J'espère que votre été se passe bien. Voici un nouvel OS tout en légèreté. J'ai aussi écrit un OS avec une Elsie jalouse.
Merci aux bêtas : Blupou, SerpySnape, et Suldreen194.
La jalousie de Charles Carson
1907
Il n'aimait pas cela, pas du tout, et ça le rendait encore plus grincheux que d'habitude. Il avait été reconnaissant lorsque Madame la Comtesse avait lancé cette offre généreuse pour les domestiques. Après tout, une journée entière de congé pour tout le monde pendant que la famille profiterait tranquillement d'une journée chez le Marquis de Flintshire, qui avait tout le personnel nécessaire pour s'occuper d'eux, cela ne se refusait pas.
Il en avait parlé à Mrs Hughes qui avait trouvé l'idée excellente, et avait proposé directement un pique-nique au bord de la rivière.
« Je ne comprends pas pourquoi nous devrions aller aussi loin pour trouver un coin d'eau alors que nous avons un très beau lac sur le domaine, qui conviendrait parfaitement. » avait-il argué.
« Voyons, Mr Carson, » lui avait répondu la gouvernante, « nous serons en congé, si nous restons sur le domaine, quel intérêt ? La promenade sera agréable, et nous pourrons profiter pleinement d'un coin tranquille et dépaysant afin que chacun trouve à se détendre et passe un bon moment. »
Ses arguments étaient bons, il ne trouva pas comment la contredire.
Et le voilà en train de supporter ce… cet énergumène et sa chevelure blonde, ses yeux bleus, son sourire en coin, sa taille svelte, son nez minuscule et ses sourcils parfaits. Il se demandait encore pourquoi il s'était joint avec eux, il ne faisait même pas partie de la maison.
Il entendit son rire, et ça l'énerva encore plus. D'habitude elle ne riait pas de cette façon aussi ouverte et détendue devant le personnel, elle ne riait de cette façon qu'avec lui, et là…
Il ralentit son pas pour pouvoir entendre l'origine de l'hilarité de Mrs Hughes. Il ne fut pas plus surpris que cela de constater que c'était encore ce Mr Norris. Décidément il allait lui pourrir sa journée.
Pourquoi ai-je donné mon accord ? Pourquoi ? Parce qu'elle te l'a demandé bougre d'imbécile. Voilà pourquoi. Elle te l'a demandé avec ce joli sourire, et comme un idiot tu n'as pas su lui dire non.
Elle était arrivée dans son bureau, essoufflée, légèrement échevelée, les joues rougies, quelques gouttes de sueur à l'orée de sa chevelure, et quelques-unes qui lui tombaient dans le cou. Elle venait de faire une course en ville, il faisait très chaud, et de toute évidence elle avait dû presser le pas, mais elle souriait, un grand et beau sourire, et il l'avait trouvé vraiment très jolie.
A peine entrée dans la pièce, elle s'était mise à discourir sur « ce fleuriste charitable » rencontré lors de ses emplettes en ville. Il lui avait aimablement proposé de les accompagner jusqu'à la rivière avec sa charrette et son âne pour porter les paniers de pique-nique, soulageant ainsi celles et ceux qui seraient fatigués.
Charles l'avait à peine écoutée, absorbé qu'il était à contempler le cheminement des gouttes de sueur qui lui glissaient dans le cou.
Et le voilà maintenant à devoir écouter cet homme raconter des bouffonneries en bombant le torse pour se faire mousser, et à subir le rire d'Elsie qui lui tombait directement dans l'estomac.
Pourquoi était-elle montée dans cette charrette ? Evidemment il l'avait placée juste à côté de lui, cette espèce de bélître.
« Ah, Mrs Hughes, Elsie ? Je peux vous appeler Elsie ? Et vous, vous m'appellerez Franck évidemment. Elsie, j'aime entendre votre rire. Vous ne devez pas avoir souvent l'occasion de rire dans cette grande maison, avec les personnes taciturnes qui s'y trouvent. »
Il avait alors montré Mr Carson d'un signe de tête, un petit sourire goguenard aux lèvres.
