Bonjour à tous ! Voilà ENFIN la suite ! J'attendais d'avoir passé une partie de mes oraux pour la publier, mais cela m'a fait un bien fou de l'écrire ! Le chapitre est moins drôle que le précédent, mais on parle quand même de sujets sérieux, et qui méritaient d'être expliqués. Donc je vous annonce LE chapitre des révélations avant que les aventures ne commencent vraiment ^^

Maiko : je n'ai pas oublié ton commentaire ! (dont je te remercie d'ailleurs :D) Je suis contente que ce début t'ait plu et j'espère n'avoir pas trop mis ta patience à rude épreuve... Tu as raison de demander si Mai et Naru seront de nouveau ensemble ^^ j'essaie de garder un peu de suspense et je te répondrai simplement qu'effectivement, leur relation ne sera pas centrale dans cette nouvelle fiction, mais évoluera bel et bien dans ce sens ;) comme tu t'en doutes il s'agira de tout reconstruire...

Seiryuu : je suis tellement contente de te retrouver sur cette suite ! (eh oui il y en a bel et bien une ^^) Ravie aussi que ce début et l'écriture aient su te séduire :) eh oui cette fiction marque le retour du bon vieux Naru qu'on aime tant ! (même si tu pourras constaté que ce qui lui est arrivé n'est pas sans conséquences). La relation entre Nishimura et Naru sera quant à elle amenée à se développer, mais je n'en dis pas plus ;) (non ce n'est pas du yaoi).

Là-dessus, je vous souhaite une bonne lecture !


OCCULTIC FAKE

III.

FANTÔME

Apparition fantastique, être surnaturel.

Personne décédée se manifestant de façon surnaturelle sous une apparence désincarnée.

Souvenir persistant, sentiment obsessionnel.

Création de l'imagination, idée fausse ou illusoire.

Juin **** : Yuki Hakibara (43 ans) – Ça s'est passé un an après le décès de notre fille. Une nuit, je ne sais pas pourquoi, j'ai senti que je devais aller dans sa chambre. Je me suis donc levée, j'ai poussé la porte, et je l'ai vue dans son lit, comme si elle était encore vivante. Elle a ouvert les yeux, m'a souri, et j'ai senti que c'était sa manière à elle de me dire qu'elle était bien désormais. Qu'elle était en sécurité, qu'elle était en paix et que tout irait bien. Je n'ai plus jamais fait de cauchemar depuis.


CHAPITRE 2

Ce qui a été perdu…

– Qu'est-ce que tu fais ?

– Je réfléchis.

– Dans le noir ?

– Tu devrais essayer.

Mais comme savoir son protéger seul avec lui-même dans le noir ne le rassurait visiblement pas, Lin ne put s'empêcher d'activer l'interrupteur et de tirer une chaise jusqu'à lui pour s'asseoir à ses côtés.

– Comment ça s'est passé ?

– Mal.

– C'est-à-dire ?

– Je te laisse admirer.

Il y avait encore des traces de sang autour de ses narines et de son menton. Sa lèvre était fendue, et sa joue violacée.

– Qui est-ce qui t'a fait ça ?!

– Mai.

– Quoi ?!

– Tu m'as bien entendu. Je t'avoue que j'ai été le premier surpris.

– Mais… qu'est-ce… pourquoi ?

– Je n'en sais rien ! Si j'avais ne serait-ce qu'un jour compris cette fille je ne serais pas là à me torturer les méninges pour savoir comment la convaincre de retourner travailler pour moi.

– Eh bien… ». Balayant des yeux les dégâts commis par la jeune femme, Lin se surprit à siffler. « Elle n'y est pas aller de main morte. »

– C'est absurde.

Mais alors qu'il pressait un sac de glace sur sa joue, Naru nota que le regard du Chinois s'était assombri. Lin avait toujours été quelqu'un de morose et n'exprimait que très rarement ses sentiments, mais depuis leur retour au Japon, il sentait que quelque chose le préoccupait.

– Tu veux en parler ?

– De quoi ?

– De ce qui te perturbe.

– Ce n'est rien.

– Tu es sûr ?

– Certain.

Repoussant sa chaise avec une précipitation nerveuse, Lin fit mine de quitter la pièce avant de se tourner de nouveau vers lui.

– Laisse-lui du temps », dit-il dans un filet de voix. « Je ne crois pas que tu sois encore en mesure de comprendre ce qu'elle ressent. »

– Ça ne changera rien. Je ne l'ai jamais été.

Un soupir et un clignement d'yeux. Ce fut là sa seule réponse.


Avec mon gobelet en plastique et ma tête de déterrée j'ai l'air fin. Mais j'ai un de ces mal de crâne… Même pas entendu mon réveil ce matin. Partie en catastrophe, le ventre vide, les cheveux en batailles, vêtue des premiers habits que me tombaient sous la main. À me voir comme ça, on dirait que je sors d'une soirée un peu trop arrosée…

Oh toi ça n'a pas l'air d'aller…

Takashi.

Parce que tu pensais vraiment que j'aurais une mine radieuse après ce qu'il s'est passé hier soir ?

