de discrétion collés ensemble, c'est vraiment débile !
- En même temps, Kacchan… En situation réelle, on n'aurait pas le choix. On ne pourrait pas se permettre de s'affaiblir en se séparant.
- Putain, mais quelle merde…
Le duo s'avançait les yeux bandés, main dans la main avec Ectoplasm qui les guidait jusqu'au bâtiment qui les garderait prisonniers. Il allaient effectivement devoir passer une épreuve déjà compliquée en soi, avec une contrainte complètement contraire au principe de discrétion. Ne pas pouvoir se séparer du tout était à la fois un handicap au combat, mais également dans le bruit qu'ils pouvaient faire, ou dans leur capacité à se cacher. Pour un premier exercice avec la complication de leur lien, leur professeur avait fait fort.
Après un moment à marcher, ils entendirent leur environnement changer : ils étaient entrés dans un bâtiment. Dès l'instant qu'ils firent ce constat, ils se mirent tous deux à mémoriser chaque tournant qu'ils prenaient, les escaliers qu'ils empruntaient. Peut-être cela ne servirait-il à rien, mais au moins, ils auraient une petite idée d'où se trouvait l'entrée. En tout cas, ils comprirent facilement qu'ils avaient pénétré un sous-sol.
- Asseyez-vous ici, en attendant le signal sonore.
Les deux élèves s'assirent sur le sol, dos contre dos, tandis que leur professeur leur rappelait les consignes en les attachant et les menottant. S'enfuir, sans causer de dégâts matériels, le tout sans briser leurs menottes. Mais étrangement, le duo écoutait à peine l'adulte qui finit par les quitter pour aller prendre son rôle de vilain. Non, leur attention était bien plus ciblée sur ce qu'ils ressentaient à présent. Dès l'instant où leurs dos se sont rencontrés, une sorte de bien-être s'était immédiatement emparée d'eux, sans qu'ils ne comprennent vraiment d'où ça venait. C'était relativement léger, comme sensation, mais ça les perturbait malgré tout. Il fallut attendre que le signal sonore retentisse pour faire revenir leur attention sur l'exercice qui venait de commencer. Il fallait qu'ils se concentrent.
- J'ai à peu près retenu le chemin qu'on a pris pour arriver ici, chuchota le vert.
- Et alors ? C'est pas en passant par l'entrée qu'on sortira discrètement, abrutis !
- Je sais bien, mais je le dis quand même…
- Peu importe, déjà, libère-nous.
Izuku acquiesça et vint doucement toucher les liens pour différencier ce qu'il pouvait arracher et les menottes. Il usa ensuite de son alter pour les libérer sans aucune difficulté et sans un bruit.
Le duo se sépara alors, quittant cet espèce de sentiment agréable qui les avait étreint tant qu'ils étaient en contact. Aucun des deux ne fit le moindre commentaire. Ils retirèrent le bandeau qui les aveuglait en se relevant, découvrant la pièce dans laquelle ils étaient enfermés. L'endroit était vide et délabré, signe qu'ils n'étaient pas dans un bâtiment neuf, et encore moins habité. Mais rien n'indiquait que les bâtiments autours étaient dans le même état, ni que d'autres otages se trouvaient ailleurs dans les étages. Alors l'évidence de causer le moins de dégât possible s'imposait. Il valait mieux éviter le risque de faire s'écrouler le bâtiment.
- Bon, réfléchissons à comment s'enfuir avant de quitter la salle.
- Le toit.
- Quoi ?
Katsuki roula des yeux, déjà agacé.
- Le toit ! Le truc de notre prof c'est le corps à corps et le nombre non ? Et qu'est-ce qu'il sait pas faire que nous on peut ?
- … Passer par les airs.
- Exactement. On atteint le toit, et on aura déjà gagné. De toute façon, on n'peut pas se battre avec ces saloperies aux poignets, on n'a pas le choix.
Midoriya réfléchit à la proposition de son partenaire, qui semblait des plus éclairées. Effectivement, le lieu était au plus grand avantage d'Ectoplasm, dont les couloirs étroits permettait d'user de ses clones facilement pour bloquer les deux élèves et les assommer sans difficulté. Le duo quant à lui, était très limité par l'endroit, puisque leurs alters de puissance risqueraient de causer trop de dégâts à la structure du bâtiment. Et les menottes réduisaient encore davantage leurs atouts, puisqu'Izuku ne pouvait même pas utiliser le one for all dans le seul but de la mobilité, pas dans ces conditions. Il fallait par tous les moyens éviter un affrontement pour espérer avoir la meilleure note dans le cadre de leur exercice, et prendre le moins de risque dans le cas d'une situation réelle. Et il n'y avait pas meilleure solution que le toit, en sachant que les rues sinueuses du terrain Bêta apportaient les mêmes problèmes que les couloirs de l'immeuble.