« Alors c'est un honneur pour moi de vous entendre rire, c'est un très joli son, Elsie. Tenez, une fleur pour une jolie fleur. » lui avait dit Franck en lui tendant une belle pivoine blanche qu'il avait sortie de son panier de victuailles.
« Nous en resterons à Mrs Hughes et à Mr Norris s'il vous plaît. Et vous seriez surpris Mr Norris, il n'y a pas un jour sans qu'on ne me donne une bonne raison de rire à Downton Abbey. Mais j'ai bien trop profité de cette charrette, je cède ma place. »
Elle allait descendre quand elle entendit la voix profonde de Mr Carson gronder le jeune valet de pied qui était proche d'elle.
« Et bien Thomas, êtes-vous paralysé au point de ne pouvoir aider une Dame à descendre de la voiture ? Dépêchez-vous de donner votre bras à Mrs Hughes. A moins que vous ne préfériez rentrer à la maison pour polir l'argenterie ? » Et il avait repris sa marche comme si de rien n'était.
Le jeune Thomas, honteux, tendit galamment sa main à la gouvernante pour qu'elle s'appuie sur lui et descende plus facilement.
Elle secoua la tête en souriant, il ne changerait jamais.
« Oui effectivement, de bonnes raisons de rire, Mrs Hughes, je vois ça ! » dit le fleuriste en riant.
Elsie lui sourit poliment et accéléra sa marche pour rejoindre Mr Carson dont elle avait noté qu'il avait ralenti son pas pour qu'elle puisse le rattraper. Il le faisait toujours, il calait tout le temps ses pas sur les siens, naturellement.
« Mr Carson, le pauvre Thomas ne méritait pas une telle réprimande. Je suis parfaitement capable de descendre d'une charrette sans aide vous savez. Je ne suis pas une Dame, je suis une fille de ferme.
-Tant que je serai en charge de la maison, vous serez traitée comme une Dame. Tous les employés s'adresseront à vous avec le respect qui vous est dû, à vous et à votre position. » Elle lui sourit, d'un sourire sincère, sans fard et sans fioriture. Il aimait vraiment la voir sourire. Il se rembrunit rapidement en voyant la pivoine qu'elle tenait dans ses mains.
« Qu'est-ce que vous êtes sérieux aujourd'hui, Mr Carson ! J'espère que vous trouverez de quoi vous amuser un peu. En tout cas, je vous remercie pour votre prévenance. Pouvons-nous marcher ensemble ? »
Il ne lui répondit pas, il lui fit un simple signe de tête et elle put voir l'ombre d'un sourire apparaître.
Arrivé sur le lieu du pique-nique, le grand escogriffe continua à se donner en spectacle attirant les femmes à lui.
Même Mrs Hughes se joignit à sa cour. Elle le regardait en souriant avec ses jolis yeux rieurs.
Après le repas, tandis que le fleuriste amusait la gent féminine, les valets et les garçons de salle, se sentant sans doute menacés, le rejoignirent, et Carson assista alors à ce qu'il appellerait plus tard un « combat de coqs ».
C'était à celui qui impressionnerait le plus les femmes. Celui qui plongerait du plus haut, celui qui ferait la plus belle roue, qui réussirait le mieux ses ricochets, qui ferait la meilleure blague et ferait rougir les filles.
« Tout ceci est ridicule ! » marmonnait Charles. Lui aussi savait faire des choses impressionnantes, il savait faire des choses qui demandaient du travail, du talent et de la précision.
Il savait bien sûr danser et chanter, mais il détestait cela maintenant. Il savait très bien jongler et il était bon magicien. Il amusait volontiers les filles de Madame et Monsieur avec ses jongleries et leur mettait des étoiles dans les yeux lorsqu'elles étaient toutes petites, avec ses tours de magie mettant en scène des fleurs ou des cocottes en papier. Oui, lui aussi savait faire des choses qui pourraient sans doute l'impressionner. Mais il ne comprenait pas l'intérêt de se donner en spectacle comme ceci. Jamais il n'autoriserait qu'une de leurs filles sorte avec ce… ce… Ce foutu fleuriste. Surtout pas elle.
