Note de l'auteur: Ni l'Univers ni les personnages de la saga ne m'appartiennent. Bon petit chapitre après un long temps d'absence.

Reviens une fois de plus

Le 22 janvier 1935

Dans un temps ou tout dégèle et le reste se fend, Amy Benson rit, rit à en perdre haleine. La buée qui se forme à
chacune de ses expirations monte jusqu'à son nez rougi par le froid.
Elle enfuit ses joues, elles-aussi rouges, dans son écharpe et continue de glousser avec ses copines.

Son rire, ses gestes ne l'a fait paraitre que plus angélique.

Tout les orphelins rentrent d'une longue journée d'école. En fil, ils traversent les rues de Londres.
La neige fondante se transformant en une bouillie brunâtre sous leurs pieds et sous ceux des passants.

L'entière histoire du vol des chemises est depuis longtemps oubliée. Mademoiselle Cole ne lui a donné, finalement,
qu'une légère punition. Trois jours sans déjeuner. c'était tout.
Les surveillantes l'aiment toujours autant, les orphelins semblent la croire quand elle leur dit qu'elle n'a rien fait.
Ou tout du moins le prétend devant elle et toute sa clique d'amis.
Sans compter que Dennis ne laisserai aucuns enfants parler du mal d'elle.
Et Billy, Billy ne semble pas non plus croire qu'elle est en faute.

Alors tout va bien ou presque.

La fillette ne peut s'empêcher d'y penser. Ce n'est pas elle qui les a volé mais elle a du en porter le blâme!
Mademoiselle Cole n'a allégé la punition que parce qu'elle a réussie à la faire douter. Après tout n'est-elle pas un enfant
modèle? Pourquoi l'aurait-elle fait? Pourquoi n'ont t'ils pas trouver ces chemises dans sa chambre dés la première fouille?
Elle serre les dents? alors qu'elle y pense? mais garde le sourire en face de ses amies.

Elle et Emy, son amie, ont dû pleurer et supplier la directrice pour l'attendrir. La fille est fière, elle est habituée à
être choyée, la honte qu'elle a ressentie en étant traitée de voleuse devant tous la hante encore.
Elle sait qui est le coupable. Elle n'est pas idiote. Tom Jedusor s'est vengé.

Amy voudrait le prouver, se laver de toute suspicion et punir ce sale monstre. Mais elle ne sait pas comment le faire. De plus, cette histoire l'a teinté, les autres
n'en parlent pas ou lui assurent le contraire mais certains doutent de son innocence. Un soupçon aussi fin soit-il qui borde le coin de leur yeux lorsqu'ils la regardent.
Alors elle n'en discute plus, tente d'enterrer tout la débâcle de peur de perdre sa position dans l'orphelinat.

Ils arrivent bientôt devant l'orphelinat alors que ses amies lui racontent les nouvelles rumeurs qu'elles ont entendues. Une d'elle se penche à son oreille, lançant un coup d'œil rapide à Billy Stubbs plus loin dans le rang.

-Hé Amy, Billy agis bizarrement ces temps-ci...
-mmm?

Benson la laisse continuer en lui accordant toute son attention. Elle ne s'intéresse pas vraiment au garçon, mais, celui-ci est tout autant populaire qu'elle auprès des employés de
l'orphelinat. Il a donc de l'importance, du pouvoir.

-Depuis la mort de son lapin il est devenu plus silencieux et il n'ose plus s'approcher de Jedusor. On dirait qu'il a peur de lui.