Je ne pensais pas que ça te ravagerait autant.

Son visage se rapproche du mien et son regard semble s'arrêter sur mes cernes.

Tu n'as pas dormi ?

Si… après une bouteille de sake.

Sérieusement Mai…

Mêle-toi de ce qui te regarde !

Comment lui dire, que j'aurais voulu que les événements de la veille n'aient jamais lieu, et surtout pas en sa présence ? Au lieu de ça, j'avale d'un trait le cachet qui a fini par se dissoudre dans mon verre d'eau. Si au moins ça peut m'aider à avoir les idées un peu plus claires…

Bon. Tu t'es bien défoulée au moins ?

Ah ouais !

Je le regarde, et il me sourit. Je vois dans ses yeux une compassion mêlée de tendresse et d'amusement. Il a essayé plusieurs fois de m'appeler dans la soirée. J'ai à chaque fois ignoré ses appels, ce qui ne l'empêche pas de me regarder dans les yeux et de me sourire sans la moindre once de rancune.

Sérieusement… » je bafouille en passant la main dans mes cheveux. « C'était gênant. »

Hilarant tu veux dire !

Non, gênant.

Son regard devient plus sérieux sans que son sourire disparaisse pour autant.

Donc tu as bossé dans le paranormal », déclare-t-il.

Yep.

Je n'ai tellement pas envie d'en parler…

Et ce type était ton patron.

Yep.

Pour une ancienne employée tu as du culot quand même…

Pas autant que lui.

Je sens mon regard se perdre et balaie des yeux la cour intérieure de la fac de lettres. À cette heure-ci et entre deux bouchées, les conversations vont bons train et la vie étudiante bat son plein. Je réalise que j'aime beaucoup cet univers de contraintes et de liberté, où les gens et les savoirs circulent dans un flot incessant avec cette insouciance mêlée d'enthousiasme propre aux études. J'ai pris l'habitude de me nourrir de ce fourmillement bien propre au campus universitaire. De cet art de vivre un peu désinvolte, mais qui contient un débordement propre à attiser la curiosité et l'envie d'en apprendre et d'en faire toujours plus. Cette ambiance me manquera beaucoup lorsque je rentrerai dans le monde professionnel.

Tu veux en parler ?

Franchement non, mais ce ne serait pas très fairplay de le laisser dans le flou, et je ne veux pas d'équivoque. Pas pour lui.

C'était il y a six », je commence en soupirant. « J'étais encore au lycée. On s'est rencontré par hasard… Nar… Oliver faisait une enquête dans un bâtiment du lycée sur lequel des rumeurs bizarres circulaient. J'ai accidentellement cassé son matériel et blessé son assistant, donc il m'a demandé de l'aider jusqu'à la fin de son enquête pour le dédommager.

Et ensuite ?

Ensuite il m'a proposé un emploi à mi-temps. J'étais en galère à l'époque et le job était sympa… donc j'ai accepté.

Et…

Et quoi ?

Je redoute sa question et remarque soudain quelque chose d'un peu ahuri dans son expression.

Tu en as vu ?

Quoi ?

Des fantômes !

Non.

Hein ?!

Non. Les fantômes n'existent pas et Nar… Oliver le sait très bien. Son travail consiste à prouver que les phénomènes de hantise ou de malédiction viennent tous de causes scientifiquement explicables. On a eu des choses curieuses, mais jamais de fantômes.

Mais… vous n'avez jamais été dans l'impasse ?

Non jamais.

Mon sourire effacé, je plonge les yeux dans les siens, histoire de bien appuyer mes propos.

Les fantômes n'existent pas Takashi. Ce ne sont que des purs produits de notre imagination. Des idées fausses ou illusoires créées par des phénomènes physiques parfaitement naturels ou par une psychologie fragile en proie au chagrin ou à la culpabilité. Rien d'autre.

Je vois…

Il semble tellement déçu… J'ignorais qu'il s'intéressait à ce genre de chose et pour cause, nous n'en avons jamais parlé. Au lieu de m'aventurer plus loin dans un sujet épineux, je préfère poursuivre sur une voie plus sûre.

Mon travail n'a duré qu'un an. Oliver est d'origine britannique. Il n'est resté au Japon que quelques mois pour ses recherches. Après son départ… nous ne nous sommes plus jamais revus.

Je vois… et cette histoire de coma alors ? Deux ans si j'ai bien compris.

Oui… Trois ans après son départ de Tokyo, Oliver a eut un grave accident qui l'a plongé dans le coma. Je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé, mais les médecins disaient apparemment son cas très grave et pensaient qu'il ne se réveillerait jamais. La nouvelle a été un coup dur pour moi et pour tous les anciens de la SPR. C'est comme ça que s'appelait son bureau d'enquête. Oliver travaillait avec d'autres… professionnels dans le domaine. Nous formions un peu comme une petite famille et la nouvelle de son accident nous a beaucoup choqués. J'ai appris son réveil il y a deux mois environ. Donc tu imagines que le voir comme ça devant moi… c'était totalement surréaliste ! Encore pire de savoir qu'en fait il était réveillé depuis un ans sans n'avoir rien dit à personne…

Repenser à son petit air arrogant et satisfait attise de nouveau la colère que j'essaie de réprimer depuis la veille, et je sens presque mes cheveux se dresser sur ma tête.