Alors qu'il continuait à grommeler son mécontentement, il avait saisi deux petits cailloux qu'il manipulait machinalement, les faisant disparaître d'une main puis réapparaître dans l'autre.
« J'ignorais que vous étiez magicien, Mr Carson. »
Elle était venue à lui, elle l'avait vu isolé et boudeur, et l'avait laissé seul un bon moment, mais n'y tenant plus, elle avait fini par laisser le groupe pour lui tenir compagnie.
« Ah ! Avez-vous oublié que j'ai fait de la scène, Mrs Hughes ? »
Il avait murmuré ses mots aussi bas que sa grosse voix le lui permettait, elle était la seule à connaître son passé d'artiste et il tenait à ce que cela reste ainsi, il savait qu'elle ne le trahirait pas.
« Je savais que vous chantiez et dansiez, mais j'ignorais pour la magie… Pouvez-vous recommencer ? »
Elle s'était assise à ses côtés, et avait fixé ses yeux sur lui, elle avait le regard d'une fillette qui attend que la magie se passe. Il n'eut aucun mal à imaginer la petite Elsie qu'elle avait été à cinq ans. Il lui sourit, et recommença son petit tour de magie avec les cailloux, le tour était rapide et il fut ravi d'entendre Mrs Hughes haleter de plaisir quand les cailloux qu'il avait placés dans sa main gauche disparurent après qu'il ait soufflé dessus, et qu'ils réapparurent dans sa main droite. Son regard s'était encore plus illuminé et elle lui avait murmuré : « encore ».
Alors il avait recommencé, encore et encore, tentant de l'impressionner en faisant de gracieux mouvements de mains, choisissant de faire réapparaître les cailloux dans d'autres endroits, comme la poche de son gilet ou dans sa manche et il l'avait fait rire en les faisant apparaitre dans ses cheveux.
« C'est donc pour ça que cette satanée mèche ne tient jamais, maudits cailloux ! »
-Hey, Mrs Hughes, Elsiiiiiiie ! Allez, venez vous amuser, ne restez pas plantée là. Venez avec ceux qui savent rire et danser ! »
Mr Carson se tendit de suite, son visage se ferma et il reprit son masque de majordome sérieux en une seconde. Elsie souffla d'exaspération, ce fleuriste était peut-être sympathique mais il était tout de même bien trop familier.
« Allez-y, Mrs Hughes, vous ne voulez pas rester avec un majordome grincheux quand vous avez un fleuriste plein de vie pour vous divertir.
-Si j'y vais maintenant je vais avoir du mal à me retenir de lui faire la leçon sur comment il doit s'adresser à moi, et je gâcherai l'ambiance de nos jeunes. Il ne m'amuse pas, Mr Carson. Du moins pas comme vous semblez le penser. Je le trouve plutôt ridicule, si je suis restée un moment là-bas c'est pour m'assurer qu'aucune de nos filles n'accepte d'avances venant de lui. Elles ont l'air de se pâmer devant lui, et je ne comprends pas du tout pourquoi.
-Voyons, Mrs Hughes, ne me dites pas que vous n'avez pas remarqué son joli visage, ses manières galantes, son humour ? » Il marmonna quelque chose sur des sourcils parfaits sans qu'elle puisse bien comprendre ce qu'il disait.
« Oh mais j'ai remarqué, Mr Carson. Je trouve son humour grossier et je vous annonce que ce soir lors du repas nous devrons sermonner nos jeunes au sujet de ses blagues très inappropriées. Ses manières galantes ? Il n'en a point, il est sympathique certes, et je continue à dire que c'était généreux de sa part de nous proposer sa charrette, il nous a ainsi épargné la charge de nos paniers. Mais il est très imbu de sa personne. On pourra bien sûr lui trouver quelques charmes, mais son visage n'est doté d'aucune personnalité, il est fade. Je préfère de loin les visages de caractère. Regardez ces traits lisses, Mr Carson. Aucun intérêt. » Elle s'était emportée dans sa tirade, elle n'avait alors pas remarqué le regard de Charles sur elle. Un regard de quasi adoration et de soulagement.