- Tu as raison, maintenant, faut trouver comment l'atteindre. Les escaliers sont forcément gardés, et il faut absolument éviter de croiser l'un de ses clones, reprit Izuku.
- On peut toujours tenter une fenêtre si on en trouve une.
- Non, mauvaise idée. On est trop bas, et ça ne m'étonnerait pas que notre professeur surveille l'extérieur. Il ne faut pas oublier qu'il peut créer un clone géant, il nous attraperait sans difficulté.
- Et qu'est-ce que tu proposes, le génie ?
Le vert réfléchit encore un instant, avant de trouver une solution.
- J'ai une idée. Mais déjà, sortons d'ici et voyons exactement ce qui nous attend dehors.
Il leva les yeux vers le plafond, regardant le conduit d'aération qu'il avait repéré dès le début. Détruire la porte était la pire idée qu'ils pourraient avoir pour quitter la pièce discrètement. Ils n'avaient pas d'autre moyen de s'échapper.
- Va falloir qu'on sorte par là. On va éviter d'utiliser tes explosions pour ne pas attirer l'attention.
- Ça va, je suis pas débile, je me doute bien !
- Du coup… Pour pouvoir ouvrir la grille et grimper…
- Quoi ? Crache le morceau bordel !
- Je vais devoir te porter...
- Il en est hors de question !
- Mais tu vois bien qu'on n'a pas le choix !
- J'en ai rien à foutre !
Izuku souffla, et plutôt que de continuer à débattre, il prit la main de Katsuki dans la sienne sans lui laisser le choix, déclencha son alter et sauta une première fois pour retirer la grille avec leurs poids. Attachés ensemble comme ils l'étaient, ils n'avaient pas d'autre choix que de sauter en même temps pour atteindre le conduit au plafond. Mais avec Katsuki qui ne pouvait utiliser aucun de ses deux alters, que ce soit pour éviter du bruit ou éviter une blessure… Izuku devait forcément faire le boulot à sa place en l'embarquant avec lui. Et ça ne lui plaisait pas du tout ! Surtout quand ça impliquait de devoir lui prendre la main et de lui faire ressentir ce… Truc étrange en le touchant !
- Je vais te défoncer quand on sera sortis de là !
- Du moment que c'est après qu'on ait réussi l'exercice.
Midoriya recommença l'opération en ignorant les menaces de son camarade, s'accrochant au bord de l'ouverture du conduit, et permettant à Katsuki d'en faire de même. Il savait très bien que cette situation devait retourner les tripes de Kacchan rien qu'à l'idée de devoir se reposer sur lui. Mais il n'allait pas laisser ses caprices les empêcher de passer cet exercice haut la main. Pour le moment, il restait concentré, et refusait de se limiter aux humeurs de son ami d'enfance.
Maintenant qu'ils avaient rejoint le conduit, il ne restait plus qu'à avancer, et atterrir dans une salle un peu plus loin. Et là commencerait leur véritable épreuve. Ils se mirent en mouvement, non sans difficulté avec leur handicap, tentant de faire le moins de bruit possible. Il ne fallait pas que leur adversaire les entende, ou ils auraient perdu avant même d'avoir vraiment commencé. Heureusement, la prochaine grille se présenta bien vite, et ils purent redescendre sans mauvaise rencontre.
A partir de là, ils décidèrent de rester le plus silencieux possible, évitant de parler en préférant user de signes. Ils observèrent la salle, puis approchèrent la porte, et après un regard derrière, ils sortirent. Ils étaient dans un couloir adjacent à celui qui amenait à la salle qu'ils venaient de quitter, et en un regard, ils pouvaient remarquer qu'un clone s'était posté derrière la porte, comme ils s'en étaient doutés. Discrètement, ils passèrent sans attirer l'attention, et s'enfoncèrent dans l'étage. Le but à présent était le suivant : Trouver l'escalier, où même mieux, la cage d'ascenseur.
Après quelques instants à marcher silencieusement en reprenant le chemin inverse qu'ils avaient parcouru avec les yeux bandés, ils retrouvèrent l'escalier qui menait au rez-de-chaussée. Mais le bruit caractéristiques des prothèses d'Ectoplasm percutant le carrelage provenant des marches leur firent comprendre que leurs craintes étaient fondées. Il surveillait les escaliers, faisant sans doute plusieurs rondes avec plusieurs clones. Impossible de passer par là.
- Alors, c'est quoi ta super idée ?, murmura Katsuki.
- L'ascenseur.
