23 janvier 1935
Sa cage thoracique alourdie par une émotion irritante compresse ses poumons.
Il a l'impression que le temps le presse.
Il a le sentiment d'être pourchasser par le tic-tac d'une horloge imaginaire.
Tom Elvis Jedusor est une fois encore statique. Un repère immuable dans sa chambre étriquée.
Le garçon aux yeux verts, présent en chair mais absent en esprit, est assis à ses côtés sur le même lit, la main dans celle de Tom.
Tenir la main de Marceau est une habitude qu'il a pris et qu'il ne peut, ou ne veut pas, s'en défaire. Avant Marceau, il n'avait jamais eu l'occasion de tenir la main à quelqu'un.
Ce contact lui donne la chaleur nécessaire pour résister au froid qui engourdi ses doigts.
Cela lui donne l'illusion d'une réelle compagnie à ses côtés.
Les deux orphelins sont donc assis côte à côte, l'un le dos droit contre le mur et l'autre avachis sur lui-même.
Les deux minces couvertures grises des lits remontées jusqu'à leurs hanches. Car bien que le froid d'hiver a diminué dans son intensité celui-ci laisse encore et toujours les enfants grelottant durant le soir.
A la hauteur des yeux de Tom, flottent trois billes rouges qui brillent sous les derniers rayons du soleil couchant. La seule fenêtre de la pièce baignant l'intérieur d'une lumière rouge-orangée qui rend toute la scène vive, mystérieuse et figée. Comme une peinture dont les couleurs aideraient à souligner avec brutalité la misère dans la pièce en allongeant les ombres des deux maigres enfants.
Les billes rouges roulent les unes contre les autres pareilles à de petits astres. Le garçon aux yeux sombres tente de pousser son Pouvoir à ses limites. Il sent sa Puissance sortir de son corps pour maintenir les billes en l'air et les mouvoir en un flot constant. Une goutte de sueur se forme à la lisière des ses cheveux impeccablement coiffé et descend lentement sur sa mâchoire crispée. Son pouvoir diminue à chaque seconde, la fatigue le submerge et lui fait oublier le froid quelques instants. Sa main serre plus fortement celle de Marceau et il persiste.
Il se sent faiblir, il commence à avoir le tournis mais il n'arrête pas. Il pense aux gémissements misérables qu'il n'a pas pu taire sous le préau. Se revois à terre, rétracter sur lui même comme un cafard mort,le bruit de son crâne qui frappe le pavé, la gifle, les gifles. Peter et sa voix moqueuse" Qui irait aider ce gosse? Personne ne l'aime" sa question entêtante qui semble au garçon plus une finalité qu'autre chose. Une malédiction.
"Hein?Qui va t'aider?". L'air supérieur de Dennis, William et son sourire, Eric Whalley et son regard " …Je crois qu'il a compris sa leçon", Mason, Cole…
et Benson " T'as pleuré Jedusor?" . tout ce petit monde qui lui trotte dans la tête.
Sa haine ne baisse pas avec les jours qui passent. Non,sa honte et ses souvenirs tressés les un dans l'autre le consument, et sa haine,elle, gangrène tout son être.
Il est devenu obsédé par le souvenir de ce jour. Toutes les phrases qui ont été dites, tout les gestes touts les visages associés sont gravés dans sa mémoire.
Lorsque Billy l'a frappé, Tom avait décidé de contre-attaquer. De ne plus jamais se laisser faire. Tuer le lapin a été une action réfléchie pas une impulsion. Jedusor sait beaucoup de choses sur Billy Stubbs. Tout d'abord par ce qu'ils partagent tout deux la même chambre mais aussi parce que l'orphelin l'as longtemps observé.
Billy est ce qu'on appelle un "enfant réservé". Lorsque Tom se demandait encore pourquoi les adultes le préférait à lui, il avait remarqué que certaines des surveillantes ressentaient de la pitié pour lui. Il a donc voulu en savoir plus. Un enfant réservé ne peut pas être adopter, tout simplement parce que la vraie mère de celui-ci ne le veut pas.