« J'aime bien vous entendre parler de NOS filles, NOS jeunes, Mrs Hughes. Nous formons une sorte de famille, et je crois que cette idée me plaît. »
Elle ne répondit pas, ne se sentant pas suffisamment forte pour le faire sans trahir ses sentiments qu'elle ne s'autorisait pas à lui avouer. Ils restèrent côte à côte, profitant de la petite brise du bord de rivière. Il la regarda prendre une grande feuille de platane, la plier en forme de vase fin, elle se leva ensuite pour la remplir d'eau et y plonger la tige de la pivoine. Elle revint s'asseoir près de lui et lui parla de son enfance dans la ferme de ses parents à Argyll, il lui parla un peu de ses années de scène et des chansons qu'il chantait avec l'autre Charlie. Puis doucement l'après-midi avança vers le début de soirée et ils demandèrent aux valets de plier bagages.
Elle allait se mettre debout quand il lui attrapa le bras pour la retenir quelques instants de plus.
« Attendez un peu, Mrs Hughes, j'ai un dernier tour à vous montrer. »
Il prit un seul caillou, le plaça dans la paume de sa main gauche, ferma le poing et l'approcha d'elle la regardant droit dans les yeux.
« Pouvez-vous souffler dessus, s'il vous plaît ? »
Complètement hypnotisée par son regard, sans rompre leur contact visuel, elle souffla lentement sur sa main faisant durer la chose plus que nécessaire. Il déglutit et prit une profonde inspiration à la sensation du souffle d'Elsie contre ses doigts. Sa bouche était si près de sa main…
Lorsqu'elle s'éloigna, il ouvrit petit à petit sa main, releva un doigt après l'autre et elle ne fut pas surprise de constater que le caillou avait disparu. Elle lui sourit, s'attendant à ce qu'il lui tende sa main droite pour y trouver la petite pierre, mais elle était déjà grande ouverte et aucun caillou ne s'y trouvait.
« Mais, où est…
-Chut ! » il posa son index sur les lèvres d'Elsie, il regarda autour de lui pour s'assurer que personne ne les voyait, et s'approcha d'elle, inclina son visage vers son cou, et souffla juste sous son oreille jusqu'à la naissance de sa robe. Il remarqua sa poitrine qui se soulevait plus rapidement, il crut même l'entendre légèrement gémir. Il reprit sa place initiale et amena sa main à l'endroit où il avait déposé son souffle.
« Hop, voilà ! » dit-il d'une voix basse.
Il fit mine d'attraper quelque chose dans son poing et tout en enlevant son index qui était sagement resté sur les lèvres d'Elsie, il approcha son poing fermé entre eux.
« Un dernier souffle Mrs Hughes, pour l'ouvrir. »
Elle souffla, plus franchement cette fois, observant les doigts de Charles s'ouvrir délicatement sur une fleur en papier magnifiquement pliée. Elle leva ses yeux sur lui, il la regardait déjà en souriant et affichant un air assez fier de lui. Elle lui rendit son regard et Charles fut bouleversé par ce qu'il y vit.
C'était un regard empli d'admiration, de tendresse et… le majordome n'osa pas s'aventurer à analyser plus les émotions qu'il vit dans les yeux d'Elsie.
Il lui offrit la fleur en papier, qu'elle prit, et parvint même à l'attacher à son corsage. Le retour fut beaucoup moins pénible pour Charles, qui ne savait plus pourquoi il s'était montré si grincheux à l'aller.
La pivoine était restée au bord de la rivière, dans son écrin en feuille de platane.
Ce n'était pas la fleur de Mr Norris qu'elle arborait fièrement sur sa robe, mais c'était la petite fleur en papier que Charles avait soigneusement pliée juste avant de partir, c'était lui qu'elle portait contre son cœur.
FIN
I hope your summer is amazin.
Here's a sweet little OS. I've written one with a jealous Elsie which will come a little later.
Take care ;-)