Izuku s'avança vers les portes closes de la cage d'ascenseur. Et tandis qu'il forçait l'ouverture des portes, Katsuki comprit ce qu'il avait en tête. Évidemment, leur professeur ne pourrait pas les attendre au beau milieu d'un trou ! C'était le moyen le plus rapide et le plus sûr pour rejoindre le dernier étage. Mais ça ne voulait dire qu'une seule chose…
- Tu tiens vraiment à l'idée de me porter !
- Ça ne me fait pas plus plaisir qu'à toi, je te rassure.
- Putain...
Il ne débattit pas davantage. Il ne s'occupera du cas Deku qu'une fois un joli A+ inscrit sur leur bulletin. Il allait prendre sur lui, pour la millième fois depuis qu'ils étaient coincés par leur lien. Franchement, il ne savait pas pendant combien de temps il allait encore réussir à supporter ça, mais cela commençait à faire beaucoup pour lui. All Might avait intérêt de leur trouver une solution rapidement, il était hors de question qu'ils restent dans cet état jusqu'à la fin de l'année ! Surtout que certaines choses, comme la sensation qu'il ressentait quand il touchait l'autre imbécile, lui plaisaient de moins en moins.
- Kacchan.
Il reposa son attention sur son partenaire, et remarqua qu'il l'invitait à se tenir à ses épaules. Il grimaça, et fit un gros effort pour s'exécuter. Encore une fois, cette sensation qu'il haïssait plus que tout s'empara de lui, lui faisant serrer les dents. Mais il prit son mal en patience. Il avait appris à se contenir et à se concentrer sur ce qui était vraiment important, depuis le début de l'année. Et ce nouveau contrôle de soi ne pouvait pas être plus exploité qu'à ce moment précis. Dans moins d'une heure, il serait sorti de ce calvaire, il n'avait qu'à être patient.
Izuku déclencha son revêtement intégral, et après s'être assuré que Katsuki se tenait bien à lui, il bondit dans l'ascenseur en panne pour atteindre la trappe du plafond. Sans aucune difficulté, il la retira, et put s'engouffrer dans la cage vide de l'ascenseur. Il fit tout son possible pour aller vite tout en restant discret. Il se doutait très bien que son rival prenait ce moment comme une humiliation, et le fait qu'il ait accepté si facilement sa proposition prouvait bien qu'il avait grandi et évolué. Il ne comptait certainement pas faire durer ce moment plus que nécessaire. Il avait envie de survivre un minimum après la fin de leur exercice.
En quelques bonds, il finit par atteindre le dernier étage, sans aucune mauvaise rencontre. Manquant d'accroche pour ouvrir les portes de l'ascenseur sans tomber, il n'eut d'autre choix que de les défoncer, en faisant sans doute beaucoup trop de bruit. Mais c'était nécessaire. Il retrouva la terre ferme, et Katsuki put enfin le lâcher non sans une petite insulte au passage.
- Maintenant, on se dépêche de rejoindre le toit.
Ils entraient dans une course contre la montre. Le bruit qu'ils avaient causé avait sans aucun doute attiré l'attention de leur professeur, et il fallait qu'ils rejoignent le toit avant qu'il ne puisse envoyer tous ses clones à leurs trousses. Ils se mirent alors à courir, cherchant l'accès qui leur permettrait de fuir. Étrangement, en seulement quelques instants, ils trouvèrent cette fameuse porte, sans croiser aucun clone. Mais ils restèrent concentrés et méfiants. Si Ectoplasm n'était pas venu les cueillir à cet étage, c'était parce qu'il avait prévu autre chose. Alors ce n'était pas le moment de se laisser aller.
Finalement, ils découvrirent la porte, la dernière porte qui les retenait de fuir. Sans attendre un seul instant, ils la défoncèrent. Mais à peine sentirent-ils le vent frais de l'extérieur, qu'une immense mâchoire vint s'abattre sur eux. Ils ne réussirent à l'esquiver qu'avec le réflexe invraisemblable de Katsuki qui les fit dégager in-extremis de la trajectoire du clone géant. Le choc les repoussa un peu plus loin sur le toit à présent abîmé, mais ils n'eurent pas le temps de comprendre ce qu'il se passait qu'un nouvel assaut les obligeait à esquiver difficilement. Ectoplasm ne leur laissait absolument aucun répit. Il fallait qu'il en attrape au moins un avant qu'ils n'arrivent à s'enfuir par les airs. Et le duo comprit bien vite ses intentions.
Enfin remis de leur surprise, ils arrivèrent enfin à se relever et à se coordonner. Ils se prirent instinctivement la main, celles déjà liées par les menottes, et se mirent à bouger ensemble. Tout ce qu'ils avaient à faire, c'était de trouver une ouverture. Ils avaient fait le plus dur, et si leur professeur en était à cette extrémité là, c'était qu'ils avaient fait les bons choix jusque là. Tout ce qu'il fallait, c'était de la concentration et de la coordination, jusqu'au bout. Et ça, ils l'avaient déjà expérimenté en combat. Tout irait bien.