Parce qu'elle reviendra peut-être le rechercher. Dans un moment de culpabilité, la mère Billy qui l'a placé à Wool alors qu'il n'était qu'un bébé, a signalé cette possibilité à la directrice.
Mais dans la plupart des cas, Aucune femme ne revient chercher leur enfant.
Elle n'est revenue que trois fois à l'orphelinat pour voir Stubbs depuis. A chaque fois, elle lui donne des bonbons et un peu plus de faux espoirs.
Il y a deux ans, la dernière fois que le roux l'a vu, elle lui a donné ce fameux lapin.
Les règles à Wool interdisent aux résidents de l'orphelinat de posséder des animaux de compagnie mais le staff a spécialement fait de Billy une exception.
Les billes chutent vers le sol mais avec un sifflement Jedusor pousse son Pouvoir à les remonter.
Il était tellement jaloux du roux. De son statut spécial. Détester voir ce sale porc rêver que sa mère vienne le retirer d'ici. Pourquoi lui et pas Tom? Pourquoi les adultes l'aimait alors qu'il était aussi imparfait? Pourquoi avait-il droit à une mère qui reviendrait le chercher? si il était déjà aimé par le staff de l'établissement?
Ce lapin,Stubbs l'adorait.
Mais pour Tom, il ne le méritait pas.
Le lapin est mort, car c'était ce qu'aimait le plus Billy dans tout l'établissement.
Jedusor voit noir un instant, le bruit cinglant des billes tombant au sol le forçant à ré-ouvrir les yeux juste une seconde après. Comme un battement de cil.
Le garçon grimace de colère. Il a l'impression de ne pas avancer, de pas agir. Mais comme pour Billy, il faut qu'il agisse de façon réfléchie. Il fait qu'il sache ce qui fera le plus mal à chacun d'entre eux.
Il faut qu'il les observe tous. Il faut qu'il soit plus fort pour qu'ils ne puissent pas se venger. Il faut qu'il soit meilleur.
La faiblesse, l'impuissance qu'il a ressenti ce jour-là l'a marqué au fer rouge.
Il a analysé la situation encore et encore.
L'orphelin sort du lit, sous son poids le matelas grince mais ses pieds rencontrent le sol froid en silence.
les billes ont roulées en dessous de l'autre lit, Jedusor les ramasse rapidement et les dépose dans sa poche. Il a l'impression que la pièce tourne. Mentalement, il tente d'évaluer le nombre de temps qu'il lui faut pour se remettre de la dilapidation de son Pouvoir. Il veut en connaitre les limites mais rien ne semble impossible. Plus il s'entraine plus sa Puissance augmente.
Il a aussi continuer de fouiller dans la tête des orphelins et des adultes. Au début, tout ne semblait être que des flashs chaotiques d'images et d'émotions liés par une seule pensée claire, le tout ne durant que quelques secondes. Puis, il a pu ressentir les sensations, les odeurs, le touché, la chaleur, la douleur,… les pensées les liant se multipliant. Et ensuite, il a réussis à avoir accès à des souvenirs qui n'ont pas de rapport direct avec le présent. Il ne peut s'entrainer trop longtemps cependant, cette activité lui donne une migraine si douloureuse qu'il ne peut plus bouger après seulement une heure.
Il s'était déjà entrainé avant mais maintenant il le fait avec une assiduité renouvelée.
Il doit maitriser son Pouvoir dans chacun de ses aspects.
Aujourd'hui cependant, Tom se sent impatient. Tout les jours il voit Benson se pavaner dans l'orphelinat, sans aucune répercussion notable après l'incident. . Et les autres? William? Bishop?Peter?Mason?Eux, Jedusor ne leur ont même pas encore fait quelque chose. Ils vivent sans subir de répercussions après l'avoir humilié.
Il doit bouger.
Calmement, il enfile sa paire de chaussures, grises d'usure, et son manteau même si le garçon sait qu'il n'ira pas dehors.
Il a juste trop froid.
Dans sa précipitation, il en oublie presque d'être prudent.