CE CRÉTIN !

Mai, calme-toi…

Un an ! Une putain d'année et il ne m'a rien dit ce salopard ! » Je me mets à crier tandis que mon poings rencontre la surface d'un mur et que l'autre envoie valdinguer mon gobelet en plastique. « Je vais le tuer ! Je vais le tuer et l'envoyer six pieds sous terre, lui et sa face de pervers narcissique ! »

Tout le monde s'est tourné vers nous et me regarde mais je m'en fous. Ça fait du bien de crier.

Il avait peut-être ses raisons » tente de le défendre Takashi en me prenant la main pour me calmer et me faire rasseoir à côté de lui.

Parce que tu le défends toi ?!

Non j'essaie juste d'avoir un regard impartial. Tu lui as quand même envoyé plusieurs fois ton poing en pleine tête hier soir…

Ouais et je recommencerais bien », dis-je en faisant craquer mes doigts.

La violence n'est pas une solution.

Garde tes leçons pour toi, tu veux ? Tu ne sais pas ce qu'il y avait entre nous…

Je ravale mes derniers mots mais trop tard. Les yeux sombres de Takashi me toisent déjà, et son sourire à définitivement disparu.

Vous êtes sortis ensemble ?

Bordel il n'y va pas par quatre chemins…

Non. Mais…

À ce stade, autant ne lui cacher qu'une partie de la vérité.

J'ai longtemps été amoureuse de lui.

Oui… je me disais aussi.

Je te jure que ce n'est plus le cas !

Et même si c'est encore le cas… » Sa main serre la mienne un peu plus fort et son regard se fait plus doux. « J'ai confiance en toi. »

L'émotion réduit ma colère à néant et je pose mes lèvres sur les siennes dans un baiser court, simple et léger, mais juste assez voluptueux pour nous faire rougir tous les deux.

Qu'est-ce que je dois faire Takashi ?…

Le conflit n'est jamais bon. Attends que la colère soit passée et laisse-le revenir vers toi pour s'expliquer. Je suis sûr que vous pourrez trouver un terrain d'entente. Ce type a sans doute traversé de lourdes épreuves lui aussi. Il a peut-être besoin de reconstruire ses repaires.

J'avais déjà remarqué chez Takashi ce côté « type bien », et si j'ai cru ça feint au début, je me suis peu à peu aperçue que la gentillesse et le souci de son entourage sont quelque chose de profondément sincère chez lui. Nous n'avons jamais vraiment parlé de lui, de ce qu'il a vécu, mais je sais qu'il a eu une enfance assez difficile pour ne pas supporter le conflit, et je reconnais bien là son tempérament sage et son acuité. Oui, Naru a été un salaud sur ce coup-là, oui il m'a menti, mais il a traversé deux ans de coma. C'est indubitable.

Il n'empêche que je vais quand même le tuer » je marmonne, ne serait-ce que pour le plaisir de le contredire, tandis que son rire raisonne dans tout le patio.


« Dans la soirée… très bien. 19H ? Évitez d'être en retard. Très bien. À tout à l'heure. »

La nuit avait été courte… mais le travail lui fit du bien et Naru se surpris à noter l'heure de son prochain rendez-vous avec un certain enthousiasme.

Yasuhara l'avait orienté sur une affaire d'auto-stoppeuse fantôme… non pas que cela l'intéressait, mais tout était bon à prendre pour commencer, et il avait suffisamment confiance en son ancien collègue pour savoir l'affaire sérieuse.

– Lin ?

– Quoi ?

– Il y a du thé ?

– J'en ai acheté hier.

Le chinois était occupé à ranger une pile de dossiers dans les étagères qu'il avait montées la veille, faute de place. Tenté de lui confier la préparation de ce qui était pratiquement devenu pour lui une drogue, Naru se ravisa et se lèva lentement.

– Tu en veux aussi ?

– Ne le fais pas trop infuser cette fois.

– J'essaierai…

Sans doute parce qu'il n'était plus un enfant, Naru tenait à ne plus reléguer les tâches quotidiennes à qui que ce soit. L'autre raison était qu'il avait été bien trop dépendant des autres et pendant trop longtemps. Ses mains tremblaient encore un peu. Ses jambes le faisaient parfois souffrir. De manière générale, il avait le souffle plus court, était plus en proie à la fatigue et se sentait en tout point plus fragile. Une salve de douleur lui traversa soudain le crâne et il s'appuya au rebord de l'évier tout en fermant les yeux. Généralement ça passait très vite… Il lui fallait juste garder son calme.

J'ai perdu trop de temps…

Ces deux années qui lui avaient été volées, le sentiment d'abandon constant et la peur de ne plus se sentir appartenir à lui-même, c'était là sa plus grande perte.