Après un moment à esquiver et repousser le clone géant, ils réussirent enfin à trouver l'ouverture qu'ils cherchaient. Sans attendre une seconde de plus, Izuku vint s'accrocher aux épaules de Katsuki comme l'avait fait ce dernier plus tôt, et le blond s'éloigna rapidement à coup d'explosions. Ectoplasm tenta une dernière morsure, mais il les manqua de peu. Et Katsuki les amena assez haut et assez loin pour être totalement hors de danger. Ils avaient réussi. Ils étaient sortis de ce bâtiment délabré, sans une seule blessure, et sans aucun dégât matériel causé par leurs soins. Une victoire parfaite.
…
Aizawa leur retira les menottes qui les liaient encore. L'exercice était enfin terminé, et bien que leur professeur principal ne laissait paraître aucune émotion sur son visage, ils savaient qu'ils avaient réussi haut la main. Après tout, il leur avait offert un petit "bien joué", avant de leur rappeler qu'ils avaient encore beaucoup de choses à apprendre, surtout dans leur nouvelle condition. La dignité sacrifiée par Katsuki n'aura pas été vaine. Mais il ne fallait pas pousser le bouchon plus loin. Il était temps que Deku le laisse en paix. C'est pourquoi il s'éloigna le plus vite possible pour rejoindre l'autre bout du terrain et attendre le départ pour le bâtiment principal du lycée, avec leurs camarades qui avaient terminé aussi. Mais Izuku ne l'entendait pas de cette oreille.
- Kacchan.
- Lâche-moi.
Midoriya le rattrapa rapidement, en retirant l'un de ses gants. Puis, il posa sa main sur l'épaule dénudée du blond. Immédiatement, cette sensation étrange se manifesta à nouveau, et encore plus fortement puisqu'aucun vêtement n'offrait de barrière à leur contact.
- Tu ressens quelque-chose de spécial, toi au-
- Ne me touche pas !
- Aw !
Le blond avait réagit au quart du tour, en donnant un coup un peu trop violent à son camarade. Il le regarda au sol, un air indescriptible sur son visage. Etait-ce… Du dégoût ? ...Ou de la peur ? Izuku ne savait pas trop comment prendre cette expression qu'il n'avait encore jamais vue sur son ami d'enfance. En tout cas, il n'osa pas ajouter quoi que ce soit, ni le rattraper, quand il le vit s'éloigner à nouveau sans un mot de plus.
Katsuki hâta vite le pas, ses mains crispées dans ses poches. Il venait de frapper Deku, alors que cela faisait un bon moment qu'il ne l'avait plus fait. Pas de cette façon en tout cas. Ce genre de geste, il n'en avait plus eu depuis le collège. Depuis ce jour. Ce jour où Deku avait risqué sa vie pour le sauver de ce vilain, à la sortie des classes. Alors oui, ils avaient eu quelques altercations depuis, mais lorsqu'ils en venaient en main, c'était pour un combat équitable et voulu par les deux. Enfin, Deku n'était plus pris en traître, disons. Lever la main sur lui, et lui faire mal de la sorte… Il s'était promis de ne plus jamais le faire, de ne plus jamais redevenir celui qu'il était, et qu'il haïssait aujourd'hui. Alors pourquoi avait-il eu cet horrible réflexe ? Certes, que Deku le touche n'avait jamais été quelque chose qu'il appréciait. Mais il n'aurait jamais réagi aussi violemment. C'était quelque chose d'autre, quelque chose en plus, qui l'avait fait réagir ainsi. Cette sensation, agréable, à son contact. Il n'en voulait pas. Il la détestait. Elle allait complètement à l'encontre de tout ce qu'il ressentait, pensait, vis à vis de son camarade. Il ne voulait pas se sentir bien auprès de lui. Il ne voulait pas en avoir envie. En fait, cette sensation lui faisait peur. Il ne savait pas la gérer, et il détestait ne pas contrôler quelque chose. Alors, il n'en voulait pas, et Deku avait intérêt à ne pas la lui imposer. Son geste était donc un réflexe, un moyen de se défendre, contre quelque chose qu'il ne comprenait pas. Aussi regrettable qu'il puisse être.
Le duo retrouva donc le reste de leurs camarades, séparés de bien une dizaine de mètres l'un de l'autre, aucun des deux ne voulant adresser ne serait-ce qu'un regard au second.
Et voila pour le chapitre 3 ! N'hésitez pas à laisser une petite review pour me dire ce que vous en avez pensé, ça fait toujours plaisir ! En tout cas, je me met de ce pas à l'écrire du chapitre suivant ! A la prochaine !