Il revient vers Marceau et place les billes volées dans sa poche. Il regarde les yeux verts perdus de celui-ci.
-Ne bouge pas d'ici.
Il ne le dit que par formalité.
Il quitte la chambre sans autre préambule. La porte est fermée sans un bruit. Jédusor respire l'air chargé de poussière avant se déplacer dans le couloir sombre.
La porte de la chambre de Benson est entrouverte.
A travers l'ouverture, la lumière du soleil couchant trace une fine ligne rouge sur le sol.
Le couloir est vide pour une fois et Tom saisit sa chance pour s'approcher prudemment de la chambre.
Doucement, il se penche pour mieux observer l'intérieur de la pièce par l'interstice laissée. Les dos des fillettes sont assombries par les ténèbres grandissantes.
Tom reconnait Amy par sa chevelure dorée qui tient d'une main la poupée aperçue l'autre jour et d'une autre main un cahier qu'elle lit avec concentration. Elle étudie pour le test prochain. Dans le deuxième lit, Emy est couchée, le dos tourné vers Benson. Le silence tendu n'est brisé que par le bruissement des pages et la quinte de toux virulentes d'Emy.
Tout doucement, un autre bruit s'ajoute aux deux autres.
Un reniflement, puis un deuxième. L'orpheline couchée dans son lit tremble faiblement sous sa couverture alors qu'elle pleure.
Sa voix tremble elle aussi, lorsque soudainement elle murmure;
-Amy, tu penses que je vais mourir?
Lorsqu'elle respire un peu trop fort c est comme si ses poumons sifflaient. Benson ne lui réponds pas.
elle recule dans son lit pour s'éloigner un peu plus de la malade, la poupée fermement serrée dans sa main, son cahier abandonné.
Son mouvement fait grincer le matelas et Emy se tourne en entendant le bruit.
Les yeux des deux orphelines se croisent.
Il fait maintenant totalement sombre, mais aucune des deux n'allument la bougie à leur chevet.
Tom n'a pas besoin de voir leur expression pour deviner la peur qui les submerge.
-Amy?
-Amy? S'il te plait, dit quelque chose. Les autres filles ne me parlent plus.( elle tousse, sanglote, une minuscule plainte résonne dans la pièce). Elles pensent que je suis une voleuse. Je sais. Elles pensent que tu as subis la punition à cause de moi et elles m'en veulent... Amy?
L'une des silhouettes noires racle sa gorge. Benson parle doucement, prudemment.
-Ne t'inquiète pas Emy, elles vont finir par ne plus le penser.
-Vraiment? Pourquoi tu ne prends pas ma défense? Pourquoi tu ne m'aides pas à leur parler?
Une des ombres tressaille avant de soudainement se lever.
Sous le mouvement, le matelas grince une nouvelle fois.
-J-je vais voir en bas si c'est l'heure du dîner!
Tom s'écarte rapidement de la porte et avec intelligence se déplace plus loin dans le couloir pour se fondre dans le noir.
La voix rocailleuse d'Emy poursuit Benson qui fuit la chambre avec empressement.
-Amy?! Amy, attends!
Mais Benson n'attends pas, elle fuit. Sans même remarquer le garçon plus loin dans le couloir, elle dévale les escaliers.
Le diner n'est que dans deux heures.
Un autre murmure de la fillette affaiblie flotte dans l'obscurité.
-Je ne sais plus tenir debout.
L'orphelin s'éloigne pour ne plus entendre les sanglots.
Ensuite, il grimpe les escaliers dans l'espoir de trouver des informations sur Bishop et les autres. Mais il a de moins de chance ce coup-ci. Le couloir de cet étage est aussi sombre que celui d'en bas mais pas aussi déserté.
Un groupe d'orphelins de 10 à 13 ans l'occupent. Ils discutent à voix basses en se passant de main en main une pipe qu'ils ont dû chaparder dans les rues.
Avant qu'ils n'aperçoivent Jedusor, il se retire.
Quand il revient dans sa chambre, il retrouve celle-ci vide.