Le front moite et les doigts tremblants, Naru ouvrit lentement les yeux et laissa son regard balayer sa cuisine à mesure que les détails en devenaient plus nets. Son autre main s'était pressée contre sa tempe et remonta doucement le long de son visage jusqu'à sentir l'horreur, cachée par ses cheveux, qui lui avait tant pris. C'était comme un cratère dans sa peau, creusé dans son crâne et dont on pouvait encore nettement sentir les contours. La simple sensation de sa cicatrice sous ses doigts lui donna la nausée, et lorsque sa vision se brouilla tout à coup, Naru ne put empêcher ses genoux de fléchir avant de percuter brusquement le sol.

– Naru ? Tout va bien ?

Toujours à l'affut, Lin s'était précipité dans la cuisine quelques secondes à peine après le choc. C'était une habitude désormais. Une mauvaise blague bien trop souvent répétée.

– Naru !

– Ça va…

– Assieds-toi.

Passant sa main derrière le dos du jeune homme, Lin l'aida à s'appuyer contre l'un des placards pour l'asseoir correctement, et passa sa main sur son front.

– Tu as eu un vertige ? Encore ?

– Oui. Ce n'est rien.

– Tu es sûr ?

– C'est… » levant de nouveau la main vers sa cicatrice sans oser la toucher.

– Je vois.

– Je vais bien maintenant. C'était juste un malaise passager.

Et pour confirmer ses dires, Naru se redressa d'une traite et se tint sur ses jambes en toisant le chinois qui lui rendit son regard, les lèvres légèrement pincées.

– Tu es sûr que ça ira pour ce soir ?

– Ce n'est qu'un rendez-vous, et je sais prévenir les crises. Au moindre problème je t'appellerais. Tu en as pour longtemps ?

– Une heure. Peut-être deux.

Une affaire privée apparemment. Lin était toujours si discret en ce qui concernait sa vie personnelle qu'il devenait difficile de savoir s'il en avait vraiment une. Et pour cause… il avait tout laissé pour Eugène et lui, pour lui surtout…

– Tu te souviens de ce que je t'ai dit l'autre jour, n'est-ce pas ?

Et comme toujours, il obtint un sourire forcé et une main paternelle sur l'épaule.

– Je m'en souviens. Tu n'as pas à t'inquiéter.

S'inquiéter non. Culpabiliser, ça oui, et de plus en plus. Naru ne le réalisait pas toujours, le fait qu'il ait vingt six ans, et qu'il n'était désormais plus un enfant…


La journée a été difficile… le travail encore plus.

Mai, tu pourrais accélérer s'il-te-plait ? Je te trouve dans la lune aujourd'hui.

Oui oui… c'est bon.

Mais sous ses airs autoritaires de jeune patronne, je sais que Sanae-san se fait du souci et reprend mes esprits pour éviter un interrogatoire compatissant de fin de service. Pas de crise de larmes cette fois !

Cela fait désormais deux ans que je travaille à l'Akogare cafe. Un lieu plutôt calme et sympathique où les lycéennes viennent se réfugier après les cours pour parler de leurs histoires de cœur. Ce que j'ai pu en entendre… certaines me connaissent depuis, et ce n'est pas rare de faire la discussion pendant mon service, mais pas cette fois-ci. Entre deux préparations de chocolat chaud, je reprends un cachet anti-migraine et passe la tête par la fenêtre pour prendre un grand bol d'air. Le soir tombe avec lenteur et la chaleur commence à baisser. J'aime beaucoup ces soirées d'été où il fait bon traîner dehors et lever les yeux vers le ciel avec cette insouciance propre à l'approche des vacances. En parlant de vacances… il va falloir mettre le turbot pour réviser.

Mai ! Les chocolats !

Oh c'est pas vrai…

J'ai laissé cuire trop longtemps et le lait s'est mis à déborder… Fichue moi !

La fermeture est dans une heure. Essaie de tenir d'ici là… » marmonne Sanae en sortant du four les derniers cookies.

Oui oui, j'avais juste la tête en l'air.

Besoin de parler ?

Pas spécialement.

Sûre ?

Sûre.

Et l'heure s'écoule sans plus d'accrocs. En ce qui concerne les nouvelles du jour : une rupture, un examen raté et un rencard. Rien de bien fou.

Et toi Mai ? Tu n'avais pas rendez-vous en tête à tête hier soir ? » me siffle l'une des habituées.

Si…

Alors ?

En tournant les yeux, je remarque trois regards rivés sur moi, et lâche un long soupir.

C'était sympa.

C'est tout ?!

Mêlez-vous de vos oignons ! » dis-je en leur faisant un clin d'œil.

Le soleil commence tout juste à se coucher lorsque les dernières clientes s'en vont. Ne reste plus qu'à faire la vaisselle, ranger et nettoyer la salle ainsi que la cuisine et vérifier les commandes de demain…

Je peux te laisser t'en charger ? » me demande Sanae en enfilant précipitamment sa veste.

Oui oui, c'est ce qu'on avait convenu.

Tu es sûre que ça va aller ?

Mais oui ! File ! Tu vas être en retard !