Amy hoche la tête, ne donne aucun commentaire. Les filles passent à autre chose. Pas elle.
En vérité, elle s'en est pris à Jedusor que parce que celui-ci s'est attaqué à Stubbs en pendant son animal. Tout le monde pense que c'est lui mais il s'en est sorti sans aucune punition.
Cela lui a fait peur,m parce que celui-ci est protégé et aimé par les adultes tout autant qu'elle. Bien sur, c'est triste pour le lapin, c'est horrible, mais ce qui l'a vraiment poussé à agir c'est parce qu'elle se sent vulnérable. Si il ose faire du mal à Billy, si il effraie Billy, ça veut dire qu'il a les capacités de lui faire mal à elle aussi.
Alors que ce n'est pas sa place, qu'il ne devrait pas avoir le pouvoir de le faire. Il n'est rien. Il est différent, seul, incapable d'être aimé.
Il est stupide, il n'arrive même pas à s'attirer les faveurs des surveillants! Il est stupide et cruel. Il faut le punir, il faut lui faire comprendre qu'il va souffrir si il attaque les gens comme elle!

Emy la regarde, elle ne discute pas avec les autres. Benson l'a voit qui gigote mal à l'aise et isolée du groupe. Ses doigts gelés tripotent le bout de son manteau, et puis
prend courage. Encore malade, sa voix est écorchée et faible.

-Et, les filles, j'ai entendus que Sheesh ne retrouve plus ses billes. Il n'arrête pas d'affirmer à tout le monde que quelqu'un les lui a volé...

Un silence froid lui répond, les orphelines font semblant de ne pas l'entendre. Emy se racle la gorge et jette un regard implorant à Benson. La fillette prétend ne pas le remarquer.
Bien sur, elle sait la raison de ce soudain isolement. Quand on l'a accusé d'avoir volé les chemises, Benson s'est précipité pour clamer son innocence auprès de tous.
Mais si ce n'est pas elle, qui l'est? Qui a caché les chemises? Il n'y a que deux personnes qui sont montés le jour du vol, lors de la pause, et qui partage cette chambre. Elle et Emy.

Si ce n'est pas elle, ça ne peut être qu'Emy. Quand on lui a demandé si elle pensait que c'était Emy qui avait commis le vol, elle a répondus que non. Mais avec assez d'hésitation pour que l'on croit qu'elle ne veut pas l'affirmer par loyauté.

Ce n'est pas juste, ce n'est pas bien. Elle le sait mais Amy a peur, il lui faut quelqu'un qui porte le blâme. De toute
façon, c'est mieux comme ça. Elle est plus populaire que son amie, elle peut donc la protéger si sa mauvaise réputation pousse les orphelins à l'agresser.

Emy reprends mais sa voix faiblit à mesure que le silence persiste.

- Avec Elisabeth Greet, c'est la deuxième personne à être volée... c'es-

Elle tousse, se stoppant nette dans sa phrase. Les autres filles entament directement une autre discussion sans lui laisser le temps de continuer. Benson ignore l'entière situation.
La culpabilité lui pique le cœur mais déjà elle se demande si il ne faudrait pas changer de chambre. La partager avec quelqu'un de malade n'est pas bon, que faire si
j' attrape aussi la maladie? Une mauvaise grippe et la mort peut très bien l'emporter.

Ils arrivent devant les grilles de l'orphelinat Wool. Les grilles sont noires, grandes et impressionnantes, gardant avec austérité le bâtiment gris avec leurs pointes en flèches qui percent le ciel tout aussi gris.
Amy Benson ne sait pas trop pourquoi elle se tourne pour jeter un coup d'œil derrière elle, mais elle le fait. Ses yeux à la couleur du cacao croisent ceux inflexibles de Jedusor.
Elle se fige. Jedusor, main dans la main avec l'attardé, la fixe avec intensité, immobile et silencieux. Il se met à pleuvoir de fines gouttelettes qui frappent le visage de la fille comme de multiples piqures glacées.

Les yeux du garçon ne clignent pas, l'iris aussi noire que la pupille lui donne un air inhumain. Le ciel s'assombrit de plus bel.

Il lui adresse un sourire fin, qui s'agrandit lentement.

Elle se retourne vivement, le cœur dans la gorge, et s'empresse de suivre les autres pour rentrer.

-