Figé, ses yeux fouillent la pièce avec frénésie, croyant être trompé par l'obscurité.
Mais il n'y a personne.
Il se retourne brusquement pour regarder avec plus d'attention le couloir vide derrière lui.
Ce couloir obscure, n'est illuminé que par quelques lampes à huile. Tachetées de noires et rouillées.
Sa respiration lui parait plus lourde. Son cœur palpite.
Il descend les escaliers, toujours aussi silencieux qu'à son habitude. La grande fenêtre qui surplombe les marches ne pouvant illuminer sa forme qu'une fraction de seconde avant qu'il n'atteigne le rez de chaussée.
Il ne comprend pas.
Il a dit à Marceau de ne pas bouger. Il a toujours obéit.
Et Marceau reste de toute manière immobile tant qu'on ne lui donne pas un ordre.
Où est- ce que l'idiot a bien pu aller? Pourquoi?Comment?
N'est-il pas incapable d'agir par lui-même?
En bas, un orphelin plus âgé passe la serpillière sous la lumière des lampes. Les pavés gris sont si mouillés qu'ils sont pareils à des dizaines et des dizaines de petit miroirs sinistres. Certaines fissures sur ceux-ci n'en paraissent que plus évidentes.
Jedusor passe sans se soucier de rien, rapide et décisif.
Il cherche dans la cafétéria, vide, mis à part quelques groupes d'orphelins qui discutent. Il ignore leur regard, fais demi-tour,
se dirige vers les toilettes et ne trouve toujours pas Marceau.
Sa main lui semble vide et froide.
Il ne panique pas.
Il cherche dans la salle des douches.
Ouvre la porte en grand et ses yeux tombes sur ceux impossiblement verts de son compagnon.
Ire est assis sur un tabouret en bois, devant un lavabo et un miroir si vieux et rouillé que ses coins sont brunis et flous. Derrière lui, Martha une paire de ciseau à la main.
La femme le regarde, un air d'étonnement lui arrondissant le contour de ses yeux, interrompue en pleine action.
Une seconde de silence. Des mèches sombres qui chutent lentement vers le sol.
-Jedusor?
Tom avance d'un pas, impassible. Ses yeux reviennent et restent fixer sur la forme de Marceau.
-Bonsoir Madame, je cherchais Ire, ne l'ayant pas vu dans notre chambre.
Voix calme et placide, polie.
Il sent le regard de Martha, s'écarte de l'entré en silence pour se rapprocher.
La femme est encore plus étonnée. Ses ciseaux s'abaissent. Son ton est surpris, douteux.
-Tu cherchais Marceau? ( une pause, Tom hoche docilement la tête) je, hm, comme tu le vois j'ai voulus le rendre un peu plus présentable.( elle montre d'un geste vague la chevelure touffue et emmêlée de Ire, puis hésite)
Tiens, mon garçon, aide-moi, j'ai besoin que tu le tiennes en place, il ne veut pas que je le touche!
Il n'en montre rien, mais ses pensées s' a obéis à quelqu'un d'autre ? Malgré son dernier ordre? Ce n'est pas son Frankenstein,
c est le pantin de tous.
Déception et la crainte l'envahis. On pourrait lui ordonner d'agir contre moi, quelqu'un pourrait me l'enlever, il n'est pas mien!
Et pourquoi elle me parle ainsi? je ne suis pas son garçon, elle ne sait jamais occupé de moi!
il s'adresse à elle respectueusement mais elle ne peut pas le faire?
Et surtout, comment changer Marceau? Comment le rendre obéissant à ses ordres exclusivement? Comment peut-il être mien? Comment?Comment?Comment?
Elle a dit qu'il ne la laisse pas le toucher? Pourquoi?
Moi, je peux. Satisfaction, fierté, soulagement, vient irriguer ses veines. Ça c'est son privilège.
Il pense, vite, trop vite pour qu'on puisse en voir les traces dans ses orbes noires.
Il marche gracieusement au côté de Martha et de Marceau.
Dans le miroir son regard reste riveté à celui perdu de Ire.