Sans insister davantage, elle m'adresse un sourire et un signe de la main avant de disparaître. Il n'y a après tout pas que les lycéennes qui ont droit au bonheur amoureux… Me voilà donc seule parmi les tasses et les petites assiettes aux motifs à poids, les odeurs de fleurs et de gâteau. J'allume la radio pour me distraire et me mets à chanter à tu-tête lorsque la clochette résonne de nouveau.

C'est fermé !

Réalisant que Sanae a peut-être oublié quelque chose, je passe la tête dans l'embrasure de la porte et vacille en reconnaissant le visage qui me fait face.

Lin…

Ça faisait longtemps.


– Et donc… une jeune femme est entrée dans votre voiture avant de disparaître.

– C'est bien ça.

Sakauchi Otobe. Chauffeur de taxi de son état. La cinquantaine, les traits réguliers, cet air naïf des honnêtes gens qui vivent simplement et ne demandent rien d'autre que leur paie à la fin du mois pour assurer leur bonheur conjugal et familial.

– Vous sauriez la décrire ?

Il hésita et ses mains tremblèrent un peu.

– Grande », marmonna-t-il. « Très fine. Elle avait une robe rouge et de longs cheveux noirs… Je n'arrivais pas à distinguer son visage… »

– Elle vous a parlé ?

– Elle m'a seulement donné une adresse. Sa voix était… plutôt rauque et caverneuse. Comme si elle sortait tout juste d'un rhume carabiné.

– Et quant à l'adresse ?

– Mon GPS n'arrivait pas à la trouver. Donc elle m'a donné elle-même des indications que j'ai suivies jusqu'à me perdre en pleine campagne. J'ai fini par perdre patience, mais quand je me suis retourné, elle n'était plus là.

Ses dents s'étaient mises à claquer de manière presque imperceptible, et il lui jeta un regard suppliant tout en se levant brusquement de son fauteuil.

– Vous pensez vraiment que c'est un fantôme ?!

– Rien n'est certain.

– Et si c'est le cas ?

– Les fantômes sont moins dangereux que les psychopathes.

Son teint vira au blanc total et Naru regretta ses paroles lorsqu'il le vit se rasseoir mollement.

– Ça va aller ?…

– À vrai dire… je n'y croyais pas du tout jusqu'à ce soir-là… mais maintenant… maintenant…

Et c'est parti… il était enquêteur. Pas psychologue…

– J'ose à peine sortir de chez moi ! » s'écria le chauffeur. « Je ne sais plus quoi faire ! »

– Commencez par garder votre calme. Je vais tenter d'enquêter sur votre cas. Plusieurs témoignages racontent la même chose que vous et dans les mêmes lieux donc il y a peut-être, effectivement quelque chose. En attendant que tout soit résolu, et si vous avez vraiment peur, vous n'avez qu'à éviter l'endroit où vous avez rencontré cette femme.

– Vous croyez ? Elle ne va pas me poursuivre ?

– Vous avez relevé des choses bizarres dans votre vie quotidienne ? Des bruits suspects ? Des lampes qui s'allument ou s'éteignent toutes seules ? Des portes qui claquent ?

– Non…

– Vous faites des cauchemars ? Vous avez l'impression d'être suivi ? Il vous arrive d'être submergé par une peur panique dont vous ne parvenez pas à trouvé l'origine ?

– Pas vraiment… J'ai seulement peur au moment du travail. Quand je suis seul dans ma voiture la nuit.

– Et sinon ?

– Sinon tout va bien.

– Dans ce cas vous pouvez être tranquille.

– Vraiment ?

– J'ai assez d'expérience dans le domaine pour vous l'assurer.

Le soulagement lui décocha un sourire et ses yeux pétillèrent de reconnaissance.

– Oh merci Shibuya-san ! Merci ! Vraiment !

Ce genre de démonstration d'affection avaient tendance à le mettre mal à l'aise, mais il tenta de décocher un sourire tout en se levant pour reconduire le chauffeur à la porte.

– Merci en tout cas pour votre témoignage. Je vous tiendrai au courant des résultats de l'enquête.

– Merci à vous…

Une poignée de main et un claquement de porte plus tard, il put enfin s'autoriser à lâcher un long soupir, avant de s'affaler dans son canapé. Ce n'était décidément pas l'affaire du siècle…

Saisissant son portable, il vérifia ses messages, sa boîte mail, constata que la soirée était déjà bien avancée et qu'il n'avait rien prévu pour le dîner. Un appel le sortit de ses pensées, et il ne put réprimer un léger sourire en découvrant le nom affiché sur son écran.

– Oui Yasuhara…


Le silence qui nous sépare est étouffant.

Les yeux baissés, je fais chauffer de l'eau et prépare du thé à infuser pendant que Lin s'installe et balaie des yeux l'intérieur du café.

Ça fait longtemps que tu travailles ici ?

Deux ans.

Et ça te plait ?

Plutôt oui… La patronne est très sympa, l'ambiance agréable. Ça me permet de me vider l'esprit.

Oui je comprends.

Les mains légèrement moites, j'ose porter les yeux sur un visage que je ne pensais plus jamais revoir, et constate qu'il a terriblement maigri. Ses cheveux sont parsemés de mèches grises, et de profonds sillons se sont creusés entre ses sourcils et les commissures de ses lèvres. Il semble si vieux…

Tu as… beaucoup changé » je parviens à marmonner, tout en versant l'eau dans les tasses pour ne pas avoir à affronter son regard.