Elle lui demande de tenir les épaules de l'autre orphelin, il s'exécute. Il lui semble l'entendre ajouté "On ne voudrait pas finir comme le policier"
Elle coupe, le bruit du ciseau emplissant l'air moite de la salle des douches. Les cheveux s'accumulent en tas noire à leurs pieds.
µ Tom pense à l'oreille arrachée du gendarme.
Marceau bouge un peu, seul mouvement que l'orphelin l'ai vu faire sans qu'un ordre lui soit donné.Mais bien vite il s'immobilise sous les mains de Jedusor.
Martha lui donne un petit sourire, comme un secret partagé.
Il lit dans les pensées de la femme. Il n'est pas si mal cet enfant,Tom peut soucier des autres, il ne devrait pas tant s'isoler. Pitié, une faible dose de tendresse, un flash et il se voit. Debout, si petit dans les yeux de l'adulte. Petit, droit comme un i,tenant les épaules d'un garçon encore plus frêle avec attention.
-il te fait confiance, Tom! Il doit vraiment t'aimer.
Sa voix est chaleureuse. Le garçon baisse la tête discrètement. On ne le voit pas grimacer. Une lèvre dévoilant une canine, des sourcils qui se froncent. Il y a peu, il voulait cette attention, ce quelque peu de chaleur.
Mais il n'en veut plus maintenant. Qu'elle cesse de sourire, demain elle ne lui donnera déjà plus aucune attention. Il n'en veut pas, elle et sa chaleur qu'elle donne à tous comme une pièce à mendiant. Il est trop tard. Qu'elle ne l'appelle pas Tom, pour elle, il est Jedusor. Elle n'est pas digne. Personne ne l'est.
L'irritation pique ses nerfs.
Et elle, elle prends son silence pour de la gêne, elle glousse presque. Martha coupe, coupe jusqu'à ce que les cheveux deviennent courts. Jusqu'à qu'ils rentrent dans la norme.
Quand tout est finit elle s'en va chercher un balai pour ramasser la touffe de cheveux.
La salle est vide, il n'y a plus qu'eux deux.
Le garçon se penche sur Marceau, ses mains tenant plus fortement les épaules de celui-ci.
Sa voix laisse un écho glacial dans tout ce silence.
-Marceau?
Pas de réponse. Bien sur.
Il fait le tour du tabouret, gracieusement, doucement.
Ses pas glissent sur le sol plutôt qu'il ne le frappe.
Bientôt il se tient entre le miroir et les yeux émeraudes.
Que du vide dans ceux-ci. Mais Tom pense sans arrêt sans pouvoir s'arrêter. La curiosité. Le désir de supprimer tout risque. La possessivité.
Si Marceau le laisse le toucher mais que les autres ne peuvent pas, c 'est que d'une certaine manière il le reconnait? Donc, il est conscient de ce qu'il l'entoure, ne serai-ce qu'un peu. Il comprend que Martha et lui sont deux différentes personnes. Qu'est-ce qu'être un idiot? Un attardé mental? Marceau comprends les ordres. Il comprends les concepts, il est capable d'agir avec logic. Capable de commettre une action pour atteindre un but. Il comprends ce qu'on lui dit.
Pour le choisir, lui, pour qu'il n'obéisse qu'à ses ordres.
Il faut qu'il puisse le décider.
Quelque part, dans sa tête, Marceau Ire est conscient.
Noir et vert s'entrechoquent. Le garçon plonge dans la tête du deuxième et se retrouve face à un vide noir. Cette fois-ci il ne trouve plus aucun sentiment ou souvenir. Il ne trouve rien.
Juste le voile de la première fois. Presque inexistant. Tom a dû mal à le percevoir, à le situer. Le voile s'intègre aux ténèbres.
Il ne sait pas quoi faire. Dans un sens, il espérait provoquer une réaction de la part de Ire. Quelque chose qui lui prouverai qu'il est capable d'être mentalement présent. De l'arranger, de le fixer. Mais le fixer comment? Et quel est réellement le problème?
La seule chose qu'il voit dans le crâne de celui-ci est le voile.
Il n'a jamais fais ça avant. Essayer de changer quelque chose dans les pensées d'une personne. Mais il n'a pas besoin de réussir. Juste, de progresser, d'améliorer.
Marceau Ire doit être capable de reconnaitre mieux son environnement. De le voir, lui, Tom Elvis Jedusor et de le choisir parmi tout les autres.
L'orphelin réfléchit. Il a été trop impulsif. Il n'agit pas comme ça d'habitude. Mais il ne peut pas se permettre que quelqu'un puisse ordonner Marceau.
Devrai-t'il faire en sorte que le garçon quitte sa chambre?
Non, il ne veut pas le laisser aux autres.
Peut-être qu'il ne se passera rien.
Sa conscience s'approche du voile. Pousse celui-ci et il bouge, ondule sans céder. L'enfant n'insiste pas immédiatement. Il s'arrête.
Quels sont les risques? Il ne connait pas les effets de tout ce qu'il est entrain de faire. Devrait-il essayer de pousser sa conscience sur quelqu un d'autre? Mais sur qui?
Il considère une seconde ses possibilités. Dans un sens, il ne se soucie de personnes dans l'orphelinat, il pourrait donc essayer sur tous. Toutefois, il a besoin d'être proche de la personne choisie et de la regarder droit dans les yeux. Si il se passait quelque chose …. D'inconvénient il ne fait aucun doute que tous à l'orphelinat l'accuserait.
Le bruit de pas le le sort de ses réflexions. Il se concentre à nouveau sur la réalité. Ses pupilles centrées sur le visage de Marceau.
Ses cheveux.
-Marceau?!
La voix de Martha sous la surprise prends une note plus aiguë. Tom fait volte-face. Il est si vif que l'adulte en reste pétrifié.
Il pousse sa conscience en elle.
Pas de voile dans ses pensées. Peu importe à quel point il cherche.
"J'avais coupé ses cheveux"
"Impossible" "Jedusor me fixe" "un enfant ne devrait pas avoir une telle expression, je n'arrive pas à décrocher mon regard du s-"
Des souvenirs récents, les ciseaux, le métal froid contre une main. La manche du balai, rugueuse contre une paume. Surprise, incompréhension,…
Tom pousse, pousse avec sa volonté. Essaye d'attraper souvenirs, et pensées qui passent. Réussis plus ou moins. A l'impression de porter un trop pleins d'objets dans ses bras, et que le bric-à-brac va finir par s'éclater à ses pieds. Il prend jusqu'à ce que la femme n'ait même plus l'idée de s'occuper de la tignasse d'Ire. Et puis, il la modèle. Lui suggère quelque chose sans savoir si cela va fonctionner.
Il pousse la suggestion et la libère dans le crâne de l'adulte. Et la voit grandir et prendre racine jusqu'à devenir une certitude.
La fatigue le déloge de là. Il revient à lui alors que Martha se tourne déjà vers la sortie, le balai en main.
-Je dois ranger le balai, puis aller faire un tour dans la cafétéria, oui.
Le garçon prends plusieurs inspirations, attends qu'elle soit définitivement partie avant de se relaxer.
Tout les cheveux de Marceau Ire ont repoussé comme par magie.
-Tu es comme moi?
En se concentrant assez, il peut enfin sentir quelque chose d'autre autour du plus petit. Quelque chose de similaire à sa Puissance .Sa main vient malaxer ses tempes puis son front. Il a mal. Son Pouvoir est vidé.
-Marceau, lève-toi.
Il se lève comme ordonné. Jedusor laisse le tas de cheveux au sol et tout le reste. Ce n'est pas son problème. Et s'avance vers l'entrée puis se stoppe. Irrité. Martha a prouvé qu'il ne tuerait pas Marceau en injectant du pouvoir dans son tête. Dès qu'il a assez de Pouvoir et d'énergie il va faire en sorte qu'il n'ai pas à TOUT dire à Ire.
-Suis-moi.
Marceau est emplit de surprises et de promesses.