Je sais.

Est-ce que ça va ?

Il soupire, et prend sa tasse en m'adressant un signe de tête.

Il y a eut des moments difficiles », parvient-il à dire.

Je n'ose pas le blâmer, encore moins lui avouer mon désarroi et ma colère, et m'assois en face de lui en sirotant silencieusement mon thé.

Je suis désolé pour hier soir », marmonne-t-il.

Tu n'y es pour rien.

Si. Il y a des choses que tu aurais dû savoir… à vrai dire que je ne pensais pas que Naru serait aussi… direct envers toi…

Après ce qu'on a vécu ce n'est pas sa démarche qui me surprend le plus.

Comment l'as-tu trouvé ?

Je remarque que c'est la première fois depuis nos retrouvailles qu'il me regarde dans les yeux et ne peux m'empêcher de déglutir face à ce regard acéré, presque agressif, auquel rien ne semble échapper.

Je l'ai trouvé… changé. Comme si le Naru d'il y a trois ans n'avait jamais existé… C'est comme si je retrouvais le jeune homme pédant, imbu de lui-même et méprisant que j'ai connu il y a six ans, mais en plus sûr de lui.

Oui je vois.

Il hoche lentement la tête et boit une gorgée avant de me regarder de nouveau. Ses traits sont tendus et ses lèvres serrées, comme s'il allait se mettre à pleurer.

J'imagine qu'il t'a dit… qu'il était réveillé depuis un an déjà.

Oui il m'a dit. Et pour être honnête avec toi Lin, je ne comprends toujours pas pourquoi tu ne m'as pas prévenue. Pourquoi m'avoir laissée dans le doute pendant si longtemps.

Une boule se forme dans ma gorge tandis que je peine à former mes derniers mots.

Il était mort pour moi… j'étais… j'ai fait mon deuil. Et le voilà qui débarque comme ça… Je l'ai cru perdu pendant une année de trop… tu comprends ?

Oui, je comprends parfaitement.

Fermant brièvement les yeux, il inspire profondément et se masse les tempes comme pour se soulager d'une intense fatigue.

Je ne t'ai pas prévenue » commence-t-il, « parce même qu'après son réveil, nous n'étions pas sûr qu'il s'en sorte. »

Comment ça ?

De nouveau, son regard se fiche dans le mien, et je peux y déceler comme une amertume, les restes d'une souffrance qui dépasse l'entendement.

Il y a un peu plus d'un an, lorsqu'il s'est réveillé, l'état de Naru était très instable » murmure-t-il. « La blessure avait commis beaucoup de ravages, et une tumeur s'était développée dans son cerveau. Avec ça, il était sérieusement amnésique et est resté totalement apathique les premières semaines. Il répondait à peine à nos sollicitations et ne se souvenait pas de nous. Les médecins pensaient qu'il ne se rétablirait jamais. Une chimiothérapie a tout de même été tentée, mais les premiers résultats ont été désastreux. »

Il se met à trembler et ses yeux s'embuent à mesure qu'il poursuit.

« Il était très faible à son réveil, mais nous ne pouvions pas attendre qu'il reprenne ses forces. La tumeur risquait de trop se développer. Il fallait le traiter dès que possible, mais son corps n'a pas tenu le choc. Il n'arrivait plus à manger, vomissait systématiquement… en quelques semaines, il a tellement maigri qu'il a fallu le mettre sous perfusion. Son état ne faisait que s'aggraver et nous avions fini par perdre espoir. Deux mois après son réveil, les médecins nous ont proposé de « ne plus s'acharner ». Comme c'était trop douloureux de le voir dans cet état, nous étions prêts à donner notre accord pour arrêter les traitements… et le miracle s'est produit. Les séances ont fini par fonctionner et la tumeur s'est réduite. La mémoire lui est revenu petit à petit, il a peu à peu repris ses forces et a pu entamer une rééducation pour réapprendre à marcher et à se mouvoir de manière quotidienne. Mais son rétablissement a mis très longtemps à se mettre en place… une dizaine de mois. »

Son regard se fiche de nouveau dans le mien.

« Donc si je ne t'ai pas prévenue, c'est parce que je ne voulais pas que tu subisses ça. Pire, que tu le voies comme ça. Honnêtement… c'était pareil, exactement pareil, voir pire que le coma. Tu… tu n'aurais pas… personne n'aurait pu… »

Et cette fois, c'est bien une larme qui roule sur sa joue.

« Il était si faible Mai… il n'était plus lui-même… ce n'était plus qu'un corps… un cadavre vivant, mais qui a conscience de son état, et… il était parfois dans un tel état de détresse… »

Sentant l'imminence d'un long sanglot, je l'arrête et fais le tour de la table pour enrouler mes bras autour de ses épaules.

Je comprends Lin… je comprends tout à fait…

La gravité de ces propos me frappe avec la violence d'un coup de poing, et je repense aux paroles de Takashi… Évidemment qu'on ne sort pas comme ça de deux ans de coma… évidemment. Et… mon dieu, une tumeur…

Est-ce que… pour la tumeur…

Elle est guérie.

Le soulagement m'arrache un soupir tandis que Lin renouvelle mon étreinte. Je constate qu'en plus d'avoir vieilli, il a maigri lui aussi, et quelque chose comme un sentiment de révolte me monte au ventre.

Tu n'étais pas obligé d'assumer ça tout seul », je murmure lentement. « Je sais que tu voulais me protéger, mais… j'aurais pu t'aider à porter ce fardeau. J'aurais pu me rendre utile. J'aurais même pu revenir du Japon… »

Je sais Mai, et c'est justement pour ça que je ne t'ai rien dit.

Il me repoussa avec douceur et son regard se durcit.

Non seulement c'était très pénible de le voir dans cet état, mais il était aussi probable qu'il te rejète.

Pourquoi ? À cause de l'amnésie ?

Exactement. Heureusement, il s'est souvenu de nous après quelques semaines. Sinon cela aurait été invivable. Mais sa mémoire a mis beaucoup de temps à se restaurer. Il s'est d'abord souvenu de son frère et de ses parents biologiques, mais ne se rappelait pas de leur mort. Ça a été particulièrement pénible dans le cas d'Eugène… il a mis plusieurs mois à réaliser qu'il n'était plus là… Il a ensuite fini par reconnaître Martin et Luella, puis Emily et Scott(1), et enfin moi-même. Masako a été la dernière, et son souvenir était très imprécis. En fait…

Sa voix n'est plus qu'un souffle et quant à moi, j'ai retenu ma respiration.

En fait il ne se rappelle pas de ce qu'il s'est produit les semaines avant son… accident. Il ne sait pas comment c'est arrivé. Il ne se souvient ni d'Elsie Carpenter, ni d'Andrey Jacobin, ni de William Simons, encore moins du manoir de Gravesend ou de la malédiction de Léonore(2), et bien sûr…

Ses yeux plongent dans les miens. Je me surprends à trembler.

Il ne se souvient pas de toi et de ce que vous avez vécu. Ou plutôt, il ne se rappelle pas de votre séjour à Londres à toi et Yasuhara. Pour lui, tu es toujours la Mai adolescente qu'il a connue il y a six ans. Un souvenir distant, sans doute agréable, mais qui ne lui évoque rien d'autre qu'une période professionnelle de sa vie.

Le souffle me manque et je sers les poings en réalisant que oui, c'est évident. Que ça explique tout. Son comportement, la distance désinvolte dont il a fait preuve envers moi, le manque total d'allusion à l'intimité que nous avions partagée et le rapport purement professionnel qu'il a cherché à instaurer. Ça explique tout. Je déglutis lentement, et me rassois pour digérer la nouvelle.

Dans ce cas… pourquoi est-il revenu au Japon ?

Tu fais bien de le demander…

Il inspire, boit une nouvelle gorgée et se racle la gorge.

Lorsque sa tumeur a disparu et que sa rééducation a commencé à montrer des résultats concluants, Naru a voulu reprendre ses enquêtes ainsi que ses recherches sur le paranormal. Cela faisait huit mois qu'il était à l'hôpital. Il avait besoin d'air et d'activité. Je l'ai encouragé. Ça faisait du bien de le voir enthousiaste et prêt à en découdre de nouveau avec la vie. D'ailleurs depuis que sa rééducation est terminée, il est beaucoup plus optimiste, dynamique presque insouciant… lui qui était si morose et renfermé. Je ne l'ai jamais vu comme ça, et pour être honnête, j'espère que ça va durer. Bref… après qu'il ait repris le travail, des rumeurs se sont employées à entacher sa réputation et l'accusèrent notamment d'escroquerie et de manipulation. J'ai mené l'enquête et j'ai découvert que leur auteur n'était nul autre qu'Arthur Carpenter(3).

Le père d'Elsie ?!

Exactement. La mort de sa fille l'a profondément bouleversé… Jane s'est suicidée un an après l'incident, sa vie s'en est trouvée définitivement ruinée, et il estime que Naru en est responsable…

En même temps, comment lui en vouloir ?

Avec l'hospitalisation de Naru, la mort d'Elsie Carpenter a été notre plus grand échec sur cette enquête.

Déjà, et comment expliquer cela à Naru alors qu'il ne se souvenait même pas de l'existence de cette femme ? Arthur était un parfait inconnu pour lui, rien de plus qu'un gêneur, et il n'arrivait pas à répliquer face à ses accusations. Nous avons donc décidé d'un compromis : retourner au Japon et reprendre les enquêtes là-bas en attendant que les choses se calment. Naru avait déjà pour projet d'y retourner. Le pays lui manquait et je pense qu'il avait envie de vous revoir, même s'il ne se souvient pas de vos déboires à Londres. Les attaques d'Arthur devenant de plus en plus virulentes, et sous la menace d'une mise en procès, le départ s'est précipité et nous sommes partis avec l'accord des médecins et des Davis.

Son regard plonge de nouveau dans le mien, et un sourire s'esquisse enfin sur ses lèvres.

Oliver Davis n'existera plus pendant un moment. Ici, il vit de nouveau en tant que Shibuya Kazuya. Patron de la SPR.

Cela sonne tellement nostalgique… mes mains se serrent autour de ma tasse, et j'avale une ultime gorgée avant de jeter un œil par la fenêtre. La nuit est tombée depuis longtemps et la rumeur des passants s'immisce jusqu'à nous avec la douceur d'une mélodie lointaine.

Et donc il s'imagine que tout redeviendra comme avant ? Comme il y a six ans ?

Exactement.

Je soupire de nouveau.

J'aurais aimé exaucé son souhait Lin. Vraiment. Mais je me suis jurée de ne plus mettre les pieds là-dedans. De ne plus jamais m'intéresser au paranormal. J'ai mis trop de temps à m'en défaire et à revenir vers les vivants. Je n'ai pas la force de retrouver cet univers, d'expérimenter de nouveau la perte, la peur, la douleur… je ne peux pas…

Je comprends.

C'est mieux s'il m'a oubliée. Il sera peut-être un peu déçu mais c'est tout. Moi j'ai déjà trop donné et… j'ai ma vie maintenant. J'ai mes projets.

Je comprends tout à fait Mai, et pour tout te dire je m'en doutais. J'ai essayé de le prévenir mais tu le connais, c'est une tête de mule.

C'est vrai.

Un rire mutuel finit de nous consoler, et nous passons le reste de la soirée à parler pour rien, à nous dire ce que nous sommes devenus, ce que nous deviendrons… Lin est abimé par la douleur et l'inquiétude constante. Il en a conscience mais n'ose pas encore laisser Naru livré à lui-même. Sans doute parce qu'une fois seul, il sera le plus perdu des deux.

Et Masako ? Qu'est-ce qu'elle est devenue ?

Elle voyage en Europe. Ces petits boulots à Londres lui ont fait gagner en notoriété et elle est encore plus demandée qu'au Japon.

Tant mieux. Je suis contente pour elle.

Contrairement à moi, et avec ce courage que je n'avais plus Masako avait fait le choix de rester auprès de Naru jusqu'à ce qu'il se réveille.

Comment l'a-t-elle vécu ?

Mal. Elle a regretté de ne pas être partie elle aussi… sa présence n'a rien apporté à Naru et elle s'est sentie exclue par le cercle très proche que nous formions autour de lui. Ce qui est tout à fait vrai, même si ce n'était pas volontaire. Elle a fini par se réfugier dans le travail et a quitté Londres pour voyager.

La pauvre… elle reviendra au Japon ?

Normalement oui. Elle m'a dit qu'elle reviendra au plus tard pour le nouvel an.

Je vois.

Je me rends compte que j'ai sincèrement envie de la revoir. Partager avec elle la souffrance de ces trois années de silence et les résolutions qui en ont résultées. Je n'ai pas osé par honte.

Nous continuons à parler pour rien dire. Je raconte à Lin mes déboires étudiantes et amoureuses, ces trois années de travail sur moi-même, les journées bien remplies, les nuits à la fois trop longues et trop tranquilles, et cet effort constant pour oublier.

Naru s'en est mieux sorti que moi » je finis par souffler.

Puisqu'après tout, oublier est notre seule manière de continuer à vivre. Pour lui comme pour moi.

La nuit est déjà bien avancée lorsque nous nous séparons. Lin m'adresse un dernier sourire et me tend la main.

C'était un plaisir de te revoir Mai.

De même…

J'ai une dernière chose à te demander.

Dis-moi.

Ne dis rien à Naru s'il te plait. Si les souvenirs veulent revenir, ils reviendront, mais il vaut mieux ne rien forcer. Ne lui dis rien sur ce qu'il s'est passé il y a trois ans. Même si c'est douloureux pour toi.

Je ne dirai rien. C'est mieux pour lui comme pour moi.

C'était mieux comme ça, et je me surprends à remercier la providence de me l'avoir ramené tout en préservant la distance que je me suis évertuée à construire.

C'est mieux comme ça.

Et tout ira bien maintenant.


(1) Emily et Scott sont des personnages de "La Ville des Maudits". Emily est la grand-mère adoptive de Naru. C'est une femme acariâtre et autoritaire, mais qui a bon cœur. Elle a notamment aidé Mai à développer ses capacités mentales lors de l'enquête. Scott est son majordome.

(2) Il s'agit d'allusions à la "Ville des Maudits". Là-dessus je vous renvoie à l'Avant-propos.

(3) Arthur Carpenter est le père d'Elsie, celle qui fut à l'origine de l'enquête de "La Ville des Maudits". Elle est morte en voulant protéger Naru d'Andrey Jacobin. Jane est sa mère adoptive.

Merci d'avoir lu ! j'espère que ce chapitre vous a plu ^^ niveau pathos j'étais au maximum, mais l'humour reviendra dès les chapitres prochains. J'essaierai de mettre moins de temps à publier la suite (les vacances approchent !). D'ici là n'hésitez pas à commenter, c'est toujours hyper encourageant :D à très bientôt